Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome septième

Paris - 1876

 

1371. ‑ ORDRE DE PRÉPARER LA GARDE POUR ENTRER EN CAMPAGNE.  

AU MARÉCHAL BESSIÈRES, DUC D’ISTRIE, COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, A PARIS.

Paris, 16 décembre 1811.

Mon Cousin, il faut préparer la Garde pour entrer en campagne. Faites‑moi un rapport d’abord sur la cavalerie ; tout ce qui est en Espagne me rejoindra. Faites‑moi connaître quelle sera la situation de ma cavalerie, en indiquant le complet de chaque régi­ment et l’effectif actuel, hommes et chevaux, et ce qui manque pour entrer en campagne.

Je désire que mes chevau‑légers aient chacun moitié des carabines.

Faites‑moi un rapport sur la gendarmerie d’élite, en indiquant les lieux où elle se trouve et combien d’hommes je pourrai en avoir en campagne.

Pour l’infanterie, mon intention est d’avoir, 1re division : six régiments de voltigeurs, un régi­ment de garde nationale de la Garde, formant qua­torze bataillons ou 10,000 hommes ; 2è division : six régiments de tirailleurs auxquels on joindra les conscrits de la garde italienne, ce qui fera quatorze bataillons ou 10,000 hommes ; 3è division : les deux régiments de fusiliers, les deux de chasseurs, le régiment de flanqueurs, formant dix bataillons ou 8,000 hommes ; 4è division : les trois régiments de grenadiers, les deux bataillons de vélites royaux, deux bataillons de ligne italiens, formant dix batail­lons ou 8,000 hommes. La force des quatre divi­sions réunies serait de 36,000 hommes.

La 1re division sera desservie par la 1re compagnie de conscrits canonniers, servant huit pièces de 4 ; la 2è division aura la 2è compagnie, servant huit pièces de 4 ; la 3è et la 4è division auront les 3è et 4è compagnies, servant chacune huit pièces de 4.

Indépendamment de cela, les trois compagnies régimentaires italiennes serviront dix‑huit pièces de canon, lesquelles seront attachées, savoir : à la 4è division, douze pièces, et à la 2è division, six pièces.

La 1re division aura une batterie d’artillerie à pied servant huit pièces ; et une à cheval servant six pièces. La 2è, la 3è et la 4è division auront le même nombre de pièces. Ainsi la 1re division aura vingt­-deux pièces, la 2è division vingt‑huit, la 3è divi­sion vingt‑deux, la 4è division trente‑quatre ; ce qui fera cent six pièces. Les quatre batteries d’ar­tillerie à cheval de la Garde servant vingt‑quatre pièces de canon, les six compagnies à pied de la vieille Garde servant quarante‑huit pièces, deux batteries de réserve de la ligne, à pied, servant seize pièces de 12, une compagnie d’artillerie à cheval de la garde italienne servant six pièces, et une à pied servant huit pièces, formeront cent deux pièces d’artillerie de réserve, attachées à la cavale­rie de la Garde et à la réserve de l’armée.

La Garde aura donc deux cent huit pièces de canon, savoir : trente‑deux pièces servies par les compagnies de conscrits de la Garde et dix‑huit ser­vies par les compagnies régimentaires italiennes, quatorze servies par la garde italienne, dont une batterie à cheval, vingt‑quatre à cheval servies par la Garde, quarante‑huit pièces à pied servies par la Garde, vingt‑quatre à cheval servies par la ligne, trente‑deux à pied servies par la ligne, seize de la batterie de réserve, total deux cent huit pièces.

ARTILLERIE FRANÇAISE. ‑ Cent vingt‑huit pièces d’artillerie à pied, quarante‑huit pièces d’artillerie à cheval ; total, cent soixante et seize pièces françaises.

ARTILLERIE ITALIENNE. ‑ Dix‑huit pièces servies par les compagnies régimentaires italiennes, six pièces servies par l’artillerie à cheval, huit pièces servies par l’artillerie à pied ; total, trente‑deux pièces italiennes.

Total général, deux cent huit bouches à feu.

  J’écris au général Sorbier pour l’artillerie. Con­certez‑vous avec le général commandant le génie pour ce qui regarde le génie. Il faut une compa­gnie de sapeurs à chaque division, avec des outils attelés. Il faut que la Garde ait une compagnie de pontonniers avec un petit équipage de pont.

Qu’est‑ce que la Garde a en équipages militaires, en faisant revenir tout ce qui est en Espagne ? Faites-­moi un rapport sur cette organisation.

La 1re division a besoin de 4 caissons d’ambulance, de 28 caissons de transports militaires, ce qui, avec les forges, caissons pour les papiers, etc., fera une quarantaine de voitures. Les autres divisions ont besoin du même nombre de voitures ; ce qui fera 160 voitures pour la Garde. Mais ces 160 voitures ne porteraient du pain que pour quatre jours ; en supposant par jour 110,000 rations, il faudrait avoir des moyens de porter 400,000 rations, ou 100 voi­tures de plus. Ce serait donc environ 300 cais­sons qu’il faudrait à la Garde. Organisez cela en détail.

Faites aussi l’organisation de l’administration commissaires des guerres, chirurgiens, vivriers, etc., enfin tout ce qu’il faut pour la compléter.

Quant à la cavalerie, il faut la censer formée de deux divisions, puisque je n’aurai pas loin de 6,000 chevaux, en y comprenant les 600 chevaux de la garde italienne, et parce qu’il est possible que les six régiments de lanciers et partie des italiens soient souvent détachés 

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie.

 

1372. - ORDRES POUR L’ORGANISATION DU CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE ET LA GARDE DU PAYS APRÈS LE DÉPART DE CE CORPS.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

Paris, 16 décembre 1811.

Mon Fils, voici l’organisation que je désirerais donner au corps d’observation d’Italie.

La 1re division du Corps d’observation d’Italie se réunira à Trente et à Bolzano. Elle sera composée (je fixerai le jour) de deux bataillons du 8è d’infan­terie légère, de quatre bataillons du 84è, de quatre bataillons du 92è, de quatre bataillons du 106è et de deux bataillons croates ; total, seize bataillons. Cette division portera le n° 13, ayant décidé de donner un numéro général à toutes les divisions de la Grande Armée.

La 2è division sera composée de deux bataillons du 18è léger, de quatre bataillons du 9è, de quatre bataillons du 35è, de quatre bataillons du 53è et de deux bataillons espagnols ; total, seize bataillons. Cette division sera la 14è division.

La 3è division, qui sera la 15è, sera composée de seize bataillons italiens et dalmates.

Ces trois divisions présenteront une force de 38,000 hommes.

On laisserait en Italie les régiments suivants :

RÉGIMENTS FRANÇAIS. – 22è d’infanterie légère, six bataillons ; 6è de ligne, trois ; 14è léger, trois ; 112è de ligne, cinq ; 13è, cinq ; 23è, deux ; les 5è bataillons des six régiments français composant les 13è et 14è divisions, six bataillons ; 10è de ligne, deux bataillons ; 20è, deux ; 7è, un ; 12è, un ; 1er lé­ger, deux ; 3è, un ; 67è de ligne, un ; régiment illy­rien, un ; 52è de ligne, cinq ; 102è, deux : ce qui ferait en deçà des Alpes quarante‑huit bataillons français, formant 30,000 hommes d’infanterie, lesquels seront complétés par la levée de la conscrip­tion qui va être faite, celle de 1812.

