| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome septième Paris - 1876
1341.
‑ OBSERVATIONS SUR LE TRAVAIL REMIS PAR LE MINISTRE DE LA GUERRE AU
SUJET DE LA DÉFENSE DES COTES. AU
GÉNÉRAI, CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Compiègne,
8 septembre 1811. Je reçois et lis
avec attention le travail que vous m’avez remis sur les compagnies
garde‑côtes. Ces renseignements m’ont paru fort satisfaisants. Vous
proposez de conserver cinquante compagnies garde-côtes et de créer
trente‑six nouvelles compagnies d’artillerie. Il n’est aucun doute
que les cinquante compagnies garde‑côtes ne vaudront jamais des
compagnies d’artillerie, tant par la composition des officiers et
sous‑officiers que par celle des soldats. Mais, dit‑on, il faut
450 officiers, et l’on ne peut en fournir que 140. Je ne puis pas admettre
cette objection. Dans un pays comme la France, j’aurai non‑seulement
400 officiers, mais 4,000, si je veux les payer. Cette objection serait
bonne en Russie. Les 450 officiers ne pourront pas être fournis cette année,
parce qu’il faut un an d’école, mais on pourra les avoir l’année
prochaine. Toute objection cesse en n’employant que 140 officiers cette
année, et l’on emploiera l’année prochaine 140 autres. Dans les
dix‑huit points que l’on présente, le Havre, la Hogue, Ostende,
Dunkerque, Saint‑Malo, Lorient, Nantes, l’embouchure de la Loire,
Marseille, le golfe Juan, Fréjus, Livourne et Gênes ne sont point compris
; tous ces points sont cependant importants. Je
ne puis donc pas admettre en principe que nos côtes doivent être confiées
à des mains malhabiles. N’admettant point la raison du manque d’officiers,
que je puis avoir en tel nombre que je veux, l’objection tombe sur les
hommes : la conscription y pourvoira, et, pour la première formation,
je ferai un appel pour les conscriptions antérieures par un sénatus‑consulte
; ce qui soulagera les côtes de l’entretien des gardes‑côtes et
donnera une nouvelle garantie à tout l’Empire. La
seconde objection est que cela est trop coûteux ; mais, en supprimant
cinquante compagnies garde‑côtes, j’économiserai 1,500,000 francs
; en formant trente‑six compagnies de plus d’artillerie, je ne crois
pas que ce soit une dépense de plus de 2 millions. Ce serait donc 600,000
francs de plus. Mais qu’est‑ce qu'une dépense de 2 millions, de 3
millions de plus pour un objet de si grande importance ? Quel est le
caboteur qui ne me payerait pas un droit qui me rendrait le triple, pour être
efficacement protégé ? Mais, sans établir de nouveaux droits,
l’inhabileté des garde‑côtes coûte à mes marins 2 ou 3 millions
par an et à mon commerce des sommes plus considérables. Il ne faut pas
croire que les plaintes des officiers d’artillerie soient vraies ; ils
disent toujours qu’il y a trop de canons. Le fait est qu’il n’y en a
point assez. La supériorité de l’ennemi est telle, qu’à tous les
caps, sur toutes les plages, mon cabotage a besoin de trouver protection. Il
faut beaucoup de batteries et en bon état, et des pièces de campagne. Il
faut que les affûts soient en bon état, qu’on sache employer les
bombes, donner une direction à la pièce, vérifier si l’on a de bonne
poudre, se servir de pièces de campagne pour se porter sur la plage à 12
et à 1,500 toises de la batterie. Sont‑ce des compagnies
garde‑côtes qui pourront jamais faire ce service ? On n’entend que
des inepties : nos boulets ne portent pas, nos bouchons sont mauvais, notre
poudre est détestable. En conséquence, mes bâtiments sont pris dans
toutes mes rades. Ce qu’il y a de plus vrai dans tout cela, c’est que
les adjudants des côtes sont ignorants, que les directeurs et sousdirecteurs
d’artillerie sont peu nombreux, vieux, dépourvus de matériel, et sont de
peu d’utilité. Les
affûts sont faits de manière qu’on ne peut pas donner à la pièce le
degré nécessaire pour tirer loin. A qui la faute ? Au capitaine
d’artillerie, qui, par un coup de rabot qu’il fait donner par les ouvriers
de sa compagnie, peut remédier à cet inconvénient. La
poudre est mauvaise, cela est possible ; mais la faute, à qui
est‑elle ? Au capitaine d’artillerie, qui doit la vérifier tous les
mois, en prenant une poignée dans chaque gargousse pour s’assurer
qu’elle est bonne ; car dans ces lieux la poudre peut se détériorer
d’un moment à l’autre. Sont‑ce des officiers de garde‑côtes
qui peuvent faire ces vérifications ? Sera‑ce de malheureux
inspecteurs de garde‑côtes que l’on dédaigne qui auront la main
assez forte pour obliger le directeur à changer la poudre ? Les
plates‑formes s’abîment, soit de mortier, soit de canon ; les affûts
se cassent, les épaulements sont écroulés par le canon ennemi :
est‑ce une compagnie composée de paysans, qui n’a point
d’artificiers, pas d’ouvriers, qui n’a aucune des connaissances nécessaires,
qui pourra remédier à tout cela ? Non ; ils tirent quelques coups de
canon, et après cela cessent leur feu. Je ne veux point de compagnies
garde‑côtes. Je veux que des colonels, des colonels en second, chefs
de bataillon, des capitaines de la ligne, me répondent de mes côtes que,
le service venant à être mal fait, soit par défaut d’affûts, soit par
mauvaise qualité de la poudre, soit par toute autre raison, ils en soient
responsables. On coupe la tête à un officier d’artillerie qui donne
des cartouches qui ne sont pas de calibre : on doit condamner à mort
l’officier qui, placé sur la côte, laisse périr dans sa main les armes
que je lui ai confiées pour défendre le territoire et protéger les
propriétés de l’État ou du citoyen. Est‑ce donc à de misérables
officiers garde‑côtes que je puis imposer cette responsabilité ? Le
corps de l’artillerie doit me répondre de mes côtes. Les
généraux d’artillerie, connaissant la valeur des différents officiers,
pourront les placer et les déplacer. Je
persiste donc dans mon projet de créer trois nouveaux régiments
d’artillerie. Vingt bataillons de six compagnies, formant cent vingt
compagnies, seront employés sur mes côtes et dans mes places de guerre
maritimes. Il y sera pourvu par soixante-douze compagnies de nouvelle création
et par quarante‑huit compagnies prises sur l’ancienne artillerie.
