Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

Conférences sur l'infanterie

Ecole Supérieure de Guerre (1911)

 

 

L'état moral de l'armée

Une armée qui aurait les meilleures méthodes de guerre et une organisation en rapport avec ces méthodes, ne serait pas, par cela même, assurée de vaincre si elle ne possédait le moteur capa­ble de les mettre en œuvre.

Chez les romains, ce moteur était le discipline, discipline à ce point terrible qu'elle inspirait une crainte plus forte que l'en­nemi. Toute troupe, manipule, cohorte en légion qui cédait devant l'ennemi ou se mutinait, était décimée.

Au XVIIIe siècle, on cherche à obtenir l'automatisme par le dressage mécanique des hommes. Un tel procédé, admissible à la rigueur dans les armées composées de mercenaires, deviendra inapplicable dans les armées nationales et, en particulier, chez les français. Aussi, dans les armées de la révolution, la discipline, quoique longue à s'établir, n'a-t-elle jamais un caractère coercitif. L'armée française peut, d'ailleurs, se passer d'une discipline ri­goureuse ; elle est imprégnée d'un ardent patriotisme, elle est en­traînée à ne reculer devant aucun effort, elle a la passion de l'honneur.

La révolution avait dit à chaque individu qu'il avait à com­battre pour sa liberté. Pour la défendre il accepte toutes les priva­tions et s'impose des efforts inouïs. La révolution, après avoir évo­qué l'attachement du français pour son pays natal, lui présente la France prête à être envahie par les étrangers et crée le patrio­tisme, qu'elle décore du nom d'amour pour la patrie.

« Pour son pays, un soldat doit savoir tout faire et se priver de tout, gravir des montagnes, descendre des précipices, porter des canons à bras, les traîner en place de chevaux, traverser des rivières à la nage, coucher au bivouac sans vêtements, faire des marches forcées sans chaussures et se battre sans avoir pris de nourriture. Voilà, disait-elle, le métier du soldat.

« Il faut qu'il sache faire tout ce que la guerre peut exiger, qu'il se crie obligé de faire tout ce qu'elle exige et qu'il ait la per­suasion d'être propre à tout. Il faut enfin que le soldat ne se fasse habitude de rien, sinon de celle de n'en point avoir. Il faut, en un mot, qu'il fasse l'impossible. »

Cette théorie de l'Impossible était surtout pratiquée à l'égard des généraux, dont tous les actes étaient étroitement sur­veillés par les représentants du peuple aux Armées.

Lorsque la Convention ordonnait de gagner une bataille, il n'y avait pas de milieu entre la victoire et l'échafaud, et Jourdan, qui avait passé en 1793 le Sambre quatre fois, l'aurait passé au­tant de fois encore, parce qu'il avait ordre de faire tomber Charle­roi et de gagner une bataille à Fleurus.

Houchard, placé à la tête de l'armée du Nord, avait reçu l'ordre de débloquer Dunkerque. Il bat une arrière-garde anglo-hanovrienne à Houdschoote et refoule l'armée d'observation vers la Belgique. Son armée, composée de troupes de nouvelles levées, affaiblie par les privations et les fatigues, avait tardé à poursuivre ses succès. Houchard est destitué pour inaction. Appelé à Paris pour se justifier, il est enfermé à la Conciergerie où il retrouve 24 généraux qui attendaient leur tour d'être traduits devant le tribu­nal révolutionnaire. A cette époque, personne n'ambitionnait des étoiles ; on était nommé général d'office et, pour pire à la nomina­tion, le Comité de Salut Public exigeait une victoire. Il fallait oser et réussir. Ces procédés peuvent paraître excessifs ; il n'en est pas moins vrai qu'ils imprimèrent o la direction des armes un esprit d'entreprise poussé à l'extrême. Cette impulsion supérieure se maintiendra pendant longtemps et fera trouver naturelles les exi­gences du commandement.

En 1806 ; le peuple ne combat plus pour son affranchisse­ment ; il a conquis toutes les libertés aux quelles il pouvait pré­tendre, ou du moins on le lui a fait croire. Le patriotisme a cessé d'être l'attachement exclusif à la patrie, pour devenir l'attache­ment à l'homme qui, depuis plusieurs années, dirige les destinées de la France. Ce sentiment se traduit par un dévouement sans borne de toute l'armée à la personne de l'Empereur. La théorie de l'impossible porte toujours ses fruits ; l'effort fait pour amener l'artillerie du 5e corps sur le Landgrafeuberg en est une nouvelle preuve ; des prodiges seront encore accomplis par les corps qui se lanceront à la poursuite des armées prussiennes, à partir du 15 octobre, jusqu'au jour où ils atteindront ses derniers débris sur les rivages de la mer Baltique.

La théorie de l'impossible subsiste donc toujours appuyée cette fois, non plus sur l'amour de la liberté, mais sur l'honneur. L'honneur militaire, voilà l'inépuisable mine qui sera exploitée pendant les dix dernières années de guerre. Tel corps dénonce tel autre qui aura été plus souvent envoyé au feu que lui. Des régi­ments se prennent de jalousie, murmurent, pétitionnent, intri­guent même, pour être placés à des postes dangereux et ces sortes de demandes sont accordées à titre de récompense.

Toutes les dispositions sont prises pour maintenir dans l'armée la passion de l'honneur de l'exalter. L'organisation vient en aide aux inspirations du commandement. Dans le bataillon, on oppose les fusiliers aux grenadiers, ceux-ci aux voltigeurs ; dans l'armée, on oppose les régiments de ligne aux régiments de légère, etc.

Le Chef suprême de l'armée excelle à développer l'amour propre des petits comme des grands, à susciter des héroïsmes. Être admis dans la garde est la suprême ambition du jeune soldat, pour une telle récompense, il exposera vingt fois sa vie. L'Empe­reur y admettra, en grand nombre, les hommes qui ont atteint l'époque de leur libération et qui sont maintenus à l'armée, jusqu'à la fin d'une campagne qui ne finira jamais ; ce sera le corps des grognards.

Voilà comment était composée la Grande Armée de 1806. Nous verrons le IIIe corps à l'œuvre en étudiant la bataille d'Auerstedt.



Bataille d'Auerstaedt (14 octobre 1806) [1]

L'armée de duc de Brunswick le 13 au soir

Dans les premiers jours du mois d'octobre 1806, les armées prussiennes étaient déployées au nord de la forêt de Thuringe, sur le front Rudolstadt, Erfurt et Göttingen. La nouvelle de la marche des français vers la haute vallée de la Saale provoquait, à partir du 8 octobre, un reflux des masses prussiennes vers l'est. Nous retrouvons celles-ci concentrées le 12 octobre dans la région de Weimar, Apolda, Iéna, où elles constituent trois groupements.

La principale armée sous les ordres du Roi, assisté du duc de Brunswick, est réunie sur le plateau d'Umpferstedt, à l'est de Weimar, face à la forêt de Thuringe. A gauche, l'armée du prince de Hohenlohe est établie entre Kapellendorf et Iéna.[2]

A droite, le corps de Rüchel a atteint Weimar.

Ces forces peuvent être évaluées à 98 000 combattants. Elles se décomposent comme suit :

 

 

Armée du Roi

46 000 h.

16 batteries

Armée du prince de Hohenlohe

40 000 h.

12      "

Corps de Rüchel

12 000 h.

  3      "

 

Le commandement prussien n'a pas d'intention bien arrê­tée. Il hésite entre 2 solutions : prendre en flanc les colonnes em­menées en marche sur Leipsick, ou s'interposer entre elles et cette place. Pendant que dans l'entourage du roi on discute et tergi­verse, arrive un rapport annonçant d'une façon certaine l'entrée des français à Naumbourg.

Cette nouvelle éclata comme un coup de foudre au Gd Quartier Général. L'armée prussienne était sur le point d'être tournée. Il fallait prendre des mesures pour lui rendre la liberté de ses communications et le duc de Brunswick se mit en devoir d(arrêter les dispositions pour la porter au nord de l'Unstrutt ; il entendait ensuite lui faire franchir la Saale, à la conduire à la rencontre des français entre Saale et Elbe. L'armée principale passerait l'Unstrutt à son tour.

Ce plan eut pu se réaliser, à la rigueur, si les différents corps s'étaient mis en marche le 13 de grand matin, mais, par suite de l'extrême lenteur apportée à l'élaboration et à la trans­mission de l'ordre, le mouvement ne commença que très tard dans la matinée. Cet ordre était ainsi conçu: "L'armée va exécuter un mouvement rétrograde, partie pour se réunir au duc de Wurtem­berg[3], partie pour recouvrer la liberté de ses communications. Dans ce but, la division Schmettau rompra immédiatement et se portera sur Kösen. Si le défilé n'est pas sérieusement occupé, le général Schmettau s'en emparera. Mais s'il est trop fortement tenu pour que ce but puisse être atteint, la division Schmettau devra masquer complètement ce défilé, de manière qu'en arrière et loin d'elle, le reste de l'armée puisse se porter sur l'Unstrutt... Les autres divisons et la réserve rompront une heure plus tard. Le prince de Hohenlohe restera provisoirement en position de ma­nière que l'ennemi n'apprenne rien de nos mouvements."

Le 13 octobre, vers 10 h 30 du matin, la division Schmet­tau, avant garde armée, quittait duc son camp d'Umpferstdt et se mettait en marche par Apolda sur Auerstedt, qu'elle atteignait vers 4 h 30 de l'après-midi. Contrairement aux ordres reçus, son chef ne jugera pas utile de la porter jusqu'à Kösen, dont elle n'était pourtant éloignée que de 10 kilomètres.

La division s'établit au bivouac au nord d'Auerstedt, sur le versant méridional de Volksberg, couverte par le régiment de dra­gons de l'avant-garde qui, dès son arrivée à Gernstedt, poussa des reconnaissances au-delà de Pappel et de Rehehausen et disposa des vedettes dans le vallon qui réunit ces deux localités. C'est ce placement de vedettes qui attirera, vers 5 heures, l'attention du Maréchal Barout, en observation sur le plateau d'Hassenhaussen.

La tête de la division Wartensleben, la 2e dans l'ordre de marche, atteignait Auerstedt à 6 heures et s'installait au bivouac au sud de cette localité. Elle était rejointe à 8 heures par la divi­sion Orange. Entre 10 heures du soir et minuit, les deux divisions de la réserve Arnina et Künheim arrivèrent à leur tour et s'établi­rent au sud-ouest d'Auerstedt, à quelque distance des précédentes (croquis 2).

Dans la soirée, de duc de Brunswick arrêta ses dispositions pour le 14 :

« L'armée se mettra demain en marche à la pointe du jour dans le même ordre qu'aujourd'hui, de sorte que la division Schmettau suive la route de Kösen...

« Les hauteurs qui dominent Kösen seront solidement tenues par cette division, jusqu'à ce que le reste de l'armée, au loin en arrière d'elle, ait effectué le passage de l'Unstrutt. La division franchira alors la rivière, mais fera tenir le défilé par un fort déta­chement jusqu'à l'arrivée du corps de Hohenlohe.