RÉGIMENTS ÉTRANGERS. ‑ Régiments suisses, deux bataillons ; la Tour d’Auvergne, quatre ; Isembourg, quatre ; régiment étranger, un ; total, onze bataillons, 8,000 hommes, avec les Italiens et les Saxons près de 50,000.                     

RÉGIMENTS ITALIENS. – Les 4es bataillons qui restent. Rédigez‑moi cet état en règle.

Pour la cavalerie, on formera une 9è compagnie à chaque régiment, qu’on laisserait en Italie avec les hommes malades et écloppés, et qu’on remon­terait de manière à avoir en trois mois 1,500 chevaux.

La garde royale serait composée comme elle l’est, et sera destinée à se joindre à la Garde impériale.

Chaque division du corps d’observation d’Italie sera composée de trois brigades. Les deux divisions françaises étant ainsi organisées, faites‑moi con­naître ce qui manquera à leur complet pour que chaque bataillon ait 800 hommes sous les armes à son départ. Le 18è léger, les Croates, les Espa­gnols et le 8è léger sont portés au grand complet. Je suppose qu’il manque aux six autres régiments français 600 hommes à chaque régiment pour être au complet de 3,000 hommes, ce qui ferait 3,600 hommes ; je donnerai des ordres pour qu’on vous les fournisse, aussitôt que vous m’en aurez envoyé l’état. On pourra prendre ces hommes dans les deux bataillons du 2è régiment de la Méditer­ranée, forts de 1,600 hommes. Les bataillons du 1er régiment de la Méditerranée qui sont en Corse et à l’île d’Elbe pourront fournir 3,000 hommes.

Six régiments à quatre bataillons font vingt-­quatre bataillons. On pourrait avoir les mêmes vingt‑quatre bataillons en prenant huit régiments à trois bataillons, et l’on pourrait ajouter ainsi le 112è et le 13è de ligne ; mais ce qui resterait en Italie serait beaucoup plus faible, car il vaut mieux garder le 112è et le 13è, qu’on peut facilement aug­menter d’un bataillon, que d’avoir huit 4es bataillons qui seront le rebut des corps et qui n’offriront aucune ressource en Italie ; au lieu qu’en gardant en Italie le 13è et le 112è, si les Anglais attaquaient Naples, Venise, la Toscane ou Gênes, on pourrait réunir sur‑le‑champ une quarantaine de bataillons d’élite, français, italiens et étrangers, indépendam­ment d’une quarantaine de 5es bataillons pour tenir garnison et occuper le pays.

Je vais lever la conscription de 1812, et mon intention est de compléter par cette levée tous les 4es et 5es bataillons, et de la laisser tout entière en Italie et en France pour la garde du pays.

On formerait en Piémont une division active d’au moins 6,000 hommes, trois dans le royaume d’Italie, une du côté de l’Isonzo et une du côté des Apennins, chacune de 6,000 hommes, une sur les frontières de Naples, de 6,000 hommes, de manière qu’indé­pendamment des 5es bataillons qui seraient ren­fermés dans les places de Palmanova, de Mantoue, de Peschiera, d’Ancône, on aurait cinq ou six divisions actives, commandées par des généraux de division et de brigade, qu’on pourrait réunir promptement sur le point qui serait menacé.

Tracez‑moi le projet d’organisation de ces corps, en me faisant connaître les lieux où on les placerait et ce que le royaume d’Italie pourrait fournir. Le corps de l’Isonzo serait principalement destiné à sur­veiller Palmanova, Venise, Trieste et la Dalmatie ; il serait naturellement bien placé du côté d’Udine. Un autre corps serait chargé de surveiller Ancône, Gênes, Livourne, Rome ; ce corps serait naturelle­ment bien placé à Bologne. Le corps qui serait chargé de surveiller Naples, Rome, Ancône et Li­vourne, serait naturellement bien placé du côté de Rome ; le roi de Naples, qui a une armée de 24,000 hommes, pourrait le seconder puissamment. On pourrait avoir en six jours 6,000 hommes, en douze jours 18,000 hommes, et en vingt ou vingt-­cinq jours 30,000 hommes réunis sur le point qui serait attaqué. C’est ce qui vous portera sans doute à penser qu’il est nécessaire de laisser en Italie quatre ou cinq bons régiments. Si vous avez besoin de renseignements, vous pouvez les demander à Borghese. L'Italie, étant une, doit être comprise dans une même organisation. Le moindre mouve­ment qui se ferait sentir dans une partie serait senti dans l’autre ; il faut donc la contenir partout.

Quant à l’artillerie, les dix régiments auront chacun deux pièces, ce qui fera vingt. Les deux divisions françaises auront une batterie à cheval et une bat­terie à pied, total vingt‑huit pièces. Les dragons auront deux batteries d’artillerie légère, douze pièces. Indépendamment de cela, il y aura une réserve qui sera de deux batteries d’artillerie à pied, chacune de six pièces de 12 et de deux obusiers prussiens ou licornes, seize pièces ; total, 76 bouches à feu, dont 56 seulement servies par l’artillerie de ligne. Le 7è bataillon bis, qui doit se trouver au grand complet, suffira aisément au service de ces pièces.

L’artillerie italienne sera composée de dix à douze pièces de régiment, de quatorze pièces d’ar­tillerie de ligne, d’une batterie de réserve de six pièces de 12 et de deux obusiers, et d’une bat­terie d’artillerie légère de six pièces pour la cava­lerie ; total, trente‑huit pièces de canon, et, en ôtant les dix pièces de régiment, vingt‑huit pièces de canon. Enfin la Garde royale aura ses dix‑huit pièces d’artillerie servies par les compagnies régimentaires et quatorze servies par les compagnies d’artillerie, de la Garde à cheval et à pied ; total, 32 bouches à feu.

Les dix‑huit pièces régimentaires seront de 4 ou de 3.

Il est nécessaire d’avoir des sapeurs et des outils attelés. Faites‑moi connaître si du 1er au 10 janvier les trois divisions du corps d’observation pourront être réunies, la 1re à Trente et à Bolzano, la 2è à Brescia et la 3è à Vérone, et la cavalerie aux envi­rons, avec toute l’artillerie bien attelée, double approvisionnement de caissons, compagnies du train du génie, et au moins 6,000 outils attelés, afin qu’en février ce corps puisse se mettre en campagne.

Le 9è bataillon des équipages militaires qui est à Plaisance, dont vous enverrez passer la revue, et les caissons italiens, pourront porter tout ce qui est nécessaire. Il sera nécessaire que ce corps marche par division, de manière à arriver rapidement sur Ratisbonne. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces ordres devront s’exécuter avec le plus de mystère possible, et qu’il faut que les gazettes ne parlent pas et ne donnent aucune alerte.

La cavalerie légère sera composée, savoir : 1re bri­gade, le 6è de hussards et le 8è de chasseurs ; 2è bri­gade, le 6è et le 25è de chasseurs ; 3è brigade, le 9è et le 19è de chasseurs ; 4è brigade, le 2è et le 3è ré­giment de chasseurs italiens.

Je crois que le 4è de chasseurs est déjà parti de Turin. Ces quatre brigades prendront les numéros généraux ; la 1re brigade sera la 10è, la 2è sera la 11è, la 3è sera la 12è, et la 4è sera la 13è.

Chaque brigade partira forte de 1,200 chevaux, hormis la brigade italienne, qui sera de 1,600 ; mais les autres brigades ne tarderont pas à recevoir des dépôts 400 chevaux. Chaque régiment de cavalerie laissera les cadres de la 9è compagnie bien complets et 50 chevaux, lesquels seront prompte­ment quadruplés. Présentez‑moi des généraux de cavalerie pour commander ces brigades.

Je n’ai point même communiqué cela au ministre de la guerre. Rédigez‑moi ce travail en règle ; mettez‑y les officiers, les compagnies d’artillerie, du génie, les caissons et tous les autres détails par­faitement en état. Faites‑moi connaître aussi ce qui manque, en détail, à chaque corps ; je vous donnerai alors des ordres pour l’exécution.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

1373. ‑           INSTRUCTIONS POUR L’ORGANISATION D’UN SERVICE D’ESPIONNAGE EN RUSSIE.

A M. MARET, DUC DE BASSANO, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Paris, 20 décembre 1811.

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez en chiffres au baron Bignon que, si la guerre avait lieu, mon intention est de l’attacher à mon quartier général et de le mettre à la tête de la police secrète com­prenant l’espionnage dans l’armée ennemie, la tra­duction des lettres et pièces interceptées, les rap­ports des prisonniers, etc. ; qu’il est donc nécessaire que, dès aujourd’hui, il monte une bonne organi­sation de police secrète ; qu’il faudrait qu’il eût deux Polonais parlant bien la langue russe, militaires, ayant fait la guerre, intelligents, et dans lesquels on pût avoir confiance, connaissant l’un la Lithuanie, l’autre la Volhynie, la Podolie et l’Ukraine, et un troisième parlant allemand et con­naissant bien la Livonie et la Courlande. Ces trois officiers seront chargés d’interroger les prisonniers. Ils devraient parler parfaitement le polonais, le russe et l’allemand. Ils auront sous leur ordres une douzaine d’agents bien choisis, lesquels seront payés suivant les renseignements qu’ils donneront. Ils devraient également être en état de donner des éclaircissements sur les endroits où passerait l’armée.

Je désire que le sieur Bignon s’occupe sans délai de cette grande organisation. En commençant cette organisation, les trois agents de correspondance devront avoir des agents sur les routes de Péters­bourg à Vilna, de Pétersbourg à Riga, de Riga à Memel, sur les routes de Kiev, et sur les trois routes qui, de Bucharest, conduisent à Saint‑Pétersbourg, à Moscou. et à Grodno ; en envoyer à Riga, à Duna­bourg, à Pinsk dans les marais, à Grodno, à donner l’état de situation des fortifications jour par jour. Si les renseignements sont satisfaisants, je ne regretterai pas une dépense de 12,000 francs par mois. Pendant la guerre, les récompenses pour ceux qui donneront des avis utiles à temps seront indéterminées. Il y a parmi les Polonais des hommes qui connaissent les fortifications et qui peuvent, de ces différentes places, bien indiquer l’état où elles se trouvent.

NAPOLÉON 

D’après l’original. Archives des affaires étrangères.

 

1374.    ‑ ORDRES CONCERNANT LES ÉQUIPAGES ET LES SERVICES ADMINISTRATIFS DE LA GARDE.

AU MARÉCHAL BESSIÈRES, DUC D’ISTRIE, COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, A PARIS.

Paris, 21 décembre 1811.

Mon Cousin, je réponds à votre travail sur l’ad­ministration de la Garde. Je m’en tiens à l’organi­sation du 24 août. 1 ordonnateur, 6 commissaires des guerres et 3 adjoints, en tout 10, me paraissent suffisants. Un commissaire des guerres ou un ad­joint sera attaché à chaque division. La cavalerie comptera pour deux divisions. 48 officiers de santé me paraissent suffisants. 302 employés et ouvriers d’administration me paraissent également suffisants. Mais il est nécessaire d’en maintenir le nombre au complet, et à cet effet vous devez donner ordre qu’aussitôt que la Garde sera partie on ait à former de nouveau une compagnie de 100 ouvriers, com­posée principalement de boulangers, pour recruter les compagnies actives. On les fera rejoindre ensuite par détachements de 50 hommes. Le bataillon des équipages militaires a six compagnies, 17 officiers, 771 hommes et 1,200 chevaux ; il sert 30 fourgons et 12 forges des corps, 28 ambulances, 52 fourgons des vivres, 120 voitures du nouveau modèle, 6 for­ges, 4 prolonges, total 252 voitures ; ce qui me paraît suffisant. La distribution en sera faite, pour les fourgons d’administration, à raison de 5 four­gons par division et 10 en réserve pour la cavalerie ; pour les fourgons d’ambulance, à raison de 5 par division et de 8 pour la cavalerie ; pour les caissons de vivres ancien modèle, à raison de 14 pour les deux premières divisions, et de 12 pour les deux dernières, et sans y comprendre les fourgons de la garde italienne. Je vois qu’il ne manque pour tout cela que 229 chevaux, en y comprenant les 200 che­vaux qui sont en Espagne, que les voitures d’ambu­lance, 120 voitures de nouvelle construction et 6 fourgons. Je prends un décret pour l’objet le plus important, qui est l’achat des chevaux. Je ne compte pas les chevaux qui reviennent d’Espagne, et, par conséquent, j’ordonne l’achat de 400 chevaux.

Quant aux voitures qui manquent, je pense qu’on les confectionne. Veillez à ce qu’au 30 janvier les chevaux, les harnais, les voitures, les hommes, tout soit prêt à partir. Faites‑moi connaître où se font les 120 voitures. Moyennant ce, la Garde pourra porter à sa suite sur les 120 voitures de nou­veau modèle 480,000 rations, sur les fourgons 45,000, total 525,000 ; ce qui fera des vivres pour 50,000 hommes pendant dix jours. En outre, le 7è bataillon des équipages militaires sera sous les ordres de l’ordonnateur de la Garde, et organisé comme les autres équipages de la Garde, à 252 voi­tures, portant un million de rations de biscuit, ce qui fera, pour 50,000 hommes pendant vingt jours, 1,525,000 rations. La Garde aura donc des vivres pour 50,000 hommes pendant trente jours, indépendamment de ce que les fourgons et autres voi­tures attachées aux corps porteront. Je juge cet approvisionnement nécessaire, parce que la Garde marche la dernière.

Le ministre de l’administration de la guerre tien­dra à la disposition de l’ordonnateur de la Garde l’argent nécessaire pour mettre en état le 7è batail­lon. L’ordonnateur veillera à ce que les remontes de ce 7è bataillon soient faites, à ce que les voitures soient en bon état et le bataillon bien organisé. Il en ira passer la revue à Metz, car il est inutile que le bataillon vienne à Paris. Vous‑même, ayez l’œil sur l’organisation de ce bataillon.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale duchesse d’Istrie.

 

1375. - FORMATION DE TREIZE BRIGADES DE CAVALERIE LÉGÈRE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 25 décembre 1811.

Il sera formé douze brigades de cavalerie légère française et une brigade de cavalerie italienne. Ces brigades seront organisées et porteront les numéros suivants :

1re brigade, 2è chasseurs, 9è de cavalerie légère polonais, qui est à ma solde à Danzig ; général de brigade, Pajol.

Réitérez les ordres pour que le 9è polonais soit complété à 1,000 hommes et à 1,000 chevaux à mes frais, en prenant les chevaux et les hommes en Pologne.

2è brigade, 1er et 3è de chasseurs ; général de bri­gade, Bordesoulle.

3è brigade, 7è de hussards et 9è de chevaux‑légers ; général de brigade, Jacquinot.

4è brigade, 8è de hussards et 7è de chasseurs ; gé­néral de brigade, Pyré.

5è brigade, 23è et 24è de chasseurs ; général de brigade, Castex.

6è brigade, 7è et 20è de chasseurs et 8è de chevau‑légers ; général de brigade, Corbineau.

7è brigade, les 11è et 12è de chasseurs ; général de brigade, Saint‑Geniès.

8è brigade, 5è et 9è de hussards ; général de bri­gade, Burthe.

9è brigade, 11è de hussards et 6è de chevau‑lé­gers ; général de brigade, Mouriez.

10è brigade, 6è et 25è de chasseurs ; général de brigade, Gérard.

11è brigade, 6è de hussards et 8è de chasseurs ; général de brigade, Gauthrin.

12è brigade, 9è et 19è de chasseurs ; général de brigade, Ferrière.

13è brigade, 2è et 3è régiments de chasseurs ita­liens ; général de brigade italien, Villata.

Les cinq premières brigades font partie du corps d’observation de l’Elbe ; elles doivent compléter leur remonte en Allemagne, sous l’inspection des géné­raux de division et de brigade.

Les généraux Corbineau, Saint‑Geniès, Burthe et Mouriez, recevront l’ordre d’aller passer la revue des régiments de leur brigade, de recevoir les chevaux, et prendront toutes les mesures nécessaires pour que ces régiments puissent entrer en cam­pagne le plus forts que possible en février. Ils ver­ront le ministre de l’administration de la guerre pour prendre ses instructions. Ils séjourneront nativement à l’un et à l’autre régiment. Un général de brigade sera envoyé dans la 6è division militaire pour présider à la remonte et à l’organisation des 4es escadrons de cavalerie légère et de dragons dont les régiments sont en Italie. 

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1376. ‑ ORGANISATION DES DIVISIONS DE CUIRASSIERS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 25 décembre 1811.

Les cuirassiers seront organisés de la manière suivante :

La 1re division, commandée par le général Saint-­Germain, sera composée du 2è, du 3è et du 9è de cuirassiers. Chaque régiment formera une brigade, étant de huit escadrons. Il y aura trois généraux de brigade, savoir : Bessières, Brunot et Quennot.

La 5è division sera composée du 12è, du 6è et du 11è de cuirassiers. Il y aura 1 général de division et 3 généraux de brigade ; ces derniers seront les généraux Reynaud, Quinette et Dejean.

La 2è division de cuirassiers sera composée du 5è régiment, du 10è et du 8è régiment. Les géné­raux de brigade Beaumont, Richter et Dornès seront employés dans cette division.

La 3è division sera commandée par le général Doumerc ; elle sera composée du 4è, du 7è et du 14è régiment de cuirassiers. Les généraux de brigade Berkheim, Lhéritier et d’Oullembourg seront employés dans cette division.

La 4è division sera composée du 1er, du 2è régi­ment de carabiniers et du 1er de cuirassiers. Les généraux de brigade Schwartz et Paultre seront em­ployés dans cette division. Vous donnerez en consé­quence l’ordre à ces généraux d’être rendus pour le 1er février au quartier général de leur division.

Vous donnerez ordre au prince d’Eckmühl de former la 5è division, et à cet effet vous ordonnerez au 6è et au 11è régiment de cuirassiers de partir d’Erfurth pour se rendre en Hanovre. Cette 5è divi­sion se formera dans le Hanovre et dans le Mecklen­bourg. Douze pièces d’artillerie légère seront atta­chées à cette division.

Comme les compagnies d’artillerie légère pour­raient manquer, on prendra une de celles du corps d’observation de l’Océan et une de celles du corps de l’Elbe, qu’on remplacera par une compagnie à pied.

Le 1er régiment de lanciers sera attaché à la 1re di­vision de cuirassiers ; le 2è régiment à la 2è division ; le 3è régiment à la 3è division ; le 4è régiment à la 4è division, et le 5è régiment à la 5è division. Cha­que régiment de lanciers fournira trois escadrons complétés à près de 800 hommes et de 800 che­vaux. Vous me ferez connaître si au 1er février vous pourrez faire partir un escadron de 250 hommes bien habillés et bien équipés pour les divisions de cuirassiers ; si au 1er mars le 2è escadron peut par­tir, et le 3è escadron au 15 avril. En supposant que chaque régiment de cuirassiers soit à 900 chevaux au 1er mars, l’augmentation de 800 chevau‑légers portera la force de la division à 3,500 chevaux.

Vous ferez une ordonnance sur le service des chevau‑légers avec les cuirassiers. Sous aucun pré­texte, les cuirassiers ne pourront être donnés en ordonnances. Ce service sera fait par les lanciers ; les généraux même se serviront de lanciers. Le service de correspondance, d’escorte, celui de tirail­leurs, sera fait par les lanciers.

Quand les cuirassiers chargent des colonnes d’in­fanterie, les chevau‑légers doivent être placés sur les derrières ou sur les flancs, pour passer dans les intervalles des régiments et tomber sur l’infanterie lorsqu’elle est en déroute, ou, si l’on a affaire à la cavalerie, sur la cavalerie, et la poursuivre l’épée dans les reins.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1377. ‑ INSTRUCTIONS POUR LA MISE SUR PIED DE GUERRE DE L’ARMÉE DE WESTPHALIE 

A JÉROME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHALIE, A CASSEL.

Paris, 26 décembre 1811.

Mon Frère, je reçois votre lettre du 22 ; j’y réponds sans perdre de temps. Je pense que le général Morio, qui a votre confiance, est très‑bien placé dans votre maison. C’est même un officier distingué, qui serait utile dans votre état‑major ou dans votre génie, ces services ayant de l’analogie ; mais il n’a jamais mené au feu même une compa­gnie de voltigeurs. Un parfait honnête homme et un homme d’honneur pourrait‑il désirer d’être grand maréchal d’un prince qui a détrôné sa famille ? Il peut désirer d’être colonel ou général, vous ayant reconnu ; il pourra être avec honneur le grand maréchal de votre fils, mais pas le vôtre. Supposez une défaite, la marche de l’Électeur sur Cassel : dans ce cas, pourriez-vous vous défendre d’un sentiment d’effroi de trouver à vos côtés un homme qui aurait tant de liens par lesquels on peut le saisir ? Quant à la régence que vous voulez laisser chez vous en cas d’absence, je vois bien que Siméon mérite toute confiance pour l’administration ; je suppose que le chef de votre gendarmerie, Bon­gars, resterait en Westphalie ; mais il faudrait encore un général de quelque distinction qui pût se porter à la tête des troupes partout où il serait nécessaire.

Vous avez dix‑huit bataillons et huit escadrons en ligne. Il vous faudrait soixante pièces de canon. Le moins possible serait quarante‑huit pièces, savoir : douze pièces de régiment ; deux batteries à pied, chacune de six pièces de 6 et deux obusiers, seize pièces ; deux batteries à cheval de quatre pièces de 6 et deux obusiers, douze pièces ; une batterie de réserve de six pièces de 12 et deux obusiers, huit pièces ; total, quarante‑huit pièces.

Pour le service de vos trente‑six pièces de réserve, il faut 200 voitures, car il faut avoir 400 coups à tirer par pièce. Ces 200 voitures exigeraient 1,000 chevaux : vous n’en avez que 600, c’est‑à‑dire que vous ne pouvez atteler que 120 voitures avec votre train. Il faudrait donc que les 80 autres voi­tures fussent attelées, au moment de la guerre, par une levée de chevaux de réquisition. Vos trente‑six pièces de réserve se trouveraient marcher naturelle­ment, savoir : seize avec l’infanterie, ce qui fera vingt‑huit avec les douze pièces régimentaires ; les huit pièces de la batterie de réserve avec la Garde ; les douze de deux batteries à cheval, l’une avec la Garde, l’autre avec la brigade de cuirassiers.

C’est là la moindre organisation que vous puissiez ­avoir, et encore n’aurez‑vous que la moitié de l’or­ganisation actuelle de mes troupes, et moins que n’ont les troupes étrangères.

Vos compagnies d’artillerie à pied pour servir huit pièces doivent être de 120 hommes. Les deux compagnies à cheval et les six compagnies à pied que vous avez me paraissent suffisantes : trois de ces dernières serviront l’artillerie des divisions et trois seront au parc.

Dix‑huit bataillons, représentant 12,000 baïon­nettes, doivent avoir 60 cartouches par homme dans les caissons, outre celles des gibernes. Il vous fau­drait 48 caissons à cartouches ; vous en avez 18 avec les régiments : il en resterait donc 30 avec la réserve. Ces 30 caissons marcheraient, savoir : 18 avec l’infanterie et 12 avec le parc ou la Garde. Mais les caissons d’infanterie entrent dans l’évalua­tion des 200 voitures.

Je passe au génie. Ce n’est pas avoir une armée que de ne pas pouvoir se retrancher. Vous avez une compagnie de sapeurs ; il faudrait la porter à 120 hommes au moins. Il faudrait avoir une demi-compagnie du génie organisée comme elles le sont en France. Cette demi‑compagnie servirait 25 voi­tures portant 3,000 outils à pionnier, des cordages et autres objets nécessaires pour réparer les ponts et aider à passer une petite rivière.

VIVRES. ‑ Pour faire la guerre dans le pays où votre corps d’armée servira, vous avez besoin d’avoir du pain pour quinze jours, en transportant du bis­cuit et de la farine. Je suppose que votre corps se montera à 18,000 bouches ; pour quinze jours, c’est l’emploi de 210,000 rations de farine ou de grains. En ayant de grosses voitures portant chacune quatre milliers, vous auriez besoin de 40 ou 50 chariots.

 

SOULIERS. ‑ Il est nécessaire que chaque homme partant de Cassel ait une paire de souliers aux pieds, deux paires dans le sac et une paire portée dans des voitures, afin qu’une campagne d’été puisse se faire sans que le soldat vienne à être nu‑pieds.

Tous les préparatifs se font ici comme si la guerre était certaine. J’ai dans mes équipages 12,000 voi­tures de gros modèle portant 4 milliers, et 4,000 voi­tures d’artillerie attelées par 20,000 chevaux. Ma Garde seule a deux cents pièces de canon attelées, avec 600 caissons de transport, etc. L’armée fran­çaise a seule huit cents pièces de canon.

Vous serez toujours prévenu quinze jours d’a­vance. Tâchez que votre armée soit munie de tout, surtout d’artillerie et de moyens de transport pour les vivres.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par S. A. I. le prince Jérôme.

 

1378.          ‑ PROJET POUR L’APPROVISIONNEMENT DES ARMÉES D’ESPAGNE ET D’ALLEMAGNE.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 29 décembre 1811.

Je vous ai écrit hier pour Barcelone ; j’avais idée d’y envoyer les 120 voitures que j’ai, quoiqu’elles me soient très‑nécessaires pour l’armée de Portugal. Je ne renonce pas à cette idée, mais il faut convenir que ces voitures seront bientôt perdues, et que d’ailleurs, n’opérant aucune retenue, cela devient une opération très‑coûteuse. D’un autre côté, l’envoi du vin, riz, légumes secs, viande, par le cabotage me convient parfaitement ; mais l’envoi du blé et des farines par cette voie m’est extrêmement nui­sible : la récolte étant mauvaise en France, chaque bâtiment que je perds ne peut plus s’évaluer par l’argent, mais par la perte réelle des grains, qui approvisionnent l’ennemi, qui en a le plus grand besoin pour Cadix et Lisbonne. Cela étant, j’ai 18,000 quintaux métriques de blé déjà acheté à faire passer à Barcelone : ce serait l’approvision­nement de cette place importante pour un an. Dans la situation actuelle de nos récoltes, cet emploi serait imprudent ; je me contenterai donc d’y en­voyer 20,000 quintaux de marc, si cela était plus avantageux, en farines : ce serait un approvisionnement de deux cents jours ou sept mois. L’ap­provisionnement étant assuré jusqu’en avril, ces sept mois me conduiraient jusqu’à fin  octobre : cela nous ôterait donc de toute angoisse pour cet objet si important. Ces mêmes quintaux, je ne veux pas les faire transporter par mer : j’en perdrais la moitié ; je veux les faire transporter par terre en cinq convois, chacun de 100 voitures : le 1er, le 15 janvier ; le 2è, 20 février ; le 3è, 20 mars ; le 4è, 20 avril ; le 5è, 20 mai. Je suppose huit jours à aller, huit jours à revenir, six de séjour ; il resterait encore huit jours pour réparer les voitures et se préparer au deuxième convoi.

Je désirerais que ce transport ne se fit pas à mes frais ; mais qu’une maison de commerce, comme la maison Durand ou toute autre de ce genre, s’engageât à fournir 100 voitures à 6 chevaux avec 2 ou 3 hommes à Perpignan. Vous lui fournirez par convoi 4,000 quintaux de farine, qu’elle serait tenue de porter à Barcelone, et sous l’escorte de l’armée. Elle chargerait en retour du sucre, café, indigo, coton et laine, etc. Ces denrées seraient portées à Perpignan , il serait constaté : 1° le numéro de la charrette ; 2° le poids égal au blé porté ; un employé des douanes accompagnerait d’ailleurs depuis Barcelone jusqu’à Perpignan. Ainsi 100 voi­tures rapporteraient 400,000 francs de sucre de café ou de coton ; la maison aurait le privilège d’in­troduire ces denrées sans certificat d’origine et payerait les douanes à l’ordinaire. Vous calculerez quel serait son gain : ce calcul sera facile à faire. En comparant le prix du sucre à Barcelone avec celui de France, je l’évalue à 1 million par voyage ou 10,000 francs par voiture ; pour cinq voyages, ce serait 5 millions de gain pour cette maison.

En supposant la voiture d’une valeur de….. celle des 6 chevaux de….. l’entretien pendant cinq mois à…… en total 12,000 francs par voiture, j’aurai toujours pour résultat, pour 100 voitures, 1,200,000 francs de frais ; mais cependant le gain resterait de 3,800,000 francs. Il est vrai que j’aurai fait entrer en France 2 millions de livres de coton, de sucre ou café, mais aussi j’aurai obtenu un grand avantage ; car j’observe que, par le tarif du 5 août, la livre de coton du Brésil paye 4 francs de droits ; une voiture qui porterait 4,000 livres ne payera donc à son retour à Perpignan que 16,000 francs.

Si c’est du sucre, la livre brut paye 30 sous ; les 4,000 livres me payeraient donc 6,000 francs. Si c’est du café, la livre paye 40 sous ; les 4,000 livres me payeraient donc 8,000 francs. Si c’est de l’in­digo, la livre paye 4 francs 10 sous. Si c’est du cacao, la livre paye 5 francs, etc.

Vous voyez donc que, moyennant ce privilège, j’ai de quoi faire tout ce qui est convenable, sans rien dépenser et accordant le tiers et le quart de l’affranchissement des droits et supposant le charge­ment des 100 voitures, c’est‑à‑dire des 4,000 quin­taux : 1,000 en sucre, 1,000 en coton, 1,000 en café, 1,000 en indigo ou autres denrées.

Le sucre rendra 150,000 francs, le coton 800,000, le café 200,000, l’indigo 1 million ; total, 2,150,000 francs : cinq voyages feront 10,750,000 francs.

Je pense que les négociants gagneront suffisam­ment quand ils auront l’avantage de ne pas être tenus à des certificats d’origine, et qu’ils se soumettront à payer net tous mes droits. Les peaux de Buenos‑Ayres, etc., les cotons Motril feront partie des retours.

Voyez demain matin les personnes qui pourront vous donner des renseignements positifs sur cette matière ; vous m’en rendrez compte après la messe.

Je ne connais point de moyen plus efficace et plus simple d’approvisionner Barcelone. Je compte d’ailleurs sur votre sagesse pour qu’on fasse à la compagnie les plus grands avantages, en perdant toutefois le moins possible. Bien entendu que si au lieu de 100 voitures la compagnie voulait en fournir 2 ou 300, cela serait accepté ; alors, au lieu de cinq voyages, on n’en ferait que deux ou trois.

Une fois les principes ci‑dessus posés pour Bar­celone, je ne vois pas d’inconvénient à les établir pour tout le reste de l’Espagne. A cet effet, tous les transports des effets d’habillement et d’artillerie de Bayonne à Madrid, de Bayonne à Séville, de Bayonne à Saragosse et Valence, seraient établis sur le même principe. Un convoi partirait tous les mois, escorté par 1,500 hommes ; il serait de 100 ou 200 voitures, et se rendrait partie à Burgos, partie à Valladolid, partie à Madrid, partie à Séville. Il serait accordé tel privilège pour le convoi de Bur­gos ; tel plus considérable pour celui de Séville ; le même principe pour celui de Valence ; par ce moyen les habillements, les effets mêmes et muni­tions d’artillerie seraient transportés en quantité sans frais.

Il faut calculer les besoins d’habillement par année pour Burgos, Valladolid et Séville. Pour Séville il faut deux mois de route et autant de retour ; le convoi de Séville ne peut faire que trois voyages par an. En supposant 100 voitures, ce serait 300 voitures de marchandises qui rentreraient en France ; 300 voitures d’habillement ne sont pas nécessaires, mais on transporterait des munitions de guerre, ou on réduirait les convois à 50 voitures, ou on ferait seulement deux voyages à 100 voitures par an. Les convois de Madrid, quatre par an à 25 voitures, 100 voitures ; les convois de Burgos et Valladolid, dix convois par an à 15 voitures, 150 voitures ; les convois de Valence, à deux par an à 50 voitures, 100 voitures. Ce serait ainsi à peu près 500 voitures qui porteraient 20,000 quintaux ou 2 millions de poids ; ce que je suppose plus que suffisant pour transporter les habillements, linge et chaussures pour 300,000 hommes. Ils introduiraient la même quantité de marchandises que l’ex­pédition de Catalogne ; mais ici on pourrait se restreindre aux laines, au coton Motril et autres objets du produit d’Espagne ; toutefois on pourrait établir une proportion pour les denrées coloniales, si cela était nécessaire.

Après avoir ainsi appliqué ces idées mères à mes besoins en Espagne, je désire les employer à mes besoins sur la Vistule.

Les transports de Magdebourg à la Vistule se font par eau ; il n’est donc question de s’occuper que de ceux de Magdebourg en France. Je désire avoir 28 millions de bouteilles de vin, 2 millions de bou­teilles d’eau‑de‑vie ; total, 30 millions de liquide, formant 60,000 rations de vin pour 300,000 hommes pendant deux cents jours, et 32,000 rations d’eau­de‑vie pour 300,000 hommes pendant cent trente jours ; ce qui abreuverait toute une armée pendant une année. Je désire que cela ne me coûte que l’achat à Bordeaux ; 28 millions de bouteilles de vin forment à peu près 12,000 barriques de vin, qui, à 60 francs, font 720,000 francs de dépense à Bordeaux ; 12,000 barriques représenteraient 6 mil­lions de livres et exigeraient 1,500 voitures ; de Bordeaux à Magdebourg cela devrait coûter une somme qu’il faut calculer. J’accorderai le droit de rapporter de Magdebourg des cotons, des sucres et des cafés, en payant à la douane et en établissant une règle qu’il faudrait chercher. J’ai voulu couler à fond cette idée, mais l’important à présent est de s’occuper de Barcelone.

P. S. En me rendant compte de l’opération sur Barcelone, j’ai fait les calculs suivants : une voi­ture de roulier portant 5,000 livres doit valoir 2,000francs ; 6 chevaux doivent valoir 6,000 francs ; total, 8,000 francs. Ainsi j’estime la première mise d’une voiture à 8,000 francs ; je crois cette évalua­tion exagérée, le ministre mettra le prix réel. Trois hommes sont nécessaires ; pour l’engagement des trois hommes, pour leur équipement et pour leur habillement, je mets 600 francs, à 1200 francs l’un ; total, environ 9,000 francs ; je crois ce prix exagéré. Je suppose l’entretien des chevaux, par jour, à 2 francs par cheval, 12 francs, et à 3 francs par homme, 9 francs ; cela fait 21 francs par jour ; 21 francs multipliés par 365 jours font 7,665 francs. Je mets pour la valeur de la voiture, première mise, 9,000 francs ; nourriture des chevaux et des hommes pendant un an, 7,665 francs ; total, 16,665 ; mais, comme je suppose que la voiture et les chevaux dureront trois ans, il ne doit être porté en compte pour la première année que 3,000 francs, de première mise, et pour nourriture 7,665 francs ; total, 10,665 francs.

En négligeant les 665 francs, j’aurai donc 10,000 francs portant 40 quintaux ; en suppo­sant douze voyages, ils porteront 480 quintaux ; ainsi 10,000 francs divisés par 480 quintaux feront environ 21 francs le quintal en frais ; il suffirait donc d’un gain de 4 à 5 sous par livre, ou 25 francs par quintal, ou 1,000 francs par voiture, pour que l’individu qui aurait la certitude d’un an de voyage soit hors d’affaire. Or, le privilège d’importer du sucre, du café et du coton, sans payer à la douane, sans certificat d’origine, ne peut pas être évalué à moins de 10 sous par livre ; si c’était du coton, pro­bablement que cela irait à 40 sous. Ainsi, sans rien perdre du droit de douane, ce simple privilège peut être évalué à cela.

Il paraît que les frais de transport de Bordeaux à Magdebourg doivent être évalués à 60 francs ; ce qui fait 12 sous la livre. Ainsi, en donnant un privilège de douane qui assure au retour un profit de 10 ou 12 sous la livre, les individus doivent se retrouver. Le privilège de recevoir du sucre, du café, du coton pris à Magdebourg et transporté en France, en payant les droits et sans certificat d’origine, équivaut à plus que cela.

Tout ce détail étant dicté par moi et de mémoire, il est possible qu’il y ait de grandes erreurs. Il faut tout vérifier et n’adopter sur ce dire aucune asser­tion, pas même les huit jours de Perpignan à Bar­celone. Vérifier les étapes.[1]

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1379. ‑ ORDRES CONCERNANT LE NOMBRE DES COMPAGNIES DE PONTONNIERS, DE SAPEURS ET DE MINEURS A ATTACHER A LA GRANDE ARMÉE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 30 décembre 1811.

PONTONNIERS. ‑ Le corps des pontonniers de la Grande Armée aura treize compagnies, savoir : sept compagnies du 1er bataillon (ce bataillon a quatre compagnies en Espagne) et six compagnies du 2è bataillon. La 3è compagnie, qui est à la réserve de Bayonne, recevra ordre de se rendre à Metz. Ce que ces deux bataillons ont de disponible­ au dépôt sera envoyé pour recruter les treize compagnies.         

Ainsi il y aura : une compagnie de pontonniers au corps de l’Elbe, une compagnie au corps de l’Océan, une compagnie au corps d’observation d’Italie, une compagnie à la Garde et neuf compagnies au grand parc des ponts (trois par équipage, ou divisées comme les circonstances le voudront).

Toutes les compagnies du 2è bataillon qui sont en Italie suivront le mouvement du corps d’obser­vation d’Italie ; celles qui sont en Allemagne sui­vront le mouvement du corps d’observation de l’Elbe et des équipages de pont.

SAPEURS. ‑ Les sapeurs seront suivante : le 1er bataillon a deux compagnies en Espagne et sept en Italie : ces sept compagnies seront employées à la Grande Armée. Le 3è batail­lon, qui est à Alexandrie, a huit compagnies pré­sentes et une à Corfou. Le 5è bataillon, qui est à Metz, a ses neuf compagnies présentes. Ainsi il y aura à la Grande Armée, savoir : 1er  bataillon, sept compagnies ; 3è bataillon, huit compagnies ; 5è bataillon, neuf compagnies ; total, vingt‑quatre compagnies.

Tout ce que les dépôts ont de disponible sera incorporé dans ces vingt‑quatre compagnies.

Le dépôt du 4è bataillon, qui est à Metz, servira à porter au complet les compagnies du 5è bataillon.

Avoir un rapport sur le bataillon qui est à l’île d’Elbe, afin de voir ce que ce bataillon peut fournir pour compléter le 1er bataillon. Avoir le même rap­port sur les compagnies de sapeurs de Belle‑Ile et de Walcheren, pour savoir si l’on pourrait en prendre quatre compagnies ; ce qui porterait les vingt‑quatre compagnies à vingt‑huit.

Quatorze compagnies sont nécessaires pour les quatorze divisions, et trois pour la Garde ; il n’en restera donc que sept au parc du génie.

Des vingt compagnies qui sont en Espagne, il faudrait me présenter un projet pour faire rentrer les cadres de six compagnies.

MINEURS. – J’ai douze compagnies de mineurs. La 1re compagnie du 1er bataillon est à Corfou ; la 2è compagnie est à Badajoz ; la 3è et la 6è feront partie de la Grande Armée ; il faut faire venir d’Es­pagne la 4è  compagnie et l’envoyer à Metz ; il faut rappeler la 5è compagnie, qui est à Bayonne ; par ce moyen, j’aurai quatre compagnies de mineurs à la Grande Armée. Le 2è bataillon a trois compagnies en Espagne et une compagnie à Corfou ; il ne reste donc que deux compagnies, la 1re et la 5è. Six compagnies de mineurs marcheront donc avec le parc du génie. Il faut les compléter à 120 ou 140 hom­mes. J’ai déjà donné l’ordre de faire revenir la 6è compagnie du train du génie, qui est à Bayonne. J’aurai six compagnies au train du génie ; il faut employer le dépôt de ce bataillon à porter ces six compagnies au grand complet.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1380. ‑ ORDRES POUR L’ORGANISATION, APRÈS LA PRISE DE VALENCE, DES CORPS DE SUCHET ET DE REILLE.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Paris, 30 décembre 1811.  

Mon cousin, préparez les instructions suivantes que je désire envoyer au maréchal Suchet, aussitôt que j’aurai approuvé vos dépêches. Vous lui man­derez que, immédiatement après la prise de Va­lence, mon intention est que les généraux, officiers d’état‑major polonais, ainsi que les 1er, 2è et 3è ré­giments de la Vistule, rentrent en France. Vous ferez connaître quelle est la route la plus courte pour la rentrée de ces trois régiments. Le gouvernement de Valence restera au maréchal Suchet avec le commandement du 3è corps de l’armée d’Es­pagne, qui sera organisé de la manière suivante : 114è, 121è, 7è, 116è, 44è, 16è, 117è de ligne et 5è léger ; total, huit régiments. Aussitôt que je sau­rai que Valence est prise, je donnerai l’ordre au régiment provisoire d’Aragon, qui est à Pampelune, de se rendre à Valence pour être incorporé dans les huit régiments et les compléter. Vous me ferez connaître quel sera l’effectif, le nombre d’hommes aux hôpitaux et les présents sous les armes de ces huit régiments, en y supposant le régiment provi­soire incorporé. Ces huit régiments seront partagés en trois divisions, en adoptant la combinaison qui paraîtra la plus convenable. Tous les détachements qui sont en Aragon joindront ces régiments. La ca­valerie consistera dans le 4è de hussards et le 13è de cuirassiers.

Mon intention est que vous prescriviez au maré­chal Suchet de m’envoyer toutes les compagnies du train d’artillerie, toutes celles des équipages mili­taires, toutes les compagnies de mineurs, sapeurs et artillerie qui lui sont inutiles. A cet effet, vous m’en remettrez l’état dans le plus grand détail, et vous me proposerez l’incorporation des hommes nécessaires pour mettre au complet celles de ces compagnies qui resteront à l’armée de Valence. Les cadres du train se composeront de tous les hommes à pied qui n’ont pas de chevaux. Les cadres des sapeurs, mineurs et pontonniers se composeront des sous‑officiers et caporaux, et de 20 soldats au choix du capitaine, de sorte que chaque compagnie me revienne forte au moins de 30 hommes, afin qu’elle puisse donner l’esprit et le mouvement aux conscrits que j’y placerai.

Je suppose que le besoin d’occuper plusieurs points forts et de défendre les côtes rendra néces­saires au maréchal Suchet les parties du personnel qui composent l’équipage de siège.

Le corps d’armée du maréchal Suchet se trouve­rait ainsi composé de 20 à 22,000 hommes. Il gar­dera la division napolitaine, forte de 1,200 hommes.

La division Palombini, qui est forte de 5 à 6,000 hommes et de 400 hommes de cavalerie, la division Severoli, forte de 5,000 hommes et de 400 chevaux, ce qui ferait 11,000 hommes d’infan­terie italienne et 800 chevaux, avec l’artillerie qui leur est attachée, et la division Reille, forte de 9,000 hommes et de 600 chevaux, formeront un corps d’armée de 20 à 21,000 hommes et de 1,500 chevaux. Cette division se rendra à Tortosa et prendra le commandement de la basse Cata­logne.

Vous me ferez ensuite l’organisation de l’artille­rie de ces trois divisions. Il sera nécessaire de prendre quelques compagnies d’artillerie et quel­ques officiers d’artillerie de l’armée d'Aragon, afin d’organiser le parc.

Vous ferez une division territoriale de la Cata­logne en deux divisions : l’une comprendra Tortosa, Mequinenza, Lerida, Tarragone, Mont‑Serrat et Barcelone, en plaçant la limite près Barcelone. Vous consulterez à cet effet le général Guilleminot, qui a été sur les lieux.

Le général Reille pourra porter son quartier général à Tarragone, à Lerida ou à Barcelone. Son corps d’armée se trouvera augmenté de la garnison de Barcelone, de celle de Tarragone et de Lerida, hormis les détachements qui feraient partie de la garnison de Girone ou de l’armée de Valence, telle que je viens de la désigner.

Il sera nécessaire que vous voyiez le ministre de la guerre pour avoir tous les détails de l’armée de Catalogne et des garnisons des différentes places, pour que dans votre travail vous me proposiez l’or­ganisation de l’armée de Catalogne, qui recevra tous les détachements de la garnison de Barcelone qui lui appartiennent et renverra tout ce qui doit appartenir à l’armée de Valence.

La division Caffarelli fera partie également du corps du général Reille ; ce qui portera ce corps d’armée à 30,000 hommes d’infanterie et plus de 2,000 chevaux ; il sera chargé de la défense de tout l’Aragon. Le général de division Abbé prendra le commandement de la division Caffarelli.

Vous me soumettrez un projet d’organisation pour toute la Catalogne, haute et basse, et sa division en départements pour son organisation définitive.

Le corps d’armée du général Reille portera le titre de corps d’armée de l’Ébre. Maintenir la tran­quillité dans le pays, approvisionner fortement Bar­celone, sont les principaux objets du général Reille. Il maintiendra la communication avec l’armée de Valence, avec celle de Portugal à Valladolid, avec celle du Centre à Madrid, et protégera l’Aragon. Il aura pour instruction d’avoir toujours une ou deux divisions placées de manière à appuyer fortement l’armée de Portugal, si les Anglais faisaient un mouvement offensif sur Valladolid.

Le général Dorsenne, avec toute ma Garde, ren­trerait en France ; le général Caffarelli prendrait le commandement de l’armée du Nord à Burgos ; il se trouverait avoir les 113è, 130è de ligne et 34è léger. Le 4è de la Vistule étant polonais rentrerait en France. Faites‑moi connaître en détail quelle serait la force de l’armée du Nord.

Je désire aussi faire un échange, renvoyer à l’ar­mée de Portugal les quatre régiments de marche et faire venir une division de l’armée de Portugal sur Burgos, de manière que le nombre d’hommes se compensât ; l’armée du Nord se trouverait alors suffisamment forte et composée de bonnes troupes.

Vous écrirez au duc de Dalmatie de faire partir sans délai les trois régiments de la Vistule, celui des lanciers de la Vistule et tous les officiers d’état­-major polonais. Cet affaiblissement dans l’armée du Midi n’est point de conséquence, et l’ordre sera donné d’exécuter ce mouvement dans les vingt‑quatre heures qui suivront la réception de votre lettre.

Vous me remettrez un projet pour le recru­tement des cadres à retirer des diverses armées, des cadres des compagnies d’artillerie et des ba­taillons du train, de sapeurs ou mineurs, à faire rentrer.

Les trois compagnies de mulets de bât qui existent aux 3è, 4è et 13è bataillons à Pau seront destinées pour le corps de l’Èbre ; en conséquence, elles se dirigeront par Pau, sous bonne escorte, en profitant de l’escorte, qui conduira les prison­niers de Valence jusqu’à Saragosse ; par ce moyen, le général Reille aura 600 mulets de bât qui lui seront d’une grande utilité. Comme ces trois com­pagnies appartiennent à trois bataillons différents, vous chargerez le général de l’armée de Portugal de s’entendre avec le général Reille pour l’échange, afin qu’un bataillon complet soit à l’armée de Por­tugal et un au corps de l’Èbre.

Enfin, proposez‑moi de faire venir pour la Grande Armée la compagnie du génie qui était à Bayonne, destinée au corps d’observation, une compagnie de pontonniers, une de mineurs et, je crois, deux compagnies d’artillerie qui étaient desti­nées au même corps. Il restera un personnel et un matériel assez considérables. Mon intention est d’em­ployer les attelages, lorsque je connaîtrai parfaite­ment l’organisation de ceux qu’a l’armée de Por­tugal. Cette armée, étant en présence des Anglais, a besoin d’une organisation forte en ce genre. Si vous n’avez point de situation, l’aide de camp du duc de Raguse, qui est officier d’artillerie, pourra vous la donner.

J’attache la plus grande importance à ce que l’armée de Portugal ait au moins cent pièces de canon attelées, avec les approvisionnements convenables. La division Souham doit en avoir vingt-­deux, l’armée de Portugal quatre‑vingts, la division Bonet quatre ou cinq ; cela ferait cent six. J’estime qu’il lui en faut tout autant, et qu’elle a besoin que son artillerie soit bien attelée et d’un beau calibre. Aussitôt que j’aurai l’organisation de l’artillerie de l’armée de Portugal, du corps de l’Èbre, de l’armée de Valence et du corps d’observation, je donnerai une destination aux 1,000 chevaux du train que j’ai à Toulouse.

Le corps de réserve se trouvant ainsi dissous, faites‑moi connaître la destination à donner à cha­cun, soit pour le corps de l’Èbre, soit pour tout autre ; faites‑moi un travail très‑détaillé sur tout cela, avec les états à l’appui. Le résultat de ces mesures sera d’affaiblir les armées d’Espagne des quatre régiments de la Vistule, formant huit bataillons, de trois régiments polonais, formant six ba­taillons ; total, sept régiments ou quatorze bataillons, qui formeront une division d’un merveilleux effet à la Grande Armée.

J’ai ordonné que le 40è et le 34è retournassent en France ; vous réitérerez ces ordres. J’aurai affaibli également les armées d’Espagne du régiment de lanciers polonais, de quelques généraux et officiers d’état‑major polonais et de vingt‑deux bataillons de la Garde ; total, trente‑six bataillons ; mais j’ai envoyé depuis peu la division Souham, qui a quatorze bataillons ; la division Reille, idem, la division Caffarelli, idem ; total, quarante‑deux bataillons. Ainsi, au lieu de perdre, les armées d’Espagne se trouve­ront gagner.

Il est bien nécessaire que vous fassiez connaître au duc de Dalmatie qu’aussitôt que le 34è et le 40è, ainsi que les trois régiments polonais, seront partis, les neuf bataillons de marche, qui sont dans le cinquième gouvernement et qui appartiennent à son corps d’armée, partiront pour le rejoindre.

En envoyant chez le ministre de la guerre l’état des troupes de la Catalogne, je vous prie de me proposer de resserrer les cadres et de faire rentrer ceux qui sont propres à recevoir la conscription.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.



[1] Ce dernier paragraphe est écrit de la main de l’Empereur.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin