| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome septième Paris - 1876
1271.
‑ ORDRE CONCERNANT LA FORMATION DE BRIGADES ET DE DIVISIONS DE
CAVALERIE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
4 avril 1811. Mon
intention est que les neuf régiments de cuirassiers que j’ai en France se
tiennent prêts à se mettre en campagne, ainsi que les deux régiments de
carabiniers, mon intention étant de former quatre divisions de grosse
cavalerie. La 1re division sera composée des deux régiments de
carabiniers et du 1er de cuirassiers ; la 2è division sera composée
des quatre régiments qui sont en Allemagne ; la 3è division, des 5è, 10è,
11è et 14è de cuirassiers, et la 4è division, des 4è, 6è, 7è et 8è de
cuirassiers. Ces quatre divisions auront chacune douze pièces
d’artillerie à cheval, ce qui fera quarante‑huit pièces de canon.
La division qui est en Allemagne est déjà organisée. Proposez‑moi
l’état‑major, l’artillerie et la formation des brigades de ces
quatre divisions. Mon intention est que, tant que les régiments
n’auront pas plus de 600 chevaux, il ne parte pas plus de trois escadrons,
à l’exception des carabiniers et du 1er de cuirassiers qui
feront partir leurs quatre escadrons, et, à cet effet, le cinquième
escadron de ces régiments sera formé sans délai. Faites‑moi
connaître si les 5ès escadrons dont j’ai ordonné la formation au 11è
de chasseurs, 12è, etc., sont formés. Les quatorze régiments de cavalerie
légère pourraient être réunis en brigades de la manière suivante : 1re
brigade de cavalerie légère, le 11è et le 12è ; 2è brigade, le 23è et
le 24è de chasseurs ; 3è brigade, le 5è et le 11è de hussards ;
4è brigade, le 4è et le 9è de chasseurs ; 5è brigade, le 19è et
le 14è de chasseurs ; 6 brigade, le 6è et le 8è de chasseurs ; 7è
brigade, le 25è de chasseurs et le 6è de hussards. J’ai en Allemagne six
régiments de cavalerie légère : cela fera donc vingt régiments, qui, à
600 hommes, font 12,000 hommes, et, à 800 hommes, feront 16,000 hommes ; ce
qui, avec 10,000 cuirassiers, 4,000 dragons et 4,000 hommes de la Garde,
fera 34,000 hommes de cavalerie. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1272.
‑ INSTRUCTIONS RELATIVES A L’ENVOI DES CONVOIS D’ARGENT EN
ESPAGNE. AU
COMTE MOLLIEN, MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS. Paris,
4 avril 1811. Monsieur
le Comte Mollien, plusieurs convois d’argent sont déjà entrés en
Espagne ; il est nécessaire de numéroter ces convois pour désormais
nous entendre. Le
convoi de 3 millions, parti de Bayonne le 16 août dernier, sous le
commandement de l’adjudant commandant Gressot, s’appellera le premier
convoi. Celui de 2,500,000 francs, parti le 2 octobre de Bayonne, sous le
commandement du chef de bataillon Corozis, s’appellera le deuxième
convoi. Celui de 3 millions, parti le 1er février, sous le
commandement de l’adjudant commandant Dentzel, s’appellera le troisième
convoi. Enfin celui de 4 millions, qui va partir en vertu de mon ordre du 29
mars, sous le commandement de l’adjudant commandant Simonin, sera le
quatrième convoi. Par
ces convois, l’armée de Portugal a reçu ou doit recevoir : 1°
12,500,000 francs, qui faisaient partie du deuxième convoi, et dont 500,000
francs ont été donnés au 9è corps ; 2° 1,500,000 francs, qui
faisaient partie du troisième convoi ; 3° 2 millions, qui font partie du
quatrième convoi, dont le départ doit avoir lieu en ce moment de Bayonne ;
total, 6 millions. Ainsi
l’armée de Portugal aura reçu, après l’arrivée de ce dernier convoi,
6 millions, dont 500,000 francs pour le 9è corps. Restent 5,500,000 francs
pour l’armée de Portugal ; ce qui doit faire le solde de six mois au
moins. L’armée
du Midi : 1° a reçu 3 millions qui composaient le premier convoi ; 2°
elle recevra 500,000 francs qui, en vertu de mon ordre du 29 mars, doivent
faire partie du quatrième convoi ; total,
3,000,000 francs. L’armée
du Centre : 1° a reçu 1,500,000 francs, qui faisaient partie du troisième
convoi ; 2° va recevoir 1,500,000 francs, qui partent dans le quatrième
convoi ; elle aura reçu 3 millions. Comme
les envois d’argent sont très‑difficiles à l’armée du Midi, je
désire que les 500,000 francs qui devaient être envoyés à l’armée du
Midi avec le quatrième convoi soient envoyés à l’armée de Portugal,
ce qui portera à 6,500,000 francs les envois faits au Portugal, et
qu’en remplacement le Trésor envoie à l’armée du Midi 500,000 francs
en traites, faisant partie du cinquième convoi. Un
cinquième convoi partira de Bayonne le 15 avril et se composera de 6
millions, dont 3 en argent et 3 en traites. Ces 6 millions seront destinés,
savoir :
En argent
En traites Pour
l'armée du Portugal.
2,000,000
1,000,000 Pour
l'armée du Midi.
»
1,000,000 Pour
l'armée du Centre.
1,000,000
1,000,000
3,000,000
3,000,000 6,000,000 Après
l’arrivée du cinquième convoi, l’armée de Portugal aura donc reçu en
tout 9 millions, dont 500,000 francs pour le 9è corps ; l’armée du Midi
aura reçu 4,500,000 francs, et l’armée du Centre 5 millions. Dans
ces cinq convois se trouvera compris pour 4 millions de traites, savoir : 1
million de traites dans le quatrième convoi et 3 millions dans le cinquième.
Il est nécessaire que ces traites soient divisées en séries afin que,
s’il en était volé en route, on pût, d’un seul trait de plume, les
annuler. Maintenant
faites‑moi un rapport qui me fasse bien connaître la portion de ces
convois qui doit être attribuée sur l’exercice 1810 et celle qui appartient
à l’exercice courant ; enfin quelle doit être la situation de la solde
des armées du Centre, du Midi et du Portugal, après la réception de ces
cinq convois. Il faudra faire des recherches pour savoir : 1°
ce que l’armée de Portugal a reçu de contributions des différentes
provinces du nord de l’Espagne avant son entrée en Portugal ; 2° ce que
l’armée du Centre a reçu de contributions des pays du centre, et 3° ce
que l’armée du Midi a reçu des provinces du midi. Vous
recevrez un décret par lequel j’autorise le Trésor à prêter 500,000
francs par mois au roi d’Espagne, et ce à dater du 1er
avril. Les 500,000 francs d’avril seront payés sur les 1,500,000 francs
que le quatrième convoi conduit à l’armée du Centre ; les 500,000
francs de mai seront payés sur le cinquième convoi. Écrivez
cela au ministre des finances du roi d’Espagne. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la comtesse Mollien. 1273.
‑ RÉORGANISATION DE L’ARMÉE DU PORTUGAL. AU
PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,
A PARIS. Paris,
4 avril 1811. Mon
Cousin, l’armée du Portugal sera partagée en six divisions, savoir : 1re
division : le 6è léger, les 39è, 76è et 69è de ligne. 2è
division : le 25è léger, les 27è, 50è et 59è de ligne. 3è
division : le 31è léger, les 26è, 66è et 89è de ligne, la légion du
Midi. 4è
division : les 15è, 47è, 70è et 86è de ligne. 5è
division : le 17è d’infanterie légère, les 22è et 65è de ligne, les
Hanovriens, Prussiens et Irlandais. 6è
division : les 15è, 32è, 2è et 4è légers, les 36è et 130è de ligne. Par
ce moyen, le 6è corps se trouve partagé en deux divisions. Tous les régiments
qui ont leur dépôt dans la 12è division militaire forment une division
; tous ceux qui ont leur dépôt en Bretagne en forment une autre. Je pense
que c’est là la meilleure organisation qu’on puisse donner. Vous
laisserez le prince d’Essling maître d’arranger les brigades. Vous
lui désignerez seulement les généraux pour les divisions et pour les
brigades. Vous le laisserez également maître de verser tous les hommes
des 15è et 32è légers dans les 2è et 4è légers, et de renvoyer les
cadres du 15è léger à Paris et du 32è à Toulon ; cela aura l’avantage
de supprimer deux cadres sans diminuer de beaucoup le nombre d’hommes.
Cette opération me paraît bonne. Quant au bataillon du 34è, le cadre
rentrera en France, et tous les hommes disponibles seront placés dans le 36è,
ce qui augmentera le 36è de 200 hommes. Tous les hommes qui sont aux hôpitaux
rejoindront également le 36è. Le cadre du 4è bataillon du 28è rentrera
en France ; tous les hommes disponibles seront placés dans le 36è, ce
qui l’augmentera de 300 hommes. Le cadre du 4è bataillon du 75è
rentrera en France ; tous les hommes disponibles seront placés dans le 36è.
Ainsi le 36è régiment recevra de ces trois cadres 700 hommes
d’augmentation et sera porté à 2,000 hommes. Vous recommanderez qu’on
laisse les cadres entiers. Ces bataillons étant étrangers aux régiments
qui composent l’armée, il est nécessaire qu’on en laisse les cadres
revenir en entier en France. Le régiment des
chasseurs à cheval hanovriens
sera dissous et incorporé dans le 1er de hussards ; les
officiers qui ne seront pas employés
seront envoyés en France pour
entrer dans le 30è de chasseurs,
qui s’organise à Hambourg. Ce qui me porte à dissoudre ces bataillons
du 34è, du 20è et du 75è, c’est qu’ils sont tous composés de
conscrits qui n’ont jamais rejoint leurs régiments, et que d’ailleurs
ils ont beaucoup de traîneurs et d’hommes aux hôpitaux, qu’il vaut
mieux laisser à l’armée de Portugal. Vous
ferez connaître au maréchal prince d’Essling qu’il doit faire tous ces
mouvements en temps opportun ; lui seul doit en avoir connaissance. Il
peut même y faire les changements qu’il jugera indispensables. Vous lui
ferez connaître que mes principaux motifs pour mettre tels ou tels régiments
ensemble, c’est qu’ils ont leurs dépôts dans la même division ;
ce qui doit faciliter la formation des régiments de marche à envoyer pour
les recruter. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre. 1274.
‑ ORDRE POUR QUE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE SOIT EN MESURE DE SE PORTER
EN AVANT AUSSITOT QUE LES CIRCONSTANCES L’EXIGERONT. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Paris,
4 avril 1811. Mon
Cousin, je reçois votre lettre du 30 mars. Je vous ai mandé que, si les
circonstances l’exigeaient, il faudrait vous porter à
tire‑d’aile sur Danzig ; mais, dans ce cas, je vous prescrirais les
détails de la route et je vous enverrais le tracé de cette marche. Vous
marcheriez par division, comme en temps de guerre, et sur trois colonnes,
selon les circonstances ; une division passerait par le Mecklenbourg,
d’autres par la route de Magdebourg à Stettin. Mais nous n’en sommes
pas encore là. Je ne puis pas abandonner la route entre Magdebourg et
Stettin, et j’ai fait écrire à mon ministre à Berlin pour la
communication du Mecklenbourg avec Stettin. Vous
remarquez que, quand j’aurai 6,000 hommes à Stettin, la Prusse ne devra
pas nourrir ce nombre. Voici ma réponse : Vous ferez le calcul de ce que
j’aurai de monde à Glogau et Küstrin, et vous totaliserez cela avec les
6,000 hommes que j’aurai à Stettin. Vous verrez si cela passe ou non ce
que la Prusse doit nourrir. Si cela passe le nombre convenu, je payerai
l’excédant ; si cela ne passe pas, il n’est pas juste que je paye :
c’est dans ce sens que vous devez en écrire à mon ministre à Berlin. L’officier
que vous avez envoyé en Suède a été trop de temps pour aller et revenir.
Puisque le ministre des relations extérieures ne doit plus envoyer de
courriers dans le Nord, il faut que vos officiers aillent comme des
courriers. Il me paraît avantageux de multiplier ainsi le nombre des
officiers d’état‑major, du génie et d’artillerie qui connaîtront
parfaitement les chemins. Je
pense qu’à dater du 1er mai vous devez exiger que tous les
officiers généraux, colonels et officiers d’état‑major soient à
leur poste. Je
désire qu’au 1er mai vous fassiez passer à la fois une revue
dans tous les régiments, afin de reconnaître le nombre d’officiers et
sous‑officiers qui manquent dans tous les corps. Vous donnerez ordre
que les places de sous‑officiers soient remplies, et vous
m’enverrez vos propositions pour les places d’officiers. S’il y avait
des places de chef de bataillon ou d’escadron vacantes, vous me proposeriez
des officiers de choix et sur lesquels on pût bien compter. Je suppose que,
dans tous les corps, les soldats ont une paire de souliers aux pieds et deux
neuves dans le sac, que l’armement est en bon état, que les soldats ont
jusqu’au tire‑bourre et à l’épinglette. Recommandez à votre
commandant d’artillerie que tout ce qui est prescrit par l’ordonnance,
que les outils, les rechanges, que tout dans les plus menus détails existe,
que je n’entends pas qu’on s’éloigne de ce qui est dit dans
l’aide‑mémoire de Gassendi. J’approuve que vous fassiez venir à
Magdebourg le biscuit qui est à Dresde, d’autant plus qu’on pourra le
faire passer, s’il est nécessaire, de Magdebourg sur Stettin, qui est le
pivot, et où il est toujours besoin d’avoir 500,000 rations. On pourrait,
sans ostentation, faire fabriquer 250,000 rations de biscuit à Stettin et
autant à Küstrin. Vous savez que le pays entre Stettin et Danzig est
pauvre, et que pour marcher en masse il faut avoir ses vivres. Certain de
trouver 500,000 rations sur l’Oder, vos caissons arriveraient là vides ;
on les chargerait de biscuit, et vous auriez alors les moyens de traverser
en masse et avec rapidité tout cet espace.
NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1275.
‑ ORDRE CONCERNANT L’APPROVISIONNEMENT DE
CORFOU. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
5 avril 1811. Monsieur
le Comte de Cessac, vous recevrez le décret que je viens de prendre pour
l’approvisionnement de Corfou. Vous connaissez l’importance que j’y
attache. Mon intention est que Corfou ait son approvisionnement assuré
jusqu’au 1er janvier 1814. Je
vois qu’avec ce qu’on envoie de Naples et d’Italie, il y a dans ce
moment à Corfou des vivres pour jusqu’au 1er janvier 1812 au
moins ; le général Donzelot doit, en outre, après la récolte,
s’approvisionner pour trois mois en maïs et légumes du pays : ainsi
donc les vivres sont assurés jusqu’au 1er avril 1812. Mon
intention est que les vins, vinaigres,
eaux‑de‑vie, huiles, viandes salées, chandelles, bois de
chauffage, sel et avoines qui seraient achetés et pas encore partis, soient
mis en magasin jusqu’à l’hiver à Brindisi ; que ce qui ne serait
pas encore acheté ne le soit pas. Je pense que le territoire de l’île
produit suffisamment de tous ces articles. Quant aux vins et aux vinaigres,
vous me rendrez compte des ressources que l’île et les côtes voisines
offrent pour cet approvisionnement. Si les produits du pays y étaient
insuffisants, on y suppléerait en septembre. Pendant l’été, j’ai
ordonné de ne laisser passer que le blé, le riz et les légumes secs.
Quant à la viande, je pense que le gouverneur doit avoir 1,200 bœufs en réserve
et un nombre proportionné de moutons et de chèvres ; il doit avoir aussi
moyen d’en tirer de l’Albanie. En cas d’événements, il renfermerait
de force tout le bétail de l’île dans la place et pourrait faire son
approvisionnement de viandes salées à fur et à mesure que ces animaux
manqueraient de nourriture. Le sel est très‑abondant à Corfou,
l’huile y est également abondante, et je pense que des distributions
d’huile, de riz et de sel pourraient ménager la consommation de la
viande. Prescrivez
au général Donzelot de ménager la consommation du blé en mêlant du maïs
dans la ration. Si je veux approvisionner Corfou pour deux ans en riz, en blé
et en légumes secs, il me suffit de l’approvisionner pour un an en
viande, à raison de dix distributions de viande par mois ; je n’ai besoin
par an que de cent vingt jours de viande. Je ne veux également
l’approvisionner que pour un an en huiles, en vins, savoir : cent
vingt jours de vin par an et le reste en eau‑de‑vie. Écrivez
au général Donzelot d’essayer si la culture des pommes de terre réussirait
; ce serait d’une grande ressource. Cette culture réussit dans les provinces
méridionales d’Espagne. Des
moyens doivent être pris pour assurer la pêche assez abondante pour en
donner dix fois par mois à la garnison. Il faut avoir en réserve la quantité
de filets et autres engins de pêche nécessaire. Le riz, des légumes secs,
avec de l’huile, seront donnés comme viande, avec des fromages, dix jours
par mois. Ainsi donc il faut avoir cent vingt jours de viande, cent vingt
jours de poisson, cent vingt jours de riz, huile et fromage ; le gouverneur
s’en procurera dans le pays, fera saler des poissons qui
abondent et s’en fera une réserve pour les derniers temps du siège. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1276.
‑ NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
6 avril 1811. Je vous envoie
une note sur le système à adopter en occupant les hauteurs en avant de
Corfou. Je désire que le comité trace, autant qu’on peut l’imaginer
ici, les ouvrages à établir sur les monts Supérieur et Viglia en
fortification demi‑permanente, et les lignes de contre‑attaque
qu’il conviendrait d’établir en supposant que l’ennemi attaquât par
la droite, la gauche ou le centre. NOTE
SUR CORFOU. Le
projet qu’on propose pour Corfou consiste dans une multitude d’ouvrages
détachés qui n’ont pas de système. La
garnison est supposée de 10,000 hommes ; l’armée qui l’attaque, de 20
ou 25,000 hommes, bonnes ou mauvaises troupes. C’est le cas de la
fortification d’une belle et grande défense : c’est une petite armée
contre une grande armée ; ce n’est donc pas le cas d’une défense
d’inertie, c’est le cas d’une défense active. La
première considération d’une défense active, c’est qu’il ne faut
laisser l’ennemi s’établir sur aucun point ayant domination. Il ne faut
point s’inquiéter si ce point est à 800 toises, 1,000 toises ou même
1,500 toises de la place ; il faut chercher le point qui domine : c’est là
qu’il faut s’établir. En effet, du moment que l’on dépasse 400
toises, quel que soit l’éloignement, on ne tire plus de défense de la
place ; on est réduit à ses propres forces. Et lorsqu’on ne dépasse
pas 1,500 toises, il est très‑facile de maintenir les communications
et d’empêcher l’ennemi de s’établir entre soi et la place ; c’est
l’affaire de deux redoutes, qui, par leur position couverte, ne peuvent être
attaquées. En
raisonnant d’après ces principes, on voit que du fort d’Abraham, qui
est la fortification permanente, au fort Supérieur, il y a 600 toises ; que
le mont Supérieur a 15 toises de commandement sur tout le terrain
environnant à 2,000 toises. Il faut donc s’établir sur le mont Supérieur,
par la seule raison qu’il a 15 toises de commandement, quand même il
serait à 1,200 toises de la place au lieu d’en être à 600 toises, qui
est sa distance réelle. Il
faut donc occuper le mont Supérieur. Il faut tracer sur le mont Supérieur
une redoute de 30 toises de côté intérieur, de 20, ou même 15 si les
localités y obligent et si, pour avoir 30 ou 40 toises de côté, ce qui
serait le meilleur, il fallait trop perdre de commandement. En supposant même
qu’elle n’eût que 15 toises, ce serait toujours six pièces de canon
sur chaque côté. Mais l’officier qui a vu Corfou pense qu’on peut
tracer une redoute de 25 toises de côté sans perdre de commandement. Les
localités pourraient permettre de faire un rectangle ou trapèze ou
pentagone, de manière à avoir plus de développement et à pouvoir diriger
sur un point
donné un plus grand nombre de pièces. Le minimum serait d’avoir six
ou sept pièces qui battraient sur
un point déterminé avec un grand commandement. On
profitera du commandement de 15 toises qui existe sur tous les environs pour
tracer deux autres enceintes ; de sorte qu’on aurait une grande masse de
feux battant sur toute la campagne, et, comme les enceintes s’agrandissent
à mesure qu’on s’abaisse, la deuxième aura un développement double de
la première, la troisième plus du triple, c’est‑à‑dire
qu’on aura une immense masse de feux sur le point que l’on voudra défendre. Il
faudra mettre la première et la deuxième enceinte à l’abri de
l’escalade par quelque revêtements en maçonnerie caché aux feux de la
campagne comme l’ingénieur Crétin l’avait pratiqué à Alexandrie ; de
sorte que, la troisième enceinte prise, la deuxième se défende par
l’escarpement de ses Murailles cachées au canon de la campagne. J’appelle
première enceinte la plus élevée, la deuxième celle du milieu, la troisième
celle qui est la plus basse. La
première et la deuxième enceinte sont de véritables cavaliers ; la troisième
enceinte est la vraie ligne magistrale ; on la suppose au même niveau, ou
n’ayant qu’un petit commandement sur les mamelons à 100 toises et
autres, cotés 70 pieds ou environ. On
suppose que l’ennemi pourra tenter de pousser ses tranchées sur les
hauteurs couvertes de cette troisième enceinte magistrale, et on sent le
mal qu’il éprouvera des deux enceintes supérieures. Il
est bon de donner des flancs à cette enceinte magistrale, soit qu’on en
fasse un pentagone, soit qu’on en fasse un carré. Lorsque
l’ennemi aura couronné le chemin couvert, passé le fossé, rendu la brèche
praticable et forcé la troisième enceinte, il n’aura rien ; il faudra
qu’il monte à l’assaut de la deuxième enceinte, et enfin qu’il
emporte le fort qui couronne le mont Supérieur. La première enceinte du
mont Supérieur ayant 40 toises à peu près de niveau, dans la direction
de la place, on doit en profiter pour établir là un blockhaus qui
servira de logement à la garnison, et aussi à repousser par la fusillade
et par quelques canons de campagne l’ennemi qui serait parvenu à la première
enceinte. Ainsi
l’ennemi, maître de la troisième enceinte devra s’emparer de la deuxième
et arriver à la première, où il trouvera un réduit ou fort blockhaus qui
lui ferait essuyer la fusillade de 200 hommes et la mitraille de trois ou
quatre pièces de campagne ; enfin l’artillerie du mont Mamelus le battra
à 150 toises. Il faudra que la garnison soit bien faible pour ne pas déboucher et culbuter l’ennemi, lorsqu’il sera accablé
par tant de feux et qu’il aura à surmonter tant d’obstacles Deuxième
observation. Jusqu’ici nous avons considéré le mont Supérieur offrant
une défense d’inertie ; il est évident que par sa position il offre,
avec une médiocre fortification, plus de défense que n’en présentent
sur les autres points de la place les maçonneries et les autres avantages
de la fortification permanente ; mais il faut le considérer à présent
sous son vrai point de vue. Supposons
le fort Supérieur achevé, et aussi bien armé qu’on peut le désirer ;
s’il ne présente qu’une force d’inertie, l’ennemi en viendra à
bout un mois plus tôt ou un mois plus tard ; mais il n’en est pas de même
dans son rôle actif. On suppose que les lunettes de la troisième enceinte
seraient placées sur les mamelons cotés 40, 78, 76 et autres. Comment
l’ennemi se présentera‑t‑il contre ce fort armé de cette
grande quantité d’artillerie, avec tout l’avantage de son immense
commandement, découvrant à 2,000 toises autour de lui ? Viendra‑t‑il
placer sa première ligne ou place d’armes à 600 toises?
Cheminera‑t‑il ensuite jusqu’à 300 toises, et
viendra‑t‑il s’approcher à 150 toises ? On connaît les
avantages considérables que donnera l’artillerie, et le grand avantage
qu’aura l’assiégeant qui marchera à la rencontre de l’ennemi, qui
poussera à 2 ou 300 toises des batteries de flanc protégées par le mont
Supérieur, et l’avantage qu’aura la garnison pour déboucher sur ces ouvrages,
les raser et engager l’ennemi dans une nouvelle lutte où 10,000 hommes
peuvent fort bien en battre 25,000, surtout lorsqu’on pourra la
renouveler. Une deuxième et troisième fois, après avoir rasé les
ouvrages de l’ennemi et comblé les tranchées. Il
est un point, les monts Viglia, qui pourrait être un obstacle à ce projet.
L’ennemi se retranchera sur ces montagnes, qui, quoique dominées par
le mont Oliveto à 300 toises, dérobent cependant leurs revers aux vues de cette
hauteur. Alors l’ennemi, fortement établi à 300 toises du mont Supérieur,
arrêterait la garnison et la prendrait en flanc si elle s’avançait
davantage. De là la nécessité d’occuper les monts Viglia par les
principes posés ci-dessus. L’occupation
doit être facile, parce
que l’ouvrage du mont Oliveto est déjà établi. Le mont Oliveto a 50
pieds de commandement sur les monts Viglia ; il en est éloigné de 200
toises. Le mont Supérieur est également éloigné de 200 toises des monts
Viglia et les prend à revers. Par ce moyen un ouvrage si important dans le
rôle actif de la place rend constamment l’assiégé maître de toute la
position. Si
l’ennemi fait ses attaques du côté opposé, il s’établira sur un
mamelon à 900 toises du mont Supérieur ; mais, aussitôt que son mouvement
sera démasqué, la garnison fera des ouvrages, sous la protection du mont
Supérieur, dans la direction des ouvrages de l’ennemi, et, en même temps
qu’il établira ses batteries, lui opposera des batteries de
contre‑attaque qu’il sera obligé de détruire ; ce qui prolongera
ce genre de défense aussi loin qu’on voudra. Le
mont Oliveto est déjà occupé, puisque l’ouvrage a été tracé en février
; c’est d’ailleurs la vraie position pour le rôle défensif. Il faut
occuper le mont Supérieur comme nous l’avons dit ci‑dessus, occuper
le mont Viglia le plus près possible du mont Supérieur, n’occuper le
mont Mamelus que pour appuyer la communication, pouvoir reprendre le mont
Supérieur et repousser l’assaut qui serait donné à la première
enceinte de cette position. On ne fera tous les autres ouvrages que selon le
parti que prendra l’ennemi. Il faut les reconnaître d’avance, et les
faire aussitôt que l’ennemi démasquera ses attaques. Le
comité fera tracer les lignes de contre‑attaque dans les diverses
hypothèses où l’ennemi attaquerait par la droite, la gauche ou le
centre. L’art
consiste à tenir l’ennemi éloigné du mont Supérieur, à l’engager
dans une guerre qui lui est désavantageuse, parce que nous sommes maîtres
de la position supérieure et que cela est sans remède pour l’ennemi ; à
le harasser, à lui tuer du monde, à le fatiguer, parce que l’avantage
est pour l’assiégé, qu’il a choisi la position et qu’elle est pour
lui ; enfin parce que les lignes de contre‑attaque prendront des
revers à 300, 400, ou 500 toises du mont Supérieur, sous la protection des
batteries formidables et du fort établis sur cette montagne. S’il
arrive enfin qu’il faille céder le mont Supérieur à des forces considérables,
on aura pu pendant tout le temps de cette lutte s’établir solidement au
mont Mamelus ; ce qui obligera l’ennemi à une attaque sérieuse loin de
la place. Sans doute ces attaques seront moins avantageuses pour la garnison,
puisque l’ennemi aura au moins l’égalité de la position. En
résumé, il faut tracer les fortifications, autant qu’on peut
l’imaginer ici, aux monts Supérieur et Viglia, en fortification
demi‑permanente, et tracer les lignes de contre‑attaque dans
toutes les hypothèses. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1277.
‑ ORDRE POUR LE COMMANDEMENT DES RÉGIMENTS A QUATRE BATAILLONS. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
8 avril 1811. Quatre
bataillons de 800 hommes ne peuvent pas être commandés par un colonel. Je
désire donc que vous me fassiez un rapport qui me fasse connaître ce
qu’il en coûterait pour avoir un major en second à chaque régiment qui
a quatre bataillons à l’armée. Je ne parle pas des régiments de l’armée
d’Espagne, je ne parle que de ceux de l’armée d’Allemagne. Le prince
d’Eckmühl a seize régiments de quatre bataillons chacun ; je voudrais
que les 1er et 2è bataillons fussent commandés spécialement
par le colonel et les 3è et 4è bataillons spécialement par le major en
second. Quand le régiment formerait une brigade, le général de brigade
commanderait les quatre bataillons. Cette méthode paraît être avantageuse
pour le service à la guerre. Je désire avoir ce que cela coûterait, avant
de l’étendre à toute la ligne. Cela aurait aussi l’avantage que, le
colonel blessé ou tué, le régiment serait commandé par un officier ne
tenant à aucun bataillon, jusqu’à ce que le major arrive ; car il est de
principe que, le colonel manquant, le major doit commander le régiment. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1278.
‑ NOTE SUR LA DÉFENSE DE RAGUSE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
8 avril 1811. Monsieur
le Duc
de Feltre, je vous
envoie une note sur Raguse. J’accorde 200,000 francs cette année, sur les
fonds de réserve, pour le fort Impérial sur le mont San‑Sergio. Il
doit être terminé dans l’année. Le comité doit donner les bases pour
la construction de ce fort, afin qu’il remplisse son but et n’excède
pas 200,000 francs. Il faut envoyer à Raguse un officier capable de faire
les projets et de diriger les travaux. Il faut au moins trois ou quatre
officiers pour signer le procès verbal. Il sera joint à la commission des
officiers du génie, des officiers de marine, pour déterminer les lieux où
l’on placera les cales et les établissements maritimes. NOTE
SUR RAGUSE. L’importance
de Raguse vient d’abord de sa bonne habitation ; ce sont des gens civilisés
au milieu d’un pays barbare. Il faut les défendre, même avant de penser
à en tirer aucun avantage. On y trouve des églises, de beaux édifices, résultat
d’une grande prospérité, une ancienne enceinte de murailles qui a une
grande valeur, enfin la rade entre l’île de Lacroma et Raguse, un petit
port marchand et surtout les beaux ports du Val d’Ombla et du Val de
Gravosa. Il
paraît qu’il n’y a rien à faire à l’enceinte de Raguse. L’île de
Lacroma paraît en bon état. La presqu’île de Lapad n’a qu’un seul
point où le débarquement soit possible. Entre le port de Gravosa et le
point de débarquement il y a 400 toises. Il faudrait occuper cette
presqu’île par un fort qui eût action sur le Val de Gravosa par une
batterie basse ; alors les batteries de l’anse de Lapad et autres dépendraient
de ce réduit, qui n’en serait éloigné que de 400 toises. Ainsi, au lieu
de mettre le fort de Lapad où on l’a projeté, trop près de l’anse de
débarquement, je voudrais le mettre à mi‑chemin de la presqu’île,
avec deux batteries basses battant, l’une sur le Val de Gravosa, l’autre
sur l’anse de débarquement. Il
n’y a rien autre à faire cette année que des projets en grands détails
pour l’année prochaine, et des plans à grande échelle, bien cotés.
Si l’ennemi peut s’établir sur un de ces points et battre
l’escadre, le port ne serait pas sûr. Il faut donc trois ou quatre forts
qui barrent entièrement le passage et empêchent l’ennemi de venir s’établir
sur la côte. Des
plans
sur grande échelle,
avec des dessins bien faits et des cotes, seront soumis au comité dans le
mois de décembre. Il ne sera rien fait cette année. Il
paraît que l’île de Dexa est en bon état. Tout
cela établi, il faut être maître du plateau de Posanka, qui s’étend le
long du Val d’Ombla jusqu’à l’aqueduc, et de là jusqu’au fort
Delegorgue ; c’est une étendue de 2,400 toises. D’abord
il faut disputer l’aqueduc le plus longtemps possible ; il faut
rester maître de la rade de Raguse ; il faut que quatre
ou cinq vaisseaux puissent y rester si l’on a perdu les autres rades. D’ailleurs une place comme Raguse doit
avoir une activité de 1,500 toises autour d’elle. La place sera étudiée
dans ce sens, et les projets présentés pour occuper le plateau depuis le
fort Delegorgue, rester maître de l’aqueduc, empêcher l’ennemi de le
faire sauter et de l’abattre à coups de canon, établir à cet effet des
forts en pierre, casematés s’il est nécessaire, qui empêchent
l’ennemi de pénétrer sur la hauteur et défendent bien la vallée. Il
faut déterminer à quelle distance les hauteurs de l’autre côté
dominent le plateau de Posanka. Tout
ce qu’on vient de dire ne doit s’exécuter que lorsque le projet, étant
envoyé au mois de décembre, il sera bien convenu qu’une garnison de
4,000 hommes et une dépense de 4 millions peuvent donner une défense
raisonnable au port et aux établissements de Raguse. On
doit supposer que l’ennemi débarque à Stagno ou à Raguse‑Vieux ;
qu’il cheminera lentement pour faire les chemins, et que ce sera une expédition
anglaise composée de 7 à 8,000 hommes de cette nation, réunis à un
pareil nombre de gens du pays ou d’Autrichiens. Ce serait donc dix à
douze vaisseaux de guerre mouillés à Stagno, Raguse‑Vieux, ou aux
bouches de Cattaro, et 7 à 8,000 hommes de troupes régulières et autant
d’auxiliaires qui marcheraient sur Raguse. Mais,
dans toutes les hypothèses, le fort Impérial doit être occupé, puisque
c’est le point qui domine à pic la ville. Si
donc on abandonnait l’idée de faire des constructions considérables à
Raguse, la seule considération des habitants et de notre garnison
exigerait qu’on construisît le fort Impérial. 200,000
francs seront accordés cette année sur les fonds de réserve. On enverra
un officier du génie capable de faire ces projets et de diriger les travaux.
Il faut au moins trois ou quatre officiers du génie pour signer le procès‑verbal.
Le fort Impérial doit être terminé dans l’année. A
la commission des officiers du génie il sera joint des officiers de marine
pour déterminer les lieux où l’on placera les cales et les établissements
maritimes. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1279.
- MISSION EN HOLLANDE CONFIÉE AU CAPITAINE DE MORTEMART. AU
GÉNÉRAL DUROC, DUC DE FRIOUL, GRAND
MARÉCHAL DU PALAIS, A PARIS. Paris,
14 avril 1811. Vous
remettrez l’instruction ci‑jointe au sieur Mortemart. Vous lui
donnerez des conseils généraux sur la manière dont il doit se conduire.
Il faut qu’il ne fasse aucun embarras ; sa femme même doit ignorer où il
va. Il doit seulement dire qu’il est absent pour un mois. D’après
la minute. Archives de l’Empire. AU
BARON DE MORTEMART, CAPITAINE,
OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A PARIS. Monsieur
Mortemart, le régiment de Walcheren est composé de cinq bataillons et doit
avoir en ce moment 5 à 6,000 hommes de conscrits réfractaires. Vous
trouverez ci‑joint l’état des effets d’habillement partis de
Paris et de Lille pour ce régiment. Vous vous rendrez en toute diligence à
Flessingue pour vérifier cet état. Avant
d’arriver à Flessingue, vous visiterez le fort Impérial, le fort Napoléon
et la batterie du Centre dans l’île de Cadzand ; vous me ferez connaître
la situation de ces forts. Vous compterez les bouches à feu en batterie ;
vous me rendrez compte du nombre de pièces de 48 et du nombre de
plates‑formes qu’a chaque mortier à plaque. Vous me ferez connaître
la situation des troupes qui sont dans l’île de Cadzand et l’emploi
qu’on fait des différentes compagnies et détachements des sapeurs, des
pionniers français et étrangers, des déserteurs qui s’y trouvent, et
s’ils sont organisés en bataillon. Vous reconnaîtrez si les chaloupes
canonnières peuvent entrer dans le port de Breskens, combien de chaloupes
et de bateaux canonniers ce port peut contenir, combien il y a d’eau
dans les hautes mers. Vous
passerez après cela à Flessingue. Vous verrez le général Gylly,
commandant l’île de Walcheren, vous verrez le colonel du régiment de
Walcheren, et vous m’enverrez un rapport qui m’instruira : 1° si la
quantité de drap qui est annoncée est arrivée ; 2° si les habits
confectionnés sont bons ; 3° si l’on annonce l’époque à laquelle le
reste des effets arrivera. Vous passerez les journées, depuis la pointe du
jour, à visiter les casernes. Vous verrez faire l’exercice aux conscrits
réfractaires. Vous m’enverrez un rapport sur le régiment, bataillon par
bataillon ; vous me manderez si les chefs de bataillon sont arrivés, si
tous les officiers sont arrivés, ceux qui ont donné de leurs nouvelles et
ceux dont on n’a pas entendu parler ; quel est le nombre des
sous‑officiers arrivés, de quels corps ils sortent, si ce sont de
bons ou de mauvais sujets ; quelle
est la quantité de conscrits réfractaires arrivés, quelle volonté ils ont,
si ce sont de beaux hommes ; combien il y a de malades, comment ils
sont casernés. Vous me parlerez aussi de la quantité de fusils qui sont
arrivés. Vous me rendrez
compte de ce que vous auront dit le général Gilly, le colonel, et de ce
que vous aurez vu par vous-même, en me faisant connaître l’opinion du général,
celle du colonel et celle que vous aurez été à même de prendre sur ce
que vous aurez vu. Vous
irez successivement à Middelburg, à Veere, et dans les lieux où sont
cantonnés les différents bataillons. Tous les jours vous m’enverrez un
rapport pour me parler de l’état de la désertion et sur les précautions
qu’on prend pour l’empêcher. Vous me parlerez de l’hôpital militaire
de Middelburg que vous visiterez plusieurs fois. Vous me ferez également
un rapport sur la cavalerie et sur le service de la gendarmerie. Vous
donnerez un coup d’œil sur la manière dont les douanes font leur
service. Quand vous m’aurez satisfait sur toutes ces questions, vous
jetterez un coup d’œil sur les travaux de la marine. A‑t‑on
commencé le magasin général, ou qui empêche de commencer les travaux ?
A‑t‑on travaillé à l’écluse ? Sait‑on si le radier a
souffert, ou quand le saura‑t‑on ? Travaille‑t‑on au
quai que les Anglais ont démoli ? Quand sera‑t‑il rélabli ? Vous
m’enverrez tous les jours le mouvement de la rade. Vous me ferez connaître
où sont mouillés les bâtiments de l’escadre, ceux de la flottille, ce
qu’on signale des croisières ennemies et les bâtiments de guerre qui
mettront tous les jours à la voile. Vous
m’enverrez après cela un rapport sur les travaux du génie.
Travaille‑t‑on au fort Montebello, au fort Saint‑Hilaire ?
Combien y a‑t‑il de tombereaux employés ? Combien d’hommes du
pays, de prisonniers, de sapeurs, de pionniers de toute espèce ? Vous
me ferez connaître la situation des différents camps que j’ai ordonnés
sur les dunes, et s’ils se sont bien conservés pendant l’hiver. Tous
les soirs vous rédigerez le rapport de ce que vous aurez vu et fait dans la
journée. Vous
pourrez aller à bord de mon escadre voir l’amiral Missiessy, lui demander
s’il a quelque chose à me faire dire. Vous
observerez l’esprit public du pays. Vous verrez le maire de Flessingue
pour savoir si les indemnités que j’ai accordées à la ville ont été
payées et si l’on rétablit les maisons, si cela se fait conformément
à mes décrets. Vous verrez le préfet, les sous‑préfets, et vous me
transmettrez ce que vous en apprendrez. Quand
vous aurez passé une quinzaine de jours dans l’île de Walcheren et que
vous m’aurez envoyé une quinzaine de rapports, vous passerez dans l’île
de Schouwen. Vous visiterez la place de Zierikzee, vous verrez dans quelle
situation est cette place, et vous vous informerez de ce que le commandant
aura à me dire. Vous repasserez
à Veere et vous viendrez à Goes, Tholen, Berg-op-Zoom. Vous séjournerez
deux jours à Goes pour visiter l’île de Sud‑Beveland, prendre des
renseignements sur l’administration, la police, le militaire, et sur ce
qui est relatif à la contrebande. Vous verrez dans quelle situation est la
place de Tholen. Vous vous arrêterez assez de temps pour vous mettre en état
de me rendre compte de l’esprit et de la manière de servir des corps qui
sont dans les îles de Schouwen, de Sud et Nord‑Beveland et à
Berg‑op‑Zoom. Vous irez jusqu’à Bath, et vous m’enverrez
par la poste d’Anvers les mêmes renseignements sur ce point que sur les
îles que je viens de nommer. Vous rentrerez après cela dans l’île de
Walcheren. Je
suppose que cette mission vous conduira au 10 ou 15 mai ; à cette époque
vous recevrez de nouveaux ordres de moi dans l’île de Walcheren. Vos
rapports me seront adressés directement ; vous les enverrez sous le couvert
du duc de Frioul, auquel vous pourrez écrire sur ce qui vous sera
particulier dans cette tournée. Vous
m’écrirez de Flessingue pour m’informer si les cadres des 3è et 4è
compagnies du 5è bataillon des 65è, 72è, 19è, 42è, 27è et 22è sont
arrivés pour prendre des conscrits réfractaires du régiment de Walcheren,
et de là passer dans les îles de Schouwen et de Goeree ; ou, s’ils ne
sont pas arrivés, quand ils arriveront ; ce qui manque d’officiers ou de
sous‑officiers dans les cadres, et si l’on peut y avoir confiance. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par M. le général duc de Mortemart. 1280.
‑ ORDRES POUR COMPLÉTER LES BATAILLONS DES ÉQUIPAGES MILITAIRES. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
16 avril 1811. Monsieur
le Comte de Cessac, je reçois la lettre par laquelle vous me rendez compte
que vous avez 1,500 voitures ; ainsi il n’y a pas d’inquiétude à avoir
sur ce point. J’approuve
que les dépôts des 3è, 6è et 7è bataillons des équipages militaires
soient à Nancy, Metz et Mézières. Il est possible que je donne l’ordre
de réorganiser à la fois ces trois bataillons ; les 1,800 hommes nécessaires
seront produits par l’appel de la réserve, et les 3,600 chevaux seront
achetés. Ces bataillons ne seront pas rendus avant la mi‑avril à
Bayonne, et avant la mi‑mai à leurs dépôts. On ne peut donc pas
compter sur eux avant la fin de juillet, époque où les conscrits
arriveront. Il est nécessaire de faire fournir sur‑le‑champ les
harnais et voitures pour que, vers le 15 août, ces bataillons puissent
partir en tout ou en partie. L’achat des chevaux ne peut pas retarder la
formation des bataillons en hommes. Je vais bientôt faire l’appel de la
réserve. Je ne pense pas qu’elle soit arrivée avant le 15 juin. Il sera
temps de passer des marchés pour l’achat des chevaux, puisqu’ils
s’achètent dans la Franche‑Comté et dans les cantons où sont ces
bataillons. Le principal est d’avoir les harnais prêts et que les cadres
ne s’arrêtent pas à Bayonne. Ces six bataillons me suffisent. Je n’ai
pas besoin d’en former de nouveaux. 1,500 voitures sont ce qui m’est nécessaire
; d’ailleurs, s’il en fallait d’autres, je ferais venir d’autres
cadres d’Espagne. Trois
compagnies du 12è bataillon doivent être parties ; j’ai besoin de trois
autres, au plus tard au 15 mai. Quant
au 9è bataillon, j’en ai également besoin dans le plus court délai
possible ; je vois qu’il a 305 soldats et 300 chevaux ; ainsi cela fait au
moins de quoi atteler deux compagnies. Il faut rappeler chez les
cultivateurs les 173 chevaux qui y sont. Il est indispensable qu’au 15 mai
j’aie au moins 60 voitures de ce bataillon prêtes à partir. Quant
au 2è bataillon, que j’organise à Commercy, j’en ai besoin le plus tôt
possible. Votre rapport du 10 avril ne me présente pas la situation de ce
bataillon. Vous sentez bien que je n’aurais pas eu l’idée de faire
venir le 9è bataillon à Lyon si le 2è pouvait me servir. Remettez‑moi
la situation des trois compagnies du 12è bataillon qui sont parties, en
hommes, chevaux, harnais et voitures, et la situation des trois autres
compagnies, compagnie par compagnie, et faites‑moi connaître quand
elles pourront partir. Mon intention est qu’elles partent à mesure
qu’une compagnie sera en état de partir. Vous
me ferez connaître quand le 2è bataillon sera prêt, compagnie par
compagnie. Mon intention est qu’à mesure qu’une compagnie sera prête
elle parte. Enfin
je désire savoir quand le 9è bataillon sera prêt à partir de Plaisance,
compagnie par compagnie. Je vois que les compagnies de ce bataillon feront
le fond des transports pour le mois de juillet, et que les trois autres ne
seront prêtes qu’après juillet, c’est‑à‑dire pour une
campagne d’automne. Je
pense qu’il faut réunir dans le 10è bataillon, qui est à l’armée du
Portugal, tout ce qu’il y a de disponible des 1er, 4è, 12è, et 13è bataillons, et faire revenir les cadres de
ces derniers en France. Ce sera une ressource qui pourra être utile pour la
campagne d’automne. Je suppose que le 10è pourra avoir 300 chevaux et 75
à 80 voitures. J’ai souvent donné et fait donner l’ordre de rappeler
de l’armée de Portugal tous les hommes à pied des bataillons des équipages.
Je suppose que ces ordres s’exécuteront. Écrivez au prince de Neuchâtel,
et réitérez les ordres les plus
positifs pour qu’on ne garde à l’armée de Portugal que le 10è
bataillon. Ce bataillon pourra être composé d’un tiers de voitures et le
reste de mulets de bât. Je
vous renvoie votre projet de décret pour que vous le rédigiez en conséquence
de la présente lettre. Il
suffit que le 10è bataillon d’équipages ait deux compagnies de voitures
et qu’il ait quatre compagnies de mulets de bât. Les hommes disponibles
des autres bataillons seront employés à compléter ce bataillon. Les
chevaux et les mulets, l’armée se les procurera en Portugal ; les hommes
à pied des autres bataillons reviendront en France. Il serait convenable
d’étendre cette mesure à l’armée d’Espagne, qui pourrait
n’avoir dans ses bataillons d’équipages qu’une ou deux compagnies
avec des voitures, et le reste avec des mulets de bât. On peut se procurer
des mulets de bât en Espagne. NAPOLÉON. D’après
l’original. Dépôt de la guerre.
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