Chaque compagnie étant de 120 hommes, cela me fera 14,400 hommes ; cent
vingt compagnies auxiliaires, formées, comme les compagnies de
garde‑côtes actuelles, de 60 hommes, feront 7,200 hommes ;
dix‑huit compagnies de canonniers vétérans formeront 2,200 hommes
; j’aurai donc 24,000 canonniers sur mes côtes. J’estime
qu’il est nécessaire d’avoir quatre ou cinq généraux de brigade
d’artillerie chargés de l’inspection des côtes, de donner des ordres
aux directeurs ou sous‑directeurs d’artillerie des côtes, de
demeurer dans un point central, et qui seront responsables du service de la
côte. Deux de ces généraux paraissent nécessaires dans la Méditerranée
et trois dans l’Océan. Ils doivent avoir sous leurs ordres un colonel,
deux colonels en second, ce qui fera dix officiers supérieurs, et chaque
officier supérieur aura deux chefs de bataillon, ce qui fera vingt chefs
de bataillon. Ainsi mes côtes seront divisées en cinq grands
arrondissements, en dix districts et en vingt arrondissements de bataillon. Un
général de brigade aura donc dans sa direction la valeur de quatre
bataillons, c’est‑à‑dire 2,400 hommes avec un colonel, un
colonel en second et deux chefs de bataillon. Le colonel et le colonel en
second auront toujours un adjudant sous‑lieutenant. Le général aura
ses deux aides de camp. Le général aura de plus sous ses ordres un
directeur et deux sous‑directeurs chargés du matériel. Ces
directeurs et sous‑directeurs devront lui obéir, mais en rendant
compte sur‑le‑champ au ministre de tous les mouvements. Indépendamment
de ce, tous les ans, des généraux de division feront l’inspection des côtes.
Ainsi, 5 généraux de brigade, 10 aides de camp, 5 colonels, 10 colonels
en second, 5 adjudants, 20 chefs de bataillon, 20 adjudants
sous‑officiers, 120 capitaines, 120 capitaines en second, 240
lieutenants, et le nombre de directeurs et sous‑directeurs nécessaire,
formant 555 officiers, seront sur mes côtes. Si vous joignez 600
sergents‑majors ou sergents, vous voyez que j’aurai 1,200 officiers
ou sous‑officiers ; ce qui, en supposant 6,000 pièces de canon sur
mes côtes, fera un officier ou sous‑officier pour 5 pièces de canon
; et, comme sur ce nombre de pièces il y en a une grande quantité (Comme
Flessingue, à Cadzand, à Ostende, etc., où il y a plusieurs batteries)
qui ne peuvent être employées qu’en cas d’attaque offensive, il s’en
suivra que je pourrai avoir un officier et un sergent à toutes les
batteries de côte, n’ayant d’autre but que de protéger simplement le
cabotage. Le
chef de bataillon, le colonel, à plus forte raison le général, pourront
faire marcher la compagnie d’un point sur un autre, selon les mouvements
de l’ennemi et le besoin. Dans
chaque bataillon, on destinera plus spécialement une compagnie au service
de la bombe, comme dans Flessingue, Brest et Toulon, où l’on aura
plusieurs compagnies, et, dans chaque batterie, des officiers et
sous‑officiers et quelques pointeurs seront plus spécialement chargés
du service des mortiers. Il
faut d’abord faire un règlement sur toutes ces bases, et surtout avoir
bien soin qu’une compagnie d’artillerie ait ses ouvriers, ses
artificiers et tout ce qui est nécessaire pour son service. Une fois
l’organisation arrêtée, on verra s’il convient de ne former d’abord
qu’un seul régiment et successivement les autres. Mais, puisque déjà
soixante‑quatre compagnies sont employées sur les côtes, qu’il y
en a une cinquantaine aux dépôts dont on peut tirer trente‑quatre
compagnies, qui feraient cent quatre compagnies, on serait bien près du
but. Aussi ai‑je regardé que l’opération préalable était de
recruter toute l’artillerie actuelle, ce qui était l’objet de mon
dernier décret. Faites‑moi
un travail conformément à ces principes. Ne mettez aucune époque. Dans un
décret ultérieur, je déterminerai l’époque de la formation de chaque régiment
et l’époque successive où les compagnies garde‑côtes cesseront
d’exister. Quant aux compagnies sédentaires, il n’y a point de difficulté
qu’on les oublie et qu’on remette à prendre un parti sur elles. Le
nombre des garde‑côtes étant de 12,000, le nombre des auxiliaires étant
de 6 à 7,000, ce sera un soulagement important pour les côtes. Grande
partie des sergents seront conservés ; les officiers seuls ne le seront
pas. S’ils sortent de l’artillerie, on les mettra dans les compagnies de
vétérans ; mais, s’ils sont sortis de l’artillerie, c’est qu’ils
étaient vieux et peu capables : on pourra les employer comme
garde‑batteries ou bien leur donner leur retraite. Dès
l’année prochaine mes escadres commenceront à évoluer. Il est donc nécessaire
que mes côtes soient défendues par de bons officiers, animés par des
sentiments d’honneur et ayant de l’activité, les talents et les
connaissances qu’exige cette arme, si grossière en apparence, mais si délicate
et si subtile en réalité. Quant
au moyen de recrutement, il faudra s’en occuper sérieusement. Il importe
pour cela que l’école de Saint‑Cyr soit complétée et maintenue à
800 élèves ; je pourrai donc en tirer alors les sujets nécessaires. Il
faut qu’une batterie soit établie à l’école de la Flèche, avec un
officier et quelques sergents. Enfin je ne m’oppose pas à ce que
l’artillerie prenne de l’École polytechnique ce qui sera inutile au génie
de terre et aux ponts et chaussées. Ma
Garde ne pourrait‑elle pas fournir un certain nombre de bons officiers
? Il faut 1,410 officiers. J’ai besoin de 500 de plus ; c’est donc un
tiers en sus, ce qui donnera de l’avancement à ce corps, qui en a besoin.
