| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome septième Paris - 1876
1331.
‑ ARRÊTS INFLIGÉS A UN COLONEL QUI A ENVOYÉ UN MAUVAIS SUJET DANS
LA GARDE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Trianon,
18 juillet 1811. Témoignez
mon mécontentement au colonel du 9è de cuirassiers, qui a envoyé à la
Garde un mauvais sujet qui avait été trois mois en prison. Ordonnez‑lui
les arrêts pour vingt‑quatre heures et mettez‑le à l’ordre
de l’armée. C’est me manquer essentiellement que d’envoyer des
mauvais sujets dans ma Garde. Donnez
ordre que le choix des hommes destinés pour la Garde soit fait par les
inspecteurs, et que désormais ils en désignent vingt par régiment de
cavalerie et vingt par régiment d’infanterie, sauf à faire sur ces vingt
l’appel de ce qui sera nécessaire. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1332.
- RECOMMANDATIONS DIVERSES. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT
D’Allemagne A HAMBOURG. Trianon,
20 juillet 1811. Mon
Cousin, je reçois votre lettre. Je vois que sur 1,350 conscrits 1,200 vous
sont arrivés. je considère cela comme un bon résultat. Je
vous envoie une lettre de l’architrésorier, qui vous fera connaître
qu’une partie des déserteurs est déjà reprise. Je donne des ordres pour
que l’on prenne des mesures relativement à la solde, et que désormais
elle ne manque plus en route. Je suppose que vous avez sur-le‑champ
donné l’ordre de répartir ces hommes dans les différentes compagnies et
de les soumettre à une surveillance spéciale. J’en aurai 6,000 autres
à vous envoyer. On m’assure que ce sont de beaux hommes ;
faites‑moi connaître si vous en êtes satisfait et si leur habillement
et leur équipement sont en bon état. J’attends
avec intérêt ce que vous aurez à me dire sur les petits bataillons des îles
de Goeree et de Schouwen. Les compagnies des 6es bataillons, qui forment, je
crois, 2,500 hommes,
partiront à la fin d’août. Si le mouvement de tous les conscrits sur
votre armée réussit, il sera possible que je vous envoie le régiment de
l’île de Walcheren pour être incorporé dans vos bataillons et les
porter par ce moyen au grand complet, c’est‑à‑dire à 4,000
hommes par régiment. Il est bien entendu que les officiers et
sous‑officiers de ce régiment seraient, après l’incorporation,
renvoyés à l’île de Walcheren. On me rend compte que vos troupes sont
très‑belles ; mais il est nécessaire qu’elles le soient, et que
l’instruction se pousse parmi les officiers, sous‑officiers et
soldats avec une grande activité, puisque votre corps est une des
principales ressources de l’Empire contre des événements du côté du
Nord. Écrivez à vos généraux de division de passer des revues et de faire manœuvrer en tâchant de réunir les cinq bataillons de leurs régiments. Vous n’aurez que trois compagnies de grenadiers et voltigeurs par régiment ; mais je me réserve, quand il en sera temps, de vous autoriser à former les autres compagnies. Je pense que ces conscrits réfractaires seront meilleurs que les autres conscrits ; ce sont des hommes de vintg‑deux, vingt‑trois et vingt‑quatre ans ; mêlés avec vos soldats, ils prendront le goût du service. Les
trois compagnies du 12è bataillon des transports militaires sont parties de
Strasbourg pour vous rejoindre. Ainsi vous aurez bientôt 250 voitures d’équipages
militaires et près de 100 qui appartiennent aux corps ; ce qui fera 350
voitures. C’est plus que jamais il n’y en a eu à aucune armée Recommandez
aux généraux qui commandent les cuirassiers et la cavalerie légère de
passer des revues et de faire manœuvrer. Nous voilà bientôt en septembre
: c’est le temps favorable des manœuvres et des exercices. Je suppose que
chacun de vos régiments a une forge de campagne ; vous savez combien cela
est important. Tenez la main à ce que chaque régiment ait la sienne. Veillez
bien à ce qu’on ne fasse aucun sergent ni caporal qu’il n’ait été
à Wagram, c’est‑à‑dire qu’il n’ait fait la guerre.
Donnez‑en l’ordre exprès dans votre corps d’armée, et qu’on ne
puisse y déroger sans un approuvé de vous. Il est ridicule de voir des
colonels faire sergents des soldats de six mois. Je
vous recommande de tenir en réserve les outils du génie qui sont attelés
et de vous servir des outils du pays pour les ouvrages que vous faites faire
sur les côtes, afin que, si vous veniez à partir, vous soyez garni de tout
ce qui vous est nécessaire. Je
suis instruit que l’artillerie n’a pas tous les effets de rechange
qu’elle devrait avoir. Recommandez que les flambeaux, les pioches, les
haches et les autres rechanges soient tenus en règle et avec la plus grande
exactitude. J’ai
déterminé trois espèces de tours pour fermer à la gorge les batteries de
côte. Faites‑moi connaître les batteries que vous faites construire,
leur situation, leur force et leur importance. Écrivez
au gouvernement de la Poméranie que j’ai demandé à être instruit de la
satisfaction qui me sera faite pour le sang français qu’on a répandu en
Poméranie. Envoyez-lui
un officier. NAPOLÉON. D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1333.
– PLAINTES AU SUJET D’UNE FOURNITURE DE SELLES. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Trianon,
23 juillet 1811.
Monsieur le Comte de Cessac, je reçois de Saintes les plaintes
suivantes : les selles venues de Paris sont mal confectionnées ;
au lieu d’être rembourrées avec trois parties, en paille, bourre et
crin, elles ne le sont qu’avec de la paille et de la bourre ; on ne
met un peu de crin qu’aux coussinets pour faire croire qu’il y en a
partout ; les panneaux sont trop courts. Les officiers se plaignent de
la nouvelle sellerie ; elle est aussi mauvaise qu’à l’époque où
régnait le plus grand désordre par suite de mauvaise administration.
