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Otto
Gross et Kurt Assmann
Une critique de la conduite allemande de la guerre sur mer durant la Première
Guerre mondiale
François-Emmanuel Brézet
La conduite du côté
allemand des opérations sur mer durant la Première Guerre mondiale a été
analysée à une trentaine d’années d’intervalle (1929 et 1957) par
deux officiers de marine et historiens allemands, le capitaine de vaisseau
Otto Groos et le vice-amiral Kurt Assmann.
- OTTO
GROOS
La parution en 1929 de l’ouvrage d’Otto
Groos marquait la première tentative de critique synthétique,
du côté allemand, de l’ensemble des opérations maritimes.
L’auteur appuyait essentiellement sa réflexion
sur la relation des opérations navales établie par l’historien anglais
J.S. Corbett1 et
l’Admiralstabwerke, l’ouvrage de référence du Service
historique de la marine allemande2.
Dans
son introduction, O. Groos ne manquait de déplorer qu’un pays qui avait
produit Clausewitz n’ait pas compris à temps la nécessité d’une
conception globale de la conduite de la guerre incluant aussi bien les
considérations de stratégie terrestre et maritime que celles concernant la
politique et l’économie, il impute cette carence à une étude des
conflits limitée aux guerres terrestres victorieuses du passé.
En ce qui concerne plus particulièrement
la marine, il regrette la place trop grande prise par l’organisation et la
technique, l’influence de ce que les Anglais qualifieront de material
school, au détriment de l’approfondissement de la pensée stratégique3.
Le premier chapitre consacré pour une
large part à une réflexion très clausewitzienne sur le lien entre
politique et conduite de la guerre et plus concrètement sur le dualisme
entre l’homme d’Etat, Staatsmann, et le commandant en chef, Feldherr,
donne à l’auteur l’occasion de rappeler le boycott militaire
dont souffrit Bismarck lui-même durant les hostilités proprement dites et,
en se référant au livre de Corbett, Some Principles of Maritime
Strategy 4,
d’insister sur la nécessité d’éclairer le commandant en
chef sur l’objectif politique de la guerre qu’on lui demande de préparer.
Bismarck ne constituerait-il pas en
l’occurrence un alibi commode pour ne pas avoir à enfreindre un tabou en
se référant à un passé plus récent, les relations ô combien
conflictuelles du Kaiser, qui se qualifiait lui-même de "Chef suprême
de la guerre", Oberste Kriegsherr, du chancelier et du
Grand Quartier Général.
Après ces quelques considérations préliminaires,
l’auteur en arrive aux enseignements principaux, originaux pour l’époque,
que lui inspire l’étude de la guerre sur mer, plus particulièrement
celle du dernier conflit mondial.
- L’interdépendance
de la conduite de la guerre sur terre et sur mer (chap. III)
En 1914, il n’existait pas
plus d’un côté que de l’autre de véritable plan d’opérations
commun armée-marine, à l’exception, du côté anglais,
d’un plan limité au transport du corps expéditionnaire
britannique.
Du côté allemand, si les états-majors
s’étaient bien penchés en commun sur le problème du corps
expéditionnaire, leur étude s’était limitée à des
supputations sur le moment et le lieu des débarquements,
l’idée que ces débarquements puissent être perturbés par
une intervention des forces maritimes ne les avait pas effleurés.
La marine n’avait envisagé, pour sa part, que des opérations
de sous-marins et de mouillage de mines, qui ne furent guère
appliquées.
Pas plus l’Admiralstab
que le Generalstab 5
ne saisirent l’intérêt stratégique des ports de la
Manche, même lorsque l’offensive terrestre s’infléchit
dans leur direction.
La menace sur Ostende et
Calais n’entraîna pas seulement, du côté anglais, le
transfert vers le sud des points prévus de débarquement. La
Grand Fleet reçut l’ordre de quitter son repaire de
Scapa Flow et de descendre vers le sud. Son intervention dans
la bataille terrestre retarda la chute d’Anvers et permit la
consolidation de la position Ypres-Calais.
Du côté allemand, le Generalstab
se borna à réclamer l’envoi de quelques sous-marins contre
les transports de troupes.
Pour des raisons diverses, la
Grand Fleet n’étant alors en mesure d’opposer aux
19 bâtiments de ligne de la Hochseeflotte que 22 bâtiments,
cette dernière ignorera toujours l’opportunité qu’elle
aura ainsi laissé échapper d’affronter la flotte anglaise
non seulement dans un rapport de forces acceptable mais
surtout à une distance favorable de la Baie allemande.
Le Grand Quartier Général
menait pour sa part la guerre dans la stricte application du
concept de guerre terrestre sur deux fronts, défini de
nombreuses années auparavant par le général von Schlieffen.
Il pensait que la bataille décisive à l’ouest, combinée
avec une attaque de
couverture à l’est, permettrait de se passer d’une action
offensive de la flotte ; dans cette optique également
l’action éventuelle du corps expéditionnaire britannique
était considérée comme "quantité négligeable"6.
Il y a une autre explication
qu’O. Groos ne relève pas à cette antinomie.
Non seulement les stratégies
terrestre et maritime s’ignoraient, mais elles étaient en
opposition. En 1906, la marine avait tenté d’opposer à la
stratégie terrestre d’action à travers la Belgique, qui ne
laissait guère d’espoir en une neutralité anglaise, une
stratégie d’action en direction du Danemark destinée à
maintenir ouverts à son seul profit les Belts. Cette stratégie
supposait toutefois, en cas d’opposition prévisible du
Danemark, un concours de l’armée qui lui avait été refusé7.
La stratégie britannique
avait connu des péripéties analogues : en 1911, en réaction
à la seconde crise marocaine, le Comité impérial de défense
avait définitivement rejeté la stratégie d’opérations
combinées préconisée par la marine et opté pour
l’intervention massive sur le continent de la British
Expeditionnary Force 8.
Avec le gel, fin 1914, des fronts terrestres, cette stratégie
maritime allait être reprise en considération. L’histoire
maritime n’enseignait-elle pas, comme le rappelle O. Groos,
en se référant à nouveau à Corbett, que, dans la mesure où
la flotte ennemie était hors d’atteinte dans ses ports, il
fallait s’assurer des points d’appui sur les côtes, sous
la seule réserve que l’opération puisse être conduite
sans risquer d’affaiblir la force maritime principale9.
Un projet d’action commune sur la côte flamande échoua en
raison du refus du roi des Belges de placer ses forces sous
commandement anglais. L’idée d’une opération combinée
de grande envergure ne fut pas abandonnée pour autant. Après
diverses péripéties, elle allait déboucher sur l’opération
des Dardanelles. L’opération contre le maillon faible de
l’alliance avait été demandée par la Russie. Churchill et
Kitchener étaient parvenus à surmonter les réticences de la
marine, qui craignait pour le maintien de sa supériorité en
mer du Nord, et ils ne surent pas se montrer aussi
convaincants à l’égard de l’armée de terre, qui ne
s’engagea dans l’affaire qu’à reculons. L’absence de
véritable accord sur une véritable opération combinée
portait en germe l’échec final de l’opération.
- Le concept de maîtrise
de la mer
Pour O. Groos, une des conditions
fondamentales d’une coopération efficace entre puissances
terrestre et maritime est la parfaite connaissance de ce qui les
unit et de ce qui les sépare.
Pour la puissance terrestre, la
destruction de la force ennemie et l’occupation de son
territoire constitue l’objectif essentiel. Il en va tout
autrement pour la puissance maritime.
"Das Meer ist nùr der Weg"
(la mer est seulement le
chemin). En rappelant cette affirmation du géographe Ratzel10,
l’auteur signifie qu’il serait erroné d’attribuer à la mer
une autre valeur, l’affirmation ou la conquête de la maîtrise
de la mer ne saurait donc être que la maîtrise des lignes de
communications maritimes. Il en résulte le caractère tout
relatif de la maîtrise de la mer, fonction de la plus ou moins
grande dépendance à l’égard de la mer, non seulement du pays
qui l’exerce mais de celui au dépens duquel elle est exercée.
L’effet obtenu par son acquisition se fera donc sentir de façon
plus ou moins rapide.
L’accroissement de dépendance
des pays continentaux à l’égard de l’économie mondiale
avait accru d’autant leur vulnérabilité. L’histoire enseigne
cependant qu’aucune guerre ne peut être gagnée seulement par
l’exercice de la maîtrise de la mer, d’où l’habitude de
l’Angleterre de s’appuyer toujours sur une puissance
continentale.
Comme Corbett lui-même l’avait
énoncé, une des conséquences inévitable de l’exercice de la
maîtrise de la mer est la saisie ou la destruction des richesses
ennemies, il est donc parfaitement inapproprié de vouloir
qualifier de barbare l’exercice du droit de prise à la mer, Seebeuterecht,
alors qu’il ne constitue que la juste punition de celui qui veut
utiliser la mer sans en avoir le contrôle11.
La guerre ne saurait se limiter à l’affrontement des armées et
des flottes, les batailles ne sont donc pas une fin en soi mais un
moyen pour atteindre une fin.
Dès lors que le contrôle des
voies de communications constitue l’objectif essentiel, il est
important de déterminer quelles sont les principales voies de
communications ennemies et en quels points elles sont le plus vulnérables.
Il en résulte également que l’exercice de la maîtrise de la
mer ne peut seulement être fonction des moyens disponibles, mais
également de la position géographique à partir de laquelle ils
peuvent être mis en œuvre.
La position géographique, le maître-mot
lâché, O. Groos ne peut manquer de relever la situation
particulièrement défavorable de l’Allemagne :
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L’Angleterre
assurait le blocus de l’Allemagne par sa seule
position géographique 12.
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Il note en outre que la situation eût
été meilleure si l’Allemagne n’avait renoncé à utiliser le
Skagerrak en minant, dès l’ouverture des hostilités, les Belts13.
Elle eût été encore meilleure si l’Allemagne avait eu comme
alliés le Danemark ou la Norvège. L’Allemagne ne peut en fait
s’attaquer à la maîtrise de la mer anglaise dans l’océan
Atlantique qu’à partir de la côte française, position stratégique
qui ne peut être acquise qu’après une bataille terrestre décisive
en France.
Il en résulte que "le combat
pour la position stratégique la meilleure" commence dès le
temps de paix, et il ne manque pas dès lors de citer le vice-amiral
Wegener, qui venait de faire paraître le livre qui allait le faire
connaître :
|
Une
politique continentale repose sur une puissance
continentale, une politique mondiale sur une puissance
maritime. Une politique mondiale est donc directement dépendante
de la puissance sur mer et par voie de conséquence liée
aux fonctions qui sont le propre de la puissance
maritime… Si l’armée et la marine sont déjà étroitement
liées en tant que forces associées par le plan d’opérations
commun en temps de guerre, de même la marine et les
Affaires étrangères deviennent jumelles par la stratégie
qu’elles doivent dès le temps de paix pratiquer en
commun, en vue de l’acquisition de la puissance maritime
qui est leur fondement commun 14.
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Plus facile à écrire qu’à
faire, l’auteur ne manque pas de faire remarquer que toute
tentative d’acquérir en temps de paix des points d’appui
pour la flotte eût été considérée par l’Angleterre
comme un casus belli.
- Les
méthodes d’acquisition de la maîtrise de la
mer (chap. V)
O. Groos étudie
successivement deux méthodes :
L’obtention
d’une décision par la bataille - Le blocus.
- I -
L’obtention d’une décision par la
bataille
Si la
destruction de la flotte ennemie restait le
meilleur moyen d’acquérir la maîtrise de
la mer, la guerre mondiale avait montré que
l’accumulation de forces navales de part et
d’autre ne débouchait pas forcément sur la
"bataille décisive", si
l’adversaire se dérobait ou plaçait ses
forces à l’abri d’un point d’appui
fortifié. Il en allait donc tout autrement
que pour la guerre sur terre, où l’armée
ennemie pouvait être acculée à une bataille
d’anéantissement. Ce préambule énoncé,
l’auteur examine les raisons pour lesquelles
on n’en était pas venu sur mer à la
bataille décisive.
La guerre sur
mer allait commencer pour l’Allemagne par
une déception : la flotte anglaise
n’offrira pas la bataille espérée à
proximité de la Baie allemande
Il est caractéristique
de noter que l’ordre d’opérations
allemand pour la mer du Nord, notifié par
l’empereur le 30 juillet 1914, ne préconisait
dans l’immédiat que des opérations de
sous-marins et de guerre des mines pour tenter
de réaliser l’équilibre des forces, Kräfteausgleich.
Ce n’était que cet équilibre une fois
réalisé que l’on pouvait essayer de livrer
bataille dans des conditions favorables. Mais
l’ordre préconisait également que :
Si
auparavant se présentait une occasion
favorable pour combattre, elle devra être
saisie 15.
Nous avons vu
que l’absence de toute coordination armée-marine,
combinée à l’absence d’initiative de
l’état-major de la marine firent que
l’opportunité de livrer bataille dans des
conditions favorables lors de la "course
à la mer" ne sera pas saisie. Comme l’écrit
O. Groos :
Dans
ces circonstances (le
faible écart existant alors entre les forces)
on doit déplorer, que la signification stratégique
du moyen de pression, que représentait la
menace sur le dispositif anglais dans la
Manche, ne fut pas suffisamment reconnue en
son temps du côté allemand, et ne fut également
aucunement évoquée dans l’ordre d’opérations
allemand pour le mer du Nord 16.
L’occasion
favorable offerte par la bataille pour Calais
ne se représentera plus, la stabilisation
intervenue sur le front terrestre, la flotte
anglaise n’avait plus aucune raison de
s’aventurer dans la Manche.
O. Groos
montre ensuite comment les opérations
offensives menées par les croiseurs de
bataille allemands en mer du Nord17
vont certes avoir pour effet de faire sortir
à chaque fois la flotte anglaise de sa réserve,
sans arriver pour autant à provoquer les
rencontres qui auraient amené le résultat
recherché, qui était d’affaiblir
suffisamment les forces ennemies pour
atteindre l’équilibre des forces. Elles
incitèrent par contre l’Amirauté
britannique à modifier l’articulation et le
dispositif de stationnement de la Grand
Fleet 18.
Au printemps
1916, la Hochseeflotte allait
reprendre, sous la nouvelle impulsion donnée
par l’amiral Scheer, ses opérations
offensives avec toujours le même objectif,
qui était d’inciter au combat dans des
conditions favorables une partie des forces
ennemies. Le raid des croiseurs de bataille
sur Yarmouth et Lowestoft, le 24 avril,
n’avait pas atteint le résultat escompté,
les croiseurs de bataille anglais qui avaient
dû regagner leur base pour refaire le plein
de combustible, n’ayant pas eu le temps de réagir.
L’émotion provoquée par le bombardement
des côtes anglaises incita cependant l’Amirauté
à renforcer les forces basées à Rosyth.
Scheer était
conscient toutefois que l’absence de
reconnaissance aérienne pouvait conduire à
un combat dans des conditions défavorables à
proximité des côtes anglaises. C’était la
raison pour laquelle il avait abandonné fin
mai le projet d’opération sur Sunderland,
au profit du raid mené sur la seule route
commerciale à portée de la flotte allemande,
le Skagerrak. C’est ce choix qui allait
provoquer le 31 mai 1916 la bataille du
Jutland (que les Allemands appellent la
bataille du Skagerrak).
O. Groos voit
à juste titre dans cette rencontre le résultat
du regain d’activité de la flotte allemande
et de la nécessité pour l’Amirauté
britannique de ne pas laisser sans punition
l’insulte faite aux côtes anglaises. Il
fait état également de pression exercée par
la Russie, pour inciter la flotte britannique
à rechercher la bataille décisive afin
d’acquérir une maîtrise commune de la mer
en Baltique, nécessaire au ravitaillement des
forces russes en difficulté. Et il impute
l’absence de résultat décisif au fait que :
L’objectif
stratégique en vue, la maîtrise de la mer en
mer Baltique, ne justifiait pas encore pour
les Anglais l’engagement total de leur
flotte 19.
C’est
refaire à Jellicoe le vieux procès d’un
excès de prudence qui l’aurait fait passer
à côté de la victoire et occulter
l’essentiel, à savoir que l’absence de décision
finale fut surtout due au fait que Scheer se
conformant aux ordres sans équivoque de
l’empereur et… au simple bon sens, réussira
à dégager sa flotte, fort imprudemment
hasardée, de l’emprise d’un adversaire
qu’il savait deux fois supérieur20.
Quant à la maîtrise de la mer en Baltique,
il est permis de douter qu’elle ait jamais
figuré dans les objectifs britanniques21,
et il n’est pas du tout certain qu’une
victoire anglaise au Jutland aurait permis de
l’exercer compte tenu des caractéristiques
de cette mer qui se prêtait tout particulièrement
aux formes nouvelles de la guerre sur mer
(mines, sous-marins).
Pour O. Groos,
la défensive stratégique anglaise - il
entendait par là son peu d’empressement à
offrir la bataille - rendait inévitable la
guerre sous-marine illimitée et les pertes
causées aux Alliés par cette forme de guerre
accroissaient les perspectives d’une
rencontre des forces de haute mer. Pour
expliquer pourquoi cette rencontre n’avait
malgré tout pas eu lieu, il avance la raison
suivante :
Que
la guerre sous-marine n’ait en fin de compte
pas suffi, pour contraindre les Anglais à
l’offensive stratégique que nous attendions
tient seulement au fait qu’ils trouvèrent
dans l’acquisition d’un nouvel allié aux
capacités d’aide illimitées, un équivalent,
à vrai dire également un participant assez
peu bienvenu aux fruits de la victoire 22.
L’Allemagne
disposait enfin, à son avis, pour contraindre
l’adversaire à rechercher une décision,
d’un moyen qu’elle n’utilisa pas, car il
ne lui semblait pas crédible, la menace
d’une invasion et de regretter, pour sa
part, que cet invasion bogey, responsable
de tellement de crises d’opinion dans
l’histoire britannique, n’ait pas été
agité.
C’est en
fin de compte pour l’Allemagne qu’une
victoire sur mer rapide était la plus
indispensable :
Dans
notre situation particulièrement défavorable,
l’unique moyen d’acquérir un degré
suffisant de maîtrise de la mer et de
parvenir ainsi à une décision rapide, qui
nous était plus nécessaire qu’aux Anglais,
était la bataille 23.
Et d’énoncer
tous les avantages qu’une victoire sur mer
aurait apporté, rupture du blocus ennemi, rétablissement
des voie de communications commerciales,
interruption de celles de l’adversaire avec
les conséquences stratégiques qui en
auraient résulté, ce qui l’amène à
porter sur la bataille du Jutland (Skagerrak),
un jugement que nous citerons dans son intégralité :
Les
conséquences stratégiques de la bataille du
Skagerrak n’ont pas suffi pour cela, parce
que la bataille en raison de circonstances
tactiques contraires n’a pas pu être livrée
à fond et qu’ainsi une modification
sensible du rapport des forces d’alors ne
put avoir lieu. Elle fut en conséquence
seulement une étape vers la victoire totale.
Mais si la flotte allemande avait été
vaincue dans cette bataille, le commencement
de la guerre sous-marine au commerce
n’aurait plus été possible et peut-être
également la maîtrise de la mer en mer
Baltique et ainsi la guerre eût été déjà
perdue pour l’Allemagne 24.
O. Groos ne
remet ainsi pas plus en cause le mythe de la
victoire allemande au Skagerrak, qui perdurera
jusqu’à fin de la Seconde Guerre mondiale,
qu’il n’avait remis en cause le bien-fondé
du concept tirpitzien initial de
"bataille décisive". Il n’en
insiste pas moins sur le fait que, si la
bataille constituait en de nombreux cas le
seul moyen d’aboutir à la décision, elle
ne devait pas être considérée comme
"une fin en soi".
L’étude
des campagnes du passé et plus particulièrement
celle de la "guerre
anglo-allemande", l’amène en
conclusion à appeler l’attention de son
lecteur sur le fait que davantage encore que
dans la guerre sur terre, la guerre sur mer
implique l’application stricte du principe
de la concentration des forces. Le fait que
pratiquement toute opération exige cette
concentration implique toujours le risque,
volontaire ou non de la part de l’attaquant,
d’une bataille générale.
Il nous paraît
encore caractéristique de la lecture qu’il
fait des opérations de la Première Guerre
mondiale, que soit cité comme exemple de
"rencontre de hasard", Zufallschlacht,
la rencontre qui aurait pu effectivement avoir
lieu, les 25-26 mars 1916, lors de l’opération
aéronavale menée par les Anglais contre la
base de zeppelins de Tondern25.
La bataille du Jutland en constituait pourtant
le type parfait, pour peu que l’on veuille
bien reconnaître la réalité, à savoir que
Scheer, comme il le réaffirmera dans son
rapport à l’empereur, n’avait aucunement
l’intention d’affronter la Grand Fleet
concentrée.
- II - Le
blocus
Si les deux
adversaires ne recherchent pas réciproquement la
bataille, il peut arriver que le plus fort ne
parvienne pas à y contraindre le plus faible. On ne
peut dès lors parler de véritable exercice de la
maîtrise de la mer. Le seul moyen pour le plus fort
de neutraliser le plus faible est alors le blocus.
