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LA
PENSÉE NAVALE FRANCAISE AU XVIIIe SIÈCLE JUSQU'À
LA GUERRE D'AMÉRIQUE
Contre-amiral
Hubert GRANIER
En 1697 le père Paul Hoste
(1652-1700), jésuite chapelain des maréchaux d'Estrées et de
Tourville a publié, à la demande de Tourville et à partir de ses
Mémoires, l'Art des armées navales, qui "fixe - écrit-il
dans sa préface - la manière de régler tous les mouvemens
(sic) d'une armée navale". Fondateur de l'Ecole française
de tactique navale, il codifie les ordres de marche, de bataille et
de retraite des armées, qui "dans un combat se rangent sur
deux lignes parallèles à une des deux lignes du plus près"
(1ère partie), les changements de disposition des escadres (2e
partie), le rétablissement des ordres quand le vent change (3e
partie), le passage de l'armée d'un ordre à l'autre (4e partie) et
les mouvements de l'armée navale sans toucher aux ordres (5e
partie)1.
La présentation en ligne de file
pour combattre s'est imposée à la suite de la mise en place des
canons en batteries sur les flancs des vaisseaux de ligne, alors que
l'armement à la proue des galères (éperon, pièces d'artillerie)
exigeait une formation au combat en ligne de front ou en croissant.
Après les échecs sur mer de la guerre de Succession d'Autriche
(1740-1748), durant laquelle la France perd la bataille de
l'Atlantique et de la guerre de Sept ans (1756-1763), qui s'achève
par la perte de notre empire colonial, Bigot de Morogues va réagir
sur le plan de la tactique navale en réactualisant les règles du père
Hoste, en vigueur pendant ces conflits et apparemment oubliées ou négligées.
La tactique navale
ou traité des Évolutions et des signaux de Bigot DE MOROGUES
Sébastien Bigot de Morogues2,
fils d'un commissaire de la Marine, est né à Brest le 1er mars 1706 ;
il entre en 1723 au Royal artillerie et se fait remarquer par ses
connaissances scientifiques. Il
Portrait - Bigot
vicomte de Morogues
passe dans la Marine en 1736 comme
sous-lieutenant d'artillerie et devient correspondant de l'Académie
des sciences après avoir publié en 1737 un Essai de
l'application des forces centrales aux effets de la poudre à canon.
Embarqué sur le Lys en Manche en 1744, il inspecte les
batteries de côtes en Bretagne au début de la guerre de Succession
d'Autriche et commande en 1745 le Solebay en escorte côtière.
Capitaine d'artillerie et capitaine de vaisseau en 1746, il se
consacre avec Duhamel du Monceau à l'étude théorique de la
construction navale ; il réunit chez lui à Brest de nombreux
officiers, férus de sciences, qui constitueront la première
phalange de l'académie de marine fondée en 1752. Il commande en
1751 la Sirène en escadre d'évolutions et se montre
excellent manœuvrier dans l'Atlantique. Commissaire général
d'artillerie à Brest en novembre 1752, il dirige la défense
des côtes en Bretagne, puis procède à Rochefort à de nouveaux
essais de forage des canons. Il commande en 1757 et 1758 la Marine
à Ostende, à la demande de l'impératrice Marie-Thérèse, durant
la guerre de Sept ans ; il prend le commandement du Magnifique,
qui aux Cardinaux le 20 novembre 1759, dans l'escadre de
Conflans, tient tête à plusieurs vaisseaux ennemis avant de
rallier l'île d'Aix. Il participe à la réorganisation de
l'artillerie en rédigeant l'ordonnance du 5 novembre 1761 et
fait paraître en 1763 à Paris, chez Guérin et Delatour, après le
Traité de Paris désastreux pour la France, sa tactique navale
ou Traité des évolutions et des signaux approuvé par l'académie
de marine.
Plan et analyse de
l'ouvrage
Dans son introduction, Bigot de Morogues
indique que son traité est destiné à l'instruction des jeunes
officiers : "en évitant surtout la manière du père
Hoste, dont l'appareil géométrique et la nécessité indispensable
des figures ralentissent la lecture assez difficile" et
doit remplacer l'ouvrage du jésuite "comprenant beaucoup de
manœuvres inutiles," Bigot de Morogues définit ainsi la
tactique : "la tactique
navale est l'art de ranger les armées de mer dans l'ordre, qui
convient et de régler leurs mouvements".
La première partie :
"règles des évolutions", développe la tactique
proprement dite en 99 pages s'appuyant sur 133 figures
renvoyées in fine. Elle comprend 13 chapitres.
- Le chapitre 1 est consacré
aux définitions ; par exemple le dispositif en "échiquier"
désigne les vaisseaux rangés sur la ligne de plus près tribord et
faisant route au plus près bâbord ou inversement.
- Le chapitre 2 définit 5 ordres
de marche :

* en échiquier,
* sur une ligne perpendiculaire au
vent,
* sur les deux lignes de plus près,
* en 6 colonnes (l'intervalle
entre les deux colonnes est égal aux 5/12e de la longueur des
colonnes),
* en 3 colonnes, ordre de marche le
plus usité, car il présente les avantages de tous les autres sans
leurs défauts.
