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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome septième

Paris - 1876

 

1351. – RECOMMANDATIONS CONCERNANT LE TIR A LA CIBLE.

AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

Nimègue, 30 octobre 1811.

Mon Cousin, il faut faire l’exercice à feu aux jeunes soldats et les faire tirer à la cible ; c’est un argent bien dépensé. Vous devez avoir à Hambourg, à Stettin, à Magdebourg et dans les batteries, des poudres de moins bonnes qualités qui pourraient être employées à cet usage. Il est très-important que les soldats tirent à la cible.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1352. – NOTES SUR COLOGNE.[1]

§ 1. De Wesel à Mayence, il y a 60 à 70 lieues sans aucune place forte. Une armée qui voudrait envahir la Belgique d’accord avec une expédition anglaise se porterait sur Cologne, de Cologne sur Juliers, Aix‑la‑Chapelle, Liège, d’où elle arriverait à Bruxelles et de là à Anvers. Cette armée serait obligée de masquer et de faire observer Wesel, de masquer Juliers et Maëstricht ; il faudrait aussi qu’elle masquât Givet, et il est probable que cette armée jugerait devoir prendre au moins Juliers, et peut‑être Maëstricht, avant de passer la Meuse. Mayence se trouve tellement loin que cette place ne pourrait exercer aucune influence sur cette opéra­tion, en supposant que l’ennemi vînt par Cassel ou Lippstadt, ou par la route de Siegen.

§ 2. Si l’on avait à Bonn une place forte, l’en­nemi serait aussi obligé de masquer Bonn. Toutes les troupes de l’Alsace, au premier mouvement de l’ennemi, se réuniraient sur Bonn, tandis que les troupes de Hollande se grouperaient sur Wesel et Venlo. Il serait donc difficile de penser que l’ennemi pût pousser sa route sans prendre Bonn et Juliers.

§ 3. Ces idées avaient fait penser à fortifier Bonn, qui se trouve à peu près à moitié chemin entre Wesel et Mayence ; mais les fortifications de Bonn offrent quelques difficultés ; la ville est environnée de montagnes qu’il faudrait occuper. D’ailleurs Bonn est au débouché des montagnes : la plaine qui s’étend depuis la mer, c’est‑à-dire depuis Flessingue, Ostende et le Zuiderzee, et qui couvre les embouchures de la Meuse et du Rhin, finit à Bonn. L’emplacement de la place, à l’extrémité de la plaine, pourrait avoir des inconvénients, et, sans contredit, la place serait mieux située à Cologne, qui par sa position exerce une grande influence sur la plaine.

§ 4. Si une place forte existait à Cologne, il serait impossible à l’ennemi de passer le Rhin entre Cologne et Wesel et entre Clèves, Venlo, Juliers et Maëstricht. Il lui serait également impossible de prendre Bonn pour point d’appui sur le Rhin ; car de Bonn il faudrait qu’il longeât la plaine et vînt passer à deux lieues et demie de Cologne, pour arriver soit à Aix‑la‑Chapelle, soit à Juliers. Il passerait donc tout à fait sur la ligne d’influence de la nouvelle place. Il faudrait donc qu’il eût un corps d’observation devant Wesel, un autre pour bloquer Cologne, et qu’il pût disposer d’un troisième corps pour observer ce qui viendrait de Mayence sur Bonn. Cette opération peut être considérée comme impra­ticable, et avec une place à Cologne on aurait toute certitude qu’aucune opération ne peut être tentée sur la Belgique sans qu’au préalable l’ennemi se fût emparé de cette place.

§ 5. La population de Cologne est de 40,000 âmes ; Metz en a 45,000 ; Strasbourg, Mayence, Lille sont plus considérables. Cette population n’a donc rien qui puisse effrayer, d’autant plus que ce pays est géographiquement français, et que les habitants ne peuvent nourrir aucun souvenir ni regret qui les fassent aspirer à un changement de choses.

L’étendue de la ville est à peu près de 2,200 toi­ses ; cela ne dépasse pas les bornes ordinaires ; Mayence et Strasbourg ont une étendue beaucoup plus grande. En disant 2,000 toises on ne comprend pas le segment du côté du Rhin, puisque ce côté, fermé par une muraille, est déjà à l’abri de toute attaque.

Les fortifications actuelles constituent un très‑bon camp retranché. Une bonne muraille, ayant un bon fossé, met l’enceinte à l’abri d’un coup de main. La propriété de cette muraille est telle, qu’il n’est plus question désormais, pour faire de Cologne une place convenable, que de l’entourer d’ouvrages en terre ; et des masses de terre très‑considérables sont déjà en avant des fortifications.

