| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome sixième Paris - 1876
1145.
‑ MESURES PRÉPARATOIRES POUR L’OPÉRATION DU PASSAGE DU DANUBE. AU
MARÉCHAL MASSÉNA, DUC DE RIVOLI, COMMANDANT LE 4è CORPS DE L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE, DANS L’ILE LOBAU. Schœnbrunn,
5 juin 1809. Mon
Cousin, le général du génie Rogniat et le général d’artillerie
Foucher ont dû se porter près de vous pour concerter toutes les mesures préparatoires
pour l’opération du passage. Ces mesures consistent à désigner une
compagnie de pontonniers pour préparer trois ou quatre ponts de radeaux,
savoir : un sur l’île que nous avons été visiter, un autre sur l’île
qui voit dans la plaine et flanque notre ancien pont, et deux sur la grande
île dont l’ennemi est maître, vis‑à‑vis Enzersdorf. Une
autre compagnie de pontonniers doit être, depuis ce matin, chargée de
réunir les bateaux, poutrelles, cordages et tout ce qui est nécessaire
pour jeter notre ancien pont. Une autre compagnie de pontonniers doit être
chargée de réunir et de placer sur les haquets vingt‑cinq pontons
avec tout le bois nécessaire pour jeter un pont du côté de la
Maison‑Blanche. Une autre compagnie doit réunir des bateaux et ce qui
est nécessaire pour jeter un pont à l’embouchure du canal, sur la
partie droite de l’île. Le génie doit faire combler, sans cependant que
l’ennemi puisse s’en apercevoir, les marais qui se trouvent de ce côté‑ci
de l’île, et jeter une chaussée. En général, on doit remplacer par des
chaussées tous les petits ponts existant dans l’île sur des bras morts.
Un autre pont doit être préparé pour être jeté plus haut que la
Maison‑Blanche, afin de déboucher de là sur le continent. Plusieurs
batteries de 18 doivent être préparées pour être jetées dans l’île
que nous avons visitée l’autre jour, et de là balayer la plaine depuis
Enzersdorf jusqu’au bois. D’autres bouches à feu doivent être placées
dans l’île qui est à portée d’Enzersdorf, pour raser cette ville. Les
gabions, les fascines, etc., doivent être préparés dès aujourd’hui,
afin que cette opération puisse se faire avec rapidité. Envoyez chercher
les généraux, et tenez‑moi au courant de la manière dont cela
avance. On me fait espérer que sous quatre ou cinq jours tout cela doit être
terminé. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1146.
‑ OPÉRATIONS A DIRIGER EN HONGRIE CONTRE L’ARCHIDUC JEAN. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A OEDENBURG. Schœnbrunn,
6 juin 1809, neuf heures du matin. Mon
Fils, je reçois votre lettre du 5 à dix heures du soir, où je vois que
Colbert a enfin rencontré l’archiduc Jean. La première de toutes les
choses que vous avez à faire est de marcher ensemble et réunis. Je
n’estime pas que les divisions Seras et Durutte et les cinq régiments de
cavalerie du général Grouchy soient suffisants ; il faut que le corps de
Baraguey d’Hilliers et la garde soient avec vous, de sorte que vous ayez
dans la main 30,000 hommes qui marchent réunis de manière à donner
ensemble et à se trouver sur le même champ de bataille en trois heures de
temps. Je laisse à votre disposition le corps de Lauriston ; ce qui vous
renforcera de 3,000 hommes d’infanterie et de trois régiments de cavalerie
de Colbert. Je laisse à votre disposition également la division Montbrun,
qui est de quatre régiments de cavalerie. Par ce moyen, vous aurez onze régiments
de cavalerie légère et trois régiments de dragons et un corps de près
de 36,000 hommes. Envoyez la moitié au moins de ces 36,000 hommes en
avant‑garde pour marcher sur Kœrmœnd. Le duc d’Auerstaedt est
