| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome sixième Paris - 1876
1115.
‑ INSTRUCTIONS POUR LE MAJOR GÉNÉRAL AU MOMENT DU DÉPART POUR L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE. Paris,
30 mars 1809. Les
Autrichiens n’ont point déclaré la guerre. Croire qu’ils attaqueront
sans rappeler leur ambassadeur ne paraît pas probable. C’est ce
qu’ils firent cependant en 1805. Mais l’empereur, comme empereur d’Allemagne,
avait un prétexte plausible, celui de prétendre avoir le droit d’entrer
en Bavière et de pouvoir encore négocier à Ulm, jusqu’à l’arrivée
des Russes. D’ailleurs, alors, l’armée française était encore à
Boulogne, et l’espoir de pouvoir s’emparer de l’armée bavaroise et de
déterminer la cour de Stuttgart a pu motiver la marche qu’a tenue à
cette époque le gouvernement autrichien. Aujourd’hui pourquoi
attaqueraient‑ils sans déclaration de guerre ? Les troupes françaises
sont prêtes ; les Autrichiens savent bien qu’ils ne prendront ni l’armée
saxonne ni l’armée bavaroise, qui sont prêtes et réunies, et
d’ailleurs ils s’exposeraient à s’attirer la guerre avec la Russie.
Cependant la guerre est sans doute imminente avec l’Autriche , qui ne peut
nourrir longtemps une si grande quantité de troupes réunies. Tout indique
pourtant que vers le 15 avril leur armée sera prête à entrer en campagne.
Il est donc convenable que nous le soyons aussi à cette époque, et, à la
direction près, nous le sommes aussi. Au
15 avril, 1,500 chevaux de la Garde, seize pièces d’artillerie, 6,000
hommes d’infanterie, mes chevaux et ma Garde seront à Strasbourg. Le
1er avril, le duc d’Auerstaedt sera réuni avec ses vingt régiments
d’infanterie entre Nuremberg, Bamberg et Baireuth, et la division
Saint‑Hilaire entre Nuremberg et Ratisbonne. L’armée
bavaroise a une division à Straubing, une à Landshut et une à Munich. Au
1er avril, le général Oudinot aura 18,000 hommes sous les armes
entre Augsbourg et Donauwœrth.
Le maréchal duc de Rivoli se trouve réuni à Ulm avec plus de
25,000 Français. Le
contingent de Bade est réuni à Pforzheim ; celui de Hesse‑Darmstadt
à Mergentheim ; mais le duc de Rivoli est autorisé à faire venir ces
contingents sur Ulm, aussitôt qu’il croirait les hostilités
imminentes. Ainsi donc, du 1er au 15 avril, j’aurai trois corps d’armée
qu’il faudra réunir sur le Danube, soit sur Ratisbonne, soit sur
Ingolstadt, soit sur Donauwœrth. Alors
le corps du duc d’Auerstaedt, composé de quinze régiments d’infanterie
et de sept régiments de cavalerie, le corps du duc de Rivoli composé
de douze régiments d’infanterie et de quatre régiments de cavalerie,
le corps composé de la division Saint‑Hilaire et du corps du général
Oudinot, qui aura douze demi‑brigades, six régiments d’infanterie
et sept régiments de cavalerie, enfin la réserve de cavalerie, composée
de sept régiments de cavalerie légère, de six régiments de grosse cavalerie,
présentent une force totale de plus de 130,000 Français et de 10,000 alliés
; en tout, 140,000 hommes. Il
faut donc : 1° qu’Augsbourg soit à l’abri d’un coup de main, et que,
au lieu de ralentir les travaux des fortifications, on redouble
d’activité pour les rétablir ; que cette place renferme les 200,000
rations de biscuit demandées ; qu’il y ait des fours pour cuire 60,000
rations et des magasins de toute espèce. 2°
Toutes les tètes de pont sur le Lech doivent être palissadées et armées
avec de l’artillerie plus forte que celle de campagne. Enfin
Donauwœrth doit contenir beaucoup de magasins ; car, si les Autrichiens
attaquent, cette ville sera vraisemblablement le quartier général de
l’armée. Il
faut ajouter à ces dispositions celle importante de faire bien armer et
approvisionner la citadelle de Passau, de manière qu’elle puisse tenir
deux ou trois mois. On
doit travailler à Ingolstadt de manière à avoir de bonnes têtes de pont
sur le Danube, afin qu’on puisse déboucher quand on le voudra sur la rive
gauche. J’ai
donné l’ordre à l’intendant général de faire partir aujourd’hui un
commissaire des guerres avec 200,000 francs en or et 800,000 en lettres de
change, pour réunir à mes frais un million de rations, qu’on ne
touchera qu’en cas de réunion de l’arrnée. Il faut que les Bavarois
aient à Augsbourg et à Ulm deux millions de rations. L’ordonnateur
Joinville a dû partir avec l’ordre de louer à Donauwœrth et à Ulm un
certain nombre de bateaux avec équipages, pour un mois, pour pouvoir
transporter sur le Danube tout ce dont on aura besoin. Enfin
j’ai donné l’ordre au commandant du génie et à l’intendant général
d’être rendus à Strasbourg le 1er avril et d’établir des
relais de 60 voitures chacun entre Strasbourg et Ulm, afin de transporter
sur Ulm tout ce dont l’armée aura besoin, et, entre autres objets, les 3
ou 4 millions de cartouches, les 6,000 fusils, etc., que l’artillerie doit
avoir à Ulm, les 12,000 outils que le génie doit y avoir, enfin les objets
d’hôpitaux et les souliers que l’on trouverait à Strasbourg. J’ai
ordonné à l’intendant général de faire confectionner à Strasbourg
100,000 paires de souliers, 50,000 à Ulm, 50,000 à Augsbourg. Prenez des
mesures pour qu’ils soient bons et pour éviter les friponneries. Tous
les effets que les régiments voudront envoyer à leurs corps seront dirigés
sur Ulm, et de là, par le Danube, sur Ratisbonne et Passau, suivant les
mouvements de l’armée. Enfin
j’ai ordonné à mon ministre du trésor public de tenir trois millions
à Strasbourg, dont un à votre disposition et deux à la disposition de
l’intendant général. Vous pourvoirez aux dépenses qui sont du ressort
du ministre de la guerre sur ordonnance de l’intendant général, à votre
volonté. L’intendant général pourvoira à toutes les dépenses qui
seront du ressort du ministre directeur de l’administration de la
guerre. Le
major général partira pour être rendu à Strasbourg avec son état‑major
le….. de manière à pouvoir être, suivant les circonstances, le…...