Quant au nombre de 600 officiers à tirer des sous‑officiers, c’est
trop. Un sous‑officier d’artillerie ne devrait devenir officier que
par une action d’éclat ou après huit ans de service de sous-officier ;
ce qui supposerait dix ou douze ans de
service. Avoir des sous-officiers qui n’aient que huit ans de service depuis leur entrée comme soldats est une chose très‑pernicieuse. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1342.
‑ PROJET D’ÉTABLIR UN FORT AUX EMBOUCHURES DE L’ELBE, DE LA JAHDE
ET DU WESER. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Compiègne,
12 septembre 1811. Mon
Cousin, il y a à Cuxhaven quatre ou cinq batteries ; elles ne pourraient
point être défendues contre un débarquement. Il faudrait choisir le point
le plus favorable pour défendre le mouillage de l’Elbe et y projeter un
pentagone, de sorte que 4 ou 500 hommes pussent y soutenir un siège de
douze ou quinze jours de tranchée ouverte ; ce qui mettrait à l’abri de
toute insulte la flottille et l’embouchure de l’Elbe. Si l’on
pouvait protéger ce fort par des inondations, il deviendrait plus fort ; on
l’augmenterait successivement, de manière à avoir là par la suite une
place très‑forte. L’ennemi ne pourra s’emparer de ce point
qu’en y faisant un débarquement de 2,000 hommes ; mais ces 2,000 hommes
ne pourront pas espérer de s’y maintenir longtemps, parce qu’il y
aura toujours dans les environs des forces supérieures prêtes à se rassembler.
L’ennemi ne peut donc tenter cette opération qu’avec un corps de 7 à
8,000 hommes ; alors elle devient trop importante. Si le terrain est bien
choisi et l’inondation bien tendue, cette expédition, même avec 15 ou
20,000 hommes, mettra vingt on trente jours à prendre cette place. Il faut
donc avoir un plan de l’Elbe et de ses sondes, en bien connaître les
passes et les détails, pour pouvoir bien choisir le point le plus favorable
pour l’établissement d’une place de cette nature. On ne conservera
alors dans les batteries actuelles que des obusiers et des pièces de 12 de
campagne, pour pouvoir les faire rentrer facilement dans la place ; alors
rien ne tenterait l’ennemi. Il faut choisir un pareil emplacement pour défendre
le Weser et un autre pour la Jahde. Le Weser est plus important que la Jahde,
mais il l’est moins que l’Elbe. Ces trois places, ainsi situées à
l’embouchure des rivières, forment le véritable système à établir sur
ces côtes ; de sorte que la division qui les défendra, ayant une
brigade sur l’Elbe, une brigade sur le Weser et une autre sur la Jahde, et
occupant par ses avant‑gardes ces trois forts, serait très‑bien
disposée pour la protection de ces côtes. Ainsi je demande trois projets
pour trois forts placés comme je viens de l’expliquer. Les mémoires, les
projets, les devis seront appuyés sur des plans, des cartes, des sondes et
des nivellements. Une grande place de dépôt sur l’Elbe n’en est pas
moins nécessaire ; mais c’est une question d’une tout autre
importance et qui ne peut empêcher d’avoir, au lieu de batteries, trois
forts qui mettront 1,000 hommes et trois batteries à l’abri de toute
insulte, qui protègeront la navigation et les débouchés. Il faut que
vous chargiez de ce travail le général du génie. NAPOLÉON. D’après
l’original par Mme la maréchale
princesse d’Eckmühl. 1343.