vis‑à‑vis Presbourg aeec la division Gudin et la division de cavalerie légère du général Lasalle. Vous ne
recevrez pas cette lettre avant midi ; il est impossible que vous
n’ayez pas alors des nouvelles du général Lauriston, du général
Montbrun, du général Colbert et même du général Macdonald, qui vous
donneront des notions claires sur la situation du prince Jean. Dans
des plaines comme la Hongrie, il faut manœuvrer d’une autre manière que
dans les gorges de la Carinthie et de la Styrie. Dans les gorges de la
Styrie et de la Carinthie, si l’on gagne l’ennemi de vitesse sur un
point d’intersection, comme Saint‑Michel par exemple, on coupe une
colonne ennemie ; mais dans la Hongrie, au contraire, l’ennemi, aussitôt
qu’il sera gagné de vitesse sur un point, se portera, sur un autre. Ainsi
je suppose que l’ennemi se dirige sur Raab, et que vous arriviez avant lui
dans cette ville : l’ennemi, l’apprenant en route, changera de
direction et se portera sur Pesth. Dans la
situation où se trouve l’ennemi, que doit‑il faire ? Doit‑il
abandonner la Styrie, la Carinthie, le corps de Gyulai et tout le midi de
la Hongrie, mettre à découvert Pesth des mouvements de Macdonald et de
Marmont, pour passer sur la rive gauche du Danube ? ou doit‑il, au
contraire, servir de noyait pour réunir toute l’insurrection hongroise,
rallier les troupes qui ont fui devant le général Marmont, inquiéter
votre ligne de communication de Groetz à Laybach et couvrir Pesth, qui après
tout est la capitale de la Hongrie ? Dans ce dernier cas, il serait possible
que l’ennemi manœuvrât sur Kœrmœnd, derrière la Raab, inquiétât
la communication de Greetz à Laybach et se tînt toujours en mesure de
couvrir Pesth ; alors votre mouvement sur Raab vous éloignerait de lui, et
pourrait même lui faire naître l’idée (car l’ennemi n’est pas comme
nous, étant chez lui il est bien informé) d’attaquer Macdonald et de le
culbuter. Je pense donc que le mouvement, d’abord sur Güns, ensuite sur
Stein am Anger, ensuite sur Kœrmœnd, ou de Güns sur Sàrvàr, est le
mouvement le plus sage, si toutefois vous n’avez pas d’autres
renseignements que ceux que j’ai dans ce moment‑ci. Ce soir, vous
pourrez marcher sur Güns avec la brigade Colbert, les sept régiments de la
division Grouchy et beaucoup d’artillerie (il faut mettre votre
artillerie légère, au moins douze pièces, avec votre cavalerie), et les
divisions Seras et Durutte. Le corps de Baraguey d’Hilliers peut arriver
ce soir à Oedenburg, ou même arriver jusqu’à Güns, ou marcher à
l’intersection de la route de Sàrvàr et de Raab sur Zinkendorf. Selon
les renseignements que vous recevrez, vous pouvez combiner demain le
mouvement de vos deux colonnes sur Sàrvàr ou sur Kœrmœnd. Le général
Montbrun a dû être hier au soir, 5, à Gols, et, comme il doit se lier
avec le général Lauriston, vous ne manquerez pas d’avoir des nouvelles. Pour
moi, il ne me paraît pas encore prouvé que l’ennemi se retire sur Raab
ni sur Kœrmœnd. Je pense qu’il restera en observation et qu’il se
conduira selon ce qu’il verra des manœuvres qu’on fait contre lui, en
se ménageant toujours la retraite de Pesth, et que, s’il se retirait sur
Raab, il vaut mieux le déborder par son flanc gauche que par son flanc
droit, puisque par ce moyen vous passeriez la rivière du côté de Sàrvàr
et le jetteriez dans le Danube ; car, à Raab et à Kœrmœnd, il lui
faut au moins trois jours pour passer le Danube ; et enfin dans cette manœuvre
vous protégez le général Macdonald et le général Marmont, et vous
pouvez vous faire réunir par ceux‑ci. Quant à la crainte qu’il
puisse marcher sur Presbourg, le duc d’Auerstaedt est vis-à‑vis.