Donnez l’ordre au général Guyot de se rendre dans les magasins, avec les
deux officiers les plus expérimentés de son corps, pour vérifier ces
faits. Faites faire des retenues à l’entrepreneur coupable de fraude. Je
dépense beaucoup d’argent, je paye avec exactitude, je veux que les
fournisseurs livrent de bons effets ; je préférerais ne rien avoir que
d’avoir du mauvais. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1334.
- MISSION DANS LE NORD DE L’EMPIRE. AU
CAPITAINE DE MORTEMART, OFFICIER
D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR. Saint‑Cloud,
27 juillet 1811. M.
de Mortemart, officier d’ordonnance, se rendra à Saint‑Quentin, y
prendra connaissance de la situation des manufactures et m’en rendra
compte. Il ira par eau jusqu’à Cambrai, me fera connaître le nombre des
bateaux qui ont passé par le canal, la quantité d’eau qui s’y trouve
et les observations qu’il recueillera sur cette navigation. Il m’écrira
de SaintQuentin et de Cambrai. De Cambrai il se rendra à Maëstricht ; il
y restera deux jours ; il y verra la garnison, les travaux qu’on fait à
la place, et m’en verra ses observations. Il ira passer un jour à
Juliers, un jour à Venlo, quatre jours à Wesel. Dans
cette dernière place, il prendra connaissance du mouvement des 6es et 4es
bataillons qui se rendent à l’armée d’Allemagne ; il m’en rendra
compte, et particulièrement de la désertion qu’ils éprouvent, de leur
formation, de la manière dont ils sont habillés et armés, de ceux qu’on
attend encore, et enfin de tout ce qui peut m’intéresser. Il ira à Nimègue,
où il verra le régiment espagnol ; il me rendra compte de l’esprit qui
anime ce corps et de ce qu’on en dit. Il verra Graves. Il restera trois
jours à Bois‑le‑Duc, qui est chef‑lieu du département
des Bouches‑du‑Rhin ; il en connaîtra l’esprit public,
et de là se rendra à Anvers. Partout
sur sa route il prendra des informations sur les blés et sur la récolte,
il en causera avec les maîtres de poste, qui sont la plupart des cultivateurs
; il s’arrêtera quelquefois dans des fermes isolées, sur la route, pour
prendre des informations auprès des fermiers, et dans toutes ses lettres il
me fera part de ce qu’il aura appris à ce sujet. Il
séjournera dix jours à Anvers. Il m’écrira chaque jour et me fera
connaître la situation des travaux des fortifications, le nombre des
troupes qui y sont employées, les travaux du bassin, les constructions
des vaisseaux, combien on en pourra mettre à l’eau cette année, le degré
d’avancement de chacun, le nombre de cales et la situation des
approvisionnements de l’arsenal. D’Anvers
il se rendra à Lillo, à Liefkenshoek et au fort de Bath. Il verra ces
forts en détail. Il visitera les batteries qui, le long de l’Escaut,
protègent l’escadre dans les différents mouillages du fleuve depuis
Anvers jusqu’à Flessingue. Il restera quinze jours dans l’île de
Walcheren. Il me rendra compte de tous les mouvements de l’escadre, de
tous les travaux qui se font dans l’île, tant par le génie maritime
que par le génie de terre et par l’artillerie. Il me rendra également
compte de tout ce qui est relatif au régiment de l’île de Walcheren, au
mouvement des conscrits que ce dépôt a dirigés sur les régiments de
l’armée d’Allemagne, de la désertion qui a eu lieu dans ce mouvement
des nouveaux cadres qui arrivent pour s’y recruter, de la situation des hôpitaux,
etc. Pendant son séjour à Flessingue, il ira passer un jour à Cadzand ;
il y verra les travaux et recueillera tout ce qu’il entendra dire à cet
égard. Cette mission terminée, il reviendra à Paris. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par le général de Mortemart. 1335.
- ORDRES CONCERNANT LES COLONELS EN SECOND ET LES MAJORS EN SECOND. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Saint‑Cloud,
29 juillet 1811. Je
reçois votre lettre du 28. Les colonels en second et les majors en second
qui n’ont pas de destination doivent rester à Paris pour être en état
de partir vingt‑quatre heures après en avoir reçu l’ordre ; sans
quoi l’on ne peut rien faire. Cela a l’avantage que vous pouvez les
voir et savoir à quoi ils sont propres. Remettez‑moi
la liste des colonels en second et des majors en second. Faites‑moi
connaître ceux déjà placés et proposez‑moi l’emploi des autres
dans les places vacantes, et, je vous le répète, tenez‑les
constamment à Paris, car le service souffre beaucoup de la marche actuelle.
C’est six mois après leur nomination que ces officiers sont rendus aux
postes auxquels ils sont nommés. L’objet de leur création est de
pourvoir aux cas extraordinaires ; ils doivent donc toujours être dans la
main. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1336.
