| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome septième Paris - 1876
1371.
‑ ORDRE DE PRÉPARER LA GARDE POUR ENTRER EN CAMPAGNE. AU
MARÉCHAL BESSIÈRES, DUC D’ISTRIE, COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, A
PARIS. Paris,
16 décembre 1811. Mon Cousin, il
faut préparer la Garde pour entrer en campagne. Faites‑moi un rapport
d’abord sur la cavalerie ; tout ce qui est en Espagne me rejoindra.
Faites‑moi connaître quelle sera la situation de ma cavalerie, en
indiquant le complet de chaque régiment et l’effectif actuel, hommes et
chevaux, et ce qui manque pour entrer en campagne. Je
désire que mes chevau‑légers aient chacun moitié des carabines. Faites‑moi
un rapport sur la gendarmerie d’élite, en indiquant les lieux où elle se
trouve et combien d’hommes je pourrai en avoir en campagne. Pour
l’infanterie, mon intention est d’avoir, 1re division : six régiments
de voltigeurs, un régiment de garde nationale de la Garde, formant quatorze
bataillons ou 10,000 hommes ; 2è division : six régiments de tirailleurs
auxquels on joindra les conscrits de la garde italienne, ce qui fera
quatorze bataillons ou 10,000 hommes ; 3è division : les deux régiments de
fusiliers, les deux de chasseurs, le régiment de flanqueurs, formant dix
bataillons ou 8,000 hommes ; 4è division : les trois régiments de
grenadiers, les deux bataillons de vélites royaux, deux bataillons de ligne
italiens, formant dix bataillons ou 8,000 hommes. La force des quatre divisions
réunies serait de 36,000 hommes. La
1re division sera desservie par la 1re compagnie de
conscrits canonniers, servant huit pièces de 4 ; la 2è division aura la 2è
compagnie, servant huit pièces de 4 ; la 3è et la 4è division auront les
3è et 4è compagnies, servant chacune huit pièces de 4. Indépendamment
de cela, les trois compagnies régimentaires italiennes serviront
dix‑huit pièces de canon, lesquelles seront attachées, savoir : à
la 4è division, douze pièces, et à la 2è division, six pièces. La
1re division aura une batterie d’artillerie à pied servant
huit pièces ; et une à cheval servant six pièces. La 2è, la 3è et la 4è
division auront le même nombre de pièces. Ainsi la 1re division
aura vingt-deux pièces, la 2è division vingt‑huit, la 3è division
vingt‑deux, la 4è division trente‑quatre ; ce qui fera cent six
pièces. Les quatre batteries d’artillerie à cheval de la Garde servant
vingt‑quatre pièces de canon, les six compagnies à pied de la
vieille Garde servant quarante‑huit pièces, deux batteries de réserve
de la ligne, à pied, servant seize pièces de 12, une compagnie
d’artillerie à cheval de la garde italienne servant six pièces, et une
à pied servant huit pièces, formeront cent deux pièces d’artillerie de
réserve, attachées à la cavalerie de la Garde et à la réserve de
l’armée. La
Garde aura donc deux cent huit pièces de canon, savoir :
trente‑deux pièces servies par les compagnies de conscrits de la
Garde et dix‑huit servies par les compagnies régimentaires
italiennes, quatorze servies par la garde italienne, dont une batterie à
cheval, vingt‑quatre à cheval servies par la Garde,
quarante‑huit pièces à pied servies par la Garde, vingt‑quatre
à cheval servies par la ligne, trente‑deux à pied servies par la
ligne, seize de la batterie de réserve, total deux cent huit pièces. ARTILLERIE
FRANÇAISE. ‑ Cent vingt‑huit pièces d’artillerie à pied,
quarante‑huit pièces d’artillerie à cheval ; total, cent soixante
et seize pièces françaises. ARTILLERIE
ITALIENNE. ‑ Dix‑huit pièces servies par les compagnies régimentaires
italiennes, six pièces servies par l’artillerie à cheval, huit pièces
servies par l’artillerie à pied ; total, trente‑deux pièces
italiennes. Total
général, deux cent huit bouches à feu. Qu’est‑ce
que la Garde a en équipages militaires, en faisant revenir tout ce qui est
en Espagne ? Faites-moi un rapport sur cette organisation. La
1re division a besoin de 4 caissons d’ambulance, de 28 caissons
de transports militaires, ce qui, avec les forges, caissons pour les
papiers, etc., fera une quarantaine de voitures. Les autres divisions ont
besoin du même nombre de voitures ; ce qui fera 160 voitures pour la Garde.
Mais ces 160 voitures ne porteraient du pain que pour quatre jours ; en
supposant par jour 110,000 rations, il faudrait avoir des moyens de porter
400,000 rations, ou 100 voitures de plus. Ce serait donc environ 300 caissons
qu’il faudrait à la Garde. Organisez cela en détail. Faites
aussi l’organisation de l’administration commissaires des guerres,
chirurgiens, vivriers, etc., enfin tout ce qu’il faut pour la compléter. Quant
à la cavalerie, il faut la censer formée de deux divisions, puisque je
n’aurai pas loin de 6,000 chevaux, en y comprenant les 600 chevaux de la
garde italienne, et parce qu’il est possible que les six régiments de
lanciers et partie des italiens soient souvent détachés NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la duchesse d’Istrie. 1372.
- ORDRES POUR L’ORGANISATION DU CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE ET LA
GARDE DU PAYS APRÈS LE DÉPART DE CE CORPS. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN. Paris,
16 décembre 1811. Mon
Fils, voici l’organisation que je désirerais donner au corps
d’observation d’Italie. La
1re division du Corps d’observation d’Italie se réunira à
Trente et à Bolzano. Elle sera composée (je fixerai le jour) de deux
bataillons du 8è d’infanterie légère, de quatre bataillons du 84è,
de quatre bataillons du 92è, de quatre bataillons du 106è et de deux
bataillons croates ; total, seize bataillons. Cette division portera le n°
13, ayant décidé de donner un numéro général à toutes les divisions de
la Grande Armée. La
2è division sera composée de deux bataillons du 18è léger, de quatre
bataillons du 9è, de quatre bataillons du 35è, de quatre bataillons du 53è
et de deux bataillons espagnols ; total, seize bataillons. Cette division
sera la 14è division. La
3è division, qui sera la 15è, sera composée de seize bataillons italiens
et dalmates. Ces
trois divisions présenteront une force de 38,000 hommes. On
laisserait en Italie les régiments suivants : RÉGIMENTS
FRANÇAIS. – 22è d’infanterie légère, six bataillons ; 6è de ligne,
trois ; 14è léger, trois ; 112è de ligne, cinq ; 13è, cinq ; 23è, deux
; les 5è bataillons des six régiments français composant les 13è et 14è
divisions, six bataillons ; 10è de ligne, deux bataillons ; 20è, deux ; 7è,
un ; 12è, un ; 1er léger, deux ; 3è, un ; 67è de ligne, un
; régiment illyrien, un ; 52è de ligne, cinq ; 102è, deux : ce qui
ferait en deçà des Alpes quarante‑huit bataillons français, formant
30,000 hommes d’infanterie, lesquels seront complétés par la levée de
la conscription qui va être faite, celle de 1812. RÉGIMENTS
ÉTRANGERS. ‑ Régiments suisses, deux bataillons ; la Tour d’Auvergne,
quatre ; Isembourg, quatre ; régiment étranger, un ; total, onze
bataillons, 8,000 hommes, avec les Italiens et les Saxons près de
50,000.