soit à Donauwœrth, soit à Augsbourg ; il verra à Metz la division
westphalienne en détail. S’il
n’y a rien de nouveau, il séjournera à Strasbourg pour y activer
l’organisation soit de l’artillerie, soit Ou génie, administration,
etc. Il
expédiera un officier au duc d’Auerstaedt pour le prévenir qu’il sera
le….. à Strasbourg. Il ordonnera au général Bertrand, commandant le génie,
et à M. Daru, intendant général, d’y être rendus à la même époque,
pour y organiser le service. Le général Songis s’y trouve déjà. Le
général Bertrand se rendra de Strasbourg à Augsbourg et Ingolstadt. Comme
il est probable que les Autrichiens ne feront aucun mouvement, le major général
pourra aller à Ulm, où est le corps du maréchal duc de Rivoli, et à
Augsbourg, où est le corps du général Oudinot ; il y passera la revue des
troupes, afin de me faire connaître les emplois vacants et de m’envoyer
les promotions présentées. Il pourra également voir l’armée
bavaroise et le corps de Wurtemberg. Au surplus, si rien ne presse, il ne
quittera point Strasbourg sans attendre mes ordres, parce que, de là, il
sera plus à même d’expédier le mouvement général de l’armée, que
je lui adresserai ; mais je vais lui faire connaître mes projets, afin
qu’il puisse les faire exécuter sans attendre mes ordres, si les
circonstances étaient pressantes. Mon
but est de porter mon quartier général à Ratisbonne et d’y centraliser
toute mon armée. Le
quartier général de Donauwœrth et la ligne du Lech est une position à
occuper dans le cas où l’ennemi me préviendrait ; mais si les
Autrichiens ne bougent pas, je désire que le général Oudinot et le général
Saint‑Hilaire se réunissent à Ratisbonne. D’Ausgbourg à cette
ville, il y a cinq marches ordinaires et quatre marches de guerre ; en
faisant partir le général Oudinot d’Augsbourg le 5 avril, il serait le
10 à Ratisbonne, et, en supposant le général Saint‑Hilaire rendu à
Nuremberg le 5 avril, il serait le 8 ou le 9 à Ratisbonne, où je pourrai
avoir, vers le 10 avril, 30,000 hommes d’infanterie et sept régiments de
cavalerie. Le
duc d’Istrie y arriverait le même jour et réunirait toute sa réserve
de cavalerie. Le
duc d’Auerstaedt porterait son quartier général à Nuremberg ; il
n’occuperait Baireuth et les débouchés sur Egra que par l’extrémité
de sa gauche. Son quartier général ne serait donc qu’à
vingt‑quatre lieues de Ratisbonne, c’est‑à‑dire à
trois marches. Les
trois divisions de l’armée bavaroise se trouveraient également autour
de Ratisbonne à un, deux, trois jours de marche au plus. Le
duc de Rivoli porterait son quartier général à Augsbourg, et ne serait
qu’à quatre ou cinq marches de Ratisbonne. Ainsi
le quartier général se trouverait à Ratisbonne, au milieu de 200,000
hommes, à cheval sur une grande rivière, gardant la rive droite du Danube
depuis Ratisbonne jusqu’à Passau, et on serait alors dans une position à
l’abri de toute inquiétude des mouvements de l’ennemi, avec
l’avantage du Danube qui apporterait promptement à l’armée tout ce qui
lui serait nécessaire. Qu’est‑ce
que l’ennemi, qui est prêt, pourrait entreprendre aujourd’hui contre
l’armée ? Ce serait de se porter de Pilsen sur Ratisbonne par Waldmunchen
et Cham. De Pilsen à Ratisbonne, il y a cinq marches. Ce cas arrivant, la
division bavaroise qui est à Straubing se reploierait sur Ingolstadt, la
division bavaroise qui est à Landshut ferait le même mouvement ; le corps
du duc d’Auerstaedt se porterait sur Ingolstadt et Donauwœrth ; et
alors ce serait le cas de mettre le quartier général à Donauwœrth. Une
fois l’armée ainsi cantonnée autour de Ratisbonne, que fera l’ennemi ?
Se portera‑t‑il sur Cham ? On sera à même de réunir toutes
ses forces contre lui, pour l’arrêter sur les positions qu’on aura
reconnues sur la Regen. Se
portera‑t‑il sur Nuremberg ? Il se trouvera coupé de la Bohême. Se
portera‑t‑il sur Bamberg ? Il sera également coupé. Enfin
prendra‑t‑il le parti de marcher sur Dresde ? Alors on entrera
en Bohême et on le poursuivra en Allemagne. Agira‑t‑il
sur le Tyrol, en même temps qu’il débouchera par la Bohême ? Il
arrivera sans doute à Inspruck ; mais les dix ou douze régiments qu’il
aurait à Inspruck ne se trouveraient pas en bataille sur les débouchés de
la Bohême, et ces troupes qui seraient à Inspruck apprendraient la défaite
de leur armée en Bohême par notre arrivée sur Salzburg. Enfin
si l’ennemi paraît vouloir prendre les extrémités de la gauche et de
la droite pour agir, il faut accepter le centre, ayant pour retraite le Lech
et tenant comme garnison Augsbourg, pour être sûr d’avoir toujours cette
ville à sa disposition. Ainsi
donc le service du génie se réduit à fortifier les têtes de pont sur le
Lech, à fortifier Passau, Augsbourg, Ingolstadt. Le
service des vivres a pour objet la réunion de grands magasins à Augsbourg
et à Donauwerth, où il faut des fours pour cuire 30 à 40,000 rations. Les
magasins d’Augsbourg seront faits par la Bavière. Ceux de Donauwœrth
seront à mes dépens, afin de pouvoir les transporter où je voudrai
marcher, soit par l’une ou l’autre rive. L’intendant général doit
pourvoir à avoir de quoi confectionner à Donauwœrth deux millions de
rations de pain. Il prendra donc les mesures pour avoir ce qui sera nécessaire
; il en fera connaître la dépense. J’ai
demandé aux Bavarois un million de rations de biscuit. Quant
à tout le biscuit qui vient de la gauche, il pourra être dirigé sur
Ratisbonne, quand nous y serons ; mais, dans l’incertitude que nous ne
puissions pas arriver à Ratisbonne avant l’ennemi, tout sera dirigé
sur Donauwœrth, point que nous sommes aujourd’hui en état de défendre. A
l’égard des ingénieurs géographes, ils doivent faire la reconnaissance
des positions autour de Ratisbonne, des ponts sur le Danube, et le major général
écrira au général de Wrede pour avoir des renseignements sur ces ponts et
sur les positions. Par exemple, pourrait‑on défendre le pont de
Straubing dans le cas où l’ennemi arriverait par la rive gauche ?