Il suffit que, si vous vous aperceviez de ce mouvement, vous le poussiez
vivement. La seule précaution à prendre serait de laisser le général
Montbrun reculer devant lui sur Bruck, tandis que vous le poursuivrez
vivement ; mais cette combinaison me paraît extravagante. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1147. ‑ OBSERVATIONS SUR LA CONDUITE DES OPÉRATIONS ; PRINCIPES A
SUIVRE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A GUNS. Schœnbrunn,
7 juin 1809, deux heures et demie du matin. Mon
Fils, je reçois votre lettre du 5 à six heures du soir. Je suis surpris
que vous n’ayez point reçu celle que je vous ai écrite à neuf heures du
matin. Vous y verrez que j’avais pressenti les nouveaux renseignements que
vous venez d’obtenir sur les projets de l’archiduc Jean ; ce qui
confirme surtout dans ces idées, c’est le renseignement que donne
Macdonald, que des hommes battus par le général Marmont s’étaient laissé
voir par ses avant‑postes, ce qui suppose une concentration sur
Saint‑Gotthard. Le général Macdonald doit marcher sur le prince Jean
avec toutes ses forces, en ne laissant que ce qui est strictement nécessaire
pour bloquer la citadelle, qui tombera par la bataille que perdra le
prince Jean. Il faut manœuvrer de manière que la brigade Colbert et
Lauriston soient tout entiers à la bataille. Écrivez au général Montbrun
pour qu’il s’y trouve aussi ; ce n’est point une chose à dédaigner
que cinq à six régiments de cavalerie légère de plus. Faites suivre
votre parc ; sans quoi vous manquerez de munitions. Aussitôt que j’aurai
de vos nouvelles, je ferai occuper OEdenburg par un autre
corps d’observation. Je voulais vous
faire connaître ce matin que, dans votre poursuite du prince Jean depuis le
Tagliamento, vous n’aviez pas marché assez réuni, et il pouvait vous
arriver des malheurs. En effet, si le prince Jean avait concentré ses
forces à Tarvis, il était possible que vous ne pussiez le battre. Vous étiez
partagé en trois corps : Macdonald, Seras et vous. Le mouvement de Seras était
une vraie faute militaire ; la position que l’ennemi avait retranchée à
la Chiusa di Pletz devait retarder le général Seras, et c’était une
division perdue pour une affaire. J’estime que la colonne du général
Macdonald était trop forte, et qu’enfin vous étiez trop faible. Vous
sentez que je fais ces observations pour votre règle. Il faut donc marcher
tous bien réunis, et point de petits paquets. Voici le principe général
à la guerre : un corps de 25 à 30,000 hommes peut être isolé ; bien
conduit, il peut se battre ou éviter la bataille, et manœuvrer selon les
circonstances sans qu’il lui arrive malheur, parce qu’on ne peut le
forcer à un engagement, et qu’enfin il doit se battre longtemps. Une
division de 9 à 12,000 hommes peut être sans inconvénient laissée
pendant une heure isolée ; elle contiendra l’ennemi, quelque nombreux
qu’il soit, et donnera le temps à l’armée d’arriver ; aussi
est‑il d’usage de ne pas former une avant‑garde de moins de
9,000 hommes, d’en faire camper l’infanterie bien réunie, et de la
placer au plus à une heure de distance de l’armée. Vous avez perdu le 35è
parce que vous avez méconnu ce principe : vous avez formé une arrière‑garde
composée d’un seul régiment, qui a été tourné ; s’il y avait eu
quatre régiments, ils auraient formé une masse de résistance telle, que
l’armée serait à temps à leur secours. Sans doute que dans des corps
d’observation, comme était Lauriston, on peut mettre un détachement
d’infanterie avec beaucoup de cavalerie ; mais c’est qu’alors on
suppose que l’ennemi n’est point en opération réglée, qu’on va à
sa découverte, et qu’enfin cette infanterie formée pourra imposer à la
cavalerie ennemie, aux paysans et à quelques compagnies de chasseurs