§ 6. Mayence et Wesel sont deux débouchés suf­fisants pour le nord de l’Allemagne.

Cologne pourrait donc être considérée comme place tout à fait défensive, et n’occuper la rive droite que par un ouvrage avancé, placé là comme vedette. On remettrait à un temps plus éloigné d’étendre les ouvrages de la rive droite, de manière à conserver sur ce point la possession d’un grand pont.

§ 7. Cologne exigera sans doute au moins 12,000 hommes de garnison et un matériel con­sidérable d’artillerie. On ne pourra disposer et la place ne pourra s’aider d’aucune inondation ni d’au­cun moyen extraordinaire ; elle ne pourra offrir qu’une résistance simple, telle que pourra la pré­senter son front actuel perfectionné.

On demande quelle serait la défense de la ligne actuelle perfectionnée, rétablie, et ayant ses points faibles renforcés de manière que tout le pourtour se trouve en équilibre.

La durée de cette défense ne peut pas être telle, qu’il soit convenable d’exposer une garnison forte de 12,000 hommes et un matériel aussi considérable ; en conséquence, l’on propose de couvrir toute l’en­ceinte actuelle par des couronnes, afin de donner à la place trois mois de résistance, temps nécessaire pour venir à son secours.

Or, il faut au moins cinq couronnes sur un pour­tour de 2 à 3,000 toises ; ce qui présente le double inconvénient d’une augmentation de dépense hors de proportion avec le résultat, et d’une augmenta­tion de garnison également hors de proportion avec ce qui est convenable. Cette idée conduirait à celle de renoncer à fortifier une place de cette étendue.

§ 8. Le problème se trouve donc tracé dans les limites suivantes : rétablir l’enceinte actuelle, en la perfectionnant et la mettant en équilibre dans toutes ses parties, et lui donner une force de résistance de trois mois, sans augmenter des ouvrages déjà trop considérables et une garnison déjà trop forte.

§ 9. La solution de ce problème est dans une citadelle qui serait établie soit en aval, soit en amont. Cette citadelle, appuyée sur le Rhin afin que le côté du trapèze se trouve hors d’attaque, pour­rait se réduire à trois fronts qui seraient fortifiés avec soin, auraient une forte artillerie et seraient rendus susceptibles d’une longue résistance. Alors on n’aurait plus le regret de laisser 10 à 12,000 horn­mes dans ce point important. La ville prise après la résistance qu’elle doit offrir, le matériel, les vivres et la garnison se retireraient dans la citadelle, y soutiendraient un second siège qui donnerait le temps d’accourir et d’obliger l’armée assiégeante à repasser le Rhin, ou du moins donnerait le temps de défendre la Meuse, et l’ennemi aurait manqué le but.

§ 10. Cela posé, on désire qu’on présente aux conseils de décembre un tracé exact, avec profils, de l’enceinte actuelle.

Que faut‑il faire : 1° pour rendre la muraille en­tièrement défensive et la rouvrir de manière qu’elle ne soit pas aperçue de la campagne ; 2° pour dé­truire les maisons dans les bastions et rétablir les murailles qui en ferment la gorge ; 3° pour rétablir ­les parapets, chemins couverts, fossés, places d’armes, glacis, et toutes les masses du système exis­tant ?

4° Quelles sont les parties faibles, et que coûte­raient les lunettes et contre‑gardes à y établir pour ramener l’équilibre ?

5° La place ainsi rétablie, combien de jours pourrait‑elle se défendre ? Quelle armée faudrait‑il pour en faire l’investissement ? quelle garnison faudrait‑il pour la défendre ?

6° Enfin où serait‑il convenable de placer la citadelle ? que coûterait‑elles et combien de jours pour­rait‑elle se défendre ?

§ 11. Ce plan ainsi réalisé, on aurait réuni tous les avantages : on aurait une place forte de premier ordre, qui, en cas d’événement, serait mise à l’abri d’un coup de main, même par 2,000 hommes ; on aurait une citadelle qui contiendrait les habitants et améliorerait leurs dispositions ; on occuperait sur le Rhin la véritable position qui peut le mieux ga­rantir la Belgique et qui exerce le plus d’influence sur la plaine ; on resterait maître de cette immense plaine, dont les ressources de toute espèce entre­raient pour quelque chose dans les chances de suc­cès de l’ennemi. Enfin on aurait un immense ca­sernement capable de contenir tout ce qui serait nécessaire à une armée, et l’on ne ferait pas une dépense hors de proportion avec son objet.

