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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome septième

Paris - 1876

 

 

1381. ‑ FORCE QUE PRÉSENTERA LA GRANDE ARMÉE AU MOIS DE MARS 1812.

AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

Paris, 30 décembre 1811.

Mon Cousin, vous recevrez un décret que je viens de prendre pour mettre entièrement à ma solde les trois régiments d’infanterie et le régiment de cava­lerie polonais qui sont à Danzig : cela met fin à tout. Donnez ordre que les 400 chevaux que j’ac­corde par mon décret au 9è polonais soient achetés sans délai dans le duché de Varsovie, afin que ce régiment ait ses 1,000 chevaux. Donnez ordre éga­lement que ce régiment ait, comme nos régiments de lanciers, un certain nombre de carabines. Prenez des mesures pour que les 5è, 10è et 11è polonais aient chacun 3,000 hommes ; ce qui fera 9,000 hommes pour les trois régiments.

La compagnie d’artillerie française qui est à Dan­zig ne fera plus partie de la 7è division, puisqu’il y a une compagnie d’artillerie légère polonaise. J’ai besoin de cette compagnie, puisque l’augmentation d’une 5è division dans les cuirassiers nécessite l’em­ploi de douze pièces d’artillerie de plus. J’ai donné le commandement de la 5è division au général Va­lence, sénateur. Le 11è régiment de cuirassiers a reçu l’ordre de se mettre en marche ; je vous re­commande de compléter ses chevaux. Vous aurez ainsi trois divisions de cuirassiers, chaque division de trois régiments, chaque régiment présentant 900 hommes en bataille ; ce qui fait 2,700 chevaux par division. A chaque division doit être attaché un régiment de chevau‑légers de trois escadrons. Le 1er escadron partira au 15 janvier pour se rendre en Allemagne ; les 2è et 3è escadrons suivront à quinze jours de distance. Ainsi chaque division de cuirassiers sera de 3,400 ou 3,500 chevaux. Chaque division aura deux batteries d’artillerie à cheval ou douze pièces.

J’ai jugé convenable de partager toute la Grande Armée en quinze divisions d’infanterie, toutes à peu près égales aux vôtres ; la 7è en fait cependant partie. Les neuf premières divisions sont sous vos ordres ; les 10è, 11è et 12è divisions sont au camp de Bou­logne ; les 13è, 14è et 15è se réunissent à Bolzano, en Italie ; la Garde est composée de quatre divisions ; ce qui fait dix‑neuf divisions françaises. La cavalerie légère est partagée en quatorze brigades ; cinq bri­gades sont sous vos ordres, y compris celle du gé­néral Castex ; il y en a trois en Italie, et six sur le Rhin. Les généraux de brigade sont nommés et passent des revues pour vérifier les remontes et organiser les régiments. Six généraux de division seront attachés à ces quatorze brigades. La réserve de la cavalerie est composée de six divisions, dont cinq de cuirassiers et une de dragons. Chaque division a douze pièces d’artillerie légère. Un équi­page de siège est organisé à Danzig et un à Magde­bourg. Trois équipages de pont sont organisés à Danzig ; ces équipages emploient 400 voitures et 2,000 chevaux.

Les Bavarois, les Wurtembergeois, les Saxons, les Polonais, ne sont pas compris dans cette organi­sation.

Tous calculs faits, j’espère avoir au mois de mars plus de 200,000 hommes d’infanterie, 45,000 hommes de cavalerie, huit cents pièces de canon attelées par plus de 20,000 chevaux, et 1,500 voitures de transports militaires. L’armée française se montera à près de 300,000 hommes. Vous voyez que je n’ai jamais fait de plus grands préparatifs.

Nous manquons de chevaux de cavalerie en France ; il faut en lever de votre côté le plus que vous pourrez ; on m’assure qu’il y en a une assez grande quantité dans le Jutland et dans le Holstein.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1382. ‑ ORDRES D’ACHAT DE VINS ET D’EAUX-DE‑VIE DESTINÉS A L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 31 décembre 1811.

Je reçois votre rapport sur les vivres et les eaux-­de‑vie. Faites acheter, si elles sont de bonne qua­lité, les 300,000 litres d’eaux‑de‑vie qui sont à Strasbourg. Vous dirigerez sur Wesel ces 1,200 bar­riques. Il faut que le premier convoi parte avant le 6 janvier pour Wesel. Écrivez au prince d’Eck­mühl d’envoyer les caissons de ces régiments et des transports militaires pour prendre ces 1,200 bar­riques et les conduire à Magdebourg. Par ce moyen elles arriveront à Magdebourg sans que le transport me coûte rien.

Faites acheter 1,440 barriques d’eaux‑de‑vie à Bordeaux ; faites‑les charger sur les 240 voitures du 10è bataillon d’équipages militaires, et dirigez-­les sur Mayence, d’où elles continueront leur route sur Magdebourg.

Faites acheter 1,440 barriques à Paris, que vous ferez conduire par le 2è bataillon de transports militaires jusqu’à Magdebourg.

Faites acheter à Cologne et à Francfort, si le prix est raisonnable et si elles sont de bonne qualité, une bonne quantité d’eaux‑de‑vie, que vous ferez conduire à Magdebourg, soit en leur faisant remonter le Main jusqu’à Würzbourg, soit en vous servant des voitures qui transportent des denrées coloniales à Francfort. Les douanes font venir des denrées coloniales à Francfort ; les vivres font venir des blés de Hambourg sur Wesel.

Mon intention est d’acheter 9,000 barriques d’eaux‑de‑vie et d’avoir 34 millions de rations, pour les transporter sur Magdebourg.

Je ne veux rien prendre à Hambourg, parce que je serai toujours à même de puiser là.

Quant aux vins, faire venir du vin de Bordeaux me paraît une opération bien compliquée, à moins de la combiner avec le retour des voitures qui trans­portent des denrées coloniales. D’ailleurs, les vins arrivent par la Hongrie et la Silésie ; ils arrivent à Magdebourg par Würzbourg et Bamberg, où il y en a une grande quantité ; il y en a même beaucoup à Dresde. Il est donc indispensable, avant de se jeter dans les spéculations des vins, de savoir com­bien ils coûtent à Dresde, à Würzburg, à Bamberg, à Varsovie, en les faisant venir de Hongrie et de Cracovie. Il y a aussi des vins sur le Rhin, du côté de Mayence, qui sont bons. Quelle quantité peut‑on en avoir, et à quel prix ? Ce ne sera que lorsque vous m’aurez remis ces renseignements que j’ar­rêterai mes idées sur l’achat des vins nécessaires pour les hôpitaux et les convalescents.

  J’encouragerai volontiers par quelque moyen l’arrivée à l’armée de 4,000 barriques de bon vin, que les officiers d’état‑major et autres puissent avoir pour 50 sous ou 3 francs la bouteille, ce qui leur sera d’un grand soulagement. Cela serait une spé­culation avantageuse pour un commerçant. Vous sentez qu’il n’y a que le commerce qui puisse se charger de cette spéculation et qui puisse avoir le moyen de conserver le vin, d’empêcher qu’on ne le boive en route ou qu’on ne le détériore.

  D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1383. ‑ DÉTAILS SUR LA COMPOSITION DE LA GRANDE ARMÉE.  

AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE

DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 2 janvier 1812.

Monsieur le Comte de Cessac, je vous envoie pour votre gouvernement l’organisation de la Grande Armée. Le corps de l’Elbe formera deux corps. Il est né­cessaire d’envoyer un ordonnateur à chaque corps et tout le personnel d’administration qui est indispensable. Présentez-moi un objet d’organisation. Comme je n’ai pas encore organisé en deux corps le corps d’observation de l’Elbe, envoyez‑y tout double.

NAPOLÉON.

NOTE SUR L’ORGANISATION DE LA GRANDE ARMÉE.

La Grande Armée sera partagée en quatre corps : le corps d’observation de l’Elbe en fera deux ; le corps d’observation de l’Océan en fera un ; le corps d’observation d’Italie en fera un autre.

La Grande Armée sera organisée, en 15 divisions d’infanterie.

1re division : 13è léger, 5 bataillons ; 17è de ligne, 5 bataillons ; 30è de ligne, 5 bataillons ; régiment badois (celui qui est à Danzig), 2 bataillons ; total, 17 bataillons.

2è division : 15è léger, 5 bataillons ; 33è de ligne, 5 bataillons ; 48è de ligne, 5 bataillons ; régiment espagnol, 2 bataillons ; total, 17 bataillons.

3è division : 17è léger, 5 bataillons ; 12è de ligne, 5 bataillons ; 21è de ligne, 5 bataillons ; 127è de ligne, 2 bataillons ; total, 17 bataillons.

4è division : 33è léger, 4 bataillons ; 85è de ligne, 5 bataillons ; 108è de ligne, 5 bataillons ; régiment de Hesse‑Darmstadt (celui qui est à Danzig), 2 ba­taillons ; total, 16 bataillons.

5è division : 25 de ligne, 5 bataillons ; 57è de ligne, 5 bataillons ; 61è de ligne, 5 bataillons ; 111è de ligne, 5 bataillons ; total, 20 bataillons.

6è division (se réunit à Osnabrück) : 26è léger, 4 bataillons ; 56è de ligne, 5 bataillons ; 19è de ligne, 5 bataillons ; 128è de ligne, 2 bataillons ; total, 16 bataillons.

7è division (toute cette division, commandée par le général Granjean, est réunie à Danzig) : 5è polo­nais, 3 bataillons ; 10è polonais, 3 bataillons ; 11è po­lonais, 3 bataillons ; 1er westphalien, 2 bataillons ; 8è westphalien, 2 bataillons ; Saxons, 2 bataillons ; Bavarois, 2 bataillons ; total, 17 bataillons.

8è division (se réunit à Münster) : 11è léger, 4 bataillons ; 2è de ligne, 5 bataillons ; 37è de ligne, 5 bataillons ; 124è de ligne, 3 bataillons ; total, 17 bataillons.

9è division (se réunit à Nimègue) : Croates, 2 ba­taillons ; Suisses, 9 bataillons ; 123è de ligne, 3 ba­taillons ; total, 14 bataillons.

CORPS D’OBSERVATION DE L’OCÉAN.

10è division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : 24è léger, 4 bataillons ; 46è de ligne, 5 bataillons ; 126è de ligne, 3 bataillons ; 1er régiment portugais, 2 bataillons ; total, 18 bataillons.

11è division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : régiment illyrien, 4 bataillons ; 4è léger, 4 bataillons ; 18è léger, 4 bataillons ; 93è de ligne, 5 bataillons ; 2è régiment portugais, 2 bataillons ; total, 19 bataillons.

12è division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : 29è léger, 4 bataillons ; 44è de ligne, 2 bataillons ; régiment provisoire de Boulogne, 2 bataillons; 125è de ligne, 3 bataillons ; 129è de ligne, 2 batail­lons ; total, 13 bataillons.

CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE.

13è division (se réunit à Bolzano) : 8è léger, 2 ba­taillons ; 84è de ligne, 4 bataillons ; 92è de ligne, 4 bataillons ; 106è de ligne, 4 bataillons ; Croates, 2 bataillons ; total, 16 bataillons.

14è division (se réunit à Trente) : 18è léger, 4 bataillons ; 9è léger, 4 bataillons ; 35è de ligne, 4 bataillons ; 53è de ligne, 4 bataillons ; régiment espagnol, 2 bataillons ; total, 18 bataillons.

15è division italienne (se réunit à Brescia) : 3è léger italien, 4 bataillons ; Dalmates, 3 bataillons ; 2è italien de ligne, 3 bataillons, 3è italien de ligne, 4 ba­taillons ; 5è italien de ligne, 2 bataillons ; total, 16 bataillons.

CAVALERIE. ‑ BRIGADES DE CAVALERIE LÉGÈRE.

1re brigade, général Pajol : 2è de chasseurs, 9è de cavalerie légère polonais, qui est à Danzig.

2è brigade, général Bordesoulle : 1er et 3è de chasseurs.

3è brigade, général Jacquinot : 7è de hussards, 9è de chevau‑légers. 

4è brigade, général Piré : 8è de hussards, 7è de chasseurs.

5è brigade, général Castex : 23è et 24è de chas­seurs.

Ces cinq premières brigades sont au corps d’ob­servation de l’Elbe.

6è brigade, général Corbineau : 7è et 20è de chasseurs, 8è de chevau‑légers.

7è brigade, général Saint‑Geniès : 11è et 12è de chasseurs.

  8è brigade, général Burthe : 5è et 9è de hussards.

  9è brigade, général Mouriez : 11è de hussards, 6è de chevau‑légers.

  Pour ces quatre brigades, le lieu de réunion n’est pas encore fixé.

  10è brigade, général Gérard : 6è et 25è de chas­seurs.

  11è brigade, général Gautherin : 6è de hussards, 8è de chasseurs.

 Ces deux brigades se réuniront sur la Brenta, du côté de Bassano.

  12è brigade, général Ferrières : 9è et 10è de chasseurs.

  Cette brigade se réunira sur l’Oglio et sur Brescia.

  13è brigade, général italien Villata : 2è et 3è de chasseurs.

Cette brigade se réunira sur l’Oglio et sur Brescia.

RÉSERVE DE CAVALERIE.

  1re division (en Hanovre), général Saint‑Ger­main : 2è, 3è et 9è de cuirassiers ; le 1er de lanciers sera attaché à cette division.

  2è division (à Bonn), général Beaumont : 5è, 8è et 10è de cuirassiers, 2è de lanciers.

  3è division (à Erfurt), général Doumerc : 4è, 7è et 14è de cuirassiers, 3è de lanciers.

  4è division (à Cologne) : 1er et 2è carabiniers, 1er de cuirassiers, 4è de lanciers.

  5è division (en Hanovre), général Valence : 6è, 11è et 12è de cuirassiers, 5è de lanciers.

  6è division : 7è, 23è, 28è et 30è de dragons ; se réunira sur le Mincio.

  D’après l’original. Dépôt de la guerre.  

1384. ‑ RAPPORT AU SUJET D’UN GÉNÉRAL DE CAVALERIE QUI S’EST LAISSÉ SURPRENDRE.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Paris, 2 janvier 1812.

Mon Cousin, je désirerais que vous me fissiez un rapport, destiné à être imprimé, dans lequel vous me ferez connaître ce qui résulte de la correspon­dance sur l’affaire du général Girard. Il paraît que le général Briche était posté du côté par où venait l’ennemi, et qu’il a été parfaitement surpris, n’étant pas bivouaqué, mais couché dans une bonne mai­son, et les chevaux de ses hussards dessellés. Je vous dicterai ce rapport. Mon but est de frapper l’esprit des colonels et généraux de troupes légères, et de rappeler, en principe, qu’un colonel de chas­seurs ou de hussards qui, au lieu de passer la nuit au bivouac et en correspondance continuelle avec ses grand’gardes, se couche, mérite la mort.

Je crois que le maréchal Mortier a des renseigne­ments là‑dessus.

  Comme en cela je n’ai pas en vue l’affaire du général Briche, mais de remonter l’esprit de la cavalerie légère, il faut que ce rapport soit bien frappé.

  NAPOLÉON.

  D’après l'original. Dépôt de la guerre,

 

1385. ‑ INSTRUCTIONS POUR LES APPROVISIONNE­MENTS DE BLÉ ET DE RIZ A L’ARMÉE D’ALLE­MAGNE.

AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

Paris, 3 janvier 1812.

Mon Cousin, je suppose que vous avez déjà reçu le décret du 12 décembre sur Danzig. Vous y verrez que j’ai fait un fonds de 12,000 francs, moyennant lequel je dois avoir à Danzig 33,000 quintaux mé­triques de blé, ou 66,000 quintaux poids de marc, 3,900 quintaux métriques de riz, savoir 1,900 pour l’approvisionnement de siège et 2,000 pour la réserve, 612,000 décalitres d’avoine. Les fonds sont accordés pour tout cela. Il est nécessaire que, sur les 66,000 quintaux de blé, 50,000 soient convertis en farine au 1er  mars ; que cette farine soit prête à être entonnellée, et que les tonneaux soient d’une dimension telle qu’ils puissent facilement se placer sur nos nouveaux chariots. Tout cela doit être pré­paré de manière que, lorsque le mouvement sera démasqué, on puisse faire embariller la farine sans donner l’alerte, et la faire passer, soit par la Vistule, soit par le Frische Haff, soit par terre au moyen des équipages. Il faut aussi que les 600,000 rations de biscuit soient dans des caisses qui aillent parfai­tement sur les nouveaux caissons. De même pour les 2,000 quintaux métriques de riz qui n’appartiennent pas à l’approvisionnement de siège. Je vous ai déjà mandé qu’indépendamment de ce riz vous eussiez à envoyer tout le riz qui est à votre disposition, soit à Hambourg, soit à Magdebourg, soit dans les places de l’Oder. Moyennant ces pré­cautions, on pourra être assuré d’avoir 600,000 ra­tions de biscuit et 50,000 quintaux de farine poids de marc ; ce qui fera à peu près pour 200,000 hommes pendant trente jours. Ce sera un approvision­nement raisonnable, mais il faut que tout cela soit disposé de manière à pouvoir être transporté à deux ou trois cents lieues, et notamment le riz.

Je désirerais avoir un rapport qui me fit con­naître les moyens de mouture qu’on a à Danzig.

NAPOLÉON.

D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1386. - INSTRUCTIONS POUR LA FORMATION ET LA RÉUNION DU CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE A MILAN.

Paris, 3 janvier 1812.

  Mon Fils, le ministre de la guerre vous a trans­mis mes ordres pour l’organisation des 13è, 14è et 15è divisions, pour celle des quatre brigades de cavalerie légère et de la division de dragons. Cachez votre mouvement le plus longtemps que vous pour­rez, en commençant par tout ce qui est insignifiant, c’est‑à‑dire par ce qui est le plus éloigné. J’ai dé­cidé que la 13è division serait réunie à Bolzano et jusqu’aux limites du territoire bavarois ; que la partie de la division qui vient des provinces illy­riennes se rendrait à Linz, hormis toutefois les Croates, qui ne doivent partir que bien habillés et bien armés ; que la 14è division se réunirait du côté de Trente et de Roveredo, et la 15è division à Lo­drone, à la Rocca d’Anfo, à Brescia et à Salo ; que deux brigades de cavalerie légère se réuniraient dans la vallée, de la Brenta, de manière que la tête ne soit qu’à une marche de Trente, et les deux autres brigades dans la vallée de la Chiese, de ma­nière à pouvoir promptement déboucher par la Rocca d’Anfo ; que la division de dragons se réunirait sur le Mincio ; le grand parc, les transports militaires et le génie, à Vérone : bien entendu que chaque division aura avec elle son artillerie, son détachement du génie et tout ce qui lui est néces­saire. Comme il est possible que les divisions res­tent dans cet état pendant douze ou quinze jours, il faut que des mesures soient prises pour les sub­sistances et pour que les divisions mènent avec elles huit jours de vivres, pour pouvoir marcher rapide­ment. Vous ne ferez aucune demande de passage en Bavière, ni aucune démonstration ; quand le cas arrivera, je donnerai les ordres nécessaires.

Il faut m’envoyer un autre état de formation de votre corps, qui soit mieux fait. Prenez les me­sures nécessaires pour que toutes les compagnies des régiments italiens soient fortes de 140 hommes, et pour que vos seize bataillons aient 13,440 hom­mes, leurs compagnies d’artillerie régimentaires non comprises. Il est même nécessaire qu’il y ait dix hommes de plus par compagnie, de sorte qu’à son passage à Ratisbonne le corps italien se trouve avoir 13,440 hommes présents sous les armes.

Le 8è et le 18è régiment d’infanterie légère pour­ront avoir le même complet, puisque ces régiments viennent de recevoir 400 hommes réfractaires. Les Croates devront avoir le même complet.

  Quant aux autres régiments français, il faut les porter à ce complet aussitôt que possible. Le bataillon du 10è de ligne doit être arrivé ; vous le ferez sur‑le‑champ incorporer. Vous pourrez incorporer également les deux bataillons du 2è régiment de la Méditerranée qui ont 1,500 hommes, ce qui vous fera près de 2,000 hommes. Le 4è bataillon du 8è léger est parti à la fin de décembre des îles d’Hyères, composé de conscrits réfractaires, pour rejoindre son régiment ; vous aurez ainsi trois bataillons du 8è lé­ger, au lieu de deux ; vous ferez tiercer ce 3è batail­lon avec les deux autres. Comme j’attache une grande importance à ce que le corps d’observation d’Italie parte complet, écrivez au prince Borghese pour savoir ce que les dépôts qui sont dans son gou­vernement peuvent fournir à vos régiments.

  Je donne ordre d’ailleurs que les bataillons du régiment de la Méditerranée qui sont à l’île d’Elbe et en Corse suivent le mouvement pour vous joindre. Je désirerais que tous vos bataillons pussent passer le Tyrol forts de 840 hommes chacun. Il faudra for­mer à Trente un dépôt pour tous les hommes ma­lades et fatigués ; à mesure qu’ils guériront, ils viendront vous rejoindre ; on ne les fera partir que lorsqu’il y en aura 1,500 ou 2,000, avec les effets que les corps voudront envoyer. Toutes les compa­gnies de pontonniers qui sont en Italie ou dans le gouvernement du prince Borghese doivent se réunir à Vérone, ainsi que la plus grande partie des com­pagnies de sapeurs, les compagnies de pontonniers complétées à 120 hommes et les compagnies de sa­peurs à 140 hommes. Il en est de même des com­pagnies de mineurs. Tout cela arrivé à la Grande Armée sera distribué dans les corps selon l’orga­nisation.

  Les régiments de chasseurs italiens sont bien fai­bles ; il faudrait les porter à 1,100 hommes et 1,000 chevaux. Vous devez avoir des hommes disponibles ; faites‑les armer et habiller, pour porter vos régi­ments à 1,200 hommes. Ils pourront partir à pied, avec leurs selles, et prendre leurs chevaux à Dresde ou à Posen, où vous les aurez fait acheter d’avance. Tous les régiments de cavalerie légère française ont des marchés passés pour 300 chevaux du côté de Hambourg et de Hanovre, de sorte qu’ils seront à 1,000 chevaux dans le courant de mars. La garde doit être au grand complet, de sorte que vous vous trouverez avoir 46 à 47,000 hommes d’infanterie, sans compter l’artillerie et le génie. Vous devez avoir deux bataillons d’équipages militaires, un français et un italien. En attendant que les nouvelles voitures soient faites, on se servira des anciennes ; mais ne les faites partir de Plaisance qu’au dernier moment, c’est‑à‑dire au commencement de février, puisque, pour arriver à Vérone, je ne crois pas qu’il faille plus de sept à huit jours. Vous renverrez les cadres des bataillons du 10è et du 20è à leurs dépôts, et ceux des bataillons du 2è régiment de la Méditerranée à Toulon. Assurez‑vous, avant le départ de ces cadres, que les sous‑officiers ont deux ans de service ; s’ils ne les avaient pas, faites faire l’é­change avec de vieux sergents et caporaux de vos régiments.

  Le ministre de l’administration de la guerre a dû donner des ordres pour que tous les employés de l’administration fussent rendus à Milan le 15 février.

  Faites‑moi connaître où en est la conscription ita­lienne de 1812. La conscription de 1811 est‑elle toute levée ?

  NAPOLÉON.

  D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

1387. ‑ FORMATION DE LA GRANDE ARMÉE EN QUATRE CORPS D’ARMÉE ET TROIS CORPS DE CAVALERIE DE RÉSERVE.

  AU MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMULH, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE, A HAMBOURG.

  Paris, 10 janvier 1812.

  Mon Cousin, j’ai formé quatre corps d’armée. Le corps d’observation de l’Elbe sera composé de vos cinq premières divisions et des 1re et 2è brigades de cavalerie légère. Le 2è corps de l’Elbe sera commandé par le duc de Reggio et sera composé des 6è, 8è et 9è divisions et des 5è et 6è brigades de cava­lerie légère. Le quartier général du duc de Reggio sera à Münster, et tout sera réuni au 15 février.

  Le corps d’observation de l’Océan sera composé des 7è, 10è et 11è divisions, et des 9è et 14è brigades de cavalerie légère. Deux de ces divisions seront réunies à Mayence, avec le quartier général, l’artil­lerie, etc., au 15 février. La 12è division ne peut se réunir que dans le courant d’avril.

  Le corps d’observation d’Italie sera composé des 13è, 14è et 15è divisions, et des 12è et 13è brigades de cavalerie légère.

  Ma cavalerie de réserve sera divisée en trois corps, chaque corps commandé par un lieutenant général.

  Le 1er corps de cavalerie sera composé de la 1re division de cavalerie légère, commandée par le général Bruyère, composée des 3è et 4è brigades ; de la 1re division de cuirassiers, commandée par le général Saint‑Germain, et de la 5è division de cui­rassiers, que commande le général Valence. Il sera attaché une batterie d’artillerie légère à la division Bruyère. Ce corps, ayant ainsi trente pièces d’artil­lerie légère, sera commandé par le général Nan­souty.

Le 2è corps de cavalerie sera composé de la 2è di­vision de cavalerie légère, que commande le général Wattier, formée des 7è et 8è brigades, lesquelles se réunissent à Mayence, de la 2è et de la 4è division de cuirassiers.

  Le 3è corps de cavalerie sera composé de la 3è division de cavalerie légère, commandée par le géné­ral Kellermann et formée des 10è et 11è brigades, laquelle se réunit à Vérone, de la 3è division de cuirassiers, que commande le général Doumerc, et de la division de dragons qui se réunit à Vérone.

  Tout le monde sera rendu à son poste et prêt à marcher au 15 février.

  J’ai cru devoir vous donner avis de cette forma­tion de l’armée pour que vous vous en formiez une idée. Le 125è est laissé jusqu’à ce qu’il soit rem­placé du côté d’Emden. J’ai ordonné que les 4è, 5è et 6è compagnies du 6è bataillon d’équipages militaires soient formées sous votre direction. Vous vous servirez des cent vingt caissons et harnais d’ancien modèle du 12è bataillon, et vous prendrez les hom­mes dans la 32è division militaire. Le ministre de l’administration de la guerre vous écrira pour les cadres.

  NAPOLÉON.

  D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmülh.

 

1388. ‑ INSTRUCTIONS POUR LES ACHATS DE DENRÉES NÉCESSAIRES A L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

  AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

  Paris, 13 janvier 1812.

Monsieur le Comte de Cessac, je viens de vous accor­der un supplément de 2,400,000 francs sur le bud­get de Danzig de 1811. Mon intention est que vous achetiez sans délai 100,000 quintaux de froment, 100,000 quintaux de seigle et un million de bois­seaux d’avoine.

Je vous ai donné l’ordre, que je réitère, que le riz qui est à Passau, à Hambourg et dans les places de l’Oder, entre les mains des administrations fran­çaises, et à Magdebourg, fût sans délai dirigé sur Danzig. Je charge le directeur général des douanes d’empêcher toute vente de riz, et de mettre à votre disposition, pour être dirigé sur Danzig, tout le riz qui est à Hambourg et autres places d’Allemagne. Mon intention n’est pas de le payer au prix de l’entrepreneur, qui est de vingt‑cinq pour cent trop cher, mais de le payer au plus bas prix possible. Je n’ai pas besoin de vous recommander qu’il faut qu’on mette de l’adresse dans ces achats. Par ce moyen, j’aurai au 1er mars, savoir : à la réserve, 200,000 quintaux de froment et de seigle ; à l’approvisionnement de siège, 70,000 ; total, 270,000 quintaux. Sur ces 270,000 quintaux, 70,000 seront convertis en farine, bien embarillés et pouvant faire trente jours de marche. J’aurai à la réserve 4,000 quintaux de riz ; à l’approvision­nement de siège, 4,000 quintaux de riz ; venant de Passau et des places de l’Oder, 4,000 quintaux de riz ; total, 12,000 quintaux de riz. J’aurai à la ré­serve 1,400,000 boisseaux d’avoine ; à l’approvi­sionnement de siège, 600,000 boisseaux d’avoine ; total, 2 millions de boisseaux.

J’aurai donc 20 millions de rations de pain, ou pour une armée de 400,000 hommes pendant cin­quante jours ; j'aurai 20 millions de rations de riz à une once par jour, ou pour 400,000 hommes pen­dant cinquante jours. J’aurai 2 millions de bois­seaux d’avoine, ou pour 50,000 chevaux pendant cinquante jours. Je suppose que je ne me trompe pas dans ces différentes données. Indépendamment de cela, il y a un grand approvisionnement sur l’Oder.       

  Quant au biscuit, je désire que le biscuit qui est à Danzig puisse être encaissé et embarillé en peu de jours, de même que les 1,800,000 rations qui existent dans les places de l’Oder, de manière à pouvoir se transporter promptement ; ce qui fera 2,300,000 rations de biscuit. Faites‑moi connaître le temps qu’il faudrait à Danzig pour fabriquer 1,700,000 rations, ayant besoin de 4 millions de rations de biscuit. Comme ce temps est le plus favo­rable aux achats, il est nécessaire que vous donniez des ordres sans délai.

  NAPOLÉON.

  D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1389. ‑ COMPOSITION DES ÉQUIPAGES MILITAIRES DE LA GRANDE ARMÉE.

  GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

  Paris, 24 janvier 1812.

  Monsieur le Comte de Cessac, je juge convenable de vous faire connaître mes intentions tout entières sur les équipages militaires de la Grande Armée. Mon intention est d’avoir les 12è, 2è, 6è, 7è, 9è et 10è bataillons français, un bataillon du royaume d’Ita­lie et un de la Garde impériale, total, huit bataillons, attelant 2,016 voitures ; quatre bataillons de voi­tures comtoises, attelant 2,424 voitures ; quatre bataillons attelés par des bœufs, composés de 1,224 voitures ; un bataillon de voitures à bœufs du royaume d’Italie, attelant 306 voitures ; total géné­ral, dix‑sept bataillons attelant près de 6,000 voitures et portant de 110 à 120,000 quintaux, savoir : les huit bataillons d’équipages, 30 quintaux chaque voiture ; les bataillons de voitures à la comtoise, 12 quintaux, et les bataillons de voitures attelées par des bœufs, 20 quintaux ; total, 114,000 quintaux, ce qui ferait un million de rations de farine, ou pour une armée de 200,000 hommes pendant près de        deux mois. Le décret que j’ai pris aujourd’hui pour la formation des 14è et 15è bataillons et des 20è et 21è, et pour faire fournir par la conscrip­tion des hommes pour tous les bataillons, pourvoit à tous ces besoins. Ceux de ces bataillons qui res­teraient en arrière, si l’armée faisait un mouve­ment, serviraient à porter les effets d’habillement des convois destinés à partir le 15 mars et le 1er avril.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1299. - ORDRE CONCERNANT LES MARMITES ET BIDONS.

  AU GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS.

  Paris, 1er février 1812.

Monsieur le Comte de Cessac, il faut réitèrer les ordres pour que, dans tous les régiments qui composent la Grande Armée, il y ait à chaque ordinaire une marmite et un bidon, et que chaque homme ait son petit bidon. Je vous renvoie votre mémoire pour dépenser 160,000 francs pour bidons et ga­melles. J’approuverais cette fourniture si elle pou­vait se faire directement à Danzig, car c’est là que j’en aurai besoin.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.  

 

1391. ‑ INSTRUCTIONS POUR LA MISE EN ROUTE DU CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN.

 Paris, 8 février 1812.

 Mon Fils, le major général vous envoie l’ordre de commencer votre mouvement du 15 au 20. Vous enverrez le commandant de votre artillerie avec des sapeurs et de l’argent pour faire déblayer le mont Brenner. Le passage de ce col ne doit pas vous retarder de vingt‑quatre heures. Renforcez les corps italiens pour qu’ils arrivent au complet. Faites par­tir vos équipages, mais restez de votre personne à Milan. J’envoie le général Charpentier pour être votre chef d’état‑major. Le général Vignolle restera en Italie jusqu’à nouvel ordre. J’envoie le duc d’Abrantès pour servir sous vos ordres. J’envoie le général Gouvion Saint‑Cyr pour commander les Bavarois. Mon intention est que les 13è 14è et 15è divisions et les Bavarois soient sous vos ordres ; ce qui vous fera une armée de 80,000 hommes. Comme vous êtes le pivot du mouvement, il est nécessaire que, si cela était utile, vous retardiez votre mouve­ment d’un jour, afin que, lorsqu’il sera démasqué, vous descendiez comme un torrent du haut du Bren­ner sur le Danube. Vous vous dirigerez sur Glogau, et, si les circonstances ne s’y opposent pas, vous aurez la belle haute Silésie pour vous réparer et vous refaire. En partant le 20 février, vous arri­verez le 1er avril. Il est probable qu’alors la saison ne sera pas assez avancée pour commencer les opérations, et que vous aurez quelque huit jours pour vous reposer. Je vous ai mandé que l’artillerie ita­lienne devait envoyer 200 charretiers à Ratisbonne pour acheter des chevaux et faire confectionner des harnais, afin de réparer vos pertes. Aussitôt que le mouvement sera démasqué et que la tête de vos troupes sera arrivée près d’Augsbourg, vous pourrez charger les colonels du régiment de cavalerie légère italien et des régiments de dragons français et les commandants des bataillons du train d’envoyer ache­ ter des chevaux à Dresde pour réparer les pertes de la route ; mais cela ne doit se faire que lorsque            votre mouvement sera démasqué et que votre première colonne sera arrivée à Augsbourg.

J’ai fait écrire au roi de Bavière que votre corps d’armée était de 80,000 hommes ; quand vous écri­rez, soutenez ce dire.

Il est nécessaire que les payeurs italiens portent avec eux la solde pour tout février, mars et avril.

Faites‑moi connaître quel sera l’état des choses en Italie après le départ de l’armée, et quels seront les officiers qui commanderont sur la frontière et dans les différentes places.

NAPOLÉON.

D’après la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg.

 

1392. ‑ INSTRUCTIONS AU MARÉCHAL MARMONT, COMMANDANT L’ARMÉE DE PORTUGAL.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A PARIS.

Paris, 18 février 1812.

Mon Cousin, je juge à propos que vous répétiez mes instructions au duc de Raguse dans les termes suivants. Réexpédiez‑lui donc, au plus tard demain, un nouvel officier.

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

AU MARÉCHAL MARMONT, DUC DE RAGUSE, COMMANDANT L’ARMÉE DU Portugal.[1]

Paris, 18 février 1812.

Monsieur le Duc, je viens de mettre à l’instant sous les yeux de l’Empereur vos lettres des 29 jan­vier, 4 et 6 février. Sa Majesté n’est pas satisfaite de la direction que vous donnez à la guerre : vous avez la supériorité sur l’ennemi, et, au lieu de prendre l’initiative, vous ne cessez de la recevoir. Vous remuez et fatiguez vos troupes. Ce n’est pas l’art de la guerre. Quand le général Hill marche sur l’armée du Midi avec 15,000 hommes, c’est ce qui peut vous arriver de plus heureux ; cette armée est forte et assez bien organisée pour ne rien craindre de l’armée anglaise, aurait‑elle même quatre ou cinq divisions réunies.

Aujourd’hui l’ennemi suppose que vous allez faire le siège de Ciudad‑Rodrigo ; il approche le général Hill de sa droite, afin de pouvoir le faire venir à lui à grandes marches et vous livrer bataille réunis, si vous voulez reprendre Ciudad‑Rodrigo : c’est donc au duc de Dalmatie à tenir 20,000 hommes sur la Guadiana et à l’empêcher de faire ce mouvement, et, si Hill passe le Tage, à se porter à sa suite ou dans l’Alentejo. Vous avez le double de la lettre que l’Empereur m’a ordonné d’écrire au duc de Dalmatie le 10 de ce mois, en réponse à la demande qu’il vous avait faite de porter des troupes vers le midi. C’est vous, Monsieur le Maré­chal, qui deviez lui écrire pour lui demander de porter un gros corps de troupes sur la Guadiana pour maintenir le général Hill dans le midi et l’em­pêcher de se réunir à lord Wellington.

La prise de Ciudad‑Rodrigo est un échec pour vous, et les Anglais connaissent assez l’honneur français pour comprendre que ce succès peut de­venir un affront pour eux, et qu’au lieu d’améliorer leur position l’occupation de Ciudad‑Rodrigo les met dans l’obligation de défendre cette place ; et, dès lors, ils vous rendent maître du choix du champ de bataille, puisque vous les forcez à venir au secours de cette place et à combattre dans une position si loin de la mer.

Le résultat de cet avantage ne peut être retardé que jusqu’à la récolte ; alors vous serez en mesure de faire le siège de Ciudad‑Rodrigo : l’ennemi mar­chera ou aura la honte de vous voir reprendre cette place.

Le mouvement du général Hill sur le Tage a été fait dans la croyance qu’aussitôt que vous auriez su la prise de Ciudad‑Rodrigo vous auriez réuni vos troupes pour marcher rapidement sur cette ville, pour l’investir et profiter du premier moment où la brèche n’était pas relevée et où il ne pouvait encore y avoir aucun approvisionnement. Cette occasion étant manquée, il faut tout préparer pour le mois de mai. La véritable route de Lisbonne est par le nord ; l’ennemi y ayant des magasins con­sidérables et des hôpitaux ne peut se retirer de cette capitale que très‑lentement, et si, dans l’attaque du prince d’Essling, il s’est retiré rapidement, c’est parce qu’il s’était préparé à ce mouvement.

Il a donc un grand intérêt à vous empêcher de péné­trer dans le Portugal. La situation du prince d’Ess­ling devant Lisbonne était pour l’Angleterre et le Portugal une grande calamité. Je ne puis que vous répéter les ordres de l’Empereur : prenez votre quartier général à Salamanque ; travaillez avec activité à fortifier cette ville ; faites‑y travailler 6,000 hommes de troupes et 6,000 paysans ; réu­nissez‑y un nouvel équipage de siège, qui servira à armer la ville ; formez‑y des approvisionnements ; faites faire tous les jours le coup de fusil avec les avant‑postes ennemis ; placez deux fortes avant­-gardes qui menacent, l’une Almeida, l’autre Ciudad­-Rodrigo ; menacez les autres directions sur la fron­tière du Portugal ; envoyez des partis qui ravagent quelques villages ; enfin employez tout ce qui peut tenir l’ennemi sur le qui‑vive. Faites réparer la route de Porto, celle d’Almeida ; tenez votre armée réunie vers Toro, Benavente, Salamanque. La pro­vince d’Avila a même de bonnes parties où l’on trouve des ressources. Dans cette situation aussi simple que formidable, vous reposez vos troupes, vous formez des magasins, et, avec de simples démonstrations bien combinées, qui mettent vos avant‑postes à même de tirer journellement des coups de fusil avec l’ennemi, vous avez barres sur les Anglais, qui ne pourront vous observer. Vous devez tous les jours faire faire des prisonniers par vos avant‑gardes et sur toutes les directions qui menacent l’ennemi : c’est le moyen d’avoir des nouvelles de l’ennemi ; il n’en est pas d’autre efficace.

L’Empereur me prescrit de donner l’ordre au duc de Dalmatie d’avoir toujours un corps de 20,000 hommes avec vingt bouches à feu, composé de ses meilleures troupes, soit sur Merida pour faire le coup de fusil avec le corps du général Hill et le contenir sur la rive gauche du Tage, soit sur Badajoz en se portant sur l’Alentejo et l’obligeant ainsi à se rapprocher d’Elvas. Cette opération est d’autant plus importante que, si elle n’avait pas lieu, le général Hill pourrait se réunir à lord Wellington pour vous attaquer. Il serait insensé de penser que jamais lord Wellington pût rappeler la division Hill tant que le duc de Dalmatie fera des démonstrations. Lord Wellington ne peut donc vous attaquer qu’avec son corps, et, s’il marchait à vous, vous réuniriez sept divisions à Salamanque, avec toute votre artillerie et votre cavalerie ; cela vous ferait 50,000 hommes. Je dis sept divisions, car il ne faut jamais compter sur celle des Asturies ; cette division recevrait alors ordre de marcher en avant pour menacer la Galice et contenir le corps espagnol qui est de ce côté. Appuyé à Salamanque, ayant autant d’artillerie et de munitions que vous voudrez, votre armée, forte de 50,000 hommes, est inattaquable, le général Hill fût‑il même réuni à lord Wellington. Elle serait inattaquable, non pas pour 35,000 An­glais, qui, au fond, sont le total de ce que les Anglais ont en Portugal sans y comprendre les Por­tugais, mais pour 70,000 Anglais. Un camp choisi, une retraite assurée sur les places, des canons et des munitions en quantité sont un avantage que vous savez trop bien apprécier.

Cependant, tandis que vous observerez, je suppose que Hill ait joint l’armée anglaise et que lord Wel­lington soit beaucoup plus fort qu’il ne l’est : dans ce cas l’armée du nord de l’Espagne arriverait avec sa cavalerie et deux divisions ; vous vous renfor­ceriez tous les jours, et la victoire serait assurée. Mais, une fois la résolution prise, il faut la tenir ; il n’y a plus ni si ni mais ; il faut choisir votre position sous Salamanque, être vainqueur ou périr avec l’armée française au champ de bataille que vous aurez choisi.

Comme vous êtes le plus fort et qu’il est impor­tant d’avoir l’initiative, évitez de faire des travaux de camp retranché, qui n’appartiennent qu’à la défensive et avertiraient l’ennemi. Il suffira de reconnaître les emplacements et de travailler à force à la place. Si on prend un système de fortification serrée et qu’on n’admette pas trop de développe­ment, en six semaines on peut avoir une bonne place qui mette votre quartier général, vos magasins et vos hôpitaux à l’abri de toute entreprise de l’en­nemi, et qui puisse servir à votre corps d’armée de point de ralliement pour recevoir la bataille, ou de point de départ pour marcher sur Ciudad‑Rodrigo et Almeida quand le temps en sera venu.

Je vous ai dit que vous ne deviez compter que sur sept divisions. La division du général Bonet doit retourner sur‑le‑champ dans les Asturies.

Soit que vous considériez la conservation de toutes les provinces du nord, soit que vous considériez un mouvement de retraite, sans les Asturies, qui as­surent la possession des montagnes, ni Salamanque, ni Burgos, ni même Vitoria, ne sont tenables ; si, après une bataille perdue, il fallait évacuer, la di­vision des Asturies ne devrait pas même alors être rappelée à vous ; mais, se repliant avec ordre sur votre droite, elle appuierait votre retraite, et, lors­que vous seriez à Burgos, elle serait à Reinosa pour vous couvrir de ce côté ; sans quoi, favorisé par des débarquements sur tous les points de la côte, l’en­nemi, dès le commencement de votre retraite, vous tirerait des coups de fusil sur Mondragon et Vitoria. D’ailleurs vous n’avez pas seulement à lutter contre lord Wellington, vous avez à contenir aussi le corps ennemi qui est en Galice, et, au moment où vous marchez sur l’ennemi, la division des Asturies con­tiendra la Galice et épargnera la présence d’une division à Astorga.

Je vous le répète, c’est à l’armée du Midi à avoir un corps de 20,000 hommes pour tenir en échec une partie de l’armée de lord Wellington sur la rive gauche du Tage. Ce n’est donc pas à vous, Monsieur le Duc, à vous disséminer en faveur de l’armée du Midi.

Lorsque vous avez été prendre le commandement de votre armée, elle venait d’éprouver un échec par sa retraite de Portugal ; ce pays était ravagé ; les hôpitaux et les magasins de l’ennemi étaient à Lisbonne ; vos troupes étaient fatiguées, dégoûtées par des marches forcées, sans artillerie, sans train d'équipages ; Badajoz était attaqué depuis long­temps ; une bataille dans le midi n’avait pu faire lever le siège de cette place. Que deviez‑vous faire alors ? vous porter sur Almeida pour menacer Lis­bonne ? Non, parce que votre armée n’avait pas d’artillerie, point de train d’équipages et qu’elle était fatiguée. L’ennemi, dans cette position, n’au­rait pas cru à cette menace ; il aurait laissé appro­cher jusqu’à Coïmbre, aurait pris Badajoz et ensuite serait venu sur vous. Vous avez donc fait à cette époque ce qu’il fallait faire ; vous avez marché rapidement au secours de Badajoz, l’ennemi avait barres sur vous, et l’art de la guerre était de vous y concentrer : le siège en a été levé et l’ennemi est rentré en Portugal ; c’est ce qu’il y avait à faire. Depuis, Monsieur le Maréchal, vous êtes revenu dans le nord, lord Wellington s’est reporté sur le véritable point de défense du pays, et depuis ce temps vous êtes en présence.

Si, après avoir rejeté lord Wellington au delà de Ciudad‑Rodrigo, vous fussiez resté dans la province de Salamanque, ayant vos avant‑gardes sur les direc­tions du Portugal, lord Wellington n’aurait pas bougé ; mais vous vous êtes porté sans raison sur le Tage ; les Anglais ont cru que vous vous disposiez à entrer dans l’Alentejo pour vous réunir au duc de Dalmatie et faire le siège d’Elvas ; ils manœu­vrèrent en conséquence et restèrent attentifs, lorsque votre mouvement sur Valence leur a fait connaître qu’ils n’avaient rien à craindre.

Dans ce moment, Monsieur le Duc, votre position est simple et claire ; par conséquent elle ne de­mande pas des combinaisons d’esprit. Placez votre armée de manière qu’en quatre marches vos troupes puissent se réunir et se grouper sur Salamanque ; ayez‑y votre quartier général ; que vos ordres, vos dispositions, annoncent à l’ennemi que la grosse artillerie arrive à Salamanque, que vous y formez des magasins, que tout y est dans une position offensive ; faites faire continuellement la petite guerre avec les postes ennemis. Dans cet état, vous êtes maître de tous les mouvements des Anglais. Si lord Wellington se dirige sur Badajoz, laissez‑le aller ; réunissez aussitôt votre armée et marchez droit sur Almeida ; poussez des partis sur Coïmbre, et soyez persuadé que Wellington reviendra bien vite sur vous. Mais les Anglais ont trop de savoir­-faire pour commettre une pareille faute. Ce n’est pas l’envoi de 4 ou 5,000 hommes sur Valence qui a fait faire aux Anglais leur mouvement pour s’em­parer de Ciudad‑Rodrigo, c’est la marche si inutile, que vous avez fait faire d’une grande partie de votre artillerie, de votre cavalerie ; c’est la dissémination de votre armée.

Écrivez au duc de Dalmatie et sollicitez le Roi de lui écrire également pour qu’il exécute les ordres impératifs que je lui donne de porter un corps de 20,000 hommes pour forcer le général Hill à rester sur la rive gauche du Tage. Ne pensez donc plus, Monsieur le Maréchal, à aller dans le midi, et marchez droit sur le Portugal si lord Wellington fait la faute de se porter sur la rive gauche du Tage.

La division Caffarelli doit être arrivée en Na­varre ; l’Empereur ordonne qu’une division italienne vienne renforcer l’armée du Nord. Mettez‑vous en correspondance avec le maréchal Suchet à Valence, afin qu’il puisse marcher avec ses forces pour sou­tenir Madrid, s’il y a lieu. Profitez du moment où vos troupes se réunissent pour bien organiser et mettre de l’ordre dans le nord. Qu’on travaille jour et nuit à fortifier Salamanque ; qu’on y fasse venir de grosses pièces ; qu’on refasse l’équipage de siège ; enfin qu’on forme des magasins de subsistances. Vous sentirez, Monsieur le Maréchal, qu’en suivant ces directions et en mettant pour les exécuter toute l’activité convenable, vous tiendrez l’ennemi en échec ; Londres elle‑même tremblera de la perspec­tive d’une bataille et de l’invasion du Portugal, si redoutée des Anglais ; et enfin, au moment de la récolte, vous vous trouverez tout à fait en état d’investir Ciudad‑Rodrigo et de prendre cette place à la barbe des Anglais, ou de leur livrer bataille ; ce qui serait à désirer, car, battus aussi loin de la mer, ils seraient perdus, et le Portugal conquis. L’artillerie qui arriverait pour armer Salamanque servirait pour Almeida et Ciudad‑Rodrigo. En re­cevant la bataille au lieu de la donner, en ne son­geant qu’à l'armée du Midi, qui n’a pas besoin de vous, puisqu’elle est forte de 80,000 hommes des meilleures troupes de l’Europe, en ayant de la solli­citude pour les pays qui ne sont pas sous votre commandement, en abandonnant les Asturies et les provinces qui vous regardent, un échec que vous éprouveriez serait une calamité qui se ferait sentir dans toute l’Espagne ; un échec de l’armée du Midi la conduirait sur Madrid ou sur Valence et ne serait pas de même nature.

Je vous le répète, vous êtes le maître de conser­ver barres sur lord Wellington en plaçant votre quartier général à Salamanque, en occupant en force cette position et en poussant de fortes recon­naissances sur tous les débouchés ; je ne pourrais que vous redire ce que je vous ai déjà expliqué ci­-dessus. Si Badajoz était cerné seulement par deux ou trois divisions anglaises, le duc de Dalmatie pourrait le débloquer ; mais alors lord Wellington, affaibli, vous mettrait à même de vous porter dans l’intérieur du Portugal, ce qui secourrait plus effi­cacement Badajoz que toute autre opération. Mais lorsque, par les nouvelles dispositions de l’Empe­reur qui l’ont obligé à renoncer pour cette année à l’expédition du Portugal, vu la tournure que pre­naient les affaires générales de l’Europe, l’Empe­reur vous a ordonné de vous porter à Valladolid avec votre armée, et que vous êtes arrivé à Sala­manque, les Anglais, qui ont bien calculé que ces mouvements n’avaient pu se faire en conséquence des leurs, ont été atterrés ; et si, du 17 au 18, avec les 30,000 hommes que vous aviez dans la main, vous aviez marché à tire‑d’aile sans livrer bataille, mais faisant mine de le vouloir, l’ennemi, qui était déconcerté par votre arrivée, était résolu de lever le siège de Ciudad‑Rodrigo. Qui vous empêchait en effet de vous porter avec 25,000 hommes entre Salamanque et Ciudad‑Rodrigo ? C’est une opération qu’on pouvait même faire avec 9 ou 10,000 hommes, en prenant position sans s’engager et retour­nant sur Salamanque si l’ennemi présentait trop de forces. La guerre est un métier de positions, et 12,000 hommes ne sont jamais engagés quand ils ne le veulent pas ; à plus forte raison 30,000 hommes, et surtout lorsque ces 30,000 hommes étaient suivis par d’autres troupes. Mais le passé est sans remède.

Je donne l’ordre que tout ce qu’il sera possible de fournir vous soit fourni pour compléter votre artillerie et pour armer Salamanque. Vingt‑quatre heures après la réception de cette lettre, l’Empereur pense que vous partirez pour Salamanque, à moins d’événements inattendus; que vous chargerez une avant‑garde d’occuper les débouchés sur Ciudad­-Rodrigo et une autre sur Almeida ; que vous aurez dans la main au moins la valeur d’une division ; que vous ferez revenir la cavalerie et l’artillerie qui sont à la division du Tage ; que vous renverrez la divi­sion Bonet dans les Asturies. Vous ne donnerez pas de division à l’armée du Nord, parce qu’elle sera renforcée par la division Palombini.

Pourtant, comme ce mouvement sera brusque, il faut lui donner le temps d’opérer son effet, et ce ne peut être que huit jours après que vous seriez arrivé à Salamanque, et que ces dispositions seront faites, que leur effet aura lieu sur l’ennemi ; ce n’est qu’alors que vous pourrez entièrement évacuer le Tage. En attendant, il semble à l’Empereur qu’une seule division d’infanterie sur ce point est suffisante. Le Roi enverra au moins 1,200 hommes de cavalerie et 3,000 hommes d’infanterie pour appuyer cette division. Réunissez surtout votre ca­valerie, dont vous n’avez pas de trop et dont vous avez tant besoin. Lorsque vous verrez que votre mouvement offensif a produit son effet, vous reti­rerez du Tage d’abord une brigade et ensuite une autre brigade ; mais en même temps vous augmen­terez vos démonstrations d’offensive, de manière que tout montre que vous attendez les premières herbes pour entrer en Portugal.

D’après la dépêche chiffrée. Dépôt de la guerre­.

 

1393. - ORDRE AU MARÉCHAL DAVOUT DE PORTER SON CORPS DE L’ELBE SUR L’ODER 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A PARIS.

Paris, 21 février 1812.

Mon Cousin, donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de commencer son mouvement sans délai. A cet effet, vingt‑quatre heures après la réception de voire lettre, les deux divisions de cuirassiers se réuniront à Magdebourg ; toute la division Gudin se réunira à Magdebourg. Le parc d’artillerie et celui du génie se mettront en marche de Minden par le Mecklenbourg sur Stettin, ou à une marche de cette ville. La division Gudin doit passer l’Elbe le 29, s’il est possible, et se diriger sur Stettin. Ce mouvement se fera par trois colonnes : 1re co­lonne, la brigade de cavalerie légère du général Piré, un régiment d’infanterie et plusieurs batteries de canon ; 2è colonne, une division de cuirassiers avec son artillerie et un régiment d’infanterie ; 3è colonne, la 3è division de cuirassiers. Il faut que tout cela arrive le plus tôt possible à Stettin. En même temps, la division de cuirassiers qui est à Erfurt se portera sur Magdebourg ; le prince d’Eckmühl la laissera sur l’Elbe, à moins de circonstances imprévues.         

La division Morand se mettra en marche avec son artillerie et ses équipages et s’approchera de Stettin à deux marches.

      La division qui est à Rostock pourra se mettre en marche plus tard ; elle se portera à deux marches de Stettin.        

Du 5 au 10 mars, le corps d’armée du prince d’Eckmühl doit être tout entier dans sa main, savoir : son quartier général à Stettin, la division Dessaix à Küstrin, ayant un régiment à Glogau ; les quatre autres divisions, une à Stettin, une à Prenzlow, une à Anklam, une à Strelitz ou tout autre lieu, mais pouvant en deux jours, après en avoir reçu l’ordre, passer l’Oder à Stettin.

La division de cavalerie légère du général Bruyère sera sur la droite de l’Oder, couvrant tout l’Oder depuis Küstrin jusqu’à Stettin, poussant des postes sur les routes de Kolberg, de Landsberg, de Danzig, et communiquant avec la brigade Pajol, qui est en avant.

La 2è brigade de cavalerie légère sera à Küstrin, occupant Landsberg et communiquant avec Posen et avec la division Bruyère. Le général Bruyère aura son quartier général à Stargard.

Les cuirassiers seront placés le long de l’Oder, à Schwedt, par exemple, et dans les lieux où ils seront le mieux nourris. Je suppose qu’ils ont leurs mousquetons, leurs cartouches, et qu’ils peuvent se garder eux‑mêmes dans leurs canton­nements.

Le général Carra Saint‑Cyr, qui commande la 32è division militaire, sera sous les ordres du prince d’Eckmühl ; il lui rendra compte de tout. Il aura la division princière pour garder le Mecklenbourg et la 32è division militaire.

Il est important, en exécutant ce mouvement, qu’aucun homme ne passe l’Oder avant le 8 mars. Ainsi, au 8 mars, le prince d’Eckmühl doit avoir son corps groupé sur l’Oder, la cavalerie légère doit passer l’Oder, et le prince d’Eckmühl arriver de sa personne en poste à Stettin, avec son quartier général.

Le général Gudin, qui traverse la Prusse, la tra­versera avec les précautions convenables.

Le contingent de Mecklenbourg pourra encore rester du côté de Rostock, et on pourra lui donner quelques jours pour la rejoindre.

Dans une lettre que je vous écrirai demain, je vous ferai connaître la conduite à tenir envers la Prusse.

Le prince d’Eckmühl aura donc sous ses ordres cinq divisions d’infanterie, le 1er corps de réserve de cavalerie, que commande le général Nansouty, ses deux brigades de cavalerie légère, la 7è division d’infanterie, qui est à Danzig, et les con­tingents du Mecklenbourg, ce qui lui fera, tout compris, une armée de 100,000 Français. Le corps saxon sera également sous ses ordres. Indépen­damment de ce, il aura toute la division Daen­dels, composée des brigades de Würzbourg, de Hesse et de Bade, formant 15,000 hommes d’in­fanterie et 1,500 hommes de cavalerie. Il se servira de cette division pour garder la Pomé­ranie suédoise et le Mecklenbourg. Il tiendra prêt un bataillon de chaque nation pour le faire entrer à Küstrin aussitôt que la division Dessaix quittera cette place

Le prince d’Eckmühl formera un dépôt, selon l’usage, lequel sera composé des hommes malingres et estropiés des régiments de ses divisions, et qui restera à Stettin avec six bataillons de la division Daendels, qui ne viendront à Stettin que lorsque le moment d’aller en avant sera arrivé.

Le 85è, qui est à Glogau, se tiendra prêt à se rendre à Posen, aussitôt que la division Dessaix arriverait dans cette ville.

NAPOLÉON

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1394. ‑ NOUVELLES INSTRUCTIONS AU COMMANDANT DE L’ARMÉE DU PORTUGAL ; REPROCHES SUR SA MANIÈRE D’AGIR.

 AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A PARIS.

Paris, 21 février 1812.

Le major général écrira au duc de Raguse que j’ai lu ses lettres du 6 février ; que je suis extrême­ment peiné qu’il ait envoyé la division Bonet à l’armée du Nord ; que cette division est la seule qui puisse occuper avec profit les Asturies, parce que le soldat connaît l’Espagne et les habitants ; qu’il valait mieux ne rien envoyer à l’armée du Nord et renvoyer la division Bonet dans les Astu­ries ; que mon intention est que, dans quelque en­droit qu’elle se trouve, elle retourne dans cette province ; que, pour le Nord, il vaut mieux avoir la division Bonet dans les Asturies qu’à Burgos ; que l’armée de Portugal est en l’air, et que la commu­nication avec Irun n’est pas tenable, si l’on n’a pas les Asturies ; qu’il faut occuper les Asturies quand on est à la hauteur de Salamanque, et occuper la ligne de Potes et de Reynosa quand on est à la hau­teur de Valladolid ou de Burgos ; mais que laisser les paysans maîtres des montagnes, communiquant avec la mer, c’est le plus grand malheur qui puisse          arriver en Espagne ; que la population de la Galice refluera dans les provinces occupées par l’armée ; que l’expérience a prouvé cette théorie ; que, quand le duc d’Istrie fit évacuer les Asturies, tout le pays fut en mouvement ; qu’il faut 6,000 hommes pour garder les montagnes ; qu’on les place dans les Asturies ou à Santander, c’est la même chose, avec cette différence qu’en les plaçant à Santander ils ne cou­vrent pas le royaume de Léon et n’occupent pas cette province, qui est la plus importante pour les insur­gés ; que je mets à sa disposition la division Bonet à cet effet ; qu’il la fasse diriger sur les Asturies par     le chemin que le général Bonet jugera le meil­leur ; que vous ai avez fait connaître que Sa Majesté n’approuve pas la dissémination de son armée ; qu’elle ne voit dans sa conduite que des tâtonne­ments. Comment, à Valladolid, prétend‑il être instruit à temps de ce que fera l’ennemi ? Cela n’est possible dans aucun pays, et surtout dans un pays insurgé. Comment préjugera‑t‑il ce que fera l’ennemi étant à Valladolid ? Que vous ne pouvez que lui répéter que Sa Majesté ne voit d’opération honorable pour ses armes que d’occuper Sala­manque, d’avoir des avant‑gardes légères faisant le coup de fusil sur les frontières de Portugal et avec Ciudad‑Rodrigo, d’avoir son armée centralisée autour de lui à quatre ou cinq marches ; que, jusqu’à ce que l’armée du Centre ait pu placer des troupes à Almaraz, que l’armée de Portugal ait occupé Salamanque et que l’opération du duc de Dalmatie sur Merida et Badajoz ait de l'influence sur l’ennemi et se soit fait sentir, il peut laisser une division légère, prête à le rejoindre sur Talavera, occupant Almaraz ; que, lorsqu’il aura occupé Sala­manque, que ses avant‑postes auront pris cette direction, et que cette espèce de vésicatoire mili­taire aura fait son effet sur l’ennemi, il pourra faire rapprocher de lui la division qu’il aura laissée sur le Tage, et que l’armée du Centre pourra donner des troupes pour garder la vallée ; qu’il s’occupe trop de ce qui ne le regarde pas, et pas assez de ce qui le regarde ; que sa mission a été de défendre Almeida et Ciudad‑Rodrigo, et qu’il a laissé prendre ces places ; qu’il a le nord à maintenir et à administrer et qu’il abandonne les Asturies, c’est‑à‑dire le seul moyen de le gouverner et de le contenir ; qu’il va s’embarrasser si lord Wellington envoie une ou deux divisions sur Badajoz, quand Badajoz est une place très‑forte et que le duc de Dalmatie a 80,000 hommes, lorsqu’il peut être secouru par le maréchal Suchet, enfin que, si lord Wellington marchait sur Badajoz, il a un moyen sûr, prompt et triomphant de le rappeler, celui de marcher sur Ciudad‑Rodrigo et Almeida.

 Que son armée se compose de huit divisions ; qu’une division doit rester dans les Asturies ; qu’il ne doit y compter que pour la faire marcher sur la Galice ; que, quand même après une bataille avec les Anglais il serait battu, il ne doit pas faire éva­cuer les Asturies par cette division, mais la faire filer par les montagnes à sa droite ; que les coups de fusil arriveront en peu de jours à Mondragon, si l’on n’occupe pas les montagnes ; que la division des Asturies est une division qui, en cas d’évacuation de Salamanque, de Valladolid, devrait suivre le mou­vement dans les montagnes, sans quoi la position de Burgos ne serait pas tenable, pas même celle de Vitoria, que d’ailleurs, encore une fois, il a à lutter non‑seulement contre l’armée anglaise, mais aussi contre la Galice ; que ces 6,000 hommes qui se porteraient en avant par les débouchés de la Galice contiendront cette province ; que l’on peut dire que 6,000 hommes dans les Asturies équivalent à 18,000 qu’il faudrait de plus à Astorga et sur le littoral ; que les insurgés, sans communication après la prise de Valence, étaient au désespoir ; que l’arri­vée des bandes à Potes et à Oviedo et le rétablisse­ment de leurs communications avec la mer leur ont rendu le courage ; et tout cela par défaut de réflexion et de connaissance des localités.

Qu’en résumé, de ses huit divisions une doit être dans les Asturies et n’en point bouger ; que les sept autres doivent être réunies autour de Salamanque ; ce qui lui a fait une armée de 50,000 Français, avec une artillerie de cent pièces de canon, lesquels dans un terrain étudié y couvert par des bouts de flèche, ayant leurs vivres assurés et leur appui à Salamanque, ne seraient pas vaincus par 80,000 hommes ; que toutefois il faut bien se garder de faire à Salamanque un camp retranché ; que les Anglais le croiraient sur la défensive et n’auraient plus de craintes, et que c’est une place forte qu’il faut avoir à Salamanque.

D’après la minute. Dépôt de la guerre.

FIN DU TOME SEPTIÈME.


[1] La minute chiffrée de cette lettre a été retrouvée au Dépôt de la guerre, ainsi que le chiffre, ce qui a permis d’en donner ici la traduction. Le texte de cette dépêche figure dans les moires du duc de Raguse, mais avec des inexactitudes et même quelques contre‑sens.

 

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