| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
|||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||
|
Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire Conférences sur l'infanterieEcole Supérieure de Guerre (1911)
L'état
moral de l'armée
Une
armée qui aurait les meilleures méthodes de guerre et une organisation
en rapport avec ces méthodes, ne serait pas, par cela même, assurée de
vaincre si elle ne possédait le moteur capable de les mettre en œuvre. Chez
les romains, ce moteur était le discipline, discipline à ce point
terrible qu'elle inspirait une crainte plus forte que l'ennemi. Toute
troupe, manipule, cohorte en légion qui cédait devant l'ennemi ou se
mutinait, était décimée. Au
XVIIIe siècle, on cherche à obtenir l'automatisme par le
dressage mécanique des hommes. Un tel procédé, admissible à la rigueur
dans les armées composées de mercenaires, deviendra inapplicable dans
les armées nationales et, en particulier, chez les français. Aussi, dans
les armées de la révolution, la discipline, quoique longue à s'établir,
n'a-t-elle jamais un caractère coercitif. L'armée française peut,
d'ailleurs, se passer d'une discipline rigoureuse ; elle est imprégnée
d'un ardent patriotisme, elle est entraînée à ne reculer devant aucun
effort, elle a la passion de l'honneur. La
révolution avait dit à chaque individu qu'il avait à combattre pour
sa liberté. Pour la défendre il accepte toutes les privations et
s'impose des efforts inouïs. La révolution, après avoir évoqué
l'attachement du français pour son pays natal, lui présente la France prête
à être envahie par les étrangers et crée le patriotisme, qu'elle décore
du nom d'amour pour la patrie. « Pour
son pays, un soldat doit savoir tout faire et se priver de tout, gravir
des montagnes, descendre des précipices, porter des canons à bras, les
traîner en place de chevaux, traverser des rivières à la nage, coucher
au bivouac sans vêtements, faire des marches forcées sans chaussures et
se battre sans avoir pris de nourriture. Voilà, disait-elle, le métier
du soldat. « Il
faut qu'il sache faire tout ce que la guerre peut exiger, qu'il se crie
obligé de faire tout ce qu'elle exige et qu'il ait la persuasion d'être
propre à tout. Il faut enfin que le soldat ne se fasse habitude de rien,
sinon de celle de n'en point avoir. Il faut, en un mot, qu'il fasse
l'impossible. » Cette
théorie de l'Impossible était surtout pratiquée à l'égard des généraux,
dont tous les actes étaient étroitement surveillés par les représentants
du peuple aux Armées. Lorsque
la Convention ordonnait de gagner une bataille, il n'y avait pas de milieu
entre la victoire et l'échafaud, et Jourdan, qui avait passé en 1793 le
Sambre quatre fois, l'aurait passé autant de fois encore, parce qu'il
avait ordre de faire tomber Charleroi et de gagner une bataille à
Fleurus. Houchard,
placé à la tête de l'armée du Nord, avait reçu l'ordre de débloquer
Dunkerque. Il bat une arrière-garde anglo-hanovrienne à Houdschoote et
refoule l'armée d'observation vers la Belgique. Son armée, composée de
troupes de nouvelles levées, affaiblie par les privations et les
fatigues, avait tardé à poursuivre ses succès. Houchard est destitué
pour inaction. Appelé à Paris pour se justifier, il est enfermé à la
Conciergerie où il retrouve 24 généraux qui attendaient leur tour d'être
traduits devant le tribunal révolutionnaire. A cette époque, personne
n'ambitionnait des étoiles ; on était nommé général d'office et,
pour pire à la nomination, le Comité de Salut Public exigeait une
victoire. Il fallait oser et réussir. Ces procédés peuvent paraître
excessifs ; il n'en est pas moins vrai qu'ils imprimèrent o la
direction des armes un esprit d'entreprise poussé à l'extrême. Cette
impulsion supérieure se maintiendra pendant longtemps et fera trouver
naturelles les exigences du commandement. En
1806 ; le peuple ne combat plus pour son affranchissement ; il
a conquis toutes les libertés aux quelles il pouvait prétendre, ou du
moins on le lui a fait croire. Le patriotisme a cessé d'être
l'attachement exclusif à la patrie, pour devenir l'attachement à
l'homme qui, depuis plusieurs années, dirige les destinées de la France.
Ce sentiment se traduit par un dévouement sans borne de toute l'armée à
la personne de l'Empereur. La théorie de l'impossible porte toujours ses
fruits ; l'effort fait pour amener l'artillerie du 5e
corps sur le Landgrafeuberg en est une nouvelle preuve ; des prodiges
seront encore accomplis par les corps qui se lanceront à la poursuite des
armées prussiennes, à partir du 15 octobre, jusqu'au jour où ils
atteindront ses derniers débris sur les rivages de la mer Baltique. La
théorie de l'impossible subsiste donc toujours appuyée cette fois, non
plus sur l'amour de la liberté, mais sur l'honneur. L'honneur militaire,
voilà l'inépuisable mine qui sera exploitée pendant les dix dernières
années de guerre. Tel corps dénonce tel autre qui aura été plus
souvent envoyé au feu que lui. Des régiments se prennent de jalousie,
murmurent, pétitionnent, intriguent même, pour être placés à des
postes dangereux et ces sortes de demandes sont accordées à titre de récompense.
