| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome sixième Paris - 1876
1155.
‑ INSTRUCTIONS A DONNER AU COMMANDANT SUPÉRIEUR DE PASSAU. A
ALEXANDRE, PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE,
A SCHOENBRUNN. Schœnbrunn,
16 juin 1809. Mon
Cousin, envoyez un officier d’état‑major visiter les ouvrages de
Passau ; il en rapportera un plan, un état de situation, le nombre de pièces
d’artillerie qui se trouvent dans chaque ouvrage, un état de
l’approvisionnement de la place et un rapport sur la manière dont se fait
le service, si chaque ouvrage a un commandant et si tout est disposé pour
recevoir l’ennemi. Plus j’attache d’importance à Passau, et moins
j’en entends parler. Le général Rouyer a fait la même chose en Pologne
; il était devant Graudenz, et je ne pouvais en recevoir aucun
renseignement. Mon intention est que vous chargiez le général Bourcier du
commandement de Passau et des frontières depuis Ratisbonne, et du haut Palatinat.
Vous lui ferez connaître qu’il aura ses sous ordres le régiment
provisoire de dragons qui est à Ratisbonne, et un autre que vous donnerez
ordre au général Beaumont de lui faire passer. Il nommera un général de
brigade, de ceux qui sont au dépôt, pour commander ces deux régiments, et
avec cela il fera respecter ces frontières, et en cas d’événements il
se repliera sur Passau. Il pourra joindre aux partis qu’il enverra pour éclairer
le pays quelques compagnies de la division qui sera sous son commandement.
Vous lui ferez connaître également que la défense de Passau, son
armement et son approvisionnement le regardent ; que tout est sous ses
ordres ; que j’entends avoir tous les jours un rapport sur les progrès
des travaux et sur la situation des approvisionnements de guerre et de
bouche, un second rapport sur le dépôt de cavalerie, et un troisième
sur les frontières de Bohême. Si l’estafette ne passe pas par Passau, il
enverra un courrier pour porter ses dépêches à Linz ou à Braunau ; il
s’arrangera pour cela. Recommandez au général Bourcier que, si les
landwehre sortent de leurs montagnes, il leur donne de bonnes leçons ;
qu’il donne aux ouvrages avancés de Passau des commandants permanents ;
que, vingt‑quatre heures après la réception de votre ordre, il y ait
au moins deux ou trois pièces de canon dans chaque ouvrage, et que le génie
donne des noms à chacun de ces ouvrages pour qu’on s’entende ;
qu’au lieu d’écouter les réclamations contre les démolitions il les
fasse faire toutes dans le même instant, en promettant des indemnités. Écrivez
au général Bourcier pour savoir combien de chevaux il a achetés, combien
d’argent il a à sa disposition, où en est la confection des selles et
quelles mesures il a prises pour cet objet. Recommandez‑lui d’accélérer
l’arrivée de l'artillerie qui doit être envoyée d’Augsbourg pour
armer Passau. Il y a six pièces à Straubing, il faut les faire venir ; il
y a six pièces à Rain, à la tête de pont du Lech, il faut également les
faire venir. Qu’il prenne des mesures pour procurer au général Rouyer
quatre pièces de canon bavaroises attelées, afin d’en donner aux
colonnes qu’il jugera à propos de faire marcher pour contenir l’ennemi.
Ainsi vous ferez connaître an général Beaumont que tout ce qui regarde la
surveillance du haut Palatinat, avec deux régiments provisoires de dragons,
est sous les ordres du général Bourcier. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 156.
