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LA PENSÉE NAVALE FINLANDAISE
APRÈS L’ACCESSION À L’INDÉPENDANCE DE 1917

Les efforts d’un petit pays pour se constituer
une force navale propre

 

Erik WIHTOL *

 

Détachée du royaume de Suède à l’issue d’une guerre pour être intégrée dans l’empire russe depuis 1809 en qualité de grand-duché autonome, la Finlande se proclame indépendante le 6 décembre 1917, parachevant sa séparation de la Russie tsariste et préservant son régime démocratique occidental en refoulant en hiver 1918 l’émeute des Rouges finlandais soutenue par les bolcheviks russes.

Lors de cette guerre d’indépendance, les opérations militaires marines et côtières demeurent minimes en raison du contexte hivernal. Au printemps 1918, la flotte russe, prise en main par les bolcheviks, se retire de Helsinki sur Petrograd (précédemment Saint-Petersbourg, Leningrad à partir de 1924) conformément aux termes de la paix conclue entre l’Allemagne et la Russie. Les Blancs de la guerre d’indépendance n’ont pas de navires de guerre. Les seuls combats marins ont ainsi lieu sous la forme de brèves canonnades entre les brise-glaces des Rouges et des Blancs.

Aux temps du grand-duché, la Finlande a joui d’une grande autonomie administrative. La défense et la politique extérieure du pays ne faisaient cependant pas partie des questions dont elle pouvait décider elle-même. Naturellement, l’indépendance entraîne la nécessité de créer une politique de défense et des forces armées propres.

La position géographique de la Finlande sur la rive nord de la Baltique, la faiblesse de la défense navale et les maigres ressources économiques du jeune Etat indépendant sont les facteurs qui prévalent lorsque l’on entreprend, en 1918, de tirer des plans sur une flotte nouvelle.

La situation en Baltique à la fin de la première guerre mondiale

A l’été 1918, la situation géomilitaire de la Baltique est claire, l’Allemagne jouissant d’une hégémonie du fait de la supériorité de sa flotte. La flotte suédoise, relativement forte à l’échelle de la Baltique, veille sur la neutralité du pays. La capacité de la flotte russe se trouve ruinée par la révolution et ses bâtiments de ligne restent amarrés à Petrograd et Kronstadt. Les bolcheviks maintiennent en état de marche quelques navires légers, tels que torpilleurs et contre-torpilleurs, et sous-marins.

Le contexte change totalement à l’issue de la première guerre mondiale. L’Allemagne perd, avec l’armistice de 1918, sa position dominante et sa suprématie navale. La flotte suédoise se retrouve, de façon impromptue et par la force des choses, la plus puissante de la Baltique, situation qui demeurera inchangée au début des années 1920. La flotte de la République soviétique fédérative de Russie socialiste, ou Russie soviétique, et à partir de 1924 de l’Union des Républiques socialistes soviétiques, se reconstitue et se développe, dans les années 1920 avec la remise en état d’une partie des grands bâtiments et d’un grand nombre de destroyers de l’ancienne Russie.

Avec le soutien moral de la Finlande et à la demande des pays baltes - l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie - une escadre anglaise vient croiser en Baltique et dans le golfe de Finlande, de l’automne 1918 au printemps 1921. La mission principale de cette force consiste à vaincre la puissance bolchevik. Elle a aussi pour rôle d’assurer le maintien de l’indépendance des petits Etats de la Baltique ainsi que, naturellement, en coopération avec une escadre française, de "veiller au respect des clauses de l’armistice relatives à la Baltique".

La Suède qui, à l’occasion des événements de 1918, a tenté d’occuper les îles d’Aaland qui appartiennent à la Finlande, s’oppose vigoureusement en 1921, devant la Société des Nations, au rattachement de cet archipel à la Finlande. La défense de l’archipel devient problématique pour la Finlande dès lors que celui-ci se trouve démilitarisé, du fait de la Convention relative à la non-fortification et à la neutralisation des îles d’Aaland. La Finlande se réserve le droit d’inspecter l’archipel avec ses navires de guerre.

Une paix factice règne sur la Baltique durant les années 1920 et 1930. La compétition pour la suprématie navale s’amorce en coulisses ce qui entraînera, d’une part, une montée de la puissance navale de l’Allemagne au début des années 1930 et, d’autre part, une pression de l’URSS sur les petits Etats de la Baltique à la fin de la même décennie.

