| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Conférences sur l'infanterieEcole Supérieure de Guerre (1911) Organisation
Recrutement
Sous
L'ancienne monarchie la majeure partie de l'Armée se recrutait par le
système des enrôlements volontaires fournis par le racolage. Le complément
était obtenu à l'aide d'hommes choisis ou désignés par le soit dans
les milices provinciales. Les
premières armées de la République furent constituées avec une noyau
d'anciens soldats de la Monarchie, grossi d'abord par les enrôlements
volontaires, puis par la réquisition, enfin par la levée en masse, mais
sans aucune législation précise. Le
service obligatoire fut réglementé pour la première fois par la loi de
1798 (19 Fructidor An 6) votée sur le rapport du Général Jourdan. Aux
termes de cette loi, tout Français, en cas de danger national, devait le
servie militaire. Hors ce cas extrême, l'armée de terre se formait par
des enrôlements volontaires et par la conscription qui comprenait tous
les citoyens de 20 à 25 ans. Les
conscrits étaient répartis en cinq classes. Le pouvoir législatif
fixait le chiffre du contingent et le pouvoir exécutif procédait à
l'appel en commençant par les plus jeunes[1]. Les
enrôlements volontaires étaient gratuits et le remplacement interdit ;
les rengagements seuls donnaient droit à une haute paye. En
1800, de nouvelles dispositions furent insérées dans la loi. Les hommes
inaptes au service actif qui, d'après la loi de 1798, bénéficiaient
d'une dispense, et ceux, dont les études ou les travaux étaient jugés
plus utiles à l'Etat que leur participation au service militaire, eurent
la faculté de se faire remplacer à prix d'argent. Les indigents non
valides étaient seuls dispensés de pourvoir à leur remplacement. Ce
procédé eut l'avantage de faire rentrer dans les rangs de l'armée, au
titre du remplacement, une partie des anciens soldats. Une
disposition de la loi de 1798 autorisait le maintien en temps de guerre
des hommes arrivés à l'expiration de leur temps de service. A partir de
1805, comme l'état de guerre devint permanent, il n'y eut plus de libération.
L'armée recevait chaque année une classe de conscrits et ne rendait
jamais rien. On se sortait de l'armée que mort ou impropre au service.
Les effectifs étant devenus trop faibles par la suite, non seulement tout
le contingent de l'armée fut absorbé, mais on alla jusqu'à rappeler les
classes libérées et on anticipa sur l'avenir en incorporant les jeunes
gens de 19 et même de 18 ans. Ces
mesures rendirent la conscription très impopulaire et il fallut souvent
recourir à la contrainte pour arracher à leurs foyers des hommes qui se
croyant libres de toute obligation militaire, étaient rappelés pour
combler les vides de l'armée. Au moment où s'ouvre la campagne de
Prusse, la nouvelle classe vient de rejoindre la grande armée et chaque
corps a reçu un nombre de conscrits égal environ au 1/5 de son
effectif. Comme l'Armée est en Allemagne depuis la fin de 1805, elle n'a
libéré aucun de ses éléments. Cadres,
Effectifs
L'infanterie,
en 1806, comprenait des régiments de ligne et des régiments légers,
quelques-uns uns à 4, la plupart à 3 bataillons[2].