Toutes
les dispositions sont prises pour maintenir dans l'armée la passion de
l'honneur de l'exalter. L'organisation vient en aide aux inspirations du
commandement. Dans le bataillon, on oppose les fusiliers aux grenadiers,
ceux-ci aux voltigeurs ; dans l'armée, on oppose les régiments de
ligne aux régiments de légère, etc. Le
Chef suprême de l'armée excelle à développer l'amour propre des petits
comme des grands, à susciter des héroïsmes. Être admis dans la garde
est la suprême ambition du jeune soldat, pour une telle récompense, il
exposera vingt fois sa vie. L'Empereur y admettra, en grand nombre, les
hommes qui ont atteint l'époque de leur libération et qui sont maintenus
à l'armée, jusqu'à la fin d'une campagne qui ne finira jamais ; ce
sera le corps des grognards. Voilà
comment était composée la Grande Armée de 1806. Nous verrons le IIIe
corps à l'œuvre en étudiant la bataille d'Auerstedt. Bataille
d'Auerstaedt
|
|||||||||||||||||||||||||||
|
Armée
du Roi |
46
000 h. |
16
batteries |
|
Armée
du prince de Hohenlohe |
40
000 h. |
12
" |
|
Corps
de Rüchel |
12
000 h. |
3
" |
Le
commandement prussien n'a pas d'intention bien arrêtée. Il hésite entre
2 solutions : prendre en flanc les colonnes emmenées en marche sur
Leipsick, ou s'interposer entre elles et cette place. Pendant que dans
l'entourage du roi on discute et tergiverse, arrive un rapport annonçant
d'une façon certaine l'entrée des français à Naumbourg.
Cette
nouvelle éclata comme un coup de foudre au Gd Quartier Général.
L'armée prussienne était sur le point d'être tournée. Il fallait prendre
des mesures pour lui rendre la liberté de ses communications et le duc de
Brunswick se mit en devoir d(arrêter les dispositions pour la porter au
nord de l'Unstrutt ; il entendait ensuite lui faire franchir la Saale,
à la conduire à la rencontre des français entre Saale et Elbe. L'armée
principale passerait l'Unstrutt à son tour.
Ce
plan eut pu se réaliser, à la rigueur, si les différents corps s'étaient
mis en marche le 13 de grand matin, mais, par suite de l'extrême lenteur
apportée à l'élaboration et à la transmission de l'ordre, le mouvement
ne commença que très tard dans la matinée. Cet ordre était ainsi conçu:
"L'armée va exécuter un mouvement rétrograde, partie pour se réunir
au duc de Wurtemberg[3],
partie pour recouvrer la liberté de ses communications. Dans ce but, la
division Schmettau rompra immédiatement et se portera sur Kösen. Si le défilé
n'est pas sérieusement occupé, le général Schmettau s'en emparera. Mais
s'il est trop fortement tenu pour que ce but puisse être atteint, la
division Schmettau devra masquer complètement ce défilé, de manière
qu'en arrière et loin d'elle, le reste de l'armée puisse se porter sur
l'Unstrutt... Les autres divisons et la réserve rompront une heure plus
tard. Le prince de Hohenlohe restera provisoirement en position de manière
que l'ennemi n'apprenne rien de nos mouvements."
Le
13 octobre, vers 10 h 30 du matin, la division Schmettau, avant
garde armée, quittait duc son camp d'Umpferstdt et se mettait en marche par
Apolda sur Auerstedt, qu'elle atteignait vers 4 h 30 de l'après-midi.
Contrairement aux ordres reçus, son chef ne jugera pas utile de la porter
jusqu'à Kösen, dont elle n'était pourtant éloignée que de 10 kilomètres.
La
division s'établit au bivouac au nord d'Auerstedt, sur le versant méridional
de Volksberg, couverte par le régiment de dragons de l'avant-garde qui, dès
son arrivée à Gernstedt, poussa des reconnaissances au-delà de Pappel et
de Rehehausen et disposa des vedettes dans le vallon qui réunit ces deux
localités. C'est ce placement de vedettes qui attirera, vers 5 heures,
l'attention du Maréchal Barout, en observation sur le plateau
d'Hassenhaussen.
La
tête de la division Wartensleben, la 2e dans l'ordre de marche,
atteignait Auerstedt à 6 heures et s'installait au bivouac au sud de cette
localité. Elle était rejointe à 8 heures par la division Orange. Entre
10 heures du soir et minuit, les deux divisions de la réserve Arnina et Künheim
arrivèrent à leur tour et s'établirent au sud-ouest d'Auerstedt, à
quelque distance des précédentes (croquis 2).
Dans
la soirée, de duc de Brunswick arrêta ses dispositions pour le 14 :
« L'armée
se mettra demain en marche à la pointe du jour dans le même ordre
qu'aujourd'hui, de sorte que la division Schmettau suive la route de Kösen...
« Les
hauteurs qui dominent Kösen seront solidement tenues par cette division,
jusqu'à ce que le reste de l'armée, au loin en arrière d'elle, ait
effectué le passage de l'Unstrutt. La division franchira alors la rivière,
mais fera tenir le défilé par un fort détachement jusqu'à l'arrivée
du corps de Hohenlohe.
« Les
divisions de Watensleben et Orange suivront le chemin direct de Freyburg,
passeront l'Unstrutt et marcheront sur la hauteur du Randel (entre Saale
et Unstrutt), suivant les indications qu'elles recevront du colonel
Scharnhorst, de manière que l'aile droite vienne à Freybourg et l'aile
gauche à Karkröhlitz, face à Naumbourg. Les chevaux de bât des deux
divisions suivront la division Orange.
