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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Correspondance militaire
de Napoléon Ier

Extraite de la correspondance générale et publiée

Par ordre du ministère de la guerre

Tome septième

Paris - 1876

 

1301.          ‑ ORDRES RELATIFS A LA COMPOSITION DE L’ARMÉE DU GRAND‑DUCHÉ DE VARSOVIE.

A FRÉDÉRIC‑AUGUSTE, ROI DE SAXE, A DRESDE.

Rambouillet, 17 mai 1811.

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté un décret que je viens de prendre pour qu’elle autorise son ministre de la guerre et son ministre des finances à faire les dispositions nécessaires pour son exécution.

Le 5è régiment restera pour le moment à Küstrin ; je prendrai des mesures pour le réunir à Danzig aux 10è et 11è ; en attendant, le 4è bataillon de ce régiment peut être formé à Danzig. La divi­sion qui sera formée de ces trois régiments sera la quatrième division de l’armée du Grand‑Duché. Il reste dans le Grand‑Duché onze autres régiments d’infanterie ; je pense qu’il faut en former trois divisions, savoir : une division de quatre régiments, la seconde de quatre régiments, et la troisième de trois régiments. On y joindra deux régiments de cavalerie, et l’on fera commander chaque division par un général de division, trois généraux de bri­gade et un adjudant commandant. Chaque régiment aura deux pièces de canon servies par sa compa­gnie d’artillerie. Indépendamment de cette artillerie, chaque division aura une compagnie d’ar­tillerie à cheval servant deux obusiers et quatre pièces de 6, et une compagnie d’artillerie à pied servant deux obusiers et six pièces de 6 ; total, vingt à vingt‑deux bouches à feu par division. Les trois divisions auront une compagnie de sapeurs avec ses outils. Il restera neuf régiments de cava­lerie, qui formeront trois brigades de trois régi­ments chacune. Il y aura au parc deux divisions d’artillerie de réserve de huit pièces de canon chacune, servies par l’artillerie à pied. La deuxième division détachera un de ses régiments pour la garnison de Zamosc. En cas qu’on abandonne la ligne de la Vistule et qu’on garde Modlin, la 2è division fournirait un de ses régiments pour la garnison de Modlin. La garnison de Thorn, en cas que cette place dût être gardée, serait fournie, selon les circonstances, ou par la 4è division ou par la 2è. En cas qu’on opérât en avant de la Vistule, les dépôts de l’armée polonaise et de l’armée française suffiraient pour fournir les garnisons de Thorn et de Modlin.

Voilà l’organisation que je désire que Votre Majesté donne à son armée. Le prince Poniatowski pourrait avoir le commandement des 1re, 2è et 3è divisions de la réserve de cavalerie. La 4è division, qui se réunira à Danzig, ferait partie immédiate du corps commandé par le prince d’Eckmühl. Voilà les dispositions provisoires ; les autres seraient prises selon les circonstances. On pourrait donc supposer que le corps du prince Poniatowski serait composé en ligne de 22,000 hommes d’infanterie et de 10,000 hommes de cavalerie, et de soixante-dix-huit bouches à feu ; ce qui, avec l’artillerie, ferait un corps de 36,000 hommes, qui serait porté à 46,000 hommes par la division à ma solde. Dans ces calculs je ne comprends point le régiment qu’on suppose détaché à Zamosc.

Peut‑être Votre Majesté pensera‑t‑elle qu’il con­viendrait de former une 19è compagnie aux onze régiments d’infanterie du Grand‑Duché et de la compléter à 200 hommes, afin d’avoir au dépôt des moyens de recruter les régiments. En faisant cela, on aurait onze compagnies de plus, formant plus de 2,000 hommes, qui pourraient servir aux garnisons de Modlin ou de Thorn, lorsque ces places seraient couvertes par l’armée ; et l’on aurait les moyens d’alimenter un peu les corps, vu que ces compa­gnies pourraient être portées à 3 ou 400 hommes, lorsque les circonstances l’exigeraient.

D’après la copie comm. par Mme la maréchale princesse d’Eckmühl.

 

1302. ‑ NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Rambouillet, 19 mai 1811.

Je vous envoie une note que j’ai dictée sur la défense de Corfou en général et particulièrement sur l’importance de la position du mont Supérieur, où l’on doit établir le fort Desaix. C’est sur cette position que repose tout le système de défense de l’île.

J’approuve la redoute (modèle A) bastionnée, proposée par le comité pour la défense de l’île d’Aix.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.

Rambouillet, 19 mai 1811.

Le comité n’a pas bien senti mon idée. Dans la position actuelle de Corfou, la défense est appuyée à droite au fort Abraham, et à gauche au port de Paléopolis. C’est un développement de plus de 1,200 toises. L’ennemi pourra établir trois atta­ques ; ce sont donc trois points à défendre : la presqu’île de Chrysopolis et le fort San‑Salvador, qui forment la gauche, le fort Saint‑Roch, qui est le centre, et le fort Abraham, à droite. Par l’occu­pation du mont Troïlo[1] l’ennemi domine le fort Abraham et le fort Saint‑Roch à 300 toises, et du mont Sainte‑Hélène il domine le fort San‑Salvador à 350 toises. Quant au camp retranché de la pres­qu’île de Chrysopolis, les ouvrages sont si faibles qu’on n’en parle pas. Le jour donc où l’ennemi sera établi sur le mont Troïlo et sur le mont Sainte-­Hélène et qu’il y aura formé sa ligne de contrevalla­tion, la garnison de Corfou, fût‑elle égale au nombre de l’armée assiégeante, sera forcée de rentrer dans ses ouvrages et n’aura plus à opposer que la force d’inertie de ses murailles. Elle finira donc pas succomber en très‑peu de temps, ou se rendra à des forces égales ou à peu près égales aux siennes.

         De là l’idée de choisir un point qui mette la ville et les établissements militaires à l’abri d’un bom­bardement. C’est sur ce seul point que doit se cen­traliser tout le système de défense, et il doit être déterminé de manière qu’il soit impossible à l’ennemi de faire aucune attaque sans auparavant s’en être emparé. Le mont Supérieur réunit ces avantages. En portant donc toute la défense sur le mont Supérieur, il en résultera que ni le fort Abraham, ni le fort San‑Salvador, ni la presqu’île ne peuvent être attaqués. Il faut que l’ennemi s’empare du fort Desaix avant de s’approcher. Le fort Desaix avec des ouvrages en terre sera plus fort que les autres, quoique revêtus en maçonnerie ; il pourra servir de point d’appui aux lignes de contre­-approches, et enfin, ce fort pris, les ouvrages permanents de la place ont encore toute leur force. Cela étant, il ne faut point tracer au mont Supérieur un fort à petites dimensions, comme celui que présente le comité ; il faut un tracé en grand, qui offre une grande défense, et que l’on puisse augmenter successivement les ouvrages pendant cinq ans et même pendant dix. La position est belle, il faut y adapter toutes les ressources de l’art         ; c’est par ce secours qu’on peut obtenir de grands résultats.

Avant d’aller plus loin, on s’arrêtera à l’idée principale, que l’ennemi ne doit pas cheminer sur Corfou avant d’avoir pris le fort Desaix. On ne discutera pas la marche de l’ennemi sur le fort Abraham, car il lui est impossible de passer sans que les tranchées ne soient plongées et enfilées du mont Supérieur. Il est plus probable qu’il se diri­gera contre les ouvrages qui forment la presqu’île ; mais alors on pourra s’avancer par des lignes de contre‑approches et forcer l’ennemi à cheminer sous des feux de flanc très‑meurtriers, ce qui arrêtera nécessairement la marche de ses attaques. Ces lignes de contre‑approches doivent se rattacher au fort Desaix et lui donner toute la sphère d’acti­vité possible. Le comité devra les tracer dans les deux hypothèses, soit que l’ennemi cherche à che­miner sur les monts Viglia et Olivetto, soit qu’il se dirige sur la presqu’île. Ce tracé servira d’indi­cation au gouverneur de l’île et aux officiers du génie pour tous les moyens de défense.

      Le fort Desaix doit être une double couronne qui sera plongée du mont Supérieur et qui doit être tracée sur les collines en avant, mais de manière à ne pas être dominée. Les fronts seront de la dimension ordinaire des grands tracés, et les profils les mêmes que ceux des places fortes. Il y aura de bons chemins couverts avec places d’armes et réduits casematés, enfin des demi‑lunes et des contre‑gardes. Le plateau du mont Supérieur doit être à la fois le réduit et le cavalier de cette double couronne. Il faudra y établir deux rangs de batte­ries, de sorte que l’ennemi soit plongé à 400 toises, à 300, enfin jusqu’au pied de la couronne, et que, s’il parvient à s’en emparer, il en soit chassé par le feu de ces batteries. Il faut aussi occuper le mont Mamalus de manière qu’il concoure à la défense d’une partie de la double couronne.

En supposant que cette année on établisse la couronne avec son chemin couvert et le réduit du mont Supérieur, on pourra l’année prochaine con­struire les demi‑lunes et les contre‑gardes ; une autre année on pourra commencer à revêtir ce qui sera jugé le plus utile.

Ainsi l’ennemi sera obligé d’attaquer le fort Desaix, et alors on n’aura qu’une seule attaque au lieu de trois à surveiller. On se servira des lignes de contre‑approches pour défendre les flancs, dans le cas où l’ennemi, masquant les feux du fort Desaix, voudrait cheminer sur le mont Olivetto ou sur la presqu’île.

Le fort Desaix aura sur les forts Abraham et San­-Salvador l’avantage d’un bon tracé, qui, au lieu d’être dominé par les hauteurs à 2 ou 300 toises, ne sera dominé par rien ; qui, au contraire, dominera toute la campagne, et enfin aura derrière lui un cavalier, à côté un fort sur la colline Viglia, et le mont Mamalus pour défendre sa gorge. Tant d’avantages pourront encore être augmentés et ren­dront la place susceptible d’une défense propor­tionnée aux forces respectives des deux armées. Les          lignes de contre‑approches ne seront donc plus          destinées à empêcher l’ennemi de cheminer sur la place, mais bien sur le fort Desaix. Ce dernier avantage, qui seul, le débarquement effectué, peut sauver Corfou, est l’effet nécessaire de la bonne position du fort Desaix. Dans les forts situés en avant des forts Abraham et San‑Salvador on ne pourrait obtenir aucun de ces résultats. Le fort Desaix, au lieu d’affaiblir la garnison, l’économise. Dans l’état actuel, l’occupation des forts Abraham, Saint‑Roch, San‑Salvador et de la presqu’île exige beaucoup de monde. La garnison peut être attaquée et le serait indubitablement ; sur tous les points l’ennemi arrivera avec tous les moyens nécessaires ; il faut donc que la garnison ait aussi tous les moyens de repousser ces différentes attaques ; ce sera par l’occupation du fort Desaix. 7 à 8,000 hommes suffiront pour sa garnison, et l’on pourra camper derrière le fort une grande partie des autres troupes pour se porter où besoin sera.

Corfou a aujourd’hui cinq bataillons français, qui, avec les sapeurs et les canonniers, font 5,000 hommes ; un bataillon italien, 1,000 hommes ; le reste des troupes monte à 1,500 hommes. Corfou a donc aujourd’hui près de 8,000 hommes de troupes françaises et italiennes. On ne comprend pas dans ce nombre les 2,000 Albanais ou Septinsulaires. Avec ces forces on peut occuper les monts Viglia et Olivetto, et fortifier l’île de Vido de manière que 500 hommes y soient à l’abri de toute attaque. Corfou recevra d’ailleurs trois autres bataillons ; il est abondamment pourvu en artillerie et en muni­tions ; il y a une grande quantité d’outils et l’on en enverra encore cet automne. ainsi, à moins que l’ennemi n’ait des forces très‑considérables, on pourra ouvrir les lignes de contre‑approches en avant du fort Desaix.

Le système qu’on a établi est fautif ; c’est à un seul point qu’il faut faire centraliser toute la dé­fense ; ce point existe, c’est le mont Supérieur. Sans doute que, le fort Desaix pris, ce serait le Mont Hamalus et le Mont Olivetto qui formeraient la deuxième ressource de la garnison et qui pourraient prolonger la défense de la place ; on aurait pour troisième ligne de défense les forts Abraham, Saint‑Roch et San‑Salvador ; après ce serait l’en­ceinte de la place, et enfin la citadelle. Ce sera donc cinq défenses successives qui toutes se resser­reront en raison des pertes de la garnison. Il importe beaucoup à l’honneur du commandant et à la gloire des armes françaises de prolonger la défense. On doit tenir jusqu’au dernier moment, sans calculer si l’on sera secouru ou non. Se rendre un jour plus tôt est un crime militaire. Un com­mandant ne doit voir que sa place, et en prolonger la défense sans chercher aucune raison politique. Ainsi le plus ou le moins de temps que l’ennemi emploiera à assiéger Corfou, le plus ou le moins de pertes qu’il y fera, le plus ou le moins d’honneur qu’acquerra la garnison, tout cela tient à la durée de la défense ; mais le succès dépend éminemment de la position dominante du fort Desaix.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1303. ‑ ORDRES POUR LA CONCENTRATION DES RÉSERVES D’ARTILLERIE A BURGOS ET POUR L’OR­GANISATION DU COMMANDEMENT DE L’ARTILLERIE EN ESPAGNE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Rambouillet, 21 mai 1811.

Monsieur le Duc de Feltre, mon Ministre de la guerre, je réponds à votre lettre du 20 mai, bureau de l’artillerie. Je ne puis point asseoir mes idées sur l’état que vous m’avez envoyé ; je ne le crois point exact. Au lieu de mettre sous mes yeux un état rédigé à Séville, je désire que vous m’en fassiez un rédigé sur les états directs que vous avez dans vos bureaux ou dans ceux du major général, et envoyés par les commandants d’artillerie d’Aragon, de Navarre, Saint‑Sébastien, Vitoria, Burgos, Almeida, Ciudad‑Rodrigo, Ségovie, Madrid.

Il doit y avoir à Burgos des pièces de gros calibre, je crois de 24, que j’y ai fait mettre moi‑même lorsque j’ai été en Espagne. Il y a constamment aussi des pièces de 12 ; car dans l’état que vous m’envoyez je ne vois point la quantité des pièces de calibre qui sont entrées en Espagne avec les corps venant d’Allemagne. Tous ces corps avaient des batteries de 12, et presque tous les ont laissées dans le nord de l’Espagne. Je désire aussi que les états que vous me remettrez spécifient l’artillerie française et l’artillerie espagnole.

Je désire également que vous me donniez un état général de toute l’artillerie française qui est entrée en Espagne, et, en outre, de l’artillerie qui existe maintenant à Bayonne, à Toulouse et à Blaye.

Toutefois je m’aperçois qu’il y a une quantité de pièces et de caissons en Espagne fort au delà des besoins que je puis avoir, puisque je vois 600 pièces de canon et 1,100 caissons ou voitures de toute espèce. Mais ce qui doit attirer toute mon attention, c’est le manque absolu d’approvisionnement.

Il faudrait à Burgos deux millions de cartouches, 100,000 kilogrammes de poudre, indépendamment de la poudre nécessaire pour la défense de la place, et 30,000 cartouches à canon, à balles ou à boulet. Alors, du dépôt de          Burgos, on pourrait approvisionner facilement l’armée de Portugal et celle du Centre.

Il est à prévoir que toutes les munitions qui sont en Andalousie pourraient être perdues par un mouvement rétrograde de l’armée sur Madrid, et par suite celles de Madrid, par un reploiement sur Somosierra. L’armée venant par là à se concentrer ­aurait besoin d’approvisionnements plus considérables dans le nord. Il faut donc que Burgos, Pampelune, et par suite Bayonne, soient en état de les fournir promptement.

Aussitôt que j’aurai les états que je demande, je ferai connaître mes intentions sur les divers placements de l’artillerie. Il ne faudrait point de pièces à Tolède ; il y en a trop en Andalousie, beaucoup trop à Madrid.

Faites des recherches pour me présenter un projet tendant à faire rétrograder sur Burgos toute l’artillerie française qui serait en Andalousie, Madrid, les provinces de Salamanque et de Valladolid, excepté l’artillerie qui est attelée et ce qui pourrait devenir nécessaire pour servir de rechange, afin que, dans tous les événements qu’il est de la pru­dence de prévoir, une grande quantité d’artillerie française ne tombât pas au pouvoir de l’ennemi, et qu’ensuite le dépôt de Burgos pût réparer toutes les pertes.

En Andalousie, comme dans la Manche et la Castille, on peut employer la petite artillerie espa­gnole pour la défense des postes et des places, et me ménager ainsi à Burgos de grands moyens, en faisant rétrograder sur cette place toute l’artillerie française qui se trouve dans l’Andalousie, la Manche et les Castilles. En donnant ainsi à toute l’artillerie du Midi et du Centre un mouvement rétrograde sur Burgos, il faudrait faire la même opération en Aragon et ramener toute l’artillerie sur Pampelune. En partant de Saragosse, il ne faut point s’exposer à perdre une seule pièce d’artillerie française, ni même d’artillerie espagnole, et enfin le moins possible d’artillerie de siège qui pourrait ensuite servir à l’ennemi. Toute l’artillerie de ce côté sera donc ramenée à Pampelune, et on ne laissera que ce qui est nécessaire pour servir à la défense du petit fort qu’on a construit près de Sara­gosse et pour la défense aussi de la citadelle de Lerida.

Il faudrait établir ou du moins augmenter et mettre dans la plus grande activité les arsenaux de Pampelune et de Burgos ; on y emploiera tout le fer et le bois qu’on pourra se procurer dans le pays, afin de mettre en état le plus promptement possible tout le matériel de l’artillerie.

Bayonne doit avoir pour approvisionnement trois millions de cartouches, 30,000 coups de canon à balles et à boulet, et 250,000 kilogrammes de poudre. L’arsenal doit être assez en activité pour mettre en état tout le matériel qui s’y trouve.

Je suis prévenu que dans les Landes, et même à Bordeaux, il existe des caissons qui ont été aban­donnés dans le passage de l’armée ; il faut tous les réunir à Toulon et à Bayonne.

L’armée d’Espagne étant composée de celles du Midi, du Centre, de Portugal, du Nord et d’Aragon, ce qui forme cinq armées, il doit y avoir cinq com­mandants de l’artillerie indépendants les uns des autres. Mais il est nécessaire d’avoir un directeur général, lequel se tiendra à Burgos ; il recevra les états des commandants de l’artillerie des corps d’ar­mée ; il surveillera les approvisionnements et la comptabilité, aura seul le droit d’adresser des de­mandes à Bayonne et correspondra directement avec vous ; par ce moyen l’anarchie où se trouve mainte­nant l’artillerie de l’armée d’Espagne cessera. Le commandant de l’artillerie de l’armée du Midi agira d’après les ordres de son général en chef, recevra tout de lui et rendra compte an directeur général du matériel de l’état de son artillerie et des fonds qui lui sont destinés. Mais, lorsqu’il aura besoin d’objets provenant des places de Burgos, Pampelune on de la France, il ne pourra les obtenir que par l’intermédiaire du directeur général. Lors même qu’il aura besoin du matériel de l’armée du Centre, ce ne pourra être que par son autorisation, surtout toutes les fois que le commandant de l’armée du Centre refuserait d’acquiescer aux demandes de celui du Midi.

Il devient nécessaire aussi de n’avoir à chaque armée qu’un général d’artillerie et de ne laisser en Espagne que le nombre nécessaire d’officiers supé­rieurs de cette arme : il y en a aujourd’hui beaucoup trop.

J’attache beaucoup d’importance à l’organisation de l’artillerie de l’armée d’Espagne et surtout à la formation des réserves, de manière à m’ôter toute sollicitude à ce sujet et à répondre aux vues que je pourrais avoir dans le mois d’août prochain.

Je désire donc que, sans perdre de temps, vous me fassiez un rapport, et que vous me proposiez tous les mouvements convenables pour arriver à ce résultat. Ayant ainsi à Burgos, Pampelune, Bayonne, près d’un million de kilogrammes de poudre, indépendamment de celle qui serait né­cessaire, pour la défense de Pampelune et de Burgos, on sera toujours à même d’en fournir pour la défense d’Almeida et Ciudad‑Rodrigo, et peut-être même pour les besoins des armées du Centre et du Midi.

Faites un rapport d’instruction que vous me sou­mettrez sur le commandant en chef d’artillerie de l’armée d’Espagne ; je ne l’appelle point général en chef de l’artillerie, parce que, ses attributions étant dans un cas nouveau, il est convenable de prendre un nouveau titre. Il aura le traitement, les bureaux et le nombre d’officiers qui lui seront nécessaires pour le mettre à même de diriger cette grande machine. Il est bon même qu’il ait, pour envoyer en mission, quelques jeunes officiers, afin d’obtenir les renseignements qui ne lui paraîtraient pas assez clairs.

Les forges d’Orbaicete seront sous les ordres du directeur général, ainsi que toutes les poudreries qu’on pourrait établir dans les différentes parties de l’Espagne.

Dans votre lettre, vous me proposez d’envoyer 200,000 kilogrammes de poudre à Bayonne. J’ap­prouve cette mesure, et vous pouvez l’exécuter de suite.

Vous me dites avoir un grand nombre de projec­tiles à Burgos et à Valladolid, qui pourraient être envoyés à Madrid et en Andalousie ; mais ce ne sera que lorsque j’aurai des états exacts de ces différents dépôts que je pourrai prononcer sur leur destination.

Je n’approuve point le dépôt à Valladolid ; cette place serait trop promptement au pouvoir de l’ennemi en cas d’échec, et on s’exposerait à perdre un matériel trop considérable. C’est de Burgos que tout doit partir pour les approvision­nements.

Je ne vois point d’inconvénient à subvenir, par des fonds tirés du Trésor public de France, aux frais des forges d’Orbaicete, de la poudrerie de Pampe­lune et de la raffinerie de Saragosse. Faites‑moi connaître l’évaluation de cette dépense pour l’an­née 1811.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1304. - NOTE SUR UNE NOUVELLE ORGANISATION DES DIFFÉRENTS CORPS D’OBSERVATION. ‑ ÉTAT DES FORCES EN FRANCE ET EN ITALIE EN SEP­TEMBRE 1811.

AU GÉNÉRAL CLARKE,  DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Caen, 24 mai 1811.

Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que vous me ferez au 15 juin, pour donner une nouvelle organisation, au 1er juillet, aux différents corps d’observation.

CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE. ‑ Ce corps res­tera à quatre divisions jusqu’au 1er juillet. A cette époque, il sera formé à cinq divisions. Les 4es et 6es bataillons s’y réuniront dans les lieux indiqués, de sorte qu’au commencement d'août l’organisation soit complète, et que ce corps ait acquis toute la consistance qu’on peut en attendre.

CORPS D’OBSERVAT10N DU RHIN. – Au 1er juillet, ce corps prendra le titre de Corps d’observation des côtes de l’Océan. Il sera formé, comme le porte l’état n° 2, par la réunion de tous les conscrits et de tous les bataillons.

CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE. ‑ Ce corps con­servera la même dénomination, mais il sera orga­nisé comme il est porté au n° 3.

CORPS D’OBSERVATION DE RÉSERVE. ‑ Ce corps sera créé, conformément au n° 4.

Enfin, dans un cinquième état, vous trouverez les éléments de la situation des forces de l’Empire, en conduisant les quatre corps que je crée hors des frontières.

Je n’ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, mais que vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demanderez en même temps mes ordres.

En attendant, toutes les dispositions nécessaires pour porter au complet le corps d’observation de l’Elbe, tel qu’il a été arrêté, doivent avoir lieu.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

NOTE.

CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE.

Le Corps d’observation de l’Elbe doit être com­posé de cinq divisions. Il restera à quatre divisions, jusqu’au 1er août, et ne sera composé de cinq divi­sions qu’à cette époque, à laquelle les 6es et 49es bataillons auront rejoint.

Je vous ai déjà fait connaître que la composition de ces divisions doit être faite de la manière sui­vante :

Division Morand. – 13è léger, cinq bataillons ; 17è de ligne, cinq ; 30è, cinq ; total, 15 bataillons.

Division Friant. – 15è léger, cinq bataillons ; 33è de ligne, cinq ; 48è, cinq ; total, 15 bataillons.

Division Gudin. – 7è léger, cinq ; 12è de ligne, cinq ; 21è, cinq ; total, 15 bataillons.

Division Dessaix. – 33è léger, quatre ; 85è de ligne, cinq ; 108è, cinq ; total, 14 bataillons.

Division Compans. – 61è, cinq ; 111è, cinq ; 25è, cinq ; 57è, cinq ; total, 20 bataillons.

Les 127è, 128è et 129è seraient, à raison de trois bataillons, répartis dans les divisions qui par suite de circonstances quelconques se trouveraient les plus faibles.

Chaque division aurait quatre brigades, et chaque brigade se composerait de cinq bataillons ; quatre généraux de brigade seraient attachés à chaque division ; les cinq divisions formeraient en tout vingt brigades et quatre‑vingt‑dix‑huit bataillons.

Je ne parlerai pas de l’artillerie, du génie, des transports militaires ni de l’administration : tout cela a déjà été ordonné. Il reste à régler le mode d’exécution.

On procédera de la manière suivante : au 1er juil­let, les 4es bataillons, complétés de tous les con­scrits destinés aux 6es bataillons, se mettront en marche pour se diriger sur les quatre points sui­vants : ceux de la 1re division, sur Wesel ; ceux de la 2è, sur Cologne ; ceux de la 3è, sur Düsseldorf, et ceux de la 4è, sur Aix‑la‑Chapelle. Les cadres des 6es bataillons, qui sont actuellement à Wesel et à Münster, se rendront dans ces différentes places, et par ce moyen il y aura à Wesel les 4è et 6è ba­taillons du 13è léger, les 17è, 30è et 61è de ligne ; total, huit bataillons ; à Cologne, le 6è bataillon du 15è léger, les 4è et 6è bataillons des 33è, 48è et 11è de ligne ; total, sept bataillons ; à Düsseldorf, les 4è et 6è bataillons du 7è léger, des 12è et 21è de ligne, et le 6è du 25è de ligne ; total, sept bataillons ; à Aix‑la‑Chapelle, les 4è et 6è bataillons des 57è, 85è et 108è ; total, six bataillons.

A Wesel, huit bataillons ; à Cologne, sept ; à Düsseldorf, sept ; à Aix‑la‑Chapelle, six ; total, vingt‑huit bataillons.

Un général de brigade, de ceux qui sont destinés pour l’armée d’Allemagne, sera attaché à chacun de ces quatre camps, et chargé de surveiller la forma­tion et l’instruction des bataillons qui doivent les composer. Vous nommerez ces quatre généraux. Ils devront se rendre, aussitôt, chacun dans les dépôts qui fournissent au camp dont il est chargé ; ils feront la revue des 4es bataillons, vérifieront l’état de l’habillement, feront la revue des officiers à réformer et dresseront l’état des places vacantes pour les 4es et 6es bataillons.

Ces généraux correspondront à cet effet avec le général Compans, que vous chargerez de suivre cette organisation.

Mon intention est qu’aucun mouvement n’ait lieu que par mes ordres. En conséquence, au 15 juin, d’après le compte qui vous aura été rendu par le général Compans, vous me ferez un rapport sur la situation de ces dépôts, et, selon le plus ou moins d’activité de l’arrivée des conscrits, selon les cir­constances plus on moins pressantes, je me déci­derai ou à maintenir le mouvement de 3,000 hommes qui doivent être tirés des dépôts de l’armée d’Espagne pour les 6es bataillons de l’armée d’Allemagne, ou à y suppléer de toute autre manière.

Quant aux compagnies que doit fournir le dépôt des conscrits de l’île de Walcheren, elles doivent rester tout le mois de juin dans l’île et n’en partir ensuite qu’en passant par Willemstad, et en traver­sant la Hollande pour rejoindre leurs régiments du côté de Bremen, de manière que la direction de leur route les éloigne toujours de la France. Je compte d’ailleurs que ce dépôt pourra fournir plus de monde qu’il n’a encore été déterminé ; cette augmentation sera réglée ultérieurement.

Les choses étant ainsi préparées, il reste à dis­poser les mouvements pour la cavalerie

Les dépôts des quatre régiments de cuirassiers et des six de cavalerie légère qui sont en France ont des hommes, des chevaux et des selles à envoyer en Allemagne. Proposez‑moi la réunion de tous les détachements que ces dépôts peuvent fournir dans un point central, sur la route de Hambourg, et chargez un général de brigade, déjà désigné pour servir dans la cavalerie de l’armée d’Allemagne, d’aller parcourir ces dépôts et d’activer la formation de ces détachements.

Un régiment de marche formé au point de réu­nion pourra partir ensuite sous les ordres de ce général et se rendre en Allemagne pour compléter la cavalerie de l’armée.

CORPS D’OBSERVATION DU RHIN.

L’organisation des régiments d’élite existera jus­qu’au 1er juillet. Les régiments d’élite qui font partie des corps d’observation du Rhin et d’Italie seront alors dissous.

Le corps d’observation du Rhin sera composé de quatre divisions, organisées de la manière sui­vante :

1re Division. – 1re brigade : quatre bataillons du 24è léger, quatre du 4è de ligne ; 2è brigade : quatre bataillons du 19è, quatre du 123è ; 3è brigade : deux bataillons de Portugais d’élite, deux du 4è ré­giment suisse.

2è Division. – 1re brigade : quatre bataillons du 26è léger, quatre du 72è de ligne ; 2è brigade : quatre bataillons du 46è de ligne, quatre du 126è ; 3è brigade : deux bataillons portugais, deux du régiment illyrien.

3è Division. ‑ Quatre bataillons du 18è de ligne, quatre du 93è, quatre du 56è, quatre du 124è, deux bataillons espagnols et deux suisses.

4è Division. ‑ Un bataillon de tirailleurs corses, un de tirailleurs du Pô, quatre du 2è de ligne, quatre du 37è, quatre du 125è et quatre bataillons suisses.

Chaque division ayant trois brigades, il y aura en tout douze brigades ; chaque division étant de vingt bataillons, le total du corps d’observation du Rhin sera de quatre‑vingts bataillons.

Chaque régiment aura ses deux pièces d’artillerie, ce qui fera huit pièces par division, hormis que la 4è division n’en aura que six ; au total, trente pièces régimentaires. L’artillerie, le génie, les adminis­trations seront organisés comme le porte l’organi­sation du corps d’observation du Rhin.

MODE D’EXÉCUTION. ‑ Au 1er juillet tous les conscrits seront arrivés aux régiments.

La 1re division sera organisée au camp de Bou­logne ; les quatre bataillons du 24è léger, des 4è, 19è et 123è de ligne s’y rendront. Les 4es bataillons de ces régiments et tous les conscrits des dépôts partiront, du 1er au 15 juillet, de Metz, Nancy, Douai et Berg‑op‑Zoom, pour aller compléter les régiments au camp de Boulogne. Aussitôt après leur arrivée le tiercement aura lieu, de sorte que les bataillons soient égaux en hommes anciens et aient la même consistance.

La 2è division se réunira au camp de Boulogne et sera organisée de la même manière.

La 3è division sera organisée au camp d’Utrecht, et il y sera procédé de la même manière.

La 4è division sera organisée au camp d’Emden, et l’on procédera de la même manière.

 Les Espagnols, les Portugais, les Suisses et les Illyriens se réuniront, savoir :

Les Suisses qui sont à Avignon partiront pour Paris au 1er juillet, les Suisses qui sont à Rennes, pour Boulogne au 1er juillet, ainsi que les Suisses qui sont à Berg‑op‑Zoom.

Les Portugais partiront au 1er juillet pour leur destination.

Ainsi, à cette époque, le corps d’observation du Rhin aura deux divisions au camp de Boulogne et deux en Hollande. Il changera alors de dénomination et prendra celle de Corps d’observation des côtes de l’Océan.

Les 4es compagnies de voltigeurs et de grenadiers des bataillons d’élite passeront dans les 4es bataillons, qui céderont deux de leurs compagnies aux batail­lons d’où ces compagnies d’élite seront tirées, de sorte que tous les bataillons seront égaux, de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs.

ARTILLERIE. ‑ Au 1er juillet, tout se mettra en marche, et l’artillerie, personnel, matériel et atte­lages, se formera à Metz et à Mayence.

Les dispositions seront faites de manière qu’il n’y ait pas de mouvement rétrograde, car ma pen­sée secrète est que le corps d’observation des côtes de l'Océan puisse devenir un corps de l’armée d’Allemagne, et, en faisant volte‑face sur Mayence ou Wesel, trouver son artillerie à Mayence, à Wesel ou à Maëstricht.

Le 2è bataillon des équipages militaires sera destiné au service de ce corps et restera à Conmercy.

La 1re division sera commandée par le général Legrand, la 2è division par le général Vandamme, la 3è division par le général Verdières, et la 4è di­vision par le général Souham.

CAVALERIE. ‑ La cavalerie sera composée de quatre brigades. Ces quatre brigades seront prêtes à partir au 1er juillet. Quatre généraux de brigade de cavalerie y seront attachés et s’occuperont de les mettre en bon état.

 Les quatre brigades seront réunies, savoir : la 2è brigade, en Hollande ; la 1re, dans la 16è divi­sion militaire ; la 3è sur la Meuse ; la 4è sur le bas Rhin, dans les lieux où les fourrages seront à meilleur marché.

 Tout ceci doit servir de base au ministre pour le rapport qu’il me fera le 15 juin ; car aucun ordre pour des mouvements extérieurs ou préparatoires ne doit être donné par le ministre avant qu’il ait reçu mon approbation définitive au 15 juin.

On prendra des officiers du génie et de l’artillerie, en se conformant à ce qui est réglé pour le corps d’observation du Rhin.

Quant aux généraux de brigade, ceux que m’a présentés le ministre ne me sont pas connus. Il faut des hommes de guerre et de choix : bon nombre de ceux qui sont en Hollande peuvent être choisis.

Le ministre me proposera les seize généraux de brigade d’infanterie et de cavalerie nécessaires pour ce corps.

CORPS D’OBSERVATION D’ITALIE.

Le corps d’observation d’Italie recevra au 1er juil­let, conformément au rapport que nous fera le ministre de la guerre le 15 juin, l’organisation sui­vante :

1re Division. ‑ Deux bataillons du 8è léger, deux bataillons croates, quatre du 84è et quatre du 92è ; total, 12 bataillons.

2è Division. ‑ Trois bataillons du 9è, trois du 13è, trois du 53è et trois du 106è ; total, 12 ba­taillons.

3è Division. ‑ Trois bataillons du 35è, deux bataillons espagnols, deux bataillons d’élite du 29è, deux du 112è, deux bataillons illyriens ; total, 11 bataillons.

Division italienne, 9,000 hommes.

Total de l’infanterie, 36,000 hommes.

L’artillerie, le génie, la cavalerie et les équi­pages militaires seront organisés comme il a déjà été arrêté.

Ce corps d’observation sera réuni, selon les ordres soumis à notre approbation, à Trente, Bolzano, Brescia, Laybach, Bassano, Vérone et Vicence.

NOTE.

D’ici au 1er juillet, le corps d’observation d’Italie conservera son organisation telle qu’elle a été établie par le dernier rapport du ministre, afin que, si d’ici au 1er juillet j’avais besoin de le mettre en mouvement, il pût marcher selon ladite organisation.

CORPS D’OBSERVATION DE RÉSERVE.

 

Il sera créé un corps d’observation de réserve. Ce corps d’observation sera composé de la manière suivante :

1re Division, composée de douze bataillons, formant 8,000 hommes ; deux bataillons du 5è léger, qui sont à Cherbourg ; deux bataillons d’élite du 3è de ligne, qui se rendent à Rennes ; deux bataillons du 105è, qui se rendent à Rennes (cette brigade, qui sera la 1re, se réunira à Rennes) ; trois bataillons du 81è, dont un est dans la 7è division militaire et les deux autres à Pampelune ; trois bataillons du 60è, dont deux sont à Toulon et le troisième dans la 7è division militaire ; lesquels se réuniront à Rennes, en route, à un point d’intersection, et rejoindront le 81è à Pampelune, où se formera la 2è brigade.

2è Division, composée de douze bataillons, savoir : deux bataillons du 23è léger, qui se réuniront à Lyon ; deux bataillons d’élite du 52è, qui se réuni­ront à Toulon ; quatre bataillons du 10è de ligne, qui se réuniront à Lyon ; quatre bataillons du 20è de ligne, qui se réuniront à Lyon.

3è Division, composée de seize bataillons, savoir quatre bataillons du 10è léger, qui sont en Bre­tagne ; quatre du 1er de ligne, quatre du 62è, quatre du 101è.

Le 10è léger se réunira à Rennes, les 1er,  62, et 101è se réuniront à Lyon.

La 4è division sera formée par une division ita­lienne de 6,000 hommes, qui se réunira également à Lyon.

 Ces quatre divisions porteront ce corps à 32,000 hommes d’infanterie.

Le corps d’observation de réserve est destiné à se réunir à Bayonne et à passer en Espagne. Il se mettra, à cet effet, en mouvement au 1er juillet. L’organisation définitive des divisions se fera à Bayonne. Cependant rien ne devra se mettre en mouvement que le ministre n’ait pris mes derniers ordres ; il me les demandera au 1er juin.  

1re Division. ‑ Les deux bataillons du 5è léger partiront de Cherbourg pour Reims. Le 3è bataillon du 81è partira de son dépôt pour Pau. Les deux bataillons du 60è qui sont à Toulon en partiront pour Bayonne ; le 3è bataillon partira de son dépôt pour se rencontrer en route avec les deux premiers, faire le tiercement, et il se rendra à Pampelune. Mais pour faire ce mouvement, il faut que Cher­bourg et Toulon soient gardés.

2è Division. ‑ Les deux bataillons du 23è léger se rendront, au 1er  juillet, à Lyon, où, avec les 10è et 20è de ligne, ils formeront dix ou douze bataillons qui doivent composer la 2è division.

Les deux bataillons du 52è resteront à Toulon jusqu’à ce que le mouvement du reste de la division ait lieu sur Bayonne ou sur un autre point.

      3è Division. ‑ Le 1er de ligne, qui a un bataillon à Marseille et trois bataillons qui vont à Lyon, se réunira à Bayonne. Mais les uns et les autres ne partiront qu’à la fois et lorsque la direction sera décidée.

Le 62è, qui a deux bataillons à Toulon et deux à Lyon, se réunira avec les quatre bataillons du 1er de ligne.

Le 4è bataillon du 101è, de la Spezia, se dirigera sur Lyon pour rejoindre ses deux premiers batail­lons.

Pour remplir ce but, comme on l’a dit plus haut, il faut pourvoir à la garnison de Toulon. A cet effet, le 3è bataillon du 8è léger, qui est à Genève, se dirigera sur Toulon vers le 1er juillet, après avoir reçu tous les conscrits, Le 4è bataillon du 18è, le 4è du 5è, le 4è du 11è, le 4è du 23è et le 3è du 75è de ligne, se dirigeront également sur Toulon au 1er juillet.

Ces six bataillons, qui auront reçu leurs conscrits et seront ainsi complétés, formeront une force suffisante pour la garnison de Toulon, de Marseille, de Cette et de toute la côte de la Méditerranée. Le 3è bataillon du 79è, au lieu d’aller à Toulon, ira à Cette ; et, comme les conscrits qu’il reçoit sont du département du Var, on prendra une direction qui l’éloigne de ce département, en lui faisant traverser le Vivarais.

Il faut également pourvoir à la garnison de la Spezia. Les 5es bataillons des 101è et 67è fourniront suffisamment de monde pour la garnison de la Spezia.

Le 52è fournira suffisamment pour Gênes. Il fournira un bataillon à Savone.

Le 101è, qui aura deux bataillons complets à Savone, offrira une force suffisante pour la surveil­lance de toute la côte.

Il y aura en outre à Toulon le 5è bataillon du 22è léger, fort de 500 hommes, le 3è bataillon du 32è léger et le dépôt du 16è.

Quant à la garde des côtes de la Belgique, il y aura quatre bataillons du 3è de ligne qui, recevant 1,200 conscrits, seront forts de 500 hommes cha­cun, ce qui est à peu près leur complet, en remplacement des 1,600 hommes du régiment d’élite ; trois bataillons du 105è, d’égale force ; le régiment de Belle-Ile ; les 4es et 5es bataillons des 47è, 86è, 70è et 15è, forts d’à peu près 500 hommes ; ce qui fera donc, indépendamment du régiment de Belle­-Ile, quinze bataillons pour la sûreté de ces côtes­.

Il y aura à   suite du corps de réserve six brigades de marche, composées de la manière suivante :

La 1re brigade sera formée de six bataillons, chacun de six compagnies ; chaque compagnie de 150 hommes, fournis par les vingt-sept régiments français et les trois régiments polonais qui font partie de l’armée du Midi et de l’armée du Centre. Cette brigade se réunira à Tours. Il y sera attaché un colonel en second pour la commander, et deux majors en second, qui commanderont chacun trois bataillons. Cette brigade sera forte de 5,000 hommes.

La 2è brigade sera composée de six bataillons, formés par une compagnie au moins des dépôts de l’armée de Portugal, et par deux compagnies, s’ils peuvent les fournir. Cette brigade se formera à Bordeaux ; un colonel en second la commandera, et deux majors en second cumuleront chacun trois bataillons. Cette brigade formera 4,000 hommes.

La 3è brigade sera composée d’un bataillon de 500 hommes, fournis par chacun des 118è, 119è, 120è et 121è régiments. Cette brigade, commandée par un major en second, se formera à Bayonne. Elle sera forte de 2,000 hommes.

La 4è brigade sera composée de quatre bataillons, fournis par les 114è, 115è, 116è et 117è. Cette bri­gade, commandée par un major en second, se formera également à Bayonne. Elle sera, forte de 2,000 hommes.

La 5è brigade sera formée de deux bataillons tirés des 44è, 51è et 55è, à 500 hommes chacun. Elle sera commandée par un major en second et se formera à Versailles. Elle sera forte de 3,000 hommes.

La 6è brigade sera composée de deux compagnies des 6è et 3è légers, 42è et 7è de ligne, et de quatre compagnies de marche italiennes, fournies par chacun des régiments italiens. Cette brigade, formant deux bataillons ou 1,600 hommes, se réunira à Turin et sera commandée par un major en second.

Ces six brigades formeront ensemble 17,600 hommes.

Au 15 juin, le ministre me proposera d’or­donner les mouvements pour la formation de ces brigades, en me faisant connaître ce que chaque dépôt pourra fournir en officiers, sous‑officiers et soldats.

      La cavalerie du corps d’observation de réserve sera composée des deux régiments provisoires de dragons qui se forment, des régiments qu’on formera avec les hommes arrivant aux dépôts de Niort et de Saintes, du régiment de marche de chasseurs qui a été formé à Gand, enfin de tout ce qu’on pourra former des dépôts des corps de l’armée d’Espagne, avec les 6,00 chevaux de remonte que j’ai accordés. On en fera l’état.

L’artillerie du corps d’observation de réserve sera formée par le matériel qui existe à Saint­-Sébastien, Pampelune, Burgos, Valladolid et à l’armée de Portugal ; et, pour le personnel, partout ce qui existe en Espagne et qu'on pourra se pro curer après que les trois corps d’observa­tion de l’Elbe, des côtes de l’Océan et de l’Italie seront organisés.

    Les attelages seront fournis par les détachements que j’ai destinés à former le dépôt d’Auch   par mon décret du…. et pour lesquels j’ai accordé des chevaux, et par des détachements de chevaux qui seraient pris dans le corps d’observation des   côtes de l’Océan, si les corps d’observation des côtes de l’Océan et d’Italie ne devaient pas être mis en activité.

Même chose pour les transports militaires. On se servira de ce que j’ai ordonné de réunir au dépôt de Pau par mon décret du….

ÉTAT DES FORCES QUI SERONT EN FRANCE ET EN ITALIE

AU 1er SEPTEMBRE 1811.

Le corps d’observation de l’Elbe, le corps d’ob­servation du Rhin, le corps d’observation d’Italie, le corps d’observation de réserve, la réserve générale de cavalerie, la Garde impériale, seront en partie sur les frontières et en partie au delà des frontières de France et d’Italie.

ROYAUME DE NAPLES.

Il restera dans ce royaume :

Trois bataillons du 22è léger ; les 4è et 6è batail­lons qui se formaient aux îles d’Hyères et sont com­posés de réfractaires (ils seront envoyés par mer à Naples) : cinq bataillons, 4,000 hommes ; quatre bataillons suisses, 2,400 hommes ; quatre bataillons du régiment de la Tour‑d’Auvergne, 4,000 hommes ; deux bataillons du régiment d’Isembourg, 2,000 hom­mes ; artillerie, génie, etc., 600 hommes ; total, 13,000 hommes.

Le roi de Naples a, en y comprenant sa garde, 30,000 hommes de troupes napolitaines, dont 3,000 hommes de cavalerie. Il serait donc possible de retirer une colonne de 6,000 Napolitains ou autres troupes pour pouvoir se coordonner avec Rome et la Toscane, ou mieux encore de continuer l’expédition de la Sicile pour contenir les Anglais.

CORFOU.

Il y aura à Corfou :

Le 3è bataillon du 14è d’infanterie légère, deux bataillons du 6è de ligne, un bataillon italien, deux bataillons du régiment d’Isembourg, l’artillerie, le génie, les troupes septinsulaires et albanaises; ce qui formera en tout 11,000 hommes.

Les ordres sont déjà donnés et les dispositions prises pour qu’il soit envoyé à Corfou le 7è bataillon du 14è léger formé en Corse, ainsi que les 6è et 7è bataillons du 6è de ligne, en les tirant des deux régiments de la Méditerranée ; ce qui augmentera les forces qui sont à Corfou de trois bataillons fran­çais ou 2,700 hommes, et formera un total de 13,000 hommes.

23è DIVISION MILITAIRE.

La Corse aura cinq bataillons du 1er régiment de la Méditerranée et cinq bataillons du 2è ; ce qui fait dix bataillons. Elle en fournira trois à l’île d’Elbe, et même un ou deux en Toscane. A cet effet, après qu’on aura pris nos ordres, il sera formé dans ces dix bataillons seize compagnies de grenadiers et de voltigeurs, qu’on pourra composer de Français, et des meilleurs sujets. Ce corps formera ainsi quatre bataillons d’élite ou 22,000 hommes, qui serviront pour toute la Toscane et l’Italie.

30è DIVISION MILITAIRE.

Il y aura dans cette division six bataillons du 14è léger et du 6è de ligne mis au complet par les régiments de la Méditerranée ; ce qui fera 4,800 hommes, sans compter les vétérans et la gendarmerie. En cas de besoin, le roi de Naples enverrait sa colonne de 5 à 600 hommes, la Corse détacherait les bataillons d’élite des régiments de la Méditerranée, enfin le royaume d’Italie et la Toscane feraient aussi marcher des troupes sur Rome.

29è DIVISION MILITAIRE.

Il se trouvera dans cette division dix bataillons des 29è et 112è régiments, auxquels il manquera les huit compagnies d’élite ; la Grande‑Duchesse a un bataillon d’élite ; l’île d’Elbe sera gardée par trois bataillons de la Méditerranée : on peut donc considérer que cette division aura plus de 10,000 hommes.

28è DIVISION MILITAIRE.

Il y aura cinq bataillons du 52è, hormis les com­pagnies d’élite, trois bataillons du 102è. On for­mera des cinq bataillons du 67è, du 101è, et du 3è léger, une demi‑brigade de 1,500 hommes.

Il y aura en outre deux bataillons du 10è de ligne (le 6è et le 7è). Ces bataillons, complétés au moyen de la conscription, feront un total de 8,000 hommes, sans compter les troupes de la marine.

27è DIVISION MILITAIRE.

Il n’y aura que quatre 5es bataillons, qui forme­ront une demi‑brigade de 2,000 hommes avec le 6è bataillon du 20è régiment ; ce qui sera suffisant, cette division n’ayant point de côtes, et le royaume d’Italie et la 28è division pouvant lui offrir des secours considérables. Il sera convenable de réunir, sur les 18 ou 20,000 bommes qui se trouveront en Toscane et en Piémont deux divisions actives de 4 ou 5,000 hom­mes chacune, prêtes à se porter partout où il serait nécessaire.

ROYAUME D’ITALIE.

Le royaume d’Italie aura sept 4es ou 5es bataillons et sept 5es bataillons, ce qui fait environ 10,000 hom­mes d’infanterie française. Il y aura en outre plus de 20,000 hommes de troupes italiennes, avec 2,000 chevaux italiens on français ; ce qui formera, avec l’artillerie et le génie, un effectif de près de 40,000 hommes, nombre suffisant pour les garni­sons de toutes les places et former des colonnes pour faire face soit au débarquement, soit aux troubles de l’intérieur. Il faudra qu’il reste en Italie un millier de chevaux d’artillerie, afin d’avoir toujours attelées huit batteries d’artillerie.

On dressera en détail, aux bureaux de la guerre, les états d’après les données ci‑dessus, afin de faire connaître ce qui manque au complet de ces forces, et proposer les mesures nécessaires pour arriver au résultat indiqué.

FRANCE. ‑ CÔTES DE LA MÉDITERRANÉE.

Toulon est le point important des côtes de la Méditerranée. Les six 4es bataillons qui ont été désignés dans les notes sur le corps d’observation de réserve pour se rendre à Toulon y formeront une garnison de 4,800 hommes. Le 5è bataillon du 22è léger, le 5è du 1er de ligne, le 5è du 16è avec les huit 5es bataillons de l’armée de Dalmatie qui sont dans la 27è division militaire, et le 3è du 32è léger (en le considérant comme un 5è bataillon), font douze bataillons qui seront formés en trois demi‑brigades, chacune de quatre 5es bataillons ou 2,000 hommes ; ce qui, joint aux six 4es bataillons ci‑dessus, serait une force de 11 à 12,000 hommes, beaucoup plus que suffisante pour défendre Toulon, Marseille, Nice, Cette, et contenir tout l’intérieur.

CÔTES DE L’OCÉAN. – 32è DIVISION MILITAIRE.

Les seize 5es bataillons de l’armée d’Allemagne formeront quatre demi‑brigades, chacune de quatre bataillons, chaque bataillon de quatre compa­gnies, commandé par un major en second. Ces quatre demi‑brigades formeront une division de 8,000 hommes qui tiendra garnison à Hambourg. Une division de 6,000 hommes de troupes de la Confédération portera cette force, avec 1,000 hommes de cavalerie, à 15,000 hommes, prêts à marcher en cas d’événements ; ce qui fera 25,000 hommes sur ce point, ce qui est suffisant pour contenir le pays, empêcher la contrebande et s’opposer à toute expédition anglaise de 5 ou 6,000 hommes, force selon leur coutume. Si l’on avait à repousser une plus forte expédition, cela entrerait dans le calcul des forces actives.

HOLLANDE.

Il sera complété pour la Hollande vingt 4es batail­lons dont les corps sont en Espagne et dont les cadres en sont revenus. On formera de ces vingt ba­taillons deux divisions, chacune de 8,000 hommes, l’une pour la 31è division et l’autre pour la 17è. Ces deux divisions se coordonneront entre elles.

ANVERS.

Il sera formé des 5es bataillons du corps d’obser­vation du Rhin une division de quatre demi‑brigades ou 8,000 hommes, qui occupera un camp auprès d’Anvers. Il sera formé des 5es bataillons des vingt-sept régiments de l’armée du Midi en Espagne, des dix‑huit de l’armée de Portugal, de ceux qui sont en Aragon ou en Catalogne et en deçà des Alpes (ce qui doit faire plus de quatre‑vingts régiments), vingt demi‑brigades. Ces vingt demi‑brigades for­meront cinq divisions, chacune de quatre demi­-brigades ou 8,000 hommes. La 1re sera à Boulogne, la 2è à Cherbourg, la 3è en Bretagne, la 4è à la Rochelle et la 5è à Paris. Il y aura en outre en Bre­tagne le régiment de Belle‑Ile, les quatre 4es batail­lons des quatre régiments qui sont dans cette pro­vince. Ainsi, sur quelque point que l’ennemi débarque, il y trouvera des forces considérables. Par exemple, s’il débarquait sur l’Escaut, la division d’Anvers, celle de Boulogne, celle de Paris, seraient réunies en peu de jours et formeraient sur ce point 32,000 hommes, Walcheren étant en outre gardé par 6,000 hommes du régiment de Walcheren.

GARDE NATIONALE.

Si les préparatifs de l’ennemi dans le courant de l’hiver font penser nécessaires quelques nouvelles mesures de précaution, on formerait une division de garde nationale à Saint‑Omer de 12,000 hom­mes, et une autre de la même force entre Cherbourg et Rouen ; ce qui permettrait de diriger au besoin 24,000 hommes de plus sur l’Escaut, on de disposer de 20,000 hommes pour les porter, au moin­dre événement, en Bretagne. Indépendamment de ces deux corps de gardes nationales locales fournis par la Belgique, la Normandie, la Flandre et les départements qui avoisinent Paris, on pourrait facilement lever par département une compagnie d’élite ; ce qui ferait cent belles compagnies ou un corps de 15,000 hommes.

A toutes ces forces il faut joindre, à Anvers, à Brest et à Toulon, c’est‑à‑dire dans les trois grands établissements maritimes, une grande quantité de troupes formées des marins et des ouvriers des arsenaux.

Il convient que le ministre me présente le moyen de compléter tous les 4es bataillons qui rentrent en France, et le projet de leur formation en demi-­brigades, composées chacune de quatre bataillons, le bataillon de quatre compagnies, la 5è compagnie restant pour former le dépôt.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1305. ‑ INSTRUCTIONS AU MARÉCHAL MARMONT POUR

LA RÉORGANISATION DE L’ARMÉE DU PORTUGAL.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Caen, 26 mai 1811.

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je n’ai pas encore vu Lecoulteux ; ainsi je ne puis vous rien dire sur les opérations de l’armée de Portugal. Je ne veux pas perdre un moment à vous recom­mander d’écrire tous les jours au maréchal Mar­mont et de lui envoyer les Moniteur ; il y en a plu­sieurs qui contiennent des nouvelles d’Espagne. Faites connaître au maréchal Marmont qu’il a un entier pouvoir pour réorganiser son armée, en former six ou sept divisions, et pour renvoyer les généraux qui ne lui conviennent pas ; qu’il peut prendre les colonels en second du corps du général Drouet pour leur donner le commandement des régi­ments vacants, en choisissant des officiers vigoureux ; qu’il doit renvoyer les administrations qui lui sont inutiles et concentrer son corps dans sa main ; qu’il doit lever dans la province de Salamanque et sur ses derrières tous les mulets qu’il pourra trou­ver, qu’il y en a beaucoup dans ces provinces ; que le duc d’Istrie a ordre de le seconder de tous ses moyens et de lui donner même tout ce qu’il pourra de ma Garde ; que des marchés sont passés pour l’achat de 4,000 mulets de bât et du train d’artil­lerie à Bayonne, mais que nécessairement il faudra du temps.

Écrivez au duc d’Istrie qu’il donne 500 chevaux ou mulets de ses attelages, chevaux et harnais, et même du matériel, pour remonter parfaitement l’artillerie du duc de Raguse, car il faut que cette armée ait son artillerie mobile et en bon état ; qu’il peut lever des mulets, en attendant qu’il lui arrive des chevaux pour les remplacer ; que 4,000 chevaux d’artillerie et des équipages sont en mouvement sur Bayonne ; qu’il ne doit pas garder de matériel inutile à Salamanque, mais tout évacuer sur Burgos ; qu’il doit pourvoir aux besoins de l’armée de Por­tugal avec la plus grande activité ; que, si les Anglais se portent sur Ciudad‑Rodrigo, il réunisse ses forces pour aller au secours du duc de Raguse et livrer enfin une belle bataille. Vous lui représen­terez qu’il n’écrit pas assez souvent, qu’au lieu d’écrire tous les jours, il n’écrit presque pas et ne fait pas connaître ce qui se passe.

Recommandez au duc de Raguse de bien reformer son armée, de livrer bataille aux Anglais, s’ils se portent sur Ciudad‑Rodrigo ; que, dans ce cas, le duc d’Istrie peut le renforcer d’une division d’infan­terie de 10,000 hommes de ma Garde ; qu’il doit annoncer mon arrivée prochaine et sa marche sur Lisbonne aussitôt que la récolte sera faite 

Voyez le ministre de la guerre et de l’adminis­tration de la guerre pour qu’on active les achats que j’ai ordonnés pour la remonte des détachements des bataillons du train et des équipages des dépôts d’Auch, de Pau et de Toulouse.

Je pense qu’il faut envoyer un officier au duc d’Istrie pour lui faire connaître que j’espère qu’il prendra toutes les mesures pour être décidément utile à l’armée de Portugal.    

NAPOLÉON.

D’après l’original. Dépôt de la guerre.

 

1306. - INSTRUCTIONS CONCERNANT L’APPROVISIONNEMENT DU MATÉRIEL D’ARTILLERIE EN ESPAGNE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE.

Saint‑Cloud, 7 juin 1811.

Je lis votre rapport du 5 juin, ainsi que les états qui y sont joints, sur le travail de l’artillerie.

PERSONNEL. ‑ Le général Éblé aurait parfaitement convenu à la place de directeur général à Burgos. Le général Ruty est trop loin ; avant qu’il arrive il s’écoulera plusieurs mois. Le général Fou­cher, qui est à l’armée du Nord, est rendu sur les lieux ; il faut donc l’investir de cette fonction. Il faut laisser le général Charbonnel avec le général Reynier à l’armée de Portugal, et le général Ruty à l’armée du Midi. Il faut laisser tous les colonels qui sont à l’armée du Midi ; cela est trop loin, leur retour est exposé à trop de chances, et d’ailleurs la guerre que l’on fait de ce côté est trop active pour qu’ils n’y soient pas nécessaires. Le colonel Douence, qui est à Madrid, pourra venir à Burgos sous les ordres du général Foucher. Il faut laisser le chef d’état‑major Raffron à l’armée d’Aragon. J’ap­prouve que les colonels et chefs de bataillon que vous jugez inutiles aux armée du Centre, de Portu­gal, d’Aragon et du Nord, rentrent ; mais quant à l’armée du Midi, il ne faut pas y toucher.

J’ai signé le décret qui nomme le général Fou­cher directeur général de l’artillerie en Espagne, et j’ai approuvé les instructions que vous lui donnez. Venons actuellement au matériel.

MATÉRIEL. ‑ Par votre état n° 3 je vois que l’armée du Nord a trente‑six pièces. Je suppose que dans ce nombre celles de la Garde ne sont pas com­prises. Donnez‑moi quelques détails là‑dessus. La Garde seule a douze pièces d’artillerie à cheval et vingt‑quatre pièces de régiment ; total, trente‑six. Indépendamment de ce, les divisions du général Seras, du général Caffarelli, du général Reille et du général Bonet ont des bouches à feu.

Si l’armée d’Aragon n’a que vingt-six pièces de canon, elle en a évidemment trop peu, et si elle devait descendre dans le Midi, il lui faudrait beaucoup plus d’artillerie.

Je vois qu’il y a treize pièces de campagne à Saragosse et à Pampelune. Les pièces ne peuvent pas manquer. Les affûts sont également suffisants dans ces deux places. Il y a suffisamment de caissons à Pampelune ; il y en a quelques‑uns à Saragosse. Je ne pense pas que l’armée d’Aragon, dans sa situation actuelle, où elle est augmentée de l’armée de Catalogne, puisse avoir moins de soixante pièces d’artillerie. Faites‑moi un projet d’équipage de cette force, en y comprenant soit ce qui est attelé, soit ce qui est prêt à Pampelune, Saragosse, Tortose et Lerida. Je suppose que les 89 caissons que vous portez à Pampelune et les 59 caissons espagnols sont chargés. Je fais la même supposition pour ceux de Saragosse.

Je ne m’occupe pas de l’armée du Midi, qui a les dépôts de Séville et de Grenade et qui paraît abondamment pourvue.

L’armée de Portugal a quarante‑huit pièces de canon. Il y en a à Burgos quarante et une ; il y en a à Saint‑Sébastien et à Valladolid. Enfin cette armée pourrait tirer de Madrid et de Ségovie le complément dont elle a besoin. L’armée de Portugal ne peut pas avoir moins de quatre-vingt-quatre pièces de canon. Elle pourra tirer ses cais­sons de Pampelune, de Burgos, de Valladolid, et enfin en prendre sur les 180 qui sont à Madrid. Je suppose tous ces caissons pleins.

J’ai besoin d’organiser pour le corps de réserve un nouvel équipage d’artillerie qui doit avoir soixante bouches à feu, et des caissons d’infanterie pour un corps de 40,000 hommes. Il me semble qu’il faudrait spécialement les tirer de Pampelune, Burgos, Ségovie et Madrid. Les canons et les affûts, à ce qu’il me semble, ne manquent pas dans ces différentes localités.

Un approvisionnement complet attelé, tant pour l’armée d’Aragon que pour les armées de Portugal et de réserve, suffit. Il faudrait, en outre, un demi-­approvisionnement dans des caissons non attelés, en dépôt à Burgos, Pampelune et Madrid, et enfin il faudrait un approvisionnement complet en caisses et emmagasiné à Burgos et à Pampelune.

Je vois qu’il y a entre Pampelune, Saint‑Sébastien, Burgos, Saragosse et Valladolid, 18,000 bou­lets de 12 et 4,000 cartouches à balles de 12 : ce qui fait 22,000 coups de canon de 12, ou l’appro­visionnement de quatre‑vingt‑huit pièces de 12 à 250 coups. Cela parait fort satisfaisant, et il ne s’agi­rait que d’y mettre la proportion de cartouches à balles.

Il y a 26,000 boulets de 8, 7,000 cartouches à boulet de 8 et 800 cartouches à balles de même calibre ; ce qui fait 34,000 coups de 8 à tirer, ou l’approvisionnement de cent cinquante‑deux pièces de 8 à 250 coups. Cela paraît encore très‑satis­faisant.

Il y a 8,000 boulets de 6. Il n’y a pas de car­touches à balles, pas de cartouches à boulet de ce calibre. Cela fait l’approvisionnement de trente­deux pièces de canon à 250 coups.

Il y a 4,000 boulets de 4, 16,000 cartouches à boulet de 4, 3,000 cartouches à balles ; ce qui fait près de 60,000 coups à tirer.

Il y a 14,000 obus, dont 6,000 sont à Valladolid ; ce qui fait pour cinquante‑six obusiers.

Il n’y a que deux millions de cartouches d’infan­terie dans ces différentes places. Ce n’est pas suffi­sant ; mais il y a 163,000 kilogrammes de plomb ; ce qui fait pour 6 millions de cartouches. Il y a près de 100,000 kilogrammes de poudre ; ce qui est évidemment insuffisant.

Ainsi, dans les places de Pampelune, de Saint­-Sébastien, de Burgos, de Valladolid, de Saragosse (on pourrait même y comprendre Lerida, qui appartient à ce même système d’une ligne de ré­serve), il y a suffisamment de plomb, de cartouches d’infanterie, de cartouches à canon, mais il manque des cartouches à balles et environ 100,000 kilo­grammes de poudre.

La seconde ligne de dépôt peut comprendre Ségovie, ­Madrid et Tolède. Il s’y trouve 4,000 boulets ou cartouches de 12, 12,000 cartouches de 8, 6,000 de 6, 20,000 de 4. Il serait bien important que le dépôt de Tolède fût évacué sur Ségovie et Madrid. Ce dépôt paraît inutile. A Madrid, je crois qu’il y a 6,000 cartouches et 50,000 kilogrammes de plomb ; mais qu’il n’y a que 43,000 kilogrammes de poudre ; ce qui n’est pas suffisant.

Jaen, Cordoue, Séville, Grenade, Malaga et le siège de Cadix paraissent suffisamment approvi­sionnés.

Les états en détail que vous ferez dresser sur les bases que je viens de donner mettront cela davan­tage au clair ; mais au premier coup d’œil il me semble qu’il ne faut en Espagne que de la poudre ; qu’il est bien important de ne plus y envoyer de nouvelles pièces, et de prendre les pièces et les caissons français et espagnols qui se trouvent dans les différentes places pour former les nouveaux équipages. Il y a à Valladolid des boulets de 24 ; il faudrait en diriger quelques‑uns sur Madrid. Quant à Bayonne, il y a cent quatorze pièces de canon, et trente‑six à Toulouse ; c’est beaucoup plus qu’il ne faut. Il y a 70 affûts ; il n’y aurait pas d’inconvénient à en commander quelques‑uns à Toulouse. Il y a près de 200 caissons ; il me semble donc qu’il y en a suffisamment. Il y a, de même, suffisamment de projectiles ; mais il n’y a pas assez de cartouches d’infanterie. Il me parait y avoir suf­fisamment de plomb et même suffisamment de poudre.

Je pense donc que ce qu’il y a de plus urgent à envoyer en Espagne, c’est 100,000 kilogrammes de poudre. Ils existent à Bayonne, mais il faudra les y remplacer. Il y a à Bayonne 160 charrettes à boulets ; il faut les mettre en état et y diriger 200 autres voitures, soit charrettes à boulets, soit chariots à munitions.

Ainsi je désire un nouveau travail qui organise : 1° un approvisionnement de soixante bouches à feu pour l’armée d’Aragon, en y destinant les caissons qui sont attelés et ceux qui se trouvent à Lerida, Tortose, Saragosse, et en prenant le complément à Pampelune ; 2° un approvisionnement de quatre-­vingt‑quatre bouches à feu pour l’armée de Por­tugal ; qu’on prenne les affûts et les caissons parmi ceux qui sont attelés à Ciudad‑Rodrigo, à Valladolid, à Tolède, à Madrid et à Ségovie ; 3° enfin que l’on organise un équipage de soixante bouches à feu pour le corps de réserve, en prenant tout ce qui sera nécessaire à Saint‑Sébastien, Burgos, Valladolid et Pampelune.

L’artillerie doit avoir ses affûts de rechange, ses forges de campagne, un approvisionnement complet, et dans des caissons un petit approvisionnement d’un huitième, également attelé, pour le parc ; un demi‑approvisionnement non attelé, mais dans des caissons, pour l’armée de Portugal, à Ciudad‑Rodrigo, Ségovie, Madrid et Valladolid, Burgos et Pampelune ; un demi‑approvisionnement, égale­ment dans les mêmes lieux, pour l’armée d’Aragon et le corps de réserve, et enfin un approvisionnement complet pour ces trois équipages dans les dépôts de première et deuxième ligne, savoir : ceux de première ligne, Burgos, Saint‑Sébastien et Pam­pelune, et ceux de deuxième ligne, Ciudad‑Rodrigo, Madrid et Ségovie.

Lorsque ces états seront faits, je crois qu’il sera reconnu qu’il ne manque que de la poudre. Avec ces mêmes états il sera facile de prescrire les évacua­tions qui doivent avoir lieu de Madrid et Ciudad-­Rodrigo sur Bayonne et Pampelune, afin de ne lais­ser dans ces postes importants, qui peuvent être compromis, que ce qui est nécessaire pour les armées qui les couvrent.

Il sera aussi nécessaire que vous fassiez un projet d’armement pour Burgos, Pampelune et Saint‑Sé­bastien. Je ne vois pas qu’il y ait d’obusiers, de mor­tiers, ni assez de grosses pièces à Burgos. Après les ouvrages que je viens de faire sur les hauteurs de Burgos, il faudrait que ce point important fût mieux armé. Il faut aussi avoir les yeux sur Pampelune pour en tenir l’artillerie en bon état.

Il n’y a pas suffisamment de forges ni de char­rettes à boulets et de chariots à munitions qu’on chargerait de tonneaux de poudre. Il doit y en avoir à Besançon et à Auxonne. Je vois que, selon les états, il y a entre Bayonne, Toulouse et Blaye 200 caissons ; je suppose qu’il y en a au moins 56 à la Rochelle, où ils sont inutiles ; cela fera donc envi­ron 260 caissons qui seront là en réserve. Je vois qu’il y a entre les armées d’Aragon, de Portugal et du Nord plus de 350 caissons attelés ; qu’entre Pampe­lune, Burgos, Valladolid, Madrid, il y a environ 180 caissons et 100 caissons espagnols ; ce qui ferait 350 caissons attelés, 280 non attelés, 260 de réserve ; total, 890 caissons, sans y comprendre les caissons de l’armée du Midi ni tout ce que l’on peut retirer de Séville, Malaga et Ciudad‑Rodrigo, où je suppose qu’il y en a une grande quantité.

Il ne faut pas perdre un instant pour ordonner de retirer de Ciudad‑Rodrigo l’artillerie de campagne, qui s’y trouve inutile à la défense de la place.

Je viens actuellement à l’état D.

J’ai donné ordre au maréchal duc d’Istrie de fournir de son matériel, en caissons et autres objets, tout ce qui sera nécessaire à l’armée de Portugal. Il n’y a pas d’inconvénient à ce que les 500 chevaux de la Garde, à leur arrivée à Bayonne, prennent 100 charrettes à boulets, les chargent de tonneaux de poudre et les conduisent à Burgos, où ils les laisseront. Au lieu de 500 chevaux, j’en ai fait partir 1,000 de Besançon. Je ne m’oppose pas à ce qu’ils prennent des caissons à Besançon ou à Auxonne, mais peut‑être serait‑il préférable qu’ils prissent les caissons à Bordeaux, à la Rochelle. Il y en a, je crois, sur d’autres points de leur route. Je pense aussi qu’il serait utile de mener quelques forges et quelques chariots à munitions qu’on chargerait de poudre, en ayant soin de les charger légèrement.

Quant aux chevaux, j’ai tout dit dans mon décret. Voilà déjà 2,500 chevaux dirigés sur l’Espagne, et, aussitôt que je connaîtrai l’état de situation des dépôts, on pourra en procurer davantage.

Je ne fais pas de difficulté de mettre 50,000 francs à la disposition du commandant de l’artillerie de Portugal, de mettre pareille somme à la disposition du directeur général à Burgos et de faire travailler les forges d’Orbaiceta ainsi que la poudrerie de Pampelune.

En général, ces états m’ont paru bien faits, et les nouveaux que je demande pourront être prompte­ment mis en règle.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1307. ‑ REPROCHES A ADRESSER AU GÉNÉRAL BEL­LIARD AU SUJET D’UNE LETTRE ÉCRITE PAR CET OFFICIER GÉNÉRAL A L’EMPEREUR.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 8 juin 1811.

Répondez au général Belliard que vous n’avez pas mis sa lettre sous mes yeux ; qu’il avait sans doute perdu la tête quand il l’a écrite, qu’offrir sa démis­sion pour ne pas avoir exécuté mes ordres, c’est déclarer qu’on ne veut pas obéir ; que c’est avoir encouru la peine capitale ; que ces 3,000 hommes et 1,200 chevaux auraient pu sauver l’armée du Midi ; qu’il est très‑coupable ; qu’il aurait pu éva­cuer Cuenca ou tout autre point, mais qu’il devait exécuter les ordres de l’Empereur ; qu’il y a dans sa lettre deux ou trois passages qui ne sont pas d’un soldat ; que, si vous les aviez mis sous les yeux de Sa Majesté, elle l’aurait fait arrêter et aurait fait un exemple de ce manquement à la discipline militaire ; que, par égard pour ses anciens services et par l’amitié que vous lui portez, vous n’avez pas laissé connaître à l’empereur ces phrases inconvenantes, et que vous vous êtes borné à dire que mes ordres avaient été exécutés ; que cette affectation de sentiments d’honneur et de personnalité est le comble du ridi­cule et de l’indiscipline militaire ; que l’honneur d’un général consiste à obéir, à maintenir les subal­ternes sous ses ordres dans le chemin de la probité, à faire régner une bonne discipline, à se livrer exclusivement aux intérêts de l’État et du souverain, et à dédaigner entièrement ses intérêts particuliers ; que vous voyez, par le ton qu’il prend, qu’il a désappris la France, et que, quand il est question d’exécuter les ordres de l’Empereur, il croit avoir à parler au roi d’Espagne.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1308. ‑ COMPOSITION DU CORPS D’OBSERVATION DE RÉSERVE.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Paris, 8 juin 1811.

Monsieur le Duc de Feltre, le corps d’observation de réserve sera composé de la manière suivante :

1re Division. – 81è : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Pampelune ; un bataillon est à Gênes et partira pour Pampelune lorsque ses con­scrits seront habillés et armés, sur le rapport qui en sera fait. Le 4è bataillon, qui est en Catalogne rejoindra à Pampelune aussitôt que faire se pourra. La compagnie d’artillerie rejoindra à Pampelune et ce régiment aura ses deux pièces d’artillerie et ses caissons.

10è de ligne : quatre bataillons. Ce régiment rejoindra à Pampelune.

20è de ligne : quatre bataillons. Ce régiment rejoindra à Pampelune.

60è de ligne : quatre bataillons. Les deux bataillons qui sont à Toulon se rendront à Pampelune. Le 3è bataillon, qui est dans la 7è division militaire, en partira, lorsqu’il aura ses conscrits, avec le 3è bataillon du 81è, sur le rapport qui en sera fait. Le 4è bataillon rejoindra aussitôt que faire se pourra.

Le total de la première division sera ainsi de seize bataillons.

Cette division se réunira à Pampelune. Le géné­ral Reille la commandera ; les généraux de brigade Pannetier et Bourke y seront employés. Un adjudant commandant, des adjoints, un officier du génie, un d’artillerie, les administrations, seront pris dans la Navarre. Chaque régiment aura ses deux pièces de canon ; ce qui fera huit pièces pour la division.

2è Division. – 5è léger : quatre bataillons. Deux bataillons se rendront de Cherbourg à Rennes. Les deux bataillons qui sont à l’armée d’Aragon rejoin­dront aussitôt que faire se pourra.

3è de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.

105è de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.

10è léger : quatre bataillons. Ce régiment se réu­nira d’abord à Rennes ; le 4è bataillon s’y rendra lorsqu’il sera formé et habillé 

52è de ligne : deux bataillons d’élite. Ces batail­lons sont à Toulon et rejoindront à Vitoria.

Les régiments auront chacun leurs deux pièces d’artillerie. Cette division, qui se réunira à Vitoria, sera commandée par le général Caffarelli. Deux généraux de brigade, un adjudant commandant, les adjoints, les officiers du génie et d’artillerie, les administrations, commissaires des guerres, seront pris en Espagne.

La 2è division sera ainsi composée de quatorze bataillons.

3è Division. ‑ La 3è division se réunira à Pont­-Saint‑Esprit ; elle sera composée de la manière suivante :

1re de ligne : quatre bataillons. Les trois pre­miers bataillons arrivent à Turin. Le 4è bataillon partira de Marseille aussitôt qu’il aura reçu ses conscrits.

62è de ligne : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Turin ; deux autres partiront de Marseille.

23è léger : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Auxonne ; aussitôt qu’ils auront reçu leurs conscrits, ils se rendront par eau à Pont‑Saint-­Esprit. Les deux autres bataillons, qui sont en Cata­logne, se réuniront aux deux premiers aussitôt que faire se pourra.

101è de ligne : quatre bataillons. Deux bataillons sont à Turin ; un bataillon partira de la Spezia.

Cette division sera ainsi composée de seize batail­lons. Un général de division, deux généraux de bri­gade, un adjudant commandant, quatre adjoints, des officiers du génie et d’artillerie, des administra­tions, des commissaires des guerres, seront nommés pour se rendre à Pont‑Saint‑Esprit et être employés dans cette division.

Vous ayant ainsi fait connaître mes intentions, vous préparerez les ordres de mouvement, mais vous ne les exécuterez que sur mon approbation.

ARTILLERIE. – L’artillerie des régiments com­prendra vingt‑quatre pièces de canon ; ce qui sera suffisant pour la guerre d’Espagne.

Soixante pièces de canon seront préparées pour l’artillerie du corps d’armée ; le matériel sera pris à Pampelune, à Burgos, à Saint‑Sébastien, à Madrid ; les attelages seront fournis par les dix‑huit cadres qui sont à Auch.

Les bataillons d’équipages militaires seront les trois bataillons qui sont à Pau.

Les compagnies d’artillerie seront fournies par les compagnies autres que celles destinées pour les corps d’observation de l’Elbe, du Rhin et de l’Italie. La compagnie du 4è régiment, qui est à Toulon, celle qui est à Bayonne, pourront être employées au parc.

Le commandant d’artillerie se rendra à Bayonne pour organiser cette artillerie.

De ces soixante pièces, rien n’ira avec les divi­sions, tout sera tenu en réserve, selon les états qui seront dressés par le bureau de la guerre.

GÉNIE. ‑ Des caissons avec 6,000 outils attelés se réuniront à Bayonne.

L’état‑major de l’armée du Nord servira pour le corps de réserve, en officiers d’état‑major, administrations, chirurgiens, etc.; il est donc inutile d’en former.

Je désire que tous les ordres pour ces corps soient concertés avec le major général, qui a plus de temps pour cela, et qui me remettra les états plus en règle.

Tout ce qui fait partie du corps d’observation de réserve doit être indépendant des corps d’observa­tion de l’Elbe, du Rhin et d’Italie, auxquels rien ne doit être dérangé.

Division ITALIENNE. – Il y aura une division de dix bataillons italiens formant 8,000 hommes, la­quelle se réunira sans délai à Grenoble ; le vice‑roi sera chargé de la formation de cette division, et de donner tous les ordres de mouvement.

Cette division formera la 4è division du corps d’observation de réserve, qui sera ainsi porté à 40,000 hommes d’infanterie.

NAPOLÉON.

D’après la copie. Dépôt de la guerre.

 

1309. - ORDRE DE CONSTRUIRE DES TÊTES DE PONT

SUR L’ÈBRE ET LA BIDASSOA.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 10 juin 1811.

Il est important, pour parer à tous les événe­ments, de s’assurer du pont de la Bidassoa. Mon intention, en conséquence, est qu’il soit construit une tête de pont, et, pour réduit à cette tête de pont, une tour de deuxième espèce capable de con­tenir un corps de garde et un magasin. Par ce moyen, la tête de pont sera gardée et le pont en sûreté. Faites tracer cette tête de pont et travailler à cette tour, qui doivent être entièrement armées au 1er  septembre.

J’ordonne également que l’on construise une tête de pont sur l’Ebre, à Miranda.

Vous enverrez au major général le plan de ces tours.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

1310. ‑ ORDRES POUR LA DISTRIBUTION D’OUTILS DANS LES CORPS.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Saint‑Cloud, 11 juin 1811.

J’ai fait faire une grande quantité d’outils, mon intention étant d’en donner aux corps. Il me paraît convenable de commencer par le 24è léger. Vous donnerez ordre que les caporaux de ce régiment aient des haches ; ils remettront leurs briquets, et on leur donnera des haches en échange.

Faites également donner des haches et des pics à hoyau au bataillon de marche de la Garde qui part cette semaine pour l’Espagne ; on leur donnera moitié haches et moitié pics à hoyau. Il serait nécessaire que vous fissiez faire un petit règlement dessus. On obtiendra de la troupe qu’elle porte haches et des pics à hoyau ; il n’y a que les pelles qui paraissent embarrassantes. On fera sentir, dans l’instruction que vous ferez faire, que la hache est une arme plus défensive que le sabre, et que cet outil peut servir en outre à faire des abatis et à aider aux fortifications, de même que les pics à hoyau. En général, mon intention serait d’en donner à tous, les caporaux de l’armée.

D’après la minute. Archives de l’Empire.



[1] Le mont Troïlo, dit aussi le mont Supérieur.

 

 

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