- ORDRES CONCERNANT LA SITUATION MILITAIRE DE
L’ARMÉE DU PORTUGAL AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,
A PARIS. Saint‑Cloud,
24 août 1811. Mon
Cousin, répondez au duc de Raguse que je vois avec plaisir les ouvrages
faits à Almaraz et sur le Tietar ; qu’il serait convenable de faire des
ouvrages de campagne en avant de Rio‑del‑Monte ; que j’espère
qu’avant le 15 septembre tous ses dépôts, les 387 chevaux qui doivent
compléter les 500 chevaux de la Garde, sur lequel il en a déjà reçu 113,
et les 1,400 chevaux que conduit le géneral Van der Maesen, lui seront
arrivés ; que tous ses dépôts quelconques, soit de cavalerie, soit d’infanterie,
soit d’artillerie, l’auront rejoint, et que son armée se trouvera ainsi
portée à plus de 50,000 hommes ; que la réparation de son armée est la
grande affaire ; mais qu’il n’envoie aucun état détaillé qui puisse
mettre à même de subvenir à tous ses besoins ; que vous envoyez un aide
de camp, colonel, dans les provinces du nord, avec des ordres pour que tous
les dépôts de cavalerie et d’artillerie et tous les détachements qui
appartiennent à l’armée de Portugal la rejoignent sans délai ; que
cet officier a ordre de voir tout partir et de rester jusqu’à ce que tout
soit parti ; qu’il doit même se mettre en correspondance avec lui pour
l’exécution de ses ordres ; que l’armée de Portugal doit prendre sa
ligne de communication sur Madrid ; que c’est là que doit être son
centre de dépôt ; que toute opération que l’ennemi ferait sur la Coa ne
peut déranger cette ligne ; que si l’ennemi veut prendre l’offensive,
il ne peut la prendre que dans l’Andalousie, parce que de ce côté il y a
un objet à remplir, qui est de faire lever le siège de Cadix ; que dans le
nord, s’avancerait‑il même jusqu’à Valladolid, ses efforts
n’aboutiraient à rien ; que les troupes que nous avons dans ces
provinces, en se repliant, lui opposeraient une armée considérable ;
qu’alors, sans doute, l’armée de Portugal devrait faire pour l’armée
du Nord ce qu’elle ferait pour l’armée du Midi ; que l’impossible,
c’est que sa ligne d’opération soit sur Talavera et Madrid, parce que
cette armée est spécialement destinée à protéger celle du Midi ;
qu’enfin, l’armée de Portugal étant attaquée de front, son mouvement
de retraite est encore sur Madrid, parce que dans tous les cas possibles ce
doit être sa ligne d’opération ; qu’il faut donc que tous les dépôts
quelconques appartenant à cette armée soient dirigés sur Talavera et
Madrid ; que j’ai même ordonné que la garnison de Ciudad‑Rodrigo fût
relevée par l’armée du Nord, mais que ce dernier ordre ne pourra s’exécuter
qu’un peu plus tard ; que le 26è de chasseurs, qui est un régiment
entier, doit l’avoir rejoint ; qu’il est fort important qu’il ait au
moins 6,000 hommes de cavalerie ; qu’il faut qu’il corresponde fréquemment
et sur tous les détails de l’administration. Envoyez
un de vos aides de camp, colonel, à Valladolid, où il portera l’ordre
impératif et sous peine de désobéissance au général Dorsenne de faire
partir vingt‑quatre heures après la réception dudit ordre tous les dépôts
d’artillerie, de cavalerie et les détachements appartenant à l’armée
de Portugal, lesquels se dirigeront en gros détachements sur Avila et
Plasencia. Les hommes malingres seront envoyés sur Madrid, la ligne d’opération
de l’armée de Portugal étant désormais sur Madrid. Cet aide de camp
rendra compte au duc de Raguse et à vous de l’exécution de vos ordres.
Il ira visiter Toro, Zamora et Salamanque, et, lorsque le général Van der
Maesen aura passé, il suivra son mouvement par Avila, Plasencia et Almaraz.
Il reviendra par Truxillo et Madrid, rapportant les états les plus exacts
de l’armée. Vous aurez soin d’envoyer au général Dorsenne un état détaillé
de tous les détachements de l’armée de Portugal qui, d’après les
derniers états, sont dans son armée, et que vos ordres concernent. Votre
aide de camp aura cet état dans ses instructions. Il ne faut pas qu’un
seul homme reste. Vous ferez connaître au général Dorsenne que mon
intention est même que la garnison de Ciudad‑Rodrigo soit fournie par
l’armée du Nord, et que tout soit renvoyé, à l’armée de Portugal ;
mais cette dernière opération (pour Ciudad‑Rodrigo) peut être
retardée jusqu’à l’arrivée des renforts qui vont se rendre à l’armée
du Nord. Il vous sera facile de faire comprendre au général Dorsenne
combien il lui est avantageux que la ligne d’opération de l’armée de
Portugal se dirige sur Madrid ; ce qui sera un grand soulagement pour toutes
les provinces de l’arrondissement de l’armée du Nord. Faîtes‑moi
connaître le jour où tous les chevaux d’artillerie qui vont rejoindre
les armées de Portugal et du Midi seront arrivés à Burgos, ce qu’ils
doivent prendre à Bayonne pour le porter à Burgos, et à Burgos pour le
porter à l’armée de Portugal. Je ne sais pas si le bureau de
l’artillerie du ministère de la guerre a déterminé le lieu où les
chevaux destinés à se rendre à l’armée de Portugal prendront
l’artillerie et les voitures. Il serait assez important qu’on pût
faire conduire ce qui est à Salamanque et à Ciudad‑Rodrigo. Comme
le général Van der Maesen n’a d’ordre que pour se rendre à
Valladolid, on pourrait de là le diriger sur les lieux où ces chargements
doivent être pris. Je compte le diriger de Valladolid sur Salamanque et
Plasencia. Remettez‑moi des renseignements sur la nature de cette
route, et instruisez en même temps le duc de Raguse que, probablement, je
dirigerai de Salamanque sur Palencia tous les renforts que conduit le général
Van der Maesen. Remettez‑moi un état où je puisse voir quel jour ce
général arrivera à Valladolid, ce qu’il
conduit, infanterie, cavalerie, artillerie, train et
équipages militaires, quel est le convoi de fonds qu’il escorte.
Faites‑moi connaître également la
route qu’a prise le général Avy, et quand il sera arrivé. Je désire
également que tout ce qui est destiné pour l’armée du Midi se réunisse
à la colonne du général
Van der Maesen et en suive le mouvement. D’Almaraz
cette troupe se rendra à l’armée du Midi par Truxillo. Vous devez écrire
au général Van der Maesen que le 26, de chasseurs n’est pas de l’armée
du Midi, mais de l’armée de Portugal. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1337.
