| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome septième Paris - 1876
1381.
‑ FORCE QUE PRÉSENTERA LA GRANDE ARMÉE AU MOIS DE MARS 1812. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE
L’ELBE, A HAMBOURG. Paris,
30 décembre 1811. Mon
Cousin, vous recevrez un décret que je viens de prendre pour mettre entièrement
à ma solde les trois régiments d’infanterie et le régiment de cavalerie
polonais qui sont à Danzig : cela met fin à tout. Donnez ordre que les 400
chevaux que j’accorde par mon décret au 9è polonais soient achetés
sans délai dans le duché de Varsovie, afin que ce régiment ait ses 1,000
chevaux. Donnez ordre également que ce régiment ait, comme nos régiments
de lanciers, un certain nombre de carabines. Prenez des mesures pour que les
5è, 10è et 11è polonais aient chacun 3,000 hommes ; ce qui fera 9,000
hommes pour les trois régiments. La
compagnie d’artillerie française qui est à Danzig ne fera plus partie
de la 7è division, puisqu’il y a une compagnie d’artillerie légère
polonaise. J’ai besoin de cette compagnie, puisque l’augmentation
d’une 5è division dans les cuirassiers nécessite l’emploi de douze
pièces d’artillerie de plus. J’ai donné le commandement de la 5è
division au général Valence, sénateur. Le 11è régiment de cuirassiers
a reçu l’ordre de se mettre en marche ; je vous recommande de compléter
ses chevaux. Vous aurez ainsi trois divisions de cuirassiers, chaque
division de trois régiments, chaque régiment présentant 900 hommes en
bataille ; ce qui fait 2,700 chevaux par division. A chaque division doit être
attaché un régiment de chevau‑légers de trois escadrons. Le 1er
escadron partira au 15 janvier pour se rendre en Allemagne ; les 2è et 3è
escadrons suivront à quinze jours de distance. Ainsi chaque division de
cuirassiers sera de 3,400 ou 3,500 chevaux. Chaque division aura deux
batteries d’artillerie à cheval ou douze pièces. J’ai
jugé convenable de partager toute la Grande Armée en quinze divisions
d’infanterie, toutes à peu près égales aux vôtres ; la 7è en fait
cependant partie. Les neuf premières divisions sont sous vos ordres ; les
10è, 11è et 12è divisions sont au camp de Boulogne ; les 13è, 14è et
15è se réunissent à Bolzano, en Italie ; la Garde est composée de quatre
divisions ; ce qui fait dix‑neuf divisions françaises. La cavalerie légère
est partagée en quatorze brigades ; cinq brigades sont sous vos ordres, y
compris celle du général Castex ; il y en a trois en Italie, et six sur
le Rhin. Les généraux de brigade sont nommés et passent des revues pour vérifier
les remontes et organiser les régiments. Six généraux de division seront
attachés à ces quatorze brigades. La réserve de la cavalerie est composée
de six divisions, dont cinq de cuirassiers et une de dragons. Chaque
division a douze pièces d’artillerie légère. Un équipage de siège
est organisé à Danzig et un à Magdebourg. Trois équipages de pont sont
organisés à Danzig ; ces équipages emploient 400 voitures et 2,000
chevaux. Les
Bavarois, les Wurtembergeois, les Saxons, les Polonais, ne sont pas compris
dans cette organisation. Tous
calculs faits, j’espère avoir au mois de mars plus de 200,000 hommes
d’infanterie, 45,000 hommes de cavalerie, huit cents pièces de canon
attelées par plus de 20,000 chevaux, et 1,500 voitures de transports
militaires. L’armée française se montera à près de 300,000 hommes.
Vous voyez que je n’ai jamais fait de plus grands préparatifs. Nous
manquons de chevaux de cavalerie en France ; il faut en lever de votre côté
le plus que vous pourrez ; on m’assure qu’il y en a une assez grande
quantité dans le Jutland et dans le Holstein. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1382. ‑ ORDRES D’ACHAT
DE VINS ET D’EAUX-DE‑VIE DESTINÉS A L’ARMÉE D’ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
31 décembre 1811. Je
reçois votre rapport sur les vivres et les eaux-de‑vie. Faites
acheter, si elles sont de bonne qualité, les 300,000 litres
d’eaux‑de‑vie qui sont à Strasbourg. Vous dirigerez sur Wesel
ces 1,200 barriques. Il faut que le premier convoi parte avant le 6
janvier pour Wesel. Écrivez au prince d’Eckmühl d’envoyer les
caissons de ces régiments et des transports militaires pour prendre ces
1,200 barriques et les conduire à Magdebourg. Par ce moyen elles
arriveront à Magdebourg sans que le transport me coûte rien. Faites
acheter 1,440 barriques d’eaux‑de‑vie à Bordeaux ;
faites‑les charger sur les 240 voitures du 10è bataillon d’équipages
militaires, et dirigez-les sur Mayence, d’où elles continueront leur
route sur Magdebourg. Faites
acheter 1,440 barriques à Paris, que vous ferez conduire par le 2è
bataillon de transports militaires jusqu’à Magdebourg. Faites
acheter à Cologne et à Francfort, si le prix est raisonnable et si elles
sont de bonne qualité, une bonne quantité d’eaux‑de‑vie, que
vous ferez conduire à Magdebourg, soit en leur faisant remonter le Main
jusqu’à Würzbourg, soit en vous servant des voitures qui transportent
des denrées coloniales à Francfort. Les douanes font venir des denrées
coloniales à Francfort ; les vivres font venir des blés de Hambourg sur
Wesel. Mon
intention est d’acheter 9,000 barriques d’eaux‑de‑vie et
d’avoir 34 millions de rations, pour les transporter sur Magdebourg. Je
ne veux rien prendre à Hambourg, parce que je serai toujours à même de
puiser là. Quant
aux vins, faire venir du vin de Bordeaux me paraît une opération bien
compliquée, à moins de la combiner avec le retour des voitures qui transportent
des denrées coloniales. D’ailleurs, les vins arrivent par la Hongrie et
la Silésie ; ils arrivent à Magdebourg par Würzbourg et Bamberg, où il y
en a une grande quantité ; il y en a même beaucoup à Dresde. Il est donc
indispensable, avant de se jeter dans les spéculations des vins, de savoir
combien ils coûtent à Dresde, à Würzburg, à Bamberg, à Varsovie, en
les faisant venir de Hongrie et de Cracovie. Il y a aussi des vins sur le
Rhin, du côté de Mayence, qui sont bons. Quelle quantité peut‑on en
avoir, et à quel prix ? Ce ne sera que lorsque vous m’aurez remis ces
renseignements que j’arrêterai mes idées sur l’achat des vins nécessaires
pour les hôpitaux et les convalescents. 1383. ‑ DÉTAILS SUR LA COMPOSITION DE LA
GRANDE ARMÉE. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR
DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
2 janvier 1812. Monsieur
le Comte de Cessac, je vous envoie pour votre gouvernement l’organisation
de la Grande Armée. Le corps de l’Elbe formera deux corps. Il est nécessaire
d’envoyer un ordonnateur à chaque corps et tout le personnel
d’administration qui est indispensable. Présentez-moi un objet
d’organisation. Comme je n’ai pas encore organisé en deux corps le
corps d’observation de l’Elbe, envoyez‑y tout double. NAPOLÉON. NOTE
SUR L’ORGANISATION DE LA GRANDE ARMÉE. La
Grande Armée sera partagée en quatre corps : le corps d’observation
de l’Elbe en fera deux ; le corps d’observation de l’Océan en fera un
; le corps d’observation d’Italie en fera un autre. La
Grande Armée sera organisée, en 15 divisions d’infanterie. 1re
division : 13è léger, 5 bataillons ; 17è de ligne, 5 bataillons ; 30è
de ligne, 5 bataillons ; régiment badois (celui qui est à Danzig), 2
bataillons ; total, 17 bataillons. 2è
division : 15è léger, 5 bataillons ; 33è de ligne, 5 bataillons ; 48è de
ligne, 5 bataillons ; régiment espagnol, 2 bataillons ; total, 17
bataillons. 3è
division : 17è léger, 5 bataillons ; 12è de ligne, 5 bataillons ; 21è
de ligne, 5 bataillons ; 127è de ligne, 2 bataillons ; total, 17
bataillons. 4è
division : 33è léger, 4 bataillons ; 85è de ligne, 5 bataillons ;
108è de ligne, 5 bataillons ; régiment de Hesse‑Darmstadt (celui qui
est à Danzig), 2 bataillons ; total, 16 bataillons. 5è
division : 25 de ligne, 5 bataillons ; 57è de ligne, 5 bataillons ; 61è
de ligne, 5 bataillons ; 111è de ligne, 5 bataillons ; total, 20
bataillons. 6è
division (se réunit à Osnabrück) : 26è léger, 4 bataillons ; 56è de
ligne, 5 bataillons ; 19è de ligne, 5 bataillons ; 128è de ligne, 2
bataillons ; total, 16 bataillons. 7è
division (toute cette division, commandée par le général Granjean, est réunie
à Danzig) : 5è polonais, 3 bataillons ; 10è polonais, 3 bataillons ; 11è
polonais, 3 bataillons ; 1er westphalien, 2 bataillons ; 8è
westphalien, 2 bataillons ; Saxons, 2 bataillons ; Bavarois, 2
bataillons ; total, 17 bataillons. 8è
division (se réunit à Münster) : 11è léger, 4 bataillons ; 2è de
ligne, 5 bataillons ; 37è de ligne, 5 bataillons ; 124è de ligne, 3
bataillons ; total, 17 bataillons. 9è
division (se réunit à Nimègue) : Croates, 2 bataillons ; Suisses, 9
bataillons ; 123è de ligne, 3 bataillons ; total, 14 bataillons. CORPS
D’OBSERVATION DE L’OCÉAN. 10è
division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : 24è léger,
4 bataillons ; 46è de ligne, 5 bataillons ; 126è de ligne, 3
bataillons ; 1er régiment portugais, 2 bataillons ;
total, 18 bataillons. 11è
division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : régiment
illyrien, 4 bataillons ; 4è léger, 4 bataillons ; 18è léger, 4
bataillons ; 93è de ligne, 5 bataillons ; 2è régiment
portugais, 2 bataillons ; total, 19 bataillons. 12è
division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : 29è léger,
4 bataillons ; 44è de ligne, 2 bataillons ; régiment provisoire
de Boulogne, 2 bataillons; 125è de ligne, 3 bataillons ; 129è de ligne, 2
bataillons ; total, 13 bataillons. CORPS
D’OBSERVATION D’ITALIE. 13è
division (se réunit à Bolzano) : 8è léger, 2 bataillons ; 84è de
ligne, 4 bataillons ; 92è de ligne, 4 bataillons ; 106è de ligne, 4
bataillons ; Croates, 2 bataillons ; total, 16 bataillons. 14è division (se réunit à Trente) :
18è léger, 4 bataillons ; 9è léger, 4 bataillons ; 35è de ligne, 4
bataillons ; 53è de ligne, 4 bataillons ; régiment espagnol, 2 bataillons ;
total, 18 bataillons. 15è
division italienne (se réunit à Brescia) : 3è léger italien, 4
bataillons ; Dalmates, 3 bataillons ; 2è italien de ligne, 3 bataillons, 3è
italien de ligne, 4 bataillons ; 5è italien de ligne, 2 bataillons ;
total, 16 bataillons. CAVALERIE.
‑ BRIGADES DE CAVALERIE LÉGÈRE. 1re brigade, général Pajol :
2è de chasseurs, 9è de cavalerie légère polonais, qui est à Danzig. 2è
brigade, général Bordesoulle : 1er et 3è de chasseurs. 3è
brigade, général Jacquinot : 7è de hussards, 9è de chevau‑légers. 4è
brigade, général Piré : 8è de hussards, 7è de chasseurs. 5è
brigade, général Castex : 23è et 24è de chasseurs. Ces
cinq premières brigades sont au corps d’observation de l’Elbe. 6è
brigade, général Corbineau : 7è et 20è de chasseurs, 8è de chevau‑légers. 7è
brigade, général Saint‑Geniès : 11è et 12è de chasseurs. Ces
deux brigades se réuniront sur la Brenta, du côté de Bassano. Cette
brigade se réunira sur l’Oglio et sur Brescia. RÉSERVE
DE CAVALERIE.
1384.
‑ RAPPORT AU SUJET D’UN GÉNÉRAL DE CAVALERIE QUI S’EST LAISSÉ
SURPRENDRE. AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,
A PARIS. Paris,
2 janvier 1812. Mon Cousin, je désirerais que vous me
fissiez un rapport, destiné à être imprimé, dans lequel vous me ferez
connaître ce qui résulte de la correspondance sur l’affaire du général
Girard. Il paraît que le général Briche était posté du côté par où
venait l’ennemi, et qu’il a été parfaitement surpris, n’étant pas
bivouaqué, mais couché dans une bonne maison, et les chevaux de ses
hussards dessellés. Je vous dicterai ce rapport. Mon but est de frapper
l’esprit des colonels et généraux de troupes légères, et de rappeler,
en principe, qu’un colonel de chasseurs ou de hussards qui, au lieu de
passer la nuit au bivouac et en correspondance continuelle avec ses
grand’gardes, se couche, mérite la mort. Je
crois que le maréchal Mortier a des renseignements là‑dessus. 1385.
‑ INSTRUCTIONS POUR LES APPROVISIONNEMENTS DE BLÉ ET DE RIZ A L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT LE CORPS D’OBSERVATION DE
L’ELBE, A HAMBOURG. Paris,
3 janvier 1812. Mon
Cousin, je suppose que vous avez déjà reçu le décret du 12 décembre sur
Danzig. Vous y verrez que j’ai fait un fonds de 12,000 francs, moyennant
lequel je dois avoir à Danzig 33,000 quintaux métriques de blé, ou
66,000 quintaux poids de marc, 3,900 quintaux métriques de riz, savoir
1,900 pour l’approvisionnement de siège et 2,000 pour la réserve,
612,000 décalitres d’avoine. Les fonds sont accordés pour tout cela. Il
est nécessaire que, sur les 66,000 quintaux de blé, 50,000 soient
convertis en farine au 1er mars ; que cette farine soit prête à être entonnellée, et
que les tonneaux soient d’une dimension telle qu’ils puissent facilement
se placer sur nos nouveaux chariots. Tout cela doit être préparé de
manière que, lorsque le mouvement sera démasqué, on puisse faire
embariller la farine sans donner l’alerte, et la faire passer, soit par la
Vistule, soit par le Frische Haff, soit par terre au moyen des équipages.
Il faut aussi que les 600,000 rations de biscuit soient dans des caisses qui
aillent parfaitement sur les nouveaux caissons. De même pour les 2,000
quintaux métriques de riz qui n’appartiennent pas à
l’approvisionnement de siège. Je vous ai déjà mandé qu’indépendamment
de ce riz vous eussiez à envoyer tout le riz qui est à votre disposition,
soit à Hambourg, soit à Magdebourg, soit dans les places de l’Oder.
Moyennant ces précautions, on pourra être assuré d’avoir 600,000 rations
de biscuit et 50,000 quintaux de farine poids de marc ; ce qui fera à peu
près pour 200,000 hommes pendant trente jours. Ce sera un approvisionnement
raisonnable, mais il faut que tout cela soit disposé de manière à pouvoir
être transporté à deux ou trois cents lieues, et notamment le riz. Je
désirerais avoir un rapport qui me fit connaître les moyens de mouture
qu’on a à Danzig. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1386.
- INSTRUCTIONS POUR LA FORMATION ET LA RÉUNION DU CORPS D’OBSERVATION
D’ITALIE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE A MILAN. Paris,
3 janvier 1812. Il
faut m’envoyer un autre état de formation de votre corps, qui soit mieux
fait. Prenez les mesures nécessaires pour que toutes les compagnies des régiments
italiens soient fortes de 140 hommes, et pour que vos seize bataillons aient
13,440 hommes, leurs compagnies d’artillerie régimentaires non
comprises. Il est même nécessaire qu’il y ait dix hommes de plus par
compagnie, de sorte qu’à son passage à Ratisbonne le corps italien se
trouve avoir 13,440 hommes présents sous les armes. Le
8è et le 18è régiment d’infanterie légère pourront avoir le même
complet, puisque ces régiments viennent de recevoir 400 hommes réfractaires.
Les Croates devront avoir le même complet. 1387.
‑ FORMATION DE LA GRANDE ARMÉE EN QUATRE CORPS D’ARMÉE ET TROIS
CORPS DE CAVALERIE DE RÉSERVE. Le
2è corps de cavalerie sera composé de la 2è division de cavalerie légère,
que commande le général Wattier, formée des 7è et 8è brigades,
lesquelles se réunissent à Mayence, de la 2è et de la 4è division de
cuirassiers. 1388.
‑ INSTRUCTIONS POUR LES ACHATS DE DENRÉES NÉCESSAIRES A L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE. Monsieur le Comte de Cessac, je viens de vous accorder un supplément de 2,400,000 francs sur le budget de Danzig de 1811. Mon intention est que vous achetiez sans délai 100,000 quintaux de froment, 100,000 quintaux de seigle et un million de boisseaux d’avoine. Je
vous ai donné l’ordre, que je réitère, que le riz qui est à Passau, à
Hambourg et dans les places de l’Oder, entre les mains des administrations
françaises, et à Magdebourg, fût sans délai dirigé sur Danzig. Je
charge le directeur général des douanes d’empêcher toute vente de riz,
et de mettre à votre disposition, pour être dirigé sur Danzig, tout le
riz qui est à Hambourg et autres places d’Allemagne. Mon intention
n’est pas de le payer au prix de l’entrepreneur, qui est de
vingt‑cinq pour cent trop cher, mais de le payer au plus bas prix
possible. Je n’ai pas besoin de vous recommander qu’il faut qu’on
mette de l’adresse dans ces achats. Par ce moyen, j’aurai au 1er
mars, savoir : à la réserve, 200,000 quintaux de froment et de seigle ; à
l’approvisionnement de siège, 70,000 ; total, 270,000 quintaux. Sur ces
270,000 quintaux, 70,000 seront convertis en farine, bien embarillés et
pouvant faire trente jours de marche. J’aurai à la réserve 4,000
quintaux de riz ; à l’approvisionnement de siège, 4,000 quintaux de
riz ; venant de Passau et des places de l’Oder, 4,000 quintaux de riz ;
total, 12,000 quintaux de riz. J’aurai à la réserve 1,400,000
boisseaux d’avoine ; à l’approvisionnement de siège, 600,000
boisseaux d’avoine ; total, 2 millions de boisseaux. J’aurai
donc 20 millions de rations de pain, ou pour une armée de 400,000 hommes
pendant cinquante jours ; j'aurai 20 millions de rations de riz à une
once par jour, ou pour 400,000 hommes pendant cinquante jours. J’aurai 2
millions de boisseaux d’avoine, ou pour 50,000 chevaux pendant cinquante
jours. Je suppose que je ne me trompe pas dans ces différentes données.
Indépendamment de cela, il y a un grand approvisionnement sur
l’Oder.
1389.
‑ COMPOSITION DES ÉQUIPAGES MILITAIRES DE LA GRANDE ARMÉE. NAPOLÉON. D’après l’original. Dépôt de la
guerre. 1299.
- ORDRE CONCERNANT LES MARMITES ET BIDONS. Monsieur le Comte de Cessac, il faut réitèrer les ordres pour que, dans tous les régiments qui composent la Grande Armée, il y ait à chaque ordinaire une marmite et un bidon, et que chaque homme ait son petit bidon. Je vous renvoie votre mémoire pour dépenser 160,000 francs pour bidons et gamelles. J’approuverais cette fourniture si elle pouvait se faire directement à Danzig, car c’est là que j’en aurai besoin. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre.
1391.
‑ INSTRUCTIONS POUR LA MISE EN ROUTE DU CORPS D’OBSERVATION
D’ITALIE. A
EUGÈNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A MILAN. Paris,
8 février 1812. Mon
Fils, le major général vous envoie l’ordre de commencer votre mouvement
du 15 au 20. Vous enverrez le commandant de votre artillerie avec des
sapeurs et de l’argent pour faire déblayer le mont Brenner. Le passage de
ce col ne doit pas vous retarder de vingt‑quatre heures. Renforcez les
corps italiens pour qu’ils arrivent au complet. Faites partir vos équipages,
mais restez de votre personne à Milan. J’envoie le général Charpentier
pour être votre chef d’état‑major. Le général Vignolle restera
en Italie jusqu’à nouvel ordre. J’envoie le duc d’Abrantès pour
servir sous vos ordres. J’envoie le général Gouvion Saint‑Cyr pour
commander les Bavarois. Mon intention est que les 13è 14è et 15è
divisions et les Bavarois soient sous vos ordres ; ce qui vous fera une armée
de 80,000 hommes. Comme vous êtes le pivot du mouvement, il est nécessaire
que, si cela était utile, vous retardiez votre mouvement d’un jour,
afin que, lorsqu’il sera démasqué, vous descendiez comme un torrent du
haut du Brenner sur le Danube. Vous vous dirigerez sur Glogau, et, si les
circonstances ne s’y opposent pas, vous aurez la belle haute Silésie pour
vous réparer et vous refaire. En partant le 20 février, vous arriverez
le 1er avril. Il est probable qu’alors la saison ne sera pas
assez avancée pour commencer les opérations, et que vous aurez quelque
huit jours pour vous reposer. Je vous ai mandé que l’artillerie italienne
devait envoyer 200 charretiers à Ratisbonne pour acheter des chevaux et
faire confectionner des harnais, afin de réparer vos pertes. Aussitôt que
le mouvement sera démasqué et que la tête de vos troupes sera arrivée près
d’Augsbourg, vous pourrez charger les colonels du régiment de cavalerie légère
italien et des régiments de dragons français et les commandants des
bataillons du train d’envoyer ache ter
des chevaux à Dresde pour réparer les pertes de la route ; mais cela ne
doit se faire que lorsque
votre mouvement sera démasqué et que votre première colonne sera
arrivée à Augsbourg. J’ai
fait écrire au roi de Bavière que votre corps d’armée était de 80,000
hommes ; quand vous écrirez, soutenez ce dire. Il
est nécessaire que les payeurs italiens portent avec eux la solde pour tout
février, mars et avril. Faites‑moi
connaître quel sera l’état des choses en Italie après le départ de
l’armée, et quels seront les officiers qui commanderont sur la frontière
et dans les différentes places. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1392.
‑ INSTRUCTIONS AU MARÉCHAL MARMONT, COMMANDANT L’ARMÉE DE
PORTUGAL. AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A
PARIS. Paris,
18 février 1812. Mon Cousin, je
juge à propos que vous répétiez mes instructions au duc de Raguse dans
les termes suivants. Réexpédiez‑lui donc, au plus tard demain, un
nouvel officier. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. AU
MARÉCHAL MARMONT, DUC DE RAGUSE, COMMANDANT L’ARMÉE DU Portugal.[1] Paris,
18 février 1812. Monsieur
le Duc, je viens de mettre à l’instant sous les yeux de l’Empereur vos
lettres des 29 janvier, 4 et 6 février. Sa Majesté n’est pas
satisfaite de la direction que vous donnez à la guerre : vous avez la supériorité
sur l’ennemi, et, au lieu de prendre l’initiative, vous ne cessez de la
recevoir. Vous remuez et fatiguez vos troupes. Ce n’est pas l’art de la
guerre. Quand le général Hill marche sur l’armée du Midi avec 15,000
hommes, c’est ce qui peut vous arriver de plus heureux ; cette armée est
forte et assez bien organisée pour ne rien craindre de l’armée anglaise,
aurait‑elle même quatre ou cinq divisions réunies. Aujourd’hui
l’ennemi suppose que vous allez faire le siège de Ciudad‑Rodrigo ;
il approche le général Hill de sa droite, afin de pouvoir le faire venir
à lui à grandes marches et vous livrer bataille réunis, si vous voulez
reprendre Ciudad‑Rodrigo : c’est donc au duc de Dalmatie à
tenir 20,000 hommes sur la Guadiana et à l’empêcher de faire ce
mouvement, et, si Hill passe le Tage, à se porter à sa suite ou dans
l’Alentejo. Vous avez le double de la lettre que l’Empereur m’a ordonné
d’écrire au duc de Dalmatie le 10 de ce mois, en réponse à la demande
qu’il vous avait faite de porter des troupes vers le midi. C’est vous,
Monsieur le Maréchal, qui deviez lui écrire pour lui demander de porter
un gros corps de troupes sur la Guadiana pour maintenir le général Hill
dans le midi et l’empêcher de se réunir à lord Wellington. La
prise de Ciudad‑Rodrigo est un échec pour vous, et les Anglais
connaissent assez l’honneur français pour comprendre que ce succès peut
devenir un affront pour eux, et qu’au lieu d’améliorer leur position
l’occupation de Ciudad‑Rodrigo les met dans l’obligation de défendre
cette place ; et, dès lors, ils vous rendent maître du choix du champ de
bataille, puisque vous les forcez à venir au secours de cette place et à
combattre dans une position si loin de la mer. Le
résultat de cet avantage ne peut être retardé que jusqu’à la récolte
; alors vous serez en mesure de faire le siège de Ciudad‑Rodrigo :
l’ennemi marchera ou aura la honte de vous voir reprendre cette place. Le
mouvement du général Hill sur le Tage a été fait dans la croyance
qu’aussitôt que vous auriez su la prise de Ciudad‑Rodrigo vous
auriez réuni vos troupes pour marcher rapidement sur cette ville, pour
l’investir et profiter du premier moment où la brèche n’était pas
relevée et où il ne pouvait encore y avoir aucun approvisionnement. Cette
occasion étant manquée, il faut tout préparer pour le mois de mai. La véritable
route de Lisbonne est par le nord ; l’ennemi y ayant des magasins considérables
et des hôpitaux ne peut se retirer de cette capitale que très‑lentement,
et si, dans l’attaque du prince d’Essling, il s’est retiré
rapidement, c’est parce qu’il s’était préparé à ce mouvement. Il
a donc un grand intérêt à vous empêcher de pénétrer dans le
Portugal. La situation du prince d’Essling devant Lisbonne était pour
l’Angleterre et le Portugal une grande calamité. Je ne puis que vous répéter
les ordres de l’Empereur : prenez votre quartier général à
Salamanque ; travaillez avec activité à fortifier cette ville ;
faites‑y travailler 6,000 hommes de troupes et 6,000 paysans ; réunissez‑y
un nouvel équipage de siège, qui servira à armer la ville ;
formez‑y des approvisionnements ; faites faire tous les jours le coup
de fusil avec les avant‑postes ennemis ; placez deux fortes avant-gardes
qui menacent, l’une Almeida, l’autre Ciudad-Rodrigo ; menacez les
autres directions sur la frontière du Portugal ; envoyez des partis qui
ravagent quelques villages ; enfin employez tout ce qui peut tenir
l’ennemi sur le qui‑vive. Faites réparer la route
de Porto, celle d’Almeida ; tenez votre armée réunie vers Toro,
Benavente, Salamanque. La province d’Avila a même de bonnes parties où
l’on trouve des ressources. Dans cette situation aussi simple que
formidable, vous reposez vos troupes, vous formez des magasins, et, avec de
simples démonstrations bien combinées, qui mettent vos avant‑postes
à même de tirer journellement des coups de fusil avec l’ennemi, vous
avez barres sur les Anglais, qui ne pourront vous observer. Vous devez tous
les jours faire faire des prisonniers par vos avant‑gardes et sur
toutes les directions qui menacent l’ennemi : c’est le moyen d’avoir
des nouvelles de l’ennemi ; il n’en est pas d’autre efficace. L’Empereur
me prescrit de donner l’ordre au duc de Dalmatie d’avoir toujours un
corps de 20,000 hommes avec vingt bouches à feu, composé de ses meilleures
troupes, soit sur Merida pour faire le coup de fusil avec le corps du général
Hill et le contenir sur la rive gauche du Tage, soit sur Badajoz en se
portant sur l’Alentejo et l’obligeant ainsi à se rapprocher d’Elvas.
Cette opération est d’autant plus importante que, si elle n’avait pas
lieu, le général Hill pourrait se réunir à lord Wellington pour vous
attaquer. Il serait insensé de penser que jamais lord Wellington pût
rappeler la division Hill tant que le duc de Dalmatie fera des démonstrations.
Lord Wellington ne peut donc vous attaquer qu’avec son corps, et, s’il
marchait à vous, vous réuniriez sept divisions à Salamanque, avec toute
votre artillerie et votre cavalerie ; cela vous ferait 50,000 hommes. Je dis
sept divisions, car il ne faut jamais compter sur celle des Asturies ; cette
division recevrait alors ordre de marcher en avant pour menacer la Galice et
contenir le corps espagnol qui est de ce côté. Appuyé à Salamanque,
ayant autant d’artillerie et de munitions que vous voudrez, votre armée,
forte de 50,000 hommes, est inattaquable, le général Hill fût‑il même
réuni à lord Wellington. Elle serait inattaquable, non pas pour 35,000 Anglais,
qui, au fond, sont le total de ce que les Anglais ont en Portugal sans y
comprendre les Portugais, mais pour 70,000 Anglais. Un camp choisi, une
retraite assurée sur les places, des canons et des munitions en quantité
sont un avantage que vous savez trop bien apprécier. Cependant,
tandis que vous observerez, je suppose que Hill ait joint l’armée
anglaise et que lord Wellington soit beaucoup plus fort qu’il ne l’est
: dans ce cas l’armée du nord de l’Espagne arriverait avec sa cavalerie
et deux divisions ; vous vous renforceriez tous les jours, et la victoire
serait assurée. Mais, une fois la résolution prise, il faut la tenir ;
il n’y a plus ni si ni mais ; il faut choisir votre position
sous Salamanque, être vainqueur ou périr avec l’armée française au
champ de bataille que vous aurez choisi. Comme
vous êtes le plus fort et qu’il
est important d’avoir
l’initiative, évitez de faire des travaux de camp retranché, qui
n’appartiennent qu’à la défensive et avertiraient l’ennemi. Il
suffira de reconnaître les emplacements et de travailler à force à la
place. Si on prend un système de fortification serrée et qu’on
n’admette pas trop de développement, en six semaines on peut avoir une
bonne place qui mette votre quartier général, vos magasins et vos hôpitaux
à l’abri de toute entreprise de l’ennemi, et qui puisse servir à
votre corps d’armée de point de ralliement pour recevoir la bataille, ou
de point de départ pour marcher sur Ciudad‑Rodrigo et Almeida quand
le temps en sera venu. Je
vous ai dit que vous ne deviez compter que sur sept divisions. La division
du général Bonet doit retourner sur‑le‑champ dans les
Asturies. Soit
que vous considériez la conservation de toutes les provinces du nord, soit
que vous considériez un mouvement de retraite, sans les Asturies, qui assurent
la possession des montagnes, ni Salamanque, ni Burgos, ni même Vitoria, ne
sont tenables ; si, après une bataille perdue, il fallait évacuer, la division
des Asturies ne devrait pas même alors être rappelée à vous ; mais, se
repliant avec ordre sur votre droite, elle appuierait votre retraite, et,
lorsque vous seriez à Burgos, elle serait à Reinosa pour vous couvrir de
ce côté ; sans quoi, favorisé par des débarquements sur tous les points
de la côte, l’ennemi, dès le commencement de votre retraite, vous
tirerait des coups de fusil sur Mondragon et Vitoria. D’ailleurs vous
n’avez pas seulement à lutter contre lord Wellington, vous avez à
contenir aussi le corps ennemi qui est en Galice, et, au moment où vous
marchez sur l’ennemi, la division des Asturies contiendra la Galice et
épargnera la présence d’une division à Astorga. Je
vous le répète, c’est à l’armée du Midi à avoir un corps de 20,000
hommes pour tenir en échec une partie de l’armée de lord Wellington sur
la rive gauche du Tage. Ce n’est donc pas à vous, Monsieur le Duc, à
vous disséminer en faveur de l’armée du Midi. Lorsque
vous avez été prendre le commandement de votre armée, elle venait d’éprouver
un échec par sa retraite de Portugal ; ce pays était ravagé ; les hôpitaux
et les magasins de l’ennemi étaient à Lisbonne ; vos troupes étaient
fatiguées, dégoûtées par des marches forcées, sans artillerie, sans
train d'équipages ; Badajoz était attaqué depuis longtemps ; une
bataille dans le midi n’avait pu faire lever le siège de cette place. Que
deviez‑vous faire alors ? vous porter sur Almeida pour menacer Lisbonne
? Non, parce que votre armée n’avait pas d’artillerie, point de train
d’équipages et qu’elle était fatiguée. L’ennemi, dans cette
position, n’aurait pas cru à cette menace ; il aurait laissé approcher
jusqu’à Coïmbre, aurait pris Badajoz et ensuite serait venu sur vous.
Vous avez donc fait à cette époque ce qu’il fallait faire ; vous avez
marché rapidement au secours de Badajoz, l’ennemi avait barres sur vous,
et l’art de la guerre était de vous y concentrer : le siège en a été
levé et l’ennemi est rentré en Portugal ; c’est ce qu’il y avait à
faire. Depuis, Monsieur le Maréchal, vous êtes revenu dans le nord, lord
Wellington s’est reporté sur le véritable point de défense du pays, et
depuis ce temps vous êtes en présence. Si,
après avoir rejeté lord Wellington au delà de Ciudad‑Rodrigo, vous
fussiez resté dans la province de Salamanque, ayant vos avant‑gardes
sur les directions du Portugal, lord Wellington n’aurait pas bougé ;
mais vous vous êtes porté sans raison sur le Tage ; les Anglais ont cru
que vous vous disposiez à entrer dans l’Alentejo pour vous réunir au duc
de Dalmatie et faire le siège d’Elvas ; ils manœuvrèrent en conséquence
et restèrent attentifs, lorsque votre mouvement sur Valence leur a fait
connaître qu’ils n’avaient rien à craindre. Dans
ce moment, Monsieur le Duc, votre position est simple et claire ; par conséquent
elle ne demande pas des combinaisons d’esprit. Placez votre armée de
manière qu’en quatre marches vos troupes puissent se réunir et se
grouper sur Salamanque ; ayez‑y votre quartier général ; que
vos ordres, vos dispositions, annoncent à l’ennemi que la grosse
artillerie arrive à Salamanque, que vous y formez des magasins, que tout y
est dans une position offensive ; faites faire continuellement la petite
guerre avec les postes ennemis. Dans cet état, vous êtes maître de tous
les mouvements des Anglais. Si lord Wellington se dirige sur Badajoz,
laissez‑le aller ; réunissez aussitôt votre armée et marchez droit
sur Almeida ; poussez des partis sur Coïmbre, et soyez persuadé que
Wellington reviendra bien vite sur vous. Mais les Anglais ont trop de savoir-faire
pour commettre une pareille faute. Ce n’est pas l’envoi de 4 ou 5,000
hommes sur Valence qui a fait faire aux Anglais leur mouvement pour s’emparer
de Ciudad‑Rodrigo, c’est la marche si inutile, que vous avez fait
faire d’une grande partie de votre artillerie, de votre cavalerie ;
c’est la dissémination de votre armée. Écrivez
au duc de Dalmatie et sollicitez le Roi de lui écrire également pour
qu’il exécute les ordres impératifs que je lui donne de porter un corps
de 20,000 hommes pour forcer le général Hill à rester sur la rive gauche
du Tage. Ne pensez donc plus, Monsieur le Maréchal, à aller dans le midi,
et marchez droit sur le Portugal si lord Wellington fait la faute de se
porter sur la rive gauche du Tage. La
division Caffarelli doit être arrivée en Navarre ; l’Empereur ordonne
qu’une division italienne vienne renforcer l’armée du Nord.
Mettez‑vous en correspondance avec le maréchal Suchet à Valence,
afin qu’il puisse marcher avec ses forces pour soutenir Madrid, s’il y
a lieu. Profitez du moment où vos troupes se réunissent pour bien
organiser et mettre de l’ordre dans le nord. Qu’on travaille jour et
nuit à fortifier Salamanque ; qu’on y fasse venir de grosses pièces ;
qu’on refasse l’équipage de siège ; enfin qu’on forme des magasins
de subsistances. Vous sentirez, Monsieur le Maréchal, qu’en suivant ces
directions et en mettant pour les exécuter toute l’activité convenable,
vous tiendrez l’ennemi en échec ; Londres elle‑même tremblera de
la perspective d’une bataille et de l’invasion du Portugal, si redoutée
des Anglais ; et enfin, au moment de la récolte, vous vous trouverez tout
à fait en état d’investir Ciudad‑Rodrigo et de prendre cette place
à la barbe des Anglais, ou de leur livrer bataille ; ce qui serait à désirer,
car, battus aussi loin de la mer, ils seraient perdus, et le Portugal
conquis. L’artillerie qui arriverait pour armer Salamanque servirait pour
Almeida et Ciudad‑Rodrigo. En recevant la bataille au lieu de la
donner, en ne songeant qu’à l'armée du Midi, qui n’a pas besoin de
vous, puisqu’elle est forte de 80,000 hommes des meilleures troupes de
l’Europe, en ayant de la sollicitude pour les pays qui ne sont pas sous
votre commandement, en abandonnant les Asturies et les provinces qui vous
regardent, un échec que vous éprouveriez serait une calamité qui se
ferait sentir dans toute l’Espagne ; un échec de l’armée du Midi la
conduirait sur Madrid ou sur Valence et ne serait pas de même nature. Je
vous le répète, vous êtes le maître de conserver barres sur lord
Wellington en plaçant votre quartier général à Salamanque, en occupant
en force cette position et en poussant de fortes reconnaissances sur tous
les débouchés ; je ne pourrais que vous redire ce que je vous ai déjà
expliqué ci-dessus. Si Badajoz était cerné seulement par deux ou trois
divisions anglaises, le duc de Dalmatie pourrait le débloquer ; mais alors
lord Wellington, affaibli, vous mettrait à même de vous porter dans
l’intérieur du Portugal, ce qui secourrait plus efficacement Badajoz
que toute autre opération. Mais lorsque, par les nouvelles dispositions de
l’Empereur qui l’ont obligé à renoncer pour cette année à l’expédition
du Portugal, vu la tournure que prenaient les affaires générales de l’Europe,
l’Empereur vous a ordonné de vous porter à Valladolid avec votre armée,
et que vous êtes arrivé à Salamanque, les Anglais, qui ont bien calculé
que ces mouvements n’avaient pu se faire en conséquence des leurs, ont été
atterrés ; et si, du 17 au 18, avec les 30,000 hommes que vous aviez dans
la main, vous aviez marché à tire‑d’aile sans livrer bataille,
mais faisant mine de le vouloir, l’ennemi, qui était déconcerté par
votre arrivée, était résolu de lever le siège de Ciudad‑Rodrigo.
Qui vous empêchait en effet de vous porter avec 25,000 hommes entre
Salamanque et Ciudad‑Rodrigo ? C’est une opération qu’on pouvait
même faire avec 9 ou 10,000 hommes, en prenant position sans s’engager et
retournant sur Salamanque si l’ennemi présentait trop de forces. La
guerre est un métier de positions, et 12,000 hommes ne sont jamais engagés
quand ils ne le veulent pas ; à plus forte raison 30,000 hommes, et surtout
lorsque ces 30,000 hommes étaient suivis par d’autres troupes. Mais le
passé est sans remède. Je
donne l’ordre que tout ce qu’il sera possible de fournir vous soit
fourni pour compléter votre artillerie et pour armer Salamanque.
Vingt‑quatre heures après la réception de cette lettre, l’Empereur
pense que vous partirez pour Salamanque, à moins d’événements
inattendus; que vous chargerez une avant‑garde d’occuper les débouchés
sur Ciudad-Rodrigo et une autre sur Almeida ; que vous aurez dans la main
au moins la valeur d’une division ; que vous ferez revenir la cavalerie et
l’artillerie qui sont à la division du Tage ; que vous renverrez la division
Bonet dans les Asturies. Vous ne donnerez pas de division à l’armée du
Nord, parce qu’elle sera renforcée par la division Palombini. Pourtant,
comme ce mouvement sera brusque, il faut lui donner le temps d’opérer son
effet, et ce ne peut être que huit jours après que vous seriez arrivé à
Salamanque, et que ces dispositions seront faites, que leur effet aura lieu
sur l’ennemi ; ce n’est qu’alors que vous pourrez entièrement évacuer
le Tage. En attendant, il semble à l’Empereur qu’une seule division
d’infanterie sur ce point est suffisante. Le Roi enverra au moins 1,200
hommes de cavalerie et 3,000 hommes d’infanterie pour appuyer cette
division. Réunissez surtout votre cavalerie, dont vous n’avez pas de
trop et dont vous avez tant besoin. Lorsque vous verrez que votre mouvement
offensif a produit son effet, vous retirerez du Tage d’abord une brigade
et ensuite une autre brigade ; mais en même temps vous augmenterez vos démonstrations
d’offensive, de manière que tout montre que vous attendez les premières
herbes pour entrer en Portugal. D’après
la dépêche chiffrée. Dépôt de la guerre. 1393.
- ORDRE AU MARÉCHAL DAVOUT DE PORTER SON CORPS DE L’ELBE SUR L’ODER AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A
PARIS. Paris,
21 février 1812. Mon
Cousin, donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de commencer son mouvement
sans délai. A cet effet, vingt‑quatre heures après la réception de
voire lettre, les deux divisions de cuirassiers se réuniront à Magdebourg
; toute la division Gudin se réunira à Magdebourg. Le parc d’artillerie
et celui du génie se mettront en marche de Minden par le Mecklenbourg sur
Stettin, ou à une marche de cette ville. La division Gudin doit passer l’Elbe
le 29, s’il est possible, et se diriger sur Stettin. Ce mouvement se fera
par trois colonnes : 1re colonne, la brigade de cavalerie légère
du général Piré, un régiment d’infanterie et plusieurs batteries de
canon ; 2è colonne, une division de cuirassiers avec son artillerie et un régiment
d’infanterie ; 3è colonne, la 3è division de cuirassiers. Il faut que
tout cela arrive le plus tôt possible à Stettin. En même temps, la
division de cuirassiers qui est à Erfurt se portera sur Magdebourg ; le
prince d’Eckmühl la laissera sur l’Elbe, à moins de circonstances imprévues.
La
division Morand se mettra en marche avec son artillerie et ses équipages et
s’approchera de Stettin à deux marches.
La division qui est à Rostock pourra se mettre en marche plus tard ;
elle se portera à deux marches de Stettin.
Du
5 au 10 mars, le corps d’armée du prince d’Eckmühl doit être tout
entier dans sa main, savoir : son quartier général à Stettin, la division
Dessaix à Küstrin, ayant un régiment à Glogau ; les quatre autres
divisions, une à Stettin, une à Prenzlow, une à Anklam, une à Strelitz
ou tout autre lieu, mais pouvant en deux jours, après en avoir reçu
l’ordre, passer l’Oder à Stettin. La
division de cavalerie légère du général Bruyère sera sur la droite de
l’Oder, couvrant tout l’Oder depuis Küstrin jusqu’à Stettin,
poussant des postes sur les routes de Kolberg, de Landsberg, de Danzig, et
communiquant avec la brigade Pajol, qui est en avant. La
2è brigade de cavalerie légère sera à Küstrin, occupant Landsberg et
communiquant avec Posen et avec la division Bruyère. Le général Bruyère
aura son quartier général à Stargard. Les
cuirassiers seront placés le long de l’Oder, à Schwedt, par exemple, et
dans les lieux où ils seront le mieux nourris. Je suppose qu’ils ont
leurs mousquetons, leurs cartouches, et qu’ils peuvent se garder
eux‑mêmes dans leurs cantonnements. Le
général Carra Saint‑Cyr, qui commande la 32è division militaire,
sera sous les ordres du prince d’Eckmühl ; il lui rendra compte de tout.
Il aura la division princière pour garder le Mecklenbourg et la 32è
division militaire. Il
est important, en exécutant ce mouvement, qu’aucun homme ne passe l’Oder
avant le 8 mars. Ainsi, au 8 mars, le prince d’Eckmühl doit avoir son
corps groupé sur l’Oder, la cavalerie légère doit passer l’Oder, et
le prince d’Eckmühl arriver de sa personne en poste à Stettin, avec son
quartier général. Le
général Gudin, qui traverse la Prusse, la traversera avec les précautions
convenables. Le
contingent de Mecklenbourg pourra encore rester du côté de Rostock, et on
pourra lui donner quelques jours pour la rejoindre. Dans
une lettre que je vous écrirai demain, je vous ferai connaître la conduite
à tenir envers la Prusse. Le
prince d’Eckmühl aura donc sous ses ordres cinq divisions d’infanterie,
le 1er corps de réserve de cavalerie, que commande le général
Nansouty, ses deux brigades de cavalerie légère, la 7è division
d’infanterie, qui est à Danzig, et les contingents du Mecklenbourg, ce
qui lui fera, tout compris, une armée de 100,000 Français. Le corps saxon
sera également sous ses ordres. Indépendamment de ce, il aura toute la
division Daendels, composée des brigades de Würzbourg, de Hesse et de
Bade, formant 15,000 hommes d’infanterie et 1,500 hommes de cavalerie.
Il se servira de cette division pour garder la Poméranie suédoise et le
Mecklenbourg. Il tiendra prêt un bataillon de chaque nation pour le faire
entrer à Küstrin aussitôt que la division Dessaix quittera cette place Le
prince d’Eckmühl formera un dépôt, selon l’usage, lequel sera composé
des hommes malingres et estropiés des régiments de ses divisions, et qui
restera à Stettin avec six bataillons de la division Daendels, qui ne
viendront à Stettin que lorsque le moment d’aller en avant sera arrivé. Le
85è, qui est à Glogau, se tiendra prêt à se rendre à Posen, aussitôt
que la division Dessaix arriverait dans cette ville. NAPOLÉON D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1394.
‑ NOUVELLES INSTRUCTIONS AU COMMANDANT DE L’ARMÉE DU PORTUGAL ;
REPROCHES SUR SA MANIÈRE D’AGIR. AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A
PARIS. Paris,
21 février 1812. Le
major général écrira au duc de Raguse que j’ai lu ses lettres du 6 février
; que je suis extrêmement peiné qu’il ait envoyé la division Bonet à
l’armée du Nord ; que cette division est la seule qui puisse occuper avec
profit les Asturies, parce que le soldat connaît l’Espagne et les
habitants ; qu’il valait mieux ne rien envoyer à l’armée du Nord et
renvoyer la division Bonet dans les Asturies ; que mon intention est que,
dans quelque endroit qu’elle se trouve, elle retourne dans cette
province ; que, pour le Nord, il vaut mieux avoir la division Bonet dans les
Asturies qu’à Burgos ; que l’armée de Portugal est en l’air, et que
la communication avec Irun n’est pas tenable, si l’on n’a pas les
Asturies ; qu’il faut occuper les Asturies quand on est à la hauteur de
Salamanque, et occuper la ligne de Potes et de Reynosa quand on est à la
hauteur de Valladolid ou de Burgos ; mais que laisser les paysans maîtres
des montagnes, communiquant avec la mer, c’est le plus grand malheur qui
puisse
arriver en Espagne ; que la population de la Galice refluera dans les
provinces occupées par l’armée ; que l’expérience a prouvé cette théorie
; que, quand le duc d’Istrie fit évacuer les Asturies, tout le pays fut
en mouvement ; qu’il faut 6,000 hommes pour garder les montagnes ; qu’on
les place dans les Asturies ou à Santander, c’est la même chose, avec
cette différence qu’en les plaçant à Santander ils ne couvrent pas le
royaume de Léon et n’occupent pas cette province, qui est la plus
importante pour les insurgés ; que je mets à sa disposition la division
Bonet à cet effet ; qu’il la fasse diriger sur les Asturies par
le chemin que le général Bonet jugera le meilleur ; que vous ai
avez fait connaître que Sa Majesté n’approuve pas la dissémination de
son armée ; qu’elle ne voit dans sa conduite que des tâtonnements.
Comment, à Valladolid, prétend‑il être instruit à temps de ce que
fera l’ennemi ? Cela n’est possible dans aucun pays, et surtout dans un
pays insurgé. Comment préjugera‑t‑il ce que fera l’ennemi étant
à Valladolid ? Que vous ne pouvez que lui répéter que Sa Majesté ne voit
d’opération honorable pour ses armes que d’occuper Salamanque,
d’avoir des avant‑gardes légères faisant le coup de fusil sur les
frontières de Portugal et avec Ciudad‑Rodrigo, d’avoir son armée
centralisée autour de lui à quatre ou cinq marches ; que, jusqu’à ce
que l’armée du Centre ait pu placer des troupes à Almaraz, que l’armée
de Portugal ait occupé Salamanque et que l’opération du duc de Dalmatie
sur Merida et Badajoz ait de l'influence sur l’ennemi et se soit fait
sentir, il peut laisser une division légère, prête à le rejoindre sur
Talavera, occupant Almaraz ; que, lorsqu’il aura occupé Salamanque, que
ses avant‑postes auront pris cette direction, et que cette espèce de
vésicatoire militaire aura fait son effet sur l’ennemi, il pourra faire
rapprocher de lui la division qu’il aura laissée sur le Tage, et que
l’armée du Centre pourra donner des troupes pour garder la vallée ;
qu’il s’occupe trop de ce qui ne le regarde pas, et pas assez de ce qui
le regarde ; que sa mission a été de défendre Almeida et Ciudad‑Rodrigo,
et qu’il a laissé prendre ces places ; qu’il a le nord à maintenir et
à administrer et qu’il abandonne les Asturies, c’est‑à‑dire
le seul moyen de le gouverner et de le contenir ; qu’il va s’embarrasser
si lord Wellington envoie une ou deux divisions sur Badajoz, quand Badajoz
est une place très‑forte et que le duc de Dalmatie a 80,000 hommes,
lorsqu’il peut être secouru par le maréchal Suchet, enfin que, si lord
Wellington marchait sur Badajoz, il a un moyen sûr, prompt et triomphant de
le rappeler, celui de marcher sur Ciudad‑Rodrigo et Almeida. Que
son armée se compose de huit divisions ; qu’une division doit rester dans
les Asturies ; qu’il ne doit y compter que pour la faire marcher sur la
Galice ; que, quand même après une bataille avec les Anglais il serait
battu, il ne doit pas faire évacuer les Asturies par cette division, mais
la faire filer par les montagnes à sa droite ; que les coups de fusil
arriveront en peu de jours à Mondragon, si l’on n’occupe pas les
montagnes ; que la division des Asturies est une division qui, en cas d’évacuation
de Salamanque, de Valladolid, devrait suivre le mouvement dans les
montagnes, sans quoi la position de Burgos ne serait pas tenable, pas même
celle de Vitoria, que d’ailleurs, encore une fois, il a à lutter
non‑seulement contre l’armée anglaise, mais aussi contre la Galice
; que ces 6,000 hommes qui se porteraient en avant par les débouchés de la
Galice contiendront cette province ; que l’on peut dire que 6,000 hommes
dans les Asturies équivalent à 18,000 qu’il faudrait de plus à Astorga
et sur le littoral ; que les insurgés, sans communication après la prise
de Valence, étaient au désespoir ; que l’arrivée des bandes à Potes
et à Oviedo et le rétablissement de leurs communications avec la mer
leur ont rendu le courage ; et tout cela par défaut de réflexion et de
connaissance des localités. Qu’en
résumé, de ses huit divisions une doit être dans les Asturies et n’en
point bouger ; que les sept autres doivent être réunies autour de
Salamanque ; ce qui lui a fait une armée de 50,000 Français, avec une
artillerie de cent pièces de canon, lesquels dans un terrain étudié y
couvert par des bouts de flèche, ayant leurs vivres assurés et leur appui
à Salamanque, ne seraient pas vaincus par 80,000 hommes ; que toutefois il
faut bien se garder de faire à Salamanque un camp retranché ; que les
Anglais le croiraient sur la défensive et n’auraient plus de craintes, et
que c’est une place forte qu’il faut avoir à Salamanque. D’après
la minute. Dépôt de la guerre. FIN
DU TOME SEPTIÈME. [1]
La minute chiffrée de cette lettre a été retrouvée au Dépôt de la
guerre, ainsi que le chiffre, ce qui a permis d’en donner ici la
traduction. Le texte de cette dépêche figure dans les Mémoires
du duc de Raguse, mais avec des inexactitudes et même quelques
contre‑sens.
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