ennemis. En général, dans les pays de plaine, la cavalerie doit être
seule, parce que seule, à moins qu’il ne soit question d’un pont,
d’un défilé ou d’une position donnée, elle pourra se retirer avant
que l’infanterie ennemie puisse arriver. Aujourd’hui,
vous allez entrer en opérations réglées ; vous devez marcher avec une
avant‑garde composée de beaucoup de cavalerie, d’une douzaine de pièces
d’artillerie et d’une bonne division d’infanterie. Tout le reste de
vos corps doit bivouaquer à une heure derrière, la cavalerie légère
couvrant, comme de raison, autant
que possibIe. Vous devez
penser qu’il est dans l'esprit
du colonel Nugent, qui dirige le
prince Jean, qu’aussitôt qu’il
verra que vous marchez à lui d’un côté, et Macdonald de l’autre, il
marchera sur l’un de vous, et, comme il a l’avantage d’avoir les gens
du pays, il marchera réuni, sans se faire éclairer par sa cavalerie légère,
et peut tomber sur vous sans que vous vous en doutiez. Il faut par conséquent
bien organiser votre marche ; que l’artillerie soit dans les divisions et
que chacun soit à son poste, en marche comme au bivouac ; que l’on
bivouaque comme en temps de guerre et de manière à prendre les armes et se
battre au point du jour. Il ne serait pas impossible que le prince Jean eût
choisi une bonne position et vous attende ; dans ce cas, je vous recommande
de la bien reconnaître et de bien établir votre système avant de
l’attaquer. Un mouvement en avant, sans fortes combinaisons, peut réussir
quand l’ennemi est en retraite ; mais il ne réussit jamais quand
l’ennemi est en position et décidé à se défendre ; alors c’est un
système ou une combinaison qui font gagner une bataille. Je suppose
qu’avec Macdonald, Lauriston et Montbrun vous aurez 45,000 hommes. Si
Marmont était arrivé à Marburg, comme on vent me le faire croire,
faites‑le marcher à l’ennemi ; il peut alors marcher en se réunissant
par sa gauche au général Macdonald. Je crois vous avoir mandé qu’il
fallait ordonner au général Rusca de se renforcer à Klagenfurt et
Villach, d’observer le Tyrol, qui s’est de nouveau insurgé, et de protéger
votre ligne de communication. Faites‑moi
connaître combien vous aurez de pièces de canon et de coups à tirer. De
votre avant-garde à la queue de votre parc, il ne doit pas y avoir plus
de trois à quatre lieues. Quant à l’artillerie, voici l’attention
qu’il faut avoir : aussitôt que vous aurez décidé votre attaque,
faites‑la soutenir par une batterie de trente à trente‑six pièces
de canon, rien ne résistera ; tandis que le même nombre de canons disséminés
sur la ligne ne donnerait pas les mêmes résultats. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1148.
‑ ON EXAGÈRE LES PROJETS DES ANGLAIS ET LES MOUVEMENTS
INSURRECTIONNELS EN Allemagne ; CONSEILS. A
JÉROME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHALIE, COMMANDANT
LE 10è CORPS DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A CASSEL. Schœnbrunn,
9 juin 1809. Mon
Frère, j’ai reçu votre lettre du 4 juin. J'avais déjà reçu des
lettres de Stettin du général Liébert. Rien ne constate les intentions ni
la force des Anglais. Pour s’emparer de l’île de Rügen, il ne leur
faut que 1,200 hommes ; toutes leurs forces sont en Espagne et en Portugal ;
ils ne feront rien, ils ne pourront rien faire en Allemagne ; d’ailleurs,
alors comme alors. Je
suis bien loin d’adhérer à votre vœu et de faire marcher une de mes
divisions en Hanovre ; je ne puis également vous donner aucune espèce
d’instructions. Vous avez 3 à 4,000 hommes de vos troupes ; le roi de
Saxe en a à peu près autant ; la division hollandaise est aussi du même
nombre ; cela fait 12,000 hommes ; bientôt j’en aurai 18,000 à Hanau ;
cela fera donc en tout 30,000 hommes. Ce n’est pas en les disséminant et
en les éparpillant au moindre bruit qu’on arrivera à un résultat.
