| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome sixième Paris - 1876
1135.
‑ ORDRE CONCERNANT LA SUBSISTANCE DES TROUPES DANS LES ÉTATS DE LA
CONFÉDÉRATION OCCUPÉS PAR LES ARMÉES FRANÇAISES. Quartier
général de Schœnbrunn, 14 mai 1809. L’Empereur,
voulant déterminer d’une manière précise les fournitures dues aux
troupes, afin que les bourgmestres et autres agents des pays, préposés
à cet effet, puissent y pourvoir d’une manière régulière et uniforme ; Voulant,
en outre, faire connaître aux militaires ce qu’ils ont droit de demander,
et aux habitants ce qu’ils ont à fournir, afin d’éviter des refus ou
des demandes exagérées, d’où naissent souvent des plaintes et des mécontentements
réciproques, Ordonne
ARTICLE
PREMIER. ‑ Les troupes seront nourries dans leurs logements, d’après
l’ancien usage établi en Allemagne ; l’officier à la table de son hôte,
ainsi qu’il a été ordonné dans les campagnes précédentes. Les
sous‑officiers et soldats recevront, indépendamment de leurs
rations de pain (de sept hectogrammes et demi ou vingt‑quatre onces)
: Au
déjeuner, la soupe et l’eau‑de‑vie (un seizième de pinte)
; Au
dîner, la soupe, dix onces de viande, légumes et un demi‑pot de bière
ou vin ; Au
souper, des légumes et le demi‑pot de bière ou vin. Ainsi
la ration du soldat se composera de vingt-quatre onces de pain de
munition, quatre onces de pain de soupe, seize onces de viande, deux onces
de riz ou quatre onces de légumes secs, un seizième de pinte
d’eau‑de‑vie, une pinte de bière ou une bouteille de vin,
selon le pays. ART.
2. ‑ MM. les officiers généraux surveilleront l’observation du régime
prescrit ci‑dessus, et puniront les contrevenants au présent ordre,
lorsque les autorités locales dénonceront les abus. ART.
3. ‑ Les habitants fourniront aux troupes françaises des vivres et
boissons de bonne qualité, afin de prévenir les contestations qui résulteraient
de l’inobservation des règles prescrites pour la fixation de la
nourriture de l’armée. ART.
4. ‑ MM. les officiers et les corps de toutes armes, ainsi que
les administrations militaires, continueront à recevoir le nombre de
rations de fourrage fixé par le tarif arrêté le 15 prairial an XII par le
ministre directeur de l’administration de la guerre. La
ration de fourrage sera composée ainsi qu’il est ordonné par l'arrêté
du Gouvernement du 19 germinal an X. Ces
deux arrêtés relatifs aux fourrages seront rapportés à la suite du présent
ordre. ART.
5. ‑ Conformément à la décision du 6 avril 1809, MM. les officiers
généraux, adjudants commandants, aides de camp, officiers d’étatmajor,
colonels et chefs d’escadron de cavalerie, recevront, dans les quartiers
ou cantonnements fixes, et quand il y aura des magasins formés, les rations
de fourrage pour le nombre de chevaux qu’ils auront et dont l’existence
sera constatée par les revues de MM. les inspecteurs aux revues, pourvu
toutefois que ce nombre de chevaux n’excède pas la moitié en sus de
celui déterminé par la loi. Ainsi
celui à qui il est attribué huit rations de fourrage et qui justifiera par
revue avoir douze chevaux pourra recevoir douze rations, et celui qui a
droit à trois rations et qui justifiera, aussi par une revue, avoir cinq
chevaux recevra un pareil nombre de rations, parce qu’il ne serait pas
possible de nourrir le cinquième cheval avec une demi-ration. ART.
6. ‑ Les chevaux de réquisition sont exclusivement affectés au
transport des subsistances, munitions de guerre, effets d’habillement, équipages
des corps, effets d’hôpitaux, à l’évacuation de malades et
convalescents. ART.
7. ‑ Il n’est dû ni voiture ni chevaux pour le service personnel
des militaires, fonctionnaires militaires, officiers de santé et employés
d’administration, auxquels il est accordé des rations de fourrage pour
chevaux de selle et de fourgon. A l’égard des officiers, et autres envoyés
en mission ou porteurs d’ordres d’urgence, le Gouvernement leur allouant
des frais de poste, ils ne peuvent plus prétendre à aucune fourniture de
chevaux de réquisition. ART.
8. ‑ Les commissaires des guerres qui auraient ordonné des
fournitures au delà des proportions indiquées, ou qui auraient fait
fournir des moyens de transport dans les cas non prévus par le présent
ordre, et ceux qui les auraient fait continuer, en demeureront
personnellement responsables. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
le texte imprimé. Dépôt de la guerre. 1136.
‑ INSTRUCTIONS AU SUJET DU MOUVEMENT OPÉRÉ SUR LINZ. AU
MARÉCHAL BERNADOTTE, PRINCE DE PONTE‑CORVO, COMMANDANT
LE 9è CORPS DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
LINZ. Schœbrunn,
15 mai 1809, onze heures du matin. Mon
Cousin, je vois par votre dernière lettre de Passau qu’aujourd’hui, 15,
vous arrivez à Linz, et que votre corps d’armée y sera entièrement réuni
demain, 16. Je vois que vous avez 3,000 hommes de cavalerie, 17,000 hommes
d’infanterie et quarante‑huit pièces de canon ; ce qui fait un
corps de 22,000 hommes. Le général Vandamme a à Linz, ou en avant de
cette ville, 1,000 hommes de cavalerie et 8,000 hommes d’infanterie avec
une vingtaine de pièces de canon. Ainsi, réuni avec ce corps, vous
auriez plus de 30,000 hommes. Le major général vous enverra ce soir des
ordres de mouvement pour entrer en Bohême. Visitez les ouvrages de la tête
de pont de Linz et veillez à ce qu’ils soient dans le meilleur état
possible. Complétez votre approvisionnement de cartouches et de munitions
de guerre. Je compte que dans la journée du 17 mon pont sera jeté sur le
Danube, et que je pourrai passer sur la rive gauche. Votre mouvement va donc
se coordonner avec celui des autres corps de l’armée. Je
suppose que vous avez laissé à Passau le général de division Rouyer
avec une division de 6,000 hommes ; cela est très‑important. Passau
est un centre d’opération, un dépôt de magasins et de parcs, et pour
rien au monde je ne veux le perdre. Aussitôt
que nous serons réunis, j’augmenterai la division Dupas d’un ou deux régiments. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. M. le roi de Suède. 1137.
‑ ORDRE DE JETER UN PONT SUR LE DANUBE, A
NUSSDORF ; AVIS DIVERS. AU
MARÉCHAL DAVOUT, DUC D’AUERSTAEDT, COMMANDANT LE 3è CORPS DE L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE, A SAINT‑POELTEN. Ebersdorf,
19 mai 1809, huit heures du soir. L’intention
de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que vous fassiez retirer tout ce que
vous avez du côté de Maria Zell, en y laissant seulement une forte
patrouille d’observation. S’il n’y a rien de nouveau, l’intention de
l’Empereur est que vous partiez de Saint‑Pœlten, de manière à être
rendu demain à midi à Vienne. Avant le jour, vous ferez partir vos
pontonniers, vos sapeurs et vos outils, pour se rendre à Nussdorf, où vous
donnerez l’ordre qu’on jette un pont. Vous savez que Nussdorf est entre
Klosterneuburg et Vienne. J’ai envoyé directement l’ordre au général
Gudin de partir demain, à quatre heures du matin, de Sieghartskirchen, pour
se rendre à Nussdorf et surveiller toute la rive droite du Danube jusqu’à
Vienne. Vous
ordonnerez qu’on ramasse toutes les barques aussitôt que la rive gauche
sera libre ; ce qui doit être dans la journée de demain, puisque les ponts
que l’Empereur fait faire à Ebersdorf, à deux lieues au‑dessous de
Vienne, seront faits avant midi, et que notre cavalerie inondera la plaine. Vos
pontonniers seront très‑nécessaires pour établir des trailles à
l’emplacement des ponts brûlés de Vienne, pour pouvoir communiquer par
la route la plus directe sur Brünn ; car notre pont, comme je vous l’ai
dit, est à deux grandes lieues au‑dessous de Vienne. L’intention
de l’Empereur est que vous fassiez filer votre cavalerie par Mautern et
Tulln, ce qui éclairera la rive droite du Danube ; hormis cependant un régiment
qu’il sera nécessaire de laisser du côté de Krems. Quant
à la division Morand, vous la placerez de manière à remplir le double but
de couvrir, depuis Mœlk jusqu’à Vienne, la rive droite, de garder
Saint‑Pœlten et de pouvoir se réunir sur Vienne aussitôt que
l’ennemi aura abandonné la rive gauche Je
donne l’ordre au prince de Ponte‑Corvo d’entrer en Bohême en
manœuvrant sur Budweis ou sur Zwettel, suivant les circonstances et les
mouvements de l’ennemi. Quant
au général Vandamme, il doit se placer de sa personne à Enns et laisser
2,000 hommes à la tête de pont de Linz. Il occupera Steyer pour contenir
l’Alt‑Mark et Enns ; il observera les débouchés de Mauthausen ; il
fera occuper Wallsee et Ips, et il renverra à Vienne les troupes qui se
trouvent dans ces derniers points, et enfin il se tiendra prêt à se
porter, avec toute la masse de ses forces, sur Steyer, suivant les événements.
Dans le dernier cas, il laisserait 2,000 hommes à la tête de pont de Linz,
de manière à ce que le prince de Ponte‑Corvo fût disponible. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1138.
- INSTRUCTIONS A LA SUITE DE LA RUPTURE DU PONT DU DANUBE AU
MARÉCHAL DAVOUT, DUC D’AUERSTAEDT,[1] COMMANDANT LE 3è CORPS DE
L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
VIENNE. Rive
gauche du Danube, à la tête de Pont, 22 mai 1809, midi et demi. L’interruption
du pont nous a empêchés de nous approvisionner ; à dix heures nous
n’avions plus de munitions. L’ennemi s’en est aperçu et a remarché
sur nous. Deux cents bouches à feu, auxquelles depuis dix heures nous ne
pouvions répondre, nous ont fait beaucoup de mal. Dans
cette situation de choses, raccommoder les ponts, nous envoyer des munitions
et des vivres, faire surveiller Vienne, est extrêmement important. Écrivez
au prince de Ponte-Corvo pour qu’il ne s’engage pas dans la Bohême,
et au général Lauriston pour qu’il soit prêt à se rapprocher de nous.
Voyez M. Daru pour qu’il nous envoie des effets d’ambulance et des
vivres de toute espèce. Aussitôt
que le pont sera prêt, ou dans la nuit, venez vous aboucher avec
l’Empereur. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1139. ‑ INSTRUCTIONS A LA SUITE DE LA BATAILLE D’ESSLING ET DU MOUVEMENT DU GÉNÉRAL VANDAMME SUR SAINT‑POELTEN. AU
MARÉCHAL BERNADOTTE, PRINCE DE PONTE‑CORVO, COMMANDANT
LE 9è CORPS DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A AUHOF. Ebersdorf,
24 mai 1809, cinq heures du soir. Nous
avons eu, le 21 et le 22, Prince, une bataille assez sérieuse sur la rive
gauche du Danube, aux villages d’Essling et d’Aspern. L’ennemi était
dans la plus parfaite déroute à huit heures du matin, quand nos deux ponts
sur les deux grands bras du Danube ont été emportés par la crue des eaux
; ce qui a obligé l’Empereur à rester en position, une partie de notre
cavalerie, les parcs de nos divisions et le corps du duc d’Auerstaedt étant
restés sur la rive droite. Notre perte se monte à 4,000 blessés environ ;
l’ennemi a perdu beaucoup plus de monde. Nous avons fait 1,500
prisonniers, dont un feld‑maréchal, pris quatre drapeaux, plusieurs
pièces de canon. Le prince Charles avait réuni toutes ses forces ; le
corps de Bellegarde et celui de Kallowrat s’y trouvaient ; il ne peut donc
y avoir en Bohême que la division autrichienne de Jellachich. Sur
le compte que j’ai rendu, à Sa Majesté, elle vous laisse les officiers
d’artillerie français qui son avec vous. Je
vous ai fait écrire par le duc d’Auerstaedt que vous ne deviez pas entrer
trop avant en Bohême jusqu’à ce que nos ponts soient rétablis et que
l’Empereur ait pris lui‑même le parti de déboucher de nouveau sur
la rive gauche. Le
duc de Danzig a pris Inspruck. Ainsi les insurrections de ce côté sont
finies, et il n’y a plus d’inquiétudes à avoir L’Empereur
ordonne au général Vandamme de se porter à Mœlk et de mettre son
quartier général à Saint‑Pœlten. Ce général a l’ordre de
marcher avec tout son corps. La
tête de pont de Linz doit donc être gardée par vous, Prince, ainsi que
les points d’Enns et de Steyer. Les points d’Ips et de Wallsee doivent
être également surveillés par vos troupes. L’intention de l’Empereur
est que vous fassiez faire autour de vous de fortes incursions, même sur la
rive gauche ; que vous ne souffriez pas d’ennemis à deux ou trois marches
de vous. Poussez donc le plus promptement possible le général Vandamme sur
Mœlk avec toutes ses forces réunies, afin que l’Empereur puisse attirer
à lui et disposer de toutes les troupes du duc d’Auerstaedt, et même,
s’il y avait lieu, de toutes les troupes du général Vandamme. Il n’est
pas impossible, Prince, que l’Empereur vous fasse remplacer par le duc
de Danzig à Linz et vous appelle sur Vienne. Comme l'île de Lobau forme
notre tête de pont sur la rive gauche du Danube, aussitôt que l’Empereur
pourra être assuré que ses ponts sont solides, il pourra se décider à
une bataille générale. Si vous pouviez organiser six pièces de 3 ou de 5,
dont trois au 19è régiment et trois au 5è d’infanterie legère, cela
vous ferait dix‑huit pièces françaises, ce qui serait bien
important, car l’ennemi a une grande quantité d’artillerie. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1140.
‑ ORDRES D’ATTACHER DEUX PIÈCES D’ARTILLERIE AUTRICHIENNES A
CHAQUE RÉGIMENT D’INFANTERIE. AU
GÉNÉRAL SONGIS, COMMANDANT L’ARTILLERIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
EBERSDORF. Ebersdorf,
25 mai 1809. Je vous ai
adressé hier des ordres, Monsieur le Général Songis, pour mettre à la
disposition de M. le maréchal duc d’Auerstaedt trente pièces de canon de
3 ou de 5, autrichiennes, avec trente caissons, pour être attachées aux
régiments de son corps d’armée, à raison de deux par régiment. L’Empereur
ordonne aussi qu’il soit attaché deux pièces d’artillerie de 3 ou de
5, autrichiennes, à chaque demi‑brigade du corps du général
Oudinot. En conséquence, l’intention de l’Empereur est que vous fassiez
remettre, dans la journée de demain, à la disposition de M. le général
Oudinot, vingt‑quatre pièces de 3 ou de 5 et vingt‑quatre
caissons, chargés chacun de 150 à 200 coups. Le général Oudinot se
procurera dans son corps les canonniers pour servir ces pièces, ainsi que
les attelages, et dans toutes les circonstances ces pièces défileront avec
l’aigle de la demi‑brigade. Sa
Majesté ordonne pareillement que vous fassiez remettre à la disposition du
duc de Rivoli vingtquatre pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, et
vingt‑quatre caissons chargés comme les précédents, pour être
attachés aux douze régiments français de son corps d’armée, à raison
de deux par régiment. C’est
donc, par conséquent, pour le corps du duc d’Auerstaedt, 30 pièces ;
pour celui du général Oudinot, 24 ; pour celui du duc de Rivoli, 24 ;
total, 78 pièces. Faites fournir sans délai ces 78 pièces. 57 ont été
prises ici ; les autres doivent exister sur le nombre pris à Vienne, à
Krems ou ailleurs. Rendez‑moi
le plus tôt possible, Général, un compte détaillé sur l’exécution de
ces dispositions, afin que je puisse le mettre sous les yeux de l’Empereur. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1141.
‑ DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS SUR LA FORCE DE SON ARMÉE ;
RECOMMANDATIONS ET INSTRUCTIONS. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A BRUCK. Ebersdorf,
29 mai 1809, dix heures du matin. Mon
Fils, je vous renvoie votre aide de camp. Je désirerais avoir l’état de
situation de votre corps d’armée. Je
suppose que la division Durutte est composée de deux bataillons du 22è, de
quatre bataillons du 23è, et de quatre bataillons du 62è. Je suppose que
ces dix bataillons forment au moins 6,000 hommes présents sous les armes.
Je suppose que la division Seras est composée d’un bataillon du 35è,
de trois bataillons du 53è, de quatre bataillons du 106è et de deux
bataillons du 79è ; je la suppose également de 6,000 hommes. Je ne sais
ce que c’est que la 3è division ; je suppose que c’est une division
italienne qui est avec le 112è, et qu’elle est également de 6,000
hommes. Je suppose que la division Pacthod vous a rejoint avec la division
Grouchy. La division Pacthod doit être composée de deux batailIons du 8è
léger, de quatre bataillons du 52è, de quatre bataillons du 102è et de
quatre bataillons du 1er de ligne, que je suppose former 6,000 hommes.
Sans comprendre le corps détaché du général Macdonald, vous devriez
avoir aujourd’hui à Bruck 24,000 hommes d’infanterie, 4,000 hommes de
cavalerie et 2,000 hommes de la garde ; ce qui ferait 30,000 hommes et
soixante pièces de canon. Le général Macdonald, que je suppose sur le
point d’arriver à Grœtz, vous renforcera de 15,000 hommes. Ainsi votre
arrivée me renforce de 45,000 hommes, non compris le corps du général
Marmont. Rectifiez mes idées là‑dessus, et occupez‑vous de
l’artillerie et des munitions ; cela est extrêmement important. Faites
avancer vos pontonniers, vos sapeurs à l’avant‑garde. Faites venir
d’Italie tout le personnel d’artillerie que vous pourrez ; vous en avez
besoin, et l’Italie est le pays où j’en ai le plus. Faites avancer le
bataillon du 93è, celui du 67è, et toute la cavalerie et l’infanterie
appartenant aux divisions Molitor et Boudet, de l’ancienne colonne qui a
essuyé un échec dans le Tyrol. Faites‑les diriger a grandes marches
pour compléter ces divisions. Il doit y avoir aussi un bataillon du 36è et
un du 37è. Les corps doivent avoir leur artillerie complète.
Donnez‑leur des pièces de 3, autrichiennes. Les régiments se
procureront des harnais, des charretiers et des chevaux. Au
delà du Danube, où je me suis battu pendant deux jours, l’ennemi m’a
présenté près de quatre cents pièces de canon. J’aurais anéanti
l’armée du prince Charles sans le Danube, qui a rompu mes ponts ; ce qui
m’a décidé à ne pas m’aventurer, et m’a privé de mes parcs et
d’une partie de l’armée. Vous trouverez le bulletin qui vous mettra au
fait de tout cela. Voici
la position de ma cavalerie légère aujourd’hui. Le général Lasalle
est sur Hamburg, ayant des postes sous Presbourg ; le général Montbrun est
à OEdenburg, poussant des postes du côté de Grætz. Je suis occupé à établir
sur le Danube mes ponts, qui ont été enlevés une seconde fois, et à les
consolider avec des chaînes et des pilotis. La grande affaire dans ce
moment‑ci est que Macdonald arrive à Grætz ; que votre artillerie,
vos parcs, vos traînards soient arrivés ; que vous soyez bien organisé.
J’avais jadis fait mettre Klagenfurt à l’abri d’un coup de main ;
faites refaire les mêmes ouvrages. Si l’enceinte a été conservée, ce
sera toujours un dépôt de vivres et de munitions que l’ennemi ne pourra
pas enlever. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1142.
‑ ORDRE DE DIRIGER SUR L’ARMÉE CE QUI EST DISPONIBLE DANS LES DÉPOTS
DE CAVALERIE ET D’ARTILLERIE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Ebersdorf,
29 mai 1809. Monsieur
le Général Clarke, faites partir pour Strasbourg, des différents dépôts
de cavalerie légère dont les régiments sont en Espagne, ainsi que des dépôts
dont les régiments sont en Allemagne, tout ce qu’ils ont de disponible,
formé en compagnies de marche. Tous les détachements dont les régiments
sont à l’armée d’Allemagne rejoindront leurs régiments. Pour ceux
dont les régiments sont en Espagne, sur l’avis que vous me donnerez de
leur départ de Strasbourg, je prendrai des décrets pour les incorporer
dans les régiments qui sont ici ; de sorte que les dépôts des régiments
de cavalerie légère qui sont en Espagne concourront à porter au complet
les régiments de cavalerie légère qui sont ici, comme les dépôts de
dragons concourent à la formation des six régiments provisoires de
dragons. Quant
à la grosse cavalerie, le régiment que commande le chef d’escadron
Turenne arrive et va être incorporé. J’en ai demandé un autre de 600
hommes. Donnez ordre que tout ce qui est disponible dans les dépôts se
rende à Strasbourg pour former d’autres détachements. J’ai
un millier de cuirassiers à pied. Beaucoup de jeunes soldats ont jeté
leurs cuirasses ; faites‑en envoyer deux mille, en les dirigeant sur
Passau. Nos cuirasses sont excellentes ; elles ont à la fois l’avantage
de la légèreté et le degré de résistance nécessaire. Tous
les chevaux d’artillerie que j’ai demandés doivent être envoyés à
l’armée. Il y a en Espagne beaucoup de personnel de l’artillerie et du
train ; je vous autorise à en retirer ce que vous jugerez convenable. Tous
les jours je me convaincs du grand mal qu’on a fait à nos armées en ôtant
les pièces de régiment. Je désire donc que, dans l’organisation, chaque
régiment ait deux pièces de 3 ; mais, pendant tout le temps que nous
n’aurons que des pièces et des boulets de 4, on leur donnera des pièces
de 4. Les canonniers, chevaux, hommes du train, seront fournis par les régiments.
Ici, je fais donner aux régiments toutes les pièces autrichiennes de 3
prises à l’ennemi. Les
marches et les batailles détruisent plus que l’on ne prend à l’ennemi
et qu’on ne peut se fournir dans le pays. Envoyez à l’armée de forts
détachements des différents dépôts d’artillerie et du train. J’ai
donné l’ordre au prince Borghèse, et réitérez‑le‑lui, de
faire partir quatre compagnies du 4è régiment d’artillerie et tous les
sapeurs d’Alexandrie, hormis une compagnie, pour Klagenfurt, et de là
sur Vienne. Faites‑moi
connaître, par le retour de l’estafette, ce que les dix dépôts de
hussards et les vingt‑six dépôts de chasseurs feront partir pour
Strasbourg. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1143.
‑ DISPOSITIONS A PRENDRE POUR REPOUSSER LES
TENTATIVES DE PASSAGE DE L’ENNEMI SUR LA RIVE
DROITE DU DANUBE, PRÈS DE KREMS. AU
GÉNÉRAL VANDAMME, COMMANDANT LES TROUPES WURTEMBERGEOISES
(3è CORPS), A MAUTERN. Ebersdorf,
31 mai 1809, six heures du soir. Il
est six heures du soir, Général, et nous recevons votre lettre de ce
matin à sept heures, par laquelle vous annoncez que l’ennemi tente un
passage entre Krems et Hollenburg et que vous marchez à lui. L’Empereur
attend avec impatience les détails de ce qui se sera passé cette après‑midi.
Le général Pajol, avec un régiment de cavalerie, se porte de
Klosterneuburg pour vous rejoindre, longeant la rive droite du Danube.
Vous aurez sans doute prévenu le prince de Ponte‑Corvo et le duc de
Danzig ; le premier est à Linz, le second doit être à Steyer ou à
Lambach. L’ennemi ne peut pas effectuer un passage considérable sans
avoir un pont, et vous devez facilement rompre son pont en détachant tous
les moulins et les gros bateaux et en les lançant au cours du fleuve. Ce
moyen, qui a réussi contre nous sur notre pont d’Ebersdorf, doit avoir le
même résultat contre le pont que l’ennemi aurait jeté. Le corps du duc
d’Auerstaedt se rassemble, et, selon les nouvelles que nous ne tarderons
pas à avoir de vous, il se mettra en mouvement cette nuit. Si vous n’étiez
pas parvenu à jeter aujourd’hui l’ennemi dans le fleuve, et que ses démonstrations
soient sérieuses, tout ce qui est en ligne de Mœlk se replierait derrière
l’Enns et couvrirait le prince de Ponte‑Corvo et le duc de Danzig.
Tout ce qui serait à Saint‑Pœlten se replierait du côté de
Sieghartskirchen et Vienne. L'armée
d’Italie, comme vous le savez, est arrivée à Neustadt. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1144.
‑ ORGANISATION DES RÉSERVES DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Ebersdorf,
3 juin 1809. Monsieur
le Général Clarke, la conscription doit déjà commencer à rendre.
Faites‑moi un rapport sur l’organisation de mes réserves. Voici
comment j’entends qu’elles soient organisées. Le
commandant de ma réserve en Allemagne sera le duc d’Abrantès. La
1re division, commandée par le général de division Rivaud, sera composée
de la brigade Charles Lameth (1re brigade), ayant les 4es bataillons des 19è,
25è et 28è de ligne, de la brigade Taupin (2è brigade), ayant les 4e,
bataillons des 36è, 50è et 75è, et de la brigade Brouard (3è brigade),
ayant les 4es bataillons des 13è léger, 48è et 108è. La division Rivaud
attrait donc 7,200 hommes. La brigade Brouard pourrait se réunir à Gand ou
à Louvain, pour ne se porter au corps de réserve qu’en cas de nécessité
et lorsque les régiments qui sont destinés à protéger les côtes
seraient en état. Les brigades Taupin et Lameth resteraient à Hanau. La
division Rivand devrait avoir un adjudant commandant, un officier
d’artillerie, un officier du génie et douze pièces de canon. La
2è division, qu’on peut provisoirement laisser commander par le général
Despeaux, quoique je ne le connaisse pas, serait composée des brigades Clément
et Vergès, des 5è et 9è et des 10è et 13è demi‑brigades
provisoires, que je calcule devoir être, à la fin de juin ou dans le
courant de juillet, fortes, chacune, de 2,000 hommes. Remettez‑moi les
états de service du général Despeaux, et faites-moi connaître où il a
fait la guerre. La
3è division serait commandée par le général de division Lagrange et
composée des trois bataillons du 65è de ligne, du 11è et du 12è
provisoires, qui formeraient également 6,000 hommes. Cette division
pourrait se réunir d’abord à Augsbourg. Donnez ordre au général
Lagrange d’aller en passer la revue, et de correspondre avec vous pour en
accélérer la formation. La
cavalerie serait composée de six régiments provisoires de dragons, commandés
par le général sénateur Beaumont et par les généraux de brigade Lamotte
et Picard ; elle aurait six pièces de canon. Je suppose que dans le courant
de juillet elle serait à 5,000 hommes. J’aurais
donc dans le courant de juillet trois divisions bien organisées, ayant
21,000 hommes d’infanterie, 5,000 hommes de cavalerie,
quarante‑deux pièces de canon, une ou deux compagnies de sapeurs, un
commandant d’artillerie, un commandant du génie et un commissaire
ordonnateur. En y joignant la division hollandaise que commande le général
Gratien, on porterait ce corps à plus de 30,000 hommes. Aussitôt
que le duc d’Abrantès sera arrivé à Paris, vous lui ferez connaître
mes intentions et vous lui ordonnerez de commencer la revue et
l’inspection de son corps, pour assurer et accélérer par tous les moyens
sa formation. Aussitôt
que cela sera possible, on remplacera le 22è de ligne, qui est dans les
places de Prusse, par une brigade provisoire. Proposez‑moi
de retirer quelques régiments d’infanterie, quelques bataillons du
train, des équipages, etc., et des officiers d’artillerie et du génie
de l’armée d’Espagne, où il y a trop de tout cela. Rappelez aussi d’Espagne
tous les colonels, majors et chefs de bataillon à la suite, et tous les
officiers à la suite des corps et de l’état‑major, et
dirigez‑les tous sur le quartier général de l’armée d’Allemagne. Portez
attention aux 82è, 66è et 26è de ligne, qui sont dans la 12è division
militaire. Il y a dans ces régiments un excellent fond ; ils peuvent très‑bien
fournir douze bataillons, qui, maintenus au complet, seraient une
ressource. Portez également attention aux 86è, 70è, 47è et 15è qui sont
au camp de Pontivy. On doit pouvoir tirer de là huit bons bataillons bien
complets, dans le courant de l’été. Faites
passer la revue du 103è ainsi que du régiment des chasseurs toscans, et
organisez ces corps. Recommandez
au duc de Valmy, qui jusqu’à ce moment commande la réserve, de bien la
faire exercer. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. NAPOLÉON.
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