Pour étudier les
différentes formes qu’il peut prendre, O. Groos
fait à nouveau référence à J.S. Corbett. On se
reportera donc utilement au chapitre que ce dernier
y consacre dans son ouvrage de base26.
Le blocus peut soit
être destiné à s’opposer aux tentatives de
sortie de la flotte adverse - il s’agit alors
d’un "blocus militaire" - soit être
destiné à couper les voies de communications
adverses - il s’agit alors d’un "blocus économique".
Le blocus économique
est une forme de maîtrise de la mer, il est
l’affaire des croiseurs et des croiseurs
auxiliaires27.
Le blocus militaire
peut lui-même revêtir deux formes :
| * |
interdire
à l’adversaire de quitter le port, ce qui
implique de disposer ses propres forces à
proximité immédiate - il s’agit alors
d’un blocus rapproché ; |
| * |
laisser
à l’adversaire la possibilité de quitter
le port, en faisant toutefois en sorte
qu’il soit contraint d’accepter le
combat avec les forces de blocus, s’il
veut atteindre l’objectif pour lequel il a
quitté le port - il s’agit alors d’un
blocus éloigné28. |
Les nouvelles
formes de la guerre sur mer, sous-marins, mines, aéronefs,
l’apparition des liaisons radio ont amené à préférer
le blocus éloigné au blocus rapproché devenu trop
risqué pour le bloqueur. Un mémoire de l’Admiralstab
de mai 1914 jugeait même le blocus rapproché plus
dangereux pour le bloqueur que pour le bloqué.
En mer du Nord,
l’Amirauté anglaise allait en fait être amenée
à combiner les deux types de blocus.
Dès la déclaration
de guerre, la Grand Fleet s’était
transportée à Scapa Flow. Entre autres missions,
elle y exerçait le blocus des issues
septentrionales de la mer du Nord (160 nautiques
entre Norvège et Orkneys, 40 nautiques entre
Orkneys et Shetlands), ce qui revenait à exercer un
blocus éloigné. Elle se déployait aussitôt pour
empêcher, sans grand succès, la sortie dans l’Atlantique
des bâtiments envoyés pour y pratiquer la guerre
au commerce29.
Les péripéties déjà
évoquées de la bataille terrestre allaient amener
la flotte anglaise à intervenir à diverses
reprises dans la partie sud de la mer du Nord et la
Manche, les premières péripéties de la guerre sur
mer, combat d’Helgoland, pertes de bâtiments par
mines ou sous-marins seront liées à chacune de ces
sorties30.
Le 30 octobre, dans
un mémoire qui fera date, Jellicoe tirait les leçons
des premières semaines de guerre : la Grand
Fleet devait se tenir hors de portée du danger
sous-marin, la bataille ne serait offerte que dans
la partie nord de la mer du Nord, ne serait-ce que
pour pouvoir rameuter en temps utile les forces
dispersées par le blocus. Cela revenait à
abandonner en quelque sorte le centre et la partie
sud, cette mesure n’entrant toutefois en vigueur
qu’après la stabilisation du front terrestre.
L’inefficacité
du blocus nord devint bientôt patent, y compris
surtout pour le trafic commercial le long des côtes
de Norvège, en sorte que l’Amirauté eut recours
à une nouveau type de blocus, qui ne rentrait dans
aucune des deux catégories précédentes.
Début octobre,
elle fit procéder au mouillage annoncé d’un
barrage de 1 365 milles carrés qui barrait
pratiquement l’accès à la mer du Nord par la
Manche. Les bâtiments de commerce étaient ainsi
contraints d’emprunter deux étroits chenaux le
long des côtes anglaises et françaises, ce qui
facilitait d’autant leur contrôle. Début
novembre, la mer du Nord fut déclarée "zone
de guerre", les bâtiments de commerce des pays
riverains de la mer du Nord et de la Baltique étaient
invités à emprunter la Manche, ceux se risquant
par la ligne Hébrides-Feroës-Islande étaient réputés
le faire à leurs risques et périls. Comme l’écrit
O. Groos :
|
La
“zone de guerre” fut aussitôt instaurée
par l’Angleterre à la place du blocus
traditionnel pratiqué jusque là, lorsque
son efficacité attendue échoua en raison
des armes modernes (mines, sous-marins) et
des conditions du trafic 31.
|
|
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Le blocus exercé à
distance par la Grand Fleet avait en outre mis
à jour de réelles difficultés d’exécution tenant
à la disponibilité des bâtiments. Il fut complété
et dans certaines conditions même remplacé par un
blocus rapproché des ports allemands, exercé par des
sous-marins et des chalutiers.
L’efficacité de ce
blocus, qui mobilisait des moyens considérables fut
renforcé par le débarquement d’agents, l’usage généralisé
de moyens de communications, la pratique du déchiffrement
des communications ennemies32.
La guerre des mines,
l’activité des sous-marins faisaient cependant que
les eaux britanniques ne bénéficiaient pas vraiment
de la sécurité que le "maître de la mer"
était en droit d’attendre. Les inconvénients du
blocus éloigné allaient être rendus patents par les
opérations menées par les forces de surface
allemandes contre les côtes anglaises qui apportaient
la preuve que le blocus éloigné permettait seulement
d’empêcher une percée de ces forces vers
l’Atlantique.
Les bâtiments
anciens de la flotte de la Manche ne pouvant être
risqués contre des bâtiments plus modernes, comme
l’expérience des Falklands33
l’avait montré, les croiseurs de bataille reçurent
mission de s’opposer à ces incursions, tandis que
la flotte de combat proprement dite restait la plupart
du temps concentrée à Scapa Flow. La tâche de tenir
la ligne de blocus éloigné fut confiée à une
division de croiseurs auxiliaires ne comprenant pas
moins de vingt-quatre bâtiments. Il fallut attendre
1916 cependant pour que le barrage enregistre son
premier succès contre les briseurs de blocus
allemands34.
La liberté de
mouvement de la Hochseeflotte ne commença à
être réellement mise en cause que lorsque l’Amirauté
en réponse à la "Déclaration de zone de
guerre" allemande autour de la Grande-Bretagne et
de l’Irlande35
se résolut à un véritable blocus par mines des eaux
allemandes. En 1915 seulement, 4 498 mines furent
ainsi mouillées dans la Baie allemande.
Des deux côtés, la
liberté d’action respective des forces de surface
et des sous-marins devenait ainsi directement dépendante
de l’efficacité de forces de dragages, qui
tendaient à être de plus en plus nombreuses. Les
barrages eux-mêmes, pour être efficaces, devaient être
surveillés et protégés, ce qui reconstituait à
nouveau les conditions de vulnérabilité d’un
blocus rapproché et créait de nouvelles occasions de
rencontre36.
Des barrages de mines
furent établis plus particulièrement contre les
sous-marins allemands. Le premier fut, en 1915, le
barrage Folkestone-Cap Gris-Nez ; en 1917 ce fut le
barrage Douvres-Calais (4 000 mines en 10 rangées).
L’idée s’imposa bientôt d’un barrage des
issues Nord, mais il fallait résoudre le problème
d’ancrage (fonds de 270 mètres) et celui du nombre
de mines estimé nécessaire : l’invention par
les Américains de la mine à antennes permit de réduire
ce nombre de 400 000 à 100 000.
Devant l’ampleur
prise par cette forme de blocus, qualifiée aussi de
"guerre des mines", la question se posait
naturellement de son impact sur les autres formes de
guerre et donc de son efficacité. O. Groos considère,
exemples à l’appui, que cette forme de guerre n’a
pas vraiment entravé les opérations. Aussi bien les
opérations des forces de surface que des sous-marins
et que les pertes engendrées sont restées dans des
limites raisonnables37 :
|
En
fin de compte le développement du blocus
par mine au cours des années 1917-1918,
avec toutes ses conséquences apparentes,
devait justement montrer à quel point la
conduite de la guerre sur mer s’était éloignée
avec ce moyen de blocus indirect de ses
objectifs propres. Même dans les conditions
de la dernière guerre, exceptionnellement
favorables à ce type de blocus, la dépense
en matériel qui y était liée, n’a pas
été vraiment en rapport avec les résultats
obtenus 38.
|
|
Et O. Groos de
noter que l’issue finale de la guerre ne doit
pas être attribuée au blocus. Des doutes sérieux
furent émis dans le camp anglais lui-même sur
le bien-fondé de ce qu’il appelle la
politique de wait and see de la Grand
Fleet et de l’utilisation quasi exclusive
de ce mode de blocus, dont les effets néfastes
se firent sentir pour certains alliés, la
Russie notamment, privée de sa voie
d’approvisionnement aussi bien avec ses
propres alliés qu’avec les pays scandinaves.
L’affirmation que ce blocus aurait lui-même
contribué à l’effondrement russe, mériterait
toutefois de plus amples investigations.
Et il déclare
en conclusion :
|
En
général l’application du blocus
seul ne suffira pas à provoquer des décisions
stratégiques, si la flotte qui
l’exerce se comporte par ailleurs de
façon passive 39.
|
|
- Les
méthodes pour contester la
maîtrise de la mer (chap.
6)
- I
- La fleet in being,
la flotte dans les opérations
défensives
La
maîtrise de la mer ne
pouvant être exercée que
par le plus fort, le plus
faible, surtout s’il est
en outre désavantagé par
sa position géographique,
ne peut que lutter pour
tenter de mettre en cause
cette maîtrise40.
Etudiant,
après J.S. Corbett auquel
il se réfère à nouveau,
les guerres du passé, O.
Groos s’attache à déterminer
en quelque sorte ce qui
correspond pour lui à une
bonne utilisation du
concept de fleet in
being :
La
leçon de la fleet
in being réside dans
le fait qu’en face
d’un adversaire supérieur
en nombre et qui a besoin
pour l’exécution de ses
plans de la possession
d’une maîtrise
incontestée de la mer, il
convient de lui refuser la
possibilité de l’acquérir
par une bataille décisive,
tandis que notre propre
flotte se conduit certes
de façon défensive, mais
met à profit cependant
toute occasion de lui
infliger des dommages par
des contre-attaques
ininterrompues. Les
limites des possibilités
d’une conduite semblable
de la guerre ne doivent
toutefois jamais être
perdues de vue. Si
l’acquisition de la maîtrise
de la mer constitue un préalable
à défaut duquel la
guerre ne peut être gagnée,
cet objectif ne pourra
jamais être atteint par
une défensive stratégique.
Tout autre comportement mène
à de fausses conclusions,
comme cela est souvent
arrivé en particulier
dans l’histoire maritime
de la France 41.
Une
fois posé ce préalable
que l’on pourrait
intituler, "du bon
usage du concept de fleet
in being", O.
Groos cite encore J.S.
Corbett pour préciser
qu’en ce qui concernait
la France, c’était
moins la stratégie défensive
qui était à critiquer
que la politique qui avait
contraint les amiraux à
"des opérations négatives"
et l’étude du problème
de la marine allemande
durant la guerre mondiale
l’incite à tracer le
parallèle suivant entre
nos deux pays :
Comme
la France, l’Allemagne
est une puissance
continentale avec des
objectifs continentaux,
qui font que les
contraintes militaires
(terrestres) refoulent fréquemment
les contraintes maritimes,
par dessus tout surtout la
politique contraint la
marine à des opérations
défensives, même lorsque
celle-ci possède la
puissance et la capacité
nécessaires à des
frappes offensives 42.
Après
avoir rappelé le rapport
des forces et la position
géographique en défaveur
de la flotte allemande, O.
Groos en arrive à la
critique de l’ordre
d’opérations initial
pour la mer du Nord du 30
juillet 1914 :
Mais
l’ordre d’opérations
de base était dominé par
l’idée que la Baie
allemande était en
quelque sorte une position
défensive, que tôt ou
tard l’adversaire
devrait assaillir, de
sorte qu’il serait
possible de l’affaiblir
par des attaques de sortie 43.
La
tactique de sorties
offensives, d’équilibre
des forces, de bataille
dans des conditions
favorables constitue pour
lui l’erreur typique de
transfert à la guerre sur
mer des concepts de la
guerre sur terre car la
flotte anglaise n’avait
en fait aucune obligation
d’attaquer une position
qui se trouvait placée
"dans un angle
mort"44 :
Une
flotte, qui s’en tient
à cette position, sans se
comporter de façon
offensive, libère de
prime abord pour
l’adversaire toutes les
voie maritimes et lui concède
tout simplement la maîtrise
de la mer, au lieu de la
remettre sans cesse en
question par ses propres
opérations, pour ne pas
s’exclure elle-même de
la conduite de la guerre 45.
En
dépit des pressions dont
il fut l’objet de la
part de Tirpitz46
et des amiraux en charge
de l’Admiralstab et
de la Hochseeflotte 47,
le Kaiser, soucieux de
voir la flotte de haute
mer continuer à assumer
les missions qu’il lui
avait fixé48
et surtout de la conserver
dans sa main comme
instrument politique49,
notifia le 6 octobre
son opposition à toute
sortie d’envergure, lui
interdisant ainsi
d’avoir le comportement
offensif préconisé :
Avec
cet ordre, écrit
O. Groos, était tombée
une des décisions les
plus lourdes de conséquences
de la guerre pour la
flotte et toutes ses
missions positives en tant
que fleet in being limitées
dans une mesure telle
qu’elle ne put jamais réaliser
l’équilibre des forces,
Kräfteausgleich, attendu 50.
O.
Groos ne dénie cependant
pas tout effet à cette fleet
in being, l’Amirauté
renoncera à toute opération
de débarquement de grand
style, car :
Elle
croyait ne pouvoir
sacrifier aucune partie de
sa grande flotte, aussi
longtemps que la flotte
allemande se tenait devant
Helgoland prête au combat 51.
Le
nouveau projet, présenté
par Fisher, de débarquement
dans les Belts, accompagné
du programme de
construction de bâtiments
de débarquement adéquats
ne fut pas retenu. Il était
pourtant destiné à
permettre à la flotte
anglaise de pénétrer en
Baltique, pour assurer le
soutien en matériel de la
Russie et couper les
exportations de fer de la
Suède, sans lesquelles
l’Allemagne n’était
pas en état de poursuivre
la guerre.
L’effet
stratégique de fleet
in being ne resta pas
limité à la mer du Nord
et à la Baltique :
l’opération des
Dardanelles dut sans doute
son échec au refus de détacher
des forces trop
importantes. Il ne fut
cependant pas décisif
pour l’issue de la
guerre :
Quels
qu’aient pu être ces
effets de la fleet
in being allemande,
elles n’obtinrent pas
une signification
positive, réellement décisive
pour la guerre, car aucun
d’entre eux n’enleva
à la flotte anglaise la
supériorité numérique,
qui lui permettait à elle
seule le maintien du
blocus commercial 52.
La
flotte allemande laissa
ainsi passer, sans le
savoir, l’époque
favorable où le rapport
des forces n’était pas
trop défavorable (22/17
pour les grands bâtiments),
ce rapport ira ensuite en
se dégradant, sans que la
tactique de sorties
offensives y puisse
quelque chose, pour
atteindre 35/21 en octobre
1915.
Malgré
l’Admiralstab qui
avait compris les
opportunités que
pouvaient offrir en mer du
Nord la fixation de forces
britanniques importantes
par la guerre sous-marine
et l’opération des
Dardanelles, et qui
estimait donc que celle-ci
devait demeurer le centre
de gravité des opérations
de la Hochseeflotte,
le successeur d’Ingenohl,
l’amiral Pohl, lui
chercha un nouveau champ
d’activité en mer
Baltique.
Le
manque de coordination
stratégique avec l’armée
de terre fit cependant que
l’opération exécutée
en baie de Riga, en août
1916, se limita à une démonstration
sans grande signification
de la flotte : le
Grand Quartier général,
pourtant demandeur en
l’occurrence, n’avait
pas jugé utile
d’engager une opération
terrestre.
En
1916, différents facteurs
allaient jouer en faveur
d’une plus grande
activité de la flotte :
le gel des fronts
terrestres, les difficultés
de la situation économique
de l’Allemagne, l’échec
des tentatives de négociation
avec l’Angleterre. Mais
c’était la désignation,
le 24 janvier, de
l’amiral Scheer comme
nouveau commandant en chef
de la Hochseeflotte,
qui constituerait le
principal facteur de
changement :
C’est
seulement sous son
pavillon qu’elle reçut
le véritable caractère
d’une fleet
in being 53.
Tout
en constatant que le
rapport de force existant
ne permettait pas "de
rechercher dans des
conditions favorables la
bataille décisive contre
la flotte anglaise
rassemblée", Scheer
n’en préconisait pas
moins dans sa première
directive "une action
constante planifiée sur
l’ennemi" destinée
à le contraindre à
"sortir de son
attitude réservée et à
avancer certaines forces,
qui offriraient des
conditions favorables
d’attaque54".
C’était
procéder à une relance
plus dynamique de la
tactique d’"équilibre
des forces", Ausgleichtaktik,
par d’autres moyens.
L’originalité de Scheer
sera l’accent mis sur
une étroite coordination
des moyens et
l’utilisation systématique
de la reconnaissance aérienne
par dirigeables, afin d’éviter,
comme le combat du
Doggerbank l’avait montré,
les surprises désagréables.
Des
actions offensives étaient
envisagées contre les
forces ennemies sur le
Hofden et le Dogger Bank
et contre le commerce
ennemi dans le Skagerrak.
Des circonstances diverses
firent que ces opérations,
souvent en
"opposition de
phase" avec celles de
la flotte britannique55,
n’obtinrent pas le résultat
escompté.
Les
restrictions mises fin
avril par l’Admiralstab
à l’utilisation des
sous-marins pour la guerre
au commerce56,
incitèrent Scheer à
rappeler les sous-marins
en opération et à les
affecter au soutien des opérations
de la flotte. C’est
ainsi que seize
sous-marins avaient pu être
déployés, à partir du
23 mai 1916, devant les
ports de sortie de la Grand
Fleet, pour à la fois
signaler son appareillage
et lui porter les premiers
coups57.
Les
circonstances qui ont amené
la bataille du
Jutland-Skagerrak ayant été
précédemment décrites
(chapitre V), O. Groos se
borne à donner sur la
bataille une appréciation
que nous ne pouvons mieux
faire que de citer dans
son intégralité (caractères
gras inclus) :
L’amiral
Scheer parvint cependant,
grâce à la supériorité
tactique technique et en
efficacité de tir de ses
forces si inférieures en
nombre, à se soustraire
en temps voulu à
l’encerclement par toute
la flotte anglaise dont il
était menacé, et à
conserver non seulement la
flotte de haute mer
allemande presque
inaffaiblie en nombre en
tant que fleet
in being, mais à
infliger aussi par surcroît
à l’adversaire des
pertes qui étaient deux
fois supérieures aux
siennes. Si, à
l’encontre de cela, une
défaite allemande décisive
était survenue, l’Angleterre
et ses alliés auraient dès
lors atteint leurs
objectifs de guerre. Avec
une victoire au Skagerrak,
la maîtrise de la mer en
Baltique serait revenue à
l'Angleterre, par la mer
Baltique devenue libre la
Russie aurait reçu des
puissances occidentales
toute l’aide nécessaire
pour éviter
l’effondrement de son
armée, et pour l’Allemagne
l’introduction de la
guerre sous-marine de
1917-1918 n’aurait pas
été possible 58.
La guerre aurait dès ce
moment là été perdue
pour l’Allemagne. Même
la rencontre avec la
flotte anglaise toute entière
n’a pas pu enlever à la
flotte allemande son
caractère de fleet in
being. Elle demeura
suffisamment forte, pour
infliger en situation défensive
des coups puissants et
interdire à
l’adversaire une défaite
rapide de l’Allemagne 59.
L’opération
menée dès le 19 août
sur Sunderland montrait
que la Hochseeflotte n’avait
rien perdu de son caractère
offensif. Une erreur
d’identification des
forces aériennes d’éclairage
entraîna un arrêt prématuré
de l’opération, mais
les sous-marins disposés
cette fois en flanquement
coulèrent deux croiseurs
anglais. Du côté
allemand, l’opération
avait démontré la
possibilité de coopération
de la flotte de haute mer
avec des dirigeables et
des sous-marins. Les
pertes encore éprouvées
du côté anglais amenèrent
l’Amirauté et Jellicoe
à tomber d’accord sur
le fait que :
La
Grand
Fleet ne devrait à
l’avenir être engagée
dans sa totalité que dans
le seul cas d’une
invasion allemande menaçante 60.
Du
20 août à la fin de
1916, la flotte anglaise
ne descendra plus au
dessous du parallèle du
Firth of Forth.
C’est
en fin de compte la
reprise, à partir
d’octobre, de la guerre
sous-marine au commerce
qui, privant la flotte du
soutien des sous-marins,
entraînera l’arrêt
pratique des grandes
sorties de la Hochseeflotte,
marquées encore
cependant, le 23 avril
1918, par une opération
contre le convoi de
Bergen.
O.
Groos tire de la façon
suivante la conclusion de
ce chapitre :
Lors
de la dernière guerre,
l’Allemagne a sans aucun
doute laissé échapper, dès
le début de celle-ci, des
occasions favorables de
frapper, pour priver ainsi
l’Angleterre de la supériorité
en nombre pour les grands
bâtiments, qui lui
permettait seul le
maintien du blocus
commercial 61.
- II
- Les opérations
d’importance
secondaire
O.
Groos poursuit son étude des méthodes
pour contester la maîtrise de
la mer par l’étude de ce
qu’il nomme "les opérations
d’importance secondaire",
ce qui l’amène à évoquer le
problème de ce que les
Allemands appellent "la
petite guerre", Kleinkrieg 62.
|
La
petite guerre a
toujours exercé une
certaine force
d’attraction sur le
plus faible de deux
belligérants. Lorsque
une puissance se
trouvait si inférieure
en nombre, qu’elle
ne pouvait même espérer
mettre en cause par sa
flotte la maîtrise de
la mer du plus fort,
il lui restait
toujours encore
l’espoir,
d’obtenir par des opérations
de “petite guerre”
des succès contre des
éléments des forces
adverses et de réaliser
de cette façon un équilibre
des forces,
Kräfteausgleich 63.
|
|
|
Après
avoir démythifié l’attaque
japonaise de Port-Arthur, dont le
résultat a été quelque peu
surestimé, il en arrive à la
guerre mondiale pour noter
d’abord la crainte réelle
ressentie par l’Amirauté
anglaise, durant toute la période
de tension, d’une attaque
surprise allemande, crainte qui ne
cessa qu’avec l’appareillage dès
le 30 juillet pour Scapa Flow.
Tout
en émettant de sérieuses réserves
sur la probabilité, voire
l’efficacité de ce genre
d’attaque surprise, O. Groos
exclue cependant d’autant la
possibilité d’un tel
comportement dans une guerre
future, que "le vecteur le
plus efficace de la torpille ne
sera peut-être plus le torpilleur
mais l’avion torpilleur, lequel,
avec une vitesse beaucoup plus
considérable et en beaucoup plus
grand nombre que les torpilleurs,
est capable de couvrir de plus
grands espaces dans un temps plus
court et est donc particulièrement
adapté à ce genre d’attaque.
La responsabilité assumée par
l’homme politique qui permettra
une telle attaque est, malgré
tous les progrès techniques, restée
la même, sinon même devenue plus
importante que jusqu’à présent" 64.
Après
ce préambule prophétique, O.
Groos étudie les raisons pour
lesquelles la marine allemande
n’était pas parvenue, malgré
des succès initiaux
spectaculaires65,
à réaliser en 1914 le Kräfteausgleich
recherché.
En
ce qui concernait les mines, les
moyens de mouillage étaient
insuffisants66,
l’efficacité des barrages, généralement
rapidement détectés, fut
surestimé. Des parades furent
mises en place, les mines draguées,
voire intégrées dans le
dispositif de protection. Les
mines manquèrent généralement
l’effet recherché quand elles
ne furent pas mouillées en
liaison avec une grande opération
destinée à attirer les forces
ennemies dessus. L’usage fait
par les Anglais de ce type
d’armes montrait qu’il était
davantage adapté au blocus
proprement dit.
Le
sous-marin constituait pour sa
part une arme nouvelle et les
sous-marins allemands étaient supérieurs
en nombre et en qualité. Le
commandement de la marine crut
avoir dans sa main l’arme idéale
du Kräfteausgleich. La
guerre commença par une opération
qui témoignait de la façon dont
son emploi contre les bâtiments
de surface avait été surestimé.
Dix sous-marins, le tiers des bâtiments
disponibles avaient été envoyés
à la recherche de la flotte
britannique jusqu’à hauteur des
Orkneys. L’échec fut complet,
deux sous-marins furent perdus,
les autres n’aperçurent rien.
Les résultats obtenus ensuite,
pour spectaculaires qu’ils étaient,
le furent contre des bâtiments
anciens, lents et pas protégés
du tout contre ce type
d’attaque. Le sous-marin s’avérait
peu apte à découvrir
l’adversaire, sa faible vitesse
ne facilitait pas sa manœuvre
d’attaque, surtout dès que les
bâtiments déguisèrent systématiquement
leurs routes en employant la
tactique de zigzags :
|
Il
était dans la nature de
l’arme sous-marine
que, lorsque la tactique
des bâtiments de
surface eut commencé à
s’adapter à ce
nouveau danger, les succès
contre des bâtiments de
guerre devinrent
toujours plus rares 67.
|
|
Le
sous-marin avait certes sa
place dans la flotte de
combat, mais il avait montré
qu’il ne remplaçait pas
les autres armes.
Le
premiers succès obtenu (les
trois croiseur-cuirassés
coulés) avait toutefois eu
un effet stratégique
certain : les Anglais
n’envisagèrent plus par
exemple d’utiliser en mer
du Nord les bâtiments
anciens de la flotte de la
Manche, comme cela avait été
initialement prévu, les
grands bâtiments anciens
furent même retirés du
service de patrouille, mais
la marine allemande ne mit
pas à profit les possibilités
d’attaque en Manche ainsi
offertes. Il eut aussi un
effet stratégique négatif :
|
Il
renforça encore
pour une plus
longue période la
surestimation des
sous-marins dans
leur capacité
d’obtenir l’équilibre
des forces, et détourna
de la seule décision
justifiée,
octroyer à la Hochseeflotte
elle-même,
aussitôt que
possible, sa
liberté
d’action pour
rechercher la décision
par la bataille 68.
|
|
La
déception finalement
ressentie de
l’utilisation du
sous-marin pour l’équilibre
des forces va
contribuer, pour une
large part, à
utiliser le sous-marin
dès 1915, presque
exclusivement pour la
guerre au commerce.
O.
Groos refuse cependant
de conclure à l’échec
complet de la Kleinkrieg :
|
S’il
allait être
ainsi établi
que les
sous-marins
et les
mouilleurs
de mines ne
pouvaient
jamais,
compte tenu
de
l’attitude
de réserve
de la
flotte, réaliser
à eux seuls
l’équilibre
des forces
recherché,
il ne
faudrait en
aucune façon
méconnaître
les effets
indirects
importants
que ce mode
de conduite
de la guerre
a eus 69.
|
|
En
se basant sur les
déclarations de
Jellicoe lui-même,
il apparaît que
le danger ressenti
pour les grands bâtiments
de combat par
l’activité des
sous-marins et des
mouilleurs de
mines, contraignit
la flotte anglaise
à toute une série
de mesures qui
représentaient
autant de
contraintes pour
son activité. La
nécessité
d’avoir recours
en permanence à
des destroyers, en
nombre insuffisant
au début et au
rayon d’action
limité,
restreignit à la
partie nord de la
mer du Nord
l’activité de
la flotte. La présence
de mines dans les
parties centre et
sud entraîna
l’obligation de
ne s’y risquer
que sous la
protection de
forces de dragage,
qui restreignaient
la vitesse de
transit,
accroissant ainsi
la vulnérabilité
aux attaques de
sous-marins.
Il
fallait aussi,
contrairement à
ce que pensait
l’opinion
publique anglaise,
résister à la
tentation d’une
stratégie plus
offensive, qui
impliquait pour
les grands bâtiments
un risque
inacceptable. C’était
en outre le
comportement que
devait
certainement
escompter
l’adversaire.
Et
O. Groos de
conclure :
|
La
guerre
allemande
menée
par
sous-marins
et
mouilleurs
de mines
a en
fait
atteint
le résultat
que les
forces
anglaises
furent
refoulées
toujours
plus
loin des
bases
allemandes.
Elle
n’aurait
pu
cependant
réussir
à
obtenir
une
efficacité
stratégique
de plus
grande
signification
que si
la
liberté
d’action
ainsi
obtenue
par la
flotte
allemande
dans les
parties
centre
et sud
de la
mer du
Nord
avait été
utilisée
en conséquence 70.
|
|
Il
note en
outre que
l’espoir
allemand,
basé sur
les
conceptions
de
"l’école
continentale
napoléonienne",
de voir
l’adversaire
mettre à
profit sa
supériorité
en nombre
pour venir
offrir la
bataille décisive
ne pouvait
qu’être déçu.
L’amirauté
britannique
en revenait
au contraire
à "la
tactique manœuvrière
de l’époque
nelsonienne".
Tandis que
la guerre
sur terre se
caractérisait
par un
"combat
à la vie à
la
mort",
la guerre
sur mer
voyait
s’instaurer
une
situation
qui ne
pouvait
qu’être
profitable
sur la durée
à la
conduite
anglaise de
la guerre.
- Méthodes
pour
user
de
la
maîtrise
de
la
mer
(chap. 7)
Se
référant
encore
à
Corbett,
O.
Groos
désigne
ainsi
les
méthodes
qui
ne
visent
pas
à
l’obtention
de
la
maîtrise
de
la
mer
par
une
action
directe
contre
la
flotte
ennemie,
mais
au
contrôle
des
communications
maritimes
pour
son
propre
compte
ou
au
détriment
de
l’adversaire :
sûreté
ou
perturbation
du
transport
d’un
corps
expéditionnaire,
interdiction
d’une
invasion,
protection
du
commerce
ou
perturbation
de
celui
de
l’ennemi.
Et
il
note
que,
bien
qu’il
s’agisse
d’opérations
militairement
considérées
comme
secondaires,
elles
ont
revêtu
durant
la
dernière
guerre
une
importance
bien
plus
considérable
que
celles
destinées
à
obtenir
par
la
bataille
la
maîtrise
de
la
mer.
Il
insiste
sur
le
lien
étroit
qui
doit
exister
entre
obtention
et
usage
de
la
maîtrise
de
la
mer,
même
s’il
s’agit
d’opérations
différentes
et
conclut
enfin :
La
guerre
doit
toujours
être
considérée
comme
un
tout.
Elle
englobe
de
façon
identique
des
facteurs
maritimes,
militaires,
politiques,
économiques
et
moraux,
et
ainsi
la
guerre
sur
mer
ne
peut
elle
aussi
atteindre
son
objectif,
que
si
elle
prend
en
considération
les
autres 71.
- I
-
La
guerre
de
croiseurs,
la
guerre
au
commerce
et
la
protection
du
commerce
72
L’auteur
se
réfère
pour
ce
chapitre
au
volume
correspondant
de
l’Admiralstabwerke,
rédigé
en
1922
par
le
futur
grand
amiral
Eric
Raeder73.
Depuis
les
guerres
napoléoniennes,
les
conditions
économiques
se
sont
profondément
modifiées,
les
intérêts
économiques
des
nations
sont
de
plus
en
plus
imbriqués
et
dépendants
du
commerce
outre-mer,
ce
qui
amène
à
une
nouvelle
évaluation
de
l’importance
de
la
guerre
menée
contre
ce
commerce.
L’Angleterre
avait
disposé
outre-mer
d’une
flotte
importante
de
croiseurs74,
avant
que
la
menace
allemande
ne
la
fasse
revenir
au
concept
d’une
flotte
de
combat
concentrée
dans
les
eaux
métropolitaines75.
L’Allemagne
elle
même
avait
envisagé
dans
les
années
1890
une
flotte
de
croiseurs,
Kreuzerflotte,
avant
que
le
choix
imposé
par
Tirpitz
d’une
flotte
de
combat,
Schlachtflotte,
n’entraîne
l’abandon
de
la
construction
de
croiseurs
spécialement
conçus
pour
la
guerre
de
croiseur,
Kreuzerkrieg.
Tirpitz
avait
bien
envisagé
la
constitution
à
Wilhelmshafen
d’une
escadre
de
croiseurs
destiné
à
la
guerre
au
commerce
mais,
faute
de
point
d’appui
outre-mer,
ce
type
de
guerre
fut
plutôt
sous-estimé
en
Allemagne76.
O.
Groos
relève
d’abord
que
la
guerre
de
croiseurs
ne
peut
être
vraiment
décisive
que
lorsqu’elle
s’appuie
sur
la
supériorité
de
sa
propre
flotte.
Son
importance
en
outre
réside
tout
autant
dans
les
coups
portés
au
commerce
de
l’adversaire
que
dans
l’effet
de
diversion
obtenu
en
contraignant
l’adversaire
à
retirer
des
forces
du
théâtre
d’opérations
principal
pour
assurer
la
protection
du
commerce
menacé.
Il
considère
que
les
perspectives
de
ce
type
de
guerre
sont
maintenant
moins
favorables
que
du
temps
de
la
marine
à
voile,
la
navigation
à
vapeur
ayant
entraîné
la
concentration
du
trafic
sur
des
voies
maritimes
et
des
points
de
convergence
obligée,
de
sorte
que
si
le
croiseur
trouve
plus
facilement
ses
proies,
ces
dernières
sont
aussi
plus
faciles
à
protéger,
d’autant
que
l’usage
de
la
radiotélégraphie
permet
une
localisation
plus
rapide
et
plus
précise
de
l’agresseur.
Le
corsaire
est
enfin
tributaire
des
servitudes
de
ravitaillement
en
combustible
et
de
réparations.
La
protection
des
voies
de
communications
maritimes
n’en
constitue
pas
moins,
comme
les
Anglais
en
ont
fait
l’expérience,
une
lourde
tâche :
il
faut
pour
y
réussir
disposer
de
forces
importantes
aux
différents
points
névralgiques
et
avoir
recours
au
système
des
convois.
La
guerre
mondiale
ne
constitue
pas
un
bon
exemple
de
mise
en
œuvre
de
la
Kreuzerkrieg
car
l’Allemagne
était
elle-même
dans
une
situation
particulièrement
désavantageuse :
aucun
pays
ne
pouvait
être
plus
facilement
coupé
des
différentes
mers
du
globe.
Ceci
explique
l’importance
secondaire
donnée
par
la
marine
allemande
à
ce
type
de
guerre
et
la
priorité
donnée
au
théâtre
d’opérations
de
la
mer
du
Nord.
L’état-major
de
la
marine,
l’Admiralstab,
avait,
pour
le
ravitaillement
des
croiseurs
outre-mer,
mis
en
place
toute
une
organisation
fondée
sur
le
bon
fonctionnement
dans
les
pays
espérés
neutres
de
"stations
d’étapes",
Etappenstation 77.
Elle
fonctionna
effectivement
de
façon
tout
à
fait
remarquable
durant
un
certain
temps.
Mais
elle
était
dépendante
du
bon
vouloir
des
différents
pays
neutres,
lui-même
fonction
de
la
considération
ou
de
la
crainte
que
l’Allemagne
inspirait :
Avec
la
perte
du
prestige
allemand,
due
à
l’attitude
de
réserve
observée
par
la
Flotte
de
haute
mer,
l’état
d’esprit
des
Neutres,
dans
tout
ce
qui
concernait
la
guerre
sur
mer,
évolua
tellement
en
faveur
de
l’Angleterre,
que
le
soutien
des
bâtiments
allemands
par
toutes
les
“stations
d’étapes”
réparties
sur
tous
les
continents
fut
rendu
bientôt
impossible78.
Des
croiseurs
comme
l’Emden
et
le
Karlsruhe
n’en
accomplirent
pas
moins
des
prestations
remarquables.
Pour
ce
qui
était
de
l’Escadre
de
croiseurs
d’Extrême-Orient,
das
Kreuzergeschwader,
son
arrivée
sur
la
côte
du
Chili
après
trois
mois
de
navigation
dans
les
mers
du
Sud
constituait
en
elle-même
un
exploit,
mais
son
chef,
le
vice-amiral
Graf
von
Spee,
se
trouvait
alors
placé
devant
un
choix
difficile :
Faute
de
pouvoir
agir
de
façon
décisive
pour
la
guerre,
placé
à
un
poste
perdu,
confiant
dans
la
puissance
de
combat
de
ses
croiseurs-cuirassés,
il
préféra
d’amples
dommages
militaires
infligés
à
l’ennemi,
aux
perspectives
incertaines
de
la
guerre
au
commerce 79.
Et
O.
Groos
de
rappeler
que,
quel
que
soit
le
jugement
que
l’on
peut
porter
sur
ce
"renoncement
à
la
guerre
au
commerce
dans
le
cadre
d’une
conduite
globale
de
la
guerre",
il
doit
être
crédité
de
la
victoire
du
Cap
Coronel80.
Mais
il
insiste
surtout
sur
le
fait
que
son
activité
contraignit
l’adversaire
à
mettre
en
œuvre
pas
moins
de
cinq
escadres
de
toutes
nationalités
et
à
détacher
de
la
Grand
Fleet
trois
croiseurs
de
bataille.
Cette
dernière
mesure
resta
cependant
ignorée
aussi
bien
de
l’Admiralstab
que
du
chef
de
la
Kreuzergeschwader 81,
mais
l’absence
d’activité
de
la
Hochseeflotte
n’était
pas
faite
pour
dissuader
l’Amirauté
de
procéder
à
ce
détachement :
Cette
réserve
manifestée
durant
la
conduite
de
la
guerre
au
commerce
par
les
forces
de
combat
constitua
une
lourde
erreur
stratégique 82.
O.
Groos
condamne
cependant
l’opération
de
Spee
contre
les
Falklands,
qui
ne
relevait
d’aucune
nécessité,
alors
que
son
apparition
sur
la
côte
orientale
d’Amérique
du
Sud
aurait
produit
un
puissant
effet
de
diversion.
La
destruction
de
l’escadre
de
Spee
redonnait
à
l’Angleterre
sa
totale
liberté
d’action,
le
détachement
à
partir
de
la
métropole
de
croiseurs
auxiliaires
devait
cependant
encore
valoir
à
la
Kreuzerkrieg
quelques
succès
spectaculaires83.
Contrairement
aux
croiseurs
qui
pouvaient
s’appuyer
sur
l’organisation
mise
en
place
par
l’Admiralstab,
les
croiseurs
auxiliaires
étaient
entièrement
livrés
à
eux-mêmes,
les
résultats
qu’ils
obtinrent
est
bien
la
preuve,
selon
O.
Groos,
que
la
guerre
au
commerce
pouvait
être
conduite
aussi
bien
que
du
temps
de
la
marine
à
voile84.
Mais
leur
action
n’en
va
pas
moins
être
quelque
peu
occultée
par
l’apparition
d’un
moyen
de
guerre
nouveau :
Lorsqu’ils
reprirent
leur
activité,
les
regards
du
monde
étaient
déjà
tournés
vers
tout
autre
chose,
car
depuis
le
printemps
1915
la
guerre
de
croiseurs
avait
par
l’utilisation
du
sous-marin
pris
des
formes
et
une
ampleur,
qui
allèrent
loin
au
delà
de
ce
qui
avait
été
jamais
vécu 85.
Il
nous
paraît
tout
à
fait
significatif
qu’O.
Groos
ne
distingue
encore
dans
le
sous-marin
qu’un
aspect
particulier,
simplement
plus
efficace,
de
la
Kreuzerkrieg.
Malgré
les
enseignements
de
la
Première
Guerre
mondiale
qu’il
va
maintenant
dégager,
le
sous-marin
n’est
encore
considéré,
comme
à
ses
débuts,
que
comme
un
"torpilleur
sous-marin"
pour
l’attaque
des
bâtiments
de
surface
ou
comme
un
"croiseur
sous-marin"
pour
l’attaque
du
commerce86.
Si
le
sous-marin
avait
déçu
dans
sa
capacité
à
attaquer
les
bâtiments
de
surface
(le
"torpilleur
sous-marin"),
son
autonomie
avait
prouvé
sa
capacité
à
menacer
les
routes
maritimes
(le
"croiseur
sous-marin").
Sa
mise
en
œuvre
souffrait
toutefois
d’un
handicap :
il
n’existait
pas
de
règle
de
droit
international
adaptée
à
la
guerre
au
commerce
menée
par
sous-marin
(maintenant
O.
Groos
utilise
l’expression
U-Bootshandelskrieg),
tout
simplement
parce
que,
lorsque
ces
règles
avaient
été
établies,
personne
n’avait
prévu
ce
type
de
guerre87.
O.
Groos
considère
qu’en
déclarant
la
mer
du
Nord
"Zone
de
guerre"
par
les
déclarations
de
Londres
d’août
et
octobre
1914
et
celle
de
novembre,
l’Angleterre
adaptait
les
règles
internationales
à
sa
conception
de
la
conduite
de
la
guerre.
L’Allemagne
se
devait
d’opposer
"le
blocus
au
blocus",
mais
elle
attendra
le
4
février
1915
pour
le
faire
par
sa
propre
"Déclaration
de
zone
de
guerre",
Kriegsgebietserklärung,
autour
de
la
Grande-Bretagne
et
de
l’Irlande
et
dans
la
Manche :
Avec
cette
déclaration,
la
guerre
sur
mer
se
trouvait
à
un
tournant
de
la
plus
grande
importance
stratégique
car,
à
l’encontre
de
toutes
les
doctrines
de
l’époque
qui
avait
précédé
la
guerre,
la
guerre
au
commerce
passait
d’une
entreprise
secondaire
de
guerre,
dont
on
pouvait
tout
au
plus
espérer
un
effet
de
diversion
militaire
et
économique,
à
une
arme
somme
toute
décisive,
à
la
mise
en
œuvre
de
laquelle,
en
pleine
conscience
de
l’objectif
et
sans
user
de
ménagement,
toutes
les
autres
tâches
de
la
guerre
comme
aussi
bien
de
la
politique
auraient
dû
dès
lors
être
subordonnées 88.
O.
Groos
considère,
pour
le
déplorer,
que
les
conséquences
de
cette
guerre
au
ravitaillement,
qui
devait
être
conduite
jusqu’à
l’épuisement
de
l’adversaire,
n’ont
pas
été
bien
perçues
dans
une
Allemagne
où
le
concept
d’une
guerre
entre
des
forces
militaires
prévalait
encore
sur
celui
d’une
guerre
entre
les
peuples
réglementée,
elle,
par
les
conventions
internationales.
Les
limitations
apportées,
du
fait
des
protestations
des
Neutres,
à
l’utilisation
de
la
guerre
sous-marine
doivent
être
prises
en
compte
pour
juger
de
son
efficacité
stratégique,
car :
Dès
le
début
et
d’une
façon
constante,
l’attitude
de
faiblesse
de
la
politique
rendit
sa
pleine
application
impossible
pour
la
marine 89.
L’année
1915
va
effectivement
être
caractérisée
par
des
consignes
d’application
très
stricte
de
l’"Ordre
de
prise".
En
dépit
des
restrictions
ainsi
apportées
à
l’emploi
des
sous-marins
et
du
petit
nombre
de
bâtiments
disponibles
(une
trentaine),
les
premiers
résultats
furent
très
satisfaisants,
qu’il
s’agisse
de
la
limitation
apportée
au
trafic
marchand
ou
de
la
hausse
des
taux
d’assurance.
Les
protestations
émises
par
les
Etats-Unis
lors
du
torpillage,
le
9 mai 1915,
du
Lusitania
amenèrent
un
renforcement
des
restrictions,
concernant
notamment
les
navires
à
passagers,
même
ennemis.
De
nouvelles
protestations
américaines
amenèrent
l’arrêt
des
attaques
autour
des
côtes
anglaises.
Les
résultats
obtenus
ne
pouvaient
que
décroître,
alors
même
que
le
nombre
des
sous-marins
opérationnels
augmentait
et
que
les
véritables
moyens
de
défense
étaient
inexistants :
Ce
n’était
pas
le
nombre
restreint
des
sous-marins
mais
le
poids
immédiat
des
entraves
politiques
qui
a
conduit
à
l’échec
la
guerre
sous-marine
en
1915 90.
La
situation
n’allait
guère
s’améliorer
durant
l’année
1916,
alors
même
que
le
nombre
des
sous-marins
opérationnels
atteignait
le
chiffre
de
68
(100
sous-marins
furent
mis
en
service
de
mars
à
décembre)
tandis
que
les
moyens
de
lutte
en
étaient
toujours
au
stade
de
projet
ou
d’essai :
C’est
ainsi
que
fut
définitivement
dépassé
le
moment
décisif
pour
la
mise
en
œuvre
d’un
moyen
de
guerre,
qui
s’était
révélé
comme
le
plus
efficace
pour
une
Allemagne
contrainte
à
la
guerre
économique,
car
toutes
les
circonstances
plaidaient
au
printemps
1916
pour
une
conduite
décidée
de
la
guerre
sous-marine
au
commerce 91.
A
la
fin
de
1916,
après
le
rejet
des
propositions
de
paix
allemandes,
la
guerre
sous-marine
à
outrance
apparaissait
aussi
bien
au
pouvoir
politique
qu’à
l’armée
et
à
la
marine
comme
l’ultima
ratio
pour
parvenir
à
la
paix.
De
février
1917,
date
de
la
proclamation
de
la
guerre
sous-marine
à
outrance,
jusqu’à
octobre
1917,
pas
moins
de
127
sous-marins
étaient
simultanément
opérationnels,
mais
les
conditions
avaient
sensiblement
évolué
en
faveur
des
Alliés
dans
l’intervalle,
qu’il
s’agisse
de
l’utilisation
des
premières
armes
de
défense
ou
surtout
de
l’organisation
de
convois,
pour
lesquels
l’entrée
en
guerre
des
Etats-Unis
permettait
de
disposer
désormais
des
bâtiments
d’escorte
indispensables.
O.
Groos
met
enfin
l’accent
sur
un
aspect
déterminant
de
cette
lutte :
Ce
qui
se
jouait
dans
ces
combats
gigantesques
de
la
guerre
sous-marine
au
commerce
en
1917,
n’était
rien
d’autre
que
le
combat
pour
la
capacité
de
fret
mondial,
derrière
lequel
toutes
les
autres
formes
encore
si
violentes
de
la
guerre
perdaient
de
leur
signification
stratégique 92.
Les
puissances
occidentales
et
les
Etats-Unis
en
étaient
tout
à
fait
conscients
et
unirent
leurs
capacités
industrielles
et
techniques,
ce
qui
fut
sensible
également
dans
le
domaine
des
moyens
de
défense.
En
1918,
le
tonnage
coulé
ira
en
diminuant,
tandis
que
le
nombre
de
sous-marins
perdus
ne
cessera
de
s’accroître93.
O.
Groos
tire
les
conclusions
de
ce
type
de
guerre :
Le
sous-marin
a
été
après
la
guerre
mis
à
l’index
comme
moyen
de
guerre
au
commerce
par
les
conventions
internationales
de
la
Conférence
du
désarmement
de
Washington,
c’est
bien
la
preuve
des
dégâts
considérables
infligés
à
des
puissances
maritimes
supérieures
en
bâtiments
de
surface.
Il
faut
qu’il
soit
supprimé
en
tant
qu’arme
du
plus
faible,
dans
le
combat
pour
la
liberté
des
mers
et
contre
le
monopole
de
la
maîtrise
des
mers
exercé
par
les
grandes
puissances
maritimes 94.
Il
fait
remarquer
qu’il
s’agit
cependant
d’un
moyen
de
lutte
qui
a
causé
moins
de
pertes
que
la
guerre
sur
terre
et
le
"blocus
de
la
faim",
Hungerblockade,
et
qu’il
n’existe
aucun
motif
de
le
considérer
comme
un
moyen
de
guerre
cruel.
Le
sous-marin
- il
revient
sur
ce
point -
est
l’arme
privilégiée
du
plus
faible,
surtout
lorsque
celui-ci
se
trouve
dans
une
"position
géographique"
qui
lui
est
défavorable,
mais
elle
ne
restera
peut-être
pas
la
seule :
Un
rôle
plus
important
qu’au
sous-marin
reviendra
peut-être
dans
une
guerre
future
au
bâtiment
de
surface,
au
type
de
croiseur
qui,
grâce
à
l’utilisation
de
moteurs
modernes,
aura
un
rayon
d’action
proche
de
celui
du
sous-marin 95.
Et
il
prédit
que
la
signification
stratégique
de
ce
type
de
Kreuzerkrieg
dans
une
conduite
globale
de
la
guerre,
Gesamtkriegführung,
pourrait
avoir
une
importance
beaucoup
plus
considérable
que
durant
la
guerre
mondiale.
- II
-
Les
opérations
combinées
Les
opérations
combinées
constituent,
pour
O.
Groos
le
second
moyen
d’user
de
la
maîtrise
de
la
mer.
Sur
le
plan
général,
il
met
l’accent
pour
ce
type
d’opération
sur
l’importance
revêtue
par
l’"escadre
de
couverture",
Deckungsgeschwader,
lorsqu’une
opposition
peut-être
attendue
de
la
part
des
forces
maritimes
ennemies.
C’est
d’ailleurs
pour
lui
la
nécessité
de
cette
escadre
qui
différencie
une
opération
combinée
d’une
simple
escorte
de
convoi
ou
d’un
transport
de
troupes.
Durant
la
guerre,
deux
opérations
seulement
ont
revêtu
ce
caractère
:
celle
bien
connue
des
Dardanelles
et
celle
qui
l’est
moins
de
conquête
par
les
Allemands,
en
octobre
1917,
des
îles
Baltes.
Il
ne
manque
pas
de
noter
que
ces
deux
opérations
ont
la
même
caractéristique,
celle
de
n’avoir
concerné
que
des
théâtres
d’opérations
secondaires.
Même
pour
l’Angleterre,
la
marge
de
supériorité
dont
elle
disposait
sur
mer
ne
suffisait
pas
pour
risquer
une
opération
de
débarquement
sur
un
théâtre
principal.
C’est
ainsi
que
le
projet
de
débarquement
sur
les
côtes
de
Poméranie,
auquel
l’amiral
Fisher
était
resté
attaché
jusqu’en
1915
parce
qu’il
le
considérait
comme
l’objectif
principal
de
toute
offensive
anglaise
sur
mer,
a
été
abandonné
moins
à
cause
de
l’opération
des
Dardanelles
que
parce
que
l’Angleterre
redoutait
un
débarquement
allemand
et
que
cette
crainte
s’était
trouvé
renforcée
par
les
bombardements
des
côtes
par
les
croiseurs
de
bataille
allemands96.
O.
Groos
s’étonne
d’abord
qu’en
n’envisageant
initialement
aux
Dardanelles
qu’une
opération
purement
maritime,
il
ait
été
fait
si
peu
de
cas
des
enseignements
de
l’histoire
maritime
anglaise.
Le
débarquement
à
Gallipoli
interviendra
contre
des
positions
que
les
Turcs
avaient
eu
le
temps
de
rendre
imprenables.
Les
sous-marins
allemands
participeront
pour
une
large
part
à
l’échec
de
l’opération.
Le
torpillage,
par
l’U.
21,
les
25
et
27
mai
1915,
des
cuirassés
Triumph
et
Majestic
avait
entraîné
l’arrêt
des
bombardements
navals
en
cours,
les
troupes
débarquées
ne
purent
plus
compter
sur
le
soutien
naval
massif
qui
leur
était
pourtant
si
nécessaire.
De
nouveaux
sous-marins
furent
envoyés
en
Méditerranée97,
de
sorte
que
de
septembre
à
octobre
1915,
quelque
18
bâtiments
de
transport
furent
envoyés
par
le
fond :
Certes
les
sous-marins
ne
parvinrent
pas
à
interrompre
complètement
les
transports,
mais
leurs
succès
accrurent
cependant
fortement
la
pression
sur
des
forces
maritimes
françaises
et
anglaises
déjà
si
fortement
sollicitées 98.
O.
Groos
ne
voit
d’autre
justification
à
l’opération
des
Dardanelles
que
le
fait
qu’en
cas
de
réussite
elle
aurait
eu
un
effet
décisif
sur
l’issue
de
la
guerre.
L’opération
de
conquête
des
îles
Baltes,
en
octobre
1917,
avait
des
ambitions
plus
limitées.
Il
s’agissait,
après
cette
fois
la
prise
préalable
de
Riga
par
l’armée
allemande,
d’assurer
la
couverture
du
flanc
Nord
de
l’opération
en
dominant
la
baie
de
Riga.
Le
débarquement
sur
les
îles
Ösel
n’était
pas
sans
risques
en
raison
des
mines,
de
la
présence
de
sous-marins
russes
et
anglais,
et
d’une
flotte
russe
restée
intacte.
Nous
négligerons
les
détails
de
l’opération,
pour
ne
citer
que
le
principal
enseignement
qu’O.
Groos
en
retire :
Il
allait
être
démontré
combien
avait
été
justifiée
la
décision
de
n’employer,
à
l’encontre
de
ce
qu’avaient
fait
les
Anglais
et
les
Français
aux
Dardanelles
que
des
grands
bâtiments
de
combat
modernes
au
lieu
de
bâtiments
de
ligne
plus
anciens 99.
Cette
première
véritable
opération
combinée
armée-marine
avait
été
un
succès
complet.
O.
Groos
note
toutefois
qu’elle
se
serait
avérée
sans
doute
plus
délicate
et
certainement
plus
coûteuse
contre
un
adversaire
en
pleine
possession
de
ses
moyens100
et
qu’elle
aurait
certainement
dû
être
interrompue
si
la
flotte
anglaise
avait
tenté
de
pénétrer
en
mer
Baltique.
Il
se
demande
également
si
une
telle
opération,
qui
ne
pouvait
avoir
aucune
action
décisive
sur
la
conduite
générale
de
la
guerre,
justifiait
une
intervention
aussi
massive
de
la
Hochseeflotte.
Une
action
de
cette
dernière
contre
les
côtes
anglaises
aurait
été
plus
utile
pour
soulager
les
sous-marins
contre
lesquels
tous
les
moyens
étaient
alors
concentrés,
sans
parler
d’une
action
des
croiseurs
dans
l’Atlantique
contre
les
convois
de
troupes
américains.
Il
n’en
reste
pas
moins
cependant
que
cette
opération
avait
permis
à
l’armée
comme
à
la
marine
d’acquérir
une
première
expérience
des
opérations
combinées.
- III
-
Le
transport
des
troupes
C’est
sur
l’étude
de
cette
dernière
activité
d’usage
de
la
maîtrise
de
la
mer
qu’O.
Groos
met
un
terme
à
son
étude
des
enseignements
de
la
guerre
sur
mer.
Lors
de
leur
entrée
dans
la
guerre,
les
Etats-Unis
se
trouvaient
placés
devant
une
absence
critique
de
capacité
de
fret
pour
envoyer
des
troupes
de
l’autre
côté
de
l’Atlantique.
Il
est
intéressant
de
noter
que
104
bâtiments
allemands
(dont
20
paquebots),
réfugiés
à
la
déclaration
de
guerre
dans
les
ports
américains
et
pour
lesquels
les
ordres
de
sabordage
envoyés
par
l’Admiralstab
arrivèrent
trop
tard,
formèrent
le
premier
noyau
et
assurèrent
à
eux
seuls
le
transport
de
560 000
hommes.
Nous
ne
retiendrons
autrement
de
l’ensemble
de
cette
vaste
opération,
dont
O.
Groos
décrit
les
différentes
phases,
qu’elle
ne
fut
jamais
vraiment
mise
en
péril
par
la
guerre
sous-marine
et
que
les
seules
périodes
de
crise
correspondirent
à
des
appels
pressants
de
renforts
justifiés
par
la
situation
préoccupante
des
fronts
terrestres :
|
La
course
de
vitesse
entre
les
sous-marins
allemands
et
l’offensive
terrestre
d’une
part
et
la
mobilisation
et
le
transport
des
troupes
américaines
d’autre
part,
s’était
terminée
par
la
victoire
des
derniers 101.
|
|
|
O.
Groos
tire
dans
les
dernières
pages
de
ce
chapitre
ce
que
l’on
peut
considérer
comme
la
conclusion
générale
de
son
étude
sur
les
enseignements
de
la
guerre
sur
mer.
C’est
ainsi
que
pour
lui
la
conviction
de
la
direction
allemande
de
la
guerre
que
les
Etats-Unis
n’auraient
jamais
permis
une
défaite
anglaise,
et
donc
que
ce
n’est
pas
la
guerre
sous-marine
à
outrance
qui
fut
la
cause
de
leur
entrée
dans
la
guerre,
garde
toujours
toute
sa
valeur.
Par
contre
si
cette
guerre
sous-marine
avait
dès
le début
été
conduite
avec
toute
l’opiniâtreté
nécessaire,
notamment
contre
les
paquebots
rapides,
les
Alliés
n’auraient
pas
disposé,
lors
de
cette
entrée
dans
la
guerre,
du
fret
maritime
nécessaire.
Il
rejette
également
la
thèse
américaine102,
qui
estime
qu’à
partir
de
l’offensive
terrestre
du
printemps
1918
la
stratégie
de
la
guerre
sous-marine
aurait
dû
être
modifiée,
qu’elle
aurait
dû
être
davantage
intégrée
à
celle
de
l’armée
de
terre
et
donc
prendre
pour
cible
privilégiée,
non
plus
le
fret
en général,
mais
les
bâtiments
transports
de
troupes.
Il
fait
remarquer
que
la
guerre
sous-marine
doit
viser
des
destructions
les
plus
massives
possibles
et
que
par
ailleurs,
faute
de
moyens
de
reconnaissance
par
moyens
maritimes
ou aériens
et
en
raison
aussi
de
leur
faible
vitesse,
les
sous-marins
n’étaient
pas
adaptés
à
l’attaque
de
cibles
rapides
et
se dérobant
facilement.
Du
fait
de
ces
insuffisances,
les
transports
de
troupes
bénéficiaient
de
ce
qu’il
qualifie
de "maîtrise
de
la
mer
pratiquement
incontestée" 103.
Il
en
eut
sans
doute
été
autrement
si,
grâce
à
une
victoire
terrestre,
la
marine
allemande
avait
pu
disposer
d’une
base
française
dans
la
Manche,
ou
sur
l’Atlantique.
Les
Alliés
ont
redouté
de
façon
évidente
une
intrusion
des
forces
de
surface
allemande
dans
l’Atlantique,
comme
en témoigne
le détachement
à
Bereshaven,
en
mer
d’Irlande,
d’une
division
américaine
de bâtiments
de
ligne :
|
Les
nombreuses
percées
de
la
ligne
de
blocus
anglaise
entre
la
Norvège
et
l’Ecosse,
réalisées
sans
avoir
été
repérés
par
les
croiseurs
auxiliaires,
ont
montré
en
fait
qu’il
était
possible
à
des
bâtiments
de
guerre
allemands
d’atteindre
l’océan
Atlantique
malgré
le
blocus
anglais.
Il
ne
fait
aussi
aucun
doute
que
la
seule
apparition
dans
l’océan
Atlantique
de
croiseurs
légers
allemands
ou
de
croiseurs
de
bataille 104
aurait
suffi
pour
perturber
à
l’extrême
tout
le
système
de
transport
allié
et
toucher
au
point
le
plus
sensible
les
transports
de
troupes
américains
vers
la
France 105.
|
|
Et
O.
Groos
de
délivrer
sa
conclusion
finale :
|
Qu’au
lieu
de
cela
l’activité
de
la
Hochseeflotte,
à
l’été
1918,
ait
été
encore
orientée,
à
côté
de
la
protection
du
libre
accès
des
sous-marins
à
la
haute
mer,
vers
l’exécution
d’une
opération
combinée
en
mer
Baltique,
montre
que
le
problème
stratégique
principal
n’a
pas
été
clairement
reconnu 106.
|
|
Du
fait
que
la
guerre
mondiale
avait
été
tranchée
par
la
"puissance
maritime"
et
la
"maîtrise
de
la
mer",
il
ne
restait
plus
à
celui
qui
n’avait
pas
compris
"les
effets
réciproques
de
la
stratégie
terrestre
et
de
la
stratégie
maritime
qu’à
en
subir
les
conséquences.
- KURT
ASSMANN
- I
-
La
réalisation
de
la
puissance
allemande
sur
mer
O.
Groos
avait
fait
préfacer
son
ouvrage
par
le
grand
amiral
von
Tirpitz.
Il
ne
fallait
pas
s’attendre
donc
à
y
trouver
une
quelconque
remise
en
cause
des
principes
qui
avaient
conduit,
à
partir
de
1897,
à
la
Flottenbau,
la
construction
d’une
puissante
flotte
de
combat107.
Après
deux
guerres
mondiales
désastreuses,
les
tabous
sont
tombés
et
ce
n’est
certainement
pas
le
fait
du
hasard
si
K.
Assmann
entame
son
ouvrage
par
un
premier
chapitre
consacré
à
"la
construction
de
la
puissance
navale
allemande",
der
Aufbau
der
deutschen
Seemacht,
dans
lequel
après
avoir
relaté
la
genèse
de
cette
flotte,
il
pose
de
façon
très
explicite
la
question
de
savoir
si
l’Allemagne
avait
bien
construit
la
flotte
de
ses
besoins.
En
ce
qui
concerne
la
conception
des
différents
type
de
bâtiments,
il
montre
comment
Tirpitz,
jusqu’en
1905,
durant
ce
que
l’on
pourrait
appeler
"l’ère
des
pré-dreadnoughts",
a
su
corriger
les
erreurs
précédentes
de
conception108
pour
construire,
avec
les
cuirassés
de
la
classe
Deutschland,
des
bâtiments
dont
il
escomptait
qu’ils
compenseraient
par
le
soin
apporté
à
leur
capacité
de
résistance,
Standfestigkeit,
un
déplacement
et
un
armement
inférieurs
à
ceux
de
leurs
homologues
anglais.
En
1905,
en
lançant
le
Dreadnought,
la
marine
anglaise
accomplissait
un
pas
que
K.
Assmann,
après
d’autres
historiens,
juge
ainsi :
Il
est
très
douteux,
que,
du
point
de
vue
anglais,
l’Angleterre
ait
agi
avec
ce
pas
de
façon
judicieuse 109.
Il
considère
en
effet
qu’en
dépréciant
les
bâtiments
de
ligne
de
type
précédent,
où
elle
disposait
d’une
supériorité
numérique
écrasante,
elle
fournissait
à
l’Allemagne
l’opportunité
d’un
meilleur
départ
dans
la
compétition.
Tirpitz
se
contentera,
là
encore,
de
suivre
prudemment
les
accroissements
de
calibre
de
l’artillerie
principale
initiés
par
la
marine
anglaise.
Ce
n’est
qu’en
1913
que
les
deux
marines
en
viendront
ensemble
au
calibre
de
381
mm,
mais
il
conservera,
avec
le
150
mm,
une
artillerie
secondaire
de
défense
contre
les
torpilleurs
particulièrement
efficace,
alors
que
la
marine
anglaise
se
contentera
du
calibre
de
105
mm110.
Tirpitz
attachera
une
grande
importance
au
torpilleur,
l’"arme
du
faible".
La
conception
allemande
diffèrera
encore
de
l’anglaise,
les
torpilleurs
allemands
plus
petits
étant
principalement
conçus
et
entraînés
pour
le
combat
de
nuit,
alors
que
les
Anglais
négligeront
le
combat
de
nuit
mais
développeront
des
bâtiments
plus
gros
et
mieux
armés :
le
contre-torpilleur,
destroyer.
- La
construction
de
la
flotte
et
l’Angleterre
En
ce
qui
concerne
le
concept
d’emploi
de
cette
flotte,
K.
Assmann
réfute
le
reproche
émis
d’avoir
placé
"la
charrue
avant
les
bœufs"
en
développant
la
tactique
avant
la
stratégie.
Ce
fut
bien
la
stratégie
qui
fut
prise
en
compte
la
première :
Mais
bientôt
la
tactique
prit
le
pas
sur
la
stratégie
et
domina
alors
si
amplement
toute
notre
capacité
de
réflexion,
qu’il
ne
resta
plus
pour
la
stratégie
qu’un
espace
restreint 111.
La
base
des
lois
navales
fut
constitué
par
les
Mémoires
tactico-stratégiques,
Dienstschrift,
du
commandement
supérieur
de
la
marine,
l’Oberkommando ;
le
Dienstschrift
IX
de
1894
qui
mettait
l’accent
sur
la
nécessité
de
l’offensive
stratégique,
en
représentait
le
couronnement112.
Mais
le
document
précisait
bien
que
la
"flotte
offensive"
à
construire
devait
détenir
une
supériorité
d’un
tiers
sur
la
flotte
à
combattre
et
le
cas
envisagé
était
celui
d’une
guerre
sur
deux
fronts
contre
la
France
et
la
Russie,
c’est
à
dire
contre
des
marines
secondaires.
Mais,
avant
le
tournant
du
siècle,
l’adversaire
change
et
l’Angleterre
est
envisagée,
en
filigrane
seulement,
dans
l’exposé
des
motifs
de
la
première
loi
navale
de
1898,
qui
préconise
que :
Contre
des
puissances
navales
plus
puissantes,
la
flotte
de
combat
a
seulement
la
signification
d’une
flotte
de
coup
de
main,
Ausfallflotte 113.
Tirpitz
reste
cependant
fidèle
à
l’idée
de
l’offensive
stratégique.
La
seconde
loi
navale
de
1900
fait
passer
le
nombre
des
grands
bâtiments
(bâtiments
de
ligne
et
croiseurs-cuirassés)
de
25
à
34
(40
grâce
à
l’amendement
de
1906)
au
motif
que
l’Ausfallflotte
ne
pouvait
servir
qu’une
fois
et
qu’elle
était
bien
incapable
de
conduire
toute
une
guerre
contre
un
adversaire
maritime
supérieur :
Seule
une
flotte
de
cette
puissance,
croyait
Tirpitz,
pouvait
procurer
à
l’accession
au
rôle
de
puissance
mondiale,
Weltmacht,
la
protection
et
le
soutien
nécessaires 114.
Un
conflit
avec
l’Allemagne
devait
risquer
de
mettre
en
cause
la
position
de
puissance
de
l’adversaire
le
plus
puissant
sur
mer :
ce
"concept
du
risque",
Risikogedanke,
était
placé
au
cœur
même
de
la
conception
de
la
flotte
allemande :
La
construction
de
la
flotte,
alors
même
qu’elle
était
considérée
à
l’étranger
mal
disposé
à
notre
égard
comme
impérialiste
et
agressive,
répondait
du
côté
allemand
à
un
concept
purement
défensif 115.
Le
Risikogedanke
avait
un
but
purement
politique :
celui
d’interdire
la
guerre.
Un
rapport
de
force
de
2/3
paraissait
suffisant
pour
atteindre
cet
objectif,
d’autant
que
l’on
escomptait
à
l’origine
que,
compte
tenu
des
responsabilités
de
puissance
mondiale
de
la
Grande-Bretagne,
la
flotte
anglaise
n’aurait
pas
la
faculté
d’être
concentrée
dès
le
début
du
conflit.
K.
Assmann
note
toutefois
que
dans
ce
renoncement
à
un
véritable
équilibre
de
force
avec
la
flotte
anglaise,
était
en
germe
la
retenue
dont
la
Hochseeflotte
a
du
faire
preuve
dès
le
début
du
conflit :
en
concentrant
ses
forces
maritimes,
grâce
à
une
politique
extérieure
avisée,
en
parvenant
même
à
dissocier
l’Italie
de
la
Triple
Alliance,
l’Angleterre
avait
retourné
la
situation
initiale
en
sa
faveur.
Et
au
lieu
d’un
simple
duel
anglo-allemand
jugé
par
Tirpitz
comme
le
cas
le
plus
dangereux
et
à
l’aune
duquel
avait
été
déterminée
l’ampleur
de
la
Flottenbau,
l’Allemagne
avait
à
faire
face
à
la
coalition
de
puissance
maritime
dont,
au
début
du
siècle
et
à
juste
titre
alors,
elle
jugeait
la
constitution
comme
impossible.
Il
n’est
donc
pas
justifié
de
faire
à
Tirpitz
le
reproche
que
la
flotte
qu’il
avait
créée
n’était
pas
à
la
hauteur
de
la
situation,
car
aucune
nation
n’aurait
pu
opposer
une
flotte
à
une
telle
coalition :
La
politique
anglaise
avait
triomphé
du
grand
amiral
Tirpitz,
mais
c’était
parce
qu’elle
était
supérieure
à
la
politique
allemande 116.
La
direction
politique
notamment
n’avait
pas
été
capable
d’utiliser
une
des
capacités
de
la
flotte
mise
en
avant
par
Tirpitz
lors
de
sa
conception :
la
capacité
d’alliance
avec
une
puissance
maritime
secondaire,
comme
Tirpitz
lui-même
le
rappelle
dans
ses
"Mémoires" :
La
politique
de
la
flotte
et
celle
des
alliances
devaient
se
compléter 117.
En
1914,
du
fait
de
la
position
géographique
qui
lui
était
défavorable,
la
flotte
allemande
ne
pouvait
avoir
le
caractère
d’une
"flotte
offensive" :
La
bataille
qui
initialement,
au
commencement
de
la
construction
de
la
flotte,
était
considérée
comme
le
couronnement
de
l’offensive
stratégique,
avait
pris
dans
l’intervalle
le
caractère
d’une
bataille
purement
défensive
dans
la
baie
d’Helgoland
et
avait
été
d’année
en
année
de
ce
fait
le
fondement
des
exercices
d’entraînement
de
la
Hochseeflotte 118.
- Admiralstab
et
Generalstab
119
K.
Assmann
reprend
dans
ce
chapitre
les
critiques
déjà
émises
pour
l’essentiel
par
O.
Groos
sur
des
stratégies
qui
non
seulement
s’ignoraient
mais
s’opposaient.
Comme
lui
il
impute
à
l’Admiralstab
de
n’avoir
rien
tenté
pour
sortir
d’une
situation
où
il
était
le
principal
lésé.
Il
va
même
pour
sa
part
jusqu’à
regretter
que
la
seconde
crise
marocaine
de
1911
n’ait
pas
eu
l’effet,
qui
eût
été
salutaire
à
son
avis,
de
promouvoir
Tirpitz
au
poste
de
chancelier :
la
direction
de
l’Etat
s’en
fût
trouvée
unifiée
et
Tirpitz
aurait
peut-être
même,
par
son
sens
politique
et
son
adresse,
pu
éviter
la
guerre…
- La
riposte
anglaise
En
décidant
le
25
octobre
1911
le
retrait
en
cas
de
guerre
de
la
flotte
au
nord
de
l’Ecosse,
Churchill,
alors
premier
Lord,
consacrait
le
remplacement
du
blocus
rapproché
par
un
blocus
éloigné :
Le
concept
politique
du
risque
se
retournait
maintenant
dans
son
effet
militaire
contre
nous :
la
flotte
allemande
était
devenue
si
forte,
que
l’Angleterre
s’abstenait
en
cas
de
guerre
d’attaquer
militairement.
Le
concept
du
risque
se
trouvait
également
largement
dépouillé
de
sa
signification
politique.
Car
dès
lors
que
l’Angleterre
pouvait
espérer
nous
battre
en
cas
de
guerre
sans
engager
sa
flotte,
le
risque
perdait
aussi
considérablement
de
son
importance.
Avec
cette
décision
lourde
de
conséquences
les
points
les
plus
brûlants
de
la
guerre
sur
mer,
dont
nous
avions
supposé
qu’ils
se
trouvaient
dans
le
centre
de
la
mer
du
Nord,
se
trouvaient
transportés
dans
l’océan
Atlantique,
pour
le
moins
vers
les
portes
d’accès
à
l’Atlantique.
C’est
ainsi
qu’était
déterminé
à
l’avance
le
tragique
qui
a
plané
sur
le
commandement
de
notre
flotte
durant
toute
la
guerre,
car
en
tant
que
flotte
destinée
à
l’Atlantique,
notre
flotte
de
haute
mer
n’avait
pas
été
construite
ainsi 120.
En
cas
de
blocus
rapproché,
la
flotte
pouvait
encore
être
utilisée
comme
"flotte
de
coup
de
main",
l’objectif
était
maintenant
hors
de
sa
portée.
Certains
marins
avaient
très
tôt
pris
conscience
de
cette
réalité,
l’amiral
von
Heeringen,
le
chef
de
l’Admiralstab,
n’avait-il
pas
déclaré
en
1912 :
Si
les
Anglais
s’en
tiennent
de
façon
réellement
conséquente
au
blocus
éloigné,
le
rôle
de
notre
belle
flotte
de
haute
mer
peut
devenir
très
tragique.
C’est
alors
les
sous-marins
qui
devront
faire
l’ouvrage 121.
Mais
il
existait
surtout
des
gens
qui,
comme
son
successeur
l’amiral
von
Pohl,
croyaient
qu’"ils
doivent
venir
à
nous"
et
la
marine
n’était
dans
son
ensemble
pas
psychologiquement
préparée
à
la
situation
nouvelle
et
croyait
encore
au
concept
de
"la
bataille
dans
la
baie
d’Helgoland".
Dans
la
mesure
où
l’objectif
de
la
conduite
de
la
guerre
est
le
contrôle
des
voies
maritimes
de
communications,
pour
l’Angleterre
cet
objectif
était
la
Manche
et
l’océan
Atlantique,
pour
l’Allemagne
c’était
l’accès
au
commerce
mondial
par
la
Manche
et
le
passage
entre
l’Ecosse
et
la
Norvège,
le
concept
du
"corps
de
bataille
déployé
entre
l’Ems
et
la
Tamise"
ne
jouait
plus
aucun
rôle.
Et
K.
Assmann
se
demande
s’il
pouvait
en
être
autrement :
pour
lui,
si
cet
aspect
du
problème
avait
été
envisagé
dès
1900
par
un
esprit
particulièrement
prospectif,
la
construction
navale
du
début
du
siècle,
dépendante
de
la
consommation
de
charbon,
n’était
pas
capable
de
construire
une
flotte
capable
de
conduire
une
guerre
hors
de
la
mer
du
Nord,
avec
comme
seuls
points
d’appui
les
embouchures
des
fleuves
allemands.
Le
problème
n’était
pas
soluble
sans
un
élargissement
de
la
base
de
conduite
de
la
stratégie
maritime.
- L’Admiralstab
et
la
conduite
de
la
guerre
sur
mer
Afin
de
mettre
fin
aux
frictions
existant
entre
le
commandement
supérieur
de
la
marine,
l’Oberkommando,
et
l’organisme
qu’il
dirigeait
lui-même,
le
Reichsmarineamt,
et
aussi
sans
doute
afin
d’assurer
sa
totale
liberté
d’action,
Tirpitz
avait
obtenu
de
Guillaume II,
en
1899,
la
suppression
de
l’Oberkommando122.
L’état-major
proprement
dit,
l’Admiralstab,
avait
subsisté
comme
entité
indépendante,
son
chef
avait
été
subordonné
directement,
Immediatstelle,
à
l’empereur.
Dépourvu
de
toute
prérogative
en
ce
qui
concernait
la
politique
de
construction,
pour
laquelle
il
était
rarement
consulté,
il
n’avait
pas
davantage
de
lien
vraiment
défini
avec
les
autorités
à
la
mer,
die
Front.
Il
était
considéré
comme
une
sorte
"d’autorité
d’études
pour
la
guerre
sur
mer",
élaborant
des
plans
d’opérations
qui
n’engageaient
que
lui-même.
Les
tentatives
effectuées
par
ses
différents
chefs
pour
acquérir
une
véritable
influence
restèrent
sans
effets123.
Tirpitz
ne
considérait
pas
l’organisation
éclatée
de
la
marine124
comme
une
fin
en
soi,
même
si
elle
l’arrangeait
provisoirement,
il
comptait
en
temps
de
guerre
sur
la
création
d’un
commandement
supérieur
de
la
guerre,
Oberste
Seekriegsleitung,
qui
aurait
disposé
des
mêmes
prérogatives
que
le
Generalstab 125.
Il
oubliait
simplement
qu’il
avait
lui-même
convaincu
l’empereur,
pour
les
besoins
de
la
cause
en
1899,
que
l’Admiralstab
était
un
échelon
inutile
entre
la
marine
et
l’Oberste
Kriegsherr,
comme
l’empereur
se
qualifiait
lui-même.
Le
Kaiser
refusa
de
modifier
l’organisation
et
la
marine
entra
dans
la
guerre
avec
sa
structure
éclatée.
Comme
l’empereur
n’était
pas
à
même
d’exercer
l’ensemble
de
ses
prérogatives,
l’Admiralstab
y
gagna
la
signification
d’un
conseiller
responsable
pour
l’ensemble
de
la
conduite
de
la
guerre
sur
mer,
rôle
auquel
il
n’était
pas
préparé
par
sa
structure
et
pour
lequel
son
chef,
l’amiral
Pohl,
ne
disposait
pas
de
l’autorité
nécessaire.
Le
chef
du
cabinet
marine,
l’amiral
G.
von
Müller,
éloigné
de
par
ses
fonctions
depuis
longtemps
de
die
Front,
y
gagna
sur
la
conduite
de
la
guerre
sur
mer
une
influence
sans
rapport
avec
ses
fonctions.
Tirpitz,
en
qui
K.
Assmann
voit
la
seule
personnalité
jouissant
du
prestige
suffisant
pour
la
fonction
de
chef
de
l’Oberste
Seekriegsleitung 126,
n’avait
pour
sa
part
rigoureusement
aucune
responsabilité
de
caractère
opérationnel.
Il
obtint
seulement
de
devoir
être
consulté
par
le
chef
de
l’Admiralstab.
Il
n’exercera
en
fait
(et
contrairement
à
une
opinion
encore
couramment
répandue)
aucune
influence
réelle
sur
la
conduite
de
la
guerre.
Ce
n’est
qu’en
août
1918
que
sera
créée
et
placée
sous
la
direction
de
l’amiral
Scheer
une
Seekriegsleitung
digne
de
ce
nom.
Et
K.
Assmann
de
faire
remarquer
que
la
leçon
ne
sera
pas
perdue
pour
la
Kriegsmarine.
- II
-
La
Première
Guerre
mondiale
- Le
problème
de
la
bataille
Le
Dienstschrift
IX
avait
mis
l’accent
sur
la
nécessité
de
la
bataille
décisive,
die
Entscheidungschlacht,
et
l’avait
ainsi
placée
au
centre
de
toutes
les
réflexions,
contribuant
ainsi
à
faire
oublier
que,
comme
l’écrira
le
vice-amiral
Wegener,
"la
bataille
n’est
qu’un
moyen
au
service
de
la
stratégie"
et
qu’il
ne
faut
donc
pas
la
considérer
comme
"l’objectif
final
de
la
stratégie" 127.
Mais
les
flottes
modernes
étant
composées
de
bâtiments
coûteux,
difficilement
remplaçables,
il
en
résulte
que
la
bataille
ne
peut
être
acceptée
qu’en
situation
de
supériorité
absolue.
Pour
qu’il
y
ait
bataille,
il
faut
donc
une
volonté
réciproque,
de
la
rechercher
ou
pour
le
moins
de
l’accepter,
étant
entendu
que
celui
qui
s’y
dérobe
accepte
le
risque
de
laisser
à
l’adversaire
le
contrôle
des
routes
maritimes.
Pour
K.
Assmann,
il
convient
donc,
avant
toute
analyse
de
déterminer
quelle
était
de
chaque
côté,
die
Einsatzbereitschaft
zur
Schlacht,
"la
disposition
à
la
bataille".
- La
disposition
allemande
à
la
bataille
La
flotte
allemande
n’avait
pas
d’autre
alternative
pour
combattre
que
celle
d’aller
rechercher
l’adversaire
jusqu’à
la
limite
de
son
rayon
d’action :
Il
fallait
en
conséquence
être
bien
conscient
que
chaque
action
offensive
dans
ce
but
pouvait
conduire
à
un
combat
pour
l’existence,
Existenzkampf,
contre
des
forces
d’une
supériorité
considérable 128.
La
flotte,
pourtant
impatiente
de
combattre,
reçut
une
directive
de
recherche
préalable
"d’équilibre
des
forces",
uniquement
tempérée
par
l’obligation
d’accepter
la
bataille
"dans
des
conditions
favorables"129 :
Nous
avions
compté
sur
le
fait
que
les
Anglais
nous
attaqueraient ;
au
lieu
de
cela
la
flotte
anglaise,
en
possession
de
nos
portes
d’accès
aux
mers
du
monde,
s’installa
dans
la
défensive
stratégique 130.
Le
problème
de
la
direction
suprême
de
la
guerre
était
de
gagner
la
guerre,
pas
d’engager
une
flotte
qui,
en
couvrant
le
front
Nord
et
la
Baltique,
accomplissait
la
tâche
qui
lui
avait
été
impartie.
Il
n’existait
donc
aucune
raison
valable
de
risquer
la
bataille
décisive.
K.
Assmann
note
que
même
Tirpitz,
présenté
comme
le
plus
chaud
partisan
de
l’engagement
de
la
flotte,
n’était
pas
aussi
inconditionnel
qu’on
l’a
présenté
(ou
qu’il
s’est
présenté
lui-même) :
Dans
les
temps
prochains,
il
faut
toutefois
attendre
encore
pour
la
bataille,
jusqu’à
ce
que…la
décision
principale
ait
été
obtenue
à
l’Ouest 131.
Le
danger
que
faisait
courir
le
blocus
anglais
avait
été
reconnu,
mais
personne
ne
croyait
à
une
guerre
de
longue
durée,
qui
faisait
de
ce
risque
un
risque
mortel
qui
aurait
justifié
la
bataille.
Rechercher
"l’équilibre
des
forces",
sans
assumer
les
risques
qui
y
étaient
forcément
liés
représentait
une
autre
gageure.
On
peut
reprocher
au
commandement
de
la
flotte,
jusqu’à
Scheer,
une
certaine
passivité,
mais
il
faut
tenir
compte
du
fait
que
la
flotte
allemande
souffrait
d’un
double
désavantage,
quantitatif
(le
nombre
des
bâtiments)
et
qualitatif
(le
calibre
inférieur
de
l’artillerie
principale).
Il
faudra
attendre
la
bataille
du
Jutland
pour
que
soit
vérifié
l’axiome
de
Tirpitz
selon
lequel
la
protection
des
bâtiments
et
la
qualité
des
projectiles
compensaient
ces
désavantages.
K.
Assmann
conteste
toutefois
que
l’attitude
de
réserve
ait
eu
également
un
motif
politique :
le
désir
de
conserver
la
flotte
comme
facteur
de
force
pour
les
négociations
de
paix132.
Il
note
enfin
la
difficulté
de
déterminer
dans
la
guerre
sur
mer
dans
quelle
mesure
la
décision
d’engagement
est
le
fait
de
la
direction
suprême
de
la
guerre
ou
du
commandant
en
chef
de
la
flotte.
La
situation
peut
changer
rapidement
lorsqu’une
flotte
est
à
la
mer,
son
chef
dispose
d’une
réelle
liberté
d’action,
il
peut
décider
de
livrer
bataille,
même
lorsqu’elle
n’a
pas
été
préalablement
souhaitée.
Cela
risque
de
dépendre,
en
définitive,
de
la
capacité
d’éclairage
de
ses
forces.
L’augmentation
actuelle
de
ces
capacités
facilite
la
décision.
- La
disposition
anglaise
à
la
bataille
Le
2
août
1914,
Churchill
remplaçait
au
commandement
de
la
Grand
Fleet
l’amiral
Callaghan,
partisan
avéré
de
l’offensive
stratégique,
par
l’amiral
Jellicoe.
L’ordre
d’opérations
anglais
assignait
à
la
Royal
Navy
trois
missions :
| * |
couper
les
liaisons
maritimes
allemandes
par
l’établissement
d’un
blocus
éloigné ; |
| * |
protéger
les
Îles
britanniques
contre
toute
invasion ; |
| * |
assurer
la
protection
des
voies
de
communications
impériales. |
On
notera
qu’aucune
allusion
n’était
faite
à
la
bataille
pour
la
maîtrise
de
la
mer
que
l’ordre
d’opérations
allemand
citait,
avec
les
réserves
que
nous
connaissons,
comme
objectif
final.
Les
premières
pertes
causées
par
mines
et
sous-marins
et
les
premiers
bombardements
des
côtes
anglaises
allaient
quelque
peu
ébranler
la
confiance
placée
dans
le
blocus
éloigné.
Le
plan
d’attaque
contre
Borkum
destiné
à
forcer
l’entrée
en
Baltique
de
même
que
le
projet
de
débarquement
en
Poméranie
avaient
été
abandonnés,
car
ils
impliquaient
un
affrontement
avec
la
Hochseeflotte
dans
des
conditions
estimées
défavorables.
Dans
quelles
conditions
la
Grand
Fleet
aurait-elle
accepté
la
bataille ?
Certainement
dans
le
cas
d’une
avancée
de
la
flotte
allemande
en
direction
de
la
Manche.
La
flotte
s’est
trouvée
ainsi
prête
au
combat
au
milieu
de
la
mer
du
Nord
chaque
fois
que
s’est
posé
le
problème
de
transports
de
troupes
importants133.
Le
30
octobre
1914,
Jellicoe
faisait
accepter
par
l’Amirauté
un
mémorandum
où
il
manifestait
sans
équivoque
son
intention
de
n’accepter
la
bataille
que
dans
la
partie
nord
de
la
mer
du
Nord.
Il
s’y
déclarait
prêt
à
assumer
personnellement
l’Odium
que
cette
attitude
réservée
pouvait
provoquer.
Son
mémorandum
montrait
bien
que
la
bataille
n’était
pas
considérée
comme
une
nécessité
stratégique.
Et
K.
Assmann
résume
ainsi
le
paradoxe
qui
explique
que
l’on
n’ait
pas,
des
deux
côtés,
vraiment
recherché
la
bataille
décisive,
ce
qui
a
abouti
au
fait
qu’elle
n’a
jamais
eu
vraiment
lieu :
| * |
la
Hochseeflotte
avait
besoin
de
cette
bataille
décisive
pour
gagner,
mais
elle
outrepassait
ses
capacités
et
la
situation
sur
le
front
terrestre
incitait
à
ne
pas
courir
le
risque
d’une
défaite
sur
mer ; |
| * |
la
Grand
Fleet
n’avait
aucun
besoin
d’une
bataille
décisive
pour
fournir
la
contribution
attendue
d’elle
à
la
victoire
finale134. |
- L’Ordre
d’opérations
allemand
et
le
mise
en
œuvre
de
la
flotte
K.
Assmann
s’élève
d’abord
contre
l’habitude
de
voir
dans
l’Ordre
d’opérations
initial
du
Kaiser
la
source
de
tous
les
maux
futurs :
pour
lui-même
un
bon
ordre
d’opérations
ne
peut
venir
à
bout
d’une
situation
difficile.
Des
appréciations
qu’il
porte
sur
la
mise
en
œuvre
de
la
flotte,
nous
n’évoquerons
ici
que
celles
qui
nous
ont
paru
lui
être
propres
ou
se
différencier
des
jugements
portés
par
O.
Groos.
Le
premier
commandant
en
chef
de
la
Hochseeflotte,
l’amiral
von
Ingenohl,
n’était
pas,
à
son
point
de
vue,
le
moins
offensif
des
amiraux,
Scheer
compris135,
il
commit
cependant
deux
lourdes
erreurs
dans
la
conduite
des
opérations
qui
entraîneront
son
remplacement :
Le
16
décembre
1914,
lors
de
l’opération
sur
Hartlepool,
il
fera
rebrousser
chemin
trop
tôt
au
"Gros"
placé
en
position
de
recueil
des
croiseurs
de
bataille,
le
25
janvier
1915,
lors
de
l’opération
sur
le
Dogger
Bank,
il
le
conservera
au
port.
A
chaque
fois
il
sera
ainsi
passé
à
côté
d’un
succès
partiel.
Son
successeur
l’amiral
von
Pohl
n’outrepassera
jamais
la
limite
des
100
nautiques,
restant
ainsi
dans
la
zone
où
l’adversaire
ne
prendrait
pas
le
risque
de
l’affronter.
Scheer
enfin
reviendra
aux
pratiques
offensives
d’Ingenohl,
ce
qui
conduira
à
la
bataille
du
Jutland
(Skagerrak),
mais
il
n’en
tirera
pas
moins
la
leçon
que
le
succès
final
ne
pourra
être
acquis
que
par
la
guerre
sous-marine
à
outrance.
Et
K.
Assmann
fait
sienne
l’appréciation
portée
par
le
commander
Frost :
|
Une
disposition
à
combattre
aurait
peut-être
permis
en
1914
des
succès
tactiques
sur
une
flotte
anglaise
supérieure.
Cela
n’aurait
cependant
pas
eu
d’influence
véritable
sur
la
situation
stratégique.
En
1916,
le
moment
de
la
bataille
décisive
était
passé 136.
|
|
|
En
ce
qui
concerne
la
mer
Baltique,
le
vice-amiral
Lans
avait
préconisé
des
opérations
destinées
à
soutenir
le
flanc
gauche
d’Hindenburg.
Pour
éviter
une
intrusion
anglaise,
le
gouvernement
danois
avait
obtenu
un
minage
en
commun
des
Belts,
ce
qui
apportait
des
limites
à
la
liberté
d’action
de
la
flotte
allemande137.
Durant
l’hiver
1914-1915,
un
débarquement
en
Courlande
eût
été
très
efficace,
mais
aussi
bien
Tirpitz
que
l’Admiralstab
étaient
opposés
au
déplacement
en
Baltique
du
centre
de
gravité
de
la
mise
en
œuvre
de
la
flotte.
Il
faut
noter
cependant
que
la
flotte
allemande
n’en
assura
pas
moins
en
Baltique,
durant
toute
la
guerre,
la
sûreté
du
transport
du
minerai
de
fer
suédois,
vital
pour
l’économie
de
guerre
et
qu’elle
contribua
à
paralyser
la
capacité
combative
de
l’armée
russe
en
coupant
son
ravitaillement.
Cette
conduite
de
la
guerre
économique
contribuera,
mais
trop
tard,
à
tirer
l’Allemagne
de
la
"guerre
sur
deux
fronts".
K.
Assmann
n’en
tire
pas
moins
la
conclusion
globale
que :
|
Le
problème
de
la
bataille
en
mer
du
Nord
jetait
aussi
un
voile
sur
la
conduite
de
la
guerre
en
mer
Baltique 138.
|
|
- III
-
La
guerre
économique
- La
guerre
au
commerce
outre-mer
La
guerre
économique
constitue
une
toute
autre
forme
de
la
guerre
sur
mer
qu’une
conduite
de
la
guerre
purement
militaire…
Lorsqu’en
février
1915
la
direction
suprême
allemande
de
la
guerre
décida
d’intensifier
la
guerre
économique
contre
l’Angleterre,
elle
mit
en
branle
un
changement
fondamental
de
la
stratégie
maritime
qu’elle
avait
suivie
jusque
là 139.
Pour
K.
Assmann,
le
sous-marin
constitue
le
vecteur
principal
de
la
guerre
économique140
mais,
lors
de
la
Première
Guerre
mondiale,
celle-ci
n’a
pas
commencé
qu’en
février
1915
avec
la
déclaration
de
zone
de
guerre.
Après
avoir
rappelé
le
rôle
remarquable
joué
dans
le
passé
par
la
"guerre
de
croiseurs",
il
déplore
le
manque
point
d’appui
dont
ont
souffert
durant
la
Première
Guerre
mondiale
les
croiseurs
stationnés
outre-mer
pour
accomplir
leur
mission
principale
d’interruption
du
commerce
ennemi :
Nos
colonies
étaient
considérées
en
temps
de
paix
uniquement
comme
des
entités
économiques,
elles
ne
constituaient
en
conséquence
aucune
base
stratégique
pour
la
conduite
de
la
guerre
outre-mer 141.
Seule
exception,
Tsing-Tao,
mais
la
direction
du
Reich
n’est
pas
parvenue
à
maintenir
le
Japon
en
dehors
de
la
guerre.
K.
Assmann
met
lui
aussi
en
exergue
l’interdépendance
qui
doit
exister
entre
la
conduite
de
la
guerre
dans
les
eaux
métropolitaines
et
celle
outre-mer :
La
guerre
outre-mer
et
celle
dans
les
eaux
métropolitaines
se
complètent
mutuellement.
Elles
constituent
un
théâtre
de
guerre
unique,
sur
lequel
toutes
les
opérations
exercent
une
action
réciproque
permanente 142.
Des
opérations
proprement
dites,
il
tire
donc
les
mêmes
enseignements
qu’E.
Raeder
et
O.
Groos.
Plus
original
est
le
retour
sur
le
passé
de
la
Flottenbau
qu’il
effectue
dans
le
droit
fil
de
ses
toutes
premières
réflexions.
Il
rappelle
ainsi
qu’à
ceux
qui
critiquaient
la
construction
d’une
flotte
de
combat
métropolitaine
au
détriment
de
la
protection
des
communications
maritimes,
Tirpitz
rétorquait :
D’abord
la
flotte
de
combat
métropolitaine,
ensuite
la
constitution
d’une
capacité
d’action
outre-mer.
Ce
point
de
vue
était,
à
son
avis,
justifié
mais
il
a
privé
l’Allemagne
d’un
succès
dans
la
guerre
économique,
et
il
s’agit
là
dans
son
esprit
de
celle
que
se
livrent
les
grandes
puissances
dès
le
temps
de
paix.
Et
il
émet
une
idée
originale :
Peut-être
une
dislocation
des
forces
maritimes
sur
toute
la
surface
du
globe,
identique
à
celle
de
l’empire
mondial
britannique,
aurait-elle
diminué
le
fardeau
politique,
qui
était
lié
pour
le
Reich
à
la
construction
de
la
flotte.
Car
c’était
justement
la
concentration
de
la
puissance
maritime
allemande
devant
sa
propre
porte,
que
le
peuple
britannique,
qui
vivait
dans
la
crainte
permanente
d’une
invasion,
ressentait
comme
une
menace
insupportable 143.
Et
il
rappelle
que
les
négociations
anglo-allemandes
sur
la
dévolution
des
colonies
portugaises
constituent
bien
la
preuve
que
l’Angleterre
était
loin
d’être
opposée
à
un
agrandissement
colonial
du
Reich
allemand144.
- Flotte
de
haute
mer
et
guerre
sous-marine
K.
Assmann
commence
par
faire
remarquer
que
l’appellation
"guerre
sous-marine
au
commerce"
est
impropre
car
trop
exclusive,
elle
ne
tient
aucun
compte
du
rôle
tenu
par
les
bâtiments
de
surface
eux-mêmes
dans
cette
forme
de
guerre :
sans
la
maîtrise
de
la
baie
allemande
exercée
par
la
Hochseeflotte,
qui
a
permis
le
combat
victorieux
contre
le
blocus
par
mine,
cette
guerre
aurait
été
étouffée
dans
l’œuf145.
L’activité
de
la
Hochseeflotte
contraignit
la
Grand
Fleet
à
conserver
pour
sa
protection
des
forces
légères
qui
auraient
pu
soutenir
la
guerre
anti-sous-marine.
Les
actions
offensives
menées
visaient
non
à
détruire
mais
à
lier
les
forces
adverses.
Elles
pouvaient
être
couronnées
de
succès,
comme
fin
1917
aux
Shetlands,
lorsque
les
forces
qui
les
menaient
disposaient
d’un
rayon
d’action
suffisant146 :
Dans
ce
combat
mené
contre
l’économie
de
guerre
anglaise,
l’arme
sous-marine
et
la
Hochseeflotte
se
présentaient
à
nous
comme
un
tout
inséparable,
et
si
l’on
sous-estime
la
part
de
la
Hochseeflotte
aux
résultats
obtenus
par
la
guerre
sous-marine
au
commerce,
cela
risque
de
mener
à
des
conclusions
fausses.
Il
faut
dire
que
du
point
de
vue
stratégique,
ce
n’est
que
grâce
à
la
liaison
avec
la
guerre
sous-marine
que
la
conduite
de
la
guerre
des
forces
de
haute
mer
a
reçu
sens
et
teneur 147.
De
son
côté,
le
sous-marin
n’a
pas
seulement
perturbé
le
commerce
ennemi.
Il
a
été
un
auxiliaire
de
la
flotte
extrêmement
important
pour
la
conduite
de
la
guerre
en
haute
mer,
qu’il
s’agisse
de
son
rôle
d’éclaireur
ou
de
sa
capacité
d’infliger
des
pertes
à
l’adversaire
au
cours
de
ses
transits
aller
ou
retour.
Ce
n’est
pas
le
fait
du
hasard
si
la
Hochseeflotte
s’est
montrée
particulièrement
entreprenante
durant
le
printemps-été
1916,
alors
que
la
guerre
sous-marine
au
commerce
était
pratiquement
suspendue148.
- La
guerre
sous-marine
au
commerce
limitée
Avec
ce
type
de
guerre,
c’était
une
"terre
inconnue"
qui
était
abordée,
car
le
sous-marin
n’avait
jamais
été
testé
dans
le
rôle
de
destructeur
du
commerce,
Handelszerstôrer,
et
il
n’existait
aucune
norme
conforme
au
droit
international :
Dans
aucune
autre
mesure
du
temps
de
guerre
la
politique
et
la
conduite
de
la
guerre
n’étaient
aussi
étroitement
en
contact
-
et
dans
aucune
autre
les
contradictions
entre
les
deux
ne
se
heurtaient
de
façon
aussi
aiguë 149.
Une
déclaration
pure
et
simple
de
blocus
limité
à
l’embouchure
de
la
Tamise,
comme
l’avait
préconisé
Tirpitz
lui-même
pour
des
raisons
politiques
et
en
raison
du
petit
nombre
de
sous-marins
disponibles,
n’aurait
posé
aucun
problème
de
droit
international
dans
la
mesure
où
tout
bâtiment
ennemi
ou
neutre
qui
l’enfreignait
considéré
comme
"briseur
de
blocus"
s’exposait
à
la
destruction.
Il
en
allait
tout
autrement
avec
la
déclaration
de
zone
de
guerre.
Les
bâtiments
neutres
ne
pouvaient
pas
être
traités
sans
ménagement.
L’Admiralstab
pensait
pour
sa
part
en
terme
de
guerre
illimitée.
Tout
bâtiment
ennemi
ou
neutre
participant
au
ravitaillement
de
l’Angleterre
était
justiciable
d’un
torpillage
sans
avertissement.
Sur
cette
question
capitale
non
seulement
son
avis
divergeait
de
celui
de
la
direction
politique,
mais
une
incompréhension
lourde
de
conséquences
pour
l’avenir
régnait
entre
les
deux
instances
sur
la
façon
dont
les
choses
se
passeraient
dans
la
réalité :
Tandis
que
l’Admiralstab
a
cru
que
la
consigne
d’épargner
les
neutres
qui
lui
avait
été
imposée
de
façon
formelle
ne
s’appliquerait
dans
la
pratique
que
dans
des
cas
exceptionnels,
la
direction
politique
était,
en
contradiction
avec
cela,
de
l’avis
que
l’avertissement
émis
du
risque
de
voir
un
bâtiment
neutre
être
coulé
par
suite
de
méprise
avec
un
bâtiment
ennemi,
ne
correspondrait
qu’exceptionnellement
à
la
réalité 150.
La
direction
politique
n’avait
pas
vraiment
compris
comment
l’Admiralstab
comptait
vraiment
conduire
la
guerre
et
elle
avait
pris
pour
argent
comptant
l’assurance
donnée
par
son
chef,
l’amiral
Pohl,
qui
allait
être
remplacé
par
l’amiral
Bachmann,
que
les
bâtiments
neutres
éviteraient
la
zone
de
guerre
et
qu’en
cas
d’incident
les
neutres
se
contenteraient
de
protestations
de
pure
forme.
Elle
fondait
son
appréciation
sur
le
précédent
créé
par
la
déclaration
britannique
analogue,
négligeant
le
fait
que
cette
dernière
n’avait
été
perçue
que
comme
une
menace
indirecte
à
la
liberté
de
navigation,
alors
qu’en
n’excluant
pas
la
destruction
de
bâtiments
neutres
en
cas
de
méprise,
la
déclaration
allemande
du
4
février
allait
être
aussitôt
perçue
comme
une
menace
directe,
susceptible
de
mener
à
des
incidents
sanglants.
L’émotion
qu’elle
suscitera
immédiatement,
la
détérioration
de
la
situation
politique
de
l’Allemagne
qui
en
résultera,
feront
que
les
premiers
ordres
donnés
aux
commandants
de
sous-marins,
qui
s’apparentaient
à
des
ordres
de
guerre
illimitée,
furent
aussitôt
rapportés
et
qu’ils
reçurent
pour
instruction
d’épargner
les
bâtiments
neutres151.
Il
y
eut
plus
grave.
Alors
qu’on
pouvait
s’attendre
à
une
concentration
des
efforts
sur
ce
nouveau
type
de
guerre,
des
sous-marins
continuèrent
à
être
employés
à
des
besognes
secondaires
et
les
chantiers
de
construction
navale
ne
furent
pas
employés
au
maximum
de
leurs
capacités152 :
La
guerre
sous-marine
ne
fut
pas
encore
jugée
et
reconnue
comme
le
facteur
décisif,
comme
en
1917
où
elle
imposera
son
sceau
à
la
guerre 153.
Les
protestations
américaines
provoquées
par
les
incidents
du
Lusitania
(7
mai
1915)
et
de
l’Arabic
(9
août)
inciteront
le
nouveau
chef
de
l’Admiralstab,
l’amiral
von
Holtzendorff,
à
ordonner
l’arrêt
de
la
guerre
sous-marine
le
long
de
la
côte
occidentale
anglaise
et
dans
la
Manche :
Il
était
ainsi
mis
fin
à
la
guerre
sous-marine
en
raison
de
l’exigence
de
la
direction
politique
dans
les
seules
zones
maritimes
où
une
efficacité
décisive
pouvait
en
être
attendue 154.
Cette
guerre,
même
menée
en
respectant
autant
que
faire
se
pouvait
l’"ordre
de
prise",
nach
Art
der
Prisenordnung,
avaient
pourtant
obtenu
des
résultats
tout
à
fait
satisfaisants.
Il
est
vrai
que
c’était
encore
l’époque
où
les
bâtiments
de
commerce
étant
dépourvus
d’escorte
et
non
armés,
les
sous-marins
pouvaient
opérer
en
surface
et
utiliser
leurs
canons.
- La
guerre
sous-marine
illimitée
La
menace
d’une
entrée
en
guerre
des
Etats-Unis
avait
pesé
d’autant
plus
lourd
dans
la
décision
d’arrêt
que
le
général
von
Falkenhayn,
chef
d’état-major
de
l’armée,
estimait
que
ce
risque
ne
pouvait
être
encouru.
A
la
fin
de
1915,
après
la
défaite
de
la
Serbie
et
l’entrée
en
guerre
de
la
Bulgarie
aux
côtés
des
puissances
centrales,
il
changea
d’avis
et
posa
la
question
qui
allait
maintenant
dominer
le
débat
politique,
à
savoir
si :
|
Du
point
de
vue
de
la
marine,
une
guerre
sous-marine
menée
à
outrance,
mit
voller
Wucht,
constituait
un
moyen
de
guerre
si
efficace
que
l’on
pouvait
s’accommoder
des
inconvénients
qu’amèneraient
une
rupture
avec
l’Amérique,
et
si
on
pouvait
attendre
d’une
guerre
sous-marine
illimitée,
que
par
les
dommages
économiques
qu’elle
infligerait,
elle
puisse
inciter
l’Angleterre
à
la
paix
avant
environ
la
fin
de
1916 155.
|
|
Tirpitz
et
Holtzendorff
répondirent
par
l’affirmative,
tandis
que
Bethmann-Hollweg
trouvait
pour
s’y
opposer
le
soutien
des
secrétaires
d’Etat
à
l’Intérieur
et
aux
Affaires
étrangères.
Le
Kaiser
arbitra
en
repoussant
la
décision
à
avril
1916.
Cette
décision
ne
mit
pas
fin
aux
tensions
internes,
qui
se
traduisirent
notamment
par
la
démission
de
Tirpitz,
irrité
d’être
tenu
à
l’écart.
L’interception
d’une
note
de
l’Amirauté
anglaise
ordonnant
aux
bâtiments
de
commerce
armés
de
se
comporter
de
façon
offensive
à
l’égard
des
sous-marins
donna
à
l’Admiralstab
le
prétexte
cherché
pour
obtenir
du
Kaiser,
en
février
1916,
l’autorisation
de
reprendre
une
guerre
limitée
à
l’attaque
des
bâtiments
armés
et
en
mars
l’extension
de
cette
autorisation
aux
bâtiments
non
armés,
à
l’exception
des
paquebots.
La
menace
américaine
consécutive
à
l’incident
du
Sussex
(24 mars 1916)
d’une
rupture
des
relations
diplomatiques
allait
entraîner
l’ordre
de
conduite
de
la
guerre
sous-marine
nach
Art
des
Prisenordnung,
ce
qui
impliquait
notamment
l’interdiction
de
torpiller
sans
sommations.
C’est
cet
ordre
qui
provoquait
la
décision
des
commandants
opérationnels,
à
savoir
le
commandant
en
chef
de
la
Hochseeflotte
et
celui
du
Marinekorps
des
Flandres156,
d’arrêter
la
guerre
sous-marine
autour
de
l’Angleterre,
à
l’exception
du
mouillage
de
mines.
Ils
manifestaient
ainsi
l’opinion
que
la
guerre
sous-marine
illimitée
était
le
seul
mode
d’emploi
convenable
de
cette
arme
et
pensaient
forcer
ainsi
la
main
aux
politiques.
L’arme
était
cependant
à
deux
tranchants :
|
Pour
la
suite
de
la
guerre
l’arrêt
durant
six
mois
de
la
guerre
sous-marine
autour
de
l’Angleterre
a
eu
probablement
de
lourdes
conséquences.
Le
tonnage
de
fret
qui
n’a
pas
été
alors
coulé,
que
l’on
peut
au
bas
mot
estimer
à
environ
1
million
de
tonnes,
s’il
avait
manqué
en
1917-1918
aux
Alliés,
aurait
peut-être
provoqué
le
changement
décisif
de
la
guerre
sous-marine,
dont
nous
savons
combien
elle
fut
près
du
succès
final 157.
|
|
Tandis
que
Falkenhayn
insistait
vivement
pour
qu’il
fut
répondu
à
la
menace
américaine
par
une
proclamation
immédiate
de
la
guerre
sous-marine
illimitée,
Holtzendorf,
s’écartant
de
la
position
qu’il
avait
eue
jusque-là,
conseillait
de
céder.
La
guerre
sous-marine,
nach
Art
der
Prisenordnung,
devait
commencer
à
reprendre
dans
la
Manche,
à
l’initiative
du
commandant
de
la
flottille
de
sous-marins,
qui
estimait
ne
plus
pouvoir
renoncer
à
ce
type
d’activité
fructueux.
Devant
les
bons
résultats
obtenus,
Holtzendorf
obtenait
l’autorisation
d’une
reprise
générale
de
la
guerre
respectant
l’ordre
de
prise.
D’octobre
1916
à
janvier
1917,
300 000
tonnes
par
mois
furent
envoyés
par
le
fond,
ce
qui
contribuera
à
la
prise
de
conscience
par
l’Angleterre
de
la
réalité
de
la
menace :
|
Il
est
dans
la
nature
de
l’Anglais,
de
ne
se
préoccuper
sérieusement
d’un
danger
que
lorsqu’il
a
“le
couteau
sur
la
gorge”,
mais
de
se
ressaisir
alors
avec
l’énergie
la
plus
obstinée
et
en
déployant
tous
les
moyens
accessibles
au
prix
d’héroïques
efforts,
afin
de
vaincre 158.
|
|
Ce
sera
en
Angleterre,
sous
la
direction
de
l’amiral
Jellicoe
nommé
First
Sea
Lord,
le
début
d’un
gigantesque
effort
de
développement
des
différents
moyens
de
lutte
contre
les
sous-marins.
Il
était
grand
temps
car
en
Allemagne
les
derniers
obstacles
sur
la
voie
d’une
guerre
sous-marine
à
outrance
n’allaient
pas
tarder
à
tomber.
Le
commandement
supérieur
de
l’armée
considérait
maintenant
la
situation
comme
suffisamment
consolidée
pour
pouvoir
envisager
le
risque
lié
à
une
entrée
en
guerre
des
Etats-Unis,
il
n’en
était
pas
moins
convaincu,
comme
l’affirmera
le
général
Ludendorff
le
18
novembre
1916
devant
une
commission
parlementaire,
que :
|
La
situation
était
telle
que
nous
ne
pouvions
pas
compter
sur
une
victoire
sur
le
seul
théâtre
d’opérations
terrestre ;
|
|
La
marine
ne
se
déroba
pas
devant
la
question
posée :
|
L’Admiralstab
se
porta
par
contre
garant
du
fait
que
la
guerre
sous-marine
atteindrait
son
objectif
dans
l’intervalle
d’une
demi-année ;
durant
cet
intervalle,
il
n’y
avait
pas
à
compter
sur
un
engagement
des
troupes
américaines
en
France 159.
|
|
Le
refus
de
l’offre
allemande
de
paix,
l’absence
de
pression
du
président
Wilson
sur
l’Angleterre
pour
le
respect
de
la
liberté
des
mers,
vont
faire
le
reste.
La
guerre
sous-marine
illimitée
était
décidée
lors
du
conseil
supérieur
de
guerre
du
9
janvier
1917,
la
date
de
son
ouverture
fixée
au
1er
février
1917.
Le
chancelier
Bethmann-Hollweg
qui
y
restait
opposé
plus
que
jamais
se
plia
à
la
décision
et
ne
donna
pas
pour
autant
sa
démission,
comme
l’avait
fait
Tirpitz
dans
la
conjoncture
opposée.
Et
K.
Assmann
de
regretter
que
l’état
de
disgrâce
impériale
dans
lequel
se
trouvait
ce
dernier,
n’ait
pas
permis
de
faire
appel
comme
chancelier
au
seul
homme
susceptible,
selon
lui,
de
galvaniser
suffisamment
les
énergies
pour
aboutir
au
succès :
|
L’Admiralstab
et
l’Oberste
Heeresleitung
exigèrent
la
guerre
sous-marine
illimitée,
car
ils
voyaient
en
elle
certes
une
arme
à
double
tranchant,
mais
la
plus
aiguisée
et
la
dernière
dont
nous
disposions
encore,
et
parce
qu’ils
croyaient
au
succès.
La
direction
politique
ne
croyait
pas
au
succès,
mais
elle
était
hors
d’état
de
s’opposer
avec
des
arguments
crédibles
à
l’optimisme
des
autorités
militaires 160.
|
|
Le
caractère
tragique
de
cette
décision
réside,
selon
K.
Assmann,
dans
le
fait
que
le
président
Wilson,
alors
convaincu
que
les
Anglais
poursuivaient
eux
aussi
des
buts
de
guerre
impérialistes,
tenait
réellement
à
son
idée
de
peace
without
victory
et
que
l’initiative
allemande
frustrait
son
espérance
d’en
être
l’arbitre.
La
révolution
russe
allait
créer,
à
peine
deux
mois
plus
tard,
une
situation
nouvelle ;
Ludendorff
déclarera
après
la
guerre
qu’il
eût
été
d’un
tout
autre
avis
sur
l’opportunité
de
la
guerre
sous-marine
si
l’événement
avait
pu
être
prévu.
K.
Assmann
n’en
prend
pas
moins
position
dans
la
polémique
concernant
la
question
de
savoir
si
les
Etats-Unis
seraient
de
toute
façon
entrés
ou
non
dans
la
guerre :
|
L’opinion
dominante
s’appuie
sur
le
fait
que
les
intérêts
généraux
des
Etats-Unis
et
des
Alliés
dans
la
guerre
mondiale
étaient
si
étroitement
enchevêtrés,
que
les
Etats-Unis
nous
auraient
déclaré
la
guerre
de
toute
façon
et
au
moment
qui
leur
aurait
paru
opportun,
sans
se
soucier
de
savoir
si,
ou
comment,
nous
menions
la
guerre
sous-marine 161.
|
|
La
seule
réserve
émise
par
lui
est
qu’au
tournant
des
années
1916-1917,
Wilson
privilégiait
la
médiation,
et
que
la
décision
allemande
ne
lui
laissait
plus
le
choix,
car :
|
Une
victoire
allemande,
Wilson
n’en
voulait
à
aucun
prix 162.
|
|
Certains
experts
militaires
sont
néanmoins
de
l’avis
que
si
les
divisions
américaines
étaient
intervenues
six
mois
plus
tard,
la
"grande
bataille
de
France"
eût
été
gagnée,
et
K.
Assmann
pense
pour
sa
part
que
l’occupation
alors
possible
des
côtes
française
et
belge
aurait
créé
des
conditions
plus
favorables
pour
la
lutte
qui
aurait
continué
contre
l’Angleterre.
Avec
des
pertes
de
fret
maritime
qui
atteignent
650 000
tonnes
par
mois,
les
six
premiers
mois
de
la
guerre
sous-marine
illimitée
n’atteignent
pas
le
résultat
escompté,
mais
les
pertes
causées
n’en
excèdent
pas
moins
la
capacité
de
remplacement
alliée.
Ces
succès
initiaux
et
l’effondrement
russe
n’en
auront
pas
moins
le
fâcheux
effet
de
dissuader
le
gouvernement
allemand
de
faire
preuve
de
la
modération
qui
eût
été
nécessaire
pour
faire
aboutir
la
tentative
de
médiation
du
pape.
La
négociation
fut
également
retardée
par
le
remplacement
en
juillet
1917
comme
chancelier
de
Bethmann-Hollweg
par
Michaelis.
Le
renversement
de
tendance
dans
la
guerre
sous-marine
fit
que
ce
fut
alors
l'Angleterre
qui,
sentant
le
danger
passé,
se
montra
opposée
à
une
paix
de
compromis.
K.
Assmann
résume
ainsi
les
raisons
de
l’échec :
|
Les
résultats
actuels
des
recherches
dans
ce
domaine
amènent
à
considérer
comme
non
injustifiée
l’hypothèse
selon
laquelle,
grâce
à
l’effet
de
la
guerre
sous-marine,
certaines
perspectives
de
paix
existèrent
à
l’été
1917,
qui
restèrent
cependant
inutilisées,
car
il
nous
a
manqué
une
direction
de
l’Etat
forte
et
avisée,
qui
ait
eu
les
commandes
en
main
à
l’intérieur
comme
à
l’extérieur,
en
particulier
dans
la
question
des
objectifs
de
guerre
recherchés.
Il
n’existait
certes
aucune
perspective
pour
ce
que
nous
appelions
alors
une
“paix
victorieuse”,
Siegfried,
mais
il
en
existait
certainement
pour
une
paix
de
conservation,
qui
dans
notre
situation,
comme
après
la
guerre
de
Sept
Ans
la
paix
d’Hubertusburg,
aurait
signifié
une
victoire
allemande 163.
|
|
Et
c’est
sur
ces
mots
que
K.
Assmann
clôt
la
partie
de
son
étude
consacrée
à
la
Première
Guerre
mondiale.
*
*
*
Il
était
intéressant
de
mettre
en
parallèle
l’analyse
de
deux
historiens
de
renommée
équivalente,
que
séparent
une
génération
d’homme
mais
surtout
une
Seconde
Guerre
mondiale.
La
relation
qu’ils
font
des
événements
eux-mêmes
est
pratiquement
identique,
ce
qui
est
la
preuve
que
dans
ce
domaine,
grâce
aux
remarquables
études
anglaises
et
allemandes
qui
ont
suivi
la
guerre
et
que
nous
avons
citées,
la
"part
d’ombre"
était
des
plus
limitée.
Leurs
ouvrages
n’en
diffèrent
pas
moins
profondément
dans
leur
esprit
même
et
dans
les
priorités
choisies,
qui
se
reflètent
dans
les
titres
eux-mêmes.
L’ouvrage
d’Otto
Groos
se
veut
didactique.
Il
s’agit
pour
lui
de
rappeler
les
grands
principes
de
la
stratégie
maritime.
Ce
n’est
pas
par
hasard
ou
par
esprit
œcuménique
qu’il
se
réfère
au
dernier
maître
en
la
matière,
J.S.
Corbett,
et
de
voir
"à
la
lumière
de
la
guerre
mondiale"
comment
ils
ont
été
appliqués
et
quel
en
fut
le
résultat.
Son
livre
est
de
ce
point
de
vue
une
réussite.
Mais
il
est
aussi
évident
qu’il
écrit
à
une
époque
où
sévissent
encore
certains
"tabous".
Le
simple
fait
que
le
livre
ait
été
préfacé,
juste
avant
sa
mort,
par
le
grand
amiral
von
Tirpitz
est
suffisant
pour
indiquer
qu’il
ne
faut
pas
s’attendre
à
un
examen
et
surtout
pas
à
une
remise
en
cause
des
principes
qui
avaient
conduit
à
la
construction
de
la
flotte
impériale
allemande.
Même
s’il
fait
au
demeurant
preuve
de
modération,
il
n’est
pas
davantage
question
qu’il
touche
de
trop
près
au
mythe
de
la
"victoire
allemande"
au
Jutland-Skagerrak,
ce
qui
l’entraîne
à
quelques
appréciations
tout
à
fait
contestables,
voire
même
non
exemptes
de
contradiction,
lorsqu’on
compare
les
jugements
portés
sur
la
bataille
dans
les
différents
chapitres164.
En
étudiant
"La
stratégie
maritime
allemande
au
cours
de
deux
guerres
mondiales",
Kurt
Assmann
n’a
pas
les
mêmes
ambitions
didactiques,
mais
trente
ans
plus
tard
et
après
un
second
désastre,
il
n’a
plus
à
respecter
les
mêmes
tabous
et
il
pose
les
vraies
questions.
Après
avoir
été
adulé,
Tirpitz
avait
fait
l’objet
de
vives
critiques,
K.
Assmann
lui
accorde
pour
sa
part
un
véritable
quitus
en
ce
qui
concerne
le
bien
fondé
de
sa
politique
de
construction
de
la
flotte.
Quand
elle
a
été
conçue,
elle
correspondait
aux
aspirations
de
politique
mondiale,
Weltpolitik,
du
Reich
allemand.
Le
"concept
du
risque",
Risikogedanke,
avait
un
but
essentiellement
politique,
qui
aurait
été
atteint
si
la
politique
étrangère
allemande
avait
été
à
la
hauteur.
Tirpitz
ne
peut
être
tenu
responsable
de
son
insuffisance.
Aucune
flotte
ne
pouvait
être
conçue
pour
tenir
tête
à
la
coalition
rassemblée
contre
l’Allemagne.
Nous
lui
en
donnons
volontiers
acte,
à
la
réserve
près
qu’en
stérilisant
la
réflexion
stratégique
allemande,
qu’il
avait
pourtant
contribué
lui-même
à
porter
à
un
haut
niveau,
Tirpitz
ne
peut
être
exempté
de
responsabilité
dans
l’incapacité
de
la
marine
allemande
à
s’adapter
à
la
nouvelle
donne
stratégique165.
Et
il
est
permis
de
faire
plus
que
de
s’interroger
sur
l’aptitude
qu’il
lui
prête
à
commander
en
chef
la
marine,
et
encore
plus
à
assumer
la
direction
suprême
de
la
guerre.
Dans
le
chapitre
consacré
à
la
Première
Guerre
mondiale,
s’agissant
de
la
"bataille
décisive",
il
montre
qu’elle
n’a
pas
eu
lieu
tout
simplement
parce
que
des
deux
côtés,
pour
des
raisons
différentes,
elle
n’était
pas
réellement
recherchée.
Ce
point
de
vue
affirmé
lui
évite,
à
propos
du
Jutland-Skagerrak,
les
contorsions
intellectuelles
de
son
prédécesseur.
En
ce
qui
concerne
la
guerre
sous-marine,
il
se
distingue
d’O.
Groos
en
mettant
davantage
l’accent
sur
les
aspects
politique
de
ce
type
de
guerre.
Il
montre
comment
et
pourquoi
la
direction
politique
et
les
commandements
militaires
se
sont
révélés
impuissants
à
surmonter
leurs
contradictions
internes
et
à
appliquer
au
moment
opportun
la
stratégie
dont
ils
avaient
pourtant
discerné
les
contours.
________
Notes:
1
J.S.
Corbett,
Naval
Operations.
2
Der
Krieg
zur
See,
1914-1918,
la
plus
grande
partie
des
15
volumes
que
comporterait
ce
travail
magistral
était
alors
déjà
parue.
3
Nous
avons
eu
l’occasion
dans
la
première
publication
de
cette
série
de
montrer
quelle
était
la
responsabilité
propre
de
Tirpitz
dans
l’assèchement
de
la
pensée
stratégique
allemande,
cf.
F.E.
Brézet,
“La
pensée
navale
allemande
des
origines
à
1914”,
L’évolution
de
la
pensée
navale
I,
pp. 119
et
ss. ;
cf.
également
F.E.
Brézet,
le
Plan
Tirpitz
(1897-1914),
une
flotte
de
combat
contre
l’Angleterre,
en
cours
de
publication,
Librairie
de
l’Inde,
Paris.
4
Fort
heureusement
traduit
de
l’anglais
maintenant,
cf.
J.S.
Corbett,
Principes
de
Stratégie
Maritime,
Economica,
1993.
5
Rappelons
toutefois
que
si
l’état-major
de
l’armée
de
terre,
le
Generalstab,
s’était
à
la
déclaration
de
guerre
érigé
en
Grand
Quartier
Général
en
charge
de
la
conduite
de
la
guerre,
le
Kaiser
avait
conservé
dans
sa
main
l’exercice
du
commandement
de
la
marine
et
l’état-major
de
la
marine,
l’Admiralstab,
avait
conservé
la
simple
fonction
de
préparation
des
opérations
que
l’organisation
de
la
marine
lui
conférait.
6
L’opinion
avait
même
été
exprimée
en
son
temps
qu’il
valait
mieux
laisser
le
corps
britannique
s’engager
sur
le
continent
pour
l’y
écraser.
Notons
que
l’état-major
français
lui-même
ne
semble
pas
avoir
davantage
intégré
dans
sa
stratégie
initiale
l’appui
anglais.
7
Cf.
F.E.
Brézet,
Le
Plan
Tirpitz.
8
Cf.
F.E.
Brézet,
Le
Plan
Tirpitz.
9
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
35.
10
Cf.
F.
Ratzel,
Das
Meer
als
Quelle
der
Völkergrösse ;
cf.
également,
Michel
Korinman,
“De
Friedrich
Ratzel
à
Karl
Haushofer,
la
Politische
Ozeanographie”,
dans
L’évolution
de
la
pensée
navale
V,
La
pensée
géopolitique
navale,
p. 191.
11
L’auteur
a
naturellement
à
l’esprit
les
violentes
campagnes
d’opinion
contre
la
guerre
sous-marine.
12
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
52.
13
Cette
opération
de
minage,
qui
avait
été
effectuée
en
accord
avec
le
Danemark,
ne
présentait
pas
que
des
inconvénients
puisqu’elle
interdisait
pratiquement
la
Baltique
à
la
flotte
anglaise,
alors
que
la
marine
allemande
disposait
du
canal
de
Kiel.
14
Cf.
W.
Wegener,
Die
Seestrategie
des
Weltkrieges,
p. 66.
Sur
les
conceptions
du
vice-amiral
Wegener
et
leur
impact,
on
se
rapportera
utilement
à
W.
Rahn,
“La
réflexion
stratégique
dans
la
marine
allemande
de
1914
à
1945”,
in
L’évolution
de
la
pensée
navale
II,
p. 142.
15
Cf.
F.E.
Brézet,
L’évolution
du
concept
stratégique
et
politique
d’emploi
des
forces
de
haute
mer
allemandes
et
ses
conséquences
sur
la
conduite
de
la
guerre
en
mer
du
Nord
de
1914
à
1918,
à
paraître.
16
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
61.
17
Il
s’agit
des
opérations
sur
Yarmouth
(3
novembre
1914),
Hartlepool,
Whitby
et
Scarborough
(16
décembre
1914) ;
la
rencontre
du
Doggerbank
(25 janvier 1915)
montrait
que
ce
genre
d’opérations
n’était
pas
sans
risques.
18
En
février
1915,
tout
en
restant
globalement
sous
le
commandement
de
Jellicoe,
elle
était
articulée
en
“flotte
de
combat”,
battlefleet,
placée
sous
le
commandement
direct
de
Jellicoe
et
stationnée
à
Scapa
Flow
et
en
“flotte
des
croiseurs
de
bataille”,
battlecruiserfleet,
placée
sous
le
commandement
de
Beatty
et
stationnée
à
Rosyth.
19
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
70.
20
Cf.
F.E.
Brézet,
Le
Jutland,
Economica,
1993.
21
Pour
les
Anglais
cette
maîtrise
passait
par
le
contrôle
du
Danemark.
Les
projets
de
débarquement
envisagés
déjà
par
Fisher
lors
de
son
premier
passage
à
la
tête
de
l’Amirauté
n’avaient
pas
été
retenus,
il
s’en
faut,
par
le
Conseil
impérial
de
défense.
22
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
71.
23
Cf.
O
Groos,
op.
cit.,
p.
74.
24
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
75.
25
Il
est
normal
de
parler
d’opération
aéronavale,
la
première
du
genre,
puisqu’il
s’agissait
d’une
attaque
conduite
par
des
avions
mis
en
œuvre
à
partir
de
porte-aéronefs,
dont
la
sûreté
était
assurée
par
la
Grand
Fleet.
L’opération
fut
en
fait
un
double
fiasco :
les
avions
anglais
ne
trouvèrent
pas
la
base
de
zeppelins
qui
constituait
leur
objectif,
la
flotte
allemande
ne
réussit
pas
à
appareiller
en
temps
utile
pour
perturber
l’opération.
26
Cf.
J.S.
Corbett,
op.
cit.,
pp.
153
et
ss.
(traduction
française).
27
Notons
que
Corbett
ne
fait
pas
de
la
guerre
au
commerce,
comme
Tirpitz,
l’“arme
du
faible”,
mais
y
voit
au
contraire
une
forme
de
l’exercice
de
la
maîtrise
de
le
mer.
28
Corbett
cite
l’exemple
du
blocus
de
Toulon
par
Nelson.
29
Le
taux
de
bâtiments
interceptés
durant
toute
la
guerre
s’avèrera
extrêmement
faible,
cf.
F.E.
Brézet,
La
guerre
au
commerce
par
croiseurs,
la
marine
impériale
allemande
durant
la
Première
Guerre
mondiale,
à
paraître.
30
Destruction
des
croiseurs
légers
allemands,
Ariadne,
Köln
et
Mainz
et
des
sous-marins
U
13
et
U
15 ;
torpillage
des
croiseurs-cuirassés,
Pathfinder,
Aboukir,
Cressy
et
Hogue ;
perte
sur
mine
du
super-dreadnought
Audacious.
31
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p. 101.
32
Le
26
août,
le
croiseur
léger
Magdeburg
échoué
sur
la
côte
balte
avait
dû
être
abandonné,
les
Russes
communiquèrent
aux
Anglais
le
code
de
chiffrement
qu’ils
avaient
récupéré.
33
Le
1er
novembre,
l’escadre
du
vice-amiral
Graf
von
Spee
avait
détruit
au
Cap
Coronel
celle
du
contre-amiral
Cradock.
34
Le
29
février
1916,
destruction
du
Greif
au
nord-nord-ouest
des
Shetlands.
35
Cette
Kriegsgebieterklärung
du
4
février
1915
était
surtout
liée
à
la
guerre
sous-marine.
36
Le
combat
du
Doggerbank,
le
25
janvier
1915,
illustre
bien
ces
nouvelles
conditions :
les
croiseurs
de
bataille
allemands
étaient
sortis
pour
détruire
les
forces
de
mouillage
de
mines,
l’interception
des
communications
permit
aux
croiseurs
de
bataille
anglais
d’être
informés
en
temps
utile
de
leur
appareillage.
37
En
ce
qui
concerne
les
sous-marins
qui
constituaient
l’objectif
principal :
36
sous-marins
probablement
perdus,
dont
un
certain
nombre
sur
des
mines
allemandes.
38
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
115.
39
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
116.
40
C’est
la
stratégie
qu’en
son
temps
Kurt
von
Maltzahn
avait
voulu
préconiser
et
qu’il
appelait
“La
lutte
contre
la
maîtrise
de
la
mer”,
Tirpitz
l’avait
fait
interdire
d’enseignement
sur
ce
thème,
cf.
F.E.
Brézet,
“La
Pensée
navale
allemande
des
origines
à
1914”,
dans
L’évolution
de
la
pensée
navale
I,
p. 129.
41
Cf.
O
Groos,
op.
cit.,
p.
121.
42
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
122.
43
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
123.
44
Le
vice-amiral
Wegener,
qui
publiait
à
la
même
époque
son
propre
ouvrage
chez
le
même
éditeur,
parlait
de
façon
encore
plus
frappante
d’“angle
mort
d’une
mer
morte”.
45
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
123.
46
Tirpitz,
bien
qu’il
ignorât
alors
que
le
rapport
de
forces
était
temporairement
moins
défavorable,
estimait
qu’il
ne
justifiait
pas
un
comportement
aussi
réservé,
surtout
alors
que
se
livrait
la
bataille
décisive,
der
Kampf
um
Sein
oder
Nichtsein,
“Je
suis
pour
cette
raison
de
l’avis
que
d’autres
offensives
de
notre
flotte
rassemblée
sont
nécessaires”.
Cette
attitude
résolument
offensive
de
Tirpitz
était
plus
apparente
que
réelle,
comme
nous
le
montrera
K.
Assmann.
47
Le
premier
commandant
en
chef
de
la
Hochseeflotte,
l’amiral
von
Ingenohl,
ne
fut
pas
le
moins
offensif :
dans
son
mémoire
du
25
septembre
1914,
il
insistait
sur
le
fait
que
les
sorties
de
toute
la
flotte
accroissaient
davantage
les
chances
de
succès
que
les
risques.
48
La
flotte
devait,
en
interdisant
par
son
existence
tout
débarquement,
décharger
l’armée
du
souci
de
la
défense
côtière.
Elle
assurait
en
outre,
en
face
de
la
flotte
russe,
la
maîtrise
de
la
Baltique.
49
La
flotte
était
considérée
comme
devant
peser
lourd
dans
une
négociation
de
paix.
Jusqu’en
1917,
le
gouvernement
allemand
crut
vraiment
à
la
possibilité
d’arrêter
les
hostilités.
50
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
125.
51
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
126.
52
Cf.
O
Groos,
op.
cit.,
p.
127.
53
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
131.
54
Cf.
Der
Krieg
zur
See,
Nordsee,
tome
5,
p.
27,
“Leitgedanken
für
die
Seekriegführung
in
der
Nordsee”.
55
Il
était
en
effet
pour
le
moins
inapproprié
de
parler
d’“attitude
réservée”
de
la
flotte
anglaise,
comme
en
témoignent
les
opérations
montées
contre
les
bases
de
zeppelins,
même
si
elles
n’ont
pas
obtenu
le
résultat
recherché.
56
L’activité
opérationnelle
des
sous-marins
était
réglée
par
l’Admiralstab,
mais
ils
n’en
étaient
pas
moins
rattachés
à
la
Hochseeflotte.
Ces
restrictions
ne
faisaient
que
répercuter
la
décision
du
pouvoir
politique,
cédant
à
la
pression
américaine
après
l’incident
du
Suffolk,
de
mettre
un
frein
à
la
guerre
sous-marine.
57
Ce
fut
un
fiasco
total,
l’appareillage
de
la
Grand
Fleet
ne
fut
pas
repéré
et
encore
moins
signalé,
les
quelques
attaques
lancées
sur
des
éléments
du
dispositif
n’eurent
d’autre
résultat
que
de
créer
une
“psychose
du
sous-marin”
qui
devait
cependant
peser
sur
la
suite
de
la
bataille.
58
Il
s’agit
de
la
“guerre
sous-marine
sans
restrictions”
instaurée
à
partir
de
février
1917.
59
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
137.
60
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
138.
61
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
140.
62
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
141.
Assez
curieusement
l’auteur
ne
rappelle
pas
que
ce
concept
de
Kleinkrieg,
guerre
de
mines
et
de
sous-marins,
fut
opposé
sans
succès
par
le
vice-amiral
Galster
à
partir
de
1907
au
concept
tirpitzien
d’une
flotte
de
combat,
cf.
F.E.
Brézet,
“La
pensée
navale
allemande
des
origines
à
1914”,
dans
L’évolution
de
la
pensée
navale,
p. 130
et
Le
Plan
Tirpitz,
op.
cit.
63
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
141.
64
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
144.
65
Torpillages
des
croiseurs-cuirassés
Pathfinder,
Cressy,
Aboukir,
Hogue ;
destruction
par
mine
de
l’Audacious.
66
La
marine
allemande
commencera
la
guerre
avec
seulement
deux
mouilleurs
de
mines
véritables,
Nautilus
et
Albatros,
et
trois
mouilleurs
auxiliaires,
Königin
Luise,
Berlin
et
Kaiser.
67
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
158.
68
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
157.
69
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
160.
70
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
161.
71
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
164.
72
Les
Allemands
appellent
“guerre
de
croiseurs”,
Kreuzerkrieg,
ce
que
nous
appelons
plutôt
“guerre
de
course”,
il
s’agit
bien
de
guerre
au
commerce
menée
par
croiseurs
(ou
croiseurs
auxiliaires).
73
Der
Krieg
zur
See
1914-1918,
l’ouvrage
auquel
l’auteur
se
réfère
et
auquel
il
faut
bien
le
dire
il
emprunte
pratiquement
toutes
ses
idées
est
le
premier
tome,
“Das
Kreuzergeschwader”,
des
deux
volumes
traitant
de
“der
Kreuzerkrieg
in
den
ausländischen
Gewässer”,
écrits
de
la
main
d’Eric
Raeder.
74
La
terminologie
allemande
pour
ce
type
d’activité
est
ausland,
étranger,
extérieur,
d’où
les
appellations,
Auslandflotte,
Auslandkreuzer,
utilisées.
75
L’auteur
se
garde
bien
d’indiquer
que
le
concept
de
base
de
Tirpitz
impliquait
que
l’Angleterre
ne
renoncerait
jamais
au
déploiement
de
ses
forces
outre-mer.
76
Nous
allons
voir
que
la
seule
escadre
de
croiseurs
digne
de
ce
nom
était
das
Kreuzergeschwader,
l’escadre
stationnée
à
Kiao-Tcheou
et
elle
y
avait
été
déployée
surtout
pour
affirmer
les
intérêts
allemands
en
Extrême-Orient
et
parce
que
Kiao-Tcheou
constituait
le
seul
véritable
point
d’appui
dont
disposait
l’Allemagne
outre-mer.
77
Cf.
F.E.
Brézet,
La
guerre
au
commerce
par
croiseurs,
la
marine
impériale
allemande
durant
la
Première
Guerre
mondiale,
à
paraître
publications
CDHM-SHM.
78
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
172.
79
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
173.
L’escadre
réunissait
alors
deux
croiseurs-cuirassés
relativement
modernes
pour
ce
type
de
bâtiment,
le
Scharnhorst
et
le
Gneisenau
mais
aussi
les
trois
croiseurs
Dresden,
Leipzig
et
Nürnberg,
dont
la
“puissance
de
combat”
était
beaucoup
plus
sujette
à
caution
et
qui
constituaient
par
contre,
comme
ils
l’avaient
déjà
prouvé,
de
remarquables
vecteurs
de
la
Kreuzerkrieg.
80
Le
1er
novembre
1914,
son
escadre
détruisit
les
croiseurs-cuirassés
Good
Hope
et
Monmouth
de
l’escadre
anglaise
du
contre-amiral
Cradock.
81
C’est
ce
qui
explique
la
mauvaise
surprise
des
Falklands,
qui
entraînera
le
8
décembre
l’anéantissement
de
la
force
allemande.
82
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
174.
83
Les
opérations
de
bâtiments
tels
que
le
Möwe,
le
Seeadler
et
le
Wolf,
se
traduisirent
par
la
destruction
de
quelque
325 000
tonneaux.
84
Les
Alliés
perdront
du
fait
de
cette
guerre
600 000
tonneaux
de
fret,
ce
qui,
compte-tenu
de
la
relative
modicité
et
du
faible
coût
des
moyens
mis
en
œuvre,
peut
être
considéré
comme
un
résultat
remarquable.
85
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
180.
86
Cela
n’avait
rien
d’absurde
dans
la
mesure
où
le
bâtiment
opérait
le
plus
souvent
en
surface
et
ne
plongeait,
et
encore
pas
toujours,
que
pour
attaquer.
C’était
un
“submersible”
et
non
un
véritable
sous-marin.
87
Les
règles
essentielles
de
la
guerre
au
commerce
avaient
été
définies
par
la
déclaration
de
Paris
du
16
avril
1856,
par
la
Convention
de
La
Haye
d’octobre
1907
et
la
Conférence
de
Londres
de
1908-1909.
C’est
à
partir
de
ces
règles
internationales
qu’avait
été
élaboré
l’“Ordre
de
prise”,
Prisenordnung,
que
le
Kaiser
avait
prescrit
d’appliquer
dans
son
ordre
d’opérations
du
30
juillet
1914.
Cet
“Ordre
de
prise”,
qui
définissait
notamment
de
façon
très
restrictive
les
conditions
d’arraisonnement
de
saisie
ou
de
destruction
des
bâtiments,
va
se
trouver
en
Allemagne
au
centre
du
débat
politique
sur
le
mode
de
conduite
de
la
guerre
sous-marine.
88
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
182.
89
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
183.
90
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
184.
91
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
185.
92
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
189.
93
De
700 000
tonneaux
en
mars
à
373 000
en
septembre
et
octobre.
Le
nombre
de
sous-marins
perdus
atteindra
8
par
mois.
94
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
194.
95
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
195.
Sans
les
citer,
il
fait
allusion
de
façon
très
claire
aux
“cuirassés
de
poche”
du
type
Deutschland.
96
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
204.
97
Le
commandement
allemand
était
d’autant
plus
disposé
à
détacher
des
forces
que
l’absence
de
neutres
dans
le
conflit
faisait
qu’il
n’avait
pas
à
redouter
les
“bavures”
inévitables
en
mer
du
Nord.
98
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
208.
99
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p. 214.
Deux
escadres
modernes
avaient
été
détachées
de
la
Hochseeflotte.
Le
Bayern
et
le
Grosser
Kurfürst
continuèrent
l’opération
après
avoir
tous
deux
heurté
des
mines.
100
L’armée
russe
était
alors
en
pleine
débandade.
101
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
226.
102
Si
l’on
en
juge
par
des
références
précédentes,
il
doit
s’agir
sans
doute
de
celle
soutenue
par
Frothingham
dans
son
ouvrage
The
Naval
History
of
the
World
War.
103
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
228.
104
L’envoi
de
croiseurs
de
bataille
dans
l’Atlantique
avait
été
demandé
en
novembre
1914
par
l’“officier
d’étape”
de
San
Francisco
pour
faciliter
la
percée
dans
l’Atlantique
de
l’escadre
de
Spee
et
par
l’état-major
du
contre-amiral
Hipper,
pour
y
mener
la
“guerre
de
course”.
105
Cf.
O.
Groos,
op.
cit.,
p.
229.
106
Idem.
107
Cf.
F.E.
Brézet,
Le
plan
Tirpitz
(1897-1914),
une
flotte
de
combat
contre
l’Angleterre,
Librairie
de
l’Inde.
108
Une
interprétation
erronée
des
enseignements
de
la
bataille
du
Yalou
avait
incité
Guillaume
II
à
revenir
au
calibre
de
240
mm
pour
l’artillerie
principale,
privilégiant
la
cadence
de
tir,
hail
of
fire,
par
rapport
à
la
capacité
de
rupture.
109
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
17.
110
Il
se
trompe
toutefois
en
affirmant
qu’elle
attendit
jusqu’en
1911
pour
le
faire,
le
Dreadnought
sera
le
seul
bâtiment
conçu
sans
artillerie
secondaire,
elle
sera
réadoptée
dès
1906
avec
les
bâtiments
suivants
de
la
classe
Bellerophon.
111
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
18.
112
Cf.
F.E.
Brézet,
“La
pensée
navale
allemande
des
origines
à
1914”,
dans
L’évolution
de
la
pensée
navale,
p. 123.
113
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
18.
114
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
19.
115
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
20.
116
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
22.
117
Cf.
A.
von
Tirpitz,
Erinnerungen,
p.
154.
118
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
23.
119
Non
sans
une
certaine
logique,
les
Allemands
nomment
Generalstab
l’état-major
de
l’Armée
et
Admiralstab
celui
de
la
Marine.
120
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
29.
Le
rayon
d’action
des
torpilleurs
était
trop
faible
et
surtout
la
flotte
n’y
disposait
d’aucun
point
d’appui.
121
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
30.
122
Cf.
F.E.
Brézet,
Le
plan
Tirpitz.
123
L’ouvrage
de
référence
est
celui
de
W.
Hubatsch,
Der
Admiralstab.
Cf.
également,
C.
A.
Gemzell,
Organisation,
Conflict,
Innovation,
A
Study
of
german
naval
strategic
planning,
1888-1940.
124
Toutes
les
grandes
autorités,
y
compris
les
différents
commandements
des
forces
étaient
subordonnés
directement
à
l’empereur.
125
En
temps
de
guerre,
l’état-major
de
l’armée
prussienne
érigé
en
“Grand
Quartier
général”,
se
voyait
subordonner
opérationnellement
les
autres
armées
du
Reich
pour
l’exécution
des
plans
qu’il
avait
préparés.
126
Opinion
sujette
elle-même
à
caution,
Tirpitz
s’était
tenu
depuis
encore
plus
longtemps
éloigné
des
réalités
opérationnelles
et
le
pouvoir
quasi
absolu
qu’il
avait
exercé
sur
la
marine
lui
avait
valu
de
vives
animosités,
dans
les
rangs
du
Front
notamment.
127
Cf.
W.
Wegener,
Die
Seestrategie
des
Weltkrieges.
128
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
40.
129
Tirpitz
était
seulement
parvenu
à
faire
remplacer
dans
la
directive
impériale,
le
“peut”
par
le
“doit”,
ce
qui
donne
bien
la
limite
de
ses
pouvoirs.
130
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
41.
131
Mémoire
du
16
septembre
rédigé
au
GQG
de
Luxembourg.
132
Le
refus
opposé
par
le
Kaiser
lui-même,
le
9
janvier
1915,
à
une
plus
grande
liberté
de
manœuvre
de
la
Hochseeflotte
est
pourtant
tout
à
fait
explicite
à
ce
sujet,
la
flotte
y
est
qualifiée
“d’instrument
politique
important
dans
la
main
de
l’Oberste
Kriegsherr”.
133
Et
comme
l’a
montré
O.
Groos,
quand
la
bataille
terrestre
l’a
nécessité.
Les
pertes
encourues
ont
été
liées
à
ces
différents
mouvements.
134
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
53.
135
Les
mémoires
rédigés
par
lui
manifestent
effectivement
cet
esprit
offensif,
l’empereur
rejeta
seulement
toutes
ses
demandes
d’octroi
d’une
plus
grande
liberté
d’action.
136
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
66 ;
cf.
Frost,
Grand
Fleet
und
Hochseeflotte
im
Weltkrieg,
Berlin,
Otto
Schlegel.
137
Les
Danois
avaient
dû
avoir
vent
des
opérations
de
débarquement
envisagées
par
Fisher.
Notons
cependant
que
ce
barrage
tant
décrié
présentait
sans
doute
plus
d’avantages
que
d’inconvénients,
la
flotte
allemande
disposant,
elle,
du
canal
de
Kiel
pour
faire
communiquer
les
deux
théâtres
d’opérations.
138
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
68.
139
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
69.
140
N’oublions
pas
qu’il
écrit
pour
sa
part
en
1957
et
que
si
nous
n’évoquons
ici
que
ses
réflexions
sur
la
Première
Guerre
mondiale,
son
ouvrage
concerne
les
deux.
141
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
70.
Il
est
aussi
intéressant
de
noter
que
la
marine
avait
clairement
donné
à
entendre
que
la
défense
des
colonies
ne
comptait
pas
dans
ses
missions.
142
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
70.
143
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
73.
144
Sur
ce
problème
des
colonies
portugaises,
cf.
F.E.
Brézet,
Le
plan
Tirpitz.
145
C’est
bien
là
que
réside,
à
notre
avis,
le
véritable
échec
anglais
au
Jutland :
avoir
laissé
à
la
flotte
de
haute
mer
allemande
toute
sa
capacité
de
combat.
146
L’auteur
fait
sans
doute
allusion
ici
à
l’attaque
du
convoi
de
Norvège
menée
le
17
octobre
1917
par
2
croiseurs
légers,
qui
se
traduisit
par
la
perte
de
2
destroyers
d’escorte
et
de
10
des
12
bâtiments
du
convoi
et
à
celle
du
12 décembre
menée
par
4
grands
torpilleurs.
L’action
menée
en
avril
1918
par
des
croiseurs
de
bataille
fut
par
contre
infructueuse.
147
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
74.
148
Si
l’on
en
juge
par
le
Jutland,
le
rôle
d’éclaireur
resterait
à
démontrer.
Lors
de
la
sortie
du
18-19
août
1916
par
contre,
la
marine
anglaise
perdra
du
fait
des
sous-marins
deux
croiseurs
légers
sans
avoir
été
pour
autant
au
contact
de
l’ennemi.
149
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
75.
150
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
77.
151
Ce
n’était
que
le
début
d’une
suite
d’instructions
qui,
pour
le
simple
commandant
de
sous-marin,
ne
relevaient
pas
toujours
de
l’évidence.
152
Cf.
A.
Michelsen,
La
guerre
sous-marine
1914-1918,
chap.
VI,
pp.
165
et
ss.
Il
faudra
attendre
1917-1918
pour
les
commandes
massives.
153
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
79.
154
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
84.
155
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
88.
156
Les
forces
sous-marines
étaient
partagées
entre
ces
deux
autorités.
157
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
91.
158
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
93.
159
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
94.
160
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
95.
161
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
96.
162
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
97.
163
Cf.
K.
Assmann,
op.
cit.,
p.
99.
164
Dans
le
chapitre
V,
“l’obtention
d’une
décision
par
la
bataille”,
il
parle
d’étape
vers
la
victoire
totale,
alors
que
dans
le
chapitre
VI,
“la
fleet
in
being”,
il
met
l’accent
sur
l’habileté
tactique,
incontestable
celle-là,
qui
a
permis
à
Scheer
de
se
dégager
de
l’étau
anglais.
165
Cf.
F.E.
Brézet,
Le
plan
Tirpitz
et
“La
pensée
navale
allemande
des
origines
à
1914”,
dans
L’évolution
de
la
pensée
navale,
p.
131.
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