– NOTES SUR LES GARDE-COTES. Trianon,
26 août 1811. Sa Majesté a
examiné le travail relatif aux garde-côtes. L’objet de ce travail était
de faire connaître s’il y aurait plus d’avantages à supprimer les
canonniers garde‑côtes et à les remplacer par une troupe
d’infanterie qu’à les conserver dans leur état actuel. Il
y a dans ce moment cent quarante compagnies de garde‑côtes, formant
16,940 hommes et coûtant 3,750,096 francs. Cette troupe ne sert que par
moitié, de manière que les 16,940 hommes n’en représentent que 8,40, et
que chaque homme servant revient à 442 francs 75 centimes. Avec la même
somme on entretiendrait deux régiments d’infanterie à cinq bataillons,
de 3,970 hommes, et une fraction de 1,323 hommes. Mais
la question n’a pas paru suffisamment éclaircie 1°
Le nombre de cent quarante compagnies comprend‑il tout ce qui compose
le corps des garde-côtes dans tous les départements actuels de l’Empire
? En réponse à cette question, il est nécessaire de former un état de
garde‑côtes par division militaire, en commençant par la division
de Hambourg, la Hollande, les anciennes côtes de France, les côtes de Gênes,
de Toscane et les États romains. Il est vraisemblable qu’on n’a pas pu
encore établir une parfaite uniformité dans l’organisation de ces
compagnies, et il est nécessaire d’indiquer, à l’article de chaque
nouvelle division, les différences qui existent entre la constitution de
ces compagnies, leur solde, les fournitures qu’elles reçoivent et leur
ordre de service. Cela
ne suffira pas encore pour bien connaître la dépense qu’occasionne la
garde des côtes dans le système actuel, parce que, outre les compagnies de
garde‑côtes, il y a un état‑major par arrondissement. On désire
qu’il en soit formé un état avec le calcul de la dépense qu’elles
occasionnent. D’après
les premiers résultats que donnent les renseignements déjà recueillis, on
voit que, pour la somme que coûtent 16,940 garde‑côtes composant
les cent quarante compagnies actuelles, on peut entretenir deux régiments
de cinq bataillons et à peu près une fraction de deux bataillons. On
aurait donc deux colonels, deux majors, douze bataillons et soixante
compagnies, qui feraient probablement ce service d’une manière plus
satisfaisante. Au
lieu de former cette troupe en régiments de cinq bataillons, on pourrait
diviser ces neuf mille et quelques cents hommes en cinq régiments de trois
bataillons, chaque bataillon d’à peu près 600 hommes. Par ce moyen,
chaque régiment étant chargé de la garde d’un arrondissement, les
officiers supérieurs remplaceraient avec avantage les inspecteurs actuels
des côtes, les quartiers‑maîtres de ces régiments remplaceraient
les quartiers‑maîtres des compagnies. Chaque bataillon garderait
une étendue de côtes, et l’on aurait droit d’attendre de cette troupe
un service plus régulier. Elle serait susceptible de plus d’instruction,
et elle se trouverait organisée, pour agir en masse, si les circonstances
exigeaient qu’on la rassemblât. Le
recrutement de cette troupe devrait toujours être fait par le moyen de la
conscription. Il ne faudrait pas laisser les conscrits tout à fait chez
eux, mais on pourrait les placer dans les compagnies stationnées à quelque
distance, par exemple, à cinquante lieues de leur domicile ; cela
suffirait pour que ce genre de service parût moins pénible que celui des
autres troupes, et ce serait un moyen pour employer une partie des conscrits
qui ne peuvent pas aller à l’armée active. Jusqu’ici
on n’a raisonné que sur le projet de remplacer les garde‑côtes par
une troupe d’infanterie ; il faut voir maintenant s’il y aurait de
l’avantage à les remplacer par une troupe d’artillerie, ce qui serait
plus analogue à leur destination. Chaque
régiment d’artillerie à pied a un état-major de 34 hommes et vingt
compagnies, qui, sur le pied de paix, sont de 68 hommes chacune ; ce qui
fait 1,360 hommes. Pour
économiser sur la dépense des officiers et sous‑officiers, il serait
préférable de calculer la force du régiment sur le pied de guerre. On
pourrait examiner s’il serait convenable d’augmenter l’artillerie à
pied de trois régiments, c’est‑à-dire de soixante compagnies,
qui, à 140 hommes chacune, devraient suffire au service des côtes. Les
trois nouveaux régiments ne seraient pas destinés, exclusivement à ce
service, mais chacun des douze régiments d’artillerie à pied fournirait
cinq compagnies. La côte serait divisée en douze arrondissements, et
chaque régiment en garderait un. Il
faut, pour apprécier ce projet, établir le calcul de ce que coûte un régiment
d’artillerie à pied sur le pied de guerre, pour la solde et ses masses ;
mais le calcul des vivres de campagne doit être fait séparément, afin
qu’on puisse ajouter ou retrancher cette dépense, suivant que les
circonstances l’exigeront. Il
y a une autre manière d’arriver au même but sans multiplier les états‑majors
des régiments ; ce serait d’augmenter chaque régiment d’artillerie à
pied d’un bataillon. Ce système donnerait moins d’hommes pour la défense
des côtes, mais il coûterait moins cher. Il
faut calculer : 1° combien d’hommes donnerait l’augmentation d’un
bataillon par chacun des régiments d’artillerie actuelle ; 2° si
ce nombre suffirait pour la garde des côtes ; 3° ce que cette troupe coûterait
pour la solde, les masses et les vivres de campagne.
Enfin
un troisième parti serait
de créer des compagnies isolées de bombardiers garde‑côtes ; ces
compagnies devraient être des troupes régulières et des milices ; car il
n’est pas raisonnable, de charger les garde‑côtes du service des
mortiers, surtout dans les postes importants comme les rades et les
passes, où il y a des mortiers de gros calibre sur des plates‑formes. Tout
ce qu’on vient de dire tend à prouver, tend à établir qu’on emploie
actuellement pour la garde des côtes à peu près 17,000 hommes qui ne
remplissent pas bien leur destination, qu’ils ne servent que par moitié
et qu’ils coûtent 3,750,000 francs ! Le problème à résoudre est
celui de leur remplacement : 1°
Par de l’infanterie ; 2°
Par trois régiments d’artillerie de nouvelle création ; 3°
Par un bataillon d’artillerie ajouté à chacun des régiments
actuellement existants ; 4°
Ou par des compagnies de bombardiers isolées. Pour
arriver à la solution de ce problème, il faut commencer par déterminer, 1°
quel est le nombre d’hommes qu’occupe actuellement la défense des côtes
depuis Lubeck jusqu’à Rome, division par division, en y comprenant les états‑majors
des garde‑côtes actuels ; 2° quel est le nombre d’hommes
raisonnablement nécessaire pour ce service. Les
garde‑côtes servent par moitié et sont remplacés tous les quatre
jours. On serait peut‑être trompé dans son calcul si l’on se
flattait de faire faire le même service par un nombre d’hommes moindre de
moitié ; car il y aura des malades, et les soldats par lesquels on
remplacerait les garde‑côtes actuels pourraient difficilement être
continuellement présents à la batterie ; il est donc nécessaire de déterminer
quel serait le nombre de troupes de ligne indispensable pour ce service. Cela
posé, il s’agit de savoir comment on y pourvoira. La
première chose à établir pour servir de terme de comparaison, c’est le
calcul de la dépense des garde‑côtes actuels, en y comprenant les états‑majors
et les troupes qui font ce service dans les pays nouvellement réunis. S’il
résulte des calculs des forces nécessaires qu’il faille 9,000 hommes,
par exemple, pour remplacer les garde‑côtes actuels, la seconde
question qu’il faudrait examiner, c’est de savoir quelle est l’organisation
qu’il faut donner à ces 9,000 hommes. Si
on les organise en infanterie, ils coûteront moins cher et seront plus aisés
à recruter. Il faut établir le calcul de ce que coûterait cette nouvelle
troupe d’infanterie, en la divisant en cinq régiments de trois
bataillons. Ce calcul devra être établi en trois colonnes : solde,
masses et vivres de campagne. Si
les 9,000 hommes doivent être organisés en troupes d’artillerie, la
question se subdivise. Faut‑il
former de nouveaux régiments, et combien faudrait‑il en former ?
Dans ce cas, serait‑il préférable de confier spécialement à ces régiments
la défense des côtes, ou d’y faire concourir les neuf régiments actuels
? Serait‑il préférable d’augmenter les régiments d’artillerie
actuels, et de combien faudrait‑il les augmenter ? Enfin
vaudrait‑il mieux former des compagnies isolées de bombardiers ?
Quelle organisation faudrait‑il leur donner et quel devrait en être
le nombre ? A
côté de chacune de ces propositions il faut établir le calcul de ce que
coûterait l’augmentation de troupes proposée, pour la solde, les masses
et les vivres de campagne. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1358.
‑ REPROCHES SUR L’ENVOI DE TROUPES DANS DES ENDROITS MALSAINS. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT
L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A HAMBOURG. Compiègne,
3 septembre 1811. Mon Cousin, je
vois avec la plus grande peine que vous ayez envoyé le 8è régiment de
hussards dans l’Ems oriental. Lorsque j’éloigne une troupe de ces lieux
pestilentiels, vous avez la simplicité d’y envoyer un de mes meilleurs régiments.
Je regarde ce régiment comme perdu. Si vous ne prenez pas plus de soin de
placer vos corps dans des lieux sains, vous me ferez ce que vous avez fait
à Vienne. J’ai retiré de tous les points de la côte les troupes qui
s’y trouvaient. A Flessingue même, qui est si important, je ne laisse que
600 réfractaires ; je préfère m’exposer aux chances de l’ennemi
plutôt que de perdre des hommes d’une manière aussi misérable. Vous
suivez une direction opposée. Si j’ai fait camper mes troupes dans la
bruyère, à Utrecht et ailleurs, je n’ai pas eu d’autres raisons que de
les soustraire au mauvais air. Je n’ai laissé sur le Helder qu’un
bataillon étranger. Quand je prends tant de soin pour compléter votre armée,
qui est si importante, et pour l’organiser et la mettre parfaitement en état,
vous l’exposez à être détruite. Rassurez‑moi au plus tôt sur
le 8è de hussards ; hâtez‑vous de le rappeler, ainsi que les hommes
du 25è et toutes les troupes qui sont parfaitement inutiles. NAPOLÉON. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1339.
‑ PROJET DE FORMATION DE QUATRE RÉGIMENTS D’ARTILLERIE POUR LA DÉFENSE
DES COTES ET D’UNE NOUVELLE ORGANISATION DES RÉGIMENTS D’ARTILLERIE A
PIED. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Compiègne,
4 septembre 1811. L’artillerie
se divise en trois corps : l’artillerie de marine, l’artillerie de
terre, l’artillerie des côtes. L’artillerie de marine est séparée de
l’artillerie de terre ; c’est une arme différente, qui appartient
absolument aux officiers de marine. Il y avait jadis des relations entre
l’artillerie de terre et l’artillerie de marine, et je crois qu’on
ne pouvait arriver à certains grades qu’en sortant de l’artillerie de
terre. Faites‑moi un rapport là‑dessus ; car, l’artillerie de
marine ayant bien peu d’occasions de s’instruire sur les détails, ses
relations avec l’artillerie de terre sont bien importantes. Quant
à l’artillerie des côtes, il est impossible que cela aille plus mal ;
elle est comme séparée de l’artillerie de terre, car les adjudants et
inspecteurs des côtes ne sont pas même des officiers d’artillerie. Il
est vrai qu’ils sont sous les ordres des directeurs et des
sous‑directeurs, mais ce nombre de véritables officiers
d’artillerie est si petit, qu’il ne peut rien pour le service ni pour
l’instruction. Mon
intention est de changer cet ordre de choses en tout ou en partie. Les
garde‑côtes me coûtent 3 ou 4 millions ; mais je calcule qu’ils me
coûtent encore 3 ou 4 millions par les bâtiments que laisse prendre ce
mauvais service. Je ne gagne rien à avoir de mauvaises troupes, et c’est
une économie ridicule que d’avoir un capitaine de milice pour défendre
mes côtes contre mon ennemi le plus acharné, parce que ce capitaine ne coûte
que 1,200 francs ; voilà une économie de 50 louis bien funeste à mon
service. Présentez‑moi
un projet dont la base soit d’avoir soixante et douze compagnies
d’artillerie employées à la garde de mes côtes. Ces soixante et douze
compagnies seront six à six, formeront douze bataillons, ayant douze
chefs de bataillon et douze adjudants-majors, et formeront quatre régiments,
ayant ainsi quatre colonels et quatre majors. Je
voudrais donc avoir sur les côtes quatre régiments d’artillerie de
ligne, 4 colonels et 4 majors, formant 8 inspecteurs naturels, 12 chefs de
bataillon, soixante et douze compagnies, 72 capitaines en second, 144
lieutenants en premier et en second, tous sortant des écoles, instruits et
faisant absolument partie de l’artillerie de terre. Les
compagnies seraient à 120 hommes ; cela fera donc un effectif de
8,640. Ces 120 hommes serviraient comme tout le reste de l’artillerie,
mais ils auraient comme auxiliaires 60 garde-côtes, levés, habillés et
payés comme ils le sont aujourd’hui ; ce qui ferait 180 hommes par
compagnie, dont 60 appartenant à la localité et 120 à l’artillerie. Ces
180 hommes, dirigés par des officiers, sergents et canonniers de 1re
classe de l’artillerie de ligne, seraient alors de véritables troupes
d’artillerie. On aurait donc alors 8,640 canonniers de ligne, officiers et
sous-officiers compris, et 4,320 garde-côtes auxiliaires ; ce qui
ferait un total de plus de 12,000 hommes. Il est vrai aujourd’hui qu’il
y a 16,000 garde-côtes, mais ils ne font le service que de deux jours
l’un ; cela ne fait donc en résultat que 8,000 hommes. Ainsi, au
lieu de 8,000 hommes, on en aurait plus de 12,000, et, au lieu d’officiers
et sous-officiers ignorants, on aurait des officiers et sous-officiers
ignorants, on aurait des officiers et sous-officiers d’élite. J’imagine
qu’il suffirait d’un régiment pour la Hollande et les côtes de
Belgique et de France jusqu’à la Seine, d’un régiment pour les côtes
de la Seine à la Loire, et d’un régiment pour celles de la Loire à
Bayonne ; ce qui ferait neuf bataillons. Un
régiment de dix‑huit compagnies devrait être suffisant pour toutes
les côtes de la Méditerranée. Il
faudrait ajouter à cette institution d’établir dans toutes les places
des compagnies de canonniers de gardes nationales, obligés de faire le
service et d’accourir au premier coup de canon. On peut en établir ainsi
dans les principales villes de Hollande, à Flessingue, à Ostende, à
Dunkerque, à Calais, à Boulogne, à Abbeville, à Eu, à Dieppe, à Fécamp,
au Havre, à Caen, à Cherbourg, à Granville, Saint‑Malo,
Saint‑Brieuc, Brest, Quimper, Lorient, Nantes, etc. On peut ainsi se
former sur toute la côte soixante ou quatre‑vingts compagnies auxquelles
on accorderait quelques distinctions et privilèges, et qui auraient
l’emploi bien utile de concourir à la défense de la place et de la côte.
A Flessingue, avant le siège, cette compagnie a rendu des services. Enfin
les vingt‑six compagnies sédentaires pourraient être conservées.
On pourrait même en établir de nouvelles dans les pays malsains, tels que
dans les marais de la campagne de Rome, dans quelques postes de la Hollande,
etc. Il faudrait que chaque régiment pût être changé à volonté. Les
auxiliaires resteraient toujours et seraient attachés à la nouvelle
compagnie qui arriverait. Alors
la côte serait entièrement gardée par l’artillerie de ligne. Aucun
individu sous le titre d’inspecteur et d’adjudant n’existerait plus
; ce seraient les colonels et les majors qui feraient ces fonctions. On
pourrait espérer alors un bon service ; le cors d’artillerie
apporterait dans la défense des côtes le bon esprit et les qualités qui
l’ont distingué dans tous les autres services, et ce serait une grande garantie
pour la surveillance des côtes que de les voir entourées par des
sentinelles attachées à leur service, à la place de ces garde-côtes
qui étaient soumis à tous les préjugés de localités et faciles à
corrompre. Sous le seul point de vue de la police, ce projet aurait des résultats
immenses. Il aurait encore l’avantage d’augmenter le corps
d’artillerie, et par là de faire partager le service très‑étendu
de ce corps à un plus grand nombre d’individus. Tel régiment de l’armée
qui aurait été fatigué serait envoyé sur les côtes de Normandie et de
Bretagne pour y passer trois ans et s’y reposer. Ce service des côtes
serait en effet un véritable repos pour ce corps, en comparaison du service
de la grande guerre. A
ces précautions il faudrait ajouter celles de faire faire, pour le service
des garde‑côtes, un ouvrage élémentaire dans lequel on les
instruirait sur la construction des batteries, sur le tir à boulet rouges,
sur le tir des bombes et de toutes les espèces de munitions, sur la
construction des plates‑formes, sur le tir des pièces de 24 et de 36,
sur les différents angles du tir, et enfin sur les principes de
l’artillerie des côtes, tout différents de ceux de l’artillerie de
terre. Il faut sur les côtes tirer aussi loin que l’on peut et tirer
toujours. Il faut des projectiles qui aillent le plus loin possible. Dans
l’artillerie de terre tous ces principes changent, et on estime avec
raison que tirer de loin, c’est perdre sa poudre. Ceci
me conduit naturellement à quelques changements dans l’organisation des
régiments à pied. Projet
d’une nouvelle organisation des régiments d’artillerie à pied. –
J’ai
neuf régiments
d’artillerie à pied, de vingt‑deux compagnies chacun. Peut‑être
serait‑il convenable d’avoir douze régiments à pied, chaque régiment
de trois bataillons de guerre et d’un bataillon de dépôt. Chaque bataillon
serait de six compagnies ; ce qui ferait quarante-huit bataillons formant
deux cent quatre-vingt‑huit compagnies. Il y en a aujourd’hui cent
quatre‑vingt‑dix‑huit ; ce serait donc une augmentation
de quatre‑vingt‑dix compagnies, dont soixante et douze seraient
compagnies de dépôt ; ce qui réduirait l’augmentation à dix‑huit
compagnies de guerre. Aujourd’hui
il y en a vingt‑sept en Allemagne, cinquante‑cinq en Espagne et
vingt‑quatre en Italie, Illyrie et Dalmatie. Il y en a donc cent six
employées aux armées ; il y en a quarante‑deux dans les dépôts et
cinquante sur les côtes de Normandie. Il
y en aurait soixante et douze sur les côtes, soixante et douze dans les dépôts,
et cent quarante quatre pour les armées, ce qui ferait trente‑huit
compagnies de plus qu’il n’y a aujourd’hui pour les armées. Une
compagnie pouvant servir 8 pièces de canon, les cent quarante‑quatre
compagnies des armées pourraient servir 1,152 et même 1,200 pièces. Les
six régiments d’artillerie à cheval, formant quarante‑trois
compagnies, en pourraient servir 250 ; cela ferait donc 1,400 pièces de
canon qu’on pourrait servir en guerre, indépendamment des 300 pièces de
canon que serviraient les compagnies
de régiment, et qui feraient un total de 1,700 pièces de canon
servies aux armées, indépendamment du service des côtes. Les
douze bataillons de dépôt formeraient en outre une réserve qui pourrait
fournir au service des places fortes et renforcer les points de la côte qui
seraient nécessaires.
La compagnie d’artillerie à pied devant servir 8 pièces, soit de
4, soit de 8, soit de 12, a besoin de 80 canonniers présents, officiers et
sous‑officiers non compris ; ce qui fait donc 100 hommes présents,
ce qui suppose un effectif de 120 tout compris. La compagnie de canonniers
garde‑côtes sera de 120 hommes de la ligne ; mais, sur ces 120 hommes,
il n’y en aura que 100 de présents. Elle aura en outre 60 auxiliaires ;
mais il est probable que sur ces 60 il n’y en aura que 50 présents. Ainsi
une compagnie de garde‑côtes dont l’effectif sera de 180 hommes
n’aura probablement que 150 hommes présents ; alors l’effectif de
soixante et douze compagnies serait : de la ligne, présents 7,200, effectif
8,640 ; auxiliaires, présents 3,600, effectif 4,320 ; total des présents
10,800, de l’effectif 12,960. Les
douze régiments à pied seront placés de la manière suivante : un à
Anvers, un à Douai, un à Rennes, un à Toulouse, un à Grenoble, un à
Alexandrie, un à Vérone, un à Besançon, un à Auxonne, un à
Strasbourg, un à Metz, un à Mayence. Les
régiments qui seront sur les côtes tiendront toujours leurs 4es bataillons
en garnison à Anvers, Rennes, Toulon et Grenoble. De là ces bataillons de
dépôt pourront, selon les circonstances, renforcer ces batteries, et se
trouveront assez à portée de toutes les côtes. Je
vous prie de me faire un rapport sur ce projet, car il devient fort
important de faire cesser les sujets de plainte qui existent depuis six
ans et qui sont la suite de tant de pertes. P.
S. Je vous envoie un
projet de décret dans lequel j’ai placé les principales dispositions
indiquées dans cette lettre. Ce décret n’est qu’une esquisse
susceptible de toutes discussions. Vous remarquerez que, dans ce projet,
au lieu d’affecter douze bataillons au service des côtes, j’en ai mis
seize ; ce qui fera quatre‑vingt‑quatre compagnies au lieu de
soixante‑douze. Ainsi donc quatre-vingt‑quatre compagnies a
120 hommes feront 10,000 canonniers de ligne, et
quatre‑vingt‑quatre compagnies auxiliaires à 60 hommes m’en
feront 5,000 ; total, 15,000 sur les côtes ; ce qui me fera une économie
de 11,000 garde‑côtes, et surtout débarrassera de ce grand nombre
d’officiers inutiles. Mais ces quatre‑vingt‑quatre compagnies
comprennent tout ce qui est nécessaire pour l’extraordinaire de
Boulogne, de Walcheren, de Cadzand, et enfin l’artillerie de ligne qui est
aujourd’hui répandue sur la côte. Or il y a aujourd’hui cinquante
compagnies sur les côtes, et je n’en mets que douze en sus des
soixante‑douze qui doivent remplacer les garde‑côtes.
Peut‑être, dans la distribution des emplacements, jugerez‑vous
convenable d’en mettre six de plus ; car il est bon que le service de
places comme Boulogne, Ostende, Flessingue, Anvers, Cherbourg, Brest,
Toulon, etc., soit compris dans le service de la côte. Je
ne sais pas assez ce que c’est que les canonniers sédentaires pour les
comprendre dans le décret. Ce doit être l’objet d’un rapport que
vous me ferez. Les compagnies de vétérans qui sont sur les côtes devront
être placées de préférence dans les tours, dans les vieux châteaux où
le service soit moins actif. La
manière d’exécuter ce décret serait très‑facile. Il faudrait
d’abord former les trois nouveaux régiments en tirant des officiers,
sous‑officiers et canonniers de tous les régiments ; on placerait
les nouveaux régiments à Anvers, Rennes et Grenoble. Le régiment qui se
trouve aujourd’hui à Anvers et celui qui se trouve à Rennes seraient
envoyés à Auxonne et à Besançon, ou dans d’autres écoles non occupées.