Schill est peu de chose et s’est déjà mis hors de procès en
se retirant du côté de Stralsund ; le général Gratien et les
Danois en feront probablement justice. Le duc de Brunswick n’a pas 800
hommes ; l’ancien électeur de Cassel n’en a pas 600. Avant de faire un
mouvement, il faut voir clair, et c’est parce que je me suis aperçu que
vous agissiez trop promptement et avant d’avoir vu se développer les
projets des ennemis, que j’ai défendu que mes troupes sortissent de
Hanau. L’expérience vous apprendra la différence qu’il y a entre les
bruits que l’ennemi répand et la réalité. Jamais, depuis seize ans que
je commande, je n’ai donné de contre‑ordre à un régiment, parce
que j’attends toujours qu’une affaire soit mûre et que je la connaisse
bien avant de faire manœuvrer. Mes troupes ne sortiront de Hanau que
lorsque je connaîtrai ce qu’elles auront à faire. Vous supposez qu’une
grande expédition anglaise vienne à débarquer ; comment dans ce cas
pouvez‑vous désirer qu’une faible division de mes troupes s’engage
dans le centre de l’Allemagne ? Exercez
vos troupes ; faites‑vous aimer par de l’économie, de l’ordre et
une certaine bonhomie, qui est le caractère des Allemands. Inquiétez-vous
moins, vous n’avez rien à craindre ; tout cela n’est que du bruit. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. le prince Jérôme. 1149.
- REPROCHES A ADRESSER A L’ÉTAT‑MAJOR DE L’ARMÉE D’ESPAGNE SUR
LA MAUVAISE CONDUITE DES OPÉRATIONS. AU
GÉNÉRAL CLARKE, CONTE D’HUNEBOURG, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Schœnbrunn,
11 juin 1809. J’ai
reçu votre lettre du 4 juin, avec les dernières nouvelles d’Espagne. Vous
ferez connaître au maréchal Jourdan que je trouve les affaires d’Espagne
mal conduites, et si mal conduites que je prévois des catastrophes si
l’on ne donne pas plus d’activité et une impulsion plus vigoureuse aux
mouvements des colonnes. On a laissé le temps aux Anglais de reformer une
armée à Lisbonne. On a eu la coupable négligence de laisser le duc de
Dalmatie trois mois sans communication. Je n’ai cependant pas cessé
d’ordonner qu’on rouvrît les communications avec ce maréchal. Avec les
forces qu’on a en Espagne, elles n’auraient pas dû être interrompues
huit jours. On a laissé du côté de….. et de Calatayud se former des
rassemblements considérables, et, parce que l’on a dit qu’il ne fallait
pas entreprendre l’expédition d’Andalousie que le Nord ne fùt éclairé,
on a laissé inactives les troupes destinées à cette expédition, tandis
qu’il fallait justement profiter du délai pour balayer tous les corps
ennemis à douze ou quinze marches autour d’elles. Pourquoi ne pas
marcher contre Cuesta et rejeter au delà de la Carolina les troupes qui
sont de ce côté ? L’indolence de l’état‑major de l’armée
d’Espagne est telle, qu’il est resté plusieurs mois sans commanication
avec le duc d’Elchingen et qu’il a fallu, je crois, envoyer de Paris
l’ordre au général Kellermann de marcher à lui. On a peine à concevoir
de pareilles inepties. Dans cet état de choses, proposer des conquêtes est
assez difficile. Une armée n’est rien que par la tête, et il faut avouer
ici qu’il n’y en a aucune. Recommandez que l’on attaque l’ennemi
partout où on le rencontrera ; qu’on rouvre la communication avec le duc
de Dalmatie, qu’on l’appuie sur le Minho. Les Anglais seuls sont
redoutables. Seuls, si l’armée n’est pas différemment dirigée, ils la
conduiront avant peu de mois à une catastrophe. Il ne faut donc pas agir
sur tous les points de la circonférence quand on n’a pas de communication
; mais il faut former un gros corps contre les Anglais, ne pas les laisser
respirer et tomber dessus du moment qu’ils se désuniraient. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1150.