« Les divisions de Watensleben et Orange suivront le chemin direct de Freyburg, passeront l'Unstrutt et marcheront sur la hau­teur du Randel (entre Saale et Unstrutt), suivant les indications qu'elles recevront du colonel Scharnhorst, de manière que l'aile droite vienne à Freybourg et l'aile gauche à Karkröhlitz, face à Naumbourg. Les chevaux de bât des deux divisions suivront la division Orange.

« Les deux divisions de la réserve se porteront par Echert­sberg sur Laucha, tourneront ensuite à droite sur le chemin de Freyburg et prendront une position reconnue aux environs du point appelé Müssenberg...

« Tous les bagages de l'armée suivront cette réserve. Les pontons de Hohenlole se portèrent de Buttstedt sur Laucha. »

Les instructions établissent nettement que, si le duc de Brunswick entrevoyait la possibilité d'un engagement entre Has­senhaussen et Kösen, pour interdire aux français l'accès du défilé, il n'attribuait à cette opération qu'une faible importance et n'envi­sageait pas la nécessité d'y faire coopérer d'autres troupes que celles qui se trouvaient sous les ordres du général Schmettau. Mais, en n'exigeant pas de la division Schmettau l'effort néces­saire pour gagner Kösen le 13 au soir, le duc devait se laisser de­vancer par le corps du Maréchal Davaut et se mettre dans l'im­possibilité de réaliser sa manœuvre.

Le IIIe corps français le 13 au soir

Le 13 octobre au matin, cinq corps de la Grande Armée se concentrent à Iéna (IV, V VI, VII, garde). Le 1er corps est à Dorn­burg avec la réserve de cavalerie. Le IIIe corps est établi autour de Naumbourg ; sa mission consiste à mettre la main sur les passa­ges de la Saale, à se saisir des communications de l'ennemi avec Leipsick et Halle afin de l'acculer à une bataille décisive dans la région Weimar-Apolda.

Le IIIe corps comprend trois divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie (voir ordre de bataille page 57).

La 1ère division stationne au nord de Naumbourg. Un de ses régiments, le 13e léger, a passé la Saale et pousse un détachement au pont de Freybourg, sur la rive droite de l'Unstrutt. La 2e divi­sion est au sud de Naumbourg. La 3e est à Neu-Flemmingen. Tou­tes ces troupes sont au bivouac.

La brigade de cavalerie est sous Naumbourg, la bride au bras (2e et 12e chasseurs). Le 1er chasseurs, au nord de Freyburg, est chargé d'appuyer le détachement du 13 e léger qui tient le pont sur l'Unstrutt.

Une reconnaissance de cavalerie faite dans la matinée fai­sait savoir que l'ennemi portait des forces sur Eckartsberg. Ce renseignement décidait le maréchal Davaut à envoyer des partis plus importants sur cette localité par Freyburg et Kösen. Lui-même montait à cheval à 4 heures du soir et prenait la route de Weimar par Kösen et Auerstedt, pour étudier le débuché sur la rive gauche de la Saale et reconnaître le plateau d'Hassenhausen et les hauteurs d'Eckartsberg.

Le maréchal arrivait à Hassenhausen vers 5 heures juste à temps pour recueillir un peloton du 1er chasseurs ramené par un escadron prussien, qui à l'apparition de l'escorte du maréchal, se hâta de tourner bride.

En regardant vers Eckartsberg (voir croquis 3), le maréchal avait à ses pieds les vallons marécageux du Lissbach et se son affluent le Kockelbach sur lesquels sont assis les villages de Re­haussen, Taugwitz, Poppel, Bendorf, Zoeckwar, Spielberg. Son horizon qui s'étend d'Eckartsberg au Sonnenkuppe-Germstedt apparaissait très en vue sur le flanc oriental du Volkberg, ainsi que Lissdorf, dans le vallon supérieur du Lissback. Sur la rive droite de c e ruisseau, le maréchal apercevait des troupes de ca­valerie occupées à établir une ligne de vedettes. C'était l'indice que les forces ennemies, précédemment signalées en marche vers Eckartsberg, se préparaient à stationner. On pourrait donc tenir à peu près pour certain qu'elles ne tenteraient rien sur Kösen avant le lendemain matin. Néanmoins, par mesure de précaution, le maréchal expédierait un ordre à la 3e division (Gudin), la plus rapprochée du pont de Kösen, lui prescrivant de porter deux com­pagnies de voltigeurs du 25 e de ligne, au-delà du pont, sur la rive gauche de la Saale, un bataillon du même régiment au pont lui-même, avec ordre, s'il était attaqué, de tenir ferme jusqu'à ce qu'on vint à son secours.

Sa reconnaissance terminée, le maréchal rentrait à Naum­bourg vers 7 heures du soir et écrivait au Major Général pour l'in­former de sa situation. Ce dernier lui faisait savoir presque au même moment que l'Empereur arrivé à une lieue d'Iéna, y avait appris, par une lettre du maréchal Lannes dont le corps, le 5e, venait de passer la Saale, la présence d'environ 50 000 prussiens sur le plateau de Kapellendorf. « Le maréchal, disait-il, croit même qu'il sera attaqué aujourd'hui. Si une attaque se produisait ce soir sur Iéna, vous devez manoeuvrer sur l'ennemi et déborder sa gauche. Si l'attaque ne se produit pas, vous recevrez dans la nuit les dispositions de l'Empereur pour la journée de demain. »

Dans l'attente des événements de la soirée et des ordres de l'Empereur, le maréchal Davaut convoqua aussitôt et retint à Naumbourg les généraux et chefs de service. Les ordres furent apportés à 3 heures du matin. C'était une lettre du maréchal Ber­thier :

« L'Empereur a reconnu une armée prussienne qui s'étend des hauteurs en avant d'Iéna jusqu'à Weimar. Il se propose de l'at­taquer. Il ordonne en conséquence au IIIe Corps de se porter sur Apolda afin de tomber sur les derrières de cette armée. Le maré­chal Davaut est laissé maître de tenir la route qui lui conviendra pourvu qu'il prenne part au combat. »

Le choix de l'itinéraire à suivre s'imposait au IIIe Corps , c'était la route de Naumbourg à Weimar par Apolda. Le mouve­ment commencera à 4 heures par la 2e Division (Gandin) dont un régiment, le 25e, a déjà un bataillon à Kösen. Les deux autres divi­sions, 2e puis 1e se mettront en mouvement à 5 heures du matin et suivront la 3e sans intervalle.

Quant à la brigade de cavalerie légère, son chef, le général Piallanes, était venu chez le maréchal Davaut en même temps que les autres généraux, mais il s'était esquivé avant l'arrivée des or­dres de l'Empereur ; de sorte que la brigade de cavalerie, au lieu de se mettre en mouvement la première, ne déboucha du pont de Kösen que trois heures plus tard, derrière la 2e division, et n'arri­vera sur le champ de bataille que vers 10 heures du matin.

C'est la rencontre du IIIe Corps, se portant sur Apolda, et de la division Schmettau, lancée vers Kösen pour servir de flanc de garde à l'armée du duc de Brunswick, qui mettra les deux par­tis aux prises sur le plateau d'Hassenhausen. L'intensité crois­sante de combat amènera peu à peu le commandement prussien à faire intervenir d'autres troupes. L'ensemble de ces efforts succes­sifs constituera la bataille d'Auerstedt.

Le IIIe Corps français, le 14 octobre jusqu'à 9 h 30

La division Gudin (3e), la plus rapprochée du pont de Kö­sen, partit donc à 4 heures du matin de Neu-Flemmingen. A 6 heures, le 25e de ligne, formant avant garde, et précédé lui-même d'un escadron de chasseurs, franchissait le pont.

Une demi-heure avant le jour, il s'éleva un brouillard si épais qu'on pouvait à peine distinguer les objets à portée de pis­tolet. Aussi le maréchal, qui se trouvait avec la division Gudin, ordonna-t-il à son premier aide de camp, le colonel Burke, de se porter en avant avec une fraction de l'escadron d'avant garde, d'engager une échauffourée et de faire des prisonniers afin de se procurer des renseignements certains sur la position de l'ennemi.

Le colonel Burke traversa Hassenhaussen et Tangwitz et, vers 7 heures, se heurta tout à coup dans Poppel à des dragons prussiens. Après plusieurs escarmouches, il réussit à faire quel­ques prisonniers, dont un major. Sa mission étant accomplie, il se replia par la chaussée sur l'avant-garde de la division Gudin, qu'il rencontra à l'est de Hassenhausen.

Nous avons dit que cette avant garde, composée d'un esca­dron de chasseurs et du 25e de ligne, avait franchi le pont de Kö­sen à 6 heures du matin. La tête du gros de la division abordait le pont à 6 h 30.

Au sortir du gong défilé de Kösen, près de la bifurcation de la chaussée d'Hassenhausen avec le chemin du Punschrau les ré­giments de la division Gudin qui, jusqu'alors, avaient suivi la chaussée d'Hassenhausen, la quittèrent pou la laisser à l'artillerie et prirent successivement la formation en colonne par division à distance de peloton. Le 25e, en tête, se forma à droite de la  chaus­sée, le 85e à gauche ; dans la brigade Petit, le 12e déboîta à droite, le 21e à gauche. Les événements restèrent échelonnés de manière à ne pas retarder le mouvement général de la division. La fraction de l'escadron de chasseurs restée en avant et sur les flancs.

Quand le colonel Burke, battait en retraite avec son déta­chement annonça l'approche de la cavalerie ennemie, le maréchal donna ordre au général Gauthier de mettre promptement le 25e en état de recevoir la charge. Le régiment forma d'abord le carré, puis, l'attaque de l'ennemi ne se produisant pas, il se reforma en colonne et reprit la marche sur Hassenhausen.

Comme le 1er bataillon du 25e arrivait à un millier de pas d'Hassenhausen, que l'on commençait à apercevoir à travers le brouillard, il reçut l'ordre de s'arrêter, en même temps, les pièces qui étaient sur la chaussée se portèrent à sa hauteur et se mirent en batterie sur la route et au nord.

A ce moment, la pointe des dragons prussiens débouchait  du village par la route en déblai qui le borde au sud ; elle fut aus­sitôt accueillie par une volée de mitraille qui le cloua momenta­nément dans le chemin creux.

Pendant ce temps, le 2e bataillon du 25e venait se placer en colonne à la droite du 1er. A la gauche des pièces, les deux batail­lons du 85e se portaient également en colonne à hauteur du 25e. Les bataillons étaient précédés de leur compagnie de voltigeurs.

Cependant, plusieurs escadrons prussiens, accompagnés d'une batterie à cheval (capitaine Graumann), parvenaient à dé­boucher du chemin creux. Les cavaliers appuyaient immédiate­ment au sud de la route pendant que la batterie à cheval venait, avec beaucoup d'audace, se déployer au mord de la même route sous le feu des canons et des tirailleurs français.

Devant la menace de la cavalerie ennemie, les bataillons de la brigade Gauthier avaient formé leurs carrés. Le feu a mitraille des prussiens fut si vif au début qu'il obligea les carrés du 25e à se déplacer. Mais dès que la batterie prussienne eut été prise à par­tie par les canons français, elle subit en quelques instants, en ser­vants et en chevaux, des pertes si considérables qu'elle fut obligée de cesser son feu.

Mais voici que tout à coup, les deux compagnies de grena­diers du 25e conduites par le capitaine Lagoublais, aide de camp du général Gauthier, précédées d'une compagnie de voltigeurs dont elles formaient le soutien, se précipitent sur la batterie prus­sienne qui lâche pied. Les canonniers prussiens ne réussirent à emmener que trois pièces ; cinq restaient aux mains des français.

Les escadrons prussiens avaient assisté impuissants à l'at­taque et à la défaite de leur batterie dont ils étaient séparés par le chemin creux. Très éprouvés eux-mêmes par le feu des tirailleurs français, ils font demi-tour et se replient vers Hassenhausen.

Les trois compagnies de grenadiers et de voltigeurs du ca­pitaine Lagoublais s'y jettent à leur suite et poussent rigoureuse­ment dragons et artilleurs confondus à travers le village. Entraî­nées par leur course, ces compagnies dépassent Hassenhausen et pénètrent dans les boqueteaux qui couvrent, vers l'ouest, la tête du village et s'y établissent, poussant en avant d'elles des tirail­leurs jusqu'au Lissbach.

Après ce premier succès, le 25e de ligne se remet en marche vers le petit plateau qui domine Hassenhausen au nord. En même temps, le 85e recevait l'ordre de prendre sa direction à gauche du village. Ces mouvements s'effectuèrent en colonne par bataillon. Dès qu'ils furent exécutés, chacune des deux branches du fer) che­val qu'enveloppe Hassenhausen par l'est se trouva occupée par un régiment, pendant que le village et les boqueteaux à l'ouest étaient tenus par trois compagnies.

Depuis 8 h 30, le brouillard se dissipait peu à peu et per­mettait d'apercevoir la concentration d'escadrons prussiens en arrière de la droite du 25e qui, à 8 h 45, dépassait le chemin qui mène d'Hassenhausen à Spielberg. En outre, on distinguait va­guement sur le front l'approche d'une longue ligne d'infanterie. C'était la division Schmettau. Ordre fut aussitôt donné par le ma­réchal au général Petit, de porter le 21e en échelon. En même temps, le maréchal faisait avancer les 10 pièces de la division Gu­din qui vinrent s'établir sur le front et ouvrirent le feu contre les troupes d'infanterie, plutôt devinées qu'apercues, que se dé­ployaient dans la vallée.

Ces mouvements s'exécutèrent sous le feu très vif d'une batterie à cheval prussienne (capitaine Merkatz), postée au sud de Spielberg, et les batteries de la division Schmettau, établies en face du 25e, qui dut se mettre en bataille pour diminuer sa vulné­rabilité[4]. Le 21e en arrière du 25e avait son bataillon de droite en carré, son bataillon de gauche en colonne. Enfin, le 12e derrière le centre, formait un seul carré de régiment (croquis 3).

Dès que Blücher put distinguer dans la brume les carrés français au nord d'Hassenhausen, "sa vieille ardeur ne put se contenir plus longtemps et il entraîna à la charge ses dix esca­drons". Lorsque les escadrons, sur une seule ligne, furent arrivés à une distance favorable, Blücher fit sonner la charge. Mais voici que la droite tombe dans la ligne de tir de la batterie à cheval Merkatz que la couvre de mitraille. Le désordre se mit dans  les escadrons prussiens qui, se croyant attaqués de plusieurs côtés, tournèrent bride et s'enfuirent vers Spielberg. Blücher parvint cependant à remettre de l'ordre dans ses escadrons, il harangua ses hommes et recommença l'attaque.

« Les carrés français reçoivent avec calme et à bout portant les escadrons prussiens, tandis que le maréchal Davaut, le général Gudin, les généraux Gauthier et Petit se portent tantôt dans un carré et tantôt dans un autre. Pas un seul carré ne fut entamé, quoique le général Blücher revint sans cesse à la charge. »

Les escadrons de Blücher épuisés par cette série d'efforts, se retirèrent dans un désordre complet jusqu'à Echarstberg, en­traînant avec eux leur général qui, ayant eu son cheval tué, n'avait pu s'échapper qu'en montant rapidement le cheval d'un trompette. Cette cavalerie ne reparaîtra plus de la journée sur le champ de bataille.

La division Friant (2e) s'était engagée dans le défilé de Kö­sen à la suite de la 3e. Au moment où la tête atteignait la bifurca­tion du chemin de Punschrau avec la chaussée, elle recevait l'or­dre du maréchal de se former en masse face à l'ouest, la gauche à la grand' route[5]. Cet ordre était en voie d'exécution quand le géné­ral Blücher se porta à l'attaque de la division Gudin. La formation prescrite fut aussitôt abandonnée. Le IIIe qui marchait en tête reçut l'ordre de prolonger le 25e, le reste de la division fut dirigé sur Spielberg par le chemin de Punschrau. En même temps, le maréchal réussissait en une seule batterie, les pièces de 12 du corps d'armée qui suivaient Friant et leur prescrivait de s'établir en arrière d'Hassenhausen, au pied de la chaussée dominant le village et le vallon ainsi que les deux plateaux qui les encerclent par l'est.

La situation, malgré la défaite de la cavalerie prussienne apparaissait encore menaçante que le flanc droit du IIIe corps. L'infanterie prussienne étendait son front au nord de Mertschen­grund et la batterie à cheval de Blücher, appuyée par un soutien de cavalerie, avait repris audacieusement le feu et causait des pertes sérieuses aux français.

Le IIIe avait entamé son mouvement, les bataillons formés en carrés. Quand ces bataillons virent la défaite de la  cavalerie prussienne, ils rompirent les carrés et se formèrent en colonne. Ils tombèrent alors sous le feu de la batterie Merkatz et durent se déployer. Le bataillon de droite du 25e en fit autant.

Cependant le 108e, qui tenait la tête du gros de la division Friant, débouchait de Punschrau suivi par les 48e et 33e de ligne. Le maréchal lui donna l'ordre d'enlever la batterie.

Les voltigeurs du 1er bataillon du 108e, se suspendant aux étriers des chasseurs à cheval qui couvraient le flanc de la division Gudin, gagnèrent les derrières de la batterie et l'abordèrent par surprise avec les chasseurs. En même temps, le 2e bataillon du 108e l'attaquait de flanc, tandis que 4 compagnies du 25e y péné­traient de front. Les deux escadrons de cuirassé de soutien (Reit­zenstein), qui se tenaient à droite et en arrière de la batterie, se précipitèrent aussitôt sur les assaillants, mais ne sauvèrent pas la batterie. Une seule pièce put être emmenée et tout le personnel fut dispersé. Les cuirassiers se retirèrent par Spielberg qu'occupa derrière eux le 1er bataillon du 108e de ligne.

Les derniers escadrons prussiens venaient à peine de se re­tirer que les tirailleurs du 25 e se trouvèrent aux prises avec une longue ligne d'infanterie qui appuyait sa droite à Tauga.

Les généraux Gudin et Friant se mirent immédiatement en mesure de recevoir l'attaque ennemie.

Lorsque toutes les dispositions furent prises, la situation du IIIe Corps devint la suivante (croquis 4) :

La division Gudin à une brigade en première ligne en ba­taille avec un régiment de part et d'autre d'Hassenhausen, le 25e, au nord, le 85e au sud. Toute l'artillerie de la division est déployée sur le front du 25e, quelques pièces seulement sont avec le 85e. Trois compagnies d'élite du 25e tiennent toujours Hassenhausen et ripostent avec succès aux attaques d'un bataillon de grenadiers prussiens (Krafft). Les 12e et 21e sont en colonne par bataillon en arrière du 25e et forment la 2e ligne. La division n'a encore engagé que ses tirailleurs.

La division Friant prolonge à droite le front de la division Gudin avec le IIIe qui est déployé sur la même ligne que sur le 25e.

Le 1er bataillon du 108e occupe Spielberg, le 2e est déployé à droite du IIIe.

Les 33e et 48e, formant réserve d'aile droite, arrivent en colonne en arrière de Spielberg.

Les pièces de 12 du corps d'armée sont réunies en une seule batterie au nord-est d'Hassenhausen.

La brigade de cavalerie Viallanes approche de Spielberg.

La tête de la division Morand, qui avait atteint le pont de Kösen à 9 heures, commence à se former en colonnes au sortir du défilé.

L'armée prussienne le 14 jusqu'à 9 h 30

La division Schmettau avait quitté son bivouac à 6 heures du matin et s'était mise en marche sur une seule colonne vers Kö­sen.

A 8 h 30 seulement, sa tête entrait dans Pappel (le duc de Brunswick avait arrêté sa marche pendant une heure environ pour attendre que le brouillard fut dissipé). La division avait reçu l'ordre de franchir le Lissbach, et de se déployer en avant du vil­lage, la droite à la chaussée qui mène à Hassenhausen.

Dès que les premiers bataillons eurent dépassés Pappel à 8 h 45, ils commencèrent de recevoir les projectiles des batteries françaises établies au nord-ouest d'Hassenhausen et durent effec­tuer leur déploiement sous le feu. Pour échapper à cet inconvé­nient les bataillons suivants précipitèrent leur déploiement et rejoignirent la ligne de bataille, par des mouvements successifs exécutés à travers les marécages de Lissbach et du Mertschen­grund. Sa division Schnettau mit donc beaucoup de temps à pren­dre sa formation de combat.

Une batterie se porta à l'aile droite de la division ; celle qui était désignée pour appuyer la gauche avait d'abord suivi le mou­vement de l'infanterie, mais après avoir vainement tenté de tra­verser les ruisseaux bourbeux, elle dut revenir à Pappel, pour passer le pont ; elle rejoignit la gauche de la division que trois quarts d'heure plus tard.

La division Schmettau, déployée, présentait un front de quatre bataillons (le bataillon de grenadiers Krafft avait été en­voyé sur Hassenhausen) et se développait sur deux lignes entre Tangwitz et le petit vallon marécageux dit Martschengrund, qui sépare en deux parties le terrain compris entre Haussenhasen et Spielberg. En avant d'elle s'élevait un glacis libre et découvert dont le 25e de ligne français occupait la crête. Trois escadrons de cuirassiers formaient la réserve de la division.

Le déploiement de la division Schmettan était à peine ter­miné que le duc de Brunswick, arrivé au sud de Tangwitz, impres­sionné par la tournure que prenaient les événements, décidait de suspendre la marche sur Laucher et Freyburg et de faire partici­per toute son armée à l'attaque du plateau d'Hassenhausen. Il prescrivait en conséquence :

-                    à la division Wartensleben, de prendre comme objectifs les hauteurs au sud d'Hassenhausen,

-                    à la division Schmettan, d'attendre, pour attaquer, l'arrivée de la division Wertensleben,

-                    à la division Orange, de se former en réserve, à sa disposition, derrière le  centre de la ligne formée par les deux précédentes, aux deux divisions de la réserve qui n'avaient pas encore quitté les environs d'Auerstedt, de se rapprocher du champ de bataille et de s'établir à Gernstedt en réserve générale

La division Schmettan, qui n'avait pas encore eu connais­sance de l'ordre précédent, s'était portée en avant, tambours bat­tants, dès qu'elle avait été formée en bataille. Mais son mouve­ment venait à peine de  commencer que lui parvint l'ordre de s'ar­rêter et d'attendre la division Wartensleben. A tête de la division Wartensleben arrivait aux abords de Gernstedt quand elle reçut l'ordre de se porter au sud d'Hassenhausen. La 1ère brigade (We­del) fit tête de colonne à droite et se déploya face à l'est, la droite au ruisseau de Gernstedt. Il y avait de grandes distances entre les bataillons et les régiments, aussi le déploiement fut-il assez long.

La 2e brigade (Renouard) abandonna la chaussée avant d'atteindre Gernstedt, passa au sud du village et, comme des or­dres successifs l'incitaient à accélérer l'allure et à attaquer la bri­gade, bien que n'apercevant aucun ennemi, se forma cependant par échelons de deux bataillons, l'aile gauche en avant.

La division Wartensleben franchit ensuite le Lissback, la brigade Wedel à Tangwitz et, au sud, la brigade Renouard à Re­hehausen sur deux passages situés, l'un dans le village, l'autre à proximité. Une partie des canons s'embourba dans le fond de la vallée ; quelques-uns uns réussirent cependant à se tirer d'affaire et rallièrent leur corps pendant la bataille. Après avoir traversé le vallon, la division se déploya de nouveau, cette fois sur une seule ligne, et reprit sa marche vers l'est couverte sur son front par un régiment de dragons (Irwing). Le bataillon de grenadiers (Krafft), de la division Schmettau, qui a attaqué le 85e sans succès, s'est reporté un peu en arrière et couvre la gauche de la division.

Les deux divisions prussiennes sont donc formées sur une ou deux lignes de bataillons déployés sur trois rangs. Les batail­lons sont très rapprochés les uns des autres. Les pièces régimen­taires sont dans les intervalles. Quant aux tirailleurs, on les avait préalablement groupés, puis placés, à l'avant-garde et finalement utilisés dans le vallon de Tangwitz. On peut donc dire que les ba­taillons des divisions Schmettau et Wertensleben n'avaient pas de tirailleurs.

L'artillerie est aux ailes. Une partie de la cavalerie est em­ployée à former la réserve.

La division Orange, qui constitue la 1ère réserve, est encore à l'ouest de Gernstedt, à plus de 3 kilomètres de la 1ère ligne.

Quant aux deux divisions de réserve Arnim et Künheim, il n'est pas encore question, pour le moment, de les faire intervenir ; elles vont se former en bataille au nord Auerstedt, conformément aux ordres du duc de Brunswick. Elles attendront dans cette si­tuation que le succès soit définitivement compromis et ne seront finalement employées que pour couvrir la retraite.

Combat sur le front Hassenhausen-Spielberg de 9 h30 à 11 heures

Lorsque parvint l'ordre de reprendre le mouvement, la sta­gnation prolongée sous le feu de l'artillerie et des tirailleurs fran­çais avait occasionné un certain trouble dans les bataillons de la division Schmettau.

Pour provoquer le mouvement, il fallut porter la seconde li­gne dans les intervalles de la 1ère. Grâce à ce renfort et à l'énergie des officiers, la ligne prussienne gagna un peu de terrain.

Mais l'élan des bataillons prussiens fut bien vite refroidi par l'apparition de troupes françaises sur le flanc gauche de la division. En effet, les deux bataillons du 105e, à Spielberg et au sud n'ayant plus personne devant eux, depuis le départ de la ca­valerie, venaient, par une conversion à gauche, se placer sur le flanc de la ligne prussien et leurs tirailleurs se glissant dans la vallée, poussaient jusqu'à Bendorf d'où ils chassaient une compa­gnie prussienne qui s'y était installée. En Outre la brigade Vial­lannes tentait, par la rive nord du ruisseau marécageux de Zäcko­var, de gagner les derrières des prussiens. Enfin derrière le 108e, la brigade Kister se portait sur la droite de Spielberg. Ce mouve­ment la rapprocha des bois ; des vedettes ennemies, débris de ca­valerie de Blücher, se montrèrent à la lisière. Leur présence donna de l'inquiétude au général Friant qui détache vers les bois les quatre compagnies de voltigeurs de la brigade Kister.

Le combat se traînait du côté prussien lorsque l'approche de la brigade de renfort Henri de Prusse, de la division Orange, infusé une ardeur nouvelle à la division Schmettau et la déter­mina à faire un bon en avant. Le 108e se retira sur Spielberg. Les tirailleurs français rentrèrent dans les intervalles et un violent feu de mousqueterie et de mitraille commença de part et d'autre sur le front Hassenhausen-Spielberg.

« L'ensemble, dit Scharnhorst, ressemblait à une manœuvre de Postdam, tant on distinguait nettement les combattants des deux côtés. Dans les six grandes batailles auxquelles j'ai assisté, je n'ai jamais vu un combat plus régulier, un front présentant plus de cohésion et un feu plus général sur tout le front. »

L'entrée en ligne de la brigade Henri de Prusse dont tous les bataillons vinrent s'intercaler dans les intervalles de la divi­sion Schmettau, obligeait finalement la division Gudin à céder du terrain. Hassenhausen fut même en partie évacué. Mais Scharn­korst, qui avait pris la place du général Schmettau blessé, n'ayant pas une réserve, plus un cavalier, et voyant son flanc et ses der­rières menacés par les troupes du général Friant, ne jugea pas opportun de continuer son offensive avec une ligne mince et la division s'immobilisa. Il était environ 11 heures.

 

Combats autour d'Hassenhausen et au sud du village de 9 h 30 à 11 heures

Après avoir franchi le Lissbach entre Tangwitz et Rehe­hausen, la division Wartensleben se porta en avant, en bataille sur une seule ligne, précédé d'un régiment de dragons.

Les français tenaient toujours Hassenhausen et ses avan­cées avec trois compagnies. Le 85e était déployé sur la croupe au sud du village.

Vers 10 heures, le régiment de dragons qui précédait la di­vision Wartensleben débouche tout à coup en arrière et sur le flanc gauche du 85e et se lance à la charge, en même temps que le bataillon de grenadiers prussiens (Krafft) reprenait une vigou­reuse offensive. Les hommes du 85e, chargés sur le front, leur flanc et leurs derrières, troublés aussi par l'apparition d'une lon­gue ligne d'infanterie qui arrivait sur eux (division Wartensleben) se débandèrent et s'enfuirent vers Hassenhausen, jetant fusils, sacs et chapeaux.

Les grenadiers poursuivirent les français jusqu'auprès d'Hassenhausen, mais ne pénétrèrent pas dans le village dont les lisières venaient d'être abandonnées par les trois compagnies de légère. Les dragons sabrèrent bon nombre d'hommes qui ne s'y étaient pas réfugiés et firent une grande quantité de prisonniers. Mais la poursuit des isolés les avait mis eux-mêmes en grand dé­sordre, ils ne purent achever la défaite du régiment français, dont quelques unités encore constituées réussirent à former un carré auquel vinrent se joindre successivement les hommes débandés.

Quoiqu'il en soit, en ne se jetant pas dans le village, les grenadiers prussiens allaient donner le temps au maréchal Da­vaut de rétablir le combat et de réoccuper Hassenhausen.

A la faveur des charges de la cavalerie prussienne, la divi­sion Wartensleben avait marché presque sans interruption et ce qui restait du 85e, à l'est du village, allait être définitivement écrasé. On peut même se demander ce qui serait advenu de la gauche française si les prussiens, au lieu de s'avancer au pas ra­lenti de l'époque sur une longue ligne mince, avaient adopté les procédés des français, en lignes de colonnes de bataillons précédés de tirailleurs.

Cependant le maréchal Davaut, sans perdre un moment, jeta les deux derniers régiments de la division Gudin, 21e et 12e, au devant des troupes de Wartensleben. Le 21e pénétrait dans le village et occupait les lisières ouest et sud, pendant que le 12e s'établissait à gauche et en arrière d'Hassenhaussen.

Les chemins creux qui bordent Hassenhausen à l'ouest et au sud, les talus de la chaussée, se remplirent donc tout à coup de fantassins français qui ouvrirent un feu violent sur la division Wartensleben et lui infligèrent des pertes d'autant plus sensibles qu'ils étaient eux-mêmes abrités jusqu'au coup dans les chemins creux les talus, les maisons.

Néanmoins, la division Wartensleben avait réussi à former une espèce d'arc de cercle autour d'Hassenhausen et le combat de feux continuait, entremêlé de tentatives d'attaques exécutées sans succès par quelques fractions isolées.

Sur ces entrefaites, une fraction d'infanterie et une batterie vinrent prolonger la droite de Wartensleben. Ce renfort mit le 12e régiment français en fâcheuse posture.

Pour se dégager, le régiment battit la charge et marcha à l'ennemi. Mais, bien qu'activement appuyé par la batterie de 12 installée en arrière et au nord-est d'Hassenhausen, il fut obligé de s'arrêter. Il se jeta dans un petit ravin au nord de 266, s'y abrita et tint ferme en attendant d'être soutenu.

Cependant, les prussiens, à qui les derniers renforts par­venus sur leur droite avaient rendu confiance, se rapprochaient de plus en plus d'Hassenhausen, faisant évacuer les chemins creux aux tirailleurs français, de sorte qu'au sud, le village était presque investi[6]. Un moment on put croire qu'il était enlevé ; le 21e ne se maintenait plus que dans les dernières maisons. La situation de­venait critique pour les français.

A ce moment la division Morand atteignit 269. Le maréchal lui avait envoyé l'ordre de s'appuyer de suite à la gauche de la division Gudin. "Le 13e léger avec deux pièces de 4 tenait la tête. Le général d'Honnières qui conduisait ce régiment eut ordre de se diriger sur le clocher d'Hassenhausen que la 3e division venait d'abandonner en repliant à gauche." On lui indiquait une forma­tion "un bataillon en colonne serrée, l'autre déployé."

Le 13e léger pénétra dans le village et le fit évacuer, mais, emporté par son ardeur, il voulut en sortir. Pris à partie par les batteries prussiennes en débouchant d'Hassenhausen, il dut bat­tre en retraite et vint prendre position à gauche et en arrière du 21e qui occupait toujours les dernières maisons.

La retraite du 13e avait enflammé d'ardeur l'aile droite de la division Schmettau qui se rapprocha encore de la ligne fran­çaise. Vers 11 h, Hassenhausen était entouré de toutes parts. La division Gudin reculait lentement lorsque le gros de la division Morand entra en ligne à sa gauche.


[1] Récit fait d'après la relation officielle et l'ouvrage du Capitaine Bressonnet. Études tactiques sur 1806

[2] Le corps de Tarrentzien, qui avait été détaché sur la rive droite de la Saale, pour assurer la sûreté de toutes des forces prussiennes stationnées sur la rive gauche, avait été attiré à Iena par Hohenlohe et chargé de constituer les avant-postes de Dornbourg à Burgan. Cette fausse manoeuvre aura pour effet de laisser le commandement prussien dans l'ignorance des mouvements de l'armée française sur la rive droite de la Saale.

[3] A Magdebourg.

[4] Son bataillon de droite reformera le carré au moment de la charge de Blücher.

[5] Ses quatre régiments se portent sur la même ligne à six pas d'intervalle et chacun d'eux se forme en colonne par division à distance de peloton.

[6] C'est vers ce moment, 10 h 30, que tomba le duc de Brunswick atteint d'une balle en pleine figure. 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin