| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Correspondance
militaire Extraite
de la correspondance générale Par
ordre du ministère de la guerre Tome septième Paris - 1876
1281.
– INS TRUCTIONS EN VUE D’UNE
ATTAQUE DE LA RUSSIE SUR LE GRAND‑DUCHÉ DE VARSOVIE. A
FRÉDÉRIC‑AUGUSTE, ROI DE SAXE, A DRESDE. Paris,
16 avril 1811. Monsieur
mon Frère, je suis fort dans l’obscur sur les dispositions des Russes.
Leur langage est tranquillisant, mais les mouvements qu’ils font faire à
leurs divisions de Moldavie portent à penser qu’ils en veulent au
Grand‑Duché. Dans cette circonstance, Votre Majesté peut avoir
besoin de direction, et c’est l’objet de cette lettre. PLACES
FORTES. Je
ne connais pas la place de Zamosc. Si elle peut se défendre, il faut
l’armer, l’approvisionner pour six mois et y mettre la garnison la plus
faible possible, mais, si elle n’est pas en état de se défendre assez
longtemps pour qu’on puisse venir à son secours, il paraît convenable
d’en évacuer l’artillerie sur Varsovie et de la faire sauter. Cette
place est hors de la ligne d’opération. Le pays étant pour nous, une
petite forteresse y est assez inutile ; une grande forteresse en place de dépôt
peut seule être importante dans le Grand-Duché, et c’est Modlin. Il faut
donc que Votre Majesté charge le prince Poniatowski et les généraux de
voir combien de mois de siège Zamosc peut soutenir. Je suppose qu’il
faudra que cette place se défende au moins trois mois à partir du premier
mois de l’invasion. Il est à présumer que, dans ce premier mois, le siège
n’aura pas commencé. C’est donc à peu près pendant deux mois de siège
que la place doit résister. Praga,
Sierock et Modlin ne sont que des têtes de pont d’un camp retranché ;
ils ne peuvent donc servir qu’à appuyer les mouvements d’une armée ;
et, si Modlin est, comme je le suppose, hors d’état de se défendre, on
ne doit pas exposer une garnison pour garder ce point. D’ailleurs ce sont
des places de campagne. On décidera au dernier moment ce qu’on devra
faire. Les approvisionnements qu’on y réunira seront pour la garnison
et, dans le cas contraire, pour l’armée. ARTILLERIE. Dans
le cas où on garderait Zamosc, il faut n’y laisser que l’artillerie nécessaire.
Il suffit pour la défense de cette place de pièces de 12 et de 16. On doit
garder les pièces en fer pour l’armement de Praga, de Modlin et de la
Vistule aux environs de Varsovie. On peut même garder huit pièces de 24
pour protéger Praga de la rive gauche, du côté de Varsovie. Enfin il faut
garder les poudres et les boulets nécessaires pour cette défense. On
gardera à Varsovie toute l’artillerie de campagne et les caissons
qu’on peut atteler et qui doivent servir aux mouvements de l’armée, et,
à mesure qu’on croira qu’on est davantage menacé, on évacuera une
partie de ces munitions par échelons entre Varsovie et l’Oder ; de manière
qu’à mesure que l’armée se retirera elle puisse rencontrer des
munitions suffisantes. Il sera donc nécessaire de former ainsi sur la
route des magasins pour les munitions. On pourra prendre des églises, etc.,
et il faudra me faire connaître l’emplacement de ces magasins. On
laissera une partie de l’artillerie nécessaire à Thorn ; tout le reste
de l’artillerie quelconque, à l’exception des fusils, sera embarqué
sur la Vistule, sous prétexte d’une destination pour l’armement de
Thorn. Ces bateaux partiront ensemble ; ils pourront être expédiés peu
de jours après l’ordre qui en sera donné, et de Thorn on pourra ensuite
les diriger sur Danzig, où ils seront en dépôt dans une place forte.
Cette mesure est d’autant plus importante que l’appât de prendre cette
artillerie pourrait porter les Russes à tenter un coup de main sur
Varsovie. Ils n’en auront plus l’idée lorsque l’artillerie n’y sera
plus. Quant
aux huit pièces en bronze qui seront laissées à Varsovie, et à
celles en fer qui seront à Modlin, on les évacuera à mesure que les
choses se prononceront, ou au dernier moment, on brûlera les affûts et
on mettra les pièces hors de service, si on n’a pu les transporter. ARMES
A FEU. Les
armes que j’ai envoyées dernièrement de France doivent être retenues
à Dresde, à Glogau et à Küstrin,
selon l’endroit où
elles se trouvent. Quant aux armes qui sont dans le Duché, on peut en
garder 4,000 à Varsovie, soit pour les gardes nationales, soit pour
l’armée, soit pour les recrues. Le reste devra être dirigé, comme les
munitions, en échelons sur la route de Posen. Au moment d’une attaque sérieuse,
on évacuerait ces armes sur Glogau et Küstrin. On peut même en évacuer 5
à 6,000 sur Danzig. ARMÉE. Les
semestriers doivent être rappelés et les corps réunis, sous prétexte
d’en faire la revue. Tout doit être rassemblé du côté de Pultusk et de
Varsovie. La cavalerie doit rester sur les avant‑postes et être placée
en échelons, de manière à retarder la marche de l’ennemi et à préserver
Varsovie d’une invasion. Des chevaux doivent être levés de tous côtés
pour remonter la cavalerie et pour atteler les soixante-douze pièces de
campagne nécessaires à l’armée polonaise. Des pièces de régiment
doivent être données à chaque corps. Des magasins de biscuit et de vivres
doivent être formés sur la ligne d’opération entre l’Oder et
Varsovie. L’armée doit être chargée de défendre aussi longtemps
qu’elle pourra la Vistule, et, lorsque cela ne sera plus possible, de manœuvrer
toujours lentement sur l’Oder. Les hôpitaux doivent, en général, être
évacués du côté de Kalisz. Il est probable que, si l’on en venait à
cette extrémité, l’armée serait rencontrée sur l’Oder par l’armée
française. Ce n’est pas le moment où Votre Majesté doit regarder à un
million. Je pense que Votre Majesté doit donner des ordres pour que tous
les chevaux d’artillerie soient levés, pour que son artillerie soit
attelée, les semestriers rappelés, et enfin son corps d’armée mis dans
le meilleur état possible. Si la Russie n’avait affaire qu’au Grand
Duché, je suppose qu’elle pourrait se divertir d’un coup de main ;
mais, dans l’état actuel des choses, elle doit voir cette entreprise sous
un point de vue plus sérieux, et je doute encore qu’elle en ait le
projet. Cependant les faits parlent ; ses divisions quittent le Danube
et se portent sur les frontières du Grand‑Duché. Les bruits de
Varsovie à cet égard ne sont plus des bruits isolés ; ils sont confirmés
par tous les avis qu’on reçoit de Stockolm et de Bucharest. Il faut
donc se mettre en mesure, et c’est le but de la présente instruction. Le
Grand‑Duché n’a sans doute pas à craindre une invasion ; mais
enfin tout doit être prévu, et dans ce cas l’art consiste à ne perdre
ni canons, ni munitions, ni armes, ni magasins. C’est ce que la Bavière a
fait constamment dans les dernières
invasions qu’elle a éprouvées. Toute son artillerie, tous ses magasins
avaient été évacués sur Lindau, sur Augsbourg et sur Ulm. Or la place de
Danzig est ici d’un grand avantage pour le Duché, puisqu’on peut tout
charger sur des bateaux qui, en huit ou dix jours, seront en sûreté dans
cette place et pourront remonter ensuite, quand le danger sera passé. Ces
dispositions pour le Grand‑Duché font assez connaître à Votre
Majesté ce qu’elle doit faire pour la Saxe, puisque, le cas arrivant, il
serait assez convenable que l’armée saxonne pût aller au‑devant de
celle du Grand-Duché. Je pense donc qu’il faut donner des pièces aux régiments,
et, sous prétexte de revues, rassembler les divisions, remonter la
cavalerie et mettre tout en état. On ne peut pas parler ici de ce que les
Prussiens feront en cas de guerre. Comme les protestations de la Russie
sont très‑pacifiques, quoique en contradiction avec les mouvements de
troupes, qui peut‑être sont le résultat de la peur, on n’a pu que
pressentir que la Prusse désirait un rapprochement, sans cependant avoir
encore une idée diplomatique à cet égard. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1282.
‑ INSTRUCTIONS DANS LA MÊME HYPOTHÈSE. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Paris,
17 avril 1811. Mon
Cousin, je vous envoie copie d’une lettre que j’écris au roi de Saxe.
Vous sentez qu’elle n’est que pour vous. Cette lettre vous fera connaître
mes dispositions. En cas de violation du territoire, le prince Poniatowski
doit sur‑le‑champ vous prévenir ainsi que le gouverneur de
Danzig. Vous feriez alors toutes vos dispositions pour réunir votre armée
sur l’Oder ; mais avant que vos mouvements fussent faits, vous recevriez
mes ordres. Les Polonais et les Saxons, qui, au nombre de 50,000 hommes,
appuieront votre mouvement sur Glogau, vous feront déjà une armée de
120,000 hommes. La garnison de
Danzig pourra, dans ce cas, avoir un corps d’observation de 6,000 hommes,
infanterie et cavalerie, lequel se tiendrait près de Dirschau et assurerait
les communications avec Thorn ; ce qui aiderait le prince Poniatowski à
garder la Vistule. Le principal est que la garnison de Danzig soit complétée
et approvisionnée. Il me semble qu’il doit y avoir au 1er mai
12,000 hommes, quatre ou cinq généraux français, beaucoup d’artillerie
et de génie. Il me semble également que l’artillerie se soit
approvisionnée. Il est bien urgent cependant
que les poudres arrivent ; je suppose que le convoi est déjà parti et
que les 150 milliers de poudre, qui sont le plus
important, y seront arrivés avant que la première quinzaine de mai
soit terminée. Quant aux approvisionnements en blé et avoine, en viande et
en bois, cette ville abonde ordinairement de tout cela ; d’ailleurs le général
Rapp ne manquera pas de prendre dans le temps tout ce que le territoire
pourra lui fournir, et surtout les bœufs. Faites‑moi
connaître, je vous prie, quelle sera, au 1er mai, la force des
10è et 11è régiments polonais qui sont à Danzig et du 5è qui est à Küstrin.
Donnez ordre que tous les soldats à pied du régiment des chevau‑légers
polonais qui est à Danzig soient remontés à mes frais ; de sorte que, si
ce régiment peut fournir 200 hommes, on achète sur-le‑champ 200
chevaux. Donnez ordre également qu’aux trois régiments polonais qui sont
à mon service on attache des compagnies d’artillerie et du train, et
qu’il leur soit acheté des chevaux. En cas d’événements imprévus,
vous auriez soin de prévenir le roi de Westphalie. Vous voyez que mon
intention est que, dans le cas où l’ennemi attaquerait inopinément,
mon armée ne passe pas l’Oder que tous les corps ne soient formés, et
que mes troupes qui se réunissent dans le Tyrol, la division qui se forme
en Hollande et ma Garde, ne soient arrivées ; ce qui n’empêchera pas que
vous n’ayez une avant‑garde qui se maintiendra le plus longtemps
qu’elle pourra avec Danzig. Raisonnez sur vos cartes dans toutes ces
suppositions et faites‑moi vos objections. Cela
vous fait sentir assez combien il est important que le blé qui doit
exister à Stettin et à Küstrin y existe, et qu’on fasse confectionner
le biscuit qui est ordonné. On se servirait des 500,000 rations de
Magdebourg, qu’on ferait venir par le canal de Küstrin ; ce qui nous
ferait sur‑le‑champ un million de rations. Je
vous ai déjà demandé quelle serait la situation de votre armée avant le
1er mai. Vous
ne pouvez pas vous trouver en présence de l’ennemi avant le 1er
juin ; faites‑moi connaître quelle sera votre armée alors, y
compris les Saxons, les polonais, la garnison de Danzig et les Westphaliens.
Je suppose qu’au 1er juin une division composée de vos 4es
bataillons se réunira à Wesel ; elle pourrait vous rejoindre si cela était
nécessaire, mais seulement comme
corps de réserve à
laisser à Magdeburg ; car ces conscrits seraient encore bien jeunes,
n’ayant que deux mois de service, et il ne semble qu’on ne peut pas espérer
s’en servir avant le mois de juillet ; mêlés alors avec d’autres, ils
pourraient entrer en ligne. Je pense donc qu’au 1er juillet,
vous pouvez vous présenter avec 75,000 hommes,
cavalerie, artillerie, garnison de Danzig, les 60,000 Polonais, Saxons
et Hessois de Darmstadt, vous fera sur‑le‑champ 150,000 hommes,
assis sur les places de Küstrin, Glogau et Danzig. D’ailleurs il est bien
possible que dans peu de jours je prenne la résolution de vous envoyer de
nouvelles divisions de cuirassiers et de cavalerie légère, de manière à
porter votre cavalerie à 20,000 hommes,
y compris ce que vous avez, et à 32,000 bommes, y compris 4,000 Saxons et 8,000
polonais. Ayez un chiffre
avec le gouverneur de Danzig, et prévenez‑le de toutes ces
dispositions générales. Il faut qu’il soit très‑alerte, qu’il
monte une police secrète et sache ce qui se passe du côté de Tilsit,
Riga, sur les frontières, et tienne informé de tout. Il faut surtout
qu’il fasse faire le service de sa place avec rigueur, pour éviter toute
surprise. Actuellement qu’il a de la cavalerie, il peut la distribuer dans
tous les points du territoire. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1283.
‑ VIGILANCE RECOMMANDÉE AUX OFFICIERS D’ÉTAT‑MAJOR. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Paris,
17 avril 1811. Mon
Cousin, arrêtez à Küstrin et à Glogau les armes qui se rendent à
Varsovie. Mettez beaucoup d’officiers d’état‑major dans les
places de Glogau et Stettin ; ce sont des officiers que vous retrouverez
toujours et qui seront placés là pour surveiller. Recommandez‑leur
la plus grande vigilance ; ils doivent dormir le jour et rester debout
toute la nuit, ils doivent avoir l’œil sur tout et vous rendre compte. NAPOLÉON. D’après
l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1284.
- ORDRES POUR LA RÉUNION D’UN CORPS D’ARMÉE ENTRE VÉRONE, TRENTE ET
BOLZANO. A
EUÈGNE NAPOLÉON, VICE‑ROI D’ITALIE, A PARIS. Paris,
17 avril 1811. Mon
Fils, vous donnerez des ordres pour réunir sans délai, et sans
attendre les ordres de mon ministre de la guerre, un corps d’armée
entre Vérone, Trente et Bolzano ; ce corps sera composé de quatre
divisions. La
1re division sera formée de deux bataillons du 8è
d’infanterie légère, de deux bataillons de Croates, de trois bataillons
du 92è ; total, dix bataillons, tous portés au grand complet, ce qui
fera 8,400 hommes. Le 8è, le 84è et le 92è auront leur
compagnie d’artillerie avec leurs caissons et
leurs pièces ; on donnera également aux bataillons croates deux
pièces qu’on organisera en Illyrie ; ce qui fera huit pièces de canon.
Il y aura en outre
douze pièces d’artillerie de ligne attachées à cette division ; on
y attachera également une compagnie de
sapeurs avec ses outils. Cette division sera partagée en deux
brigades, chacune de cinq bataillons. La
2è division sera composée de sept régiments d’élite. Chaque régiment
d’élite sera formé de deux bataillons : le 1er bataillon sera
composé de quatre compagnies de voltigeurs, et le 2è bataillon de quatre
compagnies de grenadiers. Chaque régiment aura les caissons, la compagnie
d’artillerie et les moyens de transport attachés au régiment, hormis
qu’il n’y aura que deux caissons d’infanterie, et deux de transport au
lieu de quatre. Ces régiments seront ainsi composés, savoir : 1er
régiment d’élite : 1er bataillon, quatre compagnies de
voltigeurs complétées à 150 hommes ; 2è bataillon, quatre compagnies
de grenadiers complétées à 150 hommes ; total, 1,200 hommes, du 9è de
ligne ; 2è régiment d’élite : deux bataillons du 13è, 1,200 hommes ; 3è
régiment d’élite : deux bataillons du 29è, 1,200 hommes ; 4è régiment
d’élite : deux bataillons du 35è, 1,200 hommes ; 5è régiment d’élite
: deux bataillons du 53è, 1,200 hommes ; 6è régiment d’élite :
deux bataillons du 106è, 1,200 hommes ; 7è régiment d’élite : deux
bataillons du 112è, 1,200 hommes ; total, 8,400 hommes et quatorze pièces
de canon. Il y sera en outre attaché douze pièces d’artillerie de
ligne. La
3è division sera composée de quatre bataillons du 1er de ligne,
de trois bataillons du 62è, de quatre bataillons du 101è et des deux
bataillons espagnols qui sont à Palmanova et à Alexandrie ; total, treize
bataillons et près de 9,000 hommes. Le 1er, le 62è et le 101è auront
chacun leurs pièces de régiment qu’ils formeront à Plaisance. La
4è division sera composée de seize régiments d’élite italiens, formés
par les soixante‑quatre compagnies d’élite des différents
bataillons de l’armée italienne qui sont en Italie ; ce qui fera 9,600
hommes. Il y sera attaché huit pièces de canon de régiment et douze pièces,
de canon de ligne. Total
des divisions de l’infanterie : 36,000 hommes, trente-six pièces de canon
de régiment, quarante-huit pièces de canon de ligne. Il y sera de plus
attaché deux compagnies d’artillerie, deux compagnies de pontonniers et
deux compagnies de sapeurs, indépendamment de la compagnie de sapeurs par
division. Chaque
division formera trois brigades, à l’exception de la première qui n’en
formera que deux. La
garde italienne se préparera à marcher avec ce corps d’armée ;
elle sera composée de tous les hommes à pied et à cheval disponibles et
d’une réserve d’artillerie telle qu’elle pourra être formée. Le
9è bataillon d’équipages militaires français et deux compagnies d’équipages
militaires italiens à seront attachées à ce corps d’armée. Donnez
sans délai des ordres pour que tous ces régiments se tiennent prêts et
que les compagnies d’élite soient complétées. Vous laisserez accroire
aux colonels qu’ils doivent eux‑mêmes commander d’élite, afin
que la composition en soit bien faite ; mais, en réalité, vous ne ferez
marcher que quatre colonels et trois majors. Chaque bataillon d’élite
sera commandé par un chef de bataillon : ainsi, sur les quatre chefs de
bataillon, deux marcheront ; vous choisirez les meilleurs officiers. Présentez‑moi
l’organisation après que vous aurez donné les ordres préparatoires pour
ce qui vous regarde, afin de ne pas perdre un moment et qu’au 1er
mai tout cela se puisse mettre en marche pour Vérone ; étudiez
cette organisation ; présentez-moi les généraux de division, les généraux
de brigade, les états‑majors, les administrations, les commissaires
de guerre, les officiers du génie et d’artillerie, et tout ce qui est nécessaire
pour compléter cette organisation en détail et telle que je puisse ainsi
l’envoyer toute faite au ministre de la guerre. Je désire l’avoir
demain soir. Faites transporter 200,000 rations de biscuit à Vérone,
afin de pouvoir remplir les caissons ; ces biscuits serviront à l’armée.
Donnez tous les ordres pour que l’artillerie puisse également se
diriger sur Vérone et être prête au 1er mai, de sorte qu’au
15 mai le corps d’armée puisse déboucher sur Trente. Quant
aux bataillons croates et aux deux bataillons du 8è d’infanterie légère,
vous écrirez d’office au général qui commande en Illyrie, pour lui
signifier ces dispositions, lui mander qu’il recevra à cet égard les
ordres du ministre ; mais que, comme ces troupes doivent faire partie du
corps d’armée que vous êtes chargé d’organiser, vous croyez devoir
l’en prévenir pour qu’il fasse d’avance ses dispositions. Vous lui
direz confidentiellement qu’il est possible que ces corps sortent d’Illyrie
pour entrer en Allemagne, mais que ceci est très-secret et pour lui seul.
Qu’il commence donc à lever sans délai les deux bataillons croates et à
préparer les deux bataillons d’infanterie légère. Ces deux bataillons
seront remplacés dans le pays par deux bataillons croates qui feront le
service. Écrivez également d’office à la grande‑duchesse, en lui
disant qu’il est eonvenable qu’elle donne des ordres pour
l’organisation des voltigeurs et des grenadiers de ses deux régiments ;
qu’elle va recevoir à cet égard les ordres du ministre de la guerre,
mais que vous lui écrivez pour lui en faire parvenir l’avis deux jours
d’avance, parce que je désire que ces deux régiments puissent partir
le 1er mai ; qu’en attendant, et sans rien dire, elle doit
donner des ordres pour faire compléter les compagnies et les faire venir
à Florence pour en passer la revue. Quant
aux troupes qui composent la division des trois régiments qui viennent de
Naples, elles doivent être parties de Rome. Vous pouvez prendre des
renseignements sur leur marche dans les bureaux de la guerre et en faire
mention dans le travail que vous me présenterez. J’ai à suivre tant de détails,
que je désire que vous vous occupiez de ce qui est relatif à ce corps
d’armée. Quant
à la cavalerie, toute la cavalerie légère de l’armée italienne et française
doit se tenir prête à marcher. Je composerai chaque brigade de deux régiments.
Faites‑moi connaître les généraux de brigade qu’on peut faire
marcher, et présentez‑moi la composition de ces brigades. Le 4è régiment
de chasseurs qui arrive de Rome en fera partie, ainsi que le 9è. Je
laisserai en Italie les dragons italiens et deux ou trois régiments de
dragons français. A cet effet, le 6è et le 8è de chasseurs formeront une
brigade ; le 4è et le 9è de chasseurs en formeront une autre ; le 6è de
hussards et le 25è de chasseurs formeront une 3è brigade ; deux régiments
de dragons composeront une 4è brigade ; la 5è brigade sera une brigade
italienne. Les régiments de dragons français et italiens et le 19è de
chasseurs resteront en Italie ; voyez cela en détail. Ainsi le corps sera
donc composé de 34,000 hommes d’infanterie, de 6,000 hommes de cavalerie
et de près de quatre‑vingts pièces de canon, indépendamment de la
garde royale ; ce qui le portera de 40,000 à 50,000. Il faut que tout cela
puisse se mettre en marche et, s’il est nécessaire, entrer en Allemagne
le 15 mai. La brigade qui partira d’Illyrie se rendra à Laybach, et de là
sera dirigée par Villach sur Landshut ; elle arrivera en même temps que
les autres troupes à Ratisbonne. Vous
me ferez aussi un rapport sur ce qui restera en Italie, en y comprenant
toute la conscription de cette année, tant française qu’italienne, qui aura le temps nécessaire pour se former. Il me
semble qu’il restera suffisamment de forces pour parer à une
insurrection, à un débarquement et protéger les places ; en effet,
en y comprenant la Toscane, il
restera neuf régiments, qui présenteront à peu près la même force que
l’armée présente aujourd’hui, puisqu’ils recevront de la
conscription l’équivalent de ce que j’en retire, et que, dans la répartition
de la réserve, je fournirai à ces régiments un plus grand nombre
d’hommes pour les compléter. NAPOLÉON. D’après
la copie comm. par S. A. I. Mme la duchesse de Leuchtenberg. 1285.
- ORDRES CONCERNANT LES COMPAGNIES D’INFANTERIE. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMIE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMIN
ISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
18 avril 1811. Vous
avez dix compagnies formant 900 infirmiers. La
compagnie de 120 hommes, qui est dans les provinces illyriennes, est inutile
; faites‑la marcher avec le corps de l’armée d’Italie qui se réunit
à Laybach. Celle qui est en Portugal est nécessaire. La compagnie qui
est à Metz et à Strasbourg, envoyez-la à l’armée d’Allemagne. Pour
celle de Catalogne et pour celles qui sont en Espagne, je n’ai rien à
dire. La
9è compagnie, qui a 69 hommes en Italie et 41 en Illyrie, peut se diriger
sur Besançon. La 10è d’Italie peut se retirer à Besançon. Vous
avez ainsi quatre compagnies de 120 infirmiers disponibles. La
Hollande, l’Italie, les provinces illyriennes, la France ne doivent pas
avoir de ces compagnies ; cela doit être pour l’armée. Je
ne puis comprendre pourquoi il y a deux compagnies d’infirmiers dans les
provinces illyriennes, où je n’ai que quatre régiments. Les compagnies
qui sont en Italie y sont d’une inutilité absolue, en Italie, où le
peuple est si charitable, où il y a de superbes établissements. Envoyez
au corps d’armée qui est en Allemagne et au corps qui va se former à
Laybach les compagnies qui sont en Illyrie, en Italie, en France, en
Hollande. Quatre compagnies d’infirmiers peuvent servir 10 à 15,000
malades. En Allemagne même on n’a besoin d’infirmiers que sur la première
ligne. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1286.
‑ OBSERVATIONS RELATIVES AU PERSONNEL ADMINISTRATIF NÉCESSAIRE A L’ARMÉE
D’ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
18 avril 1811. J’ai
lu votre rapport du 13 avril. Vous me demandez beaucoup trop de monde pour
l’administration, ce serait une deuxième armée. Je vous envoie la note
de ce que demande le prince d’Eckmühl : vous verrez que c’est bien
loin de votre proposition. Je vous envoie également un rapport que
j’avais demandé au comte Daru ; vous verrez qu’au lieu de 4,000 employés
il n’en demande que 2,000 ; et cependant il a fait son travail sur les mêmes
rapports que vous. Je ne puis lever une armée d’employés. Présentez‑moi
un projet d’organisation divisé en autant de titres qu’il y aura de
corps d’armée. État‑major
général : cette organisation ne sera envoyée que lorsqu’il sera
question de former l’armée d’Allemagne en grande armée. Autant
que je puis prévoir, l’armée d’Allemagne sera composée de trois corps
; le corps du prince d’Eckmühl aura cinq divisions au lieu de quatre ; un
autre corps partira de Wesel ou de Mayence ; il sera composé de quatre
divisions ; enfin un troisième corps, qui se formera à Vérone et à
Trente, et qui sera composé de trois divisions françaises et d’une
italienne ; total, treize divisions. Il y aura de plus quatre divisions
de cuirassiers (une qui est en Allemagne et trois qui se forment sur
Mayence et Wesel), une division de réserve de dragons, qui se forme à Vérone,
et dix brigades de cavalerie légère, chacune de deux régiments. Il faut
d’abord composer le corps du prince d’Eckmühl comme il était dans la
dernière campagne ; ensuite, à mesure que les deux autres corps seront
formés, on en formera également l’administration. Il est donc nécessaire
que vous me fassiez connaître ce qui est nécessaire au prince d’Eckmühl,
ce qui existe et ce qui manque ; que ce qui manque parte sans délai ; et,
pour n’y pas revenir à deux fois, que dans votre travail, au lieu de
quatre divisions, vous en compreniez cinq. Je pense qu’un corps de
boulangers doit être attaché à cette armée ; le maréchal en fera la
division suivant les circonstances. Je pense qu’une compagnie de
constructeurs de fours doit y être attachée également. Les
six compagnies du 12è bataillon des équipages sont destinées pour ce
corps. L’ordonnateur Chambon restera commissaire ordonnateur. Il est
d’usage, je crois, de mettre un médecin, un chirurgien et un pharmacien
en chef à la tête du service de santé. La compagnie d’infirmiers doit
aussi être attachée au corps d’armée d’Allemagne. Le
corps qui se réunira à Wesel sera composé de quatre divisions ; il aura
pour son service le 2è bataillon des transports militaires. Le corps qui se
réunit en Italie aura pour son
service le 9è bataillon
d’équipages et deux compagnies d’équipages italiens. Ce corps, qui
sera de 40,000 hommes environ, aura une administration moins considérable
que le prince d’Eckmühl. Faites‑moi connaître si vous avez en
Italie des employés qui puissent marcher avec cette organisation. Les
cuirassiers n’ont pas besoin de transports militaires, mais il leur faut
des ordonnateurs, des commissaires des guerres, des chirurgiens, etc. Je désire
que vous organisiez l’administration de ces divisions comme elle l’était
dans la dernière campagne. Quant
au quartier général, il
faut suivre l’exemple de la campagne de Pologne, et dès lors le comte
Daru et Villemanzy peuvent vous faire connaître ce qui est nécessaire. On
est dans l’usage d’avoir au quartier général une espèce de service léger :
je crois qu’on le compose d’une cinquantaine de caissons. Il serait bon
d’avoir quelques‑uns des ordonnateurs et commissaires des guerres
qui ont servi le plus activement en Pologne et qui connaissent mieux le
pays. Les 3è, 6è et 7è bataillons des équipages militaires seront attachés
au quartier général. Je suppose que vous avez donné ordre aux cadres de
ces bataillons de se rendre à Commercy. Les cadres des 6è et 7è
bataillons ont dû arriver le 15 avril à Bayonne. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1287.
- ORDRES RELATIFS AUX APPROVISIONNEIMNTS DE SIÈGE. AU
MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE D’ECKMUHL, COMMANDANT L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A
HAMBOURG. Paris,
18 avril 1811. Mon
Cousin, vous trouverez ci‑joint le rapport du ministre de
l’administration de la guerre sur l’approvisionnement de siège de
Danzig. Vous y verrez que cet approvisionnement est évalué à 3 millions ;
qu’en ôtant le bois de chauffage évalué 340,000 francs, le vin évalué
900,000 francs et qu’on ne peut pas se procurer, la paille pour le
couchage, le foin, qu’on pourra prendre dans le pays à vingt lieues aux
environs quand les circonstances l’exigeraient, il ne resterait plus que
1,400,000 francs ; encore je crois que les prix sont portés trop haut. Le
quintal métrique de blé, par exemple, ne doit pas coûter 18 francs. Je ne
parle point de la viande : vous en savez la raison. Cette somme de
1,400,000 francs n’est pas une dépense énorme. Le principal est que le général
Rapp aille de l’avant et que l’approvisionnement existe en magasin à
Danzig, afin que je sois sans aucune espèce d’inquiétude sur cette place
importante. Moyennant cet état, il doit y avoir dans la place 60,000
quintaux de blé. Je vous ai mandé qu’il fallait être assuré d’avoir
100 000 autres quintaux sur lesquels on pût mettre la main en cas d’événement,
tant pour les habitants que pour l’armée.
Envoyez un commissaire des guerres de confiance pour arranger cela à
Danzig. Si la ville ne peut être chargée que de l’approvisionnement
journalier, autorisez le général Rapp à faire l’approvisionnement de siége
à mes frais jusqu’à concurrence d’un million. Je
vous envoie également un rapport du ministre de l’administration de la
guerre sur l’approvisionnement de siège des trois places de l’Oder.
Le ministre demande 200,000 francs ; il croit pouvoir faire ces
approvisionnements avec 100,000 francs. Je pense que vous pourriez y
pourvoir avec le produit des
denrées coloniales. Je vois que la place de Stettin aura un
approvisionnement pour 4,000 hommes pendant un an, Küstrin un approvisionnement
pour 3,000 hommes pendant un an, et Glogau un approvisionnement pour 3 à
4,000 hommes pendant un an. La facilité que vous avez à Hambourg d’avoir
une caisse à votre disposition simplifie et rend le service plus rapide,
puisque vous pouvez ouvrir des crédits, non sur les fonds du Trésor, ce
qui occasionnerait des irrégularités et de la confusion, mais sur la
caisse des denrées coloniales. Vous me rendrez compte des crédits que vous
aurez donnés, et je donnerai des ordres pour vous couvrir ; par ce moyen
tout marchera rapidement. L’essentiel est que les places soient
approvisionnées pendant un an, surtout Danzig, qui doit l’être pour
15,000 hommes et 1,000 chevaux. Organisez tout cela en règle. Il faut des
garde‑magasins pour les approvisionnements de siège autres que les
garde-magasins ordinaires. Il faut qu’il y ait plusieurs chefs des
magasins ; que le gouverneur en fasse la revue tous les mois ; qu’il ne se
fasse aucun mouvement sans qu’il en ait l’état journalier, et que
l’on ne touche qu’à l’approvisionnement journalier. J’ai établi
beaucoup de mesures pour les approvisionnements de siège des places, afin
qu’il n’arrive plus ce qui est arrivé, qu’au moment d’un siège la
moitié des approvisionnements était mangée. Faites un ordre du jour et
annoncez la peine de mort contre tout garde‑magasin ou commissaire des
guerres qui distrairait ou délivrerait la moindre chose de
l’approvisionnement de siège sans l’autorisation du gouverneur ; que
rien ne peut sortir des magasins, pour cause d’avaries ou toute autre
cause, le remplacement précède l’extraction. Organisez l’hôpital de
Danzig ; je suppose qu’il y a des commissaires des guerres. Il est
important que l’approvisionnement de siège soit dans les mains
d’agents français. Je ne
m’oppose pas à ce que l’approvisionnement journalier soit dans les mains des gens du pays. Tâchez de n’employer que des
hommes probes. NAPOLÉON. D’après l’original comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl. 1288.
‑ ORDRE INDIQUANT LA COMPOSITION DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
19 avril 1811. Monsieur le Duc
de Feltre, l’armée d’Allemagne sera composée de trois corps : 1°
Le corps d’observation de l’Elbe ; 2°
Le corps d’observation du Rhin ; 3°
Le corps d’observation d’Italie. CORPS
D’OBSERVATION DE L’ELBE. Le
corps d’observation de l’Elbe sera commandé par le prince d’Eckmühl.
Il sera composé de cinq divisions d’infanterie et formé de la manière
suivante : 1re
DIVISION : 13è léger, cinq bataillons ; 17è de ligne, cinq ; 30è, cinq ;
127è, deux ; total, 17 bataillons. Le
général Morand commandera cette 1re division. Chaque régiment
formera une brigade. 2è
DIVISION : 15è léger, cinq bataillons ; 33è de ligne, cinq ; 48è, cinq ;
128è, deux ; total, 17 bataillons. Le
général Friant commandera cette 2è division. 3è
DIVISION : 7è léger, cinq bataillons ; 12è de ligne, cinq ; 21è, cinq ;
121è, deux ; total, 17 bataillons. Le
général Gudin commandera la 3è division. 4è
DIVISION : 33è de ligne, quatre bataillons, 57è, cinq ; 85è, cinq ;
Portugais, trois ; total, 17 bataillons. Cette
4è division sera commandée par le général ..... 5è
DIVISION : 25è de ligne, cinq bataillons ; 61è, cinq ; 108è, cinq ; 111è,
cinq ; total, 20 bataillons. Cette
5è division sera commandée par le général Compans. Le
total des cinq divisions est donc de 88 bataillons, lesquels, au complet,
feront environ 70,000
hommes. Le général
Hastrel sera chef d’état‑major du corps d’observation de
l’Elbe. Il y aura cinq adjudants commandants pour les cinq divisions,
deux adjudants commandants pour l’état‑major général, trente
adjoints pour l’état-major général et les divisions, et vingt généraux
de brigade pour commander l’infanterie. Ce
corps sera ainsi organisé aussitôt que les 4es et 5es bataillons seront
arrivés, c’est‑à‑dire dans le courant de juin. La
cavalerie sera commandée par le général Bruyère. Elle sera de six régiments français, qui, avec deux régiments
polonais de cavalerie légère, feront huit régiments répartis en quatre
brigades. Il
n’est pas question ici de cuirassiers, qui seront la réserve générale
de l’armée. ARTILLERIE.
‑ Chaque régiment aura quatre pièces de régiment, ce qui fera douze
pièces par division, à l’exception de la 5è, qui en aura seize. Chaque
division aura une batterie d’artillerie à cheval, composée de deux
obusiers et de quatre pièces de 6 (cette batterie sera servie par une
compagnie), et une batterie d’artillerie à pied, composée de deux
obusiers et de six pièces de 8 ; ce qui fait pour les cinq divisions cinq
compagnies d’artillerie à cheval, avec trente bouches à feu, savoir :
dix obusiers et vingt pièces de 6, et cinq compagnies d’artillerie à
pied servant quarante bouches à feu, savoir : dix obusiers et trente pièces
de 8. Il
y aura, en outre, une réserve d’artillerie de deux batteries à pied,
chacune de deux obusiers prussiens à longue portée et de six pièces de 12
; ce qui fera seize pièces en réserve, et ce qui portera l’artillerie
du corps d’armée à vingt‑quatre obusiers, cinquante pièces de 6
et de 8 et douze pièces de 12 ; en tout quatre‑vingt‑six
bouches à feu, qui, jointes aux soixante‑quatre pièces des régiments,
feront cent cinquante pièces d’artillerie, sans y comprendre les
batteries attachées aux divisions de cuirassiers. CORPS
D’OBSERVATION DU RHIN. Ce
corps se réunira de Mayence à Wesel. Il sera composé de quatre divisions
d’infanterie. 1re
DIVISION. – 1re brigade : 5è léger, deux bataillons ; 24è,
quatre ; 2è brigade : 10è régiment de ligne, quatre ; Espagnols qui sont
à Nimègue, deux ; 3è brigade : 20è régiment de ligne, quatre ; Portugais,
deux ; total, 18 bataillons. Il
y aura deux pièces d’artillerie de régiment au 24è régiment
d’infanterie légère, aux 10è et 20è de ligne. 2è
DIVISION. – 1re brigade : 23è léger, deux bataillons ;
26è, quatre ; 2è brigade : deux bataillons d’élite du 46è de ligne ;
deux du 125è ; régiment suisse, deux bataillons ; 3è brigade : deux
bataillons d’élite du 72è ; deux du 126è ; deux bataillons portugais
; total, 18 bataillons. 3è
DIVISION. – 1re brigade : tirailleurs corses, un bataillon ;
tirailleurs du Pô, un ; 10è léger, quatre ; 2è brigade : deux bataillons
d’élite du 56è ; deux du 124è ; deux bataillons portugais ; 3è brigade
: deux bataillons d’élite du 2è de ligne ; deux régiments suisses,
quatre ; total, 18 bataillons.
4è DIVISION. – 1re brigade : deux bataillons d’élite
du 3è de ligne ; deux du 4è ; deux du 105è ; 2è brigade : deux
bataillons d’élite du 37è ; deux du 93è ; deux du 123è ; 3è brigade
: deux bataillons d’élite du 18è de ligne ; deux du 19è ;
trois bataillons portugais ; total, 19 bataillons. Ce
qui porte la force totale de l’infanterie de ce corps d’armée à 73
bataillons faisant environ 45,000 hommes. La
1re division aura six pièces de régiment, la 2è en aura dix,
la 3è huit et la 4è seize, ce qui fera en tout, pour les quatre divisions,
quarante pièces d’artillerie de régiment. Les
régiments d’élite seront formés comme il sera dit ci‑après. CAVALERIE.
‑ La cavalerie sera composée des régiments suivants : 5è de
hussards, quatre escadrons ; 9è, deux ; 11è, quatre ; 11è de chasseurs à
cheval, quatre ; 12è, quatre ; 23è, quatre ; 24è, quatre ; 7è, deux ; 13è,
deux ; 20è, deux ; total, 32 escadrons. Ces
trente‑deux escadrons formeront quatre brigades. ARTILLERIE.
‑ Chacune des quatre divisions d’infanterie aura une batterie
d’artillerie à cheval, composée de six pièces, et une batterie
d’artillerie à pied de huit pièces ; ce qui fait pour les quatre
divisions vingt‑quatre pièces d’artillerie à cheval et
trente‑deux pièces d’artillerie à pied. Il
y aura, en outre, une réserve d’artillerie de deux batteries à pied,
chacune de deux obusiers prussiens et de six pièces de 12 ; ce qui fait
seize pièces en réserve. En
sorte que le total de l’artillerie du corps d’observation du Rhin sera
de cent douze bouches à feu, savoir : quarante pièces de régiment,
vingt‑quatre pièces d’artillerie à cheval et quarante‑huit
pièces d’artillerie à pied ; ce qui donne vingt obusiers, trente pièces
de 6 et de 8, et douze pièces de 12, sans compter les pièces de régiment. D’après
la copie. Dépôt de la guerre. 1289.
‑ ORDRES POUR LA REMONTE DE LA CAVALERIE. AU
GÉNÉRAL LACUÉE, COMTE DE CESSAC, MINISTRE DIRECTEUR DE L’ADMINISTRATION
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
19 avril 1811. J’ai
lu avec attention votre
rapport sur la remonte des corps qui sont en Allemagne, en Italie et en
France. Je
comprends très‑bien que les dix régiments de cavalerie qui sont en
Allemagne aient traité pour leur remonte
en Allemagne et non à
leurs dépôts, parce qu’ils ont préféré prendre leurs chevaux en
Allemagne, comme mesure plus économique et plus expéditive ; les
selles et les hommes disponibles des dépôts leur auront été envoyés.
Mais je ne comprends pas comment le dépôt du 23è de chasseurs, qui est en
Hollande, achète ses chevaux en Allemagne ; c’est à son dépôt
qu’il doit traiter, puisqu’il a ses hommes, ses artistes vétérinaires,
ses effets de harnachement et d’équipement or ce dépôt est, je crois,
du côté de Besançon. Les
douze régiments dont les escadrons de guerre sont en Italie et dont les dépôts
sont dans la 6è division militaire doivent acheter leurs chevaux dans la 6è
division militaire ; c’est là où se rendent les conscrits et
l’habillement. Je
suppose que, dans les marchés faits pour les régiments qui sont en Italie,
les chevaux ne doivent pas être payés si cher, puisqu’ils doivent être
livrés à Besançon. En
général, je vois que les livraisons de cette première partie sont très‑tardives
; cependant j’avais espéré que tout serait livré avant le 10 mai,
puisque mon décret est du 8 février. Faites‑moi
connaître quand la deuxième commande de chevaux pourra être faite. Je
voudrais qu’elle fût faite pour tous les corps le plus tôt possible,
mais surtout pour ceux de l’armée d’Allemagne, pour lesquels cette
deuxième commande est de 1,600 chevaux. Je
vois par votre rapport qu’il manque 848 chevaux pour compléter
l’effectif de mes régiments de cavalerie. Je
vois par les états de l’armée d’Allemagne qu’il manque 138 chevaux ;
présentez‑moi un projet de décret pour en autoriser l’achat. Il
est vrai qu’il manque 900 hommes ; mais, outre qu’il y a des engagements
volontaires, les régiments étant au nombre de dix et la différence étant
de cent entre le complet des hommes et celui des chevaux, on peut acheter
ces 138 chevaux. Les
régiments de cavalerie de l’intérieur ont besoin de 480 chevaux. Il leur
faut aussi 900 hommes ; mais comme leur complet en hommes est de 100 supérieur
au complet en chevaux, je crois qu’on peut ordonner cet achat. Enfin
il faut pour les régiments de l’armée d’Italie 200 chevaux. Remettez‑moi
un projet de décret pour ordonner une troisième commande, qui n’aura
lieu qu’en juin et sur de nouveaux
ordres que vous me
demanderez en juin. Mais
cela ne paraît
pas suffisant ; il faut préparer une quatrième commande. Elle ne peut pas
regarder l’armée d’Allemagne, puisque les corps de cette armée sont au
complet de 1,100 hommes et de 1,000
chevaux ; mais il faut porter à 1,100 chevaux les régiments de
grosse cavalerie de l’intérieur ; ce qui fera 1,100 chevaux à
acheter. Il
faut porter les régiments
de dragons qui sont en Italie à 900 chevaux, ce qui fera 500 chevaux ; les
régiments de cavalerie d’Italie à 900 chevaux, ce qui fera 800 chevaux ;
les 11è, 12è et 24è de chasseurs et le 5è de hussards à 900 chevaux;
les 7è, 13è et 20è de chasseurs et le 9è de hussards à 600 chevaux.
Bien entendu que la quatrième commande
n’aura lieu qu’après l’appel de la réserve. Il
résulte de cela qu’en comprenant les première et deuxième commandes
j’aurai un effectif de 10,000 chevaux à l’armée d’Allemagne ; que
j’aurai 16,000 chevaux dans l’intérieur, et 10,000 chevaux en Italie ;
total, 36,000 chevaux. En
y comprenant la quatrième commande, je ne changerais rien ou peu de chose
en Allemagne ; j’augmenterais de 1,100 chevaux en France ; de 1,300
chevaux en Italie ; ce qui me ferait près de 40,000 chevaux. D’après
la minute. Archives de l’Empire. 1290.
- OBSERVATIONS SUR LA NOUVELLE COMPOSITION DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE. AU
GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE, MINISTRE
DE LA GUERRE, A PARIS. Paris,
20 avril 1811. Monsieur le Duc
de Feltre, je vous envoie l’organisation de l’armée d’Allemagne ;
je la compose de trois corps. CORPS
D’OBSERVATION DE L’ELBE. Ce
corps aura cinq divisions et quatre‑vingts bataillons ; chaque régiment
aura cinq bataillons et formera une brigade. Il y aura quatre brigades par
division, vingt généraux de brigade d’infanterie et cinq de division. Les
cinq généraux de division existent ; classez dans votre travail les vingt
généraux de brigade. Cette
organisation ne doit être que projetée, puisqu’elle ne peut être exécutée
qu’en juin, temps auquel je
suppose que les 5es bataillons
pourront rejoindre. Dans
le travail que vous me remettrez, vous mettrez l’organisation définitive
de juin en rouge, en portant pour mai l’organisation à quatre bataillons,
comme elle est aujourd’hui. Vous
verrez que je compte les batteries à cheval de six pièces et les batteries
à pied de huit pièces. Les compagnies d’artillerie à pied peuvent bien
servir huit pièces, puisqu’il ne faut que 70 hommes pour les huit pièces
et qu’il y a 90 hommes. Ensuite je trouve que deux obusiers sont trop pour
six pièces d’artillerie à pied ; les obusiers coûtent trop cher ; au
lieu que deux obusiers sur huit pièces sont dans une proportion plus
avantageuse. Je
désire que l’artillerie soit organisée comme elle est dans l’état, le
plus tôt possible, sauf à porter
à la réserve ce qui doit servir à la 5è division. CORPS
D’OBSERVATION DU RHIN. Le
corps d’observation du Rhin, qui se réunit à Mayence, Wesel, Metz et Maëstricht,
est composé de quatre divisions ; il faut me présenter la nomination
des généraux de division et de brigade. Vous
voyez qu’en réunissant ces 45,000 hommes je suppose que les régiments ne
doivent passer le Rhin que vers le 1er juin ; mais vous
porterez dans une colonne ce que je pourrai faire marcher de plus en ne
passant le Rhin qu’en juillet. Vous me ferez connaître dans cette hypothèse
ce que j’aurais. Il
me semble qu’indépendamment des bataillons d’élite, je pourrais avoir
en juillet les 1er et 2es bataillons ; on laisserait sur les
côtes les 3es bataillons, et l’on y enverrait les 4es. Il y aurait ainsi
huit compagnies d’élite à l’armée, le 1er et le 2è
bataillon de huit compagnies également à l’armée, ce qui ferait seize
compagnies ; deux bataillons de huit compagnies sur les côtes pour la
défense de la France ; le 5è bataillon au dépôt, recevant des
conscrits pour réparer les pertes. Il
est possible que les régiments puissent fournir en juillet trois bataillons
au lieu de deux : ce qui ferait vingt compagnies au lieu de seize. Le
tableau que vous ferez dresser me fera connaître la situation des choses :
1° pour passer le Rhin au 1er juillet, c’est-à-dire après
avoir reçu et habillé la conscription ; 2° au 1er
septembre, après avoir reçu la réserve. Je connaîtrai ainsi quelle est
la force du corps d’observation du Rhin aujourd’hui, ce qu’elle sera
au 1er juillet, ce qu’elle sera au 1er septembre. Vous
ne devez donner aucun ordre de mouvement ; vous devez vous borner à
donner des ordres pour préparer la formation des bataillons d’élite, des
compagnies d’artillerie, des pièces, des caissons ; mais je n’ai
pas besoin de vous dire qu’il faut, sans perdre un moment, organiser
l’artillerie et le génie. Faites organiser l’artillerie à Wesel et à
Mayence, tant le matériel et les attelages que le personnel, afin que
l’artillerie ne donne aucun retard. Je
mets dix régiments de cavalerie légère au corps d’observation du Rhin.
Vous me ferez connaître combien ces régiments peuvent mettre d’escadrons
et d’hommes sur pied pour le 1er juin, combien pour le 1er
juillet, combien pour le 1er septembre, après l’appel de la réserve. Ainsi,
si l’armée d’Allemagne est aujourd’hui de 230,000 hommes, de combien
sera-t-elle en juillet ? De combien sera-t-elle au 1er
septembre ? Actuellement
que l’armée d’Allemagne est organisée, vous devez partir de cette
organisation pour régler celle de l’artillerie, du génie, des
administrations et du service. Vous
sentez l’importance de tenir très-secret l’ensemble de cette
organisation. D’après
la copie. Dépôt de la guerre.
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