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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome septième

Paris - 1876

 

1361. ‑ ORDRES CONCERNANT LES DRAPEAUX DES CORPS.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 30 novembre 1811.

Je vous ai envoyé plusieurs modèles pour les dra­peaux ; vous ne m’avez pas fait de rapport là‑des­sus ; venez m’en parler demain. Portez‑moi l’état de tous les régiments de l’armée, avec le nom des batailles où chacun s’est trouvé. Le ministre de la guerre n’a pas compris mon idée, et d’ailleurs il est hors d’état de faire ce travail ; il a mis au 26è toutes les batailles, quoique ce régiment ne s’y soit pas trouvé. Chaque régiment ne doit porter sur son drapeau que les noms de batailles où il s’est trouvé ; les régiments qui ne se sont trouvés à aucune ba­taille ne doivent porter le nom d’aucune sur leur drapeau. Vous seul pouvez faire ce travail, et le faire avec soin ; présentez‑le‑moi sans délai.

Je vous ai chargé du détail des drapeaux. Je n’en donne qu’un par régiment d’infanterie ; un par ré­giment de cavalerie ; un par régiment d’artillerie, et un par régiment de gendarmerie ; point aux com­pagnies départementales ou gardes d'honneur ou autres. Personne ne doit avoir d’aigle qu’il ne l’ait reçue des mains de l’Empereur. Tout autre corps doit porter des fanions. Tout corps d’infanterie de moins de 1,000 hommes et tout corps de cava­lerie qui n’a pas 500 hommes ne pourra pas avoir d’aigle.

Tous les régiments d’infanterie ayant eu une aigle par bataillon, et les régiments de cavalerie une par escadron, ces aigles seront envoyées, hormis une, à Paris, et déposées aux Invalides, jusqu’à ce qu’elles puissent être mises dans le Temple de la Gloire. Chaque bataillon d’infanterie aura un fanion où il n’y aura rien d’écrit. Les quatre bataillons du régiment auront le fanion de couleur différente.

L’aigle de chaque régiment aura ses deux porte­-aigles armés, indépendamment d’une paire de pis­tolets sur la poitrine, d’un esponton, dont il faut déterminer les dimensions, afin que ce soit une bonne arme. Cet esponton aura une banderole pro­pre à effrayer les chevaux et qui puisse se voir de loin.

L’aigle aura une espèce de fanion comme celui qu’elles ont aujourd’hui, mais d’une double soie très‑solide, et où seront brodés, d’un côté, les noms des batailles où se sera trouvé le régiment, et, de l’autre, ces mots : l’Empereur Napoléon à tel régi­ment. Ces fanions seront faits sans délai et envoyés à tous les corps de l’armée qui doivent en recevoir. Cela pourra être renouvelé tous les deux ou trois ans, sans pour cela renouveler l’aigle. Un régiment sera autorisé à en demander un autre lorsque le sien sera détruit, lequel lui sera envoyé sur mon appro­bation.

J’avais ordonné que la ville de Paris fît des cou­ronnes de laurier en or pour les régiments qui étaient à la bataille d’Austerlitz ; informez‑vous du préfet où elles sont, afin de s’en servir. Ayez soin de vous occuper de tout cela, et que cela soit terminé avant jeudi prochain. Vous m’apporterez le décret avec l’état des régiments ; car la partie des drapeaux des régiments est aujourd’hui dans un grand chaos.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1362. - LA DISCRÉTION EST UNE NÉCESSITÉ POUR UN CHEF DE CORPS.

AU MARÉCHAL DAVOUT, PRENCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

Paris, 2 décembre 1811.

Mon Cousin, je réponds à l’une de vos lettres du 26 novembre. Si le grand‑duché de Varsovie, qui a plus de 4 millions d’habitants, ne peut pas nourrir ses troupes, malgré tous les avantages que je lui fais en favorisant son emprunt, qui lui a déjà rendu plusieurs millions, en nourrissant, soldant et habil­lant la division qu’il a en Espagne, qui est le quart de son infanterie, je ne puis pas comprendre com­ment ce pays peut prétendre à devenir une nation.

Je réponds à l’une de vos dernières lettres, du 28 novembre. Les Allemands se plaignent que tous ces bruits d’insurrection de l’Allemagne sont fomen­tés par les Français, qui, à force de s’en entretenir et de s’échauffer sur cet objet, finiront par y faire croire. Ils se plaignent que vous ayez dit à Rostock que vous sauriez bien empêcher l’Allemagne de devenir une Espagne ; que, tant que vous y commanderiez, on n’oserait rien entreprendre. Ces pro­pos font un mal réel. Il n’y a rien de commun entre l’Espagne et les provinces d’Allemagne. L’Espagne serait réduite depuis  longtemps sans ses 60,000 Anglais, sans ses 1,000 lieues de côtes qui font que nos armées sont partout sur les frontières, et enfin sans les 100 millions que lui a fournis l’Amérique, car l’Angleterre n’est pas en état de lui fournir de l’argent. Mais, comme en Allemagne il n’y a pas d’Amérique, ni la mer, ni une immense quantité de places fortes et 60,000 Anglais, il n’y a rien à craindre, l’Allemand fût‑il même aussi oisif, aussi fainéant, aussi assassin, aussi superstitieux, autant livré aux moines que l’est le peuple d’Espagne, où il y avait 300,000 moines. Jugez donc de ce qu’il y a à redouter d’un peuple si sage, si raisonnable, si froid, si tolérant, tellement éloigné de tout excès qu’il n’y a pas d’exemple qu’un homme ait été assassiné en Allemagne pendant la guerre. L’Autriche était bien plus susceptible d’être mise en révolution. Les effets ont prouvé le peu de fondement des craintes qu’on voulait concevoir. Il est donc très‑fâcheux qu’on entretienne les généraux de ces chimères, et qu’on laisse circuler dans le pays des comparaisons qui ne peuvent faire que du mal, sans produire aucun bien. S’il y avait un mouvement en Allemagne, il finirait par être pour nous et contre les petits princes.

Quant à la Westphalie, le peuple de la Hesse, qui est le principal, est bien loin de regretter l’électeur ; l’armée est attachée au Roi. Il sera avantageux que vous portiez de votre côté plus d’aménité en envers le gouvernement westphalien et envers le Roi ; il vaut mieux concilier qu’aigrir.

Je ne sais pas pourquoi Rapp se mêle de ce qui ne le regarde pas : il n’y a que deux faits dans son rapport : 1° que Kotzebue a fait un pamphlet ; 2° que les Anglais en ont fait un autre, qui a pour titre Campagne de Portugal. Il devait vous rendre compte de ces deux faits et ne pas parler d’autre chose. De quoi va t‑il parler de ce qui se passe en Hongrie, de l’esprit qui anime la Confédération et ces pays, lui qui en est si éloigné ! Qu’il se renferme dans son gouvernement, qu’il se mêle de ce qui le concerne et qu’il se borne à me rendre compte de Danzig et des pays environnants. Je vous prie de     ne pas me remettre de pareilles rapsodies sous les yeux. Mon temps est trop précieux pour que je le perde à m’occuper de pareilles fadaises. Vous ne prétendez sans doute pas que je m’instruise de ce qui se passe       en Hongrie et en Autriche par des rapports de Danzig, surtout transmis par un homme aussi faible et dont je fais aussi peu de cas, hormis un jour d’affaires, que Rapp ; tout cela ne sert qu’à me faire perdre mon temps et à salir mon imagination par des tableaux et des suppositions absurdes. Vous deviez m’envoyer l’extrait du rapport de Rapp et me dire en deux mots : Le général Rapp me mande qu’un pamplet, ayant pour titre Campagne du Portugal, est répandu par les Anglais (libellé dont nous avons 1,000 exemplaires), et que Kot­zebue en a fait un autre.

Ce que vous devriez recommander au général Rapp, c’est que les généraux ne s’intéressent pas dans les corsaires, et que ces corsaires n’abusent point de cela pour ravager des côtes et commettre des choses injustes qui m’engagent ensuite dans des querelles. Un officier ne doit point figurer dans de pareilles entreprises, surtout un général dont les décisions provisoires ont de l’influence sur la ma­tière.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1363. ‑ ORDRES CONCERNANT L’ORGANISATION DU SERVICE DES PONTS DE LA GRANDE ARMÉE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 4 décembre 1811.