AUGMENTATION DE L’ARTILLERIE DE LA GARDE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS. Schœnbrunn,
11 juin 1809. J’ai
créé trois compagnies d’artillerie de la Garde, comme vous l’aurez vu
par mon décret : une pour les fusiliers, une pour les tirailleurs et une
pour les conscrits ; la formation doit avoir lieu à Strasbourg. Je
désire que vous attachiez à chacune de ces compagnies une division de huit
pièces de canon, quatre de 6, deux obusiers et deux de 12, avec double
approvisionnement, forge de campagne et tout ce qui est nécessaire ; ce qui
augmentera l’artillerie de ma Garde de vingt‑quatre pièces de
canon et la portera à quatre‑vingt‑quatre. J’ai
déjà à la Garde douze pièces de 12 ; avec cette augmentation, j’en
aurai dix‑huit ; mais je les considère moins comme appartenant à la
Garde que comme formant le parc de réserve de l’armée. Par
ces augmentations, ma Garde va se trouver formée de vingt‑quatre
bataillons et de huit régiments de cavalerie ; ainsi vous voyez que
les quatre-vingt‑quatre pièces ne sont que le nécessaire. Prenez
des mesures pour que les chevaux, harnais et train se trouvent organisés à
Strasbourg. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1151.
‑ RÉUNION EN UNE SEULE ARMÉE DES TROIS CORPS DES MARÉCHAUX SOULT,
NEY ET MORTIER POUR OPÉRER EN ESPAGNE CONTRE LES ANGLAIS. AU
GÉNÉRAL CLARKE, COMTE D’HUNEBOURG, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Schœnbrunn,
12 juin 1809. Monsieur
le Général Clarke, vous enverrez un officier d’état‑major en
Espagne, avec l’ordre que les corps du duc d’Elchingen, du duc de Trévise
et du duc de Dalmatie ne forment qu’une armée, qui sera sous le
commandement du duc de Dalmatie. Ces trois corps ne doivent manœuvrer
qu’ensemble, marcher sur les Anglais, les poursuivre sans relâche, les
battre et les jeter dans la mer. Mettant toute considération de côté, je
donne le commandement au duc de Dalmatie, comme au plus ancien. Ces trois
corps doivent former 50 à 60,000 hommes. Si cette réunion a lieu
promptement, les Anglais doivent être détruits et les affaires d’Espagne
terminées ; mais il faut se réunir et ne pas marcher par petits paquets ;
cela est de principe général pour tous les pays, mais surtout pour un pays
où l’on ne peut avoir de communication. Je ne puis désigner le lieu de réunion,
puisque je ne connais pas les événements qui se sont passés. Expédiez
le présent ordre au Roi, au duc de Dalmatie et aux deux autres maréchaux
par quatre voies différentes. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1152.
‑ REPROCHES SUR LA MANIÈRE DONT ON FAIT LE SERVICE DANS LES ILES DU
DANUBE. A
ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE,
A SCHOENBRUNN. Schœnbrunn,
13 juin 1809. Mon
Cousin, témoignez mon mécontentement au général Frère de ce qu’il
n’envoie pas des rapports tous les jours sur ce que fait l’ennemi dans
les îles, depuis Nussdorf jusqu’à Ebersdorf. Ce service n’est pas
convenablement monté. Il faut dans la grande île, dite Tabor, un
bataillon, un autre bataillon en réserve à l’île du faubourg où sont
les pièces de 18, avec un colonel commandant le tout. Tous les jours, à la
pointe du jour, le général de brigade et même le général de division,
le commandant du génie, doivent s’y rendre et reconnaître la position de
l’ennemi. Faites‑moi connaître les ordres qui ont été donnés en
cas que l’ennemi attaque et veuille pénétrer dans les îles. Je
n’ai point trouvé ce matin les canonniers à leur poste, et en général
il n’y a rien de prévu dans le service. Faites‑vous remettre par le
général de division une note qui fasse connaître les dispositions
qu’il a faites pour la défense du pays dont il est chargé. Faites mettre
à l’ordre qu’en visitant les avant‑postes je n’ai point trouvé
les canonniers à leur poste ; que les soldats du train étaient déshabillés
et couchés ; qu’il n’y avait point de garde aux pièces ; que j’ai
fait mettre en prison le sergent qui commandait ce poste ; que je
recommande de porter une attention particulière à cette artillerie, et
qu’il y ait constamment des gardes et des plantons aux pièces. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1153.
‑ QUEL EST L’ÉTAT DES TRAVAUX DU DANUBE ? SERA‑T‑ON
PRÊT LE 20 JUIN ? AU
GÉNÉRAL COMTE BERTRAND, COMMANDANT LE GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE,
A EBERSDORF. Schœnbrunn,
15 juin 1809. Monsieur le Général
Bertrand, faites‑moi un rapport écrit, que vous me renverrez par mon
officier d’ordonnance, sur les questions ci‑jointes, pour me faire
connaître positivement où en sont les choses, pour que l’on prenne jour.
Tout cela sera-t‑il prêt le 20 ? Répondez catégoriquement à
toutes ces questions, sans si ni mais. NAPOLÉON. P.
S. Faites dire à la
Riboisière que je l’attends ce soir. 1°
Quand est‑ce que le pont actuel sera à l’abri de tout événement,
c’est‑à‑dire quand est‑ce que les pilotis seront établis
et liés avec des chaînes ou des cinquenelles ? ‑ Le 20.[1] 2°
Quand est‑ce que le pont sur pilotis du premier bras sera terminé, de
manière à avoir sur ce premier bras deux ponts ? ‑ Il l’est. 3°
Le pont sur pilotis sur le second bras est‑il possible ? ‑ Oui. Cela
étant, quand l’aura‑t‑on ? ‑ Le 20. S’il
n’est pas possible, quand aura‑t‑on un pont sur le pilotis
actuel, qu’on achèvera ensuite avec des bateaux ou radeaux, de manière
à avoir deux communications sur ce bras ? 4°
Quand est‑ce que j’aurai le nombre de bateaux suffisant pour jeter
le pont à l’embouchure avec trois ou quatre barques armées de canons,
montées par des marins, afin de faire la descente de vive force dans les
bois près de l’embouchure ? Le 20. 5°
Quand est‑ce que les trois ponts sur pilotis sur le petit canal où
sont les ouvrages seront terminés ? ‑ Le 20. 6°
Quand est‑ce que le marais qui est à l’embouchure du bras de l’île
Lobau dans la rivière où l’on doit jeter un pont sera suffisamment comblé
pour y établir des batteries et y avoir une large chaussée ? – Le 20. La doubler. 7°
Peut‑on dès demain commencer la tête de pont de ce côté‑ci,
afin que cela ait couleur d’ici à quatre on cinq jours ? 8°
Quand est‑ce que les ouvrages de la tête de pont dans l’île Lobau,
seront fraisés, et palissadés ? - Le
20. 9°
Si, comme chef de la marine, vous vous êtes engagé à fournir à
l’artillerie des marins ou quelques moyens pour jeter les pontons, quand
pourrez-vous les fournir ? ‑ Le 17. 10°
Si vous devez concourir soit à jeter une estacade, soit à tendre une
cinquenelle pour mettre le pont qui doit être jeté du côté de la MaisonBlanche
à l’abri de tout accident, quand est‑ce que vous serez prêt ?
‑ Le 20. 11°
Le Danube est‑il aussi bas que lors de notre premier passage,
c’est‑à‑dire les bancs de sable sont‑ils découverts ? D’après
l’original comm. par le général Henry Bertrand. 1154.
- INSTRUCTIONS POUR POURSUIVRE L’ENNEMI VAINCU A RAAB. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A GÖNYÖ. Schœnbrunn,
16 juin 1809, cinq heures du soir. Mon
Fils, l’officier que vous avez fait partir le 15 à deux heures après‑midi
est arrivé le premier ; deux heures après est arrivé le général
Caffarelli. Je vous félicite sur la bataille de Raab, c’est une
petite‑fille de Marengo et de Friedland. Je suppose que le 15 toute
votre cavalerie et votre artillerie légère se sont mises à la poursuite
de l’ennemi. Ou l’ennemi a un pont à Komorn, ou il n’en a pas ;
s’il en a un, il faut l’abattre, car il n’aura pas pu faire une
estacade, ce qui est un travail long ; il faut l’abattre en jetant
dessus, au courant de l’eau, des moulins et de grands bateaux que vous
ferez détacher, surtout pendant la nuit. Le général
Macdonald et votre parc ont dû rafraîchir vos munitions. Vous avez dû
jeter des ponts sur la Raab afin de bien établir votre communication par
ici avec le maréchal Davout. J’ai ordonné à ce maréchal de vous
envoyer toutes les munitions qu’il pourrait, de faire passer des marins au
général Lasalle, de lui envoyer six mortiers et trois ou quatre obusiers,
et d’en dresser des batteries contre Raab de son côté. Chargez le général
Lauriston d’en faire autant de votre côté et de bombarder la ville
jusqu’à ce qu’elle se rende. Faites même un simulacre de siège, si
cela est nécessaire. Vous aurez sans doute mis Macdonald, qui est frais, à
la poursuite de l’ennemi, pour l’empêcher de se placer vis‑à‑vis
de Komorn et l’obliger à se réfugier sur Pesth. Je suppose que vous
aurez fait filer tous vos caissons vides par la route de Presbourg. J’ai
envoyé trente caissons de 6, dix de 12 et trente d’obusier de 24, qui
remonteront vos caissons, les charmont et s’en reviendront. Vous ne devez
pas craindre de manquer de munitions. Le duc d’Aderstaedt avait fait
approcher de vous le général Gudin avec 6,000 hommes ; mais il est nécessaire
que le général Gudin ne passe pas Raab, et que‑même, s’il n’y a
rien de nouveau, il puisse rejoindre le duc d’Auerstaedt. Cependant je
n’en donne pas encore l’ordre, j’attends cela pour vos derniers
renseignements. J’ai envoyé l’ordre à Marmont de venir à Grætz.
Aussitôt qu’il y sera arrivé, je vous ferai rejoindre par le reste du
corps de Macdonald. Placez des partis sur votre droite, car, si Chasteler ou
Gyulai s’étaient dirigés par là, vous pourriez leur jouer un mauvais
tour ; cela est probable, ils ne doivent pas avoir beaucoup de cavalerie.
J’ai envoyé 200 de mes chevau‑légers polonais à Oedenburg pour me
tenir éclairé de ce côté. Puisque
vous avez attaqué en échelons par la droite, pourquoi n’avoir pas mis
vingt‑cinq pièces de canon à la tête de vos échelons ? Cela eût
fortifié votre attaque et intimidé l’ennemi. Le canon, comme toutes les
autres armes, doit être réuni en masse si l’on veut obtenir un résultat
important. Je
suppose que vous m’aurez envoyé en poste le général que vous avez
fait prisonnier et quelques officiers, afin que je puisse prendre des
renseignements. Je suppose également que les prisonniers auront passé par
les postes du duc d’Auerstaedt. Vous
trouverez ci‑joint une copie de l’ordre du jour. Témoignez ma
satisfaction à l’armée. NAPOLÉON. P.
S. J’ai écrit à l’Impératrice
et à la vice‑reine. [1] Les mots en italique indiquent les réponses du général Bertrand ; il semble même que ces réponses aient été écrites par l’Empereur, pour ainsi dire sous la dictée du général.
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