- ORDRES POUR ENTRER EN PRUSSE, LE
CAS ÉCHÉANT. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Compiègne,
14 Septembre 1811. Mon
Cousin, j’ai expédié aujourd’hui un courrier pour Berlin. J’ai donné
ordre au comte Saint-Marsan que, si la Prusse ne cesse point les travaux
de fortification et d’approvisionnement des places de Spandau, de Kolberg
et tous ses mouvements d’armement, il ait à quitter Berlin. Mon
intention est qu’aussitôt que le comte Saint-Marsan aurait quitté
Berlin, ce dont il ne manquera pas de vous instruire, vous vous portiez de
votre personne sur cette capitale avec votre armée. Vous auriez soin de
renforcer la division du général Dessaix à Stettin de plusieurs
brigades de cavalerie et d’une division d’infanterie, afin qu’elle
soit assez forte pour détruire le pont que les Prussiens ont sur l’Oder
et intercepter le passage de ce fleuve. Vous
préviendriez dans ce cas le roi de Westphalie, qui réunirait ses troupes
à Magdebourg. Vous écririez en Saxe pour que les troupes saxonnes soient réunies
à Glogau. Vous écririez à Dresde et à Varsovie pour ce qui regarde
l’armée du Grand-Duché, pour qu’on interdît le passage de la
Vistule à toutes troupes, charrois, munitions, etc. ; pour qu’on désarmât
et fît prisonnières toutes les troupes qu’on trouverait, et pour qu’on
prît tous les canons et tous les trains. Je n’ai pas besoin de vous dire
que vous devez prévenir à Stettin, à Glogau, à Küstrin, à Danzig, de
se tenir sur ses gardes. Prenez vos mesures d’avance pour que je n’aie
pas sur la ligne d’étapes des hommes isolés, des convois ou autre chose
qui seraient sacrifiés. Si je perds un homme ou un caisson, j’aurai lieu
de vous en témoigner mon mécontentement. Tout doit être groupé dans les
places fortes et massé. Ma
résolution est si fortement exprimée, que j’espère que la Prusse
sentira son impuissance et la folie de ses prétentions, et que le comte
SaintMarsan ne partira pas. Mon intention est d’ailleurs que vous ne
fassiez aucun préparatif qui puisse menacer. Vos troupes doivent être sur
l’alerte et avoir leurs quatre jours de vivres sous prétexte d’une
revue. Si vous entrez en Prusse, il ne faut faire aucune proclamation, ne
rien dire, mais tout prendre et désarmer, et surtout faire observer une
bonne discipline. il faudrait, dans ce cas, tâcher de surprendre Spandau. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1344.
‑ OBSERVATIONS SUR LE MODE D’HABILLEMENT DES TROUPES ET LE MODE D’ACHAT
DES CHEVAUX. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L'ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Boulogne,
22 septembre 1811. J’ai trouvé
les 4è, 19è, 46è régiments, qui sont au camp de Boulogne, assez bien
habillés. Les draps qui leur ont été fournis cette année sont supérieurs
à ceux des autres années. Les corps se plaignent, en général, que
l’administration de la guerre leur fournit tout, tels que shakos,
gibernes, etc., ce qui a l’inconvénient qu’ils payent ces objets cher
et qu’ils sont moins bons. J’ai vu des shakos qui sont trop étroits.
Tous préfèrent que l’administration de la guerre ne leur fournisse que
les draps, comme cela se faisait il y a deux ans, et leur passe le reste sur
la masse d’habillement. Ils trouvent trop forte la réduction faite pour
l’évaluation des habits. J’ai vu que des régiments avaient eu pour les
anciens soldats plus d’habits qu’il ne leur en revenait. Tous les
militaires croient que l’administration de la guerre se charge de beaucoup
trop de détails, et que cela est plus nuisible qu’utile ; que tout devrait
se réduire à leur fournir le drap : cela paraît sage. Le
5è régiment de chevau‑légers a 500 hommes, des lances et point de
chevaux. Il a 150 conscrits qui ne sont pas habillés ; il n’a pas encore
commencé son nouvel uniforme. Vous l’avez autorisé à acheter 400
chevaux ; mais il n’a pas pu trouver de fournisseurs. Le fournisseur
qu’il avait précédemment est ruiné. Ce régiment se plaint de ce
qu’il y a deux réceptions, l’une provisoire et l’autre définitive ;
que la réception définitive vient un mois ou six semaines après la réception
provisoire, et que, par une des clauses du marché, tout fournisseur est
obligé de reprendre son cheval si, lors de la revue définitive, il n’est
pas accepté, et même le fourrage que le cheval a consommé. Il n’y a
point d’avantage à imposer des conditions onéreuses aux fournisseurs. Il
paraît juste, lorsqu’un cheval a été gardé dans les cinq jours de son
arrivée au corps, de le recevoir définitivement.
La cause de l’impossibilité qu’il y a à trouver des chevaux est
donc bien connue : c’est que les conditions auxquelles on soumet les
fournisseurs ne sont pas admissibles. Les fournisseurs eux‑mêmes sont
obligés de traiter avec des cultivateurs qu’ils ne peuvent pas soumettre
à une double réception. Ce qui me paraît le plus naturel serait d’avoir
un point central en Normandie, dans les Ardennes, selon le point où se
feraient les marchés. Là, un comité, composé de deux majors et des
officiers de cavalerie ayant votre confiance, présiderait aux réceptions.
Le mode actuel ne satisfait pas à mes besoins et n’est pas juste. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1345.