L’intendant général doit s’assurer de tous les moyens possibles de
transport sur le Danube. Il doit avoir une compagnie de constructeurs de
fours et une compagnie de boulangers. Aujourd’hui
le duc d’Auerstaedt commande toute la première ligne, commandement
illusoire, puisqu’il ne pourrait pas prévoir à temps ce qui arriverait
sur l’Inn. Ainsi le major général ferait les organisations générales
suivant les circonstances, telles que de mettre le général Oudinot sous
les ordres du duc de Rivoli. Les vingt régiments d’infanterie qui sont
sur la gauche du Danube resteraient sous les ordres du duc d’Auerstaedt. Le
général Oudinot, le corps du duc de Rivoli et tout ce qui serait sur la
rive droite du Danube seraient aux ordres du due de Rivoli. Mais, en résultat,
mon intention est que, aussitôt que la division du général
Saint‑Hilaire et le général Oudinot pourront se réunir sur
Ratisbonne, les deux corps réunis n’en forment plus qu’un, qui sera
appelé 2è corps de la Grande Armée,
commandé par…. Le corps du duc d’Auerstaedt s’appellera 3è corps de la Grande Armée ;
le corps du duc de Rivoli s’appellera le 4è corps de la Grande Armée ;
enfin le corps du duc de Danzig s’appellera corps
bavarois de la Grande Armée. Quant
au corps de la cavalerie du duc d’Istrie, il sera composé de deux
divisions de grosse cavalerie, chacune de trois régiments, de deux
divisions de cavalerie légère, chacune de quatre régiments, dont sept régiments
français et un wurtembergeois. Ainsi le duc d’Istrie aura huit régiments
de cavalerie légère formant 7,000 hommes, six régiments de grosse
cavalerie formant 5,000 hommes ; total, 12,000 hommes. S’il est nécessaire,
on pourra retirer un régiment de cavalerie légère bavarois. J’ai
pris des mesures pour que tous les régiments de cavalerie légère soient
portés à 1,000 hommes, en faisant marcher tout ce qu’il y a de
disponible aux dépôts en France des régiments qui sont à l’armée
d’Espagne. Quant
aux dragons de la division Beaumont, ils formeront six régiments
provisoires dont la tête est déjà arrivée à Strasbourg, et qui pourront
partir de cette ville vers le 15 avril, forts d'environ 5,000 hommes. J’ai
aussi ordonné qu’il soit formé, des dépôts des régiments de hussards
qui sont en Espagne, des compagnies chacune de 80 à 150 hommes, que je
compte destiner à chacun des maréchaux pour leur garde et ordonnances.
Chaque maréchal veillera à l’administration et à l’entretien de cette
compagnie. J’ai
attaché au service du major général un régiment provisoire de
chasseurs fort de 1,000 hommes, qui se forme à Versailles, composé de deux
escadrons du 26è régiment de chasseurs, d’un escadron du 10è et
d’un escadron du 22è ; un bataillon de Neuchâtel, qui se rend à Paris,
un bataillon suisse, une compagnie de 100 gendarmes, la compagnie des
guides. Avec ces troupes, le major général fournira des postes sur les
derrières de l’armée, pour assurer les communications et escorter les
estafettes. Le
grand écuyer doit avoir avec lui des postillons des postes de France et 80
chevaux, pour faire toujours les soixante dernières lieues sur les derrières
de l’armée. Ainsi
donc l’armée française en Allemagne sera composée de trois corps. Le
2è corps, sous le commandement du duc de Montebello, s’il arrive à
temps, ou sous celui du prince de Ponte‑Corvo, sera composé des deux
divisions du général Oudinot, formant douze demi-brigades commandées
par le général Oudinot et six généraux de brigade ; de la division
Saint‑Hilaire, composée de six régiments, ayant sous ses ordres
trois généraux de brigade ; de trois régiments de cavalerie légère
commandés par un général de brigade ; de la division Espagne, composée
de quatre régiments, commandés par ce général, ayant sous ses ordres
deux généraux de brigade. Chaque
division et chaque brigade de cavalerie légère auront chacune un adjudant
commandant. Chacune
des divisions du corps du général Oudinot aura dix-huit pièces de canon ;
la division Saint‑Hilaire en aura quinze ; la division Espagne six ;
ce qui formera trente‑neuf pièces en batterie. Le 3è corps,
aux ordres du duc d’Auerstaedt, sera composé de quinze régiments
d’infanterie divisés en quatre divisions, chaque division commandée par
un général de division ayant sous ses ordres trois généraux de brigade ;
la cavalerie légère, composée de . . . . . régiments, commandée par un
général de brigade ; la division Saint‑Sulpice, composée de . . . .