La situation de la Finlande au début des années 1920

La côte sud de la Finlande forme une zone archipélagique quasi ininterrompue. Les eaux en sont peu profondes et parsemées d’écueils, aussi la circulation maritime n’est-elle généralement possible que le long de chenaux précisément délimités et balisés. Seuls certains chenaux sont suffisamment profonds pour permettre le passage de navires de guerre, les autres ne pouvant recevoir que des navires marchands relativement modestes conçus pour la Baltique.

L’hiver, la circulation maritime n’est possible dans le nord de la Baltique qu’avec l’assistance de brise-glaces. L’hiver limite ainsi les mouvements des navires à coque non renforcée.

Pour protéger le front marin du nouvel Etat, il ne reste de la Russie en Finlande qu’un peu de matériel navigant de faible gabarit. Un atout relativement important est le front nord de la ligne de fortification marine russe dite de Pierre le Grand qui occupe la totalité du littoral du sud de la Finlande. Cette ligne a été élaborée pour prévenir, avec les batteries postées en Estonie et les mines mouillées, une éventuelle attaque, essentiellement par l’Allemagne, de Saint-Petersbourg le long du golfe de Finlande. Les forts, dont la construction a commencé en 1912, sont encore en partie en chantier, rares étant notamment ceux à posséder des tourelles blindées de 305 mm en état de fonctionner. Les batteries des postes de tir de plein air de 254 et 152 mm sont par contre achevées. Ces forts contrôlent aussi les chenaux permettant l’entrée dans l’archipel.

Un problème de politique militaire particulièrement épineux réside dans l’attitude à adopter envers le voisin oriental, la Russie soviétique, dont les forces terrestres et navales, rétablies depuis la révolution, menacent les frontières. Mais le premier problème de la politique navale de la Finlande est constitué par la question de la défense des îles d’Aaland. Car au début des années 1920, la Suède aussi est considérée, comme la Russie soviétique, comme un ennemi potentiel.

Le commandement naval suprême de la jeune République de Finlande est composé d’officiers de marine formés en Russie et rentrés au pays natal démobilisés par la révolution. Peu nombreux sont les cadres compétents et l’on manque tout particulièrement de spécialistes, même si beaucoup ont effectivement pris part à la guerre mondiale qui vient de se terminer. Les cadres expérimentés de la marine marchande sont également disponibles.

Ainsi s’explique que la Finlande cherche à former des officiers à l’étranger. Les grandes puissances navales d’Europe accueillent volontiers des cadets de marine et même des officiers expérimentés pour les former à la guerre navale moderne. Reconnaissance et gratitude reviennent à ces pays.

Les jeunes officiers reçoivent une formation accélérée allemande en matière de déminage, aussi ont-ils sans doute en 1918 un mode de pensée navale germanique.

De jeunes officiers de marine sont envoyés par la Finlande en formation à l’étranger à l’orée des années 1920. Sont ainsi dépêchés, de l’automne 1919 à l’automne 1921, quatre élèves officiers en Italie à la Regia Accademia Navale et deux en France à l’Ecole navale de Brest et sur la Jeanne d’Arc de l’Ecole d’application. L’année suivante, trois élèves officiers suivent la même formation, faisant le tour du monde sur le même vaisseau. En Italie, un cadet suit de 1926 à 1929 l’enseignement de l’Ecole navale.

Les officiers ayant reçu leur formation de base à l’étranger complètent leurs études, en Italie par un corso superior et en France, notamment, dans les Ecoles des torpilleurs et sous-mariniers, l’Ecole de canonnage, l’Ecole d’application de navigation sous-marine ou, à un niveau plus élevé, l’Ecole d’application des enseignes de vaisseau de deuxième classe ou l’Ecole des officiers canonniers.

La France et l’Italie ne sont pas les seuls pays d’accueil. Quatre officiers suivent en 1922 un cours de sous-mariniers au Danemark et de jeunes officiers seront ensuite formés, de 1927 à 1929, au commandement de sous-marin. L’Angleterre forme, dans les années 1920, quatre officiers de marine au canonnage lourd sur le navire-école HMS Excellent et sur divers bâtiments.

L’Ecole supérieure de la marine de guerre de Suède accueille huit officiers de 1924 à 1929.

La formation de cadets de marine commence en Finlande dès 1919 et la formation supérieure en 1924. La recherche d’une doctrine proprement finlandaise suscite au début quelques difficultés, les influences provenant des divers niveaux et de diverses origines étant souvent présentées comme les seules correctes par ceux qui les ont subies.

Les officiers planifiant la flotte nouvelle se trouvent appelés à admettre, involontairement ou sciemment, des influences dérivant de la puissance apparente de la flotte russe. Ils constatent que l’Allemagne applique à la Baltique sa propre doctrine de Monroe, à savoir que la Baltique revient aux seules flottes des pays riverains. L’influence britannique s’exerce dans un sens conservateur. Le réalisme de la vision française du contexte naval européen et, tout particulièrement, la Jeune Ecole marquent également la pensée navale finlandaise. Les dogmes agressifs de la "farouche" Jeune Ecole italienne agissent à leur façon sur les idées ; de même la sérénité - peut-être finalement superficielle - des Suédois relativement rudes. Une empreinte concrète est laissée par l’efficacité des vedettes lance-torpilles britanniques contre les bolcheviks au fond du golfe de Finlande et, en particulier, par les torpillages effectués au large et dans le port de Kronstadt en 1919.

Il faudra pourtant attendre les années 1930 pour voir la Jeune Ecole finlandaise agir sur les décisions… Si tant est qu’elle y parviendra.

Les marins finlandais sont donc soumis à un faisceau d’influences contradictoires, comme en témoignent les théoriciens étrangers les plus connus : Mahan, Corbett, Castex, mais aussi l’amiral Aube. Ils sont lus dans leur langue d’origine ou en suédois, qui est la deuxième langue officielle de la Finlande.

Quelle que soit l’école, les planificateurs savent qu’en mer il faudra faire face aux 3 garde-côtes de 1ère classe (déplacement 7 605 t, 4 canons de 280 mm en 2 tourelles et 8 pièces de 152 mm) et aux torpilleurs de la Suède. Mais l’ennemi marin le plus probable est cependant la flotte de la Russie soviétique, dont le corps de bataille est formé par des navires de ligne de la classe Gangut (déplacement 23 000 t, 12 canons de 305 mm en 4 tourelles triples et 16 de 120 mm). La flotte soviétique n’a pas de croiseurs légers, mais elle peut en acquérir. On s’attend aussi à une amélioration de ses torpilleurs, qui pourraient recevoir des canons de 130 mm, au lieu des 100 mm dont ils sont alors dotés.

Le jeune Etat finlandais est obligé de chercher seul sa voie et d’accueillir les influences d’où qu’elles lui parviennent. La création d’une doctrine nouvelle est un processus contradictoire qui aboutit toujours sur un compromis.

Les premiers programmes navals

En mars 1919, le commandant en chef de la flotte adresse au ministère de la Guerre sa proposition de programme naval. Le commentaire d’accompagnement, de formulation plutôt philosophique, ne contient pas de doctrine navale proprement dite.

L’histoire universelle montre que la guerre est un phénomène inévitable dans la vie des nations. Quelle que soit la façon dont l’humanité s’emploie à atteindre un niveau de développement propre à rendre les guerres impossibles à l’avenir, les événements de ces dernières années indiquent que l’avènement d’un tel état relève d’un avenir plutôt lointain… C’est pourquoi chaque pays se trouve contraint d’entretenir une force armée constituée par une armée de Terre et une force navale… en vue de la défense du territoire et des côtes. Cette dernière se répartit en deux branches : la défense mobile assurée par la flotte et la défense statique assurée par le dispositif côtier.

Type de navire

Nombre

Tonnage (t)

Vitesse

(nœuds)

Armement

L x 1 x tirant d’eau (m)

Monitors côtiers

4

3 500*

12

4 x 300 mm

3 x 75 mm

90,1 x 19,7 x 3,9

Croiseurs de surveillance

4

1 300

35

5 x 130 mm

2 tubes

109 x 9,8 x 3,9

Bateaux
à mortiers

4

300

12

2 x 240 mm

(mortiers)

33,7 x 6,5 x 1,9

Garde-côtes

6

350

15

2 x 100 mm

 

Torpilleurs de 1ère classe

9

200

21

2 x 100 mm

2 tubes

51,8 x 5,9 x 1,6

Torpilleurs de 2e classe

36

50

20

1 x 57 mm

2 tubes

33,7 x 3,4 x 1,3

Sous-marins

4

300

15/10

6 tubes

49,1 x 4,5 x 2,9

Dragueurs
de mines

24

25

12

1 x 47 mm

mitrailleuse

2,8 x 3,2 x 0,9

Mouilleurs
de mines

2

1 000**

18

2 x 100 mm

2 x 47 mm

72,4 x 9,2 x 4,2

Bâtiment-école

1

1 200

10

   

Bâtiment-école

1

800

10

   

La flotte préconisée comprend 95 navires, d’un déplacement total de 31 900 tonnes, totalisant 176 pièces de tir, dont 24 canons de fort calibre et 86 tubes lance-torpilles. Un trait particulier réside dans la faible vitesse des torpilleurs. La réalisation d’un tel programme par des chantiers navals plutôt modestes et une industrie de l’armement quasi inexistante de la Finlande, en 1919, serait une entreprise impossible. Elle impliquerait d’importants achats, essentiellement à l’étranger, et la Finlande serait quasiment à la merci des fournisseurs d’armes internationaux.

Le général commandant en chef prend connaissance du programme et en reporte la présentation à une date ultérieure. Un haut fonctionnaire du ministère de la Guerre émet cependant un avis, précisant que :

Le danger menaçant le pays vient du côté terrestre et une défense navale ne sera utile que dans la mesure où elle soutiendra les forces terrestres.

On décèle clairement dans ce programme les effets de la première guerre mondiale et les besoins de la marine d’un petit Etat. De fortes canonnières, des torpilleurs assez rapides et des sous-marins aptes aux opérations lointaines ainsi que des mouilleurs de mines pour la défense, tels sont les paramètres de base d’une zone marine réduite, paramètres à partir desquels se forme la doctrine navale de l’époque.

Le premier projet de flotte nouvelle n’ayant pas abouti, l’état-major de la défense des côtes instaure un comité chargé d’étudier la situation et d’élaborer un nouveau projet. L’état-major général définit alors les exigences applicables à la défense maritime, mettant l’accent sur la menace en provenance de la Suède. La mission de la flotte est alors définie comme suit :

Interdire le débarquement de l’ennemi sur les arrières à partir du lac Ladoga et du golfe de Finlande.

Sur le plan tactique, la marine doit assister par son feu les flancs de l’armée de Terre et protéger celle-ci contre le tir ennemi.

En cas de guerre contre la Suède, la marine doit empêcher l’accès de la flotte suédoise au golfe de Bothnie et, si celle-ci y parvient quand même, empêcher le débarquement sur la côte ouest de la Finlande. Si les Suédois ont pris pied sur le littoral finlandais ou dans les îles d’Aaland, la marine doit par des actions de patrouille perturber leurs lignes opérationnelles en mer et les liaisons de leurs troupes terrestres avec leur pays ainsi que protéger l’aile gauche de nos troupes et les arrières sur le golfe de Finlande.

La proposition du comité diffère radicalement de la précédente, pour ne comprendre que des types de navires relativement légers mais performants. Un commentaire très intéressant accompagne le document.

Il convient de prendre en compte les positions géographique et politique de notre pays, la longueur de son littoral (plus de 1 000 km), le voisinage immédiat de deux Etats puissants et le fait que la Finlande a été en son temps dominée par les deux, raison pour laquelle ils nous regardent d’un œil nullement indifférent.

Le programme arrêté le 30 juin 1920 est le suivant :

Type de navire

Nombre

Tonnage
(t)

Vitesse

(nœuds)

Armement

L x 1 x tirant d’eau (m)

Contre-torpilleurs

4

1 500

34

5 x 120 mm

1 x 75 mm AA

2 tubes triples de 450 mm

96,5 x 9,75 x 3,6

Torpilleurs

8

800

30

3 x 100 mm

1 x 75 mm AA

1 tube triple de 450 mm

71 x 9 x 3

Vedettes
lance-torpilles

30

13

30

2 tubes de 450 mm

16 x 3,2 x 0,5

Sous-marins

4

750/900

18/9

1 x 75 mm

1 AA

4 tubes de 450 mm

57,8 x 6,1 x 5,0

Ravitailleurs de sous-marins

1

702

11

2 x 120 mm

1 x 75 mm AA

48 x 7,95 x 3,05

Canonnières côtières

6

600

12

2 x 152 mm

60 x 10 x 1,85

Canonnières de lac

6

340

12

2 x 6"

(152 mm)

31,2 x 7,1 x 2,4

Pétrolier / Combustible

1

777

1 857

11

 

62 x 9,9 x 4,12

Le projet comprend 60 navires d’un déplacement total de 22 924 tonnes. Il est prévu d’en achever la réalisation, estimée à 560 millions de marks finlandais (FIM), en six ans. Le Parlement ne l’approuvera cependant pas, décision influencée pour une part par l’espérance erronée d’une possibilité d’achat à l’Angleterre de 4 destroyers de la classe Lysander construits à la fin de la guerre (déplacement 950 à 1 020 tonnes, 3 pièces de 102 mm, 2 tubes doubles de 530 mm).

Les Projets présentés par le grand comité de défense côtière en 1922

Nombreuses sont les raisons qui ont présidé à l’échec de ces propositions en vue de la constitution d’une flotte de guerre. Le désaccord règne notamment quant à la question de savoir s’il faut faire porter l’accent sur les canonnières ou sur les torpilleurs. La marine ne veut pas de monitors en raison de leur faible vitesse. Dans les rangs des partisans des canonnières règnent par ailleurs diverses opinions quant au meilleur calibre. Pour certains, un calibre de contre-torpilleur ou de croiseur léger, soit 120 à 150 mm, serait suffisant.

Tout le monde se prononce en faveur de vedettes lance-torpilles rapides et légères. Il est proposé d’en acheter ou d’en construire jusqu’à 48 unités.

Le sous-marin est le seul type de bâtiment considéré comme offensif, ce qui est souligné comme suit :

Les sous-marins inquiètent bien davantage l’ennemi que l’artillerie de bâtiments vulnérables.

Un seul sous-marin aide davantage une batterie ou une côte que plusieurs batteries flottantes ou monitors.

Pour les contre-torpilleurs, la marine voudrait un armement anti-sous-marin. Cet armement sera omis dans les programmes ultérieurs, ceux-ci n’incluant pas de navires adaptés à cette mission.

Un grand comité de défense côtière présidé par le chef de l’état-major des armées est créé en 1922 en vue de l’organisation globale de la défense du littoral. Ce comité décrit la position stratégique de la Finlande et fait très judicieusement le point sur le littoral, assignant à la capacité de la flotte les exigences suivantes :

a) Entretenir une hégémonie totale dans la zone de l’archipel ;

b) Compromettre le plus possible la supériorité de la flotte ennemie sur les eaux ouvertes limitrophes du littoral de la Finlande.

Le comité commence par estimer à 104 navires, soit 32 000 tonnes, l’importance d’une flotte propre à remplir les fonctions préconisées. Puis il réduit son programme à 86 bâtiments et 21 500 tonnes. La direction politique réduira encore ce programme restreint et décrétera, le 24 mai 1923, que le coût ne doit pas en dépasser 350 millions de marks.

Type de navire

Nombre

Tonnage
(t)

Vitesse

(nœuds)

Armement *

L x 1 x tirant d’eau (m)

Cuirassés garde-côtes, acier krupp de 100 mm

3

2 450

15

2 x 210 mm

3 x 120 mm

2 x 75 mm

77 x 14,3 x 3,3

Torpilleurs

2

545

27

3 x 100 mm

2 x 75 mm AA

1 T double 350 mm

66 x 7,2 x 3,1

Radoub du sous-marin AG 16**

1

355/450

11,5/8

1 x 75 mm

1 x 75 AA

4 T 450 mm

45,8 x 4,8 x 3,75

Sous-marins mouilleurs
de mines

3

400/525

13,5/8

1 x 100 mm

1 x 75 AA

3 T 530 mm

12 mines

50 x 5,2 x 3,2

Sous-marins

4

99/120

10/7

1 T 450 mm

25,2 x 3 x 2,1

Vedettes lance-torpilles

38
(dont 18 pour le Ladoga)

25

30

1 x 57 mm

2 torpilles de 450 mm

21,3 x 4,27 x 0,65

Bâtiment-école

1

1 600

9

2 x 100 mm

2 x 75 mm

1 x 75 AA

4 x 47 mm

1 T 450 mm

1 T 530 mm

1 T double 530 mm

65,5 x 11,9 x 4,6

Ravitailleur

1

925

11

1 x 100 mm

2 x 75 mm

54,8 x 9,2 x 2,3

Chalands mouilleurs de mines

2

280

 

200 mines

 

La mise en œuvre du programme de construction navale n’emportera cependant pas l’adhésion des milieux politiques, la composition définitive de la flotte étant considérée comme toujours incertaine.

Les offres de chantiers navals en 1924

Le ministère de la Défense effectue à l’automne 1923, auprès de nombreux chantiers navals étrangers et finlandais, des appels d’offre en vue de la construction d’une flotte de guerre. Les appels sont formulés selon la "version réduite du programme réduit", et complétés techniquement en janvier 1924.

A l’expiration du délai, une offre a été reçue de France avec un devis chiffré mais sans enthousiasme pour la construction.

Dans l’offre d’un chantier danois, le calibre principal de l’artillerie est changé en 170 mm et celui de toutes les torpilles en 450 mm. En guise d’explication, il est laconiquement déclaré que ces calibres sont suffisants pour la Finlande.

Les chantiers italiens offrent tous les navires demandés ; les vedettes lance-torpilles, en particulier, sont proposées avec diverses alternatives d’armement.

D’Allemagne sont reçues deux offres de cuirassé, toutes deux avec calibre principal augmenté (240 et 260 mm) et déplacement de 3 500 tonnes. Le nom du chantier constructeur n’est pas précisé.

L’Angleterre propose un cuirassé, équipé de pièces de 8" soit 203 mm, des torpilleurs anti-sous-marins et des vedettes lance-torpilles.

La Suède offre un cuirassé avec diverses coques et quatre types d’armement. Le calibre principal varie entre 210 et 240 mm, le nombre de pièces entre 3 et 4 et le déplacement entre 2 450 et 4 500 tonnes. Lors de l’examen des dossiers, cette offre suédoise suscitera un intérêt particulier en raison du modernisme de l’artillerie principale proposée.

Un chantier naval finlandais propose un cuirassé avec six alternatives d’armement, de blindage et de disposition de machinerie. L’artillerie comprend systématiquement quatre pièces, le calibre variant entre 240 et 260 mm et le déplacement entre 3 800 et 3 900 tonnes. Ces alternatives sont, elles aussi, bienvenues dans le monde conceptuel, peut-être déjà formaliste, du bureau de la construction navale.

Les propositions d’experts anglais en 1924

Un groupe d’experts anglais est invité en 1924 en Finlande pour évaluer les besoins du dispositif de défense du pays. Dans la perspective de la défense côtière, les Britanniques formulent d’abord un plan surprenant en proposant de placer sur des barges des canons de 305 mm (12") laissés par les Russes en Finlande, pour former des forteresses flottantes. Cette idée s’inspire de l’expérience acquise aux Dardanelles en 1915 et sur les côtes de Flandre en 1917-1918. Il s’était alors toutefois agi de monitors, c’est-à-dire de l’usage offensif par l’attaquant contre des fortifications terrestres de bâtiments à canons de 305 à 380 mm" protégés par une forte cuirasse. Dans le cas de la Finlande, par contre, il s’agit d’une action défensive contre une flotte attaquant sous le couvert des îles.

Le groupe d’experts anglais perturbe la recherche d’une définition claire de composition de la future flotte finlandaise. Pour l’artillerie des cuirassés, il recommande le 152 et le 75 mm. Il condamne les torpilleurs, parce qu’il en faudrait beaucoup. Il n’estime pas les vedettes lance-torpilles fonctionnelles, bien que celles-ci se soient montrées efficaces en 1919 à Kronstadt, tandis qu’il fait l’éloge des sous-marins : "Nous considérons les sous-marins comme les pièces maîtresses de l’armement offensif de la marine". Le projet de flotte qu’il formule le 27 juillet 1924 est plutôt succinct.

Type de navire

Nombre

Tonnage
(t)

Vitesse

(nœuds)

Armement

L x tirant d’eau (m)

Canonnières cuirassées

3

2 500

20

4 x 152 mm

1 x 75 AA

2 rails de grenades anti-sous-marines

80-100 x 4-4,5

Sous-marins, dont au moins un mouilleur de mines

3

400

13/10

3 tubes de 450 mm

1 x 76 mm

1 mitrailleuse

52 x 4

Une plume relativement acerbe est alors utilisée au bureau de la construction navale du ministère de la Défense contre la proposition des Britanniques : "L’idée fondamentale est fausse" et "Les canonnières des Anglais ne donneraient rien si un débarquement avait lieu dans la zone de Rotka. Il en serait tout autrement si l’opposition se faisait avec le feu concentré des pièces de 24 cm de cuirassés finlandais". … ces navires [les cuirassés du programme] protègent ainsi les arrières et le flanc de l’armée finlandaise. L’emploi sur des navires de 1 500 hommes des forces de combat permet à l’armée de la Finlande d’économiser une réserve de 30 000 hommes utile pour le front terrestre".

Le commandement de la marine fait valoir que son programme de "flotte de défense côtière" inclut des cuirassés garde-côtes, des vedettes lance-torpilles, des sous-marins et un bâtiment-école et correspond le mieux à la capacité de construction navale du pays.

Les vues opposées de la jeune école finlandaise

Les jeunes officiers de marine finlandais formés en Italie formulent à leur tour une proposition de programme. Leur projet, plutôt offensif, est fondé sur l’idée que la Finlande ne serait pas en mesure de lutter contre les forces lourdes de la Russie soviétique par l’artillerie, même de gros calibre, mais le pourrait avec de nombreux destroyers rapides et, surtout, des vedettes lance-torpilles.

Type de navire

Nombre

Tonnage
(t)

Vitesse

(nœuds)

Armement

Destroyers

2

1 400

36/37

4 x 120 mm

2 x 40 mm

6 tubes de 450 mm en affûts triples

60 mines

Sous-marins

1

400/500

16/12

1 x 75 mm

4 tubes de 450 mm

20 mines

Vedettes lance-torpilles

20

30

40

1 x 40 AA

2 torpilles de 450 mm

8 grenades sous-marines

Le 1er décembre 1925, le chef du bureau de la construction navale s’oppose fortement à ce projet, arguant notamment que le gouvernement a défini la mission principale de la flotte en temps de guerre comme étant de "défendre la zone de l’archipel et y interdire la présence de l’ennemi". Il souligne également le fait que l’Union Soviétique est le premier ennemi et que le programme du gouvernement est le meilleur ! Dans le même temps, le mini-programme du gouvernement a rétréci pour ne plus comprendre que :

- 2 canonnières blindées,

- 3 grands sous-marins et 1 petit,

- 4 vedettes lance-torpilles,

- 1 bâtiment-école.

Les officiers issus de l’école d’artillerie britannique défendent de leur côté l’acquisition d’un bâtiment lourdement armé. Le même principe de l’adoption d’un fort calibre pour l’artillerie principale est également avancé par les officiers artilleurs formés en France, qui demandent cependant aussi des navires aptes à la lutte anti-sous-marine.

Les premières  constructions

En 1925, le Parlement alloue pour la première fois des crédits pour le démarrage de la construction de navires de guerre. La Finlande lance alors la conception et la construction de trois gros sous-marins et d’un plus petit. Deux vedettes lance-torpilles sont commandées en Grande-Bretagne, avec le droit de construire des navires identiques sous licence en Finlande.

Les vedettes lance-torpilles ainsi acquises sont des unités légères armées de deux torpilles sous la voûte arrière, type devenu classique dès le milieu des années 1920. Le type italien, avec torpilles sur le pont tirées vers l’avant, aurait constitué pour les officiers de la jeune école finlandaise une alternative plus offensive.

La conception des sous-marins est fondée sur l’expérience acquise au cours de la guerre, aucune nouveauté n’étant mise en avant. C’est la société allemande Ingenieurskantoor voor Scheepsbouw den Haag, créée pour contourner le traité de Versailles, qui assure la conception des sous-marins à construire. Ceci permet d’en effectuer la réalisation dans des chantiers navals finlandais. Les trois plus gros ont pour modèle le type allemand UC III utilisé durant la guerre. Le petit, de moins de 100 tonnes, est prévu pour le Ladoga, où la Finlande, en vertu de la paix de Tartou, signée en 1920, n’est pas autorisée à utiliser de navires plus importants. Hormis sa miniaturisation, il s’agit là aussi d’un submersible très conventionnel, quoique surarmé et handicapé par des défauts initiaux.

Le programme de 1927

Le torpilleur S-2 (ancien Prosorlivyi, 1899, 310&