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LA GÉOPOLITIQUE MÉDITERRANÉENNE DE L’ITALIE FASCISTE *

 

Marco Antonsich

 

La Méditerranée a toujours été, pour l’Italie, l’un des axes d’expansion de sa politique étrangère.

Au cours du Risorgimento, l’Italie a revendiqué la suprématie sur cette mer et cette démarche a été intimement liée à celle de l’unité du pays. Cesare Balbo, Vincenzo Gioberti, Giuseppe Mazzini et Camillo Cavour, tous éminents "pères de la Patrie", ont montré que, par sa situation géographique et ses traditions historiques et civiques, l’Italie unie devait jouer le rôle de nation guide dans l’ensemble méditerranéen.

Mais les gouvernements libéraux de l’Italie ne surent pas atteindre cet objectif et, mise à part la parenthèse de l’époque de Crispi qui mena une politique extra-méditerranéenne, ils laissèrent la Méditerranée aux mains des Français et des Anglais.

L’avènement du fascisme, avec ses revendications révisionnistes et ses rappels des fastes impériaux de la Rome classique, réveille l’intérêt pour le "mare nostrum" et crée une vaste littérature nationaliste à laquelle, à la fin des années trente, va se joindre la revue Geopolitica (1939-1942). Créée autour d’un groupe de géographes triestins, la revue exprime la pensée géopolitique naissante et contribue à la définition des orientations de l’expansion politique et commerciale italienne ; surtout, elle diffuse l’idée de l’unité méditerranéenne. L’esprit de Geopolitica représente l’aspiration à un espace hégémonique italien exclusif contre la présence anglaise en Méditerranée, espace dont les Allemands seraient également exclus.

A l’inverse, les stratégistes navals, qui pourtant caressent le rêve de la même grandeur italienne en Méditerranée (et même dans les espaces océaniques), affirment, d’une façon plus réaliste, la nécessité d’un accord entre l’Italie et l’Angleterre.

Ni les uns, ni les autres, n’eurent une influence quelconque sur la politique du régime, pourtant hanté par ce même rêve d’unité méditerranéenne, mais qui était victime de ses trop faibles moyens et de son peu de confiance dans ses possibilités.

La revue Geopolitica

Le premier numéro de la revue parut à Milan en 1939 ; elle était dirigée par deux géographes triestins, Giorgio Roletto1 et Ernesto Massi2 et constituait une "revue mensuelle de géographie politique, économique, sociale et coloniale" ; elle a représenté pendant quatre ans (le dernier numéro parut en décembre 1942) le lieu de rencontre de ceux qui, en Italie, sur le modèle des géopoliticiens allemands et français (les auteurs anglo-saxons étaient peu connus), se consacraient à l’étude d’une discipline définie à l’époque comme étant la "synthèse des doctrines géographiques", mais dont les limites scientifiques étaient floues.

Geopolitica reçut l’appui du ministre de l’Education nationale Giuseppe Bottai et fut approuvée par le Duce, qui portait un grand intérêt aux questions géographiques3.

Bien que cette revue se proposât d’incarner "la conscience géopolitique et impériale du Peuple italien"4, les relations avec les milieux gouvernementaux étaient assez lâches5 et il est difficile de dire si les mille exemplaires de Geopolitica arrivèrent à exercer une influence sur les choix politiques du régime6.

Les quatre années d’existence de Geopolitica restent, quoiqu’il en soit, un témoignage historique précieux de la période que Renzo de Felice a définie comme les "années du consensus"7.

La revue, à laquelle collaborèrent quelques-uns des plus éminents géographes italiens de cette époque, fut avant tout l’expression nationaliste d’une ville, Trieste, par essence ville frontière, "porte de l’Orient", "ville emblème de l’accomplissement de l’unité nationale et aussi symbole de nouvelles volontés d’expansion et de conquête de l’Orient balkanique ; cité marginale par rapport au contexte politico-économique italien et en même temps "laboratoire expérimental" d’initiatives, d’idées et de violences pour le mouvement fasciste dans sa période d’ascèse"8. Une grande partie du comité de rédaction provenait de Trieste et tout particulièrement, les deux co-directeurs : Roletto et Massi. En outre, Geopolitica trouva à Trieste l’appui matériel de la classe marchande, expression des tendances nationalistes et colonialistes locales les plus extrêmes9.

La publication de cette revue bouleversa le milieu universitaire des géographes italiens, accusés à de nombreuses reprises, dans les pages même de Geopolitica, de se laisser vivre, repliés dans le monde abstrait de la science physique, incapables de se mettre au service des intérêts politico-commerciaux de l’Italie.

Geopolitica naquit, en fait, de la tentative de stimuler et d’orienter le choix des décideurs politiques et des milieux commerciaux italiens en leur fournissant, grâce à la géographie, des moyens utiles pour choisir les orientations "naturelles" de leur expansion.

Geopolitica et la Méditerranée

Bien qu’une grande partie des articles eût une consonance "continentale" à propos de l’Europe centrale et des Balkans, la revue triestine contribua cependant à développer le concept fasciste "d’espace vital méditerranéen".

Une telle revendication présupposait l’existence réelle d’une "unité méditerranéenne" : "Si toutes les mers intérieures servent à unir plus qu’à diviser les peuples riverains, aucune "méditerranée" comme la Romaine qui est nôtre, ne forme une complète unité physique, biologique, économique et humaine"10.

Rome, sans conteste, était le centre géopolitique de cette unité ; c’est pourquoi, dans les arguments de Roletto, elle jouait le rôle d’élément unificateur nécessaire : "De par la constante loi géopolitique, notre péninsule ou bien sera la maîtresse absolue de la Méditerranée, ou bien tombera sous la coupe de l’étranger... La thèse centrale est la suivante : à une Italie forte, centre naturel de la force méditerranéenne, correspond une Méditerranée forte, indépendante de l’étranger et digne d’être à la tête maintenant et toujours de la civilisation mondiale"11. Deux ans plus tard, Roletto écrivait : "La Méditerranée, pour faire son unité, a dû toujours s’appuyer sur un pivot centralisateur, dont la fonction apparaît d’autant plus efficace qu’il se trouve au centre géographique du bassin"12.

Dans l’analyse géopolitique d’Antonio Renato Toniolo, l’un des spécialistes les plus connus de géographie politique de l’époque, on retrouve la même certitude ; il oppose les diverses caractéristiques des deux grandes divisions de la Méditerranée : le bassin occidental, "avec une forte économie agricole homogène et une société sédentaire à tendance centripète", et le bassin oriental, "avec son peuplement de pauvres éleveurs nomades dispersés, mais avec de fortes tendances centrifuges en direction des régions lointaines et étendues de l'Asie orientale", et conclut que seule la Rome impériale avait été capable de rassembler les nombreux particularismes pour faire la "synthèse harmonieuse" de "l’unité méditerranéenne"13.

"Etats-Unis de la Méditerranée"

C’est alors que l’historiographie de l’époque entra dans le débat géopolitique ; Federico Chabod, le futur historien de l’idée d’Europe, remaniant les thèses d’Henri Pirenne14, affirmait, à l’article "Méditerranée" du Dizionario di Politica du Parti national fasciste15, que seule l’hégémonie de Rome avait réellement conduit à cette unité méditerranéenne que "même les invasions germaniques ne purent détruire".

D’une façon détournée, on trouvait, dans les articles de Geopolitica, une revendication orgueilleuse de l’originalité et de l’indépendance culturelle de la "latinité". Les observations de quelques géopoliticiens allemands qui, à propos du "nouvel ordre européen", avaient émis l’idée de laisser de côté l’espace nord-africain, cependant vital, car il appartenait au plus grand ensemble méditerranéen dans le rêve de grandeur de l’Italie16, avaient suscité de nombreuses réactions. En particulier, on constate que les efforts des géopoliticiens italiens pour faire rentrer dans le "nouvel ordre européen" tout le bassin de la Méditerranée, l’Afrique et même le Moyen-Orient17, c’est-à-dire ce qui aurait dû être l’espace géopolitique sous l’emprise de l’Italie, allaient dans le sens d’un pendant à la suprématie atlantico-continentale de l’Allemagne… Cela correspondait à un antagonisme naturel entre deux impérialismes, conçus d’une manière radicalement différente : le germanisme continental opposé à la latinité méditerranéenne18.

La revendication par l’Italie d’un rôle autonome dans l’unification et d’une suprématie dans l’ensemble méditerranéen reçut de Geopolitica un soutien très actif.

Dans un article d’octobre 193919, Renzo Sertoli Salis, personnage en vue de la culture fasciste, membre de l’Istituto per gli Studi di Politica Internazionale (ISPI) de Milan et ami de Massi, se prononçait en faveur "d’un auto-blocus" de la région méditerranéenne, "autant que possible indépendante", surtout face aux "thalassocraties occidentales", et d’abord à l’Angleterre (mais non applicable aux autres puissances extra-méditerranéennes, comme l’Allemagne).

Paolo d’Agostino Orsini, auteur, entre autres, en 1934 d’un livre de géopolitique20 qui avait obtenu un considérable et durable succès, était plus explicite. D’emblée, il affirmait : "Les peuples germaniques, slaves, nordiques peuvent se regrouper comme ils le veulent ; ils sont et doivent rester loin de la Méditerranée ; mais, en revanche, les Méditerranéens n’ont pas l’intention de s’immiscer dans leurs affaires et d’entrer dans leur sphère d’influence et dans leur "espace vital". La Méditerranée est "l’espace vital" de l’Italie impériale" 21. Dans le même article, l’auteur invoquait une nouvelle structure géopolitique, dont le centre était à Rome et à laquelle il donnait le nom d’Etats-Unis de la Méditerranée 22.

"C’est l’esprit qui domine et modèle la matière"

Avec un esprit essentiellement critique, Ernesto Massi, co-directeur et vrai inspirateur de Geopolitica, faisait observer comment cette unité méditerranéenne, dont on vantait l’existence, n’était pas une région "géographique" parfaite, mais un produit de la "volonté humaine". Il écrivait en 1940 : "L’unité méditerranéenne n’existe pas dans les caractéristiques naturelles de l’espace, mais elle est la tenace création de l’homme méditerranéen : elle n’est pas géographique, elle est géopolitique !" 23. On peut retrouver dans ces paroles "l’anti-déterminisme" qui caractérise la géopolitique italienne. L’espace ne conditionne pas l’action de l’homme au point de la rendre esclave des lois géopolitiques éternelles. "L’esprit domine et modèle la matière" est une pensée qui a toujours été dans la vision des géopoliticiens italiens24. Voilà pourquoi Massi concluait :

En Méditerranée, il n’existe ni uniformité ni homogénéité, au contraire, il y a la plus forte hétérogénéité des formes naturelles et des manifestations de la vie, formes et manifestations qui se présentent pourtant étroitement associées au point de composer une unité, quand les conditions historiques en favorisent la coordination et l’organisation grâce au courage politique... Les prémisses géographiques existent pour faire l’unité méditerranéenne, mais celle-ci doit être réalisée, modelée, forgée par un peuple qui possède une trempe impériale, qui sait être l’interprète de l’histoire... Italie, c’est encore une fois à toi de la réaliser 25.

 

L’Italie et l’Angleterre en Méditerranée

Le retour de l’hégémonie italienne en Méditerranée était sérieusement hypothéqué par la puissance navale anglaise et par les points d’appui que celle-ci avait acquise dans la mer latine.

Mussolini avait lancé le cri de guerre : "Nous voulons briser les chaînes de caractère territorial et militaire qui nous étouffent dans notre mer, parce qu’un peuple de quarante cinq millions d’âmes n’est pas vraiment libre s’il n’a pas le libre accès à l’Océan" 26. Au cours de la réunion du Gran Consiglio del Fascismo tenue dans la nuit du 4 au 5 février 1939, il avait déjà eu l’occasion d’évoquer la situation de l’Italie sur mer :

L’Italie ne possède pas le libre accès aux océans ; elle est donc prisonnière dans la Méditerranée et plus l’Italie verra sa population augmenter et plus elle deviendra puissante, plus elle souffrira d’être prisonnière. Les portes de cette prison sont la Corse, la Tunisie, Malte, Chypre ; les sentinelles à ces portes sont Gibraltar et Suez. La Corse est une arme pointée au coeur de l’Italie ; la Tunisie menace la Sicile, tandis que Malte et Chypre constituent une autre menace contre toutes nos positions en Méditerranée centrale et occidentale. La Grèce, la Turquie et l’Egypte sont des Etats prêts à faire alliance avec la Grande-Bretagne et à parfaire l’encerclement politique et militaire de l’Italie 27.

Si dans les premiers discours de sa vie politique, Mussolini, encore militant dans les rangs du Parti socialiste italien, fut contre la conquête de la Libye en 1911, après la première guerre mondiale, avec la création des Fasci di Combattimento, le futur Duce s’intéressa, en revanche, quoique d’une façon très générale et rhétorique, à l’avenir sur mer de l’Italie. Il écrivait dans le Popolo d’Italia du 18 décembre 1919 : "Notre avenir est sur mer... Par sa structure et sa position géographiques (l’Italie) doit se tourner vers la mer, elle doit trouver dans l’élément qui l’entoure les routes de sa prospérité". Et un mois après, revenant sur le même sujet : "navigare necesse... Il est absurde de ne pas se lancer sur les routes de la mer, quand celle-ci nous entoure de trois côtés" 28.

Dépassant les positions des nationalistes et même celles de la marine de guerre elle-même, centrées presque exclusivement sur la question de l’Adriatique, Mussolini, à la fin de 1920, représentait le porte-parole d’intérêts bien plus étendus, que l’Italie aurait dû atteindre sur 1a scène internationale : "Nous pensons que tout en ne perdant pas de vue la question de l’Adriatique, notre sphère d’intérêts doit être étendue peu à peu à la Méditerranée" 29.

Le 5 octobre 1926, Mussolini prononça un discours à l’Université pour étrangers de Pérouse dont le sujet, significatif, était "la Rome antique sur mer" ; ce discours pacifique était une reconstitution de l’histoire maritime romaine, entièrement destinée à démontrer que, malgré la psychologie "continentale" du peuple romain (ce que confirmait l’éminent historien et sénateur Ettore Pais30), Rome "fut aussi une grande puissance maritime" : "sans la maîtrise de la mer, Rome n’aurait ni conquis l’empire, ni pu le conserver" 31.

Les slogans de Mussolini touchant au mythe de "mare nostrum" trouvèrent leur pleine signification dans le discours que le Duce tint Piazza del Duomo à Milan, le 1er novembre 1936 : "Si pour les autres (nations), la Méditerranée est une route, pour nous Italiens, c’est notre existence même" 32.

La liberté de navigation, c’est-à-dire la possibilité d’entrer et de sortir du bassin méditerranéen, était considérée comme un problème vital pour l’Italie, surtout parce qu’elle dépendait de l’outre-mer pour les matières premières ; il fallait, en outre, protéger la route impériale avec l’Afrique orientale. La Grande-Bretagne, en tant que maîtresse des deux issues de la Méditerranée, représentait l’ennemi à abattre.

Geopolitica soutenait cette thèse. Dans ses pages retentit l’appel qui avait déterminé la lutte pour la suprématie de Rome en Méditerranée : "Delenda Carthago !... L’Angleterre est la nouvelle Carthage" 33.

Pour Massi lui-même, l’unité méditerranéenne ne trouvait sur sa route qu’un seul obstacle : "Chasser l’Angleterre de la Méditerranée est un présupposé obligatoire de toute construction de l’unité méditerranéenne" 34.

Malgré la supériorité navale de la Grande-Bretagne, les géopoliticiens italiens restaient convaincus que sa suprématie pouvait être contestée : "La mobilité de la flotte, arme offensive qui faisait la force de l’Angleterre considérée jusqu’à présent comme exceptionnelle, ne l’est plus désormais. Cette arme essentielle, dans une guerre de blocus, qu’est la flotte britannique — compte tenu de la puissance de l’Axe — a été privée de nombreuses possibilités par le pacte germano-soviétique. L’aviation interdit à la flotte toute surprise dans une opération offensive contre un pays possédant une grande longueur de côtes et des grands ports comme l’Italie" 35.

L’Italie et les pays méditerranéens

L’unité méditerranéenne devait se faire, soit par l’expulsion de l’Angleterre, soit par le moyen d’une entente avec les autres pays méditerranéens.

L’Espagne, selon Toniolo, était un pays tourné vers l’Atlantique36 ; pour d’Agostino Orsini, elle devait néanmoins s’associer avec l’Italie pour la colonisation de l'Afrique du Nord37 et participer à l’entreprise "eurafricaine"38. Sa position géographique, contrôlant le détroit de Gibraltar, faisait d’elle une alliée de l’Italie dans ses projets de suprématie méditerranéenne ; ces projets poussaient avec ardeur à la création d’un "triangle Rome-Berlin-Madrid39.

La France suscitait, en revanche, beaucoup de réserves ; elle était considérée comme un pays également tourné vers l’Atlantique ou tout au plus continental40, en dépit de sa forte présence en Méditerranée. Celle-ci aux yeux des Italiens, faisait d’elle l’ennemie, surtout par son implantation en Tunisie, avec la base navale de Bizerte, et par sa politique de maintien du statu quo, alors que l’Italie avait l’intention de créer un "ordre nouveau".

Malgré cela, Geopolitica était disposé à faire entrer la France dans "l’espace vital méditerranéen" 41, mais seulement après que celle-ci aurait été diminuée territorialement dans le nord et aurait rompu ses liens avec l’Angleterre42.

Le monde arabe

Les géopoliticiens italiens, rejoignant l’opinion de Mussolini43, croyaient qu’une politique méditerranéenne efficace ne pouvait se faire sans une entente avec les pays arabes.

Massi pensait que l’Italie pouvait être un jour protectrice des lieux saints chrétiens et musulmans44 ; c’est ce qu’il exprimait dans le numéro de mars 1941 de Geopolitica spécialement consacré au monde arabe où, entre autres sujets, était mis en lumière le rôle privilégié attribué à l’Egypte comme "porte naturelle du canal de Suez" 45.

Evidemment, le canal présentait un importance considérable pour l’Italie, notamment pour les lignes de communication avec son empire. Les tarifs de passage à travers le canal, fort élevés (la gestion était principalement anglaise) constituaient un sujet fréquent de mécontentement dans les pages de Geopolitica.

Grâce à la construction du canal de Suez, la Méditerranée constituait le "support européen et mondial" des voies maritimes : selon Lodovico Magugliani46, vue par rapport aux méridiens, la Méditerranée révèle toute son importance européenne car elle concrétise "l’attraction entre l’Europe et l’Afrique" ; alors que vue par rapport aux parallèles, la réalité méditerranéenne dépasse la limite européenne, pour donner justement à cette voie de communication entre l’Atlantique d’une part, et d’autre part, "les terres et les eaux de l’ensemble asiatico-indien", une "importance mondiale".

Le rappel de ce qu’a été la mer Egée pour la Rome antique

Après la conquête de l’Ethiopie, le bassin oriental, qui contrôlait les routes maritimes passant par Suez, avait acquis une importance essentielle pour l’existence de l’empire italien47. L’Italie qui, en mer Egée, possédait déjà les îles du Dodécanèse, ne pouvait se désintéresser de la liberté de la navigation dans les Détroits et des ressources considérables des pays de la mer Noire, laquelle, bien que généralement considérée comme ne faisant pas partie de la zone méditerranéenne, avait en fait "toujours éveillé nos intérêts"48.

Déjà la Rome antique avait entendu cet appel de l’Egée et maintenant, selon Roletto, la Rome fasciste ressentait cette même attirance : "En particulier, dans l’unité spirituelle du bassin oriental de la Méditerranée, remise en honneur par les principes éthiques d’une Rome nouvelle, se trouve le fondement de l’avenir des pays qui y sont présents. Comme le montrent les propositions de la géopolitique, toute atteinte à une telle unité