. régiments, commandée par deux généraux de brigade ; chaque division
d’infanterie ayant au moins quinze pièces de canon, et la division
Saint‑Sulpice six ; total, soixante‑six pièces en batterie ;
chaque division et la brigade de cavalerie légère ayant un adjudant
commandant et deux adjoints. Le
4è corps de la Grande Armée, commandé par le duc de Rivoli, sera composé
de quatre divisions d’infanterie de . . . . . régiments ; chaque division
commandée par un général de division ayant à ses ordres deux généraux
de brigade ; une division de cavalerie légère, composée de quatre régiments
français et de deux alliés, commandée par un général de division et
deux généraux de brigade. A chaque division seront attachés un adjudant
commandant et deux adjoints ; chaque division d’infanterie ayant douze
pièces d'artillerie française ; ce qui, avec vingt‑huit pièces
d’artillerie des alliés, fera soixante‑seize pièces. Quant
à la division des troupes des petits princes commandée par le général
Rouyer, forte de 6 à 8,000. hommes, elle sera commandée par ce général
et par deux généraux de brigade sachant parler allemand. Cette division
restera provisoirement attachée au 3è corps, mais pourra être appelée au
quartier général pour fournir des garnisons aux places et pour l’escorte
des prisonniers. La
réserve de cavalerie commandée par le duc d’Istrie aura deux divisions
de cavalerie légère, commandées par deux généraux de division et quatre
généraux de brigade ; deux divisions de grosse cavalerie, chacune de trois
régiments, commandées par deux généraux de division et quatre généraux
de brigade ; la réserve de dragons, formant six régiments, commandée par
un général de division et trois généraux de brigade. Chacune des
divisions de grosse cavalerie de la réserve aura six pièces de canon ;
la division de dragons en aura six ; total, dix‑huit pièces pour la
réserve. Les
troupes de Wurtemberg ne sont attachées à aucun corps d’armée. Je désire
les tenir à la main. Suivant les circonstances, je pourrai les joindre au
duc de Danzig ou à l’un des trois corps d’armée, si les opérations
dont je les chargerais les rendaient utiles. Si le général Vandamme ne
commande pas les troupes de Wurtemberg, on donnerait ce commandement au général
Demont, qui parle allemand, et le général Vandamme remplacerait le général
Demont. Les troupes de Mecklenburg sont destinées à tenir position dans la
Poméranie suédoise. Quant
à la Saxe, en cas d’hostilités, on engagerait le Roi à se retirer soit
à Erfurt ou à Leipzig. Si la ville de Dresde était à l’abri d’un
coup de main, on y laisserait 3,000 hommes de garnison, et le reste de
l’armée saxonne marcherait pour gagner le Danube. Les
troupes polonaises doivent garder Varsovie et inquiéter Cracovie. En cas
d’hostilités, on préviendrait le prince Poniatowski, commandant le
duché de Varsovie, qu’il doit organiser les gardes nationales pour garder
les places de Praga, Modlin, et, avec ces troupes, tâcher d’insurger la
Galicie. Le
major général travaillera avec le général Bertrand pour tout ce qui
regarde le génie, les sapeurs, et avec l’intendant général pour tout
ce qui tient aux équipages militaires, ayant soin de consulter ce qui
existe pour ne pas faire de faux mouvements. GÉNIE. Chacun
des trois corps d’armée aura une compagnie de pontonniers, deux
compagnies de sapeurs et 6,000 outils. Le
parc du génie aura un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes, un
corps de marins de 1,200 hommes ; le ministre de la marine leur fera fournir
neuf chirurgiens ; neuf compagnies de sapeurs, 900 hommes, deux
chirurgiens ; trois compagnies de mineurs, 300 hommes, un chirurgien ;
trois compagnies de pontonniers, 300 hommes, un chirurgien ; quatre
compagnies de pionniers, 600 hommes, un chirurgien ; deux compagnies
d’artillerie et six pièces de canon. Les sapeurs et les mineurs formeront
deux bataillons. Les pionniers formeront un bataillon. Les pontonniers formeront
un bataillon. Ces quatre bataillons seront sous le commandement d’un major
du génie. Les
800 ouvriers de la marine et les 1,200 marins formeront trois bataillons
commandés par le colonel Baste, capitaine de vaisseau ; ce qui formera sept
bataillons, dont quatre de l’armée de terre et trois de la marine. Ce
corps du parc du génie formera une réserve qui sera commandée par le général
Hastrel, pour les marches et la police militaire. On y attachera un
commissaire des guerres, un adjoint et quatre caissons d’ambulance. Cela
formerait un corps de réserve qui serait utile un jour d’affaire. Le général
Hastrel veillera à ce que ce corps marche toujours dans le plus grand
ordre, soit pourvu de vivres et de munitions et bien armé. Dès
aujourd’hui les sapeurs de Würzburg, des quatre régiments des Maisons de
Saxe, de Nassau, formeront un bataillon de 3 à 400 hommes, qui suivra la réserve
du parc du génie ; le major général fera expédier tous les ordres pour
l’organisation de cette réserve. Les
magasins d’artillerie, du génie et des vivres, doivent d’abord être
dirigés sur Ulm, où ils seront embarqués sur le Danube pour suivre les
mouvements de l’armée. J’ai
donné l’ordre de diriger de Strasbourg sur Ulm 6,000 fusils, 6,000 baïonnettes,
6,000 pièces de rechange, 2,000 sabres des trois armes, 2,000 paires de
pistolets, 20,000 épinglettes et 1,000 tire‑bourre. L’intendant
général préviendra les corps que les effets d’habillement ou autres
effets doivent être dirigés sur Ulm, où on les embarquera sur les bateaux
conduits par les marins. Quant
aux bataillons des équipages militaires, le 2è bataillon et le 5è sont déjà
à l’armée du Rhin ; le 12è se forme à Commercy ; 200 caissons des dépôts
des bataillons qui sont à l’armée d’Espagne sont dirigés sur Joigny,
où ils formeront deux bataillons destinés à la réserve. Ce sera donc
cinq bataillons d’équipages militaires à l’armée formant 700 caissons
; ce qui paraît convenable. Quant
aux hôpitaux, ils doivent être concentrés à Amberg, Ingolstadt et
Passau, en cas qu’on marchât en avant ; ces trois points devant être
approvisionnés et mis à l’abri d’un coup de main. J’aurai,
de ma Garde, à l’armée du Rhin : quatre régiments à cheval,
quarante‑huit pièces de canon, une compagnie de marins, une compagnie
de pontonniers, deux régiments de tirailleurs, deux régiments de
fusiliers, un régiment de chasseurs à pied, un régiment de grenadiers à
pied. ÉTAT DE
LA COMPOSITION DES DIVISIONS ET BRIGADES DES DIFFÉRENTS CORPS DE LA GRANDE
ARMÉE. Désignation
des corps d’armée :
-A l’État-major général :
-Désignation des régiments : -1er régiment
provisoire de chasseurs (des 10è, 22è et 26è régiments). -le bataillon de
Neufchâtel. -1 bataillon suisse. -1 compagnie de 100
gendarmes.
-2è corps d’armée (le maréchal duc de Montebello ou le prince
de Porte-Corvo) :
Cavalerie légère Colbert 9è régiment de hussards 7è régiments de chasseurs 29è idem.
-3è corps d’armée (le maréchal duc d’Auerstaedt) :
Cavalerie
légère Jacquinot
1er rég. de chasseurs
2è idem, 12è idem
-4è corps d’armée (le maréchal duc de Rivoli)
-Réserve de cavalerie (le maréchal duc d’Istrie)
-Corps bavarois de la grande armée (le maréchal duc de Danzig)
NAPOLÉON.
D’après l’original.
Dépôt de la guerre. 1116.
