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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome sixième

Paris - 1876

 

 

1105. - FORMATION DE RÉGIMENTS PROVISOIRES DE DRAGONS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Rambouillet, 12 mars 1809.

J’ai donné l’ordre, et vous le réitérerez, pour que les cadres des 3è et 4è escadrons des vingt­-quatre régiments de dragons qui sont en Espagne se rendissent en France. Vous donnerez ordre au dépôt d’Auch que tous les officiers et sous‑officiers des 3è et 4è escadrons des mêmes régiments de dragons se dirigent sur‑le‑champ sur Versailles.

J’ai donné l’ordre, et vous le réitérerez, que les hommes, sans chevaux des régiments qui sont en Espagne se dirigent sur Bayonne. Donnez ordre à Bayonne qu’ils soient dirigés sur leurs dépôts.

J’ai donné des ordres, et vous les réitérerez, pour que tous les hommes montés ou non montés du dépôt de Niort, ou qui y arriveront, se dirigeassent sur leurs dépôts, hormis les hommes montés en état d’entrer en campagne, qui se dirigeront sur Strasbourg.

J’aurai, par ce moyen, en France quarante‑huit escadrons de dragons. Ces quarante‑huit escadrons, à 200 hommes chaque, feront 9,600 hommes. Je composerai alors douze régiments provisoires de quatre escadrons des 3è et 4è escadrons de chaque régiment.

Faites‑moi un état à plusieurs colonnes, indiquant 1° le nombre de chevaux existant en France, y compris les dépôts d’Auch, de Niort, et le régiment provisoire de Tours ; 2° le nombre de dragons annoncés comme partis d’Espagne et sans chevaux ; 3° le nombre de conscrits à recevoir de 1810. Je suppose que toutes ces parties réunies ne doivent pas former moins de 10,000 hommes. Vous me ferez faire un second état, indiquant le nombre de chevaux existant aux dépôts, en comprenant les dépôts de Niort, d’Auch, et le régiment provisoire de Tours, le nombre de chevaux dont les marchés ont été passés, enfin ceux pour l’achat desquels le ministre Dejean a porté six millions dans son budget de 1809. Je suppose que tout cela ne doit pas aller loin de 9 à 10,000 chevaux. Faites‑moi faire le même travail sur les selles.

       Je verrai alors ce qu’il faudra faire pour com­pléter mes quarante‑huit escadrons ou mes douze régiments provisoires. Mais mon intention est d’uti­liser ceux que j’ai aujourd’hui, puisque je ne puis maîtriser les circonstances et qu’il serait ridicule que je laissasse oisifs 4 ou 5,000 chevaux de dra­gons que j’ai lorsqu’ils peuvent être de quelque poids dans la balance.

Donnez donc l’ordre, demain matin : aux hommes montés en état de faire la guerre, appartenant aux 3es et 4es escadrons qui sont au dépôt d’Auch, offi­ciers, sous‑officiers et soldats, de se diriger sur Strasbourg ; à tous les hommes montés en état de faire la guerre du dépôt de Niort, de se diriger sur Strasbourg ; à tout le régiment provisoire de Tours, de se diriger sur Strasbourg. Deux cents hommes ont été mis sous les ordres du colonel Henry ; donnez‑lui l’ordre de les renvoyer sur Strasbourg dès qu’il n’en aura plus besoin. Envoyez en même temps des ordres aux dépôts des régiments de dra­gons qui sont en France de faire partir, vingt‑quatre heures après la réception de votre ordre, tous les hommes disponibles montés, pour Strasbourg. Prenez vos mesures pour que les plus éloignés effec­tuent leur départ avant le 15 mars. Donnez égale­ment l’ordre à ces dépôts de faire partir, du 20 mars au 1er avril, pour Strasbourg, tous les hommes qu’ils auront disponibles, et toutes les fois qu’ils en auront dix en état de partir, en faisant comprendre aux commandants des dépôts quel est mon but. J’aurai ainsi à Strasbourg, le . . . . . . les cadres de vingt‑quatre compagnies de dragons.

Par des étais que j’ai, plus récents que les vôtres, les dépôts de France peuvent fournir, au lieu de 900 hommes, 1,500 hommes ; 200, au moins, partiront d’Auch, 1,000 de Tours, 200 de Niort. J’aurai donc 3,000 dragons rendus à Strasbourg dans les premiers jours d’avril. 

Chargez le sénateur, général de division, Beau­mont, de se rendre à Strasbourg avant le 20 mars, afin de passer la revue et d’organiser quatre régi­ments provisoires. Vous désignerez quatre majors pour commander les quatre régiments, et huit chefs d’escadron.

Le 1er régiment provisoire se compose de six compagnies des 4es escadrons des 1er, 3è, 4è, 5è, 9è et 15è de dragons ; le 1er de dragons peut faire partir, après‑demain, 120 hommes de Versailles ; il peut en faire partir 13 de Niort ; ce qui portera le cadre de cette compagnie à 130 hommes. Le 3è peut faire partir 110 hommes de Versailles et 16 de Niort ; ce qui, comme vous voyez, fera un bel esca­dron de 250 hommes. Le 4è régiment peut faire partir sur‑le‑champ 30 hommes de son dépôt ; il recevra 110 hommes du régiment provisoire de Tours et 20 hommes de Niort ; ce qui portera cette compagnie à 160 hommes. Le 5è peut faire partir 83 hommes de Versailles ; le dépôt de Niort four­nira 65 hommes ; ce qui portera cette compagnie à 148 hommes. Le 9è recevra de son dépôt 90 hommes et 40 hommes de Niort. Le 15è recevra de son dépôt 78 hommes et 80 hommes du dépôt de Niort ; ce qui fera qu’au 1er avril ce 1er  régiment provisoire sera composé de 800 hommes prêts à entrer en campagne, indépendamment de ce que le dépôt d’Auch pourra envoyer directement.

Le 2è régiment pourra fournir 140 hommes de son dépôt ; il recevra 78 hommes du régiment pro­visoire de Tours, ce qui fera plus de 200 hommes ; ainsi de suite pour les autres régiments. Il en est plusieurs, tels que le 25è, qui, ayant 120 hommes au régiment provisoire de Tours, 100 hommes à recevoir de son dépôt, pouvant en recevoir encore une vingtaine du dépôt d’Auch, auraient 250 hom­mes. Dans ce cas, vous devez recommander qu’au lieu de faire partir le cadre d’une compagnie on fasse partir tout le 4è escadron.

Mettez‑moi sous les yeux un projet qui organise ces quatre régiments provisoires conformément au présent ordre. Vous aurez le temps, en expédiant les ordres demain matin, d’arrêter l’organisation et la formation de ces régiments avant l’arrivée des dé­tachements à Strasbourg.

Mandez aux chefs des dépôts que les officiers qui sont au dépôt de Niort ou au régiment provisoire de Tours doivent se joindre à Strasbourg avec les régi­ments ; qu’ainsi ils doivent calculer en conséquence. Toutes les fois que les détachements réunis d’un même régiment feraient moins de 150 hommes, le cadre seul d’une compagnie sera suffisant ; s’ils passent 200 hommes, le cadre du 4è escadron entier partira, de manière à former deux compagnies.

Dans la destination que j’ai donnée aux détache­ments des différents régiments qui concourent à la formation d’un même régiment provisoire, j’ai eu égard à l’emplacement des dépôts.

Si les circonstances ne deviennent pas pressantes, je laisserai à ces quatre régiments provisoires le temps de s’organiser à Strasbourg et d’y recevoir des renforts. Vous sentez qu’il me sera facile de former huit régiments de ces quatre, aussitôt que chaque régiment pourra envoyer son escadron com­plet, puisqu’alors j’aurai vingt‑quatre escadrons que j’organiserai à trois escadrons par régiment. Du moment que j’aurai les quarante‑huit escadrons, je ferai douze régiments provisoires que je porterai à quatre escadrons, mais en réunissant toujours les escadrons d’un même régiment dans le même régi­ment provisoire. C’est dans cet esprit que je n’ai point adopté la proposition que vous m’avez faite de laisser subsister le régiment provisoire de Tours. Il s’ensuivrait que le 25è, par exemple, qui a à son dépôt plus de 100 hommes, aurait au régiment provisoire de Tours 100 autres bommes. Ce serait du désordre et de la confusion, et il n’y aurait rien à attendre de ce régiment. J’ai en Espagne trop de régiments de dragons, je n’en rappelle aucun ; je me contente de rappeler les cadres et les hommes qui n’ont pas de chevaux. Avant la fin de l’année, les quarante‑huit escadrons qui s’y trouvent n’en formeront pas probablement vingt-­quatre.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

 

1106. - PROJET D’ORGANISATION D’UN CORPS DE RÉSERVE AVEC LES 5es BATAILLONS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Rambouillet, 13 mars 1809, minuit.

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre tra­vail du 12 mars sur la formation d’un corps de ré­serve, composé des 5es bataillons de l’armée. Je vous le renvoie pour que vous y fassiez faire quelques changements que je vais vous indiquer.

Lorsque j’ai passé la revue du 86è en Espagne, j’ai ordonné que les quatorze compagnies revenant de Portugal fussent formées en douze compagnies et composassent les deux premiers bataillons ; ce qui, avec le 4è bataillon, qui était de l’ancienne ar­mée d’Espagne, fait trois bataillons au delà des Pyrénées. Le 3è  bataillon, qui doit être réorganisé, et le 5è se trouvent donc en Bretagne. Donnez ordre que tout ce qui appartient à ce régiment et se trouve en ce moment à Bordeaux et à Saintes, arrivant du Portugal, rentre dans la 13è division militaire, et que le 3è bataillon soit reformé sans délai. Ce 3è ba­taillon complété à 840 hommes, et le 5è bataillon fort de 800 bommes, feront partie du 1er  régiment, qui se réunira à Pontivy.

J’ai donné l’ordre que le 3è bataillon du 70è, qui était à Saragosse, envoyât tous ses hommes dispo­nibles à Madrid, et que le cadre retournât en Bre­tagne. Il faut réitérer cet ordre et prendre des mesures pour que le 3è bataillon soit également formé à 840 hommes ; ce qui, avec le 5è ba­taillon du 70è, formé à 800 hommes, réunira 1,640 hommes.

Vous formerez alors de la manière suivante la brigade destinée à la défense de Pontivy : le régi­ment, composé du 3è bataillon du 70è, 840 hommes ; du 5è bataillon du 70è, 800 hommes ; du 5è bataillon du 47è, 800 hommes ; total, 2,440 hommes ; 2è ré­giment, composé du 3è bataillon du 86è, 840 hom­mes ; du 5è bataillon du 86è, 800 hommes ; du 5è bataillon du 15è de ligne, 800 hommes ; total, 2,440 hommes. Total de la brigade qui se réunira à Pontivy, 4,880 hommes, près de 5,000 hommes.

Je n’ai aucune observation à faire sur le 2è régi­ment, qui désormais sera le 3è, ni sur le suivant.

Au 4è régiment, je vois que le 12è de ligne est porté comme devant faire partir pour l’armée du Rhin 560 hommes, c’est‑à‑dire les quatre compagnies de fusiliers du 4è bataillon ; mais il serait né­cessaire aussi de porter en compte le nombre d’hommes nécessaire pour compléter les grenadiers et voltigeurs de ce même 4è bataillon ; or vous n’avez rien porté pour cette destination. En géné­ral, on a bien complété les grenadiers et voltigeurs du corps d’Oudinot, mais on n’a pas complété les grenadiers et voltigeurs des 4es bataillons de l’ar­mée du Rhin. Il est vrai qu’ils doivent être complétés dans les 3es bataillons de guerre ; mais alors c’est autant d’hommes à envoyer de plus aux ba­taillons de guerre.

Il faut faire ces changements sur votre état, qui, d’ailleurs, me paraît bien conçu.

Quant au 10è régiment, qui a été oublié, il faut en former un nouveau régiment qu’on réunira à Metz.

Il y a déjà à Metz le 12è régiment qui devient le 13è, par suite des changements faits pour la forma­tion de la brigade de Pontivy. Le nouveau régiment sera alors le 14è ; ces deux régiments formeront une brigade. Il me semble que ce 14è régiment pourra être composé de la manière suivante : 1er bataillon, deux compagnies du 25è léger, deux compagnies du 6è léger, deux compagnies du 24è léger ; 2è bataillon, deux compagnies du 26è léger, deux du 16è léger, deux du 32è léger ; 3è bataillon, deux compagnies du 96è de ligne, deux du 54è, deux du 15è de ligne. Il man­que deux compagnies pour le 2è bataillon ; on prendra les deux compagnies du 32è léger qui sont à Toulon.

Ainsi une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Pontivy ; une bri­gade composée de trois régiments et forte de 9,000 hommes se réunira à Paris ; une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réu­nira à Boulogne ; une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Gand et à Wesel ; un régiment de 2,500 hommes se réunira à Mayence ; une brigade forte de 5,000 hommes se réunira à Strasbourg ; une brigade forte de 5,000 hommes se réunira à Metz ; enfin deux brigades formant cinq régiments seront en Italie.

Quant à la formation de cette réserve, rien ne presse. Il me paraît qu’il est d’abord nécessaire d’achever de compléter les bataillons de guerre qui sont en Allemagne et les 4es bataillons qui doivent les rejoindre. Pour terminer cette opération impor­tante, j’ai besoin que vous me remettiez les états suivants : 1° un état de l’armée du Rhin, qui me fasse connaître la situation de l’effectif de tous les corps ; cette situation comprendra l’effectif des bataillons de guerre au 1er février, et l’augmentation résultant des envois de détachements partis jusqu’au 15 mars, et que l’on supposera arrivés au même nombre qu’ils sont partis ; une colonne fera connaître ce qui manque encore pour porter ces bataillons au grand complet ; 2° un état de situa­tion détaillé des 4es bataillons de l’armée du Rhin ; cet état indiquera l’emplacement, le cadre, la situation de chaque compagnie et le nombre d’hommes, en comptant comme reçus ceux dont vous aurez appris le départ, et faisant connaître ce qui manque au complet.

Tous les 4es bataillons de l’armée du Rhin doi­vent avoir leurs grenadiers et voltigeurs et deux compagnies de fusiliers déjà partis ; mais je crois que ces compagnies partent très‑incomplètes, et qu’il y manque beaucoup de monde. Une colonne fera connaître les dispositions que j’ai prises pour distribuer en leur faveur une portion des conscrits de la Garde. Une autre colonne fera connaître ce qu’il faut prendre encore pour compléter les gre­nadiers et voltigeurs et les deux premières compa­gnies de fusiliers. Cela fait, il faut pourvoir à compléter les 3es et 4es compagnies de fusiliers.

  Les deux états que je viens de vous demander pour l’armée du Rhin, je vous les demande aussi pour le corps d’Oudinot et pour le corps d’observa­tion. Enfin vous me présenterez dans une récapitu­lation : 1° le total de mes armées en Allemagne au 1er  avril, en supposant reçu ce qui est parti pour les renforcer ; 2° ce que devrait être leur situation au complet ; 3° ce qui manque. Par là je connaîtrai ce qui me reste encore à envoyer pour porter mes armées d’Allemagne au complet, et ce n’est qu’a­près que ces armées et les 4es bataillons qui doivent les rejoindre seront complétés, qu’on pourra tra­vailler à la formation du corps de réserve.

Les régiments du corps de réserve qu’il importe le plus de former promptement sont les deux de Saint‑Omer et celui de Gand ; mais il manque 3,300 hommes pour les compléter. Il est donc convenable que vous me proposiez de faire venir les cadres de ces différents régiments à Paris, pour y prendre 3,000 conscrits de la Garde et les conduire à Saint-­Omer et à Gand, où ils compléteront les régiments ; mais, pour cela, il faudrait que les cadres des ba­taillons fussent déjà formés. Vous me ferez donc connaître ceux des régiments qui, dès aujourd’hui, ont le cadre du 5è bataillon et ceux qui ne l’ont pas.

Par ce moyen, ces trois régiments se trouveront organisés ; ce qui me mettra à même de disposer des dix 4es bataillons qui sont actuellement au camp de Boulogne, composés de conscrits des quatre années, et que je destine aussi à rejoindre les bataillons de guerre en Allemagne. Proposez‑moi cette mesure, qui est des plus urgentes. Il me tarde aussi d’apprendre que les officiers de l’École mili­taire et les sous‑officiers des vélites sont partis.

Je désire que vous m’apportiez mercredi l’état ci­-joint, avec les changements et avec le travail que je viens de vous demander.

NAPOLÉON.

 

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

 

1107. ‑ INSTRUCTIONS POUR LA FORMATION DE L’ARMÉE D’Italie ;  RECOMMANDATIONS ET AVIS DIVERS.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

Paris, 16 mars 1809.

Mon Fils, le 23è léger, qui était en Toscane, a dû y arriver fort de 600 hommes ; il doit avoir reçu 300 hommes ; 300 hommes partent vers la fin de mars du Piémont pour le joindre ; ce qui portera ces deux bataillons à 1,200 hommes. Le 22è léger, qui est à Ancône, a dû recevoir 800 hommes ; 200 hommes vont partir pour le rejoindre ; ces deux ba­taillons seront donc au complet de 1,600 hommes. Ainsi, au premier événement, ils pourront entrer en ligne. Le 52è va recevoir 300 hommes qui par­tent de Gênes, le 102è recevra 200 hommes ; le 29è de ligne, 100 hommes. Mon intention est donc que la division Miollis vienne à être composée : de quatre bataillons du 62è, 3,000 hommes ; de quatre bataillons du 23è léger, 3,000 hommes ; de deux batail­lons du 22è léger, 1,500 hommes ; du 4è bataillon du 101è, 700 hommes ; du bataillon du 14è léger, 1,300 hommes, et du bataillon du 6è de ligne, 1,200 hommes ; ce qui formerait une division de 10 à 11,000 hommes de très‑bonnes troupes ; et le château Saint‑Ange serait occupé par le bataillon de la Tour d’Auvergne ou d’Isembourg, par le régi­ment napolitain, en attendant l’arrivée des autres troupes de Naples. Vous avez mal compris mon in­tention en réduisant les régiments italiens dont les 3es bataillons sont en Espagne. Je n’ai pas entendu que l’on dût attendre l’arrivée des cadres des 3es bataillons pour former ces bataillons, mais que vous les formeriez dès aujourd’hui en prenant des sous‑lieutenants dans les collèges, des officiers plus avancés, dans votre garde et dans les vélites qui ont fait campagne, quelques‑uns même dans les troupes françaises. Mais il faut, sans délai, exécuter mon ordre, et vous occuper de porter l’armée au grand complet, considérant les cadres des bataillons qui sont en Espagne comme s’ils n’exis­taient plus. Ainsi je compte qu’au mois de mai, au lieu de la division Severoli, vous me présenterez deux divisions italiennes, chacune de dix ou douze bataillons, et formant au moins 18,000 hommes sous les armes, c’est‑à‑dire 9,000 hommes chacune, et ayant chacune ses sapeurs, ses outils attelés et ses douze pièces de canon. Levez la conscription, et ne perdez pas un moment pour remplir toutes les places vacantes. Revoyez avec attention les dépôts, et faites partir tout ce qu’il y a de disponible pour les bataillons de guerre.

       Je compte qu’au 1er avril la division Seras aura 10,000 hommes, y compris ses douze pièces d’ar­tillerie, et un escadron de 200 chevaux ; que la division Broussier aura la même force ; qu’elles seront, l’une au camp d’Udine, l’autre au camp d’Osoppo, ayant des avant‑postes, celle du général Broussier, sur la Pontebana, celle du général Seras, sur les confins, du côté de Caporetto. Vous mettrez sous les ordres du général Seras une bri­gade de cavalerie légère de deux régiments, qui couvrira le cours de l’Isonzo, du côté de la Chiusa vénitienne. L’escadron de dragons de la division Broussier, qui sera alors à 200 chevaux, sera suffi­sant. Vous mettrez dans Palmanova, pour garnison, 1,200 hommes de troupes italiennes, les compa­gnies d’artillerie et le nombre de sapeurs français qui seront nécessaires, en recommandant la plus grande surveillance. Je suppose que le service de la place de Palmanova se fait avec vigilance, et que les portes ne s’ouvrent pas la nuit. La division Grenier sera le 1er avril à Conegliano, Pordenone et Sacile, ayant ses douze pièces de canon, et s’étendant dans les pays sains de la gauche, pour y vivre plus commodément. Je suppose qu’alors tous les détachements auront rejoint, et que cette division m’offrira an moins 9,000 hommes. La division Barbou, qui sera de 10,000 hommes et de vingt‑quatre pièces de canon, occupera Trévise et tous les villages le long de la Piave, en remon­tant du côté de Feltre et de Bassano. La division Lamarque, hormis le 112è, qui est encore néces­saire en Toscane, et qui sera complétée à 6,000 hommes, douze pièces de canon, sera placée à Vérone et le long de l’Adige. Les Italiens, qui seront à la division italienne composée de 12,000 hommes, seront à Vicence, Padoue, etc. Vous au­rez donc sur la gauche de l’Adige 60,000 hommes d’infanterie, 10,000 hommes de cavalerie, 708 pièces d’artillerie attelées, formant un fonds d’ar­mée de plus de 80,000 hommes. Vous manderez, dans une lettre chiffrée et par un officier intelli­gent, ces dispositions au général Marmont. Vous lui ferez connaître que le duc de Danzig commande 40,000 Bavarois réunis entre Munich et Passau ; que le prince Poniatowski commande 30,000 Polo­nais qui sont campés sur la Vistule, menaçant Cracovie ; que le prince de Ponte‑Corvo commande l’armée saxonne devant Dresde ; que le duc d’Auerstaedt est à Baireuth avec un corps de 80,000 Français ; que le duc de Rivoli est à Ulm et à Donauwœrth avec un corps de 60,000 hommes ; que le général Oudinot a un corps d’élite de 40,000 hommes à Augsburg et sur le Lech ; que les Russes marchent sur l’Autriche, qui paraît avoir fait des armements considérables, qui, fière des grands rassemblements qu’elle a armés, semble courir à sa perte ; que je compte sur son activité, sans lui rien prescrire de positif, pour battre ce qu’il a devant lui et ne pas se laisser masquer par une poignée de            et, comme il est…….. et, comme il est probable que les armées resteront en présence pendant tout le mois d’avril, je compte que l’armée d’Italie sera renforcée alors de 6,000 Italiens et de la division Miollis ; ce qui portera l’armée sous vos ordres à 90,000 hommes.

J’ai ordonné que le briquet fût supprimé dans la compagnie de grenadiers et de voltigeurs et qu’on y substituât des outils ; que les sapeurs et canon­niers portassent au baudrier, en guise de sabre, la 1re escouade de chaque compagnie, des haches ; la 2è, des pics‑hoyaux ; la 3è, des pioches, et la 4e, des pelles. Mon intention est d’étendre cette mesure à toute l’armée et de supprimer ainsi une arme aussi inutile que le briquet.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

 

1108. ‑ ORDRES POUR LA CONCENTRATION DE L’ARMÉE DU RHIN ENTRE BAIREUTH ET LE DANUBE.

AU MARÉCHAL DAVOUT, DUC D’AUERSTAEDT,

COMMANDANT L’ARMÉE DU RHIN, A ERFURT.

Paris, 17 mars 1809.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 12 ; je donne ordre au ministre du trésor public d’assurer les fonds, non‑seulement pour le remplacement des valeurs qui ont été protestées, mais encore, d’avance, pour le service de mars, d’avril et de mai. Cette exactitude est nécessaire afin que, si quelque valeur était protestée ou s’il survenait quelque em­barras, on eût toujours le temps de remplacer. Je suppose que vous pourvoyez à la solde du corps d’Oudinot ; il est très‑important que ce service ne manque pas d’un jour. Le corps du duc de Rivoli s’appelle Corps d’observation de l’armée du Rhin ; il sera réuni le 20 à Ulm. Le ministre du trésor pourvoira directement à la solde de ce corps ; l’ar­mée du Rhin n’a rien à voir là. Faites armer et approvisionner les forts de Kronach, Forchheim et Bamberg. Je suppose que votre quartier général sera déjà rendu à Würzburg. Faites approvisionner cette citadelle. Le duc de Danzig doit être arrivé le 20 à Munich. Le 105è de ligne et le 8è de hussards arrivent, à ce qu’il me semble, vers les premiers jours d’avril. Suivez la direction de ces troupes, afin que, s’il survenait quelques changements, vous puissiez les détourner de leurs routes, et qu’il ne puisse pas leur arriver de malheurs. Envoyez, par un courrier extraordinaire, ordre au 72è de changer de route à Wittenberg, où il arrivera le 23, et de se diriger sur Würzburg. Tout ce qui vient derrière, sapeurs, canonniers, escadrons du 7è, qui suivent cette route, changeront également de direction à Wittenberg, et, au lien d’aller sur Magdeburg, viendront sur Würzburg. Donnez ordre à tout ce qui appartient à la division Saint­-Hilaire, cavalerie, infanterie, sapeurs et artillerie, qui le 18 seront à Magdeburg de se mettre en mar­che pour Würzburg. Le 10è d’infanterie légère, le 3è de ligne, le 72è, le 57è et le 105è, le 8è de hussards, le 16è et le 12è de chasseurs, le matériel d’ar­tillerie, auront tous leur mouvement sur Würz­burg. Vous ne leur donnerez pas de séjours, et vous ferez faire à toutes ces troupes des marches raisonnables, afin d’activer leur réunion. Je préfère que cette réunion se fasse plutôt sur Würzburg que sur Bamberg, parce que la route est plus à droite et plus éloignée des frontières. Je désire donc que vous ayez une division à Baireuth, une à Nurem­berg, une à Bamberg ; que la cavalerie légère de votre ancien corps d’armée garde les débouchés de la Bohême ; que la division Saint-Hilaire se réunisse d’abord à Würzburg, d’où on pourra l’envoyer entre Nuremberg et Ratisbonne, ainsi que la cavalerie du général Montbrun et la grosse cavalerie de Nansouty ; tout cela sur la droite, de sorte que, s’il ne survient pas de changements, la gauche de votre armée soit sur Baireuth et la droite sur le Danube. En cas d’événement, c’est sur la droite qu’il faut se porter pour se joindre aux Bavarois, aux Wurtembergeois, au corps du général Oudinot et à celui du duc de Rivoli. Faites‑moi connaître quand la division Saint‑Hilaire sera arrivée. Le parc général sera réuni à Würzburg. Ne tenez à Bai­reuth que peu de malades. A tout événement, les places de Forchheim, de Bamberg et de Würzburg doivent contenir les embarras de l’armée. Je désire que vous fassiez établir un hôpital à Forchheim et que le général qui est à Baireuth y envoie sans affectation ses malades. Je désire également un hôpital à Bamberg. Écrivez au général Saint‑Hilaire qu’il abrège la marche de ses troupes ; qu’il n’est plus question de se porter sur Magdeburg, mais bien de se diriger tous sur les positions que je vous ai indiquées. Donnez ordre que tout ce qu’il y a de transports militaires en Hanovre soit dirigé sur Würzburg. Envoyez savoir quand la division Dupas arrivera à Hanovre. J’ai donné ordre au prince de Ponte‑Corvo de se rendre à Dresde. Vous donnerez ordre aux grenadiers et voltigeurs du 22è de se rendre aussi à Mag­deburg, de sorte qu’il y ait dans cette place un bataillon de 500 à 600 Français. Écrivez au roi de Westphalie pour que, de son côté, il mette dans cette garnison ses troupes les plus sûres. Le 19è d’infanterie de ligne a 700 hommes qui arrivent le 22 mars à Mayence. J’ai donné ordre que cette troupe fût dirigée sur Würzburg. A son arrivée, placez‑la en garnison dans la citadelle, où elle res­tera jusqu’à ce que je donne des ordres pour qu’elle rejoigne son corps.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

 

1109. ‑ INSTRUCTIONS SUR L’APPROVISIONNEMENT DE SOULIERS.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

Paris, 17 mars 1809.

Mon Fils, vous savez qu’on manque toujours de souliers à la guerre. Il est convenable que vous preniez des mesures pour avoir vingt‑cinq mille paires de souliers à Palmanova, Vingt‑cinq mille paires à Mantoue, vingt‑cinq mille paires à Venise, et vingt‑cinq mille paires à Milan. Vous ferez faire l’avance de ces cent mille paires de souliers par le ministre de la guerre d’Italie, et vous prendrez toutes les mesures pour qu’elles soient de très­ bonne qualité ; car il vaut autant ne rien avoir que d’avoir de mauvais souliers, et vous aurez soin que ces souliers soient placés aux dépôts et ne soient dis­tribués que par votre ordre et dans les revues que vous passerez. Dans les distributions que vous en ferez, les corps devront toujours les payer. Lorsque vous passerez la revue des corps, si les hommes n’ont qu’une paire de souliers dans le sac et une aux pieds, vous leur en ferez donner une troisième paire, dont vous ordonnerez la retenue sur la masse de linge et chaussure. Moi‑même, si je vais en Italie, j’accorderai aux corps une paire de souliers en gratification, et je la ferai payer par le trésor de France. Ainsi le trésor italien ne supportera aucune charge pour cet objet. Indépendamment de cela, écrivez aux dépôts qui sont dans la 27è et la 28è division militaire et dans les 7è et 8è pour qu’ils aient à envoyer à leurs corps, en Italie, une certaine quantité de souliers, pour entretenir la chaussure.

          NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg

 

 

1110. ‑ ORDRES POUR LA MISE EN ÉTAT DE DÉFENSE DES DIFFÉRENTES PLACES DE L’INN, DU LECH ET DU DANUBE.

AU GÉNÉRAL BERTRAND, AIDE DE CAMP DE L’EMPEREUR,

A PARIS.

La Malmaison, 20 mars 1809.

Monsieur le général Bertrand, je vous envoie une lettre du général Chambarlhiac et différentes pièces sur les têtes de pont du Lech. Suivez la correspondance relative à Passau, et donnez les ordres nécessaires pour que les têtes de pont du Lech soient fraisées, palissadées et qu’on fasse passer de l’eau dans les fossés ; qu’elles soient également ar­mées de l’artillerie nécessaire, en y mettant, non de l’artillerie de campagne, mais des pièces de po­sition qui seront servies par des Bavarois. Ayez un plan d’Augsburg, et prenez toutes les mesures pour qu’on fortifie cette place, afin que dans tout événement elle soit à l’abri d’un coup de main. Présentez‑moi un projet sur cette place. Donnez également des ordres pour que la place d’Ingol­stadt soit mise à l’abri d’un coup de main et qu’elle serve de tête de pont, pour pouvoir manœuvrer sur les deux rives du Danube. Suivez la correspondance relative à l’armement de Kronach, de Würzburg et autres places entre Forchheim et le Danube, et re­mettez‑moi l’état de ces places. Prenez des renseignements sur toutes les forteresses que la Maison d’Autriche a en Bohême et dans le pays de Salzburg. J’avais réuni dans mes campagnes d’Italie beaucoup de renseignements sur la situation de Klagenfurt et sur cette partie. Les Autrichiens y avaient fait et y ont fait depuis des fortifications de campagne. Vous devez trouver beaucoup de ces documents dans mon bureau topographique. Mettez‑moi cela sur la carte avec des mémoires.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par M. le général Henry Bertrand,

 

 

1111. ‑ CONSTITUTION D’UNE DIVISION DE RÉSERVE

 DANS LE CORPS DU MARÉCHAL DAVOUT

AVEC LES 4es BATAILLONS DES RÉGIMENTS DE CE CORPS.

A ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL,

MAJOR GÉNÉRAL DE L'ARMÉE D’ALLEMAGNE, A PARIS.

La Malmaison, 21 mars 1809.

Mon Cousin, donnez ordre au général sénateur Demont de se rendre à Würzburg pour être em­ployé an corps du duc d’Auerstaedt. Faites connaî­tre au duc d’Auerstaedt que je désire qu’il mette sous les ordres de ce général une réserve qui serait composée des 4es bataillons du 30è, du 61è, du 65è, du 33è, du 111è, du 12è et du 85è de ligne ; ce qui fait sept bataillons. Ces sept bataillons ne sont encore qu’à 500 hommes ; ils ne forment donc qu’une force de 3,500 hommes ; mais ils vont bientôt recevoir une compagnie qui leur produira une aug­mentation de 1,100 hommes. Les 4es bataillons des 48è, 108è, 25è de ligne et 13è léger ne doivent pas tarder à partir de Boulogne, ce qui portera le nombre des 4es bataillons à onze ; on pourrait y joindre ceux des 7è léger, 17è et 21è de ligne, ce qui ferait quatorze bataillons. Cette réserve paraît nécessaire ; les divisions restant composées de cinq régiments, et chaque régiment ayant un complet de 2,500 hommes, les divisions seraient de plus de 12,000 hommes ; si l’on y laissait les 4es bataillons, elles seraient de 14 à 15,000 hommes ; ce qui est beaucoup trop fort pour une division. La formation des 4es bataillons n’est pas encore terminée ; il sera bon de les avoir sous la main et en dépôt pour être réunis. Il y a aussi un avantage à cette mesure, c’est qu’un régiment qui a trois bataillons en ligne et un bataillon à la division de réserve, qui peut ne pas se trouver compromis le même jour, peut trouver dans ce bataillon des ressources pour réparer ses pertes. Je désire donc que le corps du duc d’Auerstaedt soit composé de la manière suivante : des divisions Morand, Gudin, Friant et d’une quatrième division formée de 4es bataillons de chacune des trois premières divisions. Chacune de ces trois premières divisions doit avoir trois généraux de brigade, un pour l’infanterie légère, et les deux autres commandant deux régiments de ligne ou six bataillons. La division du général Demont devra avoir trois géné­raux de brigade : un, commandant les 4es batail­lons de la 1re division ; un, commandant les 4es ba­taillons de la 2è division ; et un, commandant les 4es bataillons de la 3è division. Deux ou trois bataillons de la même division seront réunis sous le commandement d’un major. Les 4es bataillons des 13e léger, 17è et 30è de ligne seront réunis sous un major de l’un de ces trois régiments. Les 4es bataillons des 61è et 65è seront commandés par un major de l’un de ces deux régiments. Par cette formation, tous les avan­tages se trouvent réunis ; et le duc d’Auerstaedt aura quatre généraux de division, douze généraux de brigade, quatre adjudants commandants, et soixante pièces de canon, à raison de quinze pièces par division, indépendamment de l’artillerie atta­chée à la cavalerie, et des généraux et adjudants commandants attachés à son état‑major.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

 

1112. ‑ ORDRES POUR L’ORGANISATION DU SERVICE

DU GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

AU GÉNÉRAL BERTRAND,

COMMANDANT LE GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A PARIS.

La Malmaison, 22 mars 1809.

Monsieur le Général Bertrand, le bureau du gé­nie à la guerre est composé d’hommes si médio­cres que je ne comprends pas ce rapport. Voyez le bureau de la guerre, et faites‑moi demain soir un rapport. Voici ce qu’il me faut : des outils pour les places et des outils pour la campagne. Les outils pour la campagne doivent être portés dans quarante­-huit caissons attelés de six chevaux, ce qui fait 30,000 outils ; près de 300 chevaux et 180 à 200 hommes sont donc nécessaires. Comme j’ai ordonné que les compagnies de pionniers eussent un cer­tain nombre de caissons, il faut voir si les compa­gnies qui sont à l’armée peuvent fournir ces quarante‑huit caissons, afin de ne rien faire d’extraordinaire hors de l’organisation que j’ai ar­rêtée il y a quelques mois. Il faut ensuite des outils pour les places et sur les derrières. Il est de prin­cipe, et vous devez tenir la main à son exécution, que les outils de campagne ne peuvent dans aucun cas être employés pour les places ; ce sont des res­sources dont je veux pouvoir me servir la veille d’une bataille, ou dans les huit jours qui précèdent des événements importants. J’ai besoin d’outils sur les derrières, de 6,000 à Passau et de 6,000 à Augs­burg. Ceux-là n’ont pas besoin d’être attelés, et, à mesure qu’on marcherait, on ferait avancer ces ou­tils, soit sur le Danube, soit ailleurs, par des voitures de réquisition. Assurez‑vous donc que le colo­nel Blein, votre chef d’état‑major, se rend à Strasbourg avec les officiers du génie qu’on pourra se procurer en France. Établissez votre correspon­dance avec les généraux Tousard, Chambarlhiac, Andréossy et Lazowski, et préparez des mesures pour que, sans délai et sans compter sur les res­sources de l’Espagne, vous ayez quarante‑huit caissons attelés de six chevaux, 200 hommes du train et 30,000 outils, indépendamment de 12,000 outils pour Augsburg et Passau. Il faut que demain mon décret soit pris et le service organisé. Je dois avoir à l’armée d’Allemagne. . . . .[1] compagnies de mineurs et quinze compagnies de sapeurs. Je crois avoir donné des ordres pour que toutes les compa­gnies de sapeurs qui étaient à Danzig, Stralsund et dans toutes les places de l’Oder, se repliassent sur Bamberg. Voyez cela chez le major général et chez le ministre de la guerre, afin que ces ordres soient donnés sur‑le‑champ, s’ils ne l’avaient pas été. Ces quinze compagnies doivent être toutes disponibles pour l’armée active.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm, par M. le général Henry Bertrand.

 

 

1113. ‑ ORDRES CONCERNANT LES SERVICES ADMINISTRATIFS DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Paris, 28 mars 1809.

Écrire ce soir à l’ordonnateur de la 5è division et au préfet qu’ils prennent les mesures nécessaires pour faire partir, sous vingt‑quatre heures, pour Stuttgart, une compagnie de constructeurs, dans laquelle il y ait 30 ou 40 hommes dont 3 ou 4 habiles à construire des fours. 150 boulangers, 50 au préfet de Strasbourg, 50 au préfet de Mayence, 50 à Colmar. Les préfets les engageront pour six mois. Ceux de Strasbourg se mettront en marche, par division de 25, sur Stuttgart.

Écrire à l’ordonnateur à Ulm, que je suppose qu’il y a au moins dix mille quintaux de farine réunis à Ulm ; qu’il se concerte avec les Bavarois pour les réunir sans délai ; que, s’il n’a pas de boulangers, il en forme toujours quelques brigades : les circon­stances sont urgentes ; qu’il se procure des bateaux pour transporter, les vivres d’Ulm sur Donauwœrth.

Écrire, à Augsbourg, au commissaire des guerres d’Oudinot d’augmenter les magasins et de faire 100,000 rations de biscuit et 100,000 rations de pain biscuité.

Expédier sur‑le‑champ un commissaire des guerres avec des lettres de crédit du trésor public pour 200,000 francs. Réunir un million de rations en blé ou farine, mais le plus possible de farine.

J’ai fait construire jadis des fours à Donauwœrth. Requérir les Bavarois et faire construire les fours à Donauwœrth. Il faut que, vingt‑quatre heures après l’arrivée du commissaire des guerres, il y ait 100,000 rations de farine dans les magasins.

Voir les moyens de bateaux qu’on pourrait trouver à Donauwœrth, pour transporter sur le Danube.

J’ai ordonné un million de rations de biscuit aux autorités bavaroises ; j’en ai demandé 200,000 à Passau, 200,000 à Munich, 200,000 à Ulm, 200,000 à Augsbourg, 200,000 à Ingolstadt. Dire au commissaire des guerres que je les suppose confec­tionnées. En activer la confection si elles ne le sont pas, et avoir des moyens pour les faire filer par le Danube sur Donauwœrth.

Le commissaire des guerres qui ira à Donan­wœrth enverra à Ingolstadt.

Les deux cent mille rations de Passau seront mises sous la protection du fort, si cela est nécessaire.

Celles de Munich, en cas d’événement, se dirige­ront sur Donauwœrth et sur Augsbourg.

Activer toutes ces fabrications.

Outre le commissaire des guerres envoyé à Donauwœrth, envoyer l’ordonnateur Joinville. L’in­tendant général lui fera connaître le secret de l’armée.

Si les Autrichiens attaquent avant le 10 avril, l’armée doit se concentrer derrière le Lech : la droite occupant Augsbourg, et la gauche la droite du Danube sur Ingolstadt, Donauwœrth.

Donauwœrth doit être le point le plus central de l’armée.

Ainsi donc recommander, si le cas arrivait, que le biscuit d’Ingolstadt et Munich soit dirigé derrière le Lech.

Établir des hôpitaux à Ulm, à Augsbourg, qui sera toujours gardé, et à Donauwœrth.

Le commissaire des guerres pourra porter les 200,000 francs en or dans sa voiture. Il portera des lettres de crédit sur Augsbourg, si le ministre en a.

Il doit y avoir, à Donauwœrth, le général Mon­thion au bureau d’état‑major. Le major général écrira au maréchal Davout pour lui faire connaître l’existence de l’ordonnateur Joinville à l’armée, et qu’il corresponde avec lui. Le cas d’un mouvement rétrograde arrivant, le commissaire des guerres Joinville devra se concerter avec le gouvernement bavarois pour frapper des réquisitions sur Nördlingen, Donauwœrth, Ulm, en arrière du Lech et sur toute la rive droite du Danube ; se procurer, en payant, des bateaux sur le Danube ; 200,000 francs seront mis à sa disposition le 25 mai. J’aurai 1,000 marins.

Sans attendre les constructeurs, il fera construire par les Bavarois à Ulm et à Donauwœrth.

Demander à Augsbourg 20,000 quintaux de farine.

Il fera des marchés à Ulm pour une trentaine de bateaux montés du nombre d’hommes nécessaire ; autant à Donauwœrth et autant dans l’intervalle. Il les louera à tant par mois à dater du plus tôt possible.

Le principal est d’avoir à Donauwœrth des fours et des boulangers.

Le duc d’Auerstaedt m’a mandé que 700,000 rations de biscuit étaient dirigées sur Donauwœrth ; mais Dieu sait quand il arrivera !

J’ai aussi ordonné à Ulm un magasin de souliers et un magasin d’artillerie.

L’intendant général partira demain. Arrivé à Strasbourg, il dirigera sur Ulm tous les souliers, tous les moyens d’hôpitaux et tous les souliers qui appartiendraient aux corps.

Il favorisera les transports d’artillerie.

Il s’entendra avec les gouvernements de Bade et de Stuttgart pour établir des relais de Strasbourg à Ulm, afin de porter rapidement les vivres que, une fois ces relais établis, on ferait passer de Strasbourg.

Il ordonnera, à Strasbourg, la confection de 200,000 rations de biscuit. Il prendra des mesures pour qu’il y ait à Strasbourg un approvisionnement de farine.

Je vois que, l’année passée, on avait de Stras­bourg à Ulm neuf relais ; on sera à temps d'en mettre ensuite d’Ulm à Augsbourg ; 30 hommes par relais. Ce serait peu de chose ; il faudrait en donner la moitié à l’artillerie.

L’intendant général fera les marchés et payera.

Si les mêmes voitures pouvaient aller de Stras­bourg à Pforzheim en ayant quatre relais de che­vaux, et tirées par convois de trente, et de Pforzheim à Ulm, on y gagnerait beaucoup de temps, parce que les mêmes voitures pourraient aller en six jours de Strasbourg à Ulm.

On avait……[2]     pour l’État de Bade. Jusqu’à ce que ce soit organisé, on pourra requérir trois cents voitures en Alsace.

Si l’ennemi ne fait aucun mouvement, les trou­pes doivent continuer à vivre, sauf à liquider avec les Bavarois.

Les Bavarois doivent former les magasins d’Augsbourg.

Ceux d’Ulm et de Donauwœrth à mes frais.

Quant aux souliers, on fera un marché de 100,000 paires à Strasbourg. Il faut les livrer par jour, à raison de tant, à 1,000 paires par jour, si cela est possible.

M. Daru prendra des renseignements pour savoir la route qu’ont prise les 40,000 paires de souliers qui se rendent à Augsbourg. Il est autorisé à les arrêter à Donanwœrth.

M. Daru est autorisé à commander 50,000 paires de souliers à Ulm et autant à Augsbourg, 100,000 paires à Strasbourg ; cela ferait 200,000.

Je suppose que M. Daru trouvera au moins 50,000 paires de souliers à Strasbourg.

S’il y en a 40,000 paires en route pour Augsbourg, qu’il fera arrêter sur le Danube, cela ferait environ 300,000. J’ordonne au ministre de faire envoyer à Strasbourg tous les souliers appartenant aux corps.

Le million que je demande à Strasbourg, pour le 1er avril, sera à la disposition du major général pour l’artillerie et le génie.

Comme renseignement pour la suite : former un atelier de confectionnement à Augsbourg et à Ulm.

D’après la copie comm. par M. le comte Daru.

 

1114. ‑ NÉCESSITÉ D’AVOIR DEUX LIEUTENANTS GÉNÉRAUX EMPLOYÉS A L’ARMÉE D’ITALIE.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

Paris, 29 mars 1809.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 24, relative au général Baraguey d’Hilliers. Il n’est pas possible que vous puissiez commander sept divisions sans lieutenants généraux. L’armée d'Italie sera une et ne sera pas divisée en corps d’armée ; il vous faut deux lieutenants généraux ; sans quoi, s’il se trouve deux généraux de division ensemble, ils ne s’en­tendront pas, et il est impossible que vous soyez partout. D’ailleurs une seule division de 9,000 hommes se trouve trop faible étant isolée, car ces 9,000 hommes seront bientôt réduits à 6,000. Je pense donc qu’il est nécessaire que deux généraux de division soient lieutenants généraux et commandent chacun deux divisions ; 18,000 hommes peu­vent aller partout. Par exemple, en supposant que vous placiez sur les frontières de l’Isonzo, vis‑à‑vis Goritz, une division française de 9,000 hommes et une division italienne de 8,000 hommes, avec une brigade de cavalerie légère, cela ferait 18 à 19,000 hommes qui ont besoin d’un commandant. Si vous avez un pareil corps du côté de la Pontebana, il faudrait nécessairement à ce corps un commandant. Il vous resterait trois divisions françaises avec les divisions de cavalerie. Je conçois très‑bien que ces trois divisions pourraient faire la campagne sans commandant particulier et être commandées direc­tement par vous.

Il n’est pas dans mon intention de mettre Miollis à Venise ; il a une trop belle division, et j’espère qu’elle sera en ligne avant le commencement des hostilités. En ayant deux lieutenants généraux, vous pouvez donner à l’un deux divisions, à l’autre trois, et en garder trois avec vous, sauf à les affai­blir selon les circonstances. Faites‑moi connaître qui vous pourriez nommer vos lieutenants gé­néraux.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.



[1] Le nombre de ces compagnies de mineurs est resté en blanc sur l’original.

[2] Lacune sur la copie.

 

 

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