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Le Père Paul Hoste

Fondateur de la pensée navale moderne

 

Michel DEPEYRE

 

 

Le personnage est peu connu, effacé et presqu'oublié. Et pourtant, le père Paul Hoste fut un des fondateurs de l'Ecole française de tactique1. Son influence fut grande en France, mais aussi à l'étranger. C'est ainsi que dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l'amiral anglais Jervis, Lord Saint-Vincent, décela l'influence du prêtre français dans l'Essai méthodique et historique sur les tactiques navales de Clerk of Eldin2.

Paul Hoste est né en 1652 à Pont-de-Veyle, en Bresse3. Quelques dix-sept ans plus tard, il entre chez les Jésuites. C'est un bon mathématicien qui se spécialise vite dans les applications mathématiques en Marine. Il bénéficie également de hautes protections : par l'intermédiaire du Duc de Mortemart, Général des galères du roi, il devient chapelain du Maréchal Jean d'Estrées, puis du Maréchal de Tourville4. Dès lors, il apparaît comme un Jésuite "embarqué" qui, en plus de ses attributions de chapelain, étudie les manoeuvres, les codifie. Très souvent à bord, il peut expérimenter des méthodes nouvelles comme le carré naval, moyen pratique destiné à permettre aux bâtiments de garder leur poste au sein d'une armée navale. Il est ensuite professeur au séminaire royal de Toulon, jusqu'à sa mort, le 23 février 1700. Hoste semble bien incarner l'intérêt porté par les Jésuites de l'époque aux sciences et à la Marine. La Compagnie de Jésus rejoint en cela les Oratoriens, peut être plus pratiques, qui enseignent dans leurs collèges l'hydrographie5.

La bibliographie6 de Hoste met en évidence trois grands centres d'intérêt : les mathématiques, la construction navale et enfin la tactique navale. Il commence par publier en 1692 les trois volumes d'un Recueil des traités mathématiques qui est un ouvrage destiné aux officiers de terre et de mer. C'est sans doute le résultat de ses nombreux enseignements dans les collèges jésuites. En 1697, il se consacre à une Théorie de la construction des vaisseaux. A propos de cette théorie, Hoste rentre en opposition avec Tourville sur la manière de construire les bâtiments. Les deux hommes décident donc de construire chacun un vaisseau selon leurs plans. Le résultat fut défavorable à Hoste, qui dut s'incliner devant Tourville, expert en construction navale comme en tactique7. Cette anecdote met en évidence le rôle de Tourville dans la composition des ouvrages de Hoste. Cette influence se retrouve dans le Traité des évolutions navales, qui date de 1691. Ce travail resté à l'état de manuscrit prouve l'ancienneté des préoccupations tactiques du père Jésuite. Mais on sait que Hoste s'est aidé des mémoires de Tourville, c'est pourquoi nombre d'historiens pensent que son oeuvre majeure, l'Art des Armées Navales, est non seulement le produit d'une collaboration entre les deux hommes, mais aussi une mise en forme par Hoste d'idées et de thèses dictées par Tourville . En fait Philippe Masson a utilisé l'expression appropriée : "écrit sous son inspiration"8. Comment ne pas admettre le rôle et l'influence capitale de Tourville dans les théories de Hoste ? Mais rien ne prouve qu'il ne fut qu'un secrétaire du Maréchal. Ce traité sera ici notre source principale pour l'étude des idées tactiques du père Hoste.

Enjeux et Méthodes

Le traité fut offert en dédicace à Louis XIV. Ce dernier accepta et procura à Hoste une pension. Dès l'Epître au Roy - longue de sept pages - l'auteur rappelle à qui s'adresse cet ouvrage : il

"réduit à des règles également faciles et exactes, tous les mouvements qu'on peut et qu'on doit faire dans les armées de mer"...9

 

Fidèle au titre complet du livre, Hoste propose un guide pour les officiers de la Marine. On peut même risquer l'expression de "grammaire navale" pour ce manuel destiné aux professionnels. D'une part, il décompose les évolutions et décrit les manoeuvres des escadres, d'autre part, il illustre par des planches ce qu'il vient d'expliquer. Ces planches sont dans l'esprit du temps, décorées, ornées de jeunes Eoles joufflus, de paysages côtiers tourmentés. Mais, ce qui compte, c'est l'intention pédagogique : illustrer les évolutions étudiées. Cet abord de la question a sans doute conduit les successeurs de Hoste à appréhender sa pensée comme formelle, uniquement préoccupée de figures géométriques. C'est en fait l'ancien régent des petites classes des collèges qui transparaît derrière ce souci de précision et de description. Il tente de démontrer l'intérêt de telle ou telle évolution, car pour bien choisir un ordre de navigation, par exemple, il faut connaître les diverses possibilités offertes, savoir de quelle façon les bâtiments doivent évoluer. Fidèle à son esprit expérimental, Hoste n'en reste cependant pas à cet aspect livresque et abstrait. Pour lui, la pratique est nécessité. Elle apporte en effet l'intuition de la manoeuvre à accomplir lors des diverses situations qui peuvent se présenter. Hoste a toujours essayé d'unir travaux de cabinet et expérimentation, grâce à son poste d'aumônier de Tourville, qui l'autorise à embarquer sur les vaisseaux du Roi de France.

Chez les officiers le besoin d'un tel guide se faisait sentir car rien n'avait encore été écrit sur cette matière, d'une manière aussi claire et systématique.

Comment Hoste présente-t-il son ouvrage ?

"(Tourville) a bien voulu me communiquer ses lumières, en m'ordonnant de composer sur une matière que je pense n'avoir pas encore été traitée (sic)"10.

 

Pour lui le traité est donc nouveau. Néanmoins ce n'est pas le premier ouvrage en Europe sur un tel sujet. Des tentatives remontent au XVIe siècle avec l'espagnol Alonso de Chaves et l'anglais Matthew Sutcliffe, puis au XVIIe siècle avec l'italien Pandoro Pandora11. Malgré tout l'Art Naval est de conception radicalement nouvelle en France comme à l'étranger12. L'ouvrage est à replacer dans son cadre chronologique pour saisir la nécessité d'une telle publication.

La France est, au moment de la publication de l'Art Naval, en 1697, engagée dans la guerre de la ligue d'Augsbourg depuis 1689. Sur mer, la victoire sur les Anglais à Béveziers en 1690 a été suivie en 1692 de la défaite française de la Hougue. Dans les deux cas, Tourville dirigeait les escadres du Roi. Pourtant, il serait inexact de penser que la Hougue marque le début d'un déclin inexorable de la marine française. Ainsi, après 1692, elle remporte des succès navals à Lagos en juin 1693, mais aussi au Texel en janvier 1694. L'évaluation de la puissance de la flotte française renforce cette première constatation.

1692 = 132 vaisseaux. 1697 = 137 vaisseaux

L'oeuvre de Hoste ne se replace pas dans une phase de déclin. Bien au contraire, le traité de Hoste apparaît comme la preuve d'une volonté de maintenir la puissance navale française en l'asseyant sur une bonne formation tactique des officiers du roi. Dans le même temps, l'intérêt de la cour pour les affaires maritimes et navales va grandissant13. Une dynamique existe donc et elle ne se dément pas jusqu'à l'aube du XVIIIe siècle. La France a "une formidable marine de guerre qui reste, jusqu'en 1713, virtuellement la première du monde (ou suit de très près quand elle ne la dépasse pas), l'anglaise"14.

Le contexte tactique est aussi important à rappeler. En 1653, des instructions signées Blake, Deane, Monck imposent le combat en ligne15. Nous sommes alors au coeur de la première guerre anglo-hollandaise. Dans le cadre de cette formation, les vaisseaux sont les uns derrière les autres, serrés au maximum afin de recréer une véritable muraille sur mer. Le Duc d'York (futur Jacques II) et ses conseillers William Penn, Lawson mettent par écrit cette conception dans leurs Instructions d'avril 166516. Cette nouvelle tactique est appliquée pour la première fois de façon systématique à la bataille de Lowestoft (ou deuxième bataille de Texel) le 13 juin 1665, où l'amiral hollandais Opdam est écrasé par York. Hoste présente ce combat17 comme capital pour l'histoire de la tactique, il le caractérise ainsi :

"La plus glorieuse victoire, et la plus complète qu'on eut encore gagné sur la mer"18.

 

Ces premiers succès conduisent à une radicalisation. En 1673, York donne ses Instructions for the better ordering his majesty's fleet in fighting19. Les Instructions IV et VI parlent clairement de la formation en ligne, mais l'instruction XVI est encore plus nette puisqu'elle demande aux commandants de maintenir dans tous les cas la flotte en ligne. Les faits et gestes des commandants sont fixés avec détails. Une véritable "dictature" est établie sur la pensée tactique par ces instructions, très pertinentes dans de nombreux cas, mais trop rigides.

Autrement dit, le père Hoste vient peu après les grandes réformes de Colbert en France, peu après la mise en place en Angleterre des premières Fighting Instructions, et enfin dans la continuité d'une série de traités antérieurs. Il lui appartient de synthétiser l'essentiel de ces acquis -quand il réussit à les connaître- au profit de la Marine royale, et à la demande d'un de ses plus grands amiraux : Anne-Hilarion de Costentin de Tourville. Hoste rédige donc la première grande synthèse sur la tactique navale. Mais la nouveauté réside surtout dans la méthode. Il ne s'agit pas de simples articles détaillant abstraitement des manoeuvres, comme les Instructions d'York pourraient en donner une idée. Le projet est à la fois plus vaste et plus précis. Il embrasse l'histoire navale depuis la bataille de Lépante en 1571 jusqu'à la défaite française de la Hougue en 1692. Plus précis parce que Hoste connait par le menu un grand nombre de combats. Tous ne sont d'ailleurs pas passés à la postérité, ce qui prouve la solidité de l'information et des connaissances historiques du Jésuite. Il compense son absence de pratique de commandements à la mer par l'érudition. Cent ans d'histoire navale servent de matière première à sa réflexion. Hoste inaugure réellement ce qu'on peut appeler, par anticipation, l'Ecole historique dans le domaine de la tactique navale. Il illustre en effet les principales manoeuvres par un haut fait. Cela lui permet de mettre en garde contre certains dangers. Là se trouve tout l'aspect pédagogique du traité. Voici, dans leur ordre d'apparition dans l'ouvrage, la liste des combats mentionnés, la raison et la référence de la page dans le traité :

Lépante 5.X. 1571, Combat de galères, p. 23.

Texel 13.VI. 1665, (Lowestoft)Combat de ligne pour York, p. 42.

Agosta 22.IV. 1676, Combat au vent, p. 48.

Baie de Bantry 1689, Fuite vent arrière, p. 54.

Texel 21.VIII. 1653, Tromp sort sur 6 colonnes, p. 78.

Portland 28.II. 1653, Ordre de retraite en V sous Tromp, p. 90.

Gibraltar 1690, Passage du détroit, p. 96.

Juillet 1689, Jonction de Tourville des escadres du Levant et du Ponant, p. 10.

Béveziers 10.VII. 1690, Changer le 5e ordre de marche en 3 colonnes en ligne de combat, p.281.

Solebay 7.8.VI. 1672, Mouiller une armée, p. 332.

Palerme 2.VI. 1676 , Les Français brûlent l'ennemi, p. 336.

Stromboli 7.II. 1676, Duquesne prend le vent à Ruyter, p. 352.

1691, "Campagne du Large" de Tourville, p. 358.

1690, Tourville force l'ennemi au combat, p. 364.

La Hougue 28.V-2.VI. 1692, Eviter le combat à la tête, p. 381.

Béveziers 10.VII. 1690 Herbert double Tourville, p. 382.

Texel 22.VIII.1673, D'Estrées traverse l'escadre de Zélande, p. 393.

Combat des "Quatre Jours" ou du Nord, 11.VI.1666, Ruyter délivre son avant garde en coupant la ligne de bataille, p. 394,.

Tabago 1677, Protéger une armée dans le port, p. 397

"Invincible Armada" 1588, Tempête qui détruit la flotte, p. 416

En envisageant cette liste, on ne peut pas accuser Hoste de rester dans l'abstraction et les mathématiques. Il est fidèle au titre de l'ouvrage :

"...avec des exemples tirez de ce qui s'est passé de plus considérable sur la mer depuis cinquante ans".

 

Une Tactique Sclérosée et Sclérosante ?

La lecture de l'Art Naval conduit rapidement à opérer une comparaison entre le contenu réel de l'oeuvre et l'image qu'on en donne trop souvent. En effet, le traité fut fréquemment présenté comme uniquement fondé sur des descriptions géométriques agrémentées de démonstrations mathématiques.

C'est ainsi que dès 1765, Bigot de Morogues décide de rédiger une Tactique Navale en

"... évitant surtout la manière du père Hoste, dont l'appareil géométrique, et la nécessité indispensable des figures ralentit la lecture assez difficile" 20.

 

D'un côté, Bigot trouve qu'il y a trop de descriptions géométriques des évolutions, de l'autre, il regrette la "nécessité indispensable des figures" pour comprendre ce que Hoste explique. Il y a là une contradiction majeure qui prouve que Bigot n'a pas saisi l'importance de la pédagogie aux yeux de Hoste. Bigot exagère beaucoup l'importance de la géométrie chez son prédécesseur. Certes, Hoste met au coeur de son ouvrage la notion d'ordres (combat, marche, retraite, passage ou garde d'un détroit), en décrivant les modalités de mise en place ou de modifications. Il est vrai qu'il recourt alors à l'instrument mathématique et en particulier à la géométrie, mais la théorie est suivie d'un exemple historique ou vécu. Or paradoxalement Hoste reste plus concret que son détracteur ne veut bien le dire. Il est d'ailleurs curieux de constater que le chef de division Grenier quelques décennies plus tard, inclut Bigot dans le même courant de pensée que le Jésuite :

"... Les traités de la tactique navale qui ont été publiés par le père Hoste, M. de Morogues, M. du Pavillon (...) ne servent qu'à enseigner la façon dont les vaisseaux doivent être rangés pour combattre" 21.

 

Grenier a une critique qui va bien plus loin, il reproche à ces penseurs d'avoir fondé leur tactique sur l'étude des ordre et d'avoir ainsi rigidifié la tactique dans un carcan géométrique. Mais lui-même ne peut sortir de ce cadre et propose une autre forme géométrique : le losange22. Hoste fait ainsi figure jusqu'au XXe siècle de chef d'une Ecole de pensée sclérosée, voire sclérosante. Castex est par exemple très dur à l'égard du père Hoste :

"(Il) ne s'est pas élevé au-dessus de la tactique, et encore d'une tactique qui est plutôt cinématique que militaire. Il ne dit pas un mot de la conduite générale de la guerre, et ses conseils relatifs à l'inactivité et à l'offensive ne sont pas d'essence particulièrement stratégique" 23.

 

Quel est le sens de la critique adressée à Hoste par Bigot de Morogues? Il lui reproche un côté abstrait, pas assez proche de la réalité du marin. Le livre de Hoste est certainement le fruit de la réflexion d'un professeur de mathématiques, mais, le plus souvent, Bigot reproduit les mêmes travers, alors qu'il est marin. En 1765, Bourdé de Villehuet suit la voie ouverte par Hoste. En rédigeant son Manoeuvrier24 il veut donner aux professionnels un véritable traité physique, mathématique, tactique concernant la navigation. Il va donc plus loin que Hoste. On peut donc être surpris de voir ce reproche de "mathématisation" uniquement appliqué à Hoste. De ce point de vue, Grenier a bien délimité les penseurs qui s'inspirent du Jésuite - même s'ils veulent comme Bigot s'en distinguer. Cependant cet aspect ne doit pas cacher la volonté de Hoste : il souhaite avant tout donner des règles précises pour les évolutions, même s'il lui arrive fréquemment de parler du combat proprement dit. Cette remarque est à compléter en soulignant que les dernières décennies du XVIIe siècle n'avaient pas encore fourni de riches penseurs stratégiques sur mer comme sur terre, le concept de stratégie n'existe d'ailleurs pas encore. Castex a trop omis le contexte historique d'ensemble dans lequel Hoste publia son traité.

Abordons d'un peu plus près l'Art des Armées Navale. Dès sa préface Hoste affirme avec force :

"D'ailleurs les évolutions navales sont fort simples, et ne supposent nulle connaissance de la géométrie"25.

 

On ne pouvait souhaiter plus claire réponse à ceux qui accusaient Hoste d'avoir gorgé son traité de géométrie. Néanmoins Hoste exagère un peu quand il écrit "nulle connaissance" : un minimum de trigonométrie est du moins nécessaire, et Hoste le sait. Mais pour lui l'art des évolutions est surtout :

"... la manière de régler tous les mouvemens (sic) d'une armée navale. Sans cet art une armée ressemble à celle des Barbares" 25.

 

La préoccupation est ici de mettre en ordre, de ranger, le désordre étant synonyme de barbarie. Le souci est le même que celui qu'éprouve un général à terre pour ranger son armée. Hoste a d'ailleurs fait la comparaison avec les troupes terrestres :

"Nous avons emprunté le terme "évolutions" à l'armée de terre, où on appelle évolutions les divers mouvemens (sic) que font les escadrons ou les bataillons, pour prendre la forme et la situation qu'on veut leur donner" 26.

 

Le substantif "évolution" mentionné dans ce passage a une acception militaire depuis le XVIe siècle. De fait, Hoste semble bien avoir été le premier à utiliser ce terme dans un contexte naval. Le témoignage donné par Furetière en 1690 est important à cet égard27 : l'édition de 1690 ne mentionne pas d'ouvrages où "évolution" soit pris dans cette acception. Pour Furetière, le mot n'a qu'un environnement terrestre. Cet élément montre que Hoste est en train de forger des concepts tactiques navals. La nécessité d'une mise en ordre s'étant fait sentir avant, pendant et après le combat, depuis l'apparition du vaisseau de ligne, Hoste doit théoriser ce besoin avec des mots appropriés. Pourquoi ce besoin pratique et théorique? Daveluy l'a bien expliqué :

"... de bonne heure s'est fait sentir le besoin de coordonner les efforts, et de frapper juste sans cesser de frapper fort" 28.

 

Hoste apparaît bien comme un des pères fondateurs en voulant ainsi décrire et penser ce qui était déjà appliqué peu ou prou par les escadres. Mais, il ne conçoit pas ces évolutions comme de simples "ballets nautiques". On peut en distinguer deux groupes principaux : celles appliquées hors de la vue de l'ennemi, comme les 5 ordres de marche d'une escadre, et celles à appliquer à la vue de l'ennemi, comme l'ordre du combat en ligne de file, voire en cas d'infériorité l'ordre de retraite29. Dans les deux cas, elles sont destinées :

"... (à) se mettre dans l'arrangement, et dans la situation qui conviendrait afin d'attaquer l'ennemi, ou se défendre avec plus d'avantage"30.

 

La bonne évolution sera bien entendu celle qui, dans une circonstance donnée, tiendra compte des avantages à tirer en fonction du vent, de l'éloignement de l'ennemi, de ses forces et de leur disposition.

Hoste bâtit donc tout son ouvrage autour de la notion d'ordres. L'Art des Armées Navales compte 424 pages, or 382 sont consacrées aux évolutions, c'est à dire 90 % du traité. Il n'y a par contre que 5 pages pour traiter des signaux31. Presque toute la première partie est consacrée à "former des ordres"32 et les parties qui suivent étudient des variantes et de la formation des ordres. Le plus important est de constater qu'il aborde son étude par l'ordre de bataille33. Dès le début, il met donc en exergue la destination principale d'une flotte de guerre : combattre.

"Dans un combat, les armées se rangent sur deux lignes parallèles à une des deux lignes du plus près"34.

 

La ligne est donc formée ainsi à bâbord amures.

La genèse de cette formation s'explique par l'emplacement des canons à bâbord et à tribord. Cet ordre de combat était radicalement différent de celui des galères. Celles-ci formaient un vaste croissant. Comme tout l'armement était situé à l'avant, les galères se présentaient de font35. En 1643, un autre Jésuite, le Père Georges Fournier, décrivait par le menu l'ordre des galères en