– ORDRES CONCERNANT L’APPROVISIONNEMENT DE CARTOUCHES ET LE NOMBRE DONT
CHAQUE HOMME DOIT EN ÊTRE POURVU. A ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL,
A
STRASBOURG Paris,
31 mars 1809. Mon Cousin, je reçois
la lettre que le duc de Rivoli vous a écrite le 25 mars. Je vois avec peine
que la division Saint-Cyr n’a aucune cartouche ; cependant cette
division a passé par Strasbourg. Témoignez mon mécontentement, d’abord
au général Saint-Cyr : ce n’est pas ainsi qu’on fait la guerre ;
quand on quitte une place pour aller à l’armée, on doit se munir de
cartouches. Le général Songis a tort également de n’y avoir pas pourvu.
Il paraît que le corps du duc de Rivoli, fort d’à peu près 30,000
hommes, est parti de France sans cartouches. Pour en donner 50 à chaque
homme, il en faut 1,500,000 en dépôt à Ulm ; c’est donc 3 millions
de cartouches qu’il faut réitérer au général Songis de faire partir de
Strasbourg, soit sur des voitures du pays, soit par tout autre moyen. Rien
au monde n’est plus pressé. Faites connaître au duc de Rivoli que je
n’approuve pas qu’il ait renvoyé à Strasbourg les douze caissons attelés
de la division Saint-Cyr ; que, si son corps venait à faire un
mouvement, il serait privé de ces caissons ; que vous donnez ordre
qu’ils en prennent au premier convoi qu’ils rencontreront en route, et
qu’ils retournent ; qu’il ne doit pas renvoyer le parc de la
division Molitor ; qu’il ne doit pas non plus prendre de cartouches
au parc général ; qu’il y en a à Würzburg et dans toutes les
places de Bavière ; qu’indépendamment de cela le général Songis
en envoie 3 millions à Strasbourg. Cette opération du duc de Rivoli est
mauvaise ; c’est ainsi qu’au moment d’aller en bataille on n’a
rien. Recommandez au général Songis que tous les détachements qui passent
à Strasbourg emportent 50 cartouches par homme. Écrivez au duc de Rivoli
d’avoir soin que ses troupes aient 50 cartouches par homme dans les
caissons, indépendamment des 50 que chaque homme doit avoir dans le sac.
Donnez le même ordre aux généraux qui commandent les Badois, les
Hessois et les Wurtembergeois. Écrivez la même chose au duc d’Auerstaedt ;
que ses troupes aient, indépendamment des caissons remplis, 50 cartouche
par homme, dans le sac ; qu’on lui envoie de Mayence un million de
cartouches. Recommandez-leur de ne pas renvoyer leurs caissons, si ce
n’est à une ou deux journées, vu qu’on doit toujours être sur le
qui-vive et prêt à marcher. NAPOLÉON. D’après l’original. Dépôt de la guerre. 1117.
– DEMANDE D’UN CHEF D’ESPIONNAGE POUR L’ARMÉE D’Allemagne. AU
COMTE FOUCHÉ, MINISTRE DE LA POLICE GÉNÉRALE, A PARIS. Paris,
5 avril 1809 Je voudrais avoir un
homme parlant parfaitement l’allemand et un peu relevé, pour mettre à la
tête de mon espionnage en Allemagne. Je voudrais un homme probe, auquel on
pût confier de fortes sommes sans craindre qu’il les détournât à son
profit, un homme connaissant l’Autriche et la Bohême. Il aurait sous ses
ordres des agents de police. Il pourrait même en ramasser beaucoup de ceux
qui ont servi les armées autrichiennes, du côté de Strasbourg. Faites une
enquête là-dessus, et rendez-moi compte du résultat. D’après la minute. Archive de l’Empire. 1118.
– MESURES A PRENDRE POUR L’ARTILLERIE ET LES MOYENS DE TRANSPORT D’UNE
DIVISION OPÉRANT EN PAYS DE MONTAGNE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE-ROI D’Italie, A VÉRONE. Paris,
5 avril 1809. Mon Fils,
j’approuve fort que vous ayez préparé six pièces de 6 sur affûts de
montagne, pour suivre l’armée ; mais voici ce qu’il faudrait faire
pour compléter cette idée : organiser un équipage de montagne à la
suite de l’armée, qui consisterait en quatre pièces de 6 sur affûts de
traîneau et deux obusiers. Les pièces et les obusiers existent à votre
parc de campagne : vous n’aurez pas besoin de les avoir doubles. A
Mantoue, on construira en dix jours, ces affûts de traîneau tels que je
m’en suis servi dans ma guerre des Alpes. Vous aurez ainsi douze pièces
d’artillerie de montagne ; ce qui fait un équipage raisonnable, et
qui va partout où peut passer un cheval. Il faudra 150 coups
à tirer par pièce, c’est-à-dire 600 coups pour les quatre pièces de 6
et 300 pour les deux obusiers. Il est nécessaire
d’avoir pour cet approvisionnement dix petits caissons portés à dos de
mulets. Il faut aussi organiser deux brigades de mulets de bât, chacune de
36 mulets, dont vingt chargés de cartouches de 6, trente chargés de
cartouches d’obusiers, et vingt-deux chargés de cartouches
d’infanterie. Moyennent cela, vous pouvez tenir une division de 8 à
10,000 hommes dans la montagne, et être certain qu’elle ne manquera pas
d’artillerie et de cartouches. NAPOLÉON. D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1119.