‑ NOTE RELATIVE A LA CONFECTION ET AU TRACÉ DES PLATES‑FORMES
DE MORTIERS. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Anvers,
1er octobre 1811. Monsieur
le Duc de Feltre, je réponds à votre lettre du 28 septembre (bureau de
l’artillerie). J’ai vu avec intérêt le projet de plate‑forme des
batteries à plaque. Il faudrait ordonner que dans une batterie de six
mortiers le heurtoir ne fût pas placé partout de même, de sorte que la
ligne de tir variât d’un certain nombre de degrés, et qu’un commandant
de batterie pût tirer l’un ou l’autre mortier, selon qu’il aurait à
tirer d’un côté ou de l’autre, et conserver ainsi dans tous les cas
l’avantage de faire tirer dans la ligne du tir. Aujourd’hui on a
l’habitude de faire placer la plate‑forme parallèlement, de sorte
que, pour faire tirer à 15 degrés, à droite ou à gauche, il faut placer
le mortier en écharpe, inconvénient qui peut être évité par la précaution
que je viens de prescrire. En effet, la plate‑forme tirant sur des
vaisseaux, qui sont des objets mobiles, il n’y a pas de raison pour leur
donner à tous une même direction. L’artillerie fera une instruction qui
fera connaître de combien de degrés on peut varier la position du heurtoir
dans une batterie de mer. A cette observation il faut en joindre une autre,
c’est que je pense que la plate‑forme ne doit pas être un parallélogramme
mais un trapèze. En effet, si l’on devait tirer dans la ligne de tir
perpendiculairement au heurtoir, un parallélogramme serait convenable ;
mais, puisqu’on doit pouvoir tirer à 15 ou 20 degrés à droite et à
gauche, la forme d’un trapèze est préférable ; de sorte que les
lambourdes, au lieu d’être égales, seront toutes inégales, et je serais
porté à penser que la dernière lambourde devrait être double de la première.
Faites faire un mémoire là‑dessus par des officiers d’artillerie,
car ils savent tous par expérience qu’en tirant à droite ou à gauche de
la plate‑forme le recul jette le mortier hors de la plate‑forme
; ce qui ne serait pas si cette plate‑forme était un trapèze. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1346.
‑ OBSERVATIONS SUR DES RENSEIGNEMENTS ERRONÉS
FOURNIS A L’EMPEREUR. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Utrecht,
8 octobre 1811. Mon Cousin,
lorsque vous me disiez que vous n’aviez point de malades, j’étais déjà
instruit que vous en aviez beaucoup. Effectivement, l’état que vous
m’envoyez prouve que le dixième de vos troupes est malade, encore n’y
sont pas compris les malades à la chambre. Si vous aviez choisi des lieux
sains et que vous eussiez davantage épargné vos troupes, vous n’auriez
pas la moitié des malades que vous avez. Il fallait éviter les bords des
rivières et tous les lieux où il y a de l’eau. Au moins que cela vous
serve d’exemple pour l’année prochaine. Faites constater les positions
que devraient occuper les troupes dès le 15 juin. Vous
dites que les conscrits réfractaires ne désertent point ; vous êtes mal
informé. D’un seul régiment qui est à Stettin, il a déserté 28
hommes. Faites‑vous rendre des comptes exacts, demandez fréquemment
des états de situation, envoyez sur les lieux et empêchez qu’on ne vous
taise la vérité, comme on a
l’habitude de le faire
dans nos troupes. Je
désire que vos régiments soient portés à 150 hommes par compagnie,
c’est‑à‑dire à 4,500 hommes par régiment, l’artillerie
non comprise ; savoir, 140 bommes par compagnie et 10
hommes pour représenter les malades. Vos seize régiments présenteraient
alors 72,000 hommes. Vous en avez 60,000 ; 10,000 vous arrivent de Wesel et
de Strasbourg, et 3,000 de Belle‑Ile et de l’île de Ré ; ce qui
complétera vos compagnies à 150 hommes, vos bataillons à 900 hommes,
vos régiments à 4,500 hommes, et 100 hommes pour la compagnie
d’artillerie ; ce qui fera 4,600 hommes, sur lesquels 300 sont comptés comme représentant les
hommes aux hôpitaux. Mais, pour ce système, il est bien important que les
officiers et sous‑officiers soient tenus au complet. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1347.
‑ NOTE SUR LA DÉFENSE DE LA HOLLANDE. Amsterdam,
23 octobre 1811. CHAPITRE
PREMIER. ‑ DU HELDER. §
1. Le Helder est le point le plus important de la Hollande. Du Helder dépend
le Zuiderzee ; tant qu’on est maître du Helder, on l’est du Zuiderzee,
parce que l’ennemi ne peut y faire entrer aucune escadre ; et tant qu’on
est maître du Zuiderzee, on l’est de toute la ligne depuis le Helder
Jusqu’à Naarden. Le Helder doit être fortifié de manière que 3 à
4,000 hommes puissent s’y défendre quatre ou cinq mois. La
dune ou la position du fort Morland est la clef du Helder. Il faut
construire sur cette dune un beau fort en maçonnerie. L’importance
qu’il y a à donner à cet ouvrage la plus grande défense exige qu’un
million ou deux y soient employés. De
la batterie de la Révolution dépend la rade intérieure. Ainsi, maître du
fort Morland, l’ennemi n’aurait encore rien ; il faudrait qu’il
s’emparât du fort Lasalle pour être maître de la batterie de la Révolution.
Les batteries du Réparateur et du......[1]
peuvent se défendre après la batterie de la Révolution, et, cette dernière
détruite, fermer encore la rade. Enfin
un fort doit être établi à l’embouchure du Nieuwe‑Diep, lequel
sera le réduit de toutes les positions du Helder et protégera une forte
batterie, qui défendra également la rade. Avant
que l’ennemi puisse faire entrer ses bateaux dans la rade et inquiéter
l’escadre française, il faudra qu’il fasse trois sièges indépendants,
ce qui ne peut pas employer moins de quatre mois, et ces trois forts n’ont
pas besoin, à la rigueur, de plus de 3,000 hommes pour leur défense.
§
2. Mais non‑seulement il faut empêcher l’escadre ennemie
d’entrer dans le Zuiderzee et protéger l’escadre française, mais il
faut encore défendre le Nieuwe‑Diep, canal de 1,400 toises, où pendant
l’hiver mouille l’escadre, et qui peut contenir quarante vaisseaux de
guerre. C’est là où seront l’arsenal, les chantiers et tous les
magasins de la marine. Pour couvrir ce port, il faut faire un fort à l’écluse,
qui croise ses feux avec le fort Lasalle et qui soit protégé par le fort
Morland. Il faut armer le fort actuel du Nieuwe‑Werk, qu’il faut
considérer comme une forte redoute dans l’eau. Avec
ces quatre forts, l’ennemi ne pourra ni entrer dans le Zuiderzee ni inquiéter
l’escadre française. Il ne pourra détruire l’arsenal de la marine et
bombarder les vaisseaux dans le port qu’après avoir pris le fort qui sera
sur l’écluse ; il ne pourra prendre ce fort qu’après avoir pris le
fort Lasalle : telle est la configuration du terrain ; et il ne pourra
prendre le fort Lasalle qu’après avoir pris le fort Morland. Ce qui
prouve ce qui a été dit plus haut, que le fort Morland est la clef du
Helder. Il
faut faire le projet de ces quatre forts. Un
million sera dépensé l’année prochaine au fort Morland, un million au
fort de l’Écluse ; 500,000 francs pour finir le fort Lasalle, et 500,000
francs pour les autres dépenses Les travaux seront dirigés de manière
qu’en octobre 1812, les forts Morland, Lasalle et de l’Écluse soient
mis en état de défense et puissent même soutenir un siège en règle. §
3. Le premier objet des fortifications du Helder est sans doute de défendre
le Zuiderzee et l’escadre, le second de défendre le port et les établissements
de la marine ; mais il en est un troisième. Entre
les forts Morland et Lasalle se trouve un banc qui sépare la rade extérieure
de la rade intérieure. Il n’y a là que 22 pieds d’eau et seulement
sur la largeur d’une centaine de toises, de sorte qu’il n’y a qu’un
très‑petit nombre de vents pour sortir. Il est donc nécessaire d’être
maître de la rade extérieure. A
16 ou 1,800 toises du fort Morland, il faut, à la laisse de basse mer,
construire un fort et l’environner de plusieurs batteries. Il faut
qu’il puisse défendre autant que possible du côté de terre les
batteries construites sur les dunes. Ce fort se trouvera éloigné de 1,600
toises du banc qui ferme la rade, et à 1,200 toises du lien où doivent
passer les vaisseaux ennemis pour attaquer notre escadre, qui mouillerait
dans la rade extérieure. Les ingénieurs de la marine sont chargés de
construire, à 150 toises en avant dans la mer, un nouveau fort contenant
une trentaine de bouches à feu. Le fort que construira la terre à la
laisse de basse mer protégera celui‑ci du côté de terre et en sera
comme une suite. il est nécessaire que ce fort soit fini l’année
prochaine ; il faut en faire le projet. Il doit pouvoir soutenir quinze on
vingt jours de tranchée ouverte. Ce fort étant à 1,200 toises du fort
Morland pourra être coupé par l’ennemi, mais la garnison pourra toujours
se retirer par mer. Ce
fort doit être armé de huit mortiers à plaque portant à 2,000 toises, de
douze mortiers à la Gomer, à grande portée ; total, vingt mortiers, et
vingt pièces de 36 ; total, quarante bouches à feu. Il doit avoir en
outre, du côté de terre, tout ce qui sera nécessaire pour sa défense. Ce
fort s’appellera le fort du Falga. Par
ce grand et bel établissement, la rade extérieure du Texel pourra
contenir en sûreté quinze ou vingt vaisseaux de guerre. Cette escadre sera
là comme en pleine mer et pourra appareiller par tous les vents. Une
escadre sortant de l’Escaut peut s’y réfugier à chaque instant,
puisqu’il n’y a aucun obstacle pour son entrée. Il est donc urgent d’établir
ces batteries. §
4. Dans ce moment‑ci le fort Lasalle remplit son but, et un millier
d’hommes y défendraient une escadre pendant plus de six semaines. Si ce
fort avait existé il y a quinze ans, deux escadres hollandaises
n’auraient pas été perdues. Le décret que je viens de prendre ordonne
le prompt armement des forts Lasalle, Morland et du nouveau fort (le fort du
Falga), que l’on doit construire l’année prochaine. Ces batteries ne
seront pas fermées à la gorge, mais il est urgent qu’elles existent,
afin de protéger notre escadre si elle sortait où si une autre arrivait. J’ordonne
également l’armement avant le 1er décembre de la batterie
du Nieuwe‑Werk, qu’on appellera la redoute
Dugommier. §
5. A 5 lieues en arrière, du côté de Zand, il sera fait un projet pour
construire un fort pentagonal on hexagonal, à grandes dimensions. Ce fort
aura pour objet de nous tenir maîtres des digues qui vont à Petten, à
Medemblik et à Alkmaar, et de protéger les ouvrages avancés. C’est dans
ce fort qu’à la première nouvelle d’une descente, la tête des troupes
de la Hollande viendrait se rallier pour observer l’ennemi et le mettre
entre deux feux, et, si l’ennemi était assez fort pour investir aussi ce
dernier point, les troupes qui arriveraient à Alkmaar auraient du moins de
grands avantages pour en faire lever le siège. Ainsi
ces cinq ou six ouvrages, qui me coûteront 5 à 6 millions et qui peuvent
être mis en état de défense dans la première campagne, et perfectionnés
dans la troisième, assureront la rade, le port et les arsenaux du Helder,
le Zuiderzee et toute la Hollande. CHAPITRE
II. ‑ PROLONGATION DE LA LIGNE DU RHIN. La
ligne du Rhin est la ligne l’Empire. Les têtes de pont de Huningue, de
Kehl et de Kastel, Wesel et les nombreuses places que nous avons sur cette
ligne, la rendent formidable ; de Wesel par Coeverden et Groningen notre
ligne s’appuie sur Delfzyl ; mais cette ligne étendue est faible. Il
faudrait considérer l’Yssel comme seconde ligne. Cette ligne est encore
faible ; il en faut une troisième appuyant sa gauche sur Naarden et sa
droite à Gorcum, et qui se joint par Nimègue et Grave à Wesel. Cette
ligne couvre Amsterdam, le Texel, et dès lors toutes nos escadres, la Haye,
Leyde, Rotterdam, les bouches de la Meuse, Hellevoetsluis, c’est-à‑dire
toute la Hollande. Tout ce qui est à droite de cette ligne est de peu
d’importance, et, quand ce pays serait deux ans au pouvoir de l’ennemi,
on le retrouverait encore comme il était avant cet intervalle.
La
ligne de Naarden à Gorcum doit donc être considérée comme la vraie ligne
de l’Empire. Il faut la bien reconnaître, la bien tracer, faire préparer
les inondations et s’occuper des modèles de tours pouvant contenir 50
hommes, et que l’on placerait le long des digues. Une cinquantaine de ces
tours, formant corps de garde et servant de réduit aux batteries,
assureront parfaitement cette ligne. Le décret que j’ai pris
aujourd’hui contient des dispositions pour l’armement de Naarden. Un
projet sur Gorcum a été demandé ; il faut considérer cette place comme tête
de pont pour entrer de France en Hollande. Quant
aux digues d’Amsterdam, il faut en faire lever des plans exacts. Il est
d’ailleurs un point à occuper entre Amsterdam et Haarlem, afin
d’obliger l’ennemi qui viendrait du Helder à faire le tour de la mer de
Haarlem. Le reste des inondations serait utile si les habitants voulaient se
défendre ; on retarderait ainsi l’ennemi de quinze jours, et cela
donnerait le temps d’accourir. Il faut avoir le plan de ces inondations
sur une grande échelle, et que les points importants y soient bien marqués
et bien dessinés. CHAPITRE
III. ‑ LE TEXEL. Il
faut donner ordre que le projet soit fait pour que le port du Texel soit
environné d’une enceinte bastionnée, qu’une batterie de quatre pièces
de fort calibre soit placée sur la pointe à droite du port, que les deux
petits forts à droite et à gauche soient armés, que les deux fronts du
fort qui regardent la hauteur soient relevés, aient des parapets de 12 à
15 pieds au moins et des pièces sur affûts de place. Il
faut donner des noms à ces quatre forts. Moyennant
ces quatre forts, qui embrassent 2,000 toises, il devra être facile de débarquer
le monde qu’on voudra pour reprendre l’île si l’ennemi l’avait
occupée, et avec de telles précautions jamais le Texel ne sera attaqué. Les
îles de Vlieland et de Terschelling être occupées par des tours, dépendre
de la 17è division militaire ; elles seront sous le commandement du
commandant du Texel, comme le décret de ce jour le porte. CHAPITRE
IV. – L’EMBOUCHURE DE LA MEUSE. Après le Texel, l’embouchure de la Meuse est le point le plus important. Hellevoetsluis
et Brielle sont de bonnes places qu’il faut tenir en état.
L’île
de Goeree est d’un grand intérêt. Il faut perfectionner les ouvrages de
Ooltgensplaat. Couverte
par l’île de Goeree et le Helder, le Hollande est inattaquable. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1348.
‑ NOTE SUR LES MORTIERS A PLAQUE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Rotterdam,
25 octobre 1811. Monsieur
le Duc de Feltre, j’ai vu aujourd’hui la fonderie de la Haye. J’ai
ordonné qu’on y fondît deux pièces de 48 dont les moules existent ; ce
qui fera dix au lieu de huit. J’ai vu les mortiers, mais ce n’est point
ce que je demande. Les mortiers que j’ai vus ont une chambre qui ne
contient que onze livres de poudre, et les mortiers à plaque que j’ai
demandés doivent en contenir vingt‑cinq à trente livres. La bombe
des mortiers de la fonderie de la Haye ne peut pas porter au delà de 1,600
toises. Si par la dénomination de mortiers à plaque vous entendez ces
mortiers, vous êtes dans une grande erreur. J’ai déjà eu lieu de
m’apercevoir de l’effet de ce funeste quiproquo à Cherbourg. Il y a là
des mortiers à plaque qui n’ont qu’une portée ordinaire, hormis
qu’ils n’ont point de tourillons, de sorte que leur plus grande portée
ne va pas au delà de 1,600 toises. Beaucoup de mortiers à plaque sont
dans ce cas. Les mortiers que je veux avoir doivent contenir dans leur
chambre vingt‑cinq à trente livres de poudre et porter leur bombe à
2,000 toises. Je suis étonné que le bureau de l’artillerie n’ait pas
compris mes intentions. Donnez
sur-le-champ des ordres pour que le but que j’ai indiqué soit rempli tant
à la Haye qu’à Strasbourg ; et sur vos états ne donnez la dénomination
de mortiers à plaque qu’à ceux qui portent leur bombe au moins à 1,900
toises. Si les mortiers qu’on fond à Strasbourg ressemblent à ceux de la
fonderie de la Haye, je ne puis les employer aux îles d’Hyères, et ils
sont loin de remplir mon but. L’officier d’artillerie qui est à la
fonderie de la Haye est d’une parfaite ignorance et n’a aucune
connaissance de son métier.
Quand vous aurez rectifié cette erreur importante, donnez des ordres
pour que les mortiers soient fondus et prêts à recevoir une destination
au 1er janvier. On
n’a le projet de les couler qu’au mois de mars, de sorte qu’ils ne
seraient en place qu’au mois de mai ou au mois de juin. Vous
saviez que le directeur d’Amsterdam était malade, vous deviez y envoyer
un autre officier à qui je pusse parler et qui pût répondre à mes questions.
Je n’ai rencontré que des officiers entendant médiocrement ce que le
leur demandais. C’est un soin que le chef d’une arme ne doit jamais
manquer d’avoir. Il
est nécessaire de commander à la Haye et dans les fonderies à portée de
Flessingue, de Toulon, de l’île d’Aix, des mortiers à la Villantroys,
tels qu’on en a fondu devant Cadix. L’avantage qu’ont ces mortiers de
porter leurs projectiles à 2,500 toises est immense, puisque cela seul peut
empêcher une escadre de profiter d’un mouillage. C’est le cas d’en
avoir aux îles d’Hyères, à l’île d’Aix et dans l’Escaut. J’ai
fait tirer des bombes, mais les fusées sont trop courtes : elles crèvent
en l’air et ne sont d’aucun effet. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1349.
‑ ORDRES POUR L’AUGMENTATION DE L’ARTILLERIE DU CORPS D’OBSERVATION
DE L’ELBE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Nimègue,
30 octobre 1811. Le corps
d’observation de l’Elbe venant à être composé de neuf divisions,
c’est‑à‑dire de plus de cent quarante bataillons et de
120,000 hommes d’infanterie, il est nécessaire que vous en organisiez
l’artillerie en conséquence. Chaque division a une batterie
d’artillerie à pied de huit pièces, c’est-à‑dire
soixante‑douze pièces ; une batterie d’artillerie à cheval de
six pièces, c’est‑à‑dire cinquante-quatre ; cent huit pièces
de régiment et deux batteries ou seize pièces de réserve, ce qui ne fait
que cent quarante-deux pièces d’artillerie de ligne et cent huit de
bataillon, et en tout cela ne fait que deux cent cinquante pièces. Il est
vrai que cette armée a quatre divisions de cuirassiers, et que, si l’on réunit
toute la cavalerie, on aura quarante-huit pièces d’artillerie légère ;
mais cela ne me paraît pas suffisant, puisque cela ne fait encore que cent
quatre vingt-dix pièces de ligne pour 120,000 hommes d’infanterie et
25,000 hommes de cavalerie, ou trois cent pièces de canon en tout ; ce
qui ne fait pas deux pièces par 1,000 hommes. Je pense qu’il
faudrait augmenter la réserve. Proposez-moi aussi l’organisation du parc
comme si cette armée devait agir seule, indépendamment du corps
d’observation du Rhin et du corps d’observation d’Italie. Si vous
manquiez de compagnies d’artillerie légère, on pourrait donner à la 6è
division deux batteries d’artillerie à pied. D’après la
minute. Archives de l’Empire. 1350.
‑ INTENTIONS DE PORTER LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE A NEUF
DIVISIONS. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE
L’ELBE, A HAMBOURG. Nimègue,
30 octobre 1811. Mon
Cousin, je vous ai fait connaître que mon intention était de porter avant
le mois de janvier votre armée à neuf divisions, savoir : la 1re,
la 2è, la 3è, la 4è et la 5è division chacune à quinze bataillons
français et à deux bataillons étrangers ; ce qui fera
soixante‑quinze bataillons français, deux espagnols, six portugais
et deux croates ; total, quatre-vingt‑cinq bataillons. La 6è
division sera portée à treize bataillons, la 7è à quinze, la 8è à
quinze, la 9è à seize ; ce qui fera en tout plus de cent quarante
bataillons et près de 120,000 hommes d’infanterie. Plus, dix régiments
de cavalerie légère, y compris le régiment polonais qui est à Danzig,
formant cinq brigades ou 17,000 hommes de cavalerie, et indépendamment de
6,000 cuirassiers, formant deux divisions, qui pourront joindre en cas d’événement
; ce qui ferait donc une armée de 150,000 hommes, que je veux entretenir
toujours disponible et prête à marcher. Faites‑moi
connaître l’organisation qu’il faudrait à tout votre parc
d’artillerie, si cette armée devait agir seule ; combien, dans ce cas, de
bataillon de transports militaires ; quelle organisation du génie et des
sapeurs, et enfin quelle augmentation d’état-major général. Si
vous deviez opérer seul, une armée de neuf divisions ne peut pas être
commandée sans lieutenants généraux ; faites-moi connaître vos idées
là-dessus. NAPOLÉON. D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.
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