L'un des bataillons était désigné pour former le dépôt, de sorte que
la plupart des régiments de campagne n'avaient que deux bataillons, trois
exceptionnellement. Le passage du pied de paix ou pied de guerre se
faisait par prélèvement sur le dépôt, dans lequel les conscrits étaient
d'abord incorporés... Le
bataillon a 9 compagnies dont 4 de grenadiers (carabiniers dans
l'infanterie légère) et 1 de voltigeurs [3].L'effectif
de la Compagnie d'élite (grenadiers ou carabiniers) est de 83 hommes. Les
compagnies de voltigeurs ont 123 hommes comme les Compagnies de
fusiliers, elles conservent cet effectif sur le pied de paix. La
compagnie, qui porte à la manœuvre le nom de peloton, se divise en
deux sections. Effectif
du bataillon (cadres compris) 1 072 hommes. Effectif
du régiment (cadres compris) 2 162 hommes. Ces
chiffres subissaient de fortes réductions après les premiers jours de
campagne. Le matin du 14 octobre 1806, l'effectif des bataillons ne dépassait
pas 850 hommes, celui des régiments 1700 à 1800, cadre compris (voir
pour les cadres du régiment ; du bataillon et de la compagnie le
renvoi [4]. Armement
L'infanterie
se sert du fusil Modèle 1802 (1777 corrigé) surmonté d'une baïonnette
à douille. Cette
arme est du calibre de 17,5 mm, elle n'a pas de hausse mais un simple
guidon en cuivre sur l'embouchoir. Sa portée du but en blanc est de 60
toises (le but en blanc est le point où la trajectoire coupe la ligne de
mire unique du fusil. La toise vaut 1,94 m (60 toises = 117 mètres). Comme
la charge de poudre était très forte (12,24 gr), la trajectoire était
d'abord très tendue. La flèche, à la portée du but en blanc, était de
0,14 m à 0,30 m. Il suffisait donc pour toutes les distances en deçà du
but en blanc, de viser directement l'homme à la ceinture pour avoir des
chances de l'atteindre. Après le but en blanc la trajectoire s'infléchissait
rapidement et rencontrait le sol entre 200 et 250 mètres. Avec l'angle de
tir maximum de 43° 30', la balle pouvait encore à la vérité blesser un
homme à la distance de 500 toises (974 m) mais le tir n'était plus
susceptible d'ancienne justesse. En
effet, l'emploi de la balle sphérique donnait lieu à des écarts considérables.
L'écart vertical moyen, à 200 mètres était déjà de 1,70 soit la
hauteur d'un homme. Les
écarts à 400 mètres variaient de 5 à 25 mètres, de sorte qu'un tireur
visant correctement n'était pas certain d'atteindre à cette distance une
maison à quatre étages. On
pourrait donc poser en principe qu'au delà de 200 mètres l'efficacité
du tir n'était due qu'au hasard. Le
tir aux distances inférieurs à 200 mètres avait seul un grand effet
meurtrier. L'efficacité du tir ne suivait donc pas, comme avec nos armes
actuelles, une progression uniformément décroissante. Ce fait explique
pourquoi les troupes qui réservaient leur feu pour le tir rapproché
devaient avoir et avaient en effet une grande supériorité sur celles qui
ouvraient le feu au delà de 200 mètres. Le
défaut de précision de l'arme avait d'autres causes que la forme de la
balle. Il était dû également, pour une grande part à l'irrégularité
de la charge de poudre, au recul et à la fumée. La
poudre contenue dans la cartouche servait également à amorcer. Le
soldat, après avoir déchiré l'enveloppe avec les dents, devait mettre
d'abord quelques grains de poudre dans le bassinet et introduisait ensuite
la cartouche dans le canon. Comme la charge de poudre était très forte,
le soldat, naturellement porté à éviter les sévices du recul, faisait
à l'amorçage une part très large et souvent inégale qui se traduisait
par des différences considérables dans la précision et la portée. Le
recul, conséquence de la charge de poudre et du poids de la balle (24,45
gr), était tellement violent qu'il n'y avait pas de tir où l'on ne vît
des hommes saigner du nez ; d'autres se meurtrissaient la joue et
la lèvre et tous avaient l'épaule plus ou moins contusionnée. La
fumée était si abondante, qu'après un tir de quelques minutes,
l'horizon du tireur était complètement obscurci. Les
français sont en général peu instruits dans la minière de se servir de
leur fusil et se préoccupent peu d'augmenter le vitesse de leur tir,
malgré l'exemple des prussiens. Le fantassin français retourne encore sa
baguette, parce que celle-ci n'est pas cylindrique ; il déchire la
cartouche avec les dents, parce qu'il n'existe pas, comme chez les
prussiens, une lame appliquée à la culasse pour couper l'enveloppe ;
il met une amorce dans le bassinet, parce que la lumière n'a pas été
agrandie. La charge est donc très longue ; elle s'exécute en 12
temps et le français n'achève pas une charge pendant que le prussien en
exécute trois et l'autrichien deux. Le français n'accorde d'ailleurs pas
plus d'attention à la vitesse du tir qu'à la justesse. Les
hommes portaient sur eux 50 cartouches. Il en existait 60 par homme à la
réserve des munitions de la division, 60 autres à la réserve des
munitions du corps d'armée et 60 dans les dépôts généraux ; au
total 230. Préparation
à la guerre
Le
règlement sur le service des armées en campagne de 1788 [5]
Pour
bien comprendre l'esprit qui a présidé à la rédaction du règlement du 1er
août 1791, il est nécessaire de donner quelques indications générales
sur les procédés de combat de l'époque, procédés de combat qui font
l'objet du titre XX du règlement sur le Service des Armées en campagne de
1788. L'ordre
de bataille et les dispositions générales pour le combat diffèrent très
peu de ceux en usage dans les armées des XVIIe et XVIIIe siècles. Ordre
de bataille
La
formation du combat est sur deux lignes toujours déployées sur trois
rangs. -
La cavalerie prolonge les deux lignes
d'infanterie. -
La réserve, maintenue de préférence derrière
le centre, est en général très faible. Dispositions
générales pour le combat -
Les feux et la charge ont lieu en ligne. -
L'instruction ne prévoit pas l'emploi de
tirailleurs autres que ceux des régiments d'infanterie légère. -
Il n'est aucunement question, dans le règlement,
de manœuvres en colonne ou en ligne de colonnes. La division passe directement
de la formation de marche à la ligne de bataille. C'est
à l'exécution de cette conception du rôle de l'infanterie sur-le-champ
de bataille que répond le règlement des manœuvres du 1er août
1791 et en particulier le titre V qui traite des évolutions en ligne. Le
règlement du 1er août 1791
Le
règlement du 1er août 1791 a été rédigé dans l'esprit de la
tactique linéaire. On a accordé un semblant de satisfaction aux partisans
de la colonne en adoptant quelques nouvelles formations élémentaires,
telles que la colonne à demi distance et la colonne d'attaque, mais ces
concessions une fois faites, il ne sera plus fait mention de ces colonnes
dans les évolutions de ligne presque littéralement calquées sur le règlement
prussien. L'analyse
du règlement du 1er août 1791, en même temps qu'elle nous
renseignera sur les procédés de combat des prussiens, nous permettra de préciser
les modifications que les français y ont apportées par la pratique de la
guerre. L'unité
de combat est le bataillon[6].
C'est la plus forte unité susceptible d'être dirigée à la voix de son
chef. L'effectif de la compagnie-peloton ne dépasse pas en général une
centaine d'hommes ; son front sur trois rangs, les files serrées coude
à coude, c'est à dire à 0,60 m d'axe en axe, est d'environ 25 pas.
La compagnie-peloton d'alors a donc le même front que notre section
actuelle de 50 hommes sur 2 rangs. Le
peloton se divise en deux sections. Deux pelotons forment une division. Il
y a quatre divisions dans la bataille. La compagnie avec ses 3 officiers,
6 sous-officiers et 8 caporaux est très solidement encadrée ; elle a
un gradé pour 6 hommes. La
formation sur trois rangs et les feux
L'ordre
mince se résume en une seule formation, la ligne déployée sur trois
rangs. Dans chaque rang les hommes sont coude à coude quand les bras
tombent naturellement, ils ont donc peu de facilité pour manier leurs
armes. Le premier rang est composé des hommes les plus grands, le second
des hommes les plus petits. Cette disposition a pour but de rendre plus
facile la pratique des feux à commandement qui doivent s'exécuter le
premier rang à genou, les deux autres debout. Les
feux réglementaires de l'ordonnance sont : les feux de peloton, de ½
bataillon, de bataillon et le feu de deux rangs. Les trois premiers s'exécutent
à commandement, feux de sabre. Mais il est entendu que dans l'armée française
on n'exécute jamais à la guerre de deux à commandement. Les feux pratiqués
dit-on par les étrangers exigent un degré d'automatisme auquel nos troupes
n'ont jamais pu parvenir. Le
feu de deux rangs est un feu à volonté ; il commence et cesse au
roulement de tambour. Il est exécuté par les deux premiers rangs
seulement, les hommes du 3e rang ne tirent pas et se bornent à
passer leur arme chargée à ceux du second rang. C'est le seul feu de ligne
usité à la guerre et encore ne l'exécute-t-on pas conformément à
l'ordonnance. Le premier rang tire debout ; les hommes du second rang
font de même, mais en raison de leur plus petite taille, ils éprouvent des
difficultés qu'ils cherchent à vaincre en se ménageant un créneau entre
les hommes du premier rang, sinon ils tirent en l'air. Que font pendant ce
temps les hommes du 3 e rang ? Vont-ils passer leur arme aux
hommes du 2 e rang alors qu'ils reçoivent des coups ? L'expérience
prouve, que, dans l'ardeur du combat, les hommes sont incapables de
s'astreindre à la complication des mouvements exigés. Sollicités par
l'impérieux besoin de rendre coup pour coup, ils font feu comme les autres,
mais par crainte d'atteindre leurs chefs de file, ils tirent en l'air et ne
font que du bruit pour s'étourdir de sorte qu'il n'y a guère que le feu
des hommes du premier rang sur lequel on puisse compter. Gauvion
de St Cyr, Marmont, pour ne citer que les plus illustres, n'ont
cessé de critiquer les feux sur trous rangs et de réclamer la formation
de l'infanterie sur 2 rangs. Napoléon,
dans son projet de réorganisation de l'armée a discuté la question des
feux et condamné le tir de 3 e rang[7]
et cependant il maintien la formation sur trois rangs pour l'infanterie
de ligne jusqu'en 1813 ; et encore attribue-t-on la suppression du 3
e rang au souci d'augmenter le front de bataille. L'infanterie
se forme donc sur trois rangs. Le front du bataillon déployé est
d'environ 200 pas. En
1791, l'importance d'apprendre aux soldats à tirer avec justesse est encore
peu reconnue. Le règlement consacre cependant un paragraphe à
l'instruction du tir et prévoit des exercices aux distances de 50, 100 et
150 toises. La
portée du but en blanc étant de 60 toises, pour atteindre la bande
centrale à la distance de 50 toises on visait quatre à cinq pieds au
dessus. Les
règles de tir étaient celles-ci : -
Jusqu'à 200 mètres, viser par la génératrice
supérieure du canon. -
A 400 mètres se servir du pouce, la première
phalange rabattue. On
conçoit que dans ces Conditions, on n'ait pas essayé d'obtenir un précision
que l'arme était incapable de donner. On
cherchait vainement l'influence des prescriptions réglementaires en ce
qui concerne le tir de l'infanterie pendant les guerres de la République et
de l'Empire. L'opinion publique dans l'armée était que le peu de précision
de l'arme et la fumée abondant qui environnait les tireurs après les
premières décharges, devaient faire reléguer au second plan la précision
du tir. On ne comptait en réalité que sur les effets du tir horizontal. Les
formations en colonne
Les
formations en colonne prévues par le règlement de 1791 sont les suivantes :
-
Colonne d'attaque, -
Les carrés, -
La colonne par le flanc, -
La colonne en route. Les
colonnes par divisions et par peloton, à distance entière, demi-distance
ou serrées, ont leurs avantages et leurs inconvénients. La
colonne à distance entière, ayant une longueur
égale à l'étendue du front de la troupe, permet de prendre la formation
en bataille sur l'un des flancs par une conversion simultanée de tous les
éléments de la colonne. Elle a été très employée au 18e siècle
notamment par Frédéric. Elle présente de nombreux inconvénients : -
les déploiements sur le front exigent
beaucoup de temps ; -
il n'est pas possible de former directement
les carrés ou de prendre les dispositions immédiates pour recevoir la
cavalerie, sans passer par une formation intermédiaire. Aussi
la colonne à distance entière, sous le 1er Empire, ne
sera-t-elle employée que comme formation de marche. Alors qu'une rencontre
avec l'ennemi n'est pas encore imminente. Pour
les évolutions à proximité de l'ennemi, on se sert de préférence de la colonne
à demi-distance. Cette colonne donne de l'aisance à la marche ;
les subdivisions sont suffisamment séparées les unes des autres pour que
le mélange ne soit pas à craindre. L'autorité des cadres a toute
facilité pour s'exercer. La
formation des carrés est d'une grande simplicité. Le déploiement sur la
tête s'effectue en moitié moins de temps que si la colonne était à
distance entière. Par contre le déploiement sur l'un des flancs est assez
long, car il faut préalablement prendre les distances entières ou faire
changer de direction à la colonne pour la déployer ensuite sur la tête.
La durée du mouvement augmente avec la longueur de la colonne. La
colonne serrée à 3 pas, est celle qui permet la
plus grande condensation de troupes sur le plus petit espace. C'est donc la
formation qui convient le mieux aux rassemblements, celle qui réduit au
minimum la durée des déploiements que la tête de la colonne. En outre,
des dispositions contre la cavalerie peuvent y être rapidement prises. Mais
cette colonne subit tous les inconvénients inhérents au resserrement des
hommes ; la marche par la chaleur
et la poussière y est pénible ; la colonne est sujette à se désunir
dans les terrains difficiles et la surveillance des cadres est impossible.
Les moindres incidents sont susceptibles d'occasionner du désordre. C'est
pourquoi à la colonne serrée on préfère pour l'attaque la colonne à
distance de section. La
colonne d'attaque est une colonne par division à
distance de section, ployée sur le centre. Cette formation procure un
gain de temps très appréciable dans les ploiements et déploiements ;
mais il ne faut pas perdre de vue que la colonne d'attaque ne peut se former
qu'en partant de la ligne déployée. Pour passer de la colonne en route à
la colonne d'attaque, un bataillon devra donc prendre deux formations intermédiaires :
la colonne par division et la ligne déployée. Carré.
A l'époque du fusil à silex, les attaques de cavalerie sont très redoutées
de l'infanterie ; ni la ligne, ni la colonne ne semblent donner des
garanties de sécurité suffisantes. Seuls de bons carrés, susceptibles de
fournir des feux et d'opposer des baïonnettes dans toutes des directions,
peuvent avoir raison de la cavalerie. Le
règlement est partisan des grands carrés formés de plusieurs
bataillons. Cette manœuvre s'exécute, en partant de la colonne par
division à distance de section. La 1e division les précède,
les pelotons intérieurs font "section à droite ou à gauche"
pour boucher les intervalles. Toutes les faces du carré ont ainsi six rangs
de profondeur. Une
colonne en formation serrée peut être surprise par la cavalerie. En ce cas
elle forme le carré en doublant les divisions de tête et de queue, les
divisions du centre s'appliquent à boucher les intervalles. Un
bataillon isolé forme toujours le carré en partant de la colonne serrée.
Carré
de deuxbataillons La
colonne par le flanc sur trois rangs est fort peu
employée sur le champ de bataille. On ne pratique pas encore le doublement
des files, de sorte que les mouvements par le flanc occasionnent un
allongement considérable. On ne les emploie que dans les routes à l'intérieur
ou pour des déplacements latéraux de peu d'étendue. Le
général Pelet proposa en 1825 l'emploi du mouvement par le flanc en
doublant qu'il aura vu exécuter en 1812 par les troupes Westphaliennes et
Polonnaises. La
colonne en route dérive des colonnes à distance
entière dont on réduit successivement le front suivant la largeur de la
route ou du défilé. La colonne en route ne doit pas en principe avoir une
profondeur supérieure au front qu'elle occuperait si on la déployait en
bataille. Six
files donnent une longueur égale à leur profondeur. Lors donc de l'étroitesse
de la route ne permet pas de conserver six files de front on diminue la
profondeur du groupe ; ce qui n'est possible qu'en faisant marcher au
pas cadencé et on constitue un 4e rang à l'aide des files extrêmes.
Cette marche au pas cadencé ne peut être que momentanée ; dès que
la route s'élargit on revient à la formation normale. Ces changements de
formations et d'allures rendent la marche très pénible. Les
évolutions de ligne
Dans
l'esprit du règlement, le chapitre qui traite des évolutions de ligne à
la prétention de déterminer les règles à employer pour faire mouvoir les
troupes sur le champ de bataille et les faire combattre. C'est le code des
manœuvres et du combat de l'infanterie. Les
évolutions s'exécutent avec 8 bataillons, mais il est spécifié que les
procédés du règlement sont applicables à un nombre quelconque de
bataillons. Les évolutions donnent le moyen de passer de la ligne déployée
à la colonne et réciproquement, mais il s'agit d'une colonne unique. Le règlement
ne prévoit aucune évolution en ligne de colonnes de bataillon. Par
contre, il abonde en prescriptions extrêmement minutieuses en ce qui
concerne l'exécution de la marche en bataille et des chargements de
front. Il n'a pas craint d'aborder les changement de front sur le centre de
deux lignes parallèles. On a décoré ce mouvement du nom de tourniquet.
Toutes ces évolutions sont accompagnées d'un luxe excessif d'alignements
exécutés avec drapeaux et guides généraux sur la ligne. L'ordre
en échelons et l'ordre en oblique
L'ordre
en échelons a été très pratiqué par Frédéric. L'usage s'en est
maintenu. On se sert des échelons soit pour manœuvrer et exécuter des déplacements
obliques, soit pour attaquer. Exemple
de marche oblique par échelons : Soit une ligne AB, composée d'un
certain nombre de bataillons en ordre déployé ; On veut gagner du
terrain en avant et à droite. Chaque bataillon fera un conversion de pied
fermé à droite sous un angle qui sera le même pour tous et se portera en
avant en se réglant sur le bataillon de droite. La ligne sera remise dans
son orientation initiale pour une simple conversion à gauche des
bataillons. On peut aussi reformer la ligne sur l'échelon de tête et la
rendre oblique par rapport à sa situation initiale.
Exemple
d'attaque en échelons : Pour attaquer en échelon
le chef indique d'abord la direction à l'unité chargée d'exécuter
l'attaque directe, par exemple E. F. ; les autres unités s'échelonnent
à distance déterminée par rapport les unes aux autres et entrent en ligne
successivement sur l'ordre du commandement. Il
ne faut pas confondre l'attaque en échelons avec l'attaque oblique.
Une attaque parallèle peut être faite en échelons, une attaque oblique
peut être menée sans échelon.
Une
attaque est oblique quand le front de l'attaque se présente obliquement
par rapport à celui de la défense. On peut néanmoins avoir recours à l'échelonnement
pour établir un front obliquement par rapport àcelui de l'ennemi, comme
dans l'exemple 2 : la ligne AH vient en effet se placer en A' H' par
une simple conversion à gauche des échelons. Ceux-ci ne sont donc qu'un
moyen d'arriver à l'ordre oblique, mais leur emploi n'est pas indispensable. Observations
sur les évolutions de ligne. Les évolutions
nous replongent en pleine tactique linéaire. Elles ne font aucun emploi
rationnel des colonnes pour faire évoluer un assemblage de bataillons séparés.
La colonne d'attaque n'est même plus mentionnée ; les progrès réalisés
dans la tactique élémentaire ne sont donc pas mis à profit. On peut même
affirmer que l'esprit des évolutions est tout à fait différent de ce que
l'on pouvait attendre de la rédaction des autres parties du règlement. Les
évolutions se localisent dans la manœuvre rigide en ordre déployé ;
elles ignorent le procédé qui consiste à
casser la ligne et à lui substituer un ensemble de petites colonnes
aptes à se glisser dans le terrain, à résister à la cavalerie, à se déployer
pour tirer, à se regrouper dès que le moment est venu de charger l'ennemi. Dans
la période des guerres de la Révolution et de l'Empire, les formules
rigides tombèrent dans le discrédit le plus complet. Les
généraux et colonels, forts d'une longue expérience n'hésitaient pas à
se libérer des prescriptions qui leur paraissaient surannées. Ils
faisaient un large emploi des mouvements élémentaires du bataillon, en
particulier des colonnes, et les combinaient de la manière qu'ils jugeaient
le plus pratique. De sorte que, sans rien innover, et en utilisant
simplement les moyens que le règlement mettait à leur disposition, ils
ont créé un code d'évolutions dont l'esprit était totalement différent
de celui qui avait présidé à la réduction de cette partie du règlement. Par
un retour bizarre des choses, il en résultera que les quelques formulations
élémentaires nouvelles insérées dans le règlement deviendront le point
de départ d'une transformation complète dans les procédés de manœuvre,
le règlement de 1791 n'a été appliqué que dans sa partie élémentaire. Les
tirailleurs
Leur
origine. C'est à tort que l'on fait remonter
l'emploi des tirailleurs à la Révolution. Le système était connu et
pratiqué depuis longtemps. On connaît les légions de Grassin et de
Fisher. Pendant la guerre de Sept ans, on voit apparaître des corps légers
de volontaires qui prennent le nom de Légions, pour se transformer plus
tard en chasseurs à pied. Il existait 12 bataillons en 1788. Toute cette
infanterie légère combattait en tirailleurs. Son rôle était de protéger
le déploiement de l'armée d'agir contre l'artillerie et, dans les
terrains coupés, de mener les affaires de bois et de localités, de couvrir
les flancs. Pour remplir ces diverses missions, ces corps se déployaient en
partie ou en totalité, appliquant ainsi le système des tirailleurs en
grandes bandes. Indépendamment
de ces corps spécialisés dans
les actions en tirailleurs, on avait constitué, avant la guerre de Sept
ans, des piquets d'une cinquantaine d'hommes, par bataillons destinés à se
disperser devant le front des troupes, tantôt en petits groupes, tantôt en
tirailleurs. L'accroissement des corps légers spéciaux avait fait disparaître
les piquets de bataillon qui reprirent bientôt, sous forme de compagnie de
chasseurs par régiment. A l'armée du duc de Broglie, il n'y avait guère
de manœuvres où on ne vit des tirailleurs éparpillés sur le front des régiments. Les
compagnies de chasseurs régimentaires disparurent au début de la Révolution
et il ne resta, tout d'abord, que les 12 bataillons de chasseurs qui formèrent
les noyaux des premières corps d'infanterie légère. Le nombre des Régiments
légers s'accrut très vite. Plus tard, toute l'infanterie de ligne étant
employée en tirailleurs, il ne fut plus fait de distinction entre le rôle
des troupes de lignes et celui des troupes légères. Les
tirailleurs en grandes bandes. La généralisation
du combat en tirailleurs est l'œuvre de la Révolution. Celle-ci fournissait
des hommes avec une grande abondance : bataillons issus des
volontaires, de la réquisition, de la levée en masse ; les effectifs
s'accroissaient dans des proportions telles qu'on fût amené à fonder un
système de guerre basé sur la supériorité du nombre. Mais le nombre seul
n'aurait pas tardé à devenir une cause de faiblesse si l'on n'avait trouvé
en même temps la formule de son emploi. Or, cette mise en valeur, au moment
de la levée en masse, n'était pas sans présenter de sérieux écueils,
parce que les troupes de nouvelle levée étaient complètement dépourvues
de préparation à la guerre et qu'on manquait de cadres pour les instruire.
Il fallut donc recourir à une tactique rudimentaire qui fût à la portée
des masses nouvellement armées, qui permet de donner un libre essor à
l'enthousiasme et à l'exhalation dont elles étaient animées et, en même
temps, de tirer de l'arme tout le parti qu'on pouvait attendre d'un
combattant improvisé. Au
lieu de former les troupes sur d'interminables lignes de bataille, de les
astreindre à des deux réguliers, les généraux les lancèrent au loin sur
les flancs et les derrières de l'ennemi, ne conservant sous la main que le
noyau des anciens bataillons. Quand les tirailleurs s'étaient assez
rapprochés pour ouvrir le feu de tous les côtés à la fois, les généraux
profitaient du trouble qu'avaient produit ces attaques inattendues pour
faire avance leur réserve et enlever la position. L'ennemi, étourdi par ce
nouveau genre de combat, cédait souvent au nombre et à l'impétuosité des
tirailleurs. L'art consistait à soutenir par des réserves les troupes lancées
en tirailleurs. Tel fut le procédé employé par Dumouriez à la bataille
de Jemmapes. En
1794, les anciens régiments avaient disparu ; il n'existait plus de
troupes instruites.. 1 l'armée du Nord, notamment, on ne pratiquait plus
d'autre tactique que celle des tirailleurs. C'était la seule manœuvre
connue des soldats, et même des généraux tirés tout récemment des rangs
de l'armée. Dès qu'on rencontrait une résistance, on se jetait sur
l'ennemi en tirailleurs, sans se ménager la moindre réserve. Les
tentatives faites pour mettre de l'ordre dans le combat, en plaçant, au début,
des hommes sur deux ou trois rangs, restaient sans effet. Dès que les premières
troupes avaient été détachées, le reste marchait d'abord en bataille,
puis s'ébranlait à la course, sans garder les rangs, entraîné par ses
officiers et même souvent par ses généraux. Il était impossible, avec ce
système, de défendre une position ; pour en rester maître en fin de
bataille, il fallait être en mesure de la reprendre. « Au
printemps 1794, les autrichiens, ayant ouvert la campagne par le siège de
Landrecies, firent des dispositions propres à lasser et à amortir cette
fougue française qui leur avait été si funeste l'année précédente.
Ils resserrèrent leur armée d'observation autour de cette plaine, la
retranchèrent, disposèrent de grandes réserves et portèrent leurs
avant-gardes le plus loin qu'ils purent. Ces avant-gardes, fort bien
commandées, ne disputaient le terrain qu'autant qu'il le fallait pour nous
faire consumer du temps et des tirailleurs. Ils nous amenaient ainsi de
position en position, sur celle qu'ils voulaient réellement défendre. Là,
ils nous laissaient encore user et disséminer nos derniers bataillons, dont
l'ardeur venait ordinairement se briser contre leurs lignes de
retranchements. Des troupes fraîches en sortaient alors dans le plus bel
ordre ; elles étendaient à leur tour des tirailleurs sur nos flancs
et chargeaient ainsi avec un grand avantage des soldats dispersés et fatigués,
des corps en désordre, dont la majeure partie ne pouvait se rallier aux
drapeaux. Heureuses alors les divisons où le général prudent avait su
garder une réserve capable de couvrir la retraite ! » (Général
Duhesme) Combinaison
des tirailleurs et des troupes en ordonnance.
L'expérience,
aidée de quelques revers, ne tardèrent pas à faire reconnaître qu'on était
allé trop loin dans la voie des tirailleurs en grandes bandes et que, si
leur emploi était avantageux dans les terrains escarpés ou couverts, sur
les flancs et les derrières d'un adversaire figé dans ses
retranchements, ils n'offraient pas dans la plaine une consistance
suffisante pour pouvoir se mesurer contre des troupes organisées, en
particulier lorsqu'elles étaient elles-mêmes précédées de tirailleurs.
En outre, un système de combat qui obligeait d'opposer en chaque point des
effectifs supérieurs à ceux
de l'ennemi, exigent une grosse supériorité qu'on n'était pas certain de
toujours maintenir, malgré les richesses du recrutement. A
partir de 1795, les troupes étant devenues plus manœuvrières, on
chercha à combiner l'emploi des tirailleurs avec celui des troupes en ordre
servi. Dans quelles proportions s'opérera cette combinaison ? Ce ne
sera dit dans aucun règlement. Les principes seront consacrés par l'usage,
aucune règle ne viendra en déterminer l'application. [1] A partir de 1804 c'est le sort qui désigne. [2] Arrêté du 1er Vendé-miaire An XII : 19 régiments de ligne et 3 légers à 4 bataillons 71 régiments de ligne et 24 légers à 3 bataillons [3] Les voltigeurs sont des hommes choisis pour leur petite taille, pour la carrure des épaules, pour leur légèreté et leur force musculaire. Ils doivent être capables de suivre pendant quelque temps un cheval au trot et ils apprennent à s'élancer en croupe derrière un cavalier, exercice d'où ils tirent leur nom. Cette organisation est calquée sur celle des chasseurs Tyroliens qui ont acquis de la célébrité dans ce genre d'exercices. Cette création de date récente n'a pas encore les résultats sur lesquels on comptait. [4]
Cadres d'un régiment de campagne : 1 Colonel; 1 Major, 1 Quartier Maître chargé des approvisionnements et des fonds, 1 Vaguemestre, 1 Tambour Major, 1 Caporal Tambour, 8 Musiciens dont 1 chef, 4 Maîtres-ouvriers (tailleur, cordonnier, guêtrier, armurier). Cadres
d'un bataillon : 1 Chef de bataillon, 1
Adjudant Major, 1
Adjudant, 1 Officier de santé (Chirurgien-Major ou Aide Major), 1 Sous-aide Major, 4 Sapeurs (pris parmi les grenadiers). Cadres
d’une compagnie : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Sous-lieutenant, 1
Sergent-major, 4
Sergents, 1 Caporal fourrier, 8 Caporaux, 2 Tambours (cornets dans l'infanterie légère. [5] Ce règlement a reçu quelques modifications sans importance à la date du 5 avril 1792. [6] La compagnie de voltigeurs ne manœuvre pas en général dans le rang. [7] Le feu de tirailleurs, dit-il, est le meilleur de tous. Celui d'un rang seul vient après. Celui de deux rangs est encore bon, mais celui de trois rangs est mauvais.
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