COMPOSITION DE L’ARMÉE D’Allemagne A ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL, A
STRASBOURG. Paris,
8 avril 1809. Mon Cousin, à dater
du 1er avril, toutes les troupes que j’ai en Allemagne seront
connues sous le titre d’Armée d’Allemagne,
dont je me réserve le commandement en chef. Vous en êtes le major général ;
le général Songis, commandant l’artillerie ; le général Bertrand,
le génie ; le duc d’Istrie, commandant la cavalerie ; le
conseiller d’État Daru, intendant général ; le sieur Villemanzy,
chargé de la perception des revenus et contributions des pays qui
m’appartiennent et inspecteur en chef aux revues de l’armée ; le sieur
Roguin, payeur général. Ainsi, dès à présent, le payeur du corps du
duc de Rivoli doit correspondre avec le payeur général Roguin et recevoir
ses ordres pour le service. Le sieur Roguin doit donc se rendre à Donauwœrth,
où est le quartier général. Le
dépôt de l'armée, en France, est Strasbourg. C’est à Strasbourg
qu’on passera le Rhin ; on ne doit plus le passer ni à Mayence ni sur
aucun autre point. La route doit être désormais par Stuttgart et Ulm ; de
là, elle doit passer par Nuremberg, pour le corps du duc d’Auerstaedt, et
par Augsbourg, pour les autres corps. Après Strasbourg, le premier dépôt
de l’armée sera Ulm ; le deuxième dépôt sera Augsbourg ; le troisième,
Donauwœrth ; le quatrième, Ingolstadt. Augsbourg et Ingolstadt doivent
être mis à l’abri d’un coup de main. L’armée
doit être composée ainsi : Le
2è corps, commandé par le duc de Montebello et composé du corps du général
Oudinot, formé de trois divisions : la Ire commandée par le général
Tharreau ; la 2è, par le général Claparède, et la 3è par le général
Grandjean. Chaque division est composée de trois demi‑brigades
commandées par trois généraux de brigade ; il doit y avoir un adjudant
commandant à chaque division. Le général Grandjean est arrivé à
Paris. Chaque division aura douze pièces de canon et sera forte de 8,000
hommes. Le général Oudinot n’aura que deux divisions jusqu’au 1er
mai, époque à laquelle se fera l’organisation de la 3è division. La
division Saint-Hilaire fera partie du 2è corps ; elle est de cinq régiments,
dont un d’infanterie légère, et commandée par trois‑généraux
de brigade ; elle aura quinze pièces de canon. Une brigade de cavalerie légère
de trois régiments, la division de cuirassiers Espagne de quatre régiments,
et six pièces de canon, seront attachées au 2è corps ; ce qui le portera
à 40,000 hommes d’infanterie, 6,000 de cavalerie, et, avec l’artillerie
et les sapeurs, à près de 50,000 hommes, ayant cinquante‑sept pièces
de canon. Le
3è corps sera commandé par le duc d’Auerstaedt et composé de quatre
divisions, dont trois de cinq régiments chacune, et la 4è composée de quatorze
4es bataillons ; chaque division commandée par trois généraux de brigade
et ayant quinze pièces de canon. Une division de cavalerie légère
de…..régiments, la division de cuirassiers Saint‑Sulpice de quatre
régiments, et six pièces de canon, seront attachées à ce corps, ce qui
le portera à 45,000, hommes d’infanterie, 6,000 hommes de cavalerie, et,
avec l’artillerie, les sapeurs et mineurs, à près de 60,000 hommes,
ayant soixante‑six pièces de canon. Le
4è corps sera commandé par le due de Rivoli et composé de quatre
divisions françaises formant 30,000 hommes, de 10,000 hommes
d’infanterie, alliés, d’une division de cavalerie légère de quatre régiments
français et deux régiments alliés formant plus de 5,000 hommes, et de
soixante‑huit pièces de canon françaises ou alliées ; total, près
de 50,000 hommes. Le
7è corps sera commandé par le due de Danzig et composé du corps bavarois,
fort de 30,000 hommes d’infanterie et de 4,000 chevaux, avec près de
soixante pièces de canon. Le
8è corps sera composé de la division Dupas, forte de cinq bataillons français
formant 4,000 hommes, et de quatre régiments des princes confédérés
formant plus de 6,000 hommes ; total, 10,000 hommes d’infanterie et douze
pièces de canon ; et d’une division wurtembergeoise commandée par le général
Vandamme, forte de 10,000 hommes d’infanterie et de 3,000 hommes de
cavalerie ; total, 20,000 hommes d’infanterie et trente pièces de
canon. Ce corps sera commandé par le duc de Castiglione. Le
9è corps sera formé par l’armée saxonne aux ordres du prince de
Ponte‑Corvo, et composé de trois divisions réunies à Dresde et de
deux du duché de Varsovie, formant près de 50,000 hommes. Le prince de
Ponte‑Corvo aura sous ses ordres l’armée saxonne, toutes les
troupes du duché de Varsovie et les garnisons de Glogau et de Danzig. Le
10è corps sera formé par la réserve, que commandera le roi de
Westphalie, composée des troupes westphaliennes, de 8,000 Hollandais qui
sont à Hambourg, et des troupes qui seront à Magdeburg, Stettin, Küstrin
et Hambourg. La
réserve de cavalerie sera commandée par le due d’Istrie et composée de
deux divisions de cavalerie légère, commandées, l’une par le général
Lasalle et l’autre par le général Montbrun, ayant deux généraux de
brigade ; de la division Nansouty, formant six régiments et ayant douze
pièces de canon ; et de la division des six régiments de dragons
provisoires, formant 6,000 hommes et ayant six pièces de canon. La
Garde impériale sera composée de dix régiments d’infanterie, chacun
de 1,600 hommes, de quatre régiments de cavalerie et de soixante pièces de
canon, formant un présent sous les armes de plus de 22,000 hommes. Donnez
des ordres en conséquence. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1120.
‑ PLAINTES AU SUJET DE LA DIRECTION DES OPÉRATIONS MILITAIRES EN
Espagne ; INSTRUCTIONS ET RECOMMANDATIONS. AU
GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
9 avril 1809. Je
vous renvoie votre correspondance de l’armée d’Espagne. Écrivez au maréchal
Jourdan qu’il rend compte des événements comme s’il était historien ;
qu’il est inconcevable qu’on laisse la Romana sur les confins de la
Galice ravager les derrières du duc d’Elchingen et du duc de Dalmatie ;
qu’il n’est pas question de discuter si le duc d’Elchingen a bien ou
mal manœuvré ; qu’il était plus naturel d’envoyer la division Lapisse
culbuter la Romana et rouvrir les communications avec le duc d’Elchingen ;
que je vois avec peine que l’armée n’est pas commandée, et que ce défaut
d’activité occasionnera des événements fâcheux ; que donner l’ordre
au général Kellermann de marcher sur Villafranca est une absurdité, puisqu’il
n’a que de la cavalerie ; qu’il peut bien marcher sur Astorga et
Benavente, mais non s’engager dans les montagnes ; que lui ôter son
artillerie est une mesure fausse ; que ce général se trouvera ainsi sans
aucuns moyens pour enfoncer une maison ; que vous lui réitérez, ce que
vous n’avez cessé de lui mander, que la première opération à faire est
de se mettre en communication avec le duc d’Elchingen ; que les plus
grands malheurs peuvent résulter de cette apathie et de cet oubli des
premiers principes de la guerre ; que la division Lapisse est le corps le
plus près, qu’il faut l’envoyer sur‑le‑champ pour rétablir
la communication entre le duc d’Elchingen et Valladolid et faire passer au duc d’Elchingen des instructions
pour qu’il s’organise mieux ; qu’il est inconcevable que la Romana étant
aussi près d’Astorga et de Benavente, on expose ainsi les garnisons
de ces villes ; qu’on n’en évacue pas les hôpitaux, enfin qu’on ne
prenne aucune mesure ; que ce n’est pas ainsi qu’on commande une armée
; qu’il est de toute nécessité de ne pas s’avancer dans le midi que le
nord ne soit tranquille, qu’on ne sache au vrai la situation des ducs d’Elchingen
et de Dalmatie, et qu’on ne se soit défait de la Romana ; qu’en
dirigeant les troupes avec tant de lenteur et de mollesse on ne fera pas,
avec les immenses armées qu’on a, ce qu’on ferait avec le quart ; que
marcher en Andalousie par deux routes nécessitera le maintien de deux
communications ; que cela ne peut dépendre désormais que de la
situation où l’on se trouvera. Engagez le général Kellermann à ne pas
disséminer sa cavalerie ni son artillerie, et à ne pas compromettre la tête
de ses postes ; que sa conduite relativement à Astorga et Benavente est
inconcevable, et qu’il a très‑mal fait de ne pas prendre des
mesures dans des circonstances si importantes. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1121.
‑ QUANTITÉ DE MUNITIONS DE GUERRE A AVOIR. A
ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE,
A STRASBOURG. Paris,
10 avril 1809. Mon Cousin, je réponds à votre lettre du 7. J’ai arrêté
le travail proposé par le ministre de la guerre, parce qu’enfin on ne
peut pas faire des choses impossibles. On doit trouver en Bavière des
munitions de guerre ; on doit en envoyer de Mayence, Neuf-Brisach,
Huningue, par les charrois du pays, et d’Ulm sur Passau par le Danube.
Toute l’artillerie de l’armée est approvisionnée. Il y a une grande
quantité de cartouches d’infanterie. La proposition de ne mettre que 25
forges au lieu de 45, et de ne pas donner d’approvisionnement attelé au
parc général, afin d’obtenir une réduction de 200 voitures, m’a paru
raisonnable ; cela épargnera des attelages et des hommes du train. Si
l’armée d’Allemagne a un double approvisionnement attelé, soit aux
divisions, soit aux parcs des corps d’armée, soit au parc général, elle
est bien. Avec double approvisionnement, il y a de quoi soutenir trois
grandes batailles comme celles d’Austerlitz ; en porter davantage est
un embarras inutile. Mais il n’est pas douteux qu’un double
approvisionnement ne serait pas suffisant, si l’on n’en avait un troisième
en dépôt à quatre ou cinq journées sur les derrières de l’armée.
Ainsi, dans la situation actuelle, on doit avoir une réserve de cartouches
entre Ulm, Donauwœrth et Ingolstadt, dans des caisses qui se portent sur
des charrettes. Si l’armée marche du côté de l’Inn, par exemple, cet
approvisionnement de réserve devra venir à Passau, et l’armée qui
serait en avant de l’Inn aura ses deux approvisionnements et un troisième
à Passau. Si l’armée se portait sur Vienne, elle ne se trouverait éloignée
que de 8 ou 10 jours de son troisième approvisionnement. Sans doute il en
faudrait alors un quatrième pour remplacer le troisième et pour que
l’armée pût le trouver en cas d’un événement de retraite. Un
principe que le général Songis ne doit pas perdre de vue, c’est qu’il
n’y a rien de pis que d’avoir des voitures non attelées ; ce n’est
qu’un embarras. Il faut avoir des caisses qu’on transporte sur des
charrettes du pays, et à cinq ou six jours derrière l’armée, et dans
des lieux désignés pour servir de dépôts. Il n’y a point une division
de l’armée qui n’ait 60 cartouches par homme portant fusil attelées à
sa suite ; il n’y a point de corps d’armée qui n’en ait à son parc
60 autres attelées ; ainsi il y a donc à la suite de chaque corps d’armée
100 à 120 cartouches. Le parc général en a quelques‑unes à sa
suite ; le soldat en a 50 dans le sac, et il y en a 60 dans les dépôts,
qui peuvent arriver à quatre ou cinq jours de distance pour renouveler
celles consommées. Ainsi donc 150 cartouches attelées, soit à la
division, soit au corps d’armée, soit au parc général, feraient pour
l’armée 15 millions de cartouches ou 900 caissons ; 50 cartouches dans le
sac feraient 5 millions, et 5 millions dans les dépôts sur les derrières,
en échelons, feraient 25 millions de cartouches, ou 200 par homme. Les dépôts
doivent être à Ulm, Donanwœrth, Passau, lngolstadt, et faire leur
mouvement en échelons. En
résumé, je suis satisfait si les corps de l’armée ont 10 millions de
cartouches, soit à la division, soit au parc du corps d’armée ; je le
suis si l’armée en a 5 millions pour les soldats, 5 millions au parc général
et 5 millions en réserve à transporter par eau
ou par les voitures du pays ; enfin je le suis s’il y a un approvisionnement
simple de coups de canon réparti dans les différents dépôts, en échelons,
et se remplaçant successivement. NAPOLÉON. 1122.
- ORDRE DE SE METTRE EN MOUVEMENT ; INSTRUCTIONS. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D'ITALIE, A VALVASONE. Paris,
12 avril 1809, onze heures du soir. Mon
Fils, à peine arrivé à Vérone ou à Trente, je suppose que vous aurez
appris que les Autrichiens ont commencé les hostilités, et que vous vous
serez porté à votre quartier général en Frioul. Le télégraphe
m’apprend seulement que les Autrichiens ont passé l’Inn et, par là, déclaré
la guerre. Je crois vous avoir déjà fait connaître que mes instructions
étaient que, si les Autrichiens attaquaient avant le 15, on se repliât
derrière le Lech, où je serai de ma personne le 15. J’attends avec
impatience d’apprendre ce qu’ils auront fait en Italie ; mais toutes
les nouvelles me portent à croire qu’ils veulent rester là sur la défensive. Vous
aurez centralisé votre armée dans le Frioul ; vous aurez placé une
division dans le débouché de Pontebba, et pour menacer constamment de vous
porter sur Tarvis. Je pense que vous aurez eu soin qu’il n’y ait aucun
embarras à Udine, que tous les dépôts de cavalerie ainsi que les hôpitaux
soient au delà de la Piave ; Palmanova, Osoppo, contiendront vos derniers
embarras. Libre ainsi de tout, vous vous conduirez selon les mouvements de
l’ennemi. Autant que je peux le calculer, les principales forces de
l’ennemi seront à Tarvis ; si cela est, il ne se portera pas sur Goritz
et se concentrera à Laybach. Laissez
sur l’Isonzo de la cavalerie et une douzaine de mille hommes, et
portez‑vous avec toute l’armée sur Tarvis, en ne donnant rien au
hasard et en évitant les retranchements que l’ennemi a fait faire, afin
de ne pas se casser le nez contre des redoutes. Je suppose que la route du
Tyrol sera difficile ; écrivez‑moi par duplicata par le Saint-Gothard
et par l’estafette ordinaire ; j’ai déjà donné l’ordre qu’elle
passe par Chambéry et traverse la Suisse. Réunissez bien toute votre armée
; instruisez Marmont des hostilités. Je vous ai déjà recommandé de
placer la 14è demi‑brigade provisoire à Vérone et de faire venir la
division composée du 62è, des 23è et 22è légers par Bologne et Ferrare
en grande marche sur Trévise, afin de vous servir de réserve. Laissez
Miollis à Rome. Vous pouvez nommer Grenier, Baraguey d’Hilliey et
Macdonald vos lieutenants généraux, en leur laissant leurs divisions ; ils
en commanderont deux, puisqu’ils sont plus anciens. Faites
venir à Venise les bricks italiens et français qui sont à Ancône. Je
pense que vous devez faire désarmer la frégate française l’Uranie
et faire passer l’équipage, officiers, soldats et matelots, à
Venise, où ils seront d’un bon service pour la défense des lagunes. Réitérez les
ordres pour que Venise soit bien armée et approvisionnée. Ne vous pressez
pas, voyez ce que fait l’ennemi ; ses dispositions doivent vous servir de
règle. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1123.
‑ REPROCHES D’AVOIR DISSÉMINÉ LES TROUPES ; INDICATION DES POINTS
DE CONCENTRATION. A
ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE
L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A AUGSBOURG. Ludwigsburg,
16 avril 1809. Mon Cousin, je
reçois votre lettre par laquelle vous m’annoncez que vous faites partir
le corps d’Oudinot pour Ratisbonne. Vous ne me faites pas connaître ce
qui nécessite une mesure si extraordinaire qui affaiblit et dissémine
mes troupes. Je pense que, si vous n’avez pas été porté à cette décision
par des motifs extraordinaires, vous ordonnerez au général Oudinot d’arrêter
son mouvement et de se placer entre Ratisbonne et Augsbourg, afin d’être
en mesure de se porter sur cette dernière place, si le cas l’exigeait.
Quant à l’ordre d’occuper Straubing par le général de Wrede, je ne le
comprends pas, parce que j’ignore pourquoi il l’a évacué. Quant à
l’ordre d’occuper Landshut, je ne le trouve pas raisonnable. Le maréchal
Lefebvre avait bien fait de concentrer ses forces à Munich ; deux divisions
sont plus fortes qu’une. Je ne comprends pas bien l’esprit de votre
lettre du 13 au soir, et j’aurais préféré savoir mon armée concentrée
entre Ingolstadt et Augsbourg, les Bavarois en première ligne, comme s’était
placé le duc de Danzig, jusqu’à ce que l’on sache ce que l’ennemi
veut faire. Il me tarde d’avoir des nouvelles du duc d’Auerstaedt. Il
faut se conformer à mon instruction, qui est de rallier mon armée et de
l’avoir dans la main. Si l’ennemi devait déboucher par le Tyrol et que
l’on fût dans le cas de donner bataille à Augsbourg sans que le général
Oudinot y fût, ce serait un grand malheur. Si, d’un autre côté, on était
obligé d’abandonner Augsbourg, qui n’est pas encore en état de se défendre,
et de livrer ainsi nos magasins d’Ulm, ce serait encore un grand malheur.
Tout était parfait si le duc d’Auerstaedt eût été près d’Ingolstadt,
le duc de Rivoli avec les Wurtembergeois et le corps d’Oudinot auprès
d’Augsbourg. Puisque l’ennemi a attaqué, il faut savoir quel est son
plan. Le principal est qu’Oudinot soit à Augsbourg avant l’ennemi, et
qu’il ait les yeux bien ouverts. Quant au duc d’Auerstaedt, aux divisions
Saint‑Hilaire, Nansouty et Montbrun, l’instruction est pour eux
comme pour tout le monde : se concentrer entre Ratisbonne, Ingolstadt et
Augsbourg ; de sorte qu’il fallait faire juste le contraire de ce que vous
avez fait. Il est possible que je parte d’ici aujourd’hui, de manière
à arriver ce soir à Dillingen. Écrivez‑moi par cette route. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1124.
‑ ORDRE DE SE RENDRE DE RATISBONNE A INGOLSTADT. AU
MARÉCHAL DAVOUT, DUC D’AUERSTAEDT, COMMANDANT LE
3è CORPS DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A RATISBONNE. Donauwœrth,
17 avril 1809, dix heures du matin. Mon
Cousin, j’arrive à Donauwœrth. J’apprends que vous occupez Ratisbonne.
Mon intention a toujours été de concentrer mes troupes derrière le Lech.
Repliez‑vous avec toutes vos troupes sur Ingolstadt. Je donne ordre au
duc de Danzig de tenir en respect le corps de Landshut et de protéger voire
mouvement. La division Friant doit également se replier sur Ingolstadt ; il
peut cependant garder des postes d’observation sur l’Altmühl, en considérant
l’Altmühl comme une grande tête de pont, à six lieues d’Ingolstadt.
Tenez vos troupes resserrées et en ordre ; et si, dans ce mouvement brusque
auquel l’ennemi ne s’attend pas, vous trouvez moyen de tomber sur la
colonne de Landshut, si elle s’est avancée, ce sera une superbe occasion
; mais ne vous éloignez pas de plus d’une demi‑marche pour la faire
naître. Pour
vous rendre à Ingolstadt, vous devez passer par Neustadt. De Neustadt, où
vous ne pourrez être que demain soir 18, je serai à même de vous donner
des ordres. Toutefois, si vous n’en recevez pas, vous devez continuer
votre mouvement sur Geisenfeld, vous trouvant ainsi à trois lieues à Ingolstadt,
sans jamais passer sur la rive gauche. J’attends
avec impatience des nouvelles de l’ennemi. Quel est le corps d’armée
autrichien qui a débouché à Landshut ? Où se porte‑t‑il ?
Quelle est la marche des autres colonnes ennemies, dont vous ou le général
de Wrede auriez connaissance ? NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||