| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire Conférences sur l'infanterieEcole Supérieure de Guerre (1911)
Le
combat d'après le règlement de 1894
Répartition
des troupes en vue du combat
Les
principes généraux du combat sont exprimés de la manière suivante
par le règlement : « L'ensemble
d'un dispositif de combat offensif doit avoir pour objet une attaque
concentrique sur un des points e la ligne ennemie ; ce point, quant
on n'a pas de motifs sérieux d'agir autrement, est le flanc ou, plus
exactement, l'aile de l'adversaire la plus rapprochée de la ligne d'opérations. « Les
dispositifs ayant pour objet des actions divergentes doivent être
proscrits d'une manière absolue. » Le
régiment et la brigade se forment sur deux ou trois lignes, suivant
qu'ils sont encadrés ou isolés ; la division est toujours répartie
sur trois lignes. La
1e ligne mène le combat de front, elle ne manœuvre pas. La
2e est intimement liée à la première, elle l'appuie sur son
front et garde ses flancs. La
3e constitue la ligne de manœuvre et la réserve ; elle
est aux ordres directs du commandant des troupes. La
distance entre les lignes dépend de la configuration du terrain ;
dans les exercices du temps de paix, elle est généralement comprise
entre 300 et 600 mètres. Les
fronts de combat des grandes unités sont augmentés et portés jusqu'à
700 m pour le régiment, 1 400 m pour la brigade, 2 100 m pour la
division. Dans la défensive, ils peuvent être encore plus étendus. Observations
Cette
répartition des troupes donne lieu à un certain nombre de remarques : 1.
Le règlement n'admet aucune formation normale de combat pour les
grandes unités et cependant il adopte une répartition des troupes sur
trois lignes qui en a tous les inconvénients ; il semble qu'il y a là
une contradiction. 2.
Une deuxième remarque tout à l'avantage du règlement : il
n'est plus question de remplacer la 1ère ligne par la 2e.
On s'est enfin décidé à supprimer ce fameux passage de lignes contre
lequel s'élevaient déjà la plupart des généraux du 1er
Empire. 3.
La préoccupation de mettre les exécutants en garde contre les déploiements
en éventail procédé d'une idée juste, en rapport avec la puissance des
armes actuelles. Les
déploiements en éventail étaient fréquents sous le 1er
Empire. A Austerlitz, Iéna, Wagram, nous voyons l'empereur partir d'une
formation massée pour exécuter son premier déploiement et suivre les
péripéties de la lutte avec toutes ses réserves réunies en arrière du
centre. C'est que l'armement de l'époque ne permettait pas les grandes
concentrations de feu rendues possibles de nos jours, et qui donnent à
la troupe enveloppante un avantage décisif sur la troupe enveloppée. Ce
serait folie, aujourd'hui, de vouloir déboucher du Danube et d'engager
la bataille de Wagram dans les conditions où l'empereur a exécuté ces
opérations en 1809. 4.
L'indépendance laissée à la 3e ligne est trop
restreinte. En supposant les lignes distantes entre elles de 600 m, ce qui
représente le maximum fixé par le règlement, la 3e ligne
se trouvera éloignée de l'ennemi de 1 500 m au plus dans le fort du
combat, ce qui lui enlèvera toute indépendance et la conduira à
s'engager prématurément. Une
troupe ne peut être considérée comme réserve que si elle est libre de
se mouvoir et de s'engager dans toutes les directions, que si, par conséquent,
le terrain ou la distance qui la séparent de l'ennemi la mettent complètement
à l'abri des coups. 5.
Il y a lieu de relever la contradiction qui existe entre les deux
obligations imposées aux troupes des 1ère et 2e
lignes qui doivent, d'une part se diriger sur l'objectif assigné, et,
d'autre part, conserver l'alignement et le parallélisme dans la marche. La
liaison vers l'avant, recherchée en vue de la convergence des efforts,
exclut la liaison latéral. Il est inadmissible, en effet, que deux
troupes partant, l'une de A, l'autre de B, pour attaquer l'objectif C,
aient à se préoccuper de leur alignement, sinon leur élan se ralentira
et leurs efforts pour utiliser le terrain seront illusoires. En
résumé, la répartition des troupes en vue du combat offensif, telle
qu'elle figure dans le règlement de 1894, procède d'une conception juste
des propriétés des armes modernes, en ce qui concerne l'effet à
produire par la 1ère ligne, mais elle ne se préoccupe pas
assez des avantages que l'on peut retirer de l'utilisation du terrain pour
assurer la conservation matérielle et morale des troupes. L'initiative
laissée à cet égard par le règlement aux divers degrés de la hiérarchie
est tout à fait insuffisante. Modifications
apportées au règlement de 1875
Les
principales modifications portent sur les points suivants : 1.
Prise de contact – Organisation et emploi des éclaireurs ; 2.
Marche d'approche ; 3.
Suppression du soutien ; 4.
Règles pour les feux ; 5.
Réglementation de l'assaut. Prise
de contact – Éclaireurs
L'augmentation
de la vitesse du tir, de la portée et de la justesse des armes, combinées
avec l'emploi des poudres sans fumée, ont rendu les reconnaissance de
la cavalerie extrêmement difficiles. Des éclaireurs d'infanterie, doués
d'une habileté particulière à utiliser le terrain, peuvent seuls, après
avoir refoulé les patrouilles de l'ennemi, se rapprocher assez près de
lui pour renseigner sur sa force et sur sa position. "Toute
troupe qui marchera à l'ennemi devra donc se faire précéder d'un groupe
d'éclaireurs placé sous le commandement d'un officier. La mission de ce
groupe d'éclaireurs placé sous le commandement d'un officier. La mission
de ce groupe consistera à donner des renseignements sur l'ennemi et sur
le terrain, et à faciliter par son feu l'accès du champ de bataille aux
troupes qui le suivent." On
ne peut qu'approuver de telles dispositions. Marche
d'approche
Le
règlement de 1875 ne prévoyait, comme formation d'approche, que l'échelonnement
indiqué pour les unités de 1ère ligne, auquel on avait donné
le nom de "Formation de combat". Cet échelonnement était
considéré comme le dispositif le plus avantageux pour se mouvoir à
l'aise dans toute espèce de terrains, sans éprouver de trop grandes
pertes. Le
bataillon se rapprochait en ligne de colonnes de compagnie jusqu'à 2
000 m de l'artillerie ennemie et prenait alors seulement la formation de
combat On estimait qu'il était dangereux de disposer la troupe plus tôt,
par crainte de la voir échapper à la direction des chefs. En
1884, la colonne de compagnie est considérée comme trop vulnérable ;
on la fractionne en feux groupes, et la marche d'approche s'exécute en
colonnes de pelotons jusqu'à 1 500 m de l'infanterie ennemie ; on
passe ensuite directement à la formation de combat. 1n
1889, le bataillon est préalablement formé en colonne double ouverte sur
deux lignes distantes de 250 à 300 m. Dès que les circonstances
l'exigent, les compagnies de tête s'échelonnent par peloton ou par
sections, ou se forment en échiquier en restant dans les limites du front
attribué à la compagnie. En
1894, l'attention est attirée sur les fronts que présentent les
compagnies disposées en échiquier et même en échelons qui, de loin,
ont l'aspect de lignes continues, et on pose le principe du fractionnement
des compagnies en pelotons ou sections marchant par le flanc avec des
intervalles aussi grands que le permet la zone d'action. L'unité
de combat tend ainsi à passer de la compagnie au peloton, puis à la
section. Les
distances qui séparent les éléments de la colonne double sont portées
à 400 ou 500 m en terrain découvert. Suppression
des renforts et des soutiens
Des
expériences de vulnérabilité faites au camp de Châlons en 1878 démontrèrent
que les renforts étaient aussi atteints que la chaîne (nous le savions déjà
depuis 1870). La commission d'expériences proposa leur suppression qui
aurait l'avantage de diminuer le nombre des échelons de la formation de
combat et les difficultés du commandement. Dès
que les renforts furent supprimés (1884), les soutiens vinrent
logiquement prendre la place des renforts et se mettre dans les mêmes
conditions de vulnérabilité. Aussi fut-on amené, en 1894, à supprimer
aussi les soutiens : « Dans
la formation actuelle, dit l'avant-propos du règlement, les soutiens ne
sont pas à l'abri des feux dirigés sur la chaîne ; ils subissent
des pertes sans prendre part directement au combat. La compagnie fractionnée
échappe en partie à la direction immédiate du capitaine. Enfin, l'entrée
en ligne du soutien contribue au mélange prématuré des unités, rend
la direction laborieuse et nuit à la bonne exécution des feux de groupe. « Dans
la formation proposée, la compagnie entre en ligne tout entière et peut
ainsi engager l'action avec vigueur dès le début. Elle est bien dans
la main de son chef, qui, n'ayant pas à
se préoccuper des fractions laissées en arrière, portera toute
son attention sur la ligne de feu. Le mélange des unités est retardé. » La
formation de combat ne comprenait plus ainsi, au début, que deux échelons,
une ligne de sections d'abord par quatre, puis sur un rang coude à coude,
et de réserves à 500 m en arrière. C'était
substituer une formation normale à une autre. Or, comme on l'a déjà
dit, une formation normale de combat ne peut être que l'expression d'une
solution moyenne et elle en a tous les inconvénients. Il y a des cas où
il faut aborder l'ennemi avec peu de monde ; dans d'autres, au
contraire, on mettra en ligne un grand nombre de fusils. Ces deux manières
d'opérer correspondant à deux situations différentes du combat
moderne, à savoir, l'engagement et le combat proprement dit. La
formation de 1875 pourrait être appelée une formation préparatoire à
l'engagement, et celle de 1894, une formation préparatoire au combat. Règles
pour les feux
La
modification qui précède n'avait, dans la pratique, qu'un intérêt
secondaire ; elle pouvait, à la rigueur, se justifier. Ce que l'on
comprend moins c'est le retour aux feux de salve dont on ne trouve aucun
exemple d'emploi en 1870, malgré les prescriptions formelles des règlements
à cet égard. « L'emploi
des salves, dit l'avant-propos, si favorable à la discipline, à la
concentration et au réglage du feu se prolonge le plus longtemps possible
dans l'offensive comme dans la défensive. Pour leur assurer un bon
commandement, les salves ont généralement lieu par section. » Réglementation
de l'assaut
Le
but essentiel poursuivi par les règlements d'infanterie qui se son succédés
de 1884 à 1904, c'est à dire pendant 30 années, a été la réglementation
de l'assaut. On
reprochait au Règlement de 1875 d faire absorber par la chaîne, au
moment de l'assaut, toutes les troupes placées en arrière. Pour obvier
à ce que l'on considérait comme un inconvénient, les instructions
pour le combat prescrivirent de constituer, dans toute formation
offensive, une troupe de choc distincte de la ligne de feu qui en joua
plus, ainsi, qu'un rôle de préparation. En
1884, nous voyons apparaître derrière la chaîne, au moment de l'assaut,
des bataillons de 2e ligne avec compagnies en ligne déployée
ou en colonne. En
1887, paraît l'instruction pour le combat, sorte de marée montante qui
doit s'avancer inébranlable sous le feu et absorber l'ennemi d'un élan
ininterrompu. C'est l'attaque à coups d'hommes dans sa manifestation la
plus brutale, une espèce de jeu de massacre. Sans
vouloir, fixer d'une manière absolue, les formations que devront adopter
les troupes appelées à entraîner à l'assaut la ligne de combat, le règlement
de 1894 recommande l'emploi de petites colonnes disposées en ligne avec
intervalles de déploiement, ou en colonnes doubles ouvertes. Dans
cette période du combat, le feu de la défense est réparti uniformément
sur tout le front et ces colonnes espacées sont moins atteintes que les
lignes déployées successives. D'autre part, elles sont plus maniables,
ne se mélangent pas avec la ligne de combat et peuvent se déployer
facilement dans diverses directions pour faire face à une
contre-attaque." Ce
n'est que tout à fait exceptionnellement, d'après le règlement, la 1ère
ligne prendra l'initiative de l'assaut. Le droit de prescrire l'assaut est
réservé au général de brigade : "Sauf dans les cas
exceptionnels où l'attaque aura été brusquée par la 1ère
ligne, l'assaut sera donnée sur ordre du colonel, drapeau découvert au
centre, les officiers au premier rang. Marche
générale du combat
Bataillon
de 1ère ligne (en
terrain découvert)
Observations
sur le Règlement de 1894
En
ce qui concerne les Éclaireurs, la marche d'approche, la suppression des
renforts et des soutiens, il n'y a rien à ajouter aux observations déjà
faites au cours de l'exposé qui précède. Au
contraire, les règles pour les feux sont très différentes de celles
admises par le règlement de 1875. D'une part, des tirailleurs à 6 pas
renforcés progressivement exécutent des feux à volonté ;
d'autre part, des sections sur un rang coude à coude n'emploient plus
que des feux de salve jusqu'au moment de l'assaut. Il n'est plus question,
en 1894, d'utiliser les munitions suivant le but tactique, c'est la vulnérabilité
des objectifs qui décide seule de l'emploi du feu. La
compagnie d'infanterie est considérée comme une batterie de fusils ;
les quatre sections représentent 4 pièces dont le feu est réglé et
concentré au gré du capitaine. C'est la négation complète des
enseignements de 1870. Dans
les grandes manœuvres exécutées à partir de 1895, on voyait se
profiler sur la plaine une série de panneaux offrant de larges buts au
feu de l'artillerie et de l'infanterie ennemies. Si les événements de la
guerre sud-africaine n'avaient enrayé cette tendance au
formalisme, on ne peut prévoir à quel degré il serait parvenu. Pour
en revenir aux feux de salve, ils n'étaient pas exécutables dans la
forme prescrite par le règlement, var, à partir du moment où les
compagnies se resserraient sur le centre, il n'existait plus
d'intervalle entre les sections et il se produisait des confusions inévitables
de commandement qui rendaient impossible, même en temps de paix, l'exécution
de ces feux. La
réglementation de l'assaut donne lieu également
à des divergences fondamentales avec les lois du combat. On
a supprimé les renforts et les soutiens à cause de l'impossibilité,
pour ces groupes, d'échapper au feu dirigé sur la 1ère
ligne, on reconnaissait que le feu produisait leur dissolution et leur
fusion prématurée sur la chaîne. Parce
que les fractions disposées en arrière de la chaîne porteront, désormais,
le nom de troupes de choc, elles seront affranchies de tous les inconvénients
attribués aux renforts, c'est à dire : qu'elles pourront se
maintenir en arrière de la chaîne en formation compacte qu'elles entraîneront
infailliblement la chaîne en avant. Le
règlement explique la possibilité de se maintenir en colonne en arrière
de la chaîne par la raison que, dans la crise finale du combat, le feu de
l'ennemi est réparti également sur le front, et que, dans cette
situation, les colonnes sont moins atteintes que les lignes. La
comparaison entre la vulnérabilité relative de la ligne et de la colonne
n'a rien à voir dans la question, attendu que, sous le feu, une troupe ne
prendra ni l'une ni l'autre de ces formations. Poussée par le désir légitime
de diminuer ses pertes, elle demandera au terrain toute la protection
qu'il est susceptible de lui donner, et dans ce but, recourra à des
procédés qui se rapprocheront davantage des r uses employées par les
apaches que des formations réglementaires. Cette
conception d'une troupe de choc distincte de la chaîne est un retour vers
le procédé d'attaque du 1er Empire que l'expérience de
1870 avait condamné. Les exemples d'assaut en colonne que l'on trouve
dans cette dernière guerre se rapportent tous à la défensive. Les
tentatives faites, dans l'offensive, ont généralement échoué. A
l'appui de cette affirmation, on peut citer l'ordre du Roi de Prusse
interdisant formellement à la suite des pertes subies à Saint-Privat,
non seulement d'attaquer en colonnes, mais même de présenter des
colonnes sous le feu. Le
règlement admet difficilement que le signal de l'assaut puisse venir de
la chaîne, et il réserve au général de brigade le privilège de donner
l'ordre de l'assaut. On peut se demander pourquoi le général de brigade
plutôt qu'un autre chef ? Nous
avons déjà dit que l'initiative de l'assaut, en 1870, a été pris le
plus souvent par la chaîne : c'est elle, en effet, qui est le mieux
à même d'en juger l'opportunité, de saisir cet instant fugitif où la
supériorité morale lui est acquise. C'est à dire d'apprécier que la
comparaison entre la terreur qu'elle croit inspirer et celle qu'elle éprouve
est à son avantage. En
1894, l'utilisation du terrain est complètement perdue de vue ou condamne
même la "recherche exagérée du couvert qui occasionne des pertes
de temps, rend les combats très longs, la marche lente et laisse la
troupe trop longtemps sous le feu." La
marche générale du combat offensif
a pris une forme schématique qui dénote un mépris absolu du
terrain, du feu de l'ennemi et de l'esprit d'initiative. Dans certains
corps, on en était arrivé à piqueter sur les places d'exercices, les
distances correspondantes aux diverses phases du combat. Non seulement
la forme schématique du règlement est inadmissible, mais encore on
pourrait contester la possibilité d'exécuter chacune des dispositions
prescrites depuis la distance de 1 300 m jusqu'à l'assaut. En
résumé, les principes du Règlement de 1894 sont en désaccord avec
l'expérience de la guerre. Leur influence sur l'instruction de
l'infanterie a été néfaste. Le
combat d'après le règlement
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