‑ OBSERVATIONS SUR LE PROJET DE PASSER LE DANUBE
DU COTÉ DE RAAB ; BUT A POURSUIVRE. A EUGÈNE NAPOLÉON,
VICE‑ROI D’ITALIE, A GÖNYÖ. Schœnbrunn,
19 juin 1809, dix heures du matin. Mon
Fils, le projet que vous me présentez de passer sur la rive gauche du
Danube vis‑à‑vis la position où vous êtes est un projet
impraticable. Je n’entrerais dans aucun détail, si je n’étais persuadé
que vous lisez mes lettres avec attention et que vous profitez de tout cela
pour votre instruction. Il y a de l’endroit où vous êtes à Vienne six
marches de troupes. Si j’avais un pont dans cette position où vous vous
trouvez, je ne pourrais pas y passer le Danube ; car, pendant que je
passerais, le prince Charles, avec la grande armée autrichienne, passerait
le fleuve derrière moi, à Vienne. En deux jours il aurait fait un pont. Or
Raab ne vaut pas Vienne ; mon centre et ma ligne de communication seraient
bouleversés, et je me trouverais dans une fâcheuse position. Si je voulais
passer le Danube à une si grande distance de Vienne, qui m’empêcherait
de le passer à Linz, où j’ai un superbe pont et où je me trouverais
dans une position bien différente, car je couvrirais mes derrières et je
n’aurais rien à craindre devant moi, puisque les rivières de la Traun
et de l’Enns couvriraient Linz ? Ainsi je ne voudrais pas passer dans la
position que vous m’indiquez, quand même j’y aurais un pont de pierre.
Actuellement, comment songer à passer en avant de Raab, n’ayant rien
sur notre droite qui nous couvre de Bude et de toute la Hongrie, et qui
garantisse ma ligne de communication de l’endroit où vous êtes
avecVienne ? car vous n’avez de ce côté aucune position. Mais, en
supposant que je passe sur la rive gauche, où marcher ensuite ? Contre
la grande armée autrichienne? Je ne la trouverai plus ; elle sera sur la
rive droite, se sera rendue maîtresse de Vienne, et, d’accord avec les
Hongrois de Bade, viendra attaquer ma tête de pont de la rive droite ; et
d’ailleurs il me faudrait un autre corps pour tenir en observation du côté
de Komorn, ce qui serait un immense et terrible inconvénient. Le projet que
vous présentez est donc fondé sur un faux raisonnement, car passer le
Danube n’est rien. J’ai un pont à Passau, j’en ai un à Linz. Si on
voulait jeter un pont sur la rive gauche de votre côté, il faudrait
faire cette opération au‑dessus de Raab, afin d’être protégé par
cette ville qu’on supposerait occupée par nous. Jusqu’ici j’ai supposé
que j’avais un pont de pierre dans la position que vous m’indiquez, mais
je ne pourrais y avoir qu’un pont de bateaux, qui serait bientôt détruit
par l’ennemi, comme l’ont été ceux de Vienne ; il faudrait donc y établir
une estacade. J’en ai une enfin ; mais voilà quinze jours qu’on y
travaille. Vous croyez que le Danube vis‑à‑vis la position où
vous êtes n’est pas large : vous vous trompez ; il doit avoir deux cent
soixante toises au moins, et n’a qu’un seul courant, par conséquent très‑rapide.
A la position d’Ebersdorf, j’ai aujourd’hui un pont sur pilotis, où
trois voitures de front peuvent passer, et qui est aussi solide qu’un pont
de pierre ; j’ai donc des ponts où toute mon armée peut déboucher sur
trois colonnes en huit heures et manœuvrer sur les deux rives. Enfin j’ai
deux superbes têtes de pont sur l’une et l’autre rive, qui me
permettent également ces manœuvres. Il
faut tâcher d’avoir quelques bateaux, pour enlever sur la rive gauche
quelques postes ennemis et quelques bourgmestres, qui vous donneront des
nouvelles. Je crois cela très à propos. Votre seul but désormais doit être,
1° de faire croire que vous allez à Bude et que vous n’attendez que
votre artillerie de siège pour vous y porter ; 2° d’inonder la
Hongrie des proclamations aux Hongrois et des autres écrits publiés à
Vienne ; 3° de prendre Raab ; 4° de bien assurer, en attendant la
reddition de cette ville, votre retraite derrière la rivière de Baab, en
cas de bataille ; 5° de vous défaire de tous vos embarras et d’évacuer
tous vos blessés sur Vienne ; 6° de rappeler toutes les garnisons,
commandants et hôpitaux que vous avez sur différentes lignes, pour ne
garder que ceux de la ligne de Raab à Ortdenburg par Kapuvàr, et ceux de
la ligne de Raab à Bruck. Enfin ne conservez aucun embarras, car, aussitôt
que Raab sera pris, et même sans attendre cette circonstance, je puis vous
ordonner de venir à grandes journées sur Ebersdorf, et vous sentez que
pour cela il faut que vous soyez allégé de tous vos embarras. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1157.
‑ OBSERVATIONS AU SUJET DES BLESSÉS, DES PRISONNIERS, DES CONVOIS. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A GÖNYÖ. Schœnbrunn,
19 juin 1809. Mon
Fils, comme vous ne répondez pas à tous les articles de mes lettres, je
prends le parti de mettre les titres à la marge, afin que vous m’y répondiez
article par article. Prisonniers.
On n’a pas encore vu
à Œdenburg un seul de vos prisonniers. Cependant les 400 que vous avez
faits du côté de Kœrmœnd devraient y être arrivés depuis longtemps.
L’état‑major, ici, n’a pas encore le nom des régiments auxquels
vos prisonniers appartiennent. Votre chef d’état‑major ne fait
rien ; j’espère que le nouveau fera mieux. Je crains qu’on n’ait
dirigé ces prisonniers droit sur Grætz ; si cela était ainsi,
non‑seulement ces prisonniers seront délivrés, mais même leur
escorte sera faite prisonnière. En général, quand on fait des
prisonniers, on envoie les principaux officiers, en poste et successivement,
au quartier général, pour avoir des nouvelles, et on ne les fait point
marcher avec les troupes. S’il arrive qu’ils soient délivrés, les
corps se trouvent en un moment réorganisés. Le général que vous avez
fait prisonnier aurait dû être au quartier général vingt‑quatre
heures après la bataille. Ligne
d’opération. Votre
ligne d’opération n’est point raisonnée ; vous êtes parti d’OEdenburg,
et vous avez manœuvré selon les circonstances pour arriver à l’ennemi.
Votre première ligne est une ligne qui doit être effacée. Donnez ordre
que les garnisons et les commandants de place qui se trouvent de Raab à
Grætz, d’OEdenburg à Kœrmœnd, de Pápa à Grætz, rejoignent le
quartier général, et qu’il n’y reste pas un seul Français. Ce sera,
à la longue, des hommes qui seront perdus. Organisez la ligne de Raab à
OEdenburg, en se rapprochant le plus possible du Danube ; je crois que la
route par Kapuvàr est celle qui en est le plus près. Organisez également
votre ligne de Raab à Bruck, et de Bruck sur Vienne ; pour celle‑là,
il faut être bien sûr de vos ponts sur la Raab et les faire promptement
terminer. Envoyez des ingénieurs géographes en faire le tracé, relever
la population et faire une reconnaissance en règle. Blessés.
On ne connaît pas la
direction que vous avez donnée à vos blessés. Si tous ces gens‑là
ont passé par la ligne par laquelle vous êtes venu, les trois quarts sont
perdus. Il faut donc avoir soin de les évacuer par votre nouvelle ligne. Il
faut que votre chef d’état‑major n’ait jamais fait la guerre. La
ligne d’opération ne peut jamais être celle par où on a marché,
puisqu’on a marché selon les événements. C’est là le premier soin
d’un général. Je réitère qu’on ne vous envoie de Grætz ni
d’ailleurs aucun homme isolé, et qu’on réunisse tout en fortes colonnes.
Faute de ces précautions, on fait en détail d’immenses pertes, et les
armées se fondent. Parc
d’artillerie. Vous
avez des convois d’artillerie à Neustadt. S’ils ne sont pas arrêtés
à OEdenburg, et delà ne sont pas passés par la bonne route, ils seront
tombés au pouvoir de l’ennemi. Vous ne m’avez pas fait connaître par
où les caissons vides se sont dirigés. Je vous ai envoyé cent caissons de
munitions ; comme ces caissons appartiennent aux corps d’armée, je
suppose que vos caissons seront venus à la rencontre de ceux‑ci sur
les bords de la Raab et auront chargé les munitions que portent ces
caissons, qui seront revenus sur leurs pas. Faites partir tous vos caissons
vides pour Vienne ; envoyez-m’en la note, et j’enverrai à leur
rencontre pour leur épargner la moitié du chemin. Veillez à ce que le général
Sorbier ne garde rien de ce matériel ; il doit prendre les munitions et
voilà tout. Je trouverais très‑mauvais qu’on gardât un caisson,
un cheval ou un homme. Siège
de Raab.
Vous devez
avoir quatre pièces de 12 ; je vous ai envoyé des munitions ; le duc d’Auerstaedt
vous en a envoyé trois ; cela fait sept. Le duc d’Auerstaedt a envoyé au
général Lauriston deux mortiers et six obusiers ; envoyez‑lui des
officiers et des canonniers de votre corps d’armée. Je lui envoie quatre
pièces de 18 et deux obusiers prussiens, afin de réduire promptement cette
place. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1158.
‑ ORDRE DE MARCHER SUR GRÆTZ ; REPROCHES
SUR LE MANQUE D’INITIATIVE. AU
GÉNÉRAL MARMONT, DUC DE RAGUSE, COMMANDANT L’ARMÉE DE DALMATIE, A CILLI. Schœnbrunn,
19 juin 1809, midi. Je
vous ai envoyé plusieurs fois, Général, l’ordre de marcher sur Grætz,
et, à la distance où vous êtes, vous n’auriez pas besoin de cet ordre
pour agir. L’Empereur trouve que vous avez fait une faute en laissant
intercepter la communication avec Grætz ; car, le 18, les
avant‑postes du général Broussier ont été attaqués, et nous
ignorons ce qui se sera passé. Toutefois, Général, l’intention de l’Empereur
est que vous marchiez sans délai sur Grætz et que vous culbutiez les corps
de Gyulai et de Chasteler, qui y sont. Si le général Broussier est obligé
d’évacuer Grætz, son instruction lui prescrit de se retirer sur Bruck.
Sa Majesté est étonnée que vous restiez tranquille, que je ne reçoive
pas chaque jour un officier de votre armée avec des nouvelles, quand les
plus grandes choses vont se décider, et que vous avez sous vos ordres le
meilleur corps d’armée. Vous devez sentir, Général, qu’à la distance
où vous êtes, et avec votre grade, ce n’est pas un ordre littéral qui
doit vous faire mouvoir, mais la masse des événements. Le
prince de Neuchâtel, major général. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1159.
- REPROCHES AU SUJET DE LA CORRESPONDANCE LÉGÈREMENT FAITE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A GÖNYÖ. Schœnbrunn,
20 juin 1809, dix heures du matin. Mon
Fils, par mes dernières lettres vous aurez vu que j’avais reçu celle que
vous m’avez écrite le 16 à dix heures du soir, par le chef d’escadron
Devaux. Ainsi il n’y en a eu aucune de prise. Des ponts volants avec des
bateaux ont rien de commun avec le pont ; si vous ôtez à l’ennemi le
pont de Komorn, vous lui ôtez les moyens de reprendre l’offensive. Ce
n’est pas avec des ponts volants qu’on peut faire passer une armée ;
mais, avec un pont permanent, l’ennemi peut reprendre l’offensive. Votre
correspondance n’est pas satisfaisante ; vous ne faites qu’effleurer les
matières et vous ne donnez aucun détail. Vous me dites dans votre lettre
du 15 que les caissons sont partis, mais vous ne me dites pas où vous les
envoyez, combien il y en a, et ce qu’il faut faire pour les remplir
promptement. Les cent caissons que je vous ai envoyés appartiennent aux
corps de l’armée ; si on ne les renvoie pas promptement, le service de
l’artillerie va être désorganisé, et nous ne saurons plus où nous en
sommes. Faites‑moi connaître quel nombre on en a envoyé, où on les
a dirigés, quel est leur ordre de route, et où il faut leur envoyer des
ordres. La direction des affaires militaires n’est que la moitié du
travail d’un général ; établir et assurer ses communications est un des
objets les plus importants. Il ne fallait pas réfléchir longtemps sur la
carte pour savoir que, devant recevoir des munitions de Vienne, elles
viendront, même sans pont, près de Raab, et que là l’échange s’en
ferait. Je
dis que votre correspondance est légère : vous parlez des prisonniers,
mais sans dire où vous les avez dirigés, en combien de colonnes ils sont,
sous les ordres de qui. Il est inouï qu’un général de brigade qui a été
pris depuis six jours ne soit pas encore arrivé près de moi. Vous croyez
en avoir tiré tout le parti possible et l’avoir interrogé ; vous vous
trompez : l’art d’interroger les prisonniers est un des résultats
de l’expérience et du tact de la guerre. Ce qu’il vous a dit vous a
paru assez indifférent ; si je l’avais interrogé, j’en aurais tiré
les plus grands renseignements sur l’ennemi. On ne sait où se trouve ce général,
on dit même que vous l’avez renvoyé sur parole ; on ne sait rien de
rien. Assurez
bien vite votre communication. Si le pont de Komorn devait rester et que
vous dussiez vous retirer devant des forces supérieures, c’est derrière
la Raab et la Rabnitz qu'il faut faire votre mouvement, non par OEdenburg,
mais par Kitsee et Hainburg. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1160.
‑ RECOMMANDATIONS POUR LA GARDE DU DANUBE ENTRE EBERSDORF ET RAAB ; PRÉCAUTIONS
A PRENDRE CONTRE UNE TENTATIVE DE L’ENNEMI POUR SECOURIR CETTE PLACE. AU
MARÉCHAL DAVOUT, DUC D’AUERSTAEDT, COMMANDANT LE 3è CORPS DE L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE, A KITSEE. Schœnbrunn,
21 juin 1809, huit heures du soir. Mon
Cousin, je vous ai déjà mandé que j’avais donné l’ordre au
vice‑roi de se charger d’investir Raab et de vous renvoyer vos
troupes. Vous devez
y comprendre la division du général Lasalle ; vous aurez quatre régiments
de cavalerie que vous emploierez à éclairer le Danube. Vous aurez fait
connaître au général Bruyère qu’il n’avait pas besoin de s’égarer
sur la droite, puisque Marulaz a fait l’opération. Servez‑vous de
cette cavalerie pour éclairer le Danube depuis Raab jusqu’aux postes de
la grosse cavalerie. Liez‑vous avec les postes du général Nansouty ;
celui‑ci doit se lier avec Ebersdorf, de sorte qu’il n’y ait
aucune île du Danube qui ne soit surveillée. Correspondez avec le
vice‑roi, afin que, si l’ennemi tentait quelque chose entre vous
pour secourir Raab, vous marchiez dans le même sens à la rencontre de
l’ennemi. Ce qui m’importe beaucoup, c’est que toute la rive du Danube
soit bien surveillée, afin d’être instruit à temps pour pouvoir
culbuter l’ennemi avant qu’il se soit retranché. J’espère que la tête
de pont de Sziget et Köz, que j’appelle l’île de Raab, est fortifiée
et à l’abri de toute insulte ; car, si l’ennemi avait une opération
raisonnable à faire, ce serait de jeter dans cette île 6,000 hommes, de
s’en emparer et de ravitailler Raab et le camp retranché. C’est cette
idée qui m’a fait attacher tant d’importance à cette île du Danube,
et qui est cause du mécontentement que j’ai éprouvé de ce que le général
Lasalle ne l’avait pas fait occuper. Tout fait penser que l’ennemi ne
tentera rien ; mais s’il tentait quelque chose, ce serait pour secourir
Raab, dont la possession lui importe à beaucoup de titres. D’ailleurs,
sans supposer à l’ennemi de si grandes vues, il pourrait essayer de jeter
2,000 hommes dans Raab ; ce qui mettrait cette place à même de se défendre,
car il ne paraît pas que la garnison actuelle soit assez forte pour faire
une défense sérieuse. Or, cette dernière opération, il peut la faire en
une nuit. C'est ce qui m’a fait attacher de l’importance à avoir sur la
Kis Duna un pont qui permît au général Lauriston et au général
Baraguey d’Hilliers d’entrer rapidement dans l’île et de culbuter
tout ce qui serait passé. Comme
vous êtes plus à portée de Lauriston, faites‑lui cette question :
Si l’ennemi débarquait 1,500 hommes, ce qui peut se faire dans une nuit,
vis‑à‑vis Medve, lesquels se porteraient sur‑le-champ
dans Raab pour en augmenter la garnison, de quelle manière
pourra‑t‑il l’empêcher ? S’il n’est pas préparé à
cette tentative, qu’il se hâte d’achever le pont et qu’il fasse
passer des troupes dans l’île pour résister à cette opération de
l’ennemi, en se faisant soutenir par le général Baraguey d’Hilliers. En
résumé, vous me répondez du Danube depuis les postes de Nansouty jusque
près de Raab ; vous avez pour cela les divisions Gudin, Pathod et Lasalle.
Vous ferez rejoindre Marulaz aussitôt qu’il le pourra. Pour le reste de
la division Gudin, pressez le vice‑roi de relever vos troupes devant
Raab, afin que demain vous soyez parfaitement en règle. Du
reste, ces opérations me paraissent bien hardies pour l’ennemi ; mais
aussi Raab est bien précieux pour lui. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1161.
‑ ORDRES CONERNANT LE MATÉRIEL D’ARTILLERIE DE L’ILE LOBAU. AU
GÉNÉRAL COMTE DE LA RIBOISIÈRE, COMMANDANT L’ARTILLERIF DE L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE, A VIENNE. Schœnbrunn,
23 juin 1809, dix heures du matin. Monsieur
le Général la Riboisière, la bataille qui va avoir lieu doit préluder
par une grande canonnade dans l’île. C’est donc une canonnade de quatre‑vingt‑six
bouches à feu qui doivent être approvisionnées, chacune au moins de
trois cents coups ; cela fait donc de vingt‑cinq à trente mille coups
de canon. Avez‑vous la poudre nécessaire pour cela ? Quand les cent
milliers de poudre qui viennent de Bavière seront‑ils arrivés ?
Je demande des calculs positifs : six heures d’intervalle gâteraient
tout. Raab a demandé
à capituler. Il me tarde fort de savoir s’il y a de la poudre. Je me suis
refusé à la proposition que vous m’avez faite de mettre des pièces de
campagne pour compléter les quatre‑vingt-six bouches à feu. Quand
ce nombre de quatre‑vingt-six pièces sera‑t‑il complété
par celles qu’on tire de Vienne ? Il me semble que vous ne manquez pas
d’affûts, mais que les affûts ne sont pas ferrés ; quand le
seront‑ils ? Il vous faudrait au moins trois affûts de 18, trois de
12, trois de 6, trois d’obusier et trois crapauds de mortier de rechange.
J’ai donné l’ordre que, dès que Raab sera pris, les quatre pièces
de 18 et les deux pièces de 12 de siège que vous y avez envoyées
reviennent par relais sur Ebersdorf ; elles serviront en réserve. Si je
demande encore dix‑huit pièces de 10, pourrez‑vous les fournir
? Vous avez les pièces, vous avez les boulets, les cent milliers de
poudre doivent être arrivés ; avez‑vous les affûts ? S’il ne
s'agit que de les ferrer, ce doit être l’ouvrage de peu de jours. Si je
demandais six obusiers à grande portée, pourriez‑vous les fournir
? Pourrez‑vous fournir aussi deux pièces de 6 ? Vous devez avoir les
pièces, les boulets ; restent les affûts, qui ne sont pas ferrés. Quand
tout cela sera‑t‑il prêt ? J’ai
le projet de jeter deux mille obus dans Presbourg, pour obliger l’ennemi
à évacuer les îles qu’il occupe, en le menaçant de brûler la ville.
De quelle sorte d’obus faut‑il se servir pour consommer les
munitions les moins précieuses ? NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par M. le comte de la Riboisière. 1162.
‑ MESURES CONCERNANT LA GARNISON ET LA MISE
EN ÉTAT DE DÉFENSE DE RAAB. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D'ITALIE, A RAAB. Schœnbrunn,
26 juin 1809, six heures du matin. Mon
Fils, donnez ordre aux Badois de retourner sur Presbourg avec leur
artillerie. Donnez ordre au général Lauriston de venir me joindre. Je reçois
voire lettre du 24 à onze heures du soir. Voici ma décision pour Raab. Je
fais partir aujourd’hui cinq pièces de 3, trois mille boulets de 3,
trois mille boulets de 12 et quatre mille livres de poudre ; cela fera donc
quinze pièces et six mille boulets. Vous y laisserez les deux pièces que
vous avez prises à l’ennemi, avec huit cents coups à tirer, ce qui fera
dix‑sept pièces. Vous compléterez le nombre de cartouches jusqu’à
quatre cent mille. Par ce moyen, la place ne sera pas brillamment armée,
mais enfin elle pourra se défendre, d’autant plus que je ne la laisserai
pas longtemps cernée. Dans quatre jours on y enverra dix pièces de 6 et
cinq pièces de 3, quelques mortiers et obusiers ; mais pour cela il faut
qu’il m’arrive les convois de poudre que j’attends. Ainsi donc faites
part de cela au commandant de Narbonne. Donnez‑lui un commandant du
génie et deux officiers de cette arme, un chef de bataillon d’artillerie
et trois officiers d’artillerie, un commissaire des guerres, un garde-magasin
des vivres, trois ouvriers d’artillerie, une compagnie d’artillerie, une
escouade de sapeurs ou de mineurs, italiens ou français, un commandant
d’armes du grade de chef de bataillon, deux adjudants de place du grade
de lieutenants. Avec cet état‑major, qu’il faut lui attacher, le
commandant doit garder la place. Faites‑lui connaître le peu d’artillerie
qu’il aura d’abord, mais qu’elle sera ensuite augmentée ; que c’est
le défaut de poudre qui m’empêche de lui donner dans ce premier moment
un plus grand nombre de pièces, mais que, dans tous les cas, je ne le
laisserai pas cerné longtemps. Le maréchal duc d’Auerstaedt, lorsqu’il
aura terminé son opération sur Presbourg, lui renverra des mortiers et
des obusiers. En attendant que je désigne la garnison, placez‑y un
bataillon italien de 600 hommes et un dépôt français d’hommes écloppés
de tous vos corps, au nombre de 300. Ordonnez qu’on travaille sans délai
à rétablir les ponts‑levis, les barrières, à relever les ouvrages
avancés les plus importants, à tendre l’inondation, à bien organiser
les magasins. Comme je vous le disais hier, faites jeter dans les fossés de
la place cinq cents bœufs ; avec la farine qui s’y trouve, six mille
quintaux de blé et ses moulins, cette place sera approvisionnée. Remettez
20,000 francs au commandant du génie et 10,000 à celui de l’artillerie,
pour mettre en état la place. Vous devez avoir trouvé de l’argent à
OEdenburg, à Altenburg et à Raab, quoique cependant l’on m’assure
qu’à Grætz et à Klagenfurt vous n’ayez pas saisi les caisses. C’est
une mauvaise méthode. Faites saisir les caisses de Raab, elles vous
donneront les fonds nécessaires pour ces diverses dépenses. Faites‑moi
connaître où est le général Marulaz. Le général Marmont doit être
arrivé hier à Grætz. Le général Broussier m’a fait toutes les folies
imaginables ; mais enfin il n’en est arrivé aucun mal. Le général
Broussier croit avoir en tête le général Chasteler et le général Gyulai,
dont il porte les forces à 15,000 hommes ; d’un autre côté, les rapports
que je reçois disent que le général Gyulai marche sur Pàpa. Vous
trouverez ci‑joint un rapport du chef d’escadron Lubienski que je
tiens à OEdenburg. Il paraît probable que l’ennemi est du côté de Grætz,
et qu’une affaire a dû avoir lieu hier ou aujourd’hui ; Marmont nous
en donnera des nouvelles ; de votre côté, voyez à y envoyer des espions
pour savoir ce qui se passe. Si vous pouvez couper leurs détachements et
tomber dessus, je retarderai mes autres affaires pour vous en donner le
temps. On m’assure que Marulaz s’est trompé sur le mouvement de la
colonne qu’il a poursuivie, et que cette colonne s’est réunie sur Grætz
avec les autres. Faites‑moi connaître ce que vous savez là‑dessus.
Je suis fâché que le général Montbrun n’ait pas été jusqu’à Tala
; il aurait fallu inonder de cavalerie toute la plaine, et porter l’épouvante
et des proclamations jusqu’aux portes de Bude. Vous verrez, par la déclaration
ci-jointe d’un prisonnier, que l’archiduc Jean avec ses bonnes troupes
se serait porté sur Presbourg, et que l’archiduc palatin serait resté,
avec quelques régiments de nouvelle levée, entre Komorn et Bös. Je
vous recommande de nouveau de rompre le pont de Komorn, et de dire que vous
vous portez en avant. J’ai
vu avec peine qu’un de vos courriers, qui a passé à OEdenburg, ait dit
à tout le monde que vous reveniez. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg . 1163.
‑ ORDRE POUR M. GERMAIN, CHAMBELLAN DE L’EMPEREUR ; MISSION SUR LES
DERRIÈRES DE L’ARMÉE. Schœnbrunn,
26 juin 1809. L’officier
d’ordonnance Germain se rendra à Mœlk, d’où il m’adressera un
rapport. De
Mœlk, il se rendra à Ems, à Linz et à Passau ; de chacune de ces
villes il m’adressera un rapport. Il
me fera connaître, à Mœlk, l’état de l’hôpital, le nombre des
malades, la situation des fortifications, le nombre des pièces en
batterie, la situation de la garnison, quel est le commandant, et, en général,
la situation de ce poste et celle du magasin de subsistances. Il
s’arrêtera à Amstetten pour connaître la situation de la garnison, de
l’hôpital, et prendre des renseignements sur les postes qui sont le long
du Danube. A
Ems, il m’enverra un rapport sur la situation de la manutention, des
magasins, de la tête de pont, de la garnison. Il ira à l’embouchure de
l’Enns dans le Danube pour voir les travaux de la tête de pont,
vis‑à‑vis Mauthausen. A
Linz, il verra la tête de pont, le nombre des pièces en batterie, la
situation des magasins et des hôpitaux. A
Passau, il m’enverra un rapport sur la situation des ouvrages, sur les
magasins, la garnison, les batteries, l’endroit où elles sont, les
munitions d’artillerie, les convois de poudre, les magasins de
subsistances, ainsi que ce qu’il pourra apprendre de la situation de
l’ennemi du côté de Waldmünchen, Cham et vis‑à‑vis Passau,
également ce qu’il apprendra du dépôt de cavalerie, des marchés qu’a
faits le général Bourcier pour se procurer des chevaux et des selles, et
ce qui l’empêche d’aller plus vite. Si
l’ennemi a fait effectivement quelque opération du côté de Cham ou de
Waldmünchen, il ira joindre à Nuremberg la colonne du général Laroche.
Cette colonne doit être composée de deux régiments de cavalerie et de 3
ou 4,000 Bavarois ; et alors, il m’écrira de Straubing, de Ratisbonne, de
Nuremherg, et pourra même m’envoyer des courriers du haut Palatinat. Il
m’enverra les nouvelles qu’on a de Baireuth de la division Rivaud, qui
doit avoir marché sur ce point. Aussitôt
qu’il croira n’être plus utile de ce côté, il me rejoindra. Il
pourra envoyer par estafette sur Braanau des lettres pour être remises à
l’estafette à son passage. S’il y avait quelque chose de pressé, il
m’enverrait des courriers à Vienne. Il préviendra Bourcier de ce qu’il
apprendrait d’important. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1164.
‑ REPROCHES SUR LE MANQUE D’ACTIVITÉ ET DE COMMANDEMENT. AU
GÉNÉRAL MARMONT, DUC DE RAGUSE, COMMANDANT L’ARMÉE DE DALMATIE, A GRIÆTZ. Schœnbrunn,
28 juin 1809, neuf heures du matin. Le
27 vous n’étiez pas à Grætz. Vous avez fait la plus grande faute
militaire qu’un général puisse faire. Vous auriez dû y être le 23 à
minuit, ou le 24 au matin. Vous avez 10,000 hommes à commander, et vous
ne savez pas vous faire obéir. Au fond, votre corps n’est qu’une
division. Je crois que Montrichard n’est pas grand’chose ; mais vous
avez mauvaise grâce à vous plaindre. Que serait‑ce si vous
commandiez 120,000 hommes ? D’ailleurs une désobéissance serait
criminelle ; c’est un malentendu, et comment peut‑il y en avoir
quand on n’a que 10,000 hommes ? Marmont, vous avez les meilleurs corps de
mon armée ; je désire que vous soyez à une bataille que je veux donner,
et vous me retardez de bien des jours. Il faut plus d’activité et plus de
mouvement qu’il ne paraît que vous vous en donnez pour faire la guerre. Vous
avez peut‑être enfin battu aujourd’hui Gyulai. Il est bien nécessaire
que je puisse savoir à quoi m’en tenir, où vous êtes, et où
se ralliera l’ennemi autour de Grætz. Il est important qu’il soit
dispersé de manière qu’il ne puisse pas se réunir de bien des jours. D’après
la minute. Archives de l’Empire.
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