| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Introduction par Hervé Coutau-Bégarie de l'article de Gabriel Darrieus intitulé : Les livres de tactique français du PÈRE HOSTE au XIXe SIÈCLE
Le premier volume de L'évolution de la pensée navale a présenté les grands thèmes de la réflexion stratégique du commandant (futur vice-amiral) Gabriel Darrieus, l'un des auteurs navals les plus célèbres du début du XXe siècle et le véritable vulgarisateur dans le milieu des officiers de marine français des thèses de Mahan grâce à sa chaire de stratégie des tactiques à l'Ecole supérieure de Marine. Le premier volume de son cours, consacré à la stratégie, a été publié en 1908 sous le titre La guerre sur mer. Les deux autres volumes, consacrés respectivement à la tactique et à l'utilisation sont en revanche resté inédits, non par suite de la mévente du premier tome, mais au contraire parce que le succès de sa traduction allemande avait incité l'état-major général de le Marine à interdire à l'auteur de publier les suivants. Cette censure a notablement contribué à diminuer la place de Darrieus dans l'histoire de la pensée navale. En tactique comme en stratégie, Darrieus adhère sans réserve à l'école historique. Le but de son cours est d'établir "le caractère de permanence des principes fondamentaux de la tactique, établi par tous les faits historiques, comme par les opinions des plus grands écrivains spécialistes en la matière". Ce faisant, Darrieus a été un précurseur de l'historiographie de la pensée navale. L'essentiel de son enseignement sur ce point se trouve dans le chapitre 5 du troisième tome de son cours consacré à l'utilisation. Ce chapitre s'intitule : "la tactique de combat et la transformation des idées. Ses origines. Exposé de ses principes à travers l'histoire. Les livres de la tactique". Il part du Père Hoste pour suivre les développements doctrinaux jusqu'au projet de tactique en discussion au moment où il professe et qui aboutira à la tactique de 1910, laquelle tout en consacrant le triomphe de l'école historique dans le domaine stratégique, se montrera plus ambiguë dans le domaine tactique par suite de la "tyrannie" de l'école matérielle alors en vogue, celle du canon. Les tenants de la méthode historique consacreront leurs efforts dans l'immédiate avant-guerre à prolonger leurs succès stratégique sur le plan tactique, mais la guerre viendra interrompre ce débat qui restera non tranché 1. Il nous manque encore une monographie des enseignements professés à l'Ecole supérieure de Marine et de la pensée navale française au début du XXe siècle. Daveluy, auteur capital que Mahan tenait en haute estime, n'a encore fait l'objet d'aucune étude sérieuse. Ses livres ne sont pas réédités et l'édition des deux volumes inédits de Darrieus se heurte à un sérieux obstacle financier en raison de leur volume. En attendant que l'on puisse reproduire ces deux opera magna, il a paru utile de reproduire ici le chapitre que Darrieus consacre aux auteurs et aux livres de tactique 2. Tous sont français, à l'exception d'une mention de Clerk. Il ne s'agit pas seulement d'un nationalisme chauvin, mais aussi d'un état de fait peu contestable en fin de compte : la France, à défaut d'être la première sur mer, est à la pointe du débat doctrinal jusqu'au début du XXe siècle. Un début similaire existe certes en Grande-Bretagne, prenant même à l'occasion une forme furieuse, notamment durant le proconsulat de l'amiral Fisher, mais il reste en quelque sorte marginal, les grands auteurs se consacrent presque exclusivement à la stratégie et la controverse autour de la Jeune Ecole reste d'ampleur limitée. En dehors de son mérite à réaliser une étude systématique de l'évolution des conceptions tactiques, Darrieus nous montre l'état d'esprit qui prévaut dans les cercles maritimes avant 1914. La théorie n'est pas neutre, elle est tout entière mise au service d'une doctrine de la maîtrise de la mer fondée sur la recherche de la bataille décisive par des escadres de ligne. La tactique se trouve ainsi alignée sur la stratégie, esquissant une conception unifiée conçue comme le gage le plus sûr du succès. Les événements de la guerre 1914-1918 apporteront un démenti cruel et obligeront à une révision qui favorisera à partir des années 20, l'oubli d'un débat riche très intellectuellement et important doctrinalement.
Hervé COUTAU-BÉGARIE Notes: Cf ma présentation du livre inédit et inachevé de l'amiral Castex, La liaison des armes sur mer, CFHM-Economica, 1991. Le texte publié ici est strictement conforme à l'original calligraphié. La dernière section sur le projet de Tactique alors en discussion, trop longue, n'a malheureusement pu être reprise. Je remercie le vice-amiral Darrieus, qui m'a généreusement donné une copie du cours de son grand-père.
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