On ne parle pas des ouvrages sur la rive droite ; il est hors de doute qu’il en faut, ne serait‑ce qu’une tête de pont ; mais ces ouvrages ne tiennent pas au but. Quand ils seraient pris, l’ennemi n’aurait rien, puisqu’on ne considère pas la place comme offen­sive, mais comme défensive. Sa véritable défense est le fossé du Rhin et la muraille existante, qui suffisent pour la mettre à l’abri d'un coup de main.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

1353. ‑ OPINION DE L’EMPEREUR SUR L’ARMEMENT DES CUIRASSIERS ET DES LANCIERS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 12 novembre 1811.  

Je réponds à votre lettre du 6 sur l’armement des cuirassiers et lanciers ; c’est une question ex­trêmement importante.

Il est reconnu que la cavalerie cuirassée peut difficilement se servir de sa carabine, mais il est aussi absurde que 3 ou 4,000 hommes de si braves gens soient surpris dans leur cantonnement de voltigeurs. Il est donc indispensable de les armer. Les régiments de cuirassiers de l’ancien régime avaient des mousquetons qu’ils portaient, non comme la cavalerie légère, suspendus en bandou­lière, mais qu’ils portaient pour s’en servir comme de fusils.

Je désire que vous      formiez un conseil d’officiers de cavalerie et que vous déterminiez quelque chose sur cet objet. Je ne puis pas m’accoutumer à voir 3,000 hommes d’élite qui, dans une insurrection ou une surprise de troupes légères, seraient enlevés par un partisan, ou dans une marche arrêtés par quelques mauvais tirailleurs derrière un ruisseau ou une maison : cela est absurde. Mon inten­tion est que chaque homme ait un fusil ; que cela soit un mousqueton très‑court, porté de la manière la plus convenable aux cuirassiers, peu m’importe. J’ai déjà fait donner à la grosse cavalerie des mousquetons. A la paix ils les ont renvoyés ; dans la dernière campagne ils n’en ont pas eu.

Présentez‑moi donc un projet là‑dessus, pour que ces 3,000 hommes n’aient pas besoin d’infanterie pour se garder dans leurs cantonnements, et, mettant pied à terre, puissent se faire jour quand il y a une force d’infanterie d’une grande disproportion avec eux. La guerre se compose d’événements im­prévus ; c’est ne pas en avoir de notions que suppo­ser que 15,000 hommes de grosse cavalerie pour­ront toujours être tenus de manière à être couverts.

Quant aux lanciers, voyez s’il est possible de leur donner une carabine avec leur lance ; s’il n’est pas possible, il faudrait au moins avoir le tiers de la compagnie armé de carabines, c’est‑à‑dire tout le premier rang et la moitié du deuxième rang, tous les maréchaux des logis et le tiers de la compagnie (à peu près 40 hommes, en les supposant complets), armés de carabines. Les Cosaques ont la lance, mais ils ont des carabines et même de grands fusils avec lesquels ils tirent très‑loin.

Vous ferez aussi entrer cela dans l’objet du travail de la commission d’officiers généraux.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1354. ‑ INTENTIONS DE L’EMPEREUR AU SUJET DE L’HABILLEMENT DES TROUPES.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 12 novembre 1811.

Dans la visite que j’ai faite de différents corps de l’armée, j’ai trouvé que les troupes étaient mieux habillées que dans la révolution, où les fournitures étaient faites par les fournisseurs d’alors ; mais j’ai été loin d’en être satisfait, vu les sommes immenses qu’elles me coûtent et la régularité qui est portée dans l’administration dans les temps actuels. Il est impossible de rien fournir aux troupes qui soit bon ; car comment vouloir qu’elles puissent lutter contre l’intérêt des fournisseurs ? En général, les tricots sont mauvais, les shakos sont de mauvaise qualité, ou ils sont souvent de bonne qualité, mais mal con­fectionnés. Il en est de même des gibernes. Aucun reproche ne peut être fait aux corps, parce qu’ils répondent à tout ce « que l’administration de la guerre le leur a envoyé ». Quant aux draps, la plus grande partie de celui que j’ai vu est beaucoup plus mau­vaise que celui que j’ai vu aux régiments qui les achetaient eux‑mêmes.

Les régiments d’infanterie légère, qui avaient l’habitude d’acheter des draps, trouvent, en géné­ral, que les draps qu’ils achetaient étaient beaucoup meilleurs que ceux qu’on leur envoie.

Je désire donc connaître de quelle manière se fera l’habillement de 1812. Mon intention est que l’administration de la guerre ne fournisse rien, tout au plus le drap ; et encore je crois que cela même est une question : car il est de fait que les régiments d’infanterie légère, pendant le temps qu’ils se sont habillés, l’ont été mieux qu’ils ne le sont aujourd’hui. Un major qui est pressé par une grande quantité de conscrits qu’il a à habiller reçoit tout ce qu’on lui envoie, quoique de mauvaise qua­lité. Il y a d’ailleurs des gens qui ne veulent pas se faire des affaires et établir un procès contentieux. Il est donc nécessaire que des mesures efficaces soient prises pour que le drap qui sera fourni soit fourni bon, d’autant plus qu’il n’est pas raisonnable d’envoyer des draps dans le fond de l’Illyrie pour qu’ils reviennent ensuite. Cela met du retard pour tout, est préjudiciable à mon service et ruine les fournisseurs. Il faut donner la latitude aux régi­ments de ne pas recevoir le drap qui serait mau­vais, mais il faut, avant tout, prendre des mesures pour s’assurer que les draps qu'on envoie sont de bonne qualité. Les bureaux actuels de l’habillement ne sont organisés que pour la comptabilité ; ils ne font rien pour s’assurer de l’exactitude des envois, de ce qu’il y a en magasin et de la bonté des four­nitures ; de sorte que, au lieu d’accueillir et d’encourager les plaintes des corps, on les reçoit mal en général.

Dans le grand‑duché de Berg, je donne tout en argent aux corps ; les masses sont un peu moins fortes qu’en France : je n’ai point vu de troupes si bien habillées et en si bon état ; cela ne peut faire aucune comparaison avec les nôtres.

Dans les remontes, j’ai trouvé beaucoup de mau­vais chevaux. Les conditions des marchés sont en général à refaire.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1355. ‑ INSTRUCTIONS EN CAS DE GUERRE AVEC LA PRUSSE.

AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

Saint‑Cloud, 14 novembre 1811.

Mon Cousin, il serait convenable que vous me soumissiez un projet de mouvement, sur les bases suivantes, à exécuter dans l’hypothèse où la Prusse serait de mauvaise foi. Le prince Poniatowski, avec l’armée du Grand‑Duché et la 7e division, se réuni­raient par un mouvement combiné, en peu de jours et avant que la nouvelle en fût arrivée à Berlin, pour intercepter la route de Berlin à Graudenz et à Dirschau ; de sorte que tout ce qui existerait de militaires prussiens fût désarmé et fait prisonnier, que les convois fussent pris, Graudenz bloqué tout d’abord, Marienburg occupé et sur‑le‑champ re­tranché, et les retranchements que l’ennemi a faits du côté de Pillau, dans l’isthme qui communique avec Danzig, surpris, dans le temps que tous les Saxons marcheraient par Glogau, et vous par Stettin et Magdebourg sur Berlin et sur Kolberg. Ce projet a pour but, si la Prusse continue à être de mauvaise foi, de prendre l’initiative ; il faut le bien calculer pour le rendre le plus profitable possible. Marquez­-moi sur une carte la position actuelle de l’armée du Grand‑Duché, celle de vos divisions, des troupes de la Saxe et de la Westphalie, et faites‑moi connaître comment vous entendriez exécuter ces mouvements, enfin quelles sont les forces que la Prusse aurait à opposer de Berlin et de Kolberg. Il sera nécessaire, lorsque j’aurai approuvé ce plan, que vous le communiquiez au prince Poniatowski et au général Rapp, pour qu’ils le connaissent bien, et qu’instruits de mes intentions ils aient l’œil sur les rassemblements des Prussiens et sachent où frapper aussitôt que vous leur en aurez donné l’ordre.

Je n’ai pas besoin de vous dire que tout cela est fort hypothétique. Le comte Saint‑Marsan négocie en ce moment avec la Prusse ; mais je vois tant de mauvaise foi et d’incertitude dans ce cabinet, que je crois qu’il sera impossible d’empêcher sa ruine. Je crois que sur l’Oder les Prussiens n’ont qu’un pont ; il sera donc facile de s’en emparer et de le détruire, et d’envelopper toutes leurs garnisons entre l’Oder et la Vistule avant qu’ils s’en aperçoivent. Les forces des Prussiens se divisent, je crois, entre la Saxe et la Silésie, entre l’Elbe et la Vistule, entre la Vistule et le Niemen. Combien de troupes ont­-ils dans chacune de ces parties ? combien peuvent­-ils en réunir ? Pour cette opération je n’ai pas besoin de vous dire que Modlin et Zamosc seront bien approvisionnés et armés ; qu’une partie de l’armée du Grand‑Duché sera en observation du coté de la Russie, et que tout votre corps d’armée et les Saxons seront sur la Vistule avant les Russes, puisque vous seriez à Berlin qu’on ne le saurait pas encore à Pétersbourg. Faites connaître la situation de Marien­burg. A‑t‑on détruit les fortifications que j’avais fait établir, ou ce poste pourra‑t‑il être promptement remis en état ? Si les retranchements du côté de la...[2] ne pouvaient être enlevés d’un coup de main, il faut avoir un bon nombre d’obusiers et de petits mortiers, pour les accabler d’obus et de bombes et les détruire en peu de jours, afin de fermer sur‑le‑champ le passage de Pillau. Faites-­moi connaître jusqu’où va la limite du territoire de Danzig de ce côté. Il serait peut‑être convenable de faire établir une bonne redoute à la limite du territoire de Danzig. Par ce moyen on pourrait masquer le mouvement, et, au lieu de partir de Danzig, on partirait de la redoute. D’ailleurs, puisque les Prussiens travaillent tant à Pillau, l’occupation d’un point de ce côté est d’une grande prudence.

N’écrivez rien sur tout cela au général Rapp ni au prince Poniatowski. Commencez par prendre des renseignements avant de me répondre ; cela ne presse pas. Il vaut mieux tarder d’une quinzaine de jours pour que vous puissiez me bien faire con­naître l’état de l’échiquier. Quand j’aurai votre plan, je le ratifierai, et je vous autoriserai alors seulement à communiquer ce projet éventuel au prince Poniatowski et au général Rapp.

NAPOLÉON.

Les Russes ont eu de grands succès sur les Turcs, qui se sont comportés comme des bêtes brutes. Je vois la paix sur le point de se conclure. Je suis assuré de l’Autriche.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1356. ‑ MÊME SUJET.

AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

Mon Cousin, si la guerre a lieu et que la Prusse soit contre nous, la première chose à faire est de faire partir de Magdebourg un équipage de siège pour prendre Spandau, et des places de Stettin, Küstrin et Glogau, un équipage de siège pour Kolberg. Il est donc nécessaire que ces deux équipages de siège existent et soient formés sur le papier, de sorte qu’on soit certain d’avoir dans ces places les pièces, affûts, porte‑corps, charrettes, plates‑formes, outils, poudres, artifices, etc., pour que, vingt‑quatre heures après le mouvement dé­masqué, l’équipage de siège pour Spandau puisse partir de Magdebourg, et, six jours après le mouvement démasqué, l’équipage de siège de Kolberg puisse partir des places de l’Oder. Vous sentez que ce travail doit être fait très‑secrètement dans le bureau de votre général d’artillerie. Je pense qu’on pourra trouver à Magdebourg l’équipage de siège de Spandau. Je doute qu’on puisse former dans les places de Stettin, de Küstrin et de Glogau, celui destiné pour Kolberg. Il faut voir si cet équipage existe à Magdebourg indépendamment de la défense de la place. Si les moyens de cette place sont suffi­sants, il faudra le faire venir de Hambourg et de Wesel ; mais il faut qu’il parte de Wesel par le moyen de relais d’artillerie placés depuis Wesel jusqu’à Magdebourg. De cette manière les transports ne coûteraient absolument rien ; cela ne donnerait aucun embarras au pays et arriverait très‑promptement à Magdebourg. Je pense qu’il faut établir tout ce qui est nécessaire pour la défense des places de Stettin, de Küstrin et de Glogau. Je crois que Magdebourg est suffisamment approvisionné ; il n’en est pas de même des autres places. Les équipages de siège de Spandau et de Kolberg peuvent être compris dans l’approvisionnement de ces places, puisque, pendant qu’on consommerait ces muni­tions, on en ferait venir de nouvelles de France. Je pense que le personnel d’artillerie des places de Stettin, de Küstrin et de Glogau, n’est pas suf­fisant. Envoyez dans ces places deux compagnies d’artillerie, de celles attachées à votre parc ; vous les retrouverez en marchant en avant. Envoyez‑y égale­ment des officiers d’état‑major d’artillerie et du génie. Les garnisons de Stettin et de Küstrin sont, je crois, suffisantes ; celle de Glogau ne l’est pas. Proposez‑moi d’y envoyer un nouveau régiment, afin qu’on soit sans inquiétude.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1357. ‑ ORDRES POUR ENGAGER LA RESPONSABILITÉ DES MAJORS EN CE QUI CONCERNE LA RÉCEPTION DES EFFETS D’HABILLEMENT, ET CELLE DES CO­LONELS EN CE QUI CONCERNE LA RÉCEPTION DES CHEVAUX.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 14 novembre 1811.

Je vous envoie une lettre du prince d’Eckmühl, avec une lettre du ministre Cessac et différentes pièces. Il est convenable que vous ordonniez au major du 1er de chasseurs de se rendre à Paris, et que vous nommiez un inspecteur aux revues et deux officiers accoutumés aux détails de l’administration de la guerre, pour suivre la plainte. J’y attache la plus grande conséquence. La réponse des bureaux de l’habillement n’est pas satisfaisante. On laisse planer le soupçon sur le major : s’il est coupable, il faut le destituer ; si , au contraire, ce major est innocent, c’est à tort que les agents de l’habillement veulent couvrir ainsi leurs dilapida­tions.

Cette affaire doit donc être mûrement appro­fondie, de même que toutes celles qui arriveraient, soit pour porter la lumière dans les opérations de l’habillement, soit pour avoir des idées nettes sur l’honnêteté des majors.

Il faut faire une circulaire aux différents majors pour les rendre responsables des effets qui seront reçus aux régiments, et leur faire connaître qu’ils ne doivent recevoir aucuns mauvais effets, de sorte qu’ils n’aient rien à alléguer toutes les fois que les régiments seront dans une mauvaise situation ; que les fournitures coûtent beaucoup à Sa Majesté, et que les payements sont exactement faits ; qu’il faut donc que les effets soient de bon aloi et de très‑bon service. Même chose pour les chevaux de remonte. Mettez à l’ordre du jour, et témoignez mon mécon­tentement au colonel du 20è chasseurs de ce qu’il a reçu des chevaux qui sont à réformer ou à évaluer à moitié du prix d’achat. Faites connaître que les colonels et officiers qui recevront les chevaux seront responsables de tous les mauvais chevaux qu’ils recevraient. Mes troupes me coûtent fort cher et sont en partie fort mal habillées. Tout ce qui leur est fourni est excellent en comparaison de ce qui se fournissait dans la révolution, mais non eu égard a l’ordre et à la régularité qui ont été introduits dans l’administration.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1358. ‑ OBSERVATIONS RELATIVES A LA MANIÈRE D’OPÉRER CONTRE LES BANDES EN ESPAGNE.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 20 novembre 1811.

Mon Cousin, écrivez aux généraux Dorsenne, Caffarelli et Thouvenot qu’on suit dans le pays où ils sont un détestable système ; que des forces im­menses sont rassemblées dans des villages contre des bandes de brigands qui sont actives, de sorte qu’on est continuellement exposé à des événements désa­gréables, tandis que l’inverse devrait être fait ; que des points principaux devraient être occupés, et que de là devraient partir des colonnes mobiles pour poursuivre les brigands ; que, si les choses étaient conduites ainsi, on éviterait beaucoup de malheurs particuliers ; qu’il faut se hâter de suivre ce plan et de faire une guerre active aux brigands ; que l’ex­périence de la Vendée a prouvé que le meilleur était d’avoir des colonnes mobiles, disséminées et multi­pliées partout, et non des corps stationnaires. 

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1359. ‑ ORDRES CONCERNANT LE SERVICE D’ARTILLERIE DE LA GRANDE ARMÉE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 23 novembre 1811.

Je reçois votre travail du 22 novembre sur le ser­vice de l’artillerie de la Grande Armée, composée : du corps d’observation de l’Elbe, de la réserve de cavalerie, du corps d’observation d’Italie, du corps d’observation de l’Océan et de la réserve générale de la Garde, formant 512 bouches à feu de ligne, 176 bouches à feu régimentaires, total 688 bouches à feu, et ayant un total de 3,577 voitures d’artil­lerie et 565 voitures de régiments, total 4,142 voitures.

Je suppose que tout le matériel pour cette im­mense artillerie est prêt à Metz, à Mayence, à We­sel, à la Fère et à Strasbourg.

Vous demandez une remonte de 600 chevaux d’artillerie ; cela est convenable. Présentez‑moi un état des compagnies à remonter et des chevaux qu’il vous faut ; comme c’est, je crois, le ministre de l’administration de la guerre qui vous fournit les chevaux, je les comprendrai dans la première com­mande de remonte qui va être ordonnée. Pour servir ces 3,577 voitures, y compris l’équipage de pont, 18,000 chevaux sont nécessaires ; il faut qu’au 30 janvier ces 18,000 chevaux existent harnachés et prêts à partir.

Quatre bataillons du train sont en Allemagne, quatre sont en France, deux sont en Italie, total dix ; quatre compagnies du 1er bataillon bis existent à Metz, trois compagnies du 9è bataillon bis sont à Mayence, quatre compagnies du 13è bataillon bis sont à Metz, total onze compagnies, faisant la valeur de deux bataillons ; un bataillon du train du royaume d’Italie ; deux bataillons de la Garde ; total quinze bataillons, qui, à 1,500 chevaux par bataillon, fe­ront 22,500 chevaux ; il n’en faut que 18,000, c’est donc 4,500 chevaux de plus qu’il ne faut.

Présentez‑moi l’état de situation du personnel de ces bataillons du train au 15 novembre ; mettez‑y ce qu’ils doivent recevoir de la conscription et ce qui manquera au complet. Remettez‑moi les mêmes renseignements, aussi détaillés, sur les chevaux, sur les harnais, et proposez‑moi un projet de dé­cret qui ordonne, pour 1812, une remonte d’artil­lerie suffisante pour compléter tous ces cadres, de manière qu’au 30 janvier j’aie, indépendamment du train italien, tous mes bataillons au grand complet et prêts à partir.

Les deux bataillons qui sont en Italie ne seraient pas complets, il faut donc les compléter. L’achat des chevaux en Italie présente des difficultés ; pro­posez‑moi de compléter le bataillon qui est à l’armée d’Italie avec les chevaux du bataillon qui est en Pié­mont, de manière à les porter au grand complet de 1,500 chevaux, et proposez‑moi de faire revenir ensuite à Besançon le bataillon qui est en Piémont. Une partie des chevaux qui resteraient à ce bataillon pourrait même être vendue au royaume d’Italie, selon que le vice‑roi le jugerait à propos. Par ce moyen, tous les bataillons étant en Allemagne ou rapprochés du Rhin, la remonte serait très‑rapide. Dans le travail que vous me remettrez sur les re­montes des attelages d’artillerie, je désire que vous me fassiez connaître les sommes qu’il y aura à porter pour cette dépense au budget de 1812, tant pour les chevaux que pour les harnais.

Je pense qu’il faut conférer au général Éblé le commandement en chef de cette immense artille­rie ; il y verra une preuve spéciale de ma confiance.

Faites‑moi un état général de cette artillerie ainsi organisée. Comparez‑moi ce parc avec le parc que j’avais lors de la campagne d’Austerlitz, lors de celle de Friedland et à l’époque de Wagram.

Le corps d’observation d’Italie est un corps à part qui n’a éprouvé aucun changement ; il doit donc se trouver organisé comme il était. Quelques régiments ont été en Espagne ; mais les cadres res­tants ont été augmentés. Je réglerai, au moment d’entrer en campagne, la composition définitive de l’infanterie ; mais l’artillerie doit rester la même. Je suppose qu’un bataillon du train de 1,500 chevaux suffira ; avec un bataillon italien cela fera 3,000 chevaux.

Le corps d’observation des côtes de l’Océan doit conserver les mêmes compagnies d’artillerie qui sont désignées dans le travail que j’ai arrêté ; je n’approuve donc pas qu’il y soit fait des change­ments, sans quoi il faudrait toujours changer. Ce corps éprouvera dans l’organisation de son infanterie des changements que je ferai connaître au der­nier moment ; mais cela n’influera en rien sur la composition de l’artillerie.

Je viens actuellement au corps d’observation de l’Elbe. Je désire dans ces états les changements suivants :

Le matériel d’artillerie de la 6è division sera en­voyé sans délai à Minden, où je crois même qu’il est déjà ; le matériel de la 8è sera envoyé à Munster ; le matériel de la 9è à Wesel ; la portion du parc ap­partenant aux 8è et 9è divisions à Wesel ; les deux batteries de réserve du parc général à Wesel ; l’ar­tillerie de deux divisions de cavalerie à Wesel. Le parc de réserve des quatre divisions de cavalerie doit être à Wesel, et séparé du parc appartenant aux 8è et 9è divisions et aux deux batteries de réserve, qui est destiné à faire partie probablement du parc de Minden. Cette observation est importante, afin que le parc des quatre divisions reste toujours séparé.

J’approuve que la compagnie du 2è régiment d’ar­tillerie à cheval, qui est à la 6è division, revienne à la réserve de cavalerie et soit remplacée par une compagnie venant d’Espagne.

J’approuve le choix du général Faure de Gière pour commander l’artillerie de la réserve ; qu’il se rende sans délai à Wesel, y passe la revue de son artillerie et l’organise bien.

J’approuve également le colonel Bigot de Pont­-Bodin pour l’emploi de directeur du parc.

J’approuve le mouvement d’artillerie et des com­pagnies que vous me proposez pour servir les 6è, 7è, 8è et 9è divisions, et les deux nouvelles batteries de réserve. Ces deux divisions doivent être à Wesel, faire partie du parc du corps d’observation de l’Elbe et n’avoir rien de commun avec la cavalerie de la réserve. Les quatre batteries de réserve ont huit obusiers et vingt‑quatre pièces de 12. Je désire que les obusiers soient des obusiers prussiens ou licornes, qui tirent plus loin que les obusiers ordinaires.

J’approuve que les quatre bataillons du train d’ar­tillerie qui sont en Allemagne soient entièrement destinés : 1° au service des neuf divisions, 2° au service des quatre batteries de la réserve à pied, 3° au service du parc général du corps d’observation de l’Elbe. J’approuve que le 8è bataillon soit attaché aux quatre divisions et au parc de réserve de la ca­valerie.

Le chef de bataillon que vous voulez envoyer à Cadzand m’a paru plein de zèle, et, puisque les autres officiers supérieurs auront tous fait la guerre avec la cavalerie, il n’y a pas d’inconvénient à le laisser.

Vous pouvez donc, sans retard, ordonner tous les mouvements pour que l’artillerie du corps d’obser­vation de l’Elbe soit organisée conformément aux états que vous m’avez remis, sauf les modifications qui sont contenues dans la présente lettre. Tout ce qui est nécessaire au corps d’observation de l’Elbe et à la réserve de la cavalerie doit être mis en marche dans le courant de novembre pour être rendu en décembre à sa destination.

Enfin, dans les nouveaux états que vous me ferez dresser de l’artillerie de la Grande Armée, vous me ferez connaître quels sont les lieux où se trouve le matériel de la réserve de la Garde et du corps d’ob­servation de l’Océan.

Dans votre prochain travail, le général Pernety gardera le commandement de l’artillerie du corps de l’Elbe. Cinq généraux de brigade, y compris le directeur général du parc et le commandant de l’artillerie de Danzig, seront employés à cette armée et y compteront au 1er  janvier prochain.

Vous ne me dites pas de quel service sort le gé­néral Martuschewitz, que vous me proposez pour le corps d’observation de l’Elbe.

L’artillerie de la Grande Armée doit avoir un gé­néral en chef, trois généraux de division et dix gé­néraux de brigade ; j’en mets deux ou trois de plus qu’il n’est rigoureusement nécessaire, pour pou­voir en charger de quelques sièges et remplacer les pertes.

Il faut retirer d’Espagne tous ceux qui sont inu­tiles ; retirez de Catalogne le général Taviel et un des deux généraux de brigade qui s’y trouvent.

Dans ce projet, le premier inspecteur d’artillerie resterait en France ; ce qui peut être nécessaire pour qu’il puisse se porter au nord et partout où les cir­constances vous feraient penser que sa présence de­viendrait utile.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1360. ‑ ORDRE DE FAIRE UN MANUEL D’ARTILLERIE A L’USAGE DES OFFICIERS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 27 novembre 1811.

Faites faire un manuel d’artillerie qui contienne des tables de tir indiquant la portée des bouches à feu et celle du canon sous tous les angles. On fera des tables particulières pour le tir à ricochet ; on y joindra des tables pour le tir du fusil. La seconde partie contiendra des détails sur la construction des batteries, sur l’emplacement que doit avoir chaque chose, sur les soins à prendre pour qu’on tire tout le parti possible des batteries, enfin une réunion de maximes anciennes et modernes sur le tir, qui puisse servir d’instruction aux officiers. Ce manuel ne doit pas être, comme vous voyez, le manuel du fondeur, du forgeur, du chimiste, ni du manufacturier ; il doit contenir ce qu’il est nécessaire de savoir, non pour faire les armes, mais pour s’en servir. J’ex­cepte cependant les cartouches à balles et à boulet, les cartouches d’infanterie, les étoupilles, les fusées pour toute espèce de bombes, sur la confection des­quelles le manuel doit donner une instruction. Ce manuel ne doit pas être de plus d’un volume. Il doit être fait avec soin et avec clarté. C’est un ou­vrage que chaque officier et sergent d’artillerie doit pouvoir porter dans sa poche. L’exercice des ma­nœuvres des pièces, qu’on trouve partout, complé­tera tout ce dont la connaissance est indispensable au véritable et principal officier d’artillerie. Il est nécessaire de faire connaître, dans les tables de tir, le rapport des lignes, pouces et pieds de hausse, avec les angles sous lesquels on tire.

Je vois avec peine qu’on appelle obusier à la Villantroys ce qui doit être appelé mortier. L’idée d’obus est attachée au ricochet, mais on ne peut pas ricocher avec cette énorme machine ; on doit donc nommer cette pièce mortier à la Villantroys.

NAPOLÉON.

D’après la minute. Archives de l’Empire.



[1] Dictée à Cologne le 6 novembre 1811, au soir (Note de la minute.)

[2] Ici un mot illisible.

 

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