RÉGIMENTS
ITALIENS. – Les 4es bataillons qui restent. Rédigez‑moi cet état
en règle. Pour
la cavalerie, on formera une 9è compagnie à chaque régiment, qu’on
laisserait en Italie avec les hommes malades et écloppés, et qu’on remonterait
de manière à avoir en trois mois 1,500 chevaux. La
garde royale serait composée comme elle l’est, et sera destinée à se
joindre à la Garde impériale. Chaque
division du corps d’observation d’Italie sera composée de trois
brigades. Les deux divisions françaises étant ainsi organisées,
faites‑moi connaître ce qui manquera à leur complet pour que
chaque bataillon ait 800 hommes sous les armes à son départ. Le 18è léger,
les Croates, les Espagnols et le 8è léger sont portés au grand complet.
Je suppose qu’il manque aux six autres régiments français 600 hommes à
chaque régiment pour être au complet de 3,000 hommes, ce qui ferait 3,600
hommes ; je donnerai des ordres pour qu’on vous les fournisse, aussitôt
que vous m’en aurez envoyé l’état. On pourra prendre ces hommes dans
les deux bataillons du 2è régiment de la Méditerranée, forts de 1,600
hommes. Les bataillons du 1er régiment de la Méditerranée qui
sont en Corse et à l’île d’Elbe pourront fournir 3,000 hommes. Six
régiments à quatre bataillons font vingt-quatre bataillons. On pourrait
avoir les mêmes vingt‑quatre bataillons en prenant huit régiments à
trois bataillons, et l’on pourrait ajouter ainsi le 112è et le 13è de
ligne ; mais ce qui resterait en Italie serait beaucoup plus faible, car il
vaut mieux garder le 112è et le 13è, qu’on peut facilement augmenter
d’un bataillon, que d’avoir huit 4es bataillons qui seront le rebut des
corps et qui n’offriront aucune ressource en Italie ; au lieu qu’en
gardant en Italie le 13è et le 112è, si les Anglais attaquaient Naples,
Venise, la Toscane ou Gênes, on pourrait réunir sur‑le‑champ
une quarantaine de bataillons d’élite, français, italiens et étrangers,
indépendamment d’une quarantaine de 5es bataillons pour tenir garnison
et occuper le pays. Je
vais lever la conscription de 1812, et mon intention est de compléter par
cette levée tous les 4es et 5es bataillons, et de la laisser tout entière
en Italie et en France pour la garde du pays. On
formerait en Piémont une division active d’au moins 6,000 hommes, trois
dans le royaume d’Italie, une du côté de l’Isonzo et une du côté des
Apennins, chacune de 6,000 hommes, une sur les frontières de Naples, de
6,000 hommes, de manière qu’indépendamment des 5es bataillons qui
seraient renfermés dans les places de Palmanova, de Mantoue, de Peschiera,
d’Ancône, on aurait cinq ou six divisions actives, commandées par des généraux
de division et de brigade, qu’on pourrait réunir promptement sur le point
qui serait menacé. Tracez‑moi
le projet d’organisation de ces corps, en me faisant connaître les lieux
où on les placerait et ce que le royaume d’Italie pourrait fournir. Le
corps de l’Isonzo serait principalement destiné à surveiller Palmanova,
Venise, Trieste et la Dalmatie ; il serait naturellement bien placé du côté
d’Udine. Un autre corps serait chargé de surveiller Ancône, Gênes,
Livourne, Rome ; ce corps serait naturellement bien placé à Bologne. Le
corps qui serait chargé de surveiller Naples, Rome, Ancône et Livourne,
serait naturellement bien placé du côté de Rome ; le roi de Naples, qui a
une armée de 24,000 hommes, pourrait le seconder puissamment. On pourrait
avoir en six jours 6,000 hommes, en douze jours 18,000 hommes, et en vingt
ou vingt-cinq jours 30,000 hommes réunis sur le point qui serait attaqué.
C’est ce qui vous portera sans doute à penser qu’il est nécessaire de
laisser en Italie quatre ou cinq bons régiments. Si vous avez besoin de
renseignements, vous pouvez les demander à Borghese. L'Italie, étant une,
doit être comprise dans une même organisation. Le moindre mouvement qui
se ferait sentir dans une partie serait senti dans l’autre ; il faut donc
la contenir partout. Quant
à l’artillerie, les dix régiments auront chacun deux pièces, ce qui
fera vingt. Les deux divisions françaises auront une batterie à cheval et
une batterie à pied, total vingt‑huit pièces. Les dragons auront
deux batteries d’artillerie légère, douze pièces. Indépendamment de
cela, il y aura une réserve qui sera de deux batteries d’artillerie à
pied, chacune de six pièces de 12 et de deux obusiers prussiens ou
licornes, seize pièces ; total, 76 bouches à feu, dont 56 seulement
servies par l’artillerie de ligne. Le 7è bataillon bis, qui doit
se trouver au grand complet, suffira aisément au service de ces pièces. L’artillerie
italienne sera composée de dix à douze pièces de régiment, de quatorze
pièces d’artillerie de ligne, d’une batterie de réserve de six pièces
de 12 et de deux obusiers, et d’une batterie d’artillerie légère de
six pièces pour la cavalerie ; total, trente‑huit pièces de canon,
et, en ôtant les dix pièces de régiment, vingt‑huit pièces de
canon. Enfin la Garde royale aura ses dix‑huit pièces d’artillerie
servies par les compagnies régimentaires et quatorze servies par les
compagnies d’artillerie, de la Garde à cheval et à pied ; total, 32
bouches à feu. Les
dix‑huit pièces régimentaires seront de 4 ou de 3. Il
est nécessaire d’avoir des sapeurs et des outils attelés.
Faites‑moi connaître si du 1er au 10 janvier les trois
divisions du corps d’observation pourront être réunies, la 1re
à Trente et à Bolzano, la 2è à Brescia et la 3è à Vérone, et la
cavalerie aux environs, avec toute l’artillerie bien attelée, double
approvisionnement de caissons, compagnies du train du génie, et au moins
6,000 outils attelés, afin qu’en février ce corps puisse se mettre en
campagne. Le
9è bataillon des équipages militaires qui est à Plaisance, dont vous
enverrez passer la revue, et les caissons italiens, pourront porter tout ce
qui est nécessaire. Il sera nécessaire que ce corps marche par division,
de manière à arriver rapidement sur Ratisbonne. Je n’ai pas besoin de
vous dire que ces ordres devront s’exécuter avec le plus de mystère
possible, et qu’il faut que les gazettes ne parlent pas et ne donnent
aucune alerte. La
cavalerie légère sera composée, savoir : 1re brigade, le 6è
de hussards et le 8è de chasseurs ; 2è brigade, le 6è et le 25è de
chasseurs ; 3è brigade, le 9è et le 19è de chasseurs ; 4è brigade, le 2è
et le 3è régiment de chasseurs italiens. Je
crois que le 4è de chasseurs est déjà parti de Turin. Ces quatre brigades
prendront les numéros généraux ; la 1re brigade sera la 10è,
la 2è sera la 11è, la 3è sera la 12è, et la 4è sera la 13è. Chaque
brigade partira forte de 1,200 chevaux, hormis la brigade italienne, qui
sera de 1,600 ; mais les autres brigades ne tarderont pas à recevoir des dépôts
400 chevaux. Chaque régiment de cavalerie laissera les cadres de la 9è
compagnie bien complets et 50 chevaux, lesquels seront promptement
quadruplés. Présentez‑moi des généraux de cavalerie pour commander
ces brigades. Je
n’ai point même communiqué cela au ministre de la guerre. Rédigez‑moi
ce travail en règle ; mettez‑y les officiers, les compagnies
d’artillerie, du génie, les caissons et tous les autres détails parfaitement
en état. Faites‑moi connaître aussi ce qui manque, en détail, à
chaque corps ; je vous donnerai alors des ordres pour l’exécution. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1373.
‑
INSTRUCTIONS POUR L’ORGANISATION D’UN SERVICE D’ESPIONNAGE EN
RUSSIE. A
M. MARET, DUC DE BASSANO,
MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS. Paris,
20 décembre 1811. Monsieur
le Duc de Bassano, écrivez en chiffres au baron Bignon que, si la guerre
avait lieu, mon intention est de l’attacher à mon quartier général et
de le mettre à la tête de la police secrète comprenant l’espionnage
dans l’armée ennemie, la traduction des lettres et pièces interceptées,
les rapports des prisonniers, etc. ; qu’il est donc nécessaire que, dès
aujourd’hui, il monte une bonne organisation de police secrète ;
qu’il faudrait qu’il eût deux Polonais parlant bien la langue russe,
militaires, ayant fait la guerre, intelligents, et dans lesquels on pût
avoir confiance, connaissant l’un la Lithuanie, l’autre la Volhynie, la
Podolie et l’Ukraine, et un troisième parlant allemand et connaissant
bien la Livonie et la Courlande. Ces trois officiers seront chargés
d’interroger les prisonniers. Ils devraient parler parfaitement le
polonais, le russe et l’allemand. Ils auront sous leur ordres une douzaine
d’agents bien choisis, lesquels seront payés suivant les renseignements
qu’ils donneront. Ils devraient également être en état de donner des éclaircissements
sur les endroits où passerait l’armée. Je
désire que le sieur Bignon s’occupe sans délai de cette grande
organisation. En commençant cette organisation, les trois agents de
correspondance devront avoir des agents sur les routes de Pétersbourg à
Vilna, de Pétersbourg à Riga, de Riga à Memel, sur les routes de Kiev, et
sur les trois routes qui, de Bucharest, conduisent à Saint‑Pétersbourg,
à Moscou. et à Grodno ; en envoyer à Riga, à Dunabourg, à Pinsk dans
les marais, à Grodno, à donner l’état de situation des fortifications
jour par jour. Si les renseignements sont satisfaisants, je ne regretterai
pas une dépense de 12,000 francs par mois. Pendant la guerre, les récompenses
pour ceux qui donneront des avis utiles à temps seront indéterminées. Il
y a parmi les Polonais des hommes qui connaissent les fortifications et qui
peuvent, de ces différentes places, bien indiquer l’état où elles se
trouvent. NAPOLÉON D’après
l’original. Archives des affaires étrangères. 1374.
‑ ORDRES CONCERNANT LES ÉQUIPAGES ET LES SERVICES
ADMINISTRATIFS DE LA GARDE. AU
MARÉCHAL BESSIÈRES, DUC D’ISTRIE, COMMANDANT LA GARDE IMPÉRIALE, A
PARIS. Paris,
21 décembre 1811. Mon
Cousin, je réponds à votre travail sur l’administration de la Garde.
Je m’en tiens à l’organisation du 24 août. 1 ordonnateur, 6
commissaires des guerres et 3 adjoints, en tout 10, me paraissent
suffisants. Un commissaire des guerres ou un adjoint sera attaché à
chaque division. La cavalerie comptera pour deux divisions. 48 officiers de
santé me paraissent suffisants. 302 employés et ouvriers
d’administration me paraissent également suffisants. Mais il est nécessaire
d’en maintenir le nombre au complet, et à cet effet vous devez donner
ordre qu’aussitôt que la Garde sera partie on ait à former de nouveau
une compagnie de 100 ouvriers, composée principalement de boulangers,
pour recruter les compagnies actives. On les fera rejoindre ensuite par détachements
de 50 hommes. Le bataillon des équipages militaires a six compagnies, 17
officiers, 771 hommes et 1,200 chevaux ; il sert 30 fourgons et 12 forges
des corps, 28 ambulances, 52 fourgons des vivres, 120 voitures du nouveau
modèle, 6 forges, 4 prolonges, total 252 voitures ; ce qui me paraît
suffisant. La distribution en sera faite, pour les fourgons
d’administration, à raison de 5 fourgons par division et 10 en réserve
pour la cavalerie ; pour les fourgons d’ambulance, à raison de 5 par
division et de 8 pour la cavalerie ; pour les caissons de vivres ancien modèle,
à raison de 14 pour les deux premières divisions, et de 12 pour les deux
dernières, et sans y comprendre les fourgons de la garde italienne. Je vois
qu’il ne manque pour tout cela que 229 chevaux, en y comprenant les 200
chevaux qui sont en Espagne, que les voitures d’ambulance, 120
voitures de nouvelle construction et 6 fourgons. Je prends un décret pour
l’objet le plus important, qui est l’achat des chevaux. Je ne compte pas
les chevaux qui reviennent d’Espagne, et, par conséquent, j’ordonne
l’achat de 400 chevaux. Quant
aux voitures qui manquent, je pense qu’on les confectionne. Veillez à ce
qu’au 30 janvier les chevaux, les harnais, les voitures, les hommes, tout
soit prêt à partir. Faites‑moi connaître où se font les 120
voitures. Moyennant ce, la Garde pourra porter à sa suite sur les 120
voitures de nouveau modèle 480,000 rations, sur les fourgons 45,000,
total 525,000 ; ce qui fera des vivres pour 50,000 hommes pendant dix jours.
En outre, le 7è bataillon des équipages militaires sera sous les ordres de
l’ordonnateur de la Garde, et organisé comme les autres équipages de la
Garde, à 252 voitures, portant un million de rations de biscuit, ce qui
fera, pour 50,000 hommes pendant vingt jours, 1,525,000 rations. La Garde
aura donc des vivres pour 50,000 hommes pendant trente jours, indépendamment
de ce que les fourgons et autres voitures attachées aux corps porteront.
Je juge cet approvisionnement nécessaire, parce que la Garde marche la
dernière. Le
ministre de l’administration de la guerre tiendra à la disposition de
l’ordonnateur de la Garde l’argent nécessaire pour mettre en état le 7è
bataillon. L’ordonnateur veillera à ce que les remontes de ce 7è
bataillon soient faites, à ce que les voitures soient en bon état et le
bataillon bien organisé. Il en ira passer la revue à Metz, car il est
inutile que le bataillon vienne à Paris. Vous‑même, ayez l’œil
sur l’organisation de ce bataillon. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale duchesse d’Istrie. 1375.
- FORMATION DE TREIZE BRIGADES DE CAVALERIE LÉGÈRE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
25 décembre 1811. Il sera formé
douze brigades de cavalerie légère française et une brigade de cavalerie
italienne. Ces brigades seront organisées et porteront les numéros
suivants : 1re
brigade, 2è chasseurs, 9è de cavalerie légère polonais, qui est à ma
solde à Danzig ; général de brigade, Pajol. Réitérez
les ordres pour que le 9è polonais soit complété à 1,000 hommes et à
1,000 chevaux à mes frais, en prenant les chevaux et les hommes en Pologne. 2è
brigade, 1er et 3è de chasseurs ; général de brigade,
Bordesoulle. 3è
brigade, 7è de hussards et 9è de chevaux‑légers ; général de
brigade, Jacquinot. 4è
brigade, 8è de hussards et 7è de chasseurs ; général de brigade, Pyré. 5è
brigade, 23è et 24è de chasseurs ; général de brigade, Castex. 6è
brigade, 7è et 20è de chasseurs et 8è de chevau‑légers ; général
de brigade, Corbineau. 7è
brigade, les 11è et 12è de chasseurs ; général de brigade, Saint‑Geniès. 8è
brigade, 5è et 9è de hussards ; général de brigade, Burthe. 9è
brigade, 11è de hussards et 6è de chevau‑légers ; général de
brigade, Mouriez. 10è
brigade, 6è et 25è de chasseurs ; général de brigade, Gérard. 11è
brigade, 6è de hussards et 8è de chasseurs ; général de brigade,
Gauthrin. 12è
brigade, 9è et 19è de chasseurs ; général de brigade, Ferrière. 13è
brigade, 2è et 3è régiments de chasseurs italiens ; général de
brigade italien, Villata. Les
cinq premières brigades font partie du corps d’observation de l’Elbe ;
elles doivent compléter leur remonte en Allemagne, sous l’inspection des
généraux de division et de brigade. Les
généraux Corbineau, Saint‑Geniès, Burthe et Mouriez, recevront
l’ordre d’aller passer la revue des régiments de leur brigade, de
recevoir les chevaux, et prendront toutes les mesures nécessaires pour que
ces régiments puissent entrer en campagne le plus forts que possible en février.
Ils verront le ministre de l’administration de la guerre pour prendre
ses instructions. Ils séjourneront nativement à l’un et à l’autre régiment.
Un général de brigade sera envoyé dans la 6è division militaire pour présider
à la remonte et à l’organisation des 4es escadrons de cavalerie légère
et de dragons dont les régiments sont en Italie. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1376.
‑ ORGANISATION DES DIVISIONS DE CUIRASSIERS. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
25 décembre 1811. Les cuirassiers
seront organisés de la manière suivante : La
1re division, commandée par le général Saint-Germain, sera
composée du 2è, du 3è et du 9è de cuirassiers. Chaque régiment formera
une brigade, étant de huit escadrons. Il y aura trois généraux de
brigade, savoir : Bessières, Brunot et Quennot. La
5è division sera composée du 12è, du 6è et du 11è de cuirassiers. Il y
aura 1 général de division et 3 généraux de brigade ; ces derniers
seront les généraux Reynaud, Quinette et Dejean. La
2è division de cuirassiers sera composée du 5è régiment, du 10è et du 8è
régiment. Les généraux de brigade Beaumont, Richter et Dornès seront
employés dans cette division. La
3è division sera commandée par le général Doumerc ; elle sera
composée du 4è, du 7è et du 14è régiment de cuirassiers. Les généraux
de brigade Berkheim, Lhéritier et d’Oullembourg seront employés dans
cette division. La
4è division sera composée du 1er, du 2è régiment de
carabiniers et du 1er de cuirassiers. Les généraux de brigade
Schwartz et Paultre seront employés dans cette division. Vous donnerez en
conséquence l’ordre à ces généraux d’être rendus pour le 1er
février au quartier général de leur division. Vous
donnerez ordre au prince d’Eckmühl de former la 5è division, et à cet
effet vous ordonnerez au 6è et au 11è régiment de cuirassiers de partir
d’Erfurth pour se rendre en Hanovre. Cette 5è division se formera dans
le Hanovre et dans le Mecklenbourg. Douze pièces d’artillerie légère
seront attachées à cette division. Comme
les compagnies d’artillerie légère pourraient manquer, on prendra une
de celles du corps d’observation de l’Océan et une de celles du corps
de l’Elbe, qu’on remplacera par une compagnie à pied. Le
1er régiment de lanciers sera attaché à la 1re division
de cuirassiers ; le 2è régiment à la 2è division ; le 3è régiment à
la 3è division ; le 4è régiment à la 4è division, et le 5è régiment
à la 5è division. Chaque régiment de lanciers fournira trois escadrons
complétés à près de 800 hommes et de 800 chevaux. Vous me ferez connaître
si au 1er février vous pourrez faire partir un escadron de 250
hommes bien habillés et bien équipés pour les divisions de cuirassiers ;
si au 1er mars le 2è escadron peut partir, et le 3è escadron
au 15 avril. En supposant que chaque régiment de cuirassiers soit à 900
chevaux au 1er mars, l’augmentation de 800 chevau‑légers
portera la force de la division à 3,500 chevaux. Vous
ferez une ordonnance sur le service des chevau‑légers avec les
cuirassiers. Sous aucun prétexte, les cuirassiers ne pourront être donnés
en ordonnances. Ce service sera fait par les lanciers ; les généraux même
se serviront de lanciers. Le service de correspondance, d’escorte, celui
de tirailleurs, sera fait par les lanciers. Quand les
cuirassiers chargent des colonnes d’infanterie, les chevau‑légers
doivent être placés sur les derrières ou sur les flancs, pour passer dans
les intervalles des régiments et tomber sur l’infanterie lorsqu’elle
est en déroute, ou, si l’on a affaire à la cavalerie, sur la cavalerie,
et la poursuivre l’épée dans les reins. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1377.
‑ INSTRUCTIONS POUR LA MISE SUR PIED DE GUERRE DE L’ARMÉE DE
WESTPHALIE A
JÉROME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHALIE, A CASSEL. Paris,
26 décembre 1811. Mon
Frère, je reçois votre lettre du 22 ; j’y réponds sans perdre de temps.
Je pense que le général Morio, qui a votre confiance, est très‑bien
placé dans votre maison. C’est même un officier distingué, qui serait
utile dans votre état‑major ou dans votre génie, ces services ayant
de l’analogie ; mais il n’a jamais mené au feu même une compagnie de
voltigeurs. Un parfait honnête homme et un homme d’honneur
pourrait‑il désirer d’être grand maréchal d’un prince qui a détrôné
sa famille ? Il peut désirer d’être colonel ou général, vous ayant
reconnu ; il pourra être avec honneur le grand maréchal de votre fils,
mais pas le vôtre. Supposez une défaite, la marche de l’Électeur sur
Cassel : dans ce cas, pourriez-vous vous défendre d’un sentiment
d’effroi de trouver à vos côtés un homme qui aurait tant de liens par
lesquels on peut le saisir ? Quant à la régence que vous voulez laisser
chez vous en cas d’absence, je vois bien que Siméon mérite toute
confiance pour l’administration ; je suppose que le chef de votre
gendarmerie, Bongars, resterait en Westphalie ; mais il faudrait encore un
général de quelque distinction qui pût se porter à la tête des troupes
partout où il serait nécessaire. Vous
avez dix‑huit bataillons et huit escadrons en ligne. Il vous faudrait
soixante pièces de canon. Le moins possible serait quarante‑huit pièces,
savoir : douze pièces de régiment ; deux batteries à pied, chacune de six
pièces de 6 et deux obusiers, seize pièces ; deux batteries à cheval de
quatre pièces de 6 et deux obusiers, douze pièces ; une batterie de réserve
de six pièces de 12 et deux obusiers, huit pièces ; total,
quarante‑huit pièces. Pour
le service de vos trente‑six pièces de réserve, il faut 200
voitures, car il faut avoir 400 coups à tirer par pièce. Ces 200 voitures
exigeraient 1,000 chevaux : vous n’en avez que 600, c’est‑à‑dire
que vous ne pouvez atteler que 120 voitures avec votre train. Il faudrait
donc que les 80 autres voitures fussent attelées, au moment de la guerre,
par une levée de chevaux de réquisition. Vos trente‑six pièces de réserve
se trouveraient marcher naturellement, savoir : seize avec l’infanterie,
ce qui fera vingt‑huit avec les douze pièces régimentaires ; les
huit pièces de la batterie de réserve avec la Garde ; les douze de deux
batteries à cheval, l’une avec la Garde, l’autre avec la brigade de
cuirassiers. C’est
là la moindre organisation que vous puissiez avoir, et encore
n’aurez‑vous que la moitié de l’organisation actuelle de mes
troupes, et moins que n’ont les troupes étrangères. Vos
compagnies d’artillerie à pied pour servir huit pièces doivent être de
120 hommes. Les deux compagnies à cheval et les six compagnies à pied que
vous avez me paraissent suffisantes : trois de ces dernières serviront
l’artillerie des divisions et trois seront au parc. Dix‑huit
bataillons, représentant 12,000 baïonnettes, doivent avoir 60 cartouches
par homme dans les caissons, outre celles des gibernes. Il vous faudrait
48 caissons à cartouches ; vous en avez 18 avec les régiments : il en
resterait donc 30 avec la réserve. Ces 30 caissons marcheraient, savoir :
18 avec l’infanterie et 12 avec le parc ou la Garde. Mais les caissons
d’infanterie entrent dans l’évaluation des 200 voitures. Je
passe au génie. Ce n’est pas avoir une armée que de ne pas pouvoir se
retrancher. Vous avez une compagnie de sapeurs ; il faudrait la porter à
120 hommes au moins. Il faudrait avoir une demi-compagnie du génie organisée
comme elles le sont en France. Cette demi‑compagnie servirait 25 voitures
portant 3,000 outils à pionnier, des cordages et autres objets nécessaires
pour réparer les ponts et aider à passer une petite rivière. VIVRES.
‑ Pour faire la guerre dans le pays où votre corps d’armée
servira, vous avez besoin d’avoir du pain pour quinze jours, en
transportant du biscuit et de la farine. Je suppose que votre corps se
montera à 18,000 bouches ; pour quinze jours, c’est l’emploi de 210,000
rations de farine ou de grains. En ayant de grosses voitures portant chacune
quatre milliers, vous auriez besoin de 40 ou 50 chariots. SOULIERS.
‑ Il est nécessaire que chaque homme partant de Cassel ait une paire
de souliers aux pieds, deux paires dans le sac et une paire portée dans des
voitures, afin qu’une campagne d’été puisse se faire sans que le
soldat vienne à être nu‑pieds. Tous
les préparatifs se font ici comme si la guerre était certaine. J’ai dans
mes équipages 12,000 voitures de gros modèle portant 4 milliers, et
4,000 voitures d’artillerie attelées par 20,000 chevaux. Ma Garde seule
a deux cents pièces de canon attelées, avec 600 caissons de transport,
etc. L’armée française a seule huit cents pièces de canon. Vous
serez toujours prévenu quinze jours d’avance. Tâchez que votre armée
soit munie de tout, surtout d’artillerie et de moyens de transport pour
les vivres. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. le prince Jérôme. 1378.
‑ PROJET POUR L’APPROVISIONNEMENT DES ARMÉES D’ESPAGNE ET
D’ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
29 décembre 1811. Je
vous ai écrit hier pour Barcelone ; j’avais idée d’y envoyer les 120
voitures que j’ai, quoiqu’elles me soient très‑nécessaires pour
l’armée de Portugal. Je ne renonce pas à cette idée, mais il faut
convenir que ces voitures seront bientôt perdues, et que d’ailleurs,
n’opérant aucune retenue, cela devient une opération très‑coûteuse.
D’un autre côté, l’envoi du vin, riz, légumes secs, viande, par le
cabotage me convient parfaitement ; mais l’envoi du blé et des farines
par cette voie m’est extrêmement nuisible : la récolte étant mauvaise
en France, chaque bâtiment que je perds ne peut plus s’évaluer par
l’argent, mais par la perte réelle des grains, qui approvisionnent
l’ennemi, qui en a le plus grand besoin pour Cadix et Lisbonne. Cela étant,
j’ai 18,000 quintaux métriques de blé déjà acheté à faire passer à
Barcelone : ce serait l’approvisionnement de cette place importante
pour un an. Dans la situation actuelle de nos récoltes, cet emploi serait
imprudent ; je me contenterai donc d’y envoyer 20,000 quintaux de marc,
si cela était plus avantageux, en farines : ce serait un
approvisionnement de deux cents jours ou sept mois. L’approvisionnement
étant assuré jusqu’en avril, ces sept mois me conduiraient jusqu’à
fin octobre : cela nous ôterait
donc de toute angoisse pour cet objet si important. Ces mêmes quintaux, je
ne veux pas les faire transporter par mer : j’en perdrais la moitié ; je
veux les faire transporter par terre en cinq convois, chacun de 100 voitures
: le 1er, le 15 janvier ; le 2è, 20 février ; le 3è, 20 mars ;
le 4è, 20 avril ; le 5è, 20 mai. Je suppose huit jours à aller, huit
jours à revenir, six de séjour ; il resterait encore huit jours pour réparer
les voitures et se préparer au deuxième convoi. Je
désirerais que ce transport ne se fit pas à mes frais ; mais qu’une
maison de commerce, comme la maison Durand ou toute autre de ce genre,
s’engageât à fournir 100 voitures à 6 chevaux avec 2 ou 3 hommes à
Perpignan. Vous lui fournirez par convoi 4,000 quintaux de farine, qu’elle
serait tenue de porter à Barcelone, et sous l’escorte de l’armée. Elle
chargerait en retour du sucre, café, indigo, coton et laine, etc. Ces denrées
seraient portées à Perpignan , il serait constaté : 1° le numéro
de la charrette ; 2° le poids égal au blé porté ; un employé des
douanes accompagnerait d’ailleurs depuis Barcelone jusqu’à Perpignan.
Ainsi 100 voitures rapporteraient 400,000 francs de sucre de café ou de
coton ; la maison aurait le privilège d’introduire ces denrées sans
certificat d’origine et payerait les douanes à l’ordinaire. Vous
calculerez quel serait son gain : ce calcul sera facile à faire. En
comparant le prix du sucre à Barcelone avec celui de France, je l’évalue
à 1 million par voyage ou 10,000 francs par voiture ; pour cinq voyages, ce
serait 5 millions de gain pour cette maison. En
supposant la voiture d’une valeur de….. celle des 6 chevaux de…..
l’entretien pendant cinq mois à…… en total 12,000 francs par voiture,
j’aurai toujours pour résultat, pour 100 voitures, 1,200,000 francs de
frais ; mais cependant le gain resterait de 3,800,000 francs. Il est vrai
que j’aurai fait entrer en France 2 millions de livres de coton, de sucre
ou café, mais aussi j’aurai obtenu un grand avantage ; car j’observe
que, par le tarif du 5 août, la livre de coton du Brésil paye 4 francs de
droits ; une voiture qui porterait 4,000 livres ne payera donc à son retour
à Perpignan que 16,000 francs. Si
c’est du sucre, la livre brut paye 30 sous ; les 4,000 livres me
payeraient donc 6,000 francs. Si c’est du café, la livre paye 40 sous ;
les 4,000 livres me payeraient donc 8,000 francs. Si c’est de l’indigo,
la livre paye 4 francs 10 sous. Si c’est du cacao, la livre paye 5 francs,
etc. Vous
voyez donc que, moyennant ce privilège, j’ai de quoi faire tout ce qui
est convenable, sans rien dépenser et accordant le tiers et le quart de
l’affranchissement des droits et supposant le chargement des 100
voitures, c’est‑à‑dire des 4,000 quintaux : 1,000 en sucre,
1,000 en coton, 1,000 en café, 1,000 en indigo ou autres denrées. Le
sucre rendra 150,000 francs, le coton 800,000, le café 200,000, l’indigo
1 million ; total, 2,150,000 francs : cinq voyages feront 10,750,000 francs. Je
pense que les négociants gagneront suffisamment quand ils auront
l’avantage de ne pas être tenus à des certificats d’origine, et
qu’ils se soumettront à payer net tous mes droits. Les peaux de Buenos‑Ayres,
etc., les cotons Motril feront partie des retours. Voyez
demain matin les personnes qui pourront vous donner des renseignements
positifs sur cette matière ; vous m’en rendrez compte après la messe. Je
ne connais point de moyen plus efficace et plus simple d’approvisionner
Barcelone. Je compte d’ailleurs sur votre sagesse pour qu’on fasse à la
compagnie les plus grands avantages, en perdant toutefois le moins possible.
Bien entendu que si au lieu de 100 voitures la compagnie voulait en fournir
2 ou 300, cela serait accepté ; alors, au lieu de cinq voyages, on n’en
ferait que deux ou trois. Une
fois les principes ci‑dessus posés pour Barcelone, je ne vois pas
d’inconvénient à les établir pour tout le reste de l’Espagne. A cet
effet, tous les transports des effets d’habillement et d’artillerie de
Bayonne à Madrid, de Bayonne à Séville, de Bayonne à Saragosse et
Valence, seraient établis sur le même principe. Un convoi partirait tous
les mois, escorté par 1,500 hommes ; il serait de 100 ou 200 voitures, et
se rendrait partie à Burgos, partie à Valladolid, partie à Madrid, partie
à Séville. Il serait accordé tel privilège pour le convoi de Burgos ;
tel plus considérable pour celui de Séville ; le même principe pour celui
de Valence ; par ce moyen les habillements, les effets mêmes et munitions
d’artillerie seraient transportés en quantité sans frais. Il
faut calculer les besoins d’habillement par année pour Burgos, Valladolid
et Séville. Pour Séville il faut deux mois de route et autant de retour ;
le convoi de Séville ne peut faire que trois voyages par an. En supposant
100 voitures, ce serait 300 voitures de marchandises qui rentreraient en
France ; 300 voitures d’habillement ne sont pas nécessaires, mais on
transporterait des munitions de guerre, ou on réduirait les convois à 50
voitures, ou on ferait seulement deux voyages à 100 voitures par an. Les
convois de Madrid, quatre par an à 25 voitures, 100 voitures ; les convois
de Burgos et Valladolid, dix convois par an à 15 voitures, 150 voitures ;
les convois de Valence, à deux par an à 50 voitures, 100 voitures. Ce
serait ainsi à peu près 500 voitures qui porteraient 20,000 quintaux ou 2
millions de poids ; ce que je suppose plus que suffisant pour transporter
les habillements, linge et chaussures pour 300,000 hommes. Ils
introduiraient la même quantité de marchandises que l’expédition de
Catalogne ; mais ici on pourrait se restreindre aux laines, au coton Motril
et autres objets du produit d’Espagne ; toutefois on pourrait établir une
proportion pour les denrées coloniales, si cela était nécessaire. Après
avoir ainsi appliqué ces idées mères à mes besoins en Espagne, je désire
les employer à mes besoins sur la Vistule. Les
transports de Magdebourg à la Vistule se font par eau ; il n’est donc
question de s’occuper que de ceux de Magdebourg en France. Je désire
avoir 28 millions de bouteilles de vin, 2 millions de bouteilles
d’eau‑de‑vie ; total, 30 millions de liquide, formant 60,000
rations de vin pour 300,000 hommes pendant deux cents jours, et 32,000
rations d’eaude‑vie pour 300,000 hommes pendant cent trente jours
; ce qui abreuverait toute une armée pendant une année. Je désire que
cela ne me coûte que l’achat à Bordeaux ; 28 millions de bouteilles de
vin forment à peu près 12,000 barriques de vin, qui, à 60 francs, font
720,000 francs de dépense à Bordeaux ; 12,000 barriques représenteraient
6 millions de livres et exigeraient 1,500 voitures ; de Bordeaux à
Magdebourg cela devrait coûter une somme qu’il faut calculer.
J’accorderai le droit de rapporter de Magdebourg des cotons, des sucres et
des cafés, en payant à la douane et en établissant une règle qu’il
faudrait chercher. J’ai voulu couler à fond cette idée, mais
l’important à présent est de s’occuper de Barcelone. P.
S. En me rendant compte
de l’opération sur Barcelone, j’ai fait les calculs suivants : une voiture
de roulier portant 5,000 livres doit valoir 2,000francs ; 6 chevaux doivent
valoir 6,000 francs ; total, 8,000 francs. Ainsi j’estime la première
mise d’une voiture à 8,000 francs ; je crois cette évaluation exagérée,
le ministre mettra le prix réel. Trois hommes sont nécessaires ; pour
l’engagement des trois hommes, pour leur équipement et pour leur
habillement, je mets 600 francs, à 1200 francs l’un ; total, environ
9,000 francs ; je crois ce prix exagéré. Je suppose l’entretien des
chevaux, par jour, à 2 francs par cheval, 12 francs, et à 3 francs par
homme, 9 francs ; cela fait 21 francs par jour ; 21 francs multipliés par
365 jours font 7,665 francs. Je mets pour la valeur de la voiture, première
mise, 9,000 francs ; nourriture des chevaux et des hommes pendant un
an, 7,665 francs ; total, 16,665 ; mais, comme je suppose que la voiture et
les chevaux dureront trois ans, il ne doit être porté en compte pour la
première année que 3,000 francs, de première mise, et pour nourriture
7,665 francs ; total, 10,665 francs. En
négligeant les 665 francs, j’aurai donc 10,000 francs portant 40 quintaux
; en supposant douze voyages, ils porteront 480 quintaux ; ainsi 10,000
francs divisés par 480 quintaux feront environ 21 francs le quintal en
frais ; il suffirait donc d’un gain de 4 à 5 sous par livre, ou 25 francs
par quintal, ou 1,000 francs par voiture, pour que l’individu qui aurait
la certitude d’un an de voyage soit hors d’affaire. Or, le privilège
d’importer du sucre, du café et du coton, sans payer à la douane, sans
certificat d’origine, ne peut pas être évalué à moins de 10 sous par
livre ; si c’était du coton, probablement que cela irait à 40 sous.
Ainsi, sans rien perdre du droit de douane, ce simple privilège peut être
évalué à cela. Il
paraît que les frais de transport de Bordeaux à Magdebourg doivent être
évalués à 60 francs ; ce qui fait 12 sous la livre. Ainsi, en donnant un
privilège de douane qui assure au retour un profit de 10 ou 12 sous la
livre, les individus doivent se retrouver. Le privilège de recevoir du
sucre, du café, du coton pris à Magdebourg et transporté en France, en
payant les droits et sans certificat d’origine, équivaut à plus que
cela. Tout
ce détail étant dicté par moi et de mémoire, il est possible qu’il y
ait de grandes erreurs. Il faut tout vérifier et n’adopter sur ce dire
aucune assertion, pas même les huit jours de Perpignan à Barcelone. Vérifier
les étapes.[1] D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1379.
‑ ORDRES CONCERNANT LE NOMBRE DES COMPAGNIES DE PONTONNIERS, DE
SAPEURS ET DE MINEURS A ATTACHER A LA GRANDE ARMÉE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
30 décembre 1811. PONTONNIERS.
‑ Le corps des pontonniers de la Grande Armée aura treize compagnies,
savoir : sept compagnies du 1er bataillon (ce bataillon a quatre
compagnies en Espagne) et six compagnies du 2è bataillon. La 3è compagnie,
qui est à la réserve de Bayonne, recevra ordre de se rendre à Metz. Ce
que ces deux bataillons ont de disponible au dépôt sera envoyé pour
recruter les treize compagnies.
Ainsi
il y aura : une compagnie de pontonniers au corps de l’Elbe, une
compagnie au corps de l’Océan, une compagnie au corps d’observation
d’Italie, une compagnie à la Garde et neuf compagnies au grand parc des
ponts (trois par équipage, ou divisées comme les circonstances le
voudront). Toutes
les compagnies du 2è bataillon qui sont en Italie suivront le mouvement du
corps d’observation d’Italie ; celles qui sont en Allemagne suivront
le mouvement du corps d’observation de l’Elbe et des équipages de pont. SAPEURS.
‑ Les sapeurs seront suivante : le 1er bataillon a deux
compagnies en Espagne et sept en Italie : ces sept compagnies seront employées
à la Grande Armée. Le 3è bataillon, qui est à Alexandrie, a huit
compagnies présentes et une à Corfou. Le 5è bataillon, qui est à Metz,
a ses neuf compagnies présentes. Ainsi il y aura à la Grande Armée,
savoir : 1er bataillon,
sept compagnies ; 3è bataillon, huit compagnies ; 5è bataillon, neuf
compagnies ; total, vingt‑quatre compagnies. Tout
ce que les dépôts ont de disponible sera incorporé dans ces
vingt‑quatre compagnies. Le
dépôt du 4è bataillon, qui est à Metz, servira à porter au complet les
compagnies du 5è bataillon. Avoir
un rapport sur le bataillon qui est à l’île d’Elbe, afin de voir ce
que ce bataillon peut fournir pour compléter le 1er bataillon.
Avoir le même rapport sur les compagnies de sapeurs de Belle‑Ile et
de Walcheren, pour savoir si l’on pourrait en prendre quatre compagnies ;
ce qui porterait les vingt‑quatre compagnies à vingt‑huit. Quatorze
compagnies sont nécessaires pour les quatorze divisions, et trois pour la
Garde ; il n’en restera donc que sept au parc du génie. Des
vingt compagnies qui sont en Espagne, il faudrait me présenter un projet
pour faire rentrer les cadres de six compagnies. MINEURS.
– J’ai douze compagnies de mineurs. La 1re compagnie du 1er
bataillon est à Corfou ; la 2è compagnie est à Badajoz ; la 3è et la 6è
feront partie de la Grande Armée ; il faut faire venir d’Espagne la 4è
compagnie et l’envoyer à Metz ; il faut rappeler la 5è compagnie,
qui est à Bayonne ; par ce moyen, j’aurai quatre compagnies de mineurs à
la Grande Armée. Le 2è bataillon a trois compagnies en Espagne et une
compagnie à Corfou ; il ne reste donc que deux compagnies, la 1re
et la 5è. Six compagnies de mineurs marcheront donc avec le parc du génie.
Il faut les compléter à 120 ou 140 hommes. J’ai déjà donné
l’ordre de faire revenir la 6è compagnie du train du génie, qui est à
Bayonne. J’aurai six compagnies au train du génie ; il faut employer le dépôt
de ce bataillon à porter ces six compagnies au grand complet. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1380.
‑ ORDRES POUR L’ORGANISATION,
APRÈS LA PRISE DE VALENCE, DES CORPS DE SUCHET ET DE REILLE. AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,
A PARIS. Paris,
30 décembre 1811. Mon
cousin, préparez les instructions suivantes que je désire envoyer au maréchal
Suchet, aussitôt que j’aurai approuvé vos dépêches. Vous lui manderez
que, immédiatement après la prise de Valence, mon intention est que les
généraux, officiers d’état‑major polonais, ainsi que les 1er,
2è et 3è régiments de la Vistule, rentrent en France. Vous ferez
connaître quelle est la route la plus courte pour la rentrée de ces trois régiments.
Le gouvernement de Valence restera au maréchal Suchet avec le commandement
du 3è corps de l’armée d’Espagne, qui sera organisé de la manière
suivante : 114è, 121è, 7è, 116è, 44è, 16è, 117è
de ligne et 5è léger ; total, huit régiments. Aussitôt que je saurai
que Valence est prise, je donnerai l’ordre au régiment provisoire d’Aragon,
qui est à Pampelune, de se rendre à Valence pour être incorporé dans les
huit régiments et les compléter. Vous me ferez connaître quel sera
l’effectif, le nombre d’hommes aux hôpitaux et les présents sous les
armes de ces huit régiments, en y supposant le régiment provisoire
incorporé. Ces huit régiments seront partagés en trois divisions, en
adoptant la combinaison qui paraîtra la plus convenable. Tous les détachements
qui sont en Aragon joindront ces régiments. La cavalerie consistera dans
le 4è de hussards et le 13è de cuirassiers. Mon
intention est que vous prescriviez au maréchal Suchet de m’envoyer
toutes les compagnies du train d’artillerie, toutes celles des équipages
militaires, toutes les compagnies de mineurs, sapeurs et artillerie qui
lui sont inutiles. A cet effet, vous m’en remettrez l’état dans le plus
grand détail, et vous me proposerez l’incorporation des hommes nécessaires
pour mettre au complet celles de ces compagnies qui resteront à l’armée
de Valence. Les cadres du train se composeront de tous les hommes à pied
qui n’ont pas de chevaux. Les cadres des sapeurs, mineurs et pontonniers
se composeront des sous‑officiers et caporaux, et de 20 soldats au
choix du capitaine,
de sorte que chaque compagnie me revienne forte au moins de 30 hommes,
afin qu’elle puisse donner l’esprit et le mouvement aux conscrits que
j’y placerai. Je
suppose que le besoin d’occuper plusieurs points forts et de défendre les
côtes rendra nécessaires au maréchal Suchet les parties du personnel
qui composent l’équipage de siège. Le
corps d’armée du maréchal Suchet se trouverait ainsi composé de 20 à
22,000 hommes. Il gardera la division napolitaine, forte de 1,200 hommes. La
division Palombini, qui est forte de 5 à 6,000 hommes et de 400 hommes de
cavalerie, la division Severoli, forte de 5,000 hommes et de 400 chevaux, ce
qui ferait 11,000 hommes d’infanterie italienne et 800 chevaux, avec
l’artillerie qui leur est attachée, et la division Reille, forte de 9,000
hommes et de 600 chevaux, formeront un corps d’armée de 20 à 21,000
hommes et de 1,500 chevaux. Cette division se rendra à Tortosa et prendra
le commandement de la basse Catalogne. Vous
me ferez ensuite l’organisation de l’artillerie de ces trois
divisions. Il sera nécessaire de prendre quelques compagnies d’artillerie
et quelques officiers d’artillerie de l’armée d'Aragon, afin
d’organiser le parc. Vous
ferez une division territoriale de la Catalogne en deux divisions :
l’une comprendra Tortosa, Mequinenza,
Lerida, Tarragone, Mont‑Serrat et Barcelone, en plaçant la limite près
Barcelone. Vous consulterez à cet effet le général Guilleminot, qui a été
sur les lieux. Le
général Reille pourra porter son quartier général à Tarragone, à
Lerida ou à Barcelone. Son corps d’armée se trouvera augmenté de la
garnison de Barcelone, de celle de Tarragone et de Lerida, hormis les détachements
qui feraient partie de la garnison de Girone ou de l’armée de Valence,
telle que je viens de la désigner. Il
sera nécessaire que vous voyiez le ministre de la guerre pour avoir tous
les détails de l’armée de Catalogne et des garnisons des différentes
places, pour que dans votre travail vous me proposiez l’organisation de
l’armée de Catalogne, qui recevra tous les détachements de la garnison
de Barcelone qui lui appartiennent et renverra tout ce qui doit appartenir
à l’armée de Valence. La
division Caffarelli fera partie également du corps du général Reille ; ce
qui portera ce corps d’armée à 30,000 hommes d’infanterie et plus de
2,000 chevaux ; il sera chargé de la défense de tout l’Aragon. Le général
de division Abbé prendra le commandement de la division Caffarelli. Vous
me soumettrez un projet d’organisation pour toute la Catalogne, haute et
basse, et sa division en départements pour son organisation définitive. Le
corps d’armée du général Reille portera le titre de corps d’armée de
l’Ébre. Maintenir la tranquillité dans le pays, approvisionner
fortement Barcelone, sont les principaux objets du général Reille. Il
maintiendra la communication avec l’armée de Valence, avec celle de
Portugal à Valladolid, avec celle du Centre à Madrid, et protégera
l’Aragon. Il aura pour instruction d’avoir toujours une ou deux
divisions placées de manière à appuyer fortement l’armée de Portugal,
si les Anglais faisaient un mouvement offensif sur Valladolid. Le
général Dorsenne, avec toute ma Garde, rentrerait en France ; le général
Caffarelli prendrait le commandement de l’armée du Nord à Burgos ; il se
trouverait avoir les 113è, 130è de ligne et 34è léger. Le 4è de la
Vistule étant polonais rentrerait en France. Faites‑moi connaître en
détail quelle serait la force de l’armée du Nord. Je
désire aussi faire un échange, renvoyer à l’armée de Portugal les
quatre régiments de marche et faire venir une division de l’armée de
Portugal sur Burgos, de manière que le nombre d’hommes se compensât ;
l’armée du Nord se trouverait alors suffisamment forte et composée de
bonnes troupes. Vous
écrirez au duc de Dalmatie de faire partir sans délai les trois régiments
de la Vistule, celui des lanciers de la Vistule et tous les officiers d’état-major
polonais. Cet affaiblissement dans l’armée du Midi n’est point de conséquence,
et l’ordre sera donné d’exécuter ce mouvement dans les
vingt‑quatre heures qui suivront la réception de votre lettre. Vous
me remettrez un projet pour le recrutement des cadres à retirer des
diverses armées, des cadres des compagnies d’artillerie et des bataillons
du train, de sapeurs ou mineurs, à faire rentrer. Les
trois compagnies de mulets de bât qui existent aux 3è, 4è et 13è
bataillons à Pau seront destinées pour le corps de l’Èbre ; en conséquence,
elles se dirigeront par Pau, sous bonne escorte, en profitant de
l’escorte, qui conduira les prisonniers de Valence jusqu’à Saragosse
; par ce moyen, le général Reille aura 600 mulets de bât qui lui seront
d’une grande utilité. Comme ces trois compagnies appartiennent à trois
bataillons différents, vous chargerez le général de l’armée de
Portugal de s’entendre avec le général Reille pour l’échange, afin
qu’un bataillon complet soit à l’armée de Portugal et un au corps de
l’Èbre. Enfin,
proposez‑moi de faire venir pour la Grande Armée la compagnie du génie
qui était à Bayonne, destinée au corps d’observation, une compagnie de
pontonniers, une de mineurs et, je crois, deux compagnies d’artillerie qui
étaient destinées au même corps. Il restera un personnel et un matériel
assez considérables. Mon intention est d’employer les attelages,
lorsque je connaîtrai parfaitement l’organisation de ceux qu’a
l’armée de Portugal. Cette armée, étant en présence des Anglais, a
besoin d’une organisation forte en ce genre. Si vous n’avez point de
situation, l’aide de camp du duc de Raguse, qui est officier
d’artillerie, pourra vous la donner. J’attache
la plus grande importance à ce que l’armée de Portugal ait au moins cent
pièces de canon attelées, avec les approvisionnements convenables. La
division Souham doit en avoir vingt-deux, l’armée de Portugal
quatre‑vingts, la division Bonet quatre ou cinq ; cela ferait cent
six. J’estime qu’il lui en faut tout autant, et qu’elle a besoin que
son artillerie soit bien attelée et d’un beau calibre. Aussitôt que
j’aurai l’organisation de l’artillerie de l’armée de Portugal, du
corps de l’Èbre, de l’armée de Valence et du corps d’observation, je
donnerai une destination aux 1,000 chevaux du train que j’ai à Toulouse. Le
corps de réserve se trouvant ainsi dissous, faites‑moi connaître la
destination à donner à chacun, soit pour le corps de l’Èbre, soit
pour tout autre ; faites‑moi un travail très‑détaillé sur
tout cela, avec les états à l’appui. Le résultat de ces mesures sera
d’affaiblir les armées d’Espagne des quatre régiments de la Vistule,
formant huit bataillons, de trois régiments polonais, formant six bataillons
; total, sept régiments ou quatorze bataillons, qui formeront une division
d’un merveilleux effet à la Grande Armée. J’ai
ordonné que le 40è et le 34è retournassent en France ; vous réitérerez
ces ordres. J’aurai affaibli également les armées d’Espagne du régiment
de lanciers polonais, de quelques généraux et officiers d’état‑major
polonais et de vingt‑deux bataillons de la Garde ; total,
trente‑six bataillons ; mais j’ai envoyé depuis peu la division
Souham, qui a quatorze bataillons ; la division Reille, idem,
la division Caffarelli, idem ; total,
quarante‑deux bataillons. Ainsi, au lieu de perdre, les armées d’Espagne
se trouveront gagner. Il
est bien nécessaire que vous fassiez connaître au duc de Dalmatie
qu’aussitôt que le 34è et le 40è, ainsi que les trois régiments
polonais, seront partis, les neuf bataillons de marche, qui sont dans le
cinquième gouvernement et qui appartiennent à son corps d’armée,
partiront pour le rejoindre. En
envoyant chez le ministre de la guerre l’état des troupes de la
Catalogne, je vous prie de me proposer de resserrer les cadres et de faire
rentrer ceux qui sont propres à recevoir la conscription. NAPOLÉON. D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
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