Tout ce qui est relatif à l’équipage d’artillerie de la Grande Armée est organisé, hormis le service des ponts ; il faut que ce service soit organisé très‑large­ment. Il faut des pontons à chaque corps d’armée et des moyens pour réparer les ponts ; il en faut en­suite à la direction générale des ponts. Mon inten­tion est d’avoir, attelés et suivant l’armée, les ba­teaux, agrès et matériaux nécessaires pour jeter deux ponts sur la Vistule ; faites‑moi connaître com­bien de chevaux il faut pour cela.

Il y aura au parc d’artillerie un bataillon d’ou­vriers de la marine, formé de six compagnies et de 840 hommes, un équipage de marins de 1,200 hommes ; ce qui fera 2,000 marins qui se trouve­ront attachés aux équipages de pont. Il est absolu­ment nécessaire qu’il y ait à la suite de l’équipage de pont les voitures nécessaires pour porter les ou­tils de ces 800 ouvriers.

Le bureau de l’artillerie, avant de me présenter la formation de l’équipage de pont, doit se concerter avec le bureau du génie, afin qu’il n’y ait pas de double emploi et que cela marche d’accord.

Le génie doit pourvoir à ce qu’il y ait le plus possible d’outils à pionniers et les objets nécessaires à la réparation des ponts.

Un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes sera attaché au parc du génie ; il faut qu’il ait tout ce qui est nécessaire pour jeter promptement un pont sur pilotis.

Un de ces équipages de pont doit exister à Danzig. On m’assure qu’il y en a un à Magdebourg. Si cela est nécessaire, il faut en faire construire un second à Danzig ; je suppose qu’on a les ancres et tout ce qui est nécessaire.

Je désire que vous me présentiez le projet de l’équipage de pont en même temps que celui de l’équipage du génie.

D’après la miuute. Archives de l’Empire.

 

1364. ‑ PLAINTES A TRANSMETTRE AU MARÉCHAL SUCHET A PROPOS DE LA CORRESPONDANCE DE SA FEMME.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Paris, 5 décembre 1811.

Mon Cousin, écrivez au maréchal Suchet pour vous plaindre de ce que la correspondance de sa femme avec madame Saligny parle de ce qui se passe à son armée ; que ces détails ne doivent point se trouver dans la lettre d’une femme, qui ne doit point connaître ni la force des troupes, ni les mou­vements qui se font, mais parler de sa santé, et voilà tout.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1365. ‑ ORDRE DE POURVOIR A LA DÉFENSE DE LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES.

AU GÉNÉRAL CLARKE , DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 6 décembre 1811.

Il est nécessaire de pourvoir d’une manière constante à la défense des frontières de la 10è division militaire, c’est‑à‑dire des départements des Pyré­nées‑Orientales, Ariège, Haute‑Garonne et Hautes-­Pyrénées. Il doit y être pourvu par trois moyens :

1° La formation de la garde nationale dans ces quatre départements, conformément aux lois. Re­mettez‑moi, en conséquence, les projets de décrets nécessaires pour cet objet ; présentez‑moi les nomi­nations des colonels pour les légions et des chefs de bataillon pour les corps. J’enverrai un sénateur qui sera chargé des autres nominations et de l’organisa­tion d’après les bases que j’ordonnerai.

Vous organiserez les corps par sous‑préfectures. Cette garde nationale ainsi organisée dans ces quatre départements doit, je crois, donner près de 45,000 hommes.

On distribuera 6,000 fusils à toutes les gardes nationales qui sont dans les sous‑préfectures limi­trophes et à une marche de la frontière. On les exercera les dimanches, de sorte qu’à chaque évé­nement on puisse avoir 6,000 hommes en armes. Les municipalités des communes seront responsables des fusils. Il y aura des dépôts de cartouches, et, au signal d’alarme, les gardes nationales mar­cheront au secours sous les ordres du général commandant.

2° Chacun de ces quatre départements limitrophes fournira deux bataillons d’élite, à six compagnies de 150 hommes ; au total, 900 hommes par batail­lon ; ce qui fera, pour les quatre départements, un effectif de 7,200 hommes. Ils seront sous les ordres du sénateur, et soldés, habillés, organisés comme ils l’ont été dans le Nord.

Les départements de l’Aude, Tarn, Tarn‑et‑Ga­ronne et Gers, fourniront chacun un bataillon d’é­lite, de sorte qu’il y aura en tout douze bataillons d’élite qui, à 900 hommes, feront une masse de 10,800 hommes qui aura toujours 9,000 hommes sous les armes, les départements devant être chargés de les tenir au complet.

Les deux bataillons d’élite des Pyrénées‑Orien­tales seront placés à Mont‑Louis et en avant de Per­pignan ; les deux de l’Ariège, deux de la Haute-­Garonne, quatre des quatre départements de 2è ligne, total huit, seront sous les ordres directs du sénateur, à Foix, et seront chargés de la défense de l’Ariège et du val d’Aran ; les deux bataillons des Hautes‑Pyrénées seront placés à Venasque, dans le val d’Aran, et sur tout autre point voisin. Il y aura donc sur cette frontière 6,000 hommes, gardes natio­nales, armés, 10,000 d’élite ; en tout 16,000, uni­quement chargés de la défense des frontières.

Le troisième moyen est de conserver les batail­lons de chasseurs de montagne, composés de con­scrits réfractaires, etc. Vous devez avoir l’état de formation et savoir s’ils sont recrutés par la garde nationale ou les conscrits.

Ces mesures mettront ces frontières à l’abri des dévastations ; on n’aura plus à gémir sur les suites des irruptions des bandes espagnoles.

Vous pouvez prévenir le sénateur Rampon que je l’ai choisi ; et même, si le conseiller d’État Pelet est encore dans ces pays, il pourrait y rester jusqu’à la fin de l’organisation définitive, dans laquelle il ai­derait le sénateur Rampon.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1366. ‑ REPROCHES AU MARÉCHAL SOULT SUR LA

CONDUITE DES OPÉRATIONS DANS LE MIDI DE

L’ESPAGNE.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Paris, 6 décembre 1811.

Mon Cousin, je vous renvoie la correspondance d’Espagne ; faites le relevé des distinctions et ré­compenses demandées, mon intention étant de les accorder.

Écrivez au duc de Raguse que, dans le cas où les mouvements de l’ennemi le forceraient à marcher vers le nord, il aurait le commandement sur le général Dorsenne ; mais la grande affaire dans ce mo­ment, c’est la prise de Valence.

Témoignez au duc de Dalmatie mon mécontente­ment sur la marche de flanc que le général Girard a faite devant l’ennemi, marche de trois journées, et d’autant plus mal combinée que l’ennemi avait toujours la faculté de le couper ; il fallait l’appuyer par un fort détachement. Il est malheureux qu’avec une armée de 80,000 hommes on n’ait pas fait les dispositions que commandait la prudence pour évi­ter de recevoir un affront par un petit corps de 6,000 Anglais. Dites‑lui que je reste dans mon opinion, que toutes les fois qu’on livre une bataille, surtout aux Anglais, il ne faut pas se diviser, il faut réunir ses forces, présenter des masses imposantes : toutes les troupes qu’on laisse en arrière courent le risque d’être battues en détail ou forcées d’aban­donner les postes. Réitérez‑lui l’ordre d’approvi­sionner Badajoz pour un an. Si la prise de l’île de Léon est considérée comme impossible, il faut agir vigoureusement sur Murcie, afin de soulager l’armée de Valence. Dites‑lui que j’ai pris un décret relatif à la course. Je n’entends pas la faire à mes dépens ; cela me jetterait dans des frais immenses et ridicules. Écrivez‑lui qu’il peut organiser son armée comme il le jugera convenable en six ou sept divisions, en conservant toutefois les généraux, cha­cun suivant son grade et son rang.

J’accorde au duc de Bellune la permission de ren­trer en France ; mais, comme il pourrait arriver que le duc de Bellune soit engagé dans quelque opé­ration où sa présence serait encore nécessaire, vous adresserez cette permission au duc de Dalmatie, qui la remettra au duc de Bellune en temps op­portun.

Le duc de Dalmatie a la plus belle armée du monde, et cependant il ne tient en échec ni le gé­néral Hill, ni l’armée de Murcie, qui tout entière a marché au secours de Valence.

Vous rendrez compte au ministre du trésor des 500,000 francs qui se sont trouvés de moins dans le convoi que le général Avice a conduit à l’armée du Midi.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1367. ‑ OBSERVATIONS AU MINISTRE DE LA GUERRE SUR L’INEXÉCUTION D’UN ORDRE RELATIF A L’ARMEMENT DES BATTERIES DE LA GIRONDE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 12 décembre 1811.

Je reçois votre rapport du 9, avec le rapport du directeur d’artillerie de la Rochelle, d’où il résulte qu’au 9 mon décret sur les batteries de la Gironde et de l’île d’Oleron n’était pas exécuté. Je vois bien des si, des mais, des car dans votre rapport, mais point de canons ni de batteries. Mon décret disait positivement le jour où tout cela devait être exé­cuté. C’était au bureau de l’artillerie à prendre des mesures pour réussir. Ce n’est pas prendre des me­sures que d’écrire à un pauvre directeur de faire. Que voulez‑vous qu’il fasse ? Vous manquait‑il des canons ? Il fallait me le dire ; j’aurais ordonné à la marine de vous en fournir. Vous manquait‑il du bois pour les plates‑formes ? Il fallait me le dire ; j’aurais fait plutôt suspendre les constructions dans les chantiers pour vous fournir le bois qui était nécessaire. Vous manquait‑il des bâtiments de trans­port ? Il fallait le dire ; j’aurais ordonné qu’on mît à votre disposition tous les moyens possibles de transport et jusqu’aux chaloupes des vaisseaux. Vous manquait‑il des hommes, des officiers, et étiez‑vous dans l’impossibilité d’en avoir ? Il fallait le dire, et j’aurais ordonné à vingt officiers et à un bataillon de la marine de Rochefort de se rendre à Oleron pour vous aider. Mais je vois que le bureau de l’ar­tillerie se contente de vous présenter des lettres à signer pour le général Camas et pour le directeur d’artillerie. Aviez‑vous chargé le génie de construire ces batteries, et le génie n’avait‑il pas les moyens de le faire ? Lui manquait‑il des ouvriers ? Il fallait prendre les travailleurs de l’île d’Aix. Enfin, ou le décret était possible ou il était impossible : s’il était impossible, vous deviez le dire ; s’il était possible, vous deviez l’exécuter. Certainement l’exécution de ces ordres n’était pas possible sans prendre aucune mesure qui sorte des formes ordinaires. Je vous renvoie votre rapport. Faites réunir les officiers d’artillerie et du génie, et prenez des mesures pour en finir. Déjà deux de mes frégates sont bloquées dans Maumusson. Des vaisseaux seraient depuis deux mois aux Saumonards, si les batteries étaient armées. Toutes mes opérations maritimes sont ar­rêtées. Si le général la Riboisière n’avait écrit que des lettres, il n’aurait pas encore armé une seule batterie aux îles d’Hyères.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1368. ‑ MESURES CONCERNANT L’APPROVISIONNEMENT

DE DANZIG.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 13 décembre 1811.

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre rapport du 27 novembre relativement à l’approvi­sionnement de Danzig. A dater du 1er  janvier 1812, le service sera entièrement pris à mon compte, hormis le logement et casernement, les lits mili­taires, les bois et lumières, et tout loyer quel­conque de fours et de magasins. Il faut régler cette dépense de manière qu’elle ne dépasse pas 500,000 francs par mois. Il faut aussi des règle­ments un peu à la prussienne, qui taxent les den­rées moyennant des payements exacts. Le pain doit être à bien bon marché, puisque le blé n’a aucune valeur à Danzig. Il faut mettre le plus d’ordre possible dans ces dispositions : la journée d’hôpitaux ne doit pas dépasser 20 sous. Quant à l’approvi­sionnement de siège, j’ai pris un décret que vous recevrez et qui règle tout. Sur 2 millions de francs que vous demandez, la somme d’un million vous a déjà été accordée sur le budget du fonds spécial de Danzig pour 1811, l’autre million vous sera de même accordé sur le fonds spécial de Danzig pour 1812. J’ai adopté plusieurs de vos bases ; mais j’y ai ajouté l’obligation d’avoir des farines. J’ai changé l’article des bois, qui me paraît ridicule ; j’en ai cependant laissé pour une petite quantité. J’ai sup­primé les articles du biscuit et du foin, mais j’ai doublé l’avoine ; avec de l’avoine et du son, les chevaux pourront vivre ; d’ailleurs on aura toujours le temps de prendre tout le foin de l’île de Nogat ; il y en a pour des approvisionnements immenses.

Vous verrez dans mon décret que j’ai porté sous le titre de magasins de réserve 50,000 quintaux métriques de blé froment et 50,000 quintaux de seigle, faisant un total de 100,000 quintaux mé­triques, que le général Rapp devra se procurer dans les premiers moments du siège, en mettant la main sur pareille quantité, qui se trouvera facile­ment dans les magasins de la ville ; enfin j’ai porté également pour ces magasins de réserve 2,000 quintaux métriques de légumes, que le général Rapp se procurera dans l’île de Nogat, et 2,000 quintaux métriques de riz, pour lesquels j’ai fait un fonds de 120,000 francs.

NAPOLÉON.

P. S. Pour l’approvisionnement extraordinaire de 3 millions de bouteilles de vin et de 500,000 pin­tes d’eau‑de‑vie de France, vous me ferez un rap­port particulier sur les moyens de se procurer à Danzig cette ressource pour l’armée, soit en faisant venir ces quantités de Bordeaux et de la Charente par des licences anglaises, soit en les transportant pendant l’hiver par Lubeck et la Baltique.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1369. ‑ ORDRES RELATIFS AU MATÉRIEL DU GÉNIE DE LA GRANDE ARMÉE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 14 décembre 1811.

Le matériel du génie de la Grande Armée se compose de la 1re  compagnie du train qui est ac­tuellement à Hambourg, de la 5è qui est à Metz, et de la 6è qui est à Bayonne ; ce qui fera 4 à 500 hommes, 150 voitures et 7 à 800 chevaux ; il se compose également des caissons attachés aux diffé­rentes compagnies de sapeurs et de mineurs, ce qui doit être au moins l’objet d’une cinquantaine de voi­tures ; il y aurait donc au moins 200 voitures pour le matériel du génie. Les trois compagnies ont 3 cais­sons de mineurs, 3 voitures de pétards, 3 sonnettes, 3 nacelles et 21 voitures chargées de cordages, d’ancres, de clameaux et autres objets nécessaires à la réparation des ponts ; je ne parle pas des 21,000 outils attelés. Cela étant, le parc du génie me paraît avoir suffisamment, et il n’y a aucun be­soin de lui organiser un équipage particulier pour les ponts, si ce n’est pour tout ce qui est relatif au bataillon des ouvriers de la marine. Ce serait donc 6 caissons chargés d’outils d’arts nécessaires auxdits bataillons. Puisqu’on a 3 sonnettes avec les trois compagnies, quel besoin y a‑t‑il d’en avoir 4 nouvelles ? Puisqu’on a 21 voitures chargées de cordages, cinquenelles et agrès pour les ponts, pourquoi y ajouter 4 chariots ? Puisqu’on a 6 voitures chargées de nacelles avec les compagnies, pourquoi y ajouter 4 chariots ?

En général, l’équipage de pont proposé par le génie me paraît inutile ; les équipages suffisent, mais je ne m’oppose pas à ce qu’il soit formé une demi‑compagnie avec le dépôt qui est à Metz, et que cette compagnie soit chargée de servir 6 caissons avec les outils nécessaires an bataillon de la marine et 4 voitures portant 2 grandes sonnettes qui seront affectées au service de la marine.

Faites‑moi un rapport qui me fasse connaître de quelle espèce de sonnette sont chargées les trois compagnies, et enfin de quelle autre espèce de sonnette on voudrait charger les 2 voitures qui sui­vent les ouvriers de la marine.

Un état général du matériel qui existera à l’armée d’Allemagne me fera mieux connaître là situation des choses et me mettra à même de prendre un parti définitif. Il est nécessaire d’y ajouter la por­tion de matériel dont j’ai ordonné le dépôt à Danzig, outils à pionniers, etc. Il serait bon d’y avoir quel­ques grosses sonnettes et un approvisionnement de pilots garnis en fer dont on peut se servir pour construire un pont sur pilotis, soit sur la Vis­tule, soit sur le Niémen. Le transport se fait par eau et d’une manière extrêmement facile dans tous ces pays.

Il serait du moins très‑important d’avoir à Dan­zig, soit les fers nécessaires pour mettre au bout des pilots, soit des clavettes, clous et ce qui serait nécessaire pour un grand pont sur pilotis ; de sorte qu’en les ayant en magasin à Danzig on pût les transporter où il serait utile.

Il est nécessaire qu’il y ait à Danzig un approvi­sionnement d’outils pour les mineurs et les ouvriers de la marine, et pour les remplacements, s’il ve­nait à s’en perdre. Danzig doit être la grande place de dépôt. Tout doit être là, et il faut qu’on n’ait rien à demander en France.

  Faites‑moi un rapport général sur le matériel du génie de la Grande Armée. Ainsi le matériel du génie consistera dans les caissons des mineurs, des sapeurs, dans les 150 caissons des trois compa­gnies, dans un approvisionnement d’outils à pion­niers emmanchés, dans un approvisionnement de pilots tout façonnés, dans un approvisionnement de madriers suffisant pour construire un pont sur pilotis sur la Vistule, dans tous les fers nécessaires pour construire un autre pont sur pilotis, dans les cordages, nacelles et rechanges de toute espèce, soit outils d’art et autres objets nécessaires au gé­nie, qui existeront en dépôt dans la place de Danzig.

Il faut dresser l’état des chargements du génie. Il ne faut pas oublier des flambeaux, des lanternes pour la nuit, en bonne quantité, pour éclairer les travailleurs.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1370. ‑ ORDRE D’ÉTUDIER LES MOYENS DE JETER UN PONT D’UNE SEULE PIÈCE SUR UN FLEUVE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 15 décembre 1811.

Monsieur le Duc de Feltre, à Vienne j’ai fait jeter sur un bras du Danube de 100 toises de large un pont d’une seule pièce. Je désire que, dans les équipages de pont que je fais former à Danzig, les officiers d’artillerie disposent les pièces de manière qu’on puisse en une heure de temps dresser le pont et le mettre à l’eau d’une pièce. Il est convenable, pour le succès de ces dispositions, que le détail en soit arrêté ici par les officiers d’artillerie. Il a fallu plusieurs jours à Vienne pour cette opération, parce que rien n’était préparé ; mais si les madriers, les poutrelles, les fers étaient disposés à l’avance, je pense qu’on pourrait le faire en moins de quelques heures. Il restera ensuite à connaître si ce pont ne pourrait pas être jeté également sur une rivière de 200 toises, sur le Rhin, par exemple ; je suis porté pour l’affirmative. Je désire que cette question soit discutée par les officiers d’artillerie, et qu’ensuite l’essai de ce procédé soit fait sur le Rhin ; mais ces épreuves doivent être cachées, et il ne faut pas que les étrangers puissent s’en apercevoir. Ce serait un grand pas de fait si, en se mettant à l’abri d’une île ou d’une rivière qui débouche dans le fleuve, on pouvait préparer un pont et ensuite le lancer, et, par la force du courant, l’abattre de manière à jeter en six minutes un pont sur une grande rivière. Je suis porté à penser que les épreuves que l’on ferait à Strasbourg seraient satisfaisantes.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

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