- Le chapitre 3 traite
de l'ordre de bataille et des positions au vent ou sous le vent de
l'ennemi : la ligne au vent peut mettre la tête ou la queue de
l'ennemi entre deux feux ; la ligne sous le vent peut
facilement se retirer.
- Le chapitre 4 définit
les méthodes pour chasser une position.
- Le chapitre 5
étudie les mouvements d'une ligne, les virements vent devant et
vent arrière et la constitution de la ligne de bataille comprenant
3 escadres : une avant-garde commandée par le vice-amiral (V),
un corps de bataille dirigé par l'amiral (A) et une arrière-garde
sous les ordres du contre-amiral (C), qui sont désignés sur les
figures par les lettres V, A et C.
- Le chapitre 6 , "Du
changement des escadres l'armée étant en ligne", donne les
différentes méthodes pour permuter le corps de bataille et l'arrière-garde
en virant vent devant et en revenant en ligne par le travers du
poste chassé.
- Dans le chapitre 7,
Bigot de Morogues décrit "quelques manœuvres de la ligne
relative au combat" :
* arriver sur l'ennemi pour le
forcer au combat,
* doubler les ennemis en tête ou
en queue pour le prendre entre deux feux ; il considère que
ces manœuvres ne conviennent qu'à l'armée la plus nombreuse et
que le doublement par l'arrière est le plus avantageux,
* traverser l'armée ennemie.
- Le chapitre 8
précise comment changer l'ordre de bataille en ordre de marche en
particulier sur 3 colonnes avant l'avant-garde
au vent, le corps de bataille au centre et l'arrière-garde sous le
vent, dispositif le plus courant et envisage toutes les autres
combinaisons.
- Le chapitre 9 analyse
les "mouvements particuliers d'une armée en ligne ou en
colonne" en particulier ses changements de route par la
contremarche ou tout à la fois et la façon de faire passer l'armée
en ordre de bataille sur 6 colonnes.
- Le chapitre 10 traite
"Du changement des escadres dans l'ordre de marche sur 3 colonnes".
- Le chapitre 11 indique
comment "changer l'ordre de marche en ordre de bataille"
en passant des colonnes à la ligne.
- Dans le chapitre 12, "De
l'ordre de retraite et de ses mouvements", étudie le passage
de l'ordre de retraite à l'ordre de bataille ou à l'ordre de
marche.
- Le chapitre 13 donne les règles
"De quelques évolutions et manœuvres particulières pour
l'armée, qui garde un passage, force un passage ou mouille dans une
rade".
La deuxième partie traite, en 15 chapitres,
Des signaux et ordres généraux.
- Le chapitre 1 définit les
signaux en général et la façon de désigner les vaisseaux
auxquels ils sont adressés (Indicatif).
- Les chapitres 2 et 3 établissent
le code de signaux pour le service courant ou pour la manœuvre.
- Les chapitres 4 à 13 reprennent
en 336 signaux les titres de la 1ère partie.
- Le chapitre 14 définit
les signaux de nuit et le chapitre 15 les signaux de jour et
de nuit par temps de brume.
La transmission des signaux
s'effectue avec 31 pavillons et 9 flammes, dont la
signification est fonction de leur position sur les différents mâts.
Les dernières années
de Bigot de Morogues
Bigot de Morogues est nommé chef
d'escadre en 1764 et obtient en novembre 1766 le rétablissement des
Compagnies d'apprentis canonniers ; il rédige une histoire
maritime pour les enfants, illustrée par Ozanne. Lieutenant-général
en août 1771, il quitte le service et meurt dans son château de
Villefallier près d'Orléans le 26 août 1781. Il était
l'auteur de nombreux mémoires scientifiques sur la construction
navale, la santé des équipages, la manœuvre et l'artillerie et
avait conçu avec Duhamel du Monceau un projet d'encyclopédie des
connaissances maritimes.
Le manœuvrier de
Bourdé de la Villehuet
Jacques Bourdé de la Villehuet, né
à Saint-Coulomb (Ille-et-Vilaine) en 1732, fait toute sa carrière
au service de la Compagnie des Indes. Après le Manœuvrier ou
essai sur la théorie et la pratique des mouvements du navire et des
évolutions, publié en 1765, chez Guérin et Delatour, à
Paris, il fait paraître en 1766 un mémoire sur l'Arrimage des
vaisseaux et en 1771 un Manuel des marins ou explication des
termes de Marine. Il meurt à Lorient en 17893.
Plan et analyse de
l'ouvrage
Le Manœuvrier
comprend 4 articles :
- la théorie sur la manœuvre des
vaisseaux,
- évolution du navire,
- observations sur la Marine,
- essai sur les évolutions
navales, qui nous intéresse plus particulièrement.
Bourdé a lu et étudié les œuvres de
Pierre Bouguer (1698-1758) hydrographe et associé géomètre de
l'Académie des sciences, qui a publié en 1727 un Traité de la
mâture des vaisseaux, en 1746 un Traité du navire, en
1753 un Traité de navigation et en 1757 un Traité
de la manœuvre des vaisseaux.
Dans sa préface, Bourdé précise que son
ouvrage est destiné à "ceux, qui
n'ayant que la routine commune ou n'ayant rien appris que par
l'usage, sont presque toujours embarrassés, quand il arrive à la
mer quelque événement extraordinaire et subit, surtout lorsqu'il
s'agit d'un combat, où le feu de l'ennemi ainsi que le nôtre
partagent l'attention de l'officier et troublent l'exécution des
manœuvres".
La première partie : "Théorie
sur la manœuvre des vaisseaux" étudie l'action de l'eau
et du vent, l'influence du centre de gravité, la théorie du
vaisseau, les effets des voiles et leur manœuvre.
La deuxième partie : "Evolution
du navire", analyse de façon pratique les manœuvres
d'appareillage, les virements de bord, la façon de tenir la cape,
la mise en panne, la chasse d'un poste, les abordages et les
mouillages.
La troisième partie rassemble
ses "observations sur la Marine". Il traite
successivement des mâtures, du gréement, du lestage et de
l'arrimage, des règles à observer pendant le combat, des ordres
pour le combat et des exercices de canon. Au chapitre 11, il
nous livre (page 213) des réflexions sur le commandement particulièrement
judicieuses et pertinentes :
|
"La
science du capitaine ne consiste pas à faire tout par
lui-même ; le vrai génie du commandant est celui
qui en faisant rien, fait tout faire, qui pense, qui
arrange, qui invente et qui est attentif à ne rien y
laisser au hasard, sa plus grande attention étant de
bien connaître les hommes qu'il a sous lui, afin de les
bien placer, quand il s'agira d'exécuter.
"La
conduite d'un capitaine de vaisseau à la mer doit être
telle, qu'il puisse inspirer à l'équipage beaucoup de
confiance dans les officiers, qui le commandent ;
il ne doit donc paraître en public que le moins qu'il
est possible, mais toujours dans les occasions générales :
mouillages, appareillages, les chasses et les combats ;
cette méthode forme les officiers ; le commandant
doit former les sujets et non les absorber".
|
|
|
La quatrième partie : "Essai
sur les évolutions navales" est la plus importante pour
notre propos. Dans l'introduction à cette partie tactique, Bourdé
de la Villehuet précise les limites de son travail en tenant compte
des ouvrages publiés par ses prédécesseurs :
|
"Les
ouvrages de Hoste et de Morogues se sont fixés aux différents
ordres de marche pour faire naviguer une armée et aucun
ne s'est étendu sur l'ordre de convoi, qui me paraît
le plus simple et le seul qu'une armée doive tenir dans
tous les temps, parce qu'on peut aisément garder cet
ordre, qu'il ne peut être troublé dans vingt
changements de vent et qu'il est aisé de le rétablir
dans douze autres changements et qu'enfin on peut
facilement passer de cet ordre à ceux qui sont propres
à la sûreté d'une armée dans tous les cas où il
faut se conserver, attaquer ou se défendre".
"Nous
nous arrêterons seulement à ce qui nous a paru
essentiel et praticable dans tous les événements. Nous
ne nous arrêterons qu'au détail de l'ordre de convoi,
de celui de combat et de retraite pour faire voir...
comment on peut passer et réciproquement de ces deux
derniers ordres à celui que nous proposons pour réduire
la tactique navale à la plus grande simplicité".
|
|
Ordre de
marche bâbord sur 3 colonnes,
les vaisseaux étant au plus près
Pour les mouvements de
l'armée dans les 5 ordres de marche et pour les
mutations d'escadres dans les différents ordres, Bourdé
renvoie à Hoste et à Morogues.
Cette quatrième partie du Manœuvrier
est composée de 5 chapitres.
- Le chapitre 1
traite "De la division des armées". L'armée est
divisée en 3 escadres (avant-garde, corps de bataille
et arrière-garde) sur 3 colonnes en ordre de convoi et de
marche ; les escadres sont égales en nombre et en
valeur des vaisseaux ; les brûlots, les corvettes et
les flûtes doivent être placés au vent pour "arriver"
rapidement, les frégates aux ailes au vent ;
l'ordre de retraite est constitué sur un angle obtus de 135
degrés ; les armées ne peuvent et ne doivent se
battre qu'en ligne et au plus près du vent.
- Dans le chapitre 2, Bourdé
définit pour faire route comment former l'ordre de convoi,
sur une ligne tous les bâtiments chassant sur leur matelot
d'avant, ou sur 3 colonnes les chefs des divisions de tête
se plaçant en ligne de front et les vaisseaux de chaque
escadre chassant sur leur matelot d'avant. En cas de menace
Bourdé indique comment former l'ordre de marche en ligne ou
sur 3 colonnes en gagnant au vent pendant la chasse ;
il précise que la distance entre les colonnes est calculée
à partir du nombre de vaisseaux de chaque colonne par la méthode
des triangles rectangles. La formation des ordres de combat
et de retraite termine ce chapitre.
- Le chapitre 3,
"Manière de changer les ordres", définit la manière
de passer à l'ordre de combat selon des méthodes
sensiblement analogues à celles préconisées par Bigot de
Morogues, comme nous le verrons plus loin. A titre d'exemple
Bourdé prévoit que la colonne sous le vent met en panne et
que les deux autres colonnes continuent leur route sur la
ligne de plus près, puis viennent par la contremarche
former la ligne de bataille.
- Le chapitre 4
indique comme rétablir les ordres dans les changements de
vent et le chapitre 5 comment manœuvrer l'armée
dans ses ordres sans les changer pour louvoyer, disputer le
vent à l'ennemi, le forcer au combat au vent ou sous le
vent, le doubler quand on est supérieur au vent ou sous le
vent, traverser les ennemis, mouiller une armée, la faire
appareiller et la mettre en défense dans un port.
Capitaine pendant de
longues années sur les vaisseaux de la Compagnie des Indes,
Bourdé explique en outre dans ce chapitre :
- comment convoyer une
flotte marchande en ordre de convoi sur 3 ou 6 colonnes
et la tenir sous la protection des vaisseaux de guerre placés
entre le convoi et l'ennemi, en utilisant de nombreuses frégates
en découverte, à l'avant et à l'arrière du convoi ;
- comment forcer l'entré
d'un port, "ce
qui est le plus délicat et le plus hardi et qui doit être
le mieux combiné, car il y a peu d'exemples d'entrée de
port forcée" ;
- comment conduire une
descente de troupes dans un pays ennemi.
La quatrième partie se
termine par un projet de signaux avec 9 flammes numériques,
qui permettent de transmettre "un nombre infini
d'ordres de jour" et par la liste des termes de
Marine en vigueur.
Mémoire
sur la tactique et le code de signaux (1774) du chevalier du
Pavillon assisté par Verdun de la Crenne
Jean-François du Cheyron
du Pavillon, au nom
prédestiné, est né à Périgueux le 29 septembre 1730 ;
il sert en 1745 au régiment de Normandie et passe en mai
1748 dans les gardes-marine à Rochefort ; il fait
campagne au Canada sur la Diane en 1750 et sur le Parham
à Louisbourg en 1753. Enseigne de vaisseau en 1754, il
embarque sur l'Inflexible en 1755 dans les escadres
de MacNamara et de Duguay et sur l'Eveillé en 1757
dans l'escadre de Dubois de la Motte à Louisbourg.
Lieutenant de vaisseau, il combat sur l'Orient aux
Cardinaux le 20 novembre 1759 et sert en 1760 sur l'Intrépide
à la Martinique.
Affecté à l'instruction
des gardes-marine à Rochefort, il prépare avec Verdun de
la Crenne un mémoire sur la tactique et code de
signaux, selon une méthode entrevue par Bigot de
Morogues. L'ouvrage est publié chez Malassis à Brest. Il
aura trois éditions successives : 1776, 1778, 1779.
Jean Verdun de la Crenne, né
à Aucey (Manche) le 5 avril 1741 entre aux gardes-marine en
avril 1756 ; il prend part sur le Guerrier dans
l'escadre de La Galissonnière à l'expédition de Minorque
et au combat contre Byng le 20 mai 1756. Il est fait
prisonnier sur le Centaure après une belle résistance
en 1759 à Lagos et en 1762 sur l'Ecureuil. Enseigne
de vaisseau en mai 1763, il est gravement blessé durant
l'opération de duchaffault à Larache en juin 1765. Promu
lieutenant de vaisseau en novembre, il coopère à Rochefort
aux travaux tactiques du lieutenant de vaisseau du Pavillon.
Le mémoire sur la
tactique et les signaux est examiné en 1773 par le
Conseil de marine à Rochefort et approuvé par le ministre
en 1774. Les officiers généraux rassemblés à Versailles
le 17 mars 1775 (Estaing, Breugnon, Orvilliers, Latouche de
Tréville...) considèrent qu'"il présente plus de
qualités et moins d'inconvénients que les traités antérieurs,
qu'il doit être soumis à l'expérience et qu'il doit subir
l'épreuve de la pratique pour en apercevoir les défauts".
Il est expérimenté en 1776 dans les escadres d'évolutions
de Guichen et de Duchaffault, où du Pavillon commande le Zodiaque
et adopté par toute la Marine ; il est appliqué en
1778 à Ouessant et en 1779 dans l'escadre d'Orvilliers,
dont du Pavillon promu capitaine de vaisseau en 1777 est
major sur la Bretagne 4.
Plan et
analyse des ouvrages
Dans l'introduction des
mouvements, ordres et signaux de jour, de nuit et de brume,
pour l'escadre du Roi commandée par du Chaffault en 1776,
le lieutenant des gardes-marine à Rochefort du Pavillon définit
ce qu'est à ses yeux la tactique :
|
"La
tactique est la science des mouvements des
vaisseaux, réunis en corps d'armée ou l'art de
ranger un nombre de vaisseaux destinés à
combattre et de les instruire des évolutions et
de toutes les manœuvres de la guerre. Ainsi la
tactique navale renferme l'exercice et le
maniement des voiles, des ancres, celui de
l'Artillerie et de toutes les armes en vigueur
sur les vaisseaux de guerre, plus particulièrement
encore les évolutions ou changements
d'ordre".
|
|
Pavillon associe
donc étroitement les mouvements généraux des armées
navales : évolutions, changements d'ordre avec
la façon de les ordonner par signaux.
Signaux
de brume à l'ancre et à la voile
Pavillon signale
les mouvements ordonnés par deux séries de coups
de canon suffisamment espacées pour ne pas être
confondues :
| |
premier
tir
|
|
Deuxième
tir
|
2
coups
|
4
coups
|
6
coups
|
|
1
coup
|
1-2-3
|
8
|
14-15-16
|
|
3
coups
|
4-5
|
9-10
|
17
|
|
5
coups
|
6-7
|
11-12-13
|
18-19
|
par exemple 2 coups,
puis 1 coup, permettent de donner trois ordres dont
le libellé figure dans le code et correspond, sans
qu'il y ait risque de confusion, à la situation
initiale dans laquelle l'armée se trouve.
Dans la tactique
et signaux de nuit pour l'armée commandée en 1778
par le comte d'Orvilliers, Pavillon définit 16 ordres
principaux, dont nous reparlerons et 9 ordres
secondaires de nuit A, B, C, D, F, H, I, L, M qui
seront transmis par la combinaison d'un nombre de
coups de canon et de fanaux selon la table suivant :
| |
coups
de canon
|
|
fanaux
|
2
coups
|
4
coups
|
6
coups
|
|
1
f.
|
A
|
B
|
C
|
|
2
f.
|
D
|
F
|
H
|
|
3
f.
|
I
|
L
|
M
|
Le premier signal
transmis, lu en tête de colonnes d'une autre table,
combiné avec le second lu en marge, donne l'article
de la tactique précisant l'évolution à exécuter.
| |
A
|
B
|
C
|
D
|
F
|
H
|
I
|
L
|
M
|
|
A
|
116
|
125
|
134
|
143
|
151
|
160
|
169
|
178
|
187
|
|
B
|
117
|
126
|
135
|
144
|
152
|
161
|
170
|
179
|
188
|
|
C
|
118
|
127
|
136
|
145
|
153
|
162
|
171
|
180
|
189
|
|
D
|
119
|
128
|
137
|
146
|
154
|
163
|
172
|
181
|
190
|
|
F
|
120
|
129
|
138
|
147
|
155
|
164
|
173
|
182
|
191
|
|
H
|
121
|
130
|
139
|
148
|
156
|
165
|
174
|
183
|
192
|
|
I
|
122
|
131
|
140
|
149
|
157
|
166
|
175
|
184
|
193
|
|
L
|
123
|
132
|
141
|
150
|
158
|
167
|
176
|
185
|
194
|
|
M
|
124
|
133
|
142
|
151
|
159
|
168
|
177
|
186
|
195
|
Pavillon définit "les
termes nécessaires pour entendre les évolutions",
puis il donne en 40 articles de consignes les "instructions
relatives aux évolutions, au bon ordre et aux
signaux des armées". L'ordre de bataille
s'établit sur la ligne qui fait 67, 5° avec la
direction du vent "à 200 pieds l'un de
l'autre" ; il affecte aux "16 ordres
principaux ou générateurs", 16 lettres
de l'alphabet et établit une table où la position
actuelle de l'armée est définie par une des
lettres en tête de colonnes et la nouvelle position
ordonnée par une des 16 lettres en marge ;
le nombre porté à l'intersection de la colonne et
de la ligne concernées donne le numéro de
l'article auquel il faut se reporter dans la partie
"Evolutions mouvements" pour exécuter
l'ordre ; 16 pavillons différents sont
utilisés par groupe de deux pour constituer le
signal, le plus élevé désigne la lettre en tête
de colonne et le moins élevé celle en marge.
TABLE
EXPOSITION
DE LA NOUVELLE MÉTHODE DE SIGNAUX
Il fixe enfin en 75 articles
les règles d'exécution des évolutions, mouvements
généraux et mouvements de guerre pour doubler ou
couper la ligne adverse.
Les
dernières années de du Pavillon et de Verdun de la
Crenne 5
Après avoir coopéré
avec du Pavillon, Verdun de la Crenne poursuit sur
la Flore ses travaux scientifiques avec Borda
et Pingré en 1771 et sert en 1776 sur l'Oiseau en
escadre d'évolutions en même temps que du
Pavillon. Il fait une campagne scientifique sur la Tamponne
en Baltique, puis commande la Renommée aux
Antilles en 1777 et 1778. promu capitaine de
vaisseau, il prend part sur le Zodiaque en
1779 à la campagne de la Manche dans l'escadre
combinée d'Orvilliers, où il retrouve à nouveau
du Pavillon. Ils servent tous deux dans l'armée
combinée franco-espagnole commandée par Guichen à
Cadix en 1780 et 1781 et tandis que du Pavillon
"le meilleur tacticien d'Europe"
est tué à son bord le 12 avril 1782 durant la
bataille des Saintes perdue par Grasse, Verdun de la
Crenne participe au combat du cap Spartel en octobre
1782 et aux opérations autour de Gibraltar.
Commandant la station navale aux îles du Vent en
1785, membre du Conseil de la marine en 1788, il
quitte le service en janvier 1791, émigre en
Espagne et rentre en France après la Terreur en
1796. Membre de l'institut, il meurt à Versailles
en août 1805. Il avait publié en 1787 un court mémoire
sur la tactique donnant des tables de distance entre
vaisseaux à partir de la mesure angulaire de la
hauteur de la mâture et du "temps nécessaire
à un bâtiment pour parcourir un espace donné,
quand on connaît la vitesse de son sillage" 6.
COMPARAISONS
ENTRE DES ÉVOLUTIONS ANALOGUES
I -
Passer à l'ordre de bataille
Bigot de Morogues - 87 -
Changer l'ordre de
marche en ordre de bataille du même bord (3 méthodes) :
|
"La
colonne du vent qui fait l'avant-garde
mettra en panne, la colonne du milieu,
qui fait le corps de bataille et la
colonne sous le vent, qui fait l'arrière-garde
donnent ensemble vent devant".
|
|
Bourdé de la
Villehuet - 4e
partie, chapitre 3, article III -
Passer de
l'ordre de convoi sur 3 colonnes à
celui de combat du même bord que les
armures.
Bourdé indique
plusieurs méthodes, mais préconise que "la
colonne du milieu mette en panne tandis que
celle du vent prendra son poste sur l'avant
et que celle de dessous le vent sur l'arrière".
Variantes
La colonne
sous le vent met en panne
La colonne
du milieu met en panne
|
Lorsque
l'armée aura le vent de quartier
entre le plus près, & huit
pointes largues, les Vaiffeaux &
la colonne de deffous le vent mettront
tous en panne en même-temps, tandis
que ceux des deux autres colonnes
continuant leur route, viendront fe
mettre dans la ligne du plus près de
celle qui eft vent-deffus-vent-dedans,
en obfervant de faire forcer de voiles
à la colonne du vent, dont la tête
prendra le plus près à toutes
voiles, quand elle fera parvenue à ce
point ; enfuite tous fes
Vaiffeaux la fuivront par la
contre-marche.
Quand
le Vaiffeau du centre aura paffé le
point où fon chef de divifion a
commencé l'évolution, la tête de la
colonne du milieu qui eft en panne
dans la ligne du plus près que l'on
va fuivre, & par conféquent dans
les eaux de la colonne du vent qui défile,
fera fervir au plus près, ainfi que
tous fes Vaiffeaux qui la fuivront par
la contre-marche, en venant les uns
après les autres fur le largue de la
première route, fe mettre dans fes
eaux ; la colonne de deffous le
vent fuivra de la même manière, après
avoir fait fervir quand le Vaiffeau du
centre de la colonne du milieu fera au
plus près ; & lorfque le
dernier Vaiffeau de cette colonne fera
pofté, l'évolution fera achevée,
& l'ordre de combat formé.
|
Du
Pavillon - Article
VII -
Faire
passer l'Armée de l'un des ordres de
marche sur trois colonnes, au plus près
du vent A, B, C, D, à l'ordre de
bataille P.
| Du
même
bord
|
A.P.
B.P.
C.P.
D.P.
|
La
colonne sous le vent continuera
la route à très-petites
voiles, et seulement pour
gouverner.
La
colonne du centre en fera
davantage, et la colonne du vent
forcera de voiles.
Les
deux dernières Divisions
arrivant ensemble en dépendant,
le dirigeront successivement en
avant de la colonne sous le
vent, où étant rendues, elles
reviendront au vent pour former
l'ordre de bataille.
|
II
- Revenir à l'ordre de marche ou de
convoi
Bigot
de Morogues -
63 -
Changer
de bataille en ordre de marche sur 3 colonnes
sans perdre au vent :
|
"L'avant-garde
(V) et le corps de bataille
(A) donneront tous ensemble
devant pour s'élever au
plus près en échiquier.
L'arrière-garde (C) courra
toujours à petites voiles
et quand elle sera parvenue
au point où le corps de
bataille sera vaisseau à
vaisseau par son travers
celui-ci revirera tout
ensemble et sera à son
poste ; l'avant-garde
continuera à s'élever
jusqu'à ce que son premier
vaisseau soit par le travers
de la tête des deux autres
colonnes, alors elle
revirera aussi tout ensemble ;
ce qui étant exécuté, les
vaisseaux de la tête et de
la queue des colonnes se révèleront
réciproquement et
corrigeront ce qu'il
pourrait y avoir de défectueux
dans l'ordre."
|
|
Bourdé
de la Villehuet - 4e partie,
chapitre 3, article IX - Passer
de l'ordre de combat à celui de
convoi du bord des amures :
|
"Les
trois têtes
arriveront ensemble
sur la route que
doit tenir l'armée
et les vaisseaux de
chaque escadre et
les vaisseaux de
chaque escadre
feront la même manœuvre
par la contremarche
en suivant la même
route de sorte que
les 3 queues
arrivant en même
temps dans les eaux
de leurs colonnes
achèveront l'évolution".
|
|
Pour
Bourdé le passage à
l'ordre de convoi
implique qu'il n'y a
plus de menace, on peut
donc perdre au vent.

Du
Pavillon - Article
XV -
Faire
passer l'Armée de l'un
des ordres de bataille
F, G, H, I, aux trois
colonnes même bord, en
faisant revirer deux
fois l'avant-garde, et
arriver l'escadre qui
fait l'arrière-garde.
Il
n'y a pas de distinction
nette et significative
entre l'ordre de convoi
de Bourdé et l'ordre de
marche de Bigot et de du
Pavillon. Le comte d'Amblimont,
chef d'escadre, qui
publiera en 1788 une tactique
navale 7
après avoir étudié
dans son introduction
les tactiques du père
Hoste, de Bigot de
Morogues et du chevalier
du Pavillon estime que "toutes
ces tactiques se
ressemblent ; à
peu de choses près,
elles partent toutes du
même principe et les
trois colonnes sont la
base d'où dérivent
tous les
mouvements".
les
concepts tactiques
Bigot
de Morogues écrit dans
son introduction :
|
"L'armée
moins
nombreuse
peut
quelquefois
se dérober
à la faveur
de la nuit
ou d'un
changement
de vent et
rendre vaine
la poursuite
de l'ennemi,
qu'elle
amuse et à
qui elle
fait faire
de grandes dépenses
et une
campagne
inutile à
ses
desseins...
Il n'y a pas
non plus
d'affaires décisives
à la mer,
c'est-à-dire
d'où dépende
entièrement
la fin de la
guerre...
Aussi l'armée
ne
s'engagera
qu'autant
qu'elle le
voudra ;
la Marine
française
en donne des
exemples
remarquables,
où la seule
habileté
des chefs
conserve des
vaisseaux au
Roi et
remplit des
missions
malgré des
obstacles
multiples".
"La
véritable
force ou la
supériorité
consiste
moins par
mer dans le
nombre des
vaisseaux et
dans la
vivacité de
l'action que
dans le bon
ordre, la
science de
la manœuvre,
le sang
froid et la
bonne
conduite des
capitaines...
Par mer
l'audace
peut souvent
être
inutile au
succès général
et à
l'objet
particulier
d'une
campagne,
parce qu'à
la mer il
n'y a pas de
champ de
bataille à
gagner ni de
place à
prendre".
|
|
Cependant,
Bigot consacre
un long passage
(pages 49 et 50)
au doublement de
la ligne adverse
et explique
longuement
comment "empêcher
l'ennemi de
doubler". Comme
nous l'avons déjà
signalé, il
ajoute qu'"il
ne convient qu'à
l'armée la plus
nombreuse
d'entreprendre
de doubler l'armée
ennemie" ;
ce qui fut
rarement le cas
pour la Marine
française
durant les
guerres de
Succession
d'Autriche et de
Sept ans.
Par
contre Bourdé
de la Villehuet
nous livre dans
son ouvrage
quelques réflexions
offensives sur
l'attaque et la
meilleure manière
de combattre :
|
"Avant
que
d'attaquer,
on
doit
être
persuadé
que
c'est
une
nécessité...
de
combattre
de
bien
près.
Il
est
avantageux
d'être
l'agresseur...
Il
faut
se
préparer
à
l'abordage,
seule
façon
de
combattre
avantageusement".
"Lorsqu'on
est
inférieur
en
nombre,
il
faut
aller
à
l'abordage,
c'est
la
seule
ressource
des
faibles
que
de
se
montrer
audacieux ;
on
sera
battu
chaque
fois
qu'on
s'amusera
à
canonner.
Quand
on
est
plus
fort,
l'abordage
est
le
moyen
de
finir
plus
tôt
une
affaire,
car
on ménage
ainsi
les
hommes
et
la mâture,
qui
souffrent
moins
qu'en
essuyant
des
coups
de
canons".
|
|
Bien
que
l'abordage
soit
considéré
comme dépassé
et détrôné
par le
combat
au
canon,
Bourdé
marque
son
esprit
offensif
et en
demeure
fermement
partisan.
Avec
le
chevalier
du
Pavillon,
"la
tactique
tend à
devenir
la
science
des
signaux
qui
transformée
par
l'introduction
de
l'interprétation
numérique
des
pavillons
atteint
un extrême
degré
de précision
et réduit
la
bataille
à une
sorte de
partie
de
dames, où
tout le
souci
des
amiraux
est de
ne pas
manquer
aux règles
de
l'art" 8.
Au
moment où
va
commencer
la
guerre
d'Amérique,
dans les
escadres
d'évolutions,
comme le
fait
remarquer
Tramond,
"la
tactique
a
atteint
sa
perfection,
les
lignes
de
bataille
sont
d'une
homogénéité
et d'une
rigidité
absolues ;
les
ordonnances
défendent
aux
capitaines
de
sortir
de la
ligne même
pour
secourir
un
camarade
désemparé ;
les
amiraux
en
sous-ordres
n'osent
plus
tenter
le
moindre
mouvement
sans une
autorisation
expresse
et toute
la ligne
manœuvre
d'une
seule pièce
aux
ordres
du
commandant
en chef,
qui
doit
parer
toutes
les manœuvres,
qui
auraient
pu
permettre
à
l'adversaire
d'obtenir
un résultat 9.
ApprÉciationS
Dans
son mémoire
sur la
tactique
publié
en 1787,
Verdun
de la
Crenne
écrit :
"M.
de
Morogues
abrégea
l'Art
des armées
navales
du père
Hoste,
en
retrancha
beaucoup
d'évolutions
inutiles
et le
mit dans
un ordre
plus
facile
à
comprendre
pour les
jeunes
officiers,
mais
ainsi
que le père
Hoste,
il a
calculé
les
mouvements
sans
tenir
compte
du temps
que les
bâtiments
emploient
à faire
leurs
mouvements
de
rotation" 10.
Le
vicomte
de
Grenier
dans son
Art
de la
guerre
sur mer
édité
également
en 1787
estime
que
"les
traités
de la
tactique
navale,
qui ont
été
publiés
par le père
Hoste,
M. de
Morogues,
M. du
Pavillon...
ne
servent
qu'à
enseigner
la façon
dont les
vaisseaux
doivent
être
rangés
pour
combattre
et non
celle
d'attaquer
avantageusement
un
ennemi
et de
s'en défendre
le mieux
possible" 11.
Ramatuelle
enfin,
dans son
cours
élémentaire
de
tactique
navale
publié
en 1802,
déclare :
"Aucune
des
tactiques
connues
ne me
paraît
avoir
atteint
le but
qu'elles
ont dû
se
proposer.
Tout s'y
réduit
à peu
près à
des
traités
sur les
signaux,
à
donner
la manière
de
former
les
ordres
et de
passer
des uns
aux
autres...
Tant
qu'on se
restreindra
dans les
formations
méthodiques,
que l'on
se
contentera
de
combattre
masse
contre
masse (c'est-à-dire
de
prolonger
une
ligne,
chaque
vaisseau
suivant
strictement
son
matelot
d'avant)
on
laissera
au
hasard
de
quelques
coups de
canon le
sort du
combat" 12.
Castex
écrira
plus
tard :
"même
chez les
meilleurs
la géométrie
tue la
manœuvre,
le
subjectif
tue
l'objectif" 13.
Comme
le pense
M. E.
Taillemite,
ce n'est
pas
uniquement
la faute
des
penseurs
qui ont
rédigé
leurs
tactiques
entre la
fin de
la
guerre
de Sept
ans et
le début
de la
guerre
d'Amérique
si "certains
officiers
les ont
appliquées
avec une
prudence
quelquefois
exagérée
et n'en
ont pas
exploité
toutes
les
possibilités"
mais
surtout
celle du
pouvoir
politique,
dont les
directives
restrictives
retenaient
l'audace
des exécutants14.
Suffren,
"résolument
partisan
d'une
tactique
de
l'affrontement,
qui répugne
aux
savantes
manœuvres
de dérobement
et se
refuse
à
considérer
que le
summum
de l'art
consiste
à éviter
l'adversaire"
va
appliquer
les
directives
offensives
et
agressives
du
nouveau
ministre,
le maréchal
de
Castries,
préconisant
la
recherche
du
combat
et la
concentration
des
forces
pour
obtenir
la supériorité
sur
l'adversaire15.
Grenier
dans son
Art
de la
guerre
sur mer
(1787),
Amblimont
dans sa tactique
navale
(1788)
et l'écossais
John
Clerk
dans son
Essai
méthodique
et
historique
sur la
tactique
navale
(1791)16
tireront
les leçons
de la
campagne
de
l'Inde
du
Bailli,
qui
appartiennent
à une
autre
phase de
l'évolution
de la
pensée
navale
et de la
tactique.
Notes:
1
Sur
Hoste,
voir
l'étude
de
Michel
Depeyre,
dans L'évolution
de la
pensée
navale
I.
2
Etienne
Taillemite,
Dictionnaire
des
marins
français,
Paris,
Editions
Maritimes
et
d'Outre
Mer,
1982.
3
Etienne
Taillemite,
Dictionnaire
des
marins
français.
4
Etienne
Taillemite,
Dictionnaire
des
marins
français.
5
Etienne
Taillemite,
Dictionnaire
des
marins
français.
6
Verdun
de la
Crenne, Mémoire
sur la
tactique,
Brest,
Malassis,
1787.
7
Amblimont,
Tactique
navale, Paris,
Didot,
1788,
250
pages.
8
Joannès
Tramond,
Manuel
d'histoire
maritime
de la
France, Paris,
Challamel,
1916, p. 459.
9
Joannès
Tramond,
op.
cit., p.
458.
10
Verdun
de la
Crenne, op.
cit..
11
Vicomte
de
Grenier,
L'art
de la
guerre
sur mer,
Paris,
Didot,
p. 3.
12
Audibert
Ramatuelle,
Cours
élémentaire
de
tactique
navale, Paris,
Beaudouin,
1802, préface
p. VIII
et p.
407.
13
Castex,
Les
idées
militaires
de la
marine
au
XVIIIe
siècle,
Paris,
Fournier,
1911, p. 341.
14
E.
Taillemite,
"Suffren
et la
tactique
de son
temps",
Cols
bleus,
3 décembre
1988.
15
E.
Taillemite,
Histoire
ignorée
de la
marine
française,
Paris,
Perrin,
1988, p. 213.
16
Sur
Clerk,
voir l'étude
de
Michel
Depeyre,
dans
L'évolution
de la
pensée
navale
II.
|