On ferait sur‑le‑champ fournir à ces trois régiments, et sur
les quarante‑deux compagnies qui sont dans les dépôts,
trente‑six compagnies pour les côtes, et l’on prendrait sur les
cinquante compagnies qui sont sur les côtes et sur les quarante‑deux
compagnies qui sont dans les dépôts, de quoi fournir les bataillons que
les autres régiments doivent fournir pour le service des côtes. Cette opération
peut être faite dans les mois de novembre et de décembre ; ceci suppose
qu’il sera pris, sans délai, des moyens pour fournir les 7 ou 8,000
hommes nécessaires aux nouveaux régiments et pour compléter les cadres
des anciens : c’est 12,000 qu’il faut procurer. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1340.
- OBSERVATIONS AU SUJET DE L’HABILLEMENT DES TROUPES. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Compiègne,
5 septembre 1811. Monsieur
le Comte de Cessac, j’ai reçu votre lettre du 31 août, relative aux
ordres que vous avez donnés pour l’habillement du régiment de l’île
de Ré ; les états ne prouvent pas ce qui est dit dans le résumé. L’état
n° 1 porte que 7,000 habits doivent avoir été envoyés à l’île de Ré.
On voit bien que les ordres ont été donnés, mais on ne voit pas que ces
effets soient partis. On ne voit pas d’où ont été expédiés les
effets qui ont dû partir du 2 février au 25 août. On a donné, par
exemple, le 14 juin, l’ordre de faire partir 900 habits, 900 vestes, etc.;
mais d’où ont‑ils été expédiés ? quand sont‑ils partis,
et en combien de jours ont‑ils dû arriver ? Donner des ordres est la
moindre chose ; ce qui importe, c’est d’en assurer l’exécution. L’état
n° 2 est plus précis. J’y vois que 3,500 bonnets de police sont
partis. Les époques de quelques-unes de ses expéditions sont déterminées
: 3,000 culottes, 3,000 vestes sont parties de Paris le 1er et le 3 août ;
pourquoi ne sont‑elles pas encore arrivées ? État
no 3 ; je vois que 800 habits destinés au 29è d’infanterie légère ont
dû être confectionnés par les soins de l’ordonnateur de la 12è
division militaire ; mais comment veut‑on que l’ordonnateur fasse
pour faire confectionner des habits ? N’était‑il pas plus simple
d’en charger le conseil d’administration ou de les faire confectionner
à Bordeaux, où il existe un grand atelier ? Et comment croire que
l’ordonnateur ne manquera de rien dans tous les détails d’une
confection ? Rien n’est moins satisfaisant que ce tableau. Avec de
pareilles indications, je ne puis rien faire suivre ; et, si l’on n’a
pas d’autres renseignements dans vos bureaux, je ne suis pas étonné
que mes troupes ne soient pas habillées. Le fait est que le 28 août ce dépôt
était dans le plus pitoyable état. Si vous m’aviez envoyé des rapports
que je puisse faire vérifier, j’aurais envoyé sur les lieux un officier
d’ordonnance. Mais avec des états si obscurs que voulez‑vous
qu’on fasse ? Le
régiment de la Méditerranée, en Corse, est tout nu ; à Wesel, les hommes
sont déjà arrivés, et pas un habit, pas une chemise, pas une paire de
souliers. Cependant je vous avais dit de faire un envoi direct de Paris.
Cela influe beaucoup sur mon service, parce que, si ces conscrits attendent
à Wesel, ils déserteront. Donnez‑moi des états précis sur l’exécution
des ordres pour Wesel et Strasbourg ; que je sache la quantité
d’effets expédiés, le lieu et le jour du départ, et la route
qu’on leur a fait prendre, afin que je puisse faire faire même une vérification
des chemises. Je crains toujours que le bureau de l’habillement ne soit
pas en des mains assez fortes, et que dans ce bureau beaucoup de choses ne
s’embrouillent. Un ordonnateur a toujours moins de moyens qu’un corps
pour faire confectionner, parce que, indépendamment du nombre des agents
qu’un conseil d’administration a à sa disposition pour surveiller une
confection (agents qui ne coûtent rien), ce conseil a des ouvriers plus ou
moins habiles, de sorte que le prix qui peut suffire à un conseil
d’administration ne peut suffire à un ordonnateur. Celui‑ci doit
tout surveiller, mais non pas faire ; car il est seul, sans agent pour le
seconder. Dans une armée même on ne peut pas dire qu’un ordonnateur
fasse faire du pain et des habits, car il a ses agents pour les vivres et
l’habillement. Il passe des marchés pour la manutention, les fournitures,
les transports ; il surveille tout et ne fait rien directement. Que peut
faire l’ordonnateur de la 12è division, sans garde‑magasin, sans
contrôleur, sans ouvriers ? Passer un marché avec un tailleur ; mais qui
le vérifiera ? C’est exiger d’un homme ce qui ne lui est pas possible,
et il le fera mal. Votre prédécesseur avait agi de même ; rien ne se
faisait à Bordeaux, ou se faisait mal. J’y ai établi un conseil
d’administration, des garde‑magasins, des directeurs, etc. Les
conseils d’administration pourraient faire confectionner ; les conseils
des bataillons qui sont à l’île de Ré, et enfin le conseil du dépôt,
peuvent le faire sous la surveillance des ordonnateurs, qui seront chargés
de la vérification et d’ordonnancer les dépenses. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre.
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||