« Les
deux divisions de la réserve se porteront par Echertsberg sur Laucha,
tourneront ensuite à droite sur le chemin de Freyburg et prendront une
position reconnue aux environs du point appelé Müssenberg...
« Tous
les bagages de l'armée suivront cette réserve. Les pontons de Hohenlole se
portèrent de Buttstedt sur Laucha. »
Les
instructions établissent nettement que, si le duc de Brunswick entrevoyait
la possibilité d'un engagement entre Hassenhaussen et Kösen, pour
interdire aux français l'accès du défilé, il n'attribuait à cette opération
qu'une faible importance et n'envisageait pas la nécessité d'y faire
coopérer d'autres troupes que celles qui se trouvaient sous les ordres du général
Schmettau. Mais, en n'exigeant pas de la division Schmettau l'effort nécessaire
pour gagner Kösen le 13 au soir, le duc devait se laisser devancer par le
corps du Maréchal Davaut et se mettre dans l'impossibilité de réaliser
sa manœuvre.
Le
13 octobre au matin, cinq corps de la Grande Armée se concentrent à Iéna
(IV, V VI, VII, garde). Le 1er corps est à Dornburg avec la réserve
de cavalerie. Le IIIe corps est établi autour de Naumbourg ;
sa mission consiste à mettre la main sur les passages de la Saale, à se
saisir des communications de l'ennemi avec Leipsick et Halle afin de
l'acculer à une bataille décisive dans la région Weimar-Apolda.
Le
IIIe corps comprend trois divisions d'infanterie et une brigade
de cavalerie (voir ordre de bataille page 57).
La
1ère division stationne au nord de Naumbourg. Un de ses régiments,
le 13e léger, a passé la Saale et pousse un détachement au
pont de Freybourg, sur la rive droite de l'Unstrutt. La 2e division
est au sud de Naumbourg. La 3e est à Neu-Flemmingen. Toutes
ces troupes sont au bivouac.
La
brigade de cavalerie est sous Naumbourg, la bride au bras (2e et
12e chasseurs). Le 1er chasseurs, au nord de Freyburg,
est chargé d'appuyer le détachement du 13 e léger qui tient le
pont sur l'Unstrutt.
Une
reconnaissance de cavalerie faite dans la matinée faisait savoir que
l'ennemi portait des forces sur Eckartsberg. Ce renseignement décidait le
maréchal Davaut à envoyer des partis plus importants sur cette localité
par Freyburg et Kösen. Lui-même montait à cheval à 4 heures du soir et
prenait la route de Weimar par Kösen et Auerstedt, pour étudier le débuché
sur la rive gauche de la Saale et reconnaître le plateau d'Hassenhausen et
les hauteurs d'Eckartsberg.
Le
maréchal arrivait à Hassenhausen vers 5 heures juste à temps pour
recueillir un peloton du 1er chasseurs ramené par un escadron
prussien, qui à l'apparition de l'escorte du maréchal, se hâta de tourner
bride.
En
regardant vers Eckartsberg (voir croquis 3), le maréchal avait à ses pieds
les vallons marécageux du Lissbach et se son affluent le Kockelbach sur
lesquels sont assis les villages de Rehaussen, Taugwitz, Poppel, Bendorf,
Zoeckwar, Spielberg. Son horizon qui s'étend d'Eckartsberg au
Sonnenkuppe-Germstedt apparaissait très en vue sur le flanc oriental du
Volkberg, ainsi que Lissdorf, dans le vallon supérieur du Lissback. Sur la
rive droite de c e ruisseau, le maréchal apercevait des troupes de cavalerie
occupées à établir une ligne de vedettes. C'était l'indice que les
forces ennemies, précédemment signalées en marche vers Eckartsberg, se préparaient
à stationner. On pourrait donc tenir à peu près pour certain qu'elles ne
tenteraient rien sur Kösen avant le lendemain matin. Néanmoins, par mesure
de précaution, le maréchal expédierait un ordre à la 3e
division (Gudin), la plus rapprochée du pont de Kösen, lui prescrivant de
porter deux compagnies de voltigeurs du 25 e de ligne, au-delà
du pont, sur la rive gauche de la Saale, un bataillon du même régiment au
pont lui-même, avec ordre, s'il était attaqué, de tenir ferme jusqu'à ce
qu'on vint à son secours.
Sa
reconnaissance terminée, le maréchal rentrait à Naumbourg vers 7 heures
du soir et écrivait au Major Général pour l'informer de sa situation.
Ce dernier lui faisait savoir presque au même moment que l'Empereur arrivé
à une lieue d'Iéna, y avait appris, par une lettre du maréchal Lannes
dont le corps, le 5e, venait de passer la Saale, la présence
d'environ 50 000 prussiens sur le plateau de Kapellendorf. « Le maréchal,
disait-il, croit même qu'il sera attaqué aujourd'hui. Si une attaque se
produisait ce soir sur Iéna, vous devez manoeuvrer sur l'ennemi et déborder
sa gauche. Si l'attaque ne se produit pas, vous recevrez dans la nuit les
dispositions de l'Empereur pour la journée de demain. »
Dans
l'attente des événements de la soirée et des ordres de l'Empereur, le maréchal
Davaut convoqua aussitôt et retint à Naumbourg les généraux et chefs de
service. Les ordres furent apportés à 3 heures du matin. C'était une
lettre du maréchal Berthier :
« L'Empereur
a reconnu une armée prussienne qui s'étend des hauteurs en avant d'Iéna
jusqu'à Weimar. Il se propose de l'attaquer. Il ordonne en conséquence
au IIIe Corps de se porter sur Apolda afin de tomber sur les
derrières de cette armée. Le maréchal Davaut est laissé maître de
tenir la route qui lui conviendra pourvu qu'il prenne part au combat. »
Le
choix de l'itinéraire à suivre s'imposait au IIIe Corps , c'était la
route de Naumbourg à Weimar par Apolda. Le mouvement commencera à 4
heures par la 2e Division (Gandin) dont un régiment, le 25e, a déjà
un bataillon à Kösen. Les deux autres divisions, 2e puis 1e
se mettront en mouvement à 5 heures du matin et suivront la 3e
sans intervalle.
Quant
à la brigade de cavalerie légère, son chef, le général Piallanes, était
venu chez le maréchal Davaut en même temps que les autres généraux, mais
il s'était esquivé avant l'arrivée des ordres de l'Empereur ; de
sorte que la brigade de cavalerie, au lieu de se mettre en mouvement la
première, ne déboucha du pont de Kösen que trois heures plus tard, derrière
la 2e division, et n'arrivera sur le champ de bataille que vers
10 heures du matin.
C'est
la rencontre du IIIe Corps, se portant sur Apolda, et de la
division Schmettau, lancée vers Kösen pour servir de flanc de garde à
l'armée du duc de Brunswick, qui mettra les deux partis aux prises sur le
plateau d'Hassenhausen. L'intensité croissante de combat amènera peu à
peu le commandement prussien à faire intervenir d'autres troupes.
L'ensemble de ces efforts successifs constituera la bataille d'Auerstedt.
La
division Gudin (3e), la plus rapprochée du pont de Kösen,
partit donc à 4 heures du matin de Neu-Flemmingen. A 6 heures, le 25e
de ligne, formant avant garde, et précédé lui-même d'un escadron de
chasseurs, franchissait le pont.
Une
demi-heure avant le jour, il s'éleva un brouillard si épais qu'on pouvait
à peine distinguer les objets à portée de pistolet. Aussi le maréchal,
qui se trouvait avec la division Gudin, ordonna-t-il à son premier aide de
camp, le colonel Burke, de se porter en avant avec une fraction de
l'escadron d'avant garde, d'engager une échauffourée et de faire des
prisonniers afin de se procurer des renseignements certains sur la position
de l'ennemi.
Le
colonel Burke traversa Hassenhaussen et Tangwitz et, vers 7 heures, se
heurta tout à coup dans Poppel à des dragons prussiens. Après plusieurs
escarmouches, il réussit à faire quelques prisonniers, dont un major. Sa
mission étant accomplie, il se replia par la chaussée sur l'avant-garde de
la division Gudin, qu'il rencontra à l'est de Hassenhausen.
Nous
avons dit que cette avant garde, composée d'un escadron de chasseurs et
du 25e de ligne, avait franchi le pont de Kösen à 6 heures du
matin. La tête du gros de la division abordait le pont à 6 h 30.
Au
sortir du gong défilé de Kösen, près de la bifurcation de la chaussée
d'Hassenhausen avec le chemin du Punschrau les régiments de la division
Gudin qui, jusqu'alors, avaient suivi la chaussée d'Hassenhausen, la quittèrent
pou la laisser à l'artillerie et prirent successivement la formation en
colonne par division à distance de peloton. Le 25e, en tête, se
forma à droite de la chaussée,
le 85e à gauche ; dans la brigade Petit, le 12e
déboîta à droite, le 21e à gauche. Les événements restèrent
échelonnés de manière à ne pas retarder le mouvement général de la
division. La fraction de l'escadron de chasseurs restée en avant et sur les
flancs.
Quand
le colonel Burke, battait en retraite avec son détachement annonça
l'approche de la cavalerie ennemie, le maréchal donna ordre au général
Gauthier de mettre promptement le 25e en état de recevoir la
charge. Le régiment forma d'abord le carré, puis, l'attaque de l'ennemi ne
se produisant pas, il se reforma en colonne et reprit la marche sur
Hassenhausen.
Comme
le 1er bataillon du 25e arrivait à un millier de pas
d'Hassenhausen, que l'on commençait à apercevoir à travers le brouillard,
il reçut l'ordre de s'arrêter, en même temps, les pièces qui étaient
sur la chaussée se portèrent à sa hauteur et se mirent en batterie sur la
route et au nord.
A
ce moment, la pointe des dragons prussiens débouchait
du village par la route en déblai qui le borde au sud ; elle
fut aussitôt accueillie par une volée de mitraille qui le cloua momentanément
dans le chemin creux.
Pendant
ce temps, le 2e bataillon du 25e venait se placer en
colonne à la droite du 1er. A la gauche des pièces, les deux
bataillons du 85e se portaient également en colonne à hauteur
du 25e. Les bataillons étaient précédés de leur compagnie de
voltigeurs.
Cependant,
plusieurs escadrons prussiens, accompagnés d'une batterie à cheval
(capitaine Graumann), parvenaient à déboucher du chemin creux. Les
cavaliers appuyaient immédiatement au sud de la route pendant que la
batterie à cheval venait, avec beaucoup d'audace, se déployer au mord de
la même route sous le feu des canons et des tirailleurs français.
Devant
la menace de la cavalerie ennemie, les bataillons de la brigade Gauthier
avaient formé leurs carrés. Le feu a mitraille des prussiens fut si vif au
début qu'il obligea les carrés du 25e à se déplacer. Mais dès
que la batterie prussienne eut été prise à partie par les canons français,
elle subit en quelques instants, en servants et en chevaux, des pertes si
considérables qu'elle fut obligée de cesser son feu.
Mais
voici que tout à coup, les deux compagnies de grenadiers du 25e
conduites par le capitaine Lagoublais, aide de camp du général Gauthier,
précédées d'une compagnie de voltigeurs dont elles formaient le soutien,
se précipitent sur la batterie prussienne qui lâche pied. Les canonniers
prussiens ne réussirent à emmener que trois pièces ; cinq restaient
aux mains des français.
Les
escadrons prussiens avaient assisté impuissants à l'attaque et à la défaite
de leur batterie dont ils étaient séparés par le chemin creux. Très éprouvés
eux-mêmes par le feu des tirailleurs français, ils font demi-tour et se
replient vers Hassenhausen.
Les
trois compagnies de grenadiers et de voltigeurs du capitaine Lagoublais
s'y jettent à leur suite et poussent rigoureusement dragons et artilleurs
confondus à travers le village. Entraînées par leur course, ces
compagnies dépassent Hassenhausen et pénètrent dans les boqueteaux qui
couvrent, vers l'ouest, la tête du village et s'y établissent, poussant en
avant d'elles des tirailleurs jusqu'au Lissbach.
Après
ce premier succès, le 25e de ligne se remet en marche vers le
petit plateau qui domine Hassenhausen au nord. En même temps, le 85e
recevait l'ordre de prendre sa direction à gauche du village. Ces
mouvements s'effectuèrent en colonne par bataillon. Dès qu'ils furent exécutés,
chacune des deux branches du fer) cheval qu'enveloppe Hassenhausen par
l'est se trouva occupée par un régiment, pendant que le village et les
boqueteaux à l'ouest étaient tenus par trois compagnies.
Depuis
8 h 30, le brouillard se dissipait peu à peu et permettait
d'apercevoir la concentration d'escadrons prussiens en arrière de la droite
du 25e qui, à 8 h 45, dépassait le chemin qui mène
d'Hassenhausen à Spielberg. En outre, on distinguait vaguement sur le
front l'approche d'une longue ligne d'infanterie. C'était la division
Schmettau. Ordre fut aussitôt donné par le maréchal au général Petit,
de porter le 21e en échelon. En même temps, le maréchal
faisait avancer les 10 pièces de la division Gudin qui vinrent s'établir
sur le front et ouvrirent le feu contre les troupes d'infanterie, plutôt
devinées qu'apercues, que se déployaient dans la vallée.
Ces
mouvements s'exécutèrent sous le feu très vif d'une batterie à cheval
prussienne (capitaine Merkatz), postée au sud de Spielberg, et les
batteries de la division Schmettau, établies en face du 25e, qui
dut se mettre en bataille pour diminuer sa vulnérabilité[4].
Le 21e en arrière du 25e avait son bataillon de
droite en carré, son bataillon de gauche en colonne. Enfin, le 12e
derrière le centre, formait un seul carré de régiment (croquis 3).
Dès
que Blücher put distinguer dans la brume les carrés français au nord
d'Hassenhausen, "sa vieille ardeur ne put se contenir plus longtemps et
il entraîna à la charge ses dix escadrons". Lorsque les escadrons,
sur une seule ligne, furent arrivés à une distance favorable, Blücher fit
sonner la charge. Mais voici que la droite tombe dans la ligne de tir de la
batterie à cheval Merkatz que la couvre de mitraille. Le désordre se mit
dans les escadrons prussiens
qui, se croyant attaqués de plusieurs côtés, tournèrent bride et
s'enfuirent vers Spielberg. Blücher parvint cependant à remettre de
l'ordre dans ses escadrons, il harangua ses hommes et recommença l'attaque.
« Les
carrés français reçoivent avec calme et à bout portant les escadrons
prussiens, tandis que le maréchal Davaut, le général Gudin, les généraux
Gauthier et Petit se portent tantôt dans un carré et tantôt dans un
autre. Pas un seul carré ne fut entamé, quoique le général Blücher
revint sans cesse à la charge. »
Les
escadrons de Blücher épuisés par cette série d'efforts, se retirèrent
dans un désordre complet jusqu'à Echarstberg, entraînant avec eux leur
général qui, ayant eu son cheval tué, n'avait pu s'échapper qu'en
montant rapidement le cheval d'un trompette. Cette cavalerie ne reparaîtra
plus de la journée sur le champ de bataille.
La
division Friant (2e) s'était engagée dans le défilé de Kösen
à la suite de la 3e. Au moment où la tête atteignait la
bifurcation du chemin de Punschrau avec la chaussée, elle recevait l'ordre
du maréchal de se former en masse face à l'ouest, la gauche à la grand'
route[5].
Cet ordre était en voie d'exécution quand le général Blücher se porta
à l'attaque de la division Gudin. La formation prescrite fut aussitôt
abandonnée. Le IIIe qui marchait en tête reçut l'ordre de
prolonger le 25e, le reste de la division fut dirigé sur
Spielberg par le chemin de Punschrau. En même temps, le maréchal réussissait
en une seule batterie, les pièces de 12 du corps d'armée qui suivaient
Friant et leur prescrivait de s'établir en arrière d'Hassenhausen, au pied
de la chaussée dominant le village et le vallon ainsi que les deux plateaux
qui les encerclent par l'est.
La
situation, malgré la défaite de la cavalerie prussienne apparaissait
encore menaçante que le flanc droit du IIIe corps. L'infanterie
prussienne étendait son front au nord de Mertschengrund et la batterie à
cheval de Blücher, appuyée par un soutien de cavalerie, avait repris
audacieusement le feu et causait des pertes sérieuses aux français.
Le
IIIe avait entamé son mouvement, les bataillons formés en carrés.
Quand ces bataillons virent la défaite de la
cavalerie prussienne, ils rompirent les carrés et se formèrent en
colonne. Ils tombèrent alors sous le feu de la batterie Merkatz et durent
se déployer. Le bataillon de droite du 25e en fit autant.
Cependant
le 108e, qui tenait la tête du gros de la division Friant, débouchait
de Punschrau suivi par les 48e et 33e de ligne. Le maréchal
lui donna l'ordre d'enlever la batterie.
Les
voltigeurs du 1er bataillon du 108e, se suspendant aux
étriers des chasseurs à cheval qui couvraient le flanc de la division
Gudin, gagnèrent les derrières de la batterie et l'abordèrent par
surprise avec les chasseurs. En même temps, le 2e bataillon du
108e l'attaquait de flanc, tandis que 4 compagnies du 25e
y pénétraient de front. Les deux escadrons de cuirassé de soutien (Reitzenstein),
qui se tenaient à droite et en arrière de la batterie, se précipitèrent
aussitôt sur les assaillants, mais ne sauvèrent pas la batterie. Une seule
pièce put être emmenée et tout le personnel fut dispersé. Les
cuirassiers se retirèrent par Spielberg qu'occupa derrière eux le 1er
bataillon du 108e de ligne.
Les
derniers escadrons prussiens venaient à peine de se retirer que les
tirailleurs du 25 e se trouvèrent aux prises avec une longue
ligne d'infanterie qui appuyait sa droite à Tauga.
Les
généraux Gudin et Friant se mirent immédiatement en mesure de recevoir
l'attaque ennemie.
Lorsque
toutes les dispositions furent prises, la situation du IIIe Corps
devint la suivante (croquis 4) :
La
division Gudin à une brigade en première ligne en bataille avec un régiment
de part et d'autre d'Hassenhausen, le 25e, au nord, le 85e
au sud. Toute l'artillerie de la division est déployée sur le front du 25e,
quelques pièces seulement sont avec le 85e. Trois compagnies d'élite
du 25e tiennent toujours Hassenhausen et ripostent avec succès
aux attaques d'un bataillon de grenadiers prussiens (Krafft). Les 12e
et 21e sont en colonne par bataillon en arrière du 25e
et forment la 2e ligne. La division n'a encore engagé que ses
tirailleurs.
La
division Friant prolonge à droite le front de la division Gudin avec le IIIe
qui est déployé sur la même ligne que sur le 25e.
Le
1er bataillon du 108e occupe Spielberg, le 2e
est déployé à droite du IIIe.
Les
33e et 48e, formant réserve d'aile droite, arrivent
en colonne en arrière de Spielberg.
Les
pièces de 12 du corps d'armée sont réunies en une seule batterie au
nord-est d'Hassenhausen.
La
brigade de cavalerie Viallanes approche de Spielberg.
La
tête de la division Morand, qui avait atteint le pont de Kösen à 9
heures, commence à se former en colonnes au sortir du défilé.
La
division Schmettau avait quitté son bivouac à 6 heures du matin et s'était
mise en marche sur une seule colonne vers Kösen.
A
8 h 30 seulement, sa tête entrait dans Pappel (le duc de
Brunswick avait arrêté sa marche pendant une heure environ pour attendre
que le brouillard fut dissipé). La division avait reçu l'ordre de franchir
le Lissbach, et de se déployer en avant du village, la droite à la
chaussée qui mène à Hassenhausen.
Dès
que les premiers bataillons eurent dépassés Pappel à 8 h 45,
ils commencèrent de recevoir les projectiles des batteries françaises établies
au nord-ouest d'Hassenhausen et durent effectuer leur déploiement sous le
feu. Pour échapper à cet inconvénient les bataillons suivants précipitèrent
leur déploiement et rejoignirent la ligne de bataille, par des mouvements
successifs exécutés à travers les marécages de Lissbach et du Mertschengrund.
Sa division Schnettau mit donc beaucoup de temps à prendre sa formation
de combat.
Une
batterie se porta à l'aile droite de la division ; celle qui était désignée
pour appuyer la gauche avait d'abord suivi le mouvement de l'infanterie,
mais après avoir vainement tenté de traverser les ruisseaux bourbeux,
elle dut revenir à Pappel, pour passer le pont ; elle rejoignit la
gauche de la division que trois quarts d'heure plus tard.
La
division Schmettau, déployée, présentait un front de quatre bataillons
(le bataillon de grenadiers Krafft avait été envoyé sur Hassenhausen)
et se développait sur deux lignes entre Tangwitz et le petit vallon marécageux
dit Martschengrund, qui sépare en deux parties le terrain compris entre
Haussenhasen et Spielberg. En avant d'elle s'élevait un glacis libre et découvert
dont le 25e de ligne français occupait la crête. Trois
escadrons de cuirassiers formaient la réserve de la division.
Le
déploiement de la division Schmettan était à peine terminé que le duc
de Brunswick, arrivé au sud de Tangwitz, impressionné par la tournure
que prenaient les événements, décidait de suspendre la marche sur Laucher
et Freyburg et de faire participer toute son armée à l'attaque du
plateau d'Hassenhausen. Il prescrivait en conséquence :
-
à la division Wartensleben, de prendre comme
objectifs les hauteurs au sud d'Hassenhausen,
-
à la division Schmettan, d'attendre, pour
attaquer, l'arrivée de la division Wertensleben,
-
à la division Orange, de se former en réserve,
à sa disposition, derrière le centre
de la ligne formée par les deux précédentes, aux deux divisions de la réserve
qui n'avaient pas encore quitté les environs d'Auerstedt, de se rapprocher
du champ de bataille et de s'établir à Gernstedt en réserve générale
La
division Schmettan, qui n'avait pas encore eu connaissance de l'ordre précédent,
s'était portée en avant, tambours battants, dès qu'elle avait été
formée en bataille. Mais son mouvement venait à peine de
commencer que lui parvint l'ordre de s'arrêter et d'attendre la
division Wartensleben. A tête de la division Wartensleben arrivait aux
abords de Gernstedt quand elle reçut l'ordre de se porter au sud
d'Hassenhausen. La 1ère brigade (Wedel) fit tête de colonne
à droite et se déploya face à l'est, la droite au ruisseau de Gernstedt.
Il y avait de grandes distances entre les bataillons et les régiments,
aussi le déploiement fut-il assez long.
La
2e brigade (Renouard) abandonna la chaussée avant d'atteindre
Gernstedt, passa au sud du village et, comme des ordres successifs
l'incitaient à accélérer l'allure et à attaquer la brigade, bien que
n'apercevant aucun ennemi, se forma cependant par échelons de deux
bataillons, l'aile gauche en avant.
La
division Wartensleben franchit ensuite le Lissback, la brigade Wedel à
Tangwitz et, au sud, la brigade Renouard à Rehehausen sur deux passages
situés, l'un dans le village, l'autre à proximité. Une partie des canons
s'embourba dans le fond de la vallée ; quelques-uns uns réussirent
cependant à se tirer d'affaire et rallièrent leur corps pendant la
bataille. Après avoir traversé le vallon, la division se déploya de
nouveau, cette fois sur une seule ligne, et reprit sa marche vers l'est
couverte sur son front par un régiment de dragons (Irwing). Le bataillon de
grenadiers (Krafft), de la division Schmettau, qui a attaqué le 85e
sans succès, s'est reporté un peu en arrière et couvre la gauche de la
division.
Les
deux divisions prussiennes sont donc formées sur une ou deux lignes de
bataillons déployés sur trois rangs. Les bataillons sont très rapprochés
les uns des autres. Les pièces régimentaires sont dans les intervalles.
Quant aux tirailleurs, on les avait préalablement groupés, puis placés,
à l'avant-garde et finalement utilisés dans le vallon de Tangwitz. On peut
donc dire que les bataillons des divisions Schmettau et Wertensleben
n'avaient pas de tirailleurs.
L'artillerie
est aux ailes. Une partie de la cavalerie est employée à former la réserve.
La
division Orange, qui constitue la 1ère réserve, est encore à
l'ouest de Gernstedt, à plus de 3 kilomètres de la 1ère ligne.
Quant
aux deux divisions de réserve Arnim et Künheim, il n'est pas encore
question, pour le moment, de les faire intervenir ; elles vont se
former en bataille au nord Auerstedt, conformément aux ordres du duc de
Brunswick. Elles attendront dans cette situation que le succès soit définitivement
compromis et ne seront finalement employées que pour couvrir la retraite.
Lorsque
parvint l'ordre de reprendre le mouvement, la stagnation prolongée sous
le feu de l'artillerie et des tirailleurs français avait occasionné un
certain trouble dans les bataillons de la division Schmettau.
Pour
provoquer le mouvement, il fallut porter la seconde ligne dans les
intervalles de la 1ère. Grâce à ce renfort et à l'énergie
des officiers, la ligne prussienne gagna un peu de terrain.
Mais
l'élan des bataillons prussiens fut bien vite refroidi par l'apparition de
troupes françaises sur le flanc gauche de la division. En effet, les deux
bataillons du 105e, à Spielberg et au sud n'ayant plus personne
devant eux, depuis le départ de la cavalerie, venaient, par une
conversion à gauche, se placer sur le flanc de la ligne prussien et leurs
tirailleurs se glissant dans la vallée, poussaient jusqu'à Bendorf d'où
ils chassaient une compagnie prussienne qui s'y était installée. En
Outre la brigade Viallannes tentait, par la rive nord du ruisseau marécageux
de Zäckovar, de gagner les derrières des prussiens. Enfin derrière le
108e, la brigade Kister se portait sur la droite de Spielberg. Ce
mouvement la rapprocha des bois ; des vedettes ennemies, débris de
cavalerie de Blücher, se montrèrent à la lisière. Leur présence donna
de l'inquiétude au général Friant qui détache vers les bois les quatre
compagnies de voltigeurs de la brigade Kister.
Le
combat se traînait du côté prussien lorsque l'approche de la brigade de
renfort Henri de Prusse, de la division Orange, infusé une ardeur nouvelle
à la division Schmettau et la détermina à faire un bon en avant. Le 108e
se retira sur Spielberg. Les tirailleurs français rentrèrent dans les
intervalles et un violent feu de mousqueterie et de mitraille commença de
part et d'autre sur le front Hassenhausen-Spielberg.
« L'ensemble,
dit Scharnhorst, ressemblait à une manœuvre de Postdam, tant on
distinguait nettement les combattants des deux côtés. Dans les six grandes
batailles auxquelles j'ai assisté, je n'ai jamais vu un combat plus régulier,
un front présentant plus de cohésion et un feu plus général sur tout le
front. »
L'entrée
en ligne de la brigade Henri de Prusse dont tous les bataillons vinrent
s'intercaler dans les intervalles de la division Schmettau, obligeait
finalement la division Gudin à céder du terrain. Hassenhausen fut même en
partie évacué. Mais Scharnkorst, qui avait pris la place du général
Schmettau blessé, n'ayant pas une réserve, plus un cavalier, et voyant son
flanc et ses derrières menacés par les troupes du général Friant, ne
jugea pas opportun de continuer son offensive avec une ligne mince et la
division s'immobilisa. Il était environ 11 heures.
Après
avoir franchi le Lissbach entre Tangwitz et Rehehausen, la division
Wartensleben se porta en avant, en bataille sur une seule ligne, précédé
d'un régiment de dragons.
Les
français tenaient toujours Hassenhausen et ses avancées avec trois
compagnies. Le 85e était déployé sur la croupe au sud du
village.
Vers
10 heures, le régiment de dragons qui précédait la division
Wartensleben débouche tout à coup en arrière et sur le flanc gauche du 85e
et se lance à la charge, en même temps que le bataillon de grenadiers
prussiens (Krafft) reprenait une vigoureuse offensive. Les hommes du 85e,
chargés sur le front, leur flanc et leurs derrières, troublés aussi par
l'apparition d'une longue ligne d'infanterie qui arrivait sur eux
(division Wartensleben) se débandèrent et s'enfuirent vers Hassenhausen,
jetant fusils, sacs et chapeaux.
Les
grenadiers poursuivirent les français jusqu'auprès d'Hassenhausen, mais ne
pénétrèrent pas dans le village dont les lisières venaient d'être
abandonnées par les trois compagnies de légère. Les dragons sabrèrent
bon nombre d'hommes qui ne s'y étaient pas réfugiés et firent une grande
quantité de prisonniers. Mais la poursuit des isolés les avait mis eux-mêmes
en grand désordre, ils ne purent achever la défaite du régiment français,
dont quelques unités encore constituées réussirent à former un carré
auquel vinrent se joindre successivement les hommes débandés.
Quoiqu'il
en soit, en ne se jetant pas dans le village, les grenadiers prussiens
allaient donner le temps au maréchal Davaut de rétablir le combat et de
réoccuper Hassenhausen.
A
la faveur des charges de la cavalerie prussienne, la division Wartensleben
avait marché presque sans interruption et ce qui restait du 85e,
à l'est du village, allait être définitivement écrasé. On peut même se
demander ce qui serait advenu de la gauche française si les prussiens, au
lieu de s'avancer au pas ralenti de l'époque sur une longue ligne mince,
avaient adopté les procédés des français, en lignes de colonnes de
bataillons précédés de tirailleurs.
Cependant
le maréchal Davaut, sans perdre un moment, jeta les deux derniers régiments
de la division Gudin, 21e et 12e, au devant des
troupes de Wartensleben. Le 21e pénétrait dans le village et
occupait les lisières ouest et sud, pendant que le 12e s'établissait
à gauche et en arrière d'Hassenhaussen.
Les
chemins creux qui bordent Hassenhausen à l'ouest et au sud, les talus de la
chaussée, se remplirent donc tout à coup de fantassins français qui
ouvrirent un feu violent sur la division Wartensleben et lui infligèrent
des pertes d'autant plus sensibles qu'ils étaient eux-mêmes abrités
jusqu'au coup dans les chemins creux les talus, les maisons.
Néanmoins,
la division Wartensleben avait réussi à former une espèce d'arc de cercle
autour d'Hassenhausen et le combat de feux continuait, entremêlé de
tentatives d'attaques exécutées sans succès par quelques fractions isolées.
Sur
ces entrefaites, une fraction d'infanterie et une batterie vinrent prolonger
la droite de Wartensleben. Ce renfort mit le 12e régiment français
en fâcheuse posture.
Pour
se dégager, le régiment battit la charge et marcha à l'ennemi. Mais, bien
qu'activement appuyé par la batterie de 12 installée en arrière et au
nord-est d'Hassenhausen, il fut obligé de s'arrêter. Il se jeta dans un
petit ravin au nord de 266, s'y abrita et tint ferme en attendant d'être
soutenu.
Cependant,
les prussiens, à qui les derniers renforts parvenus sur leur droite
avaient rendu confiance, se rapprochaient de plus en plus d'Hassenhausen,
faisant évacuer les chemins creux aux tirailleurs français, de sorte qu'au
sud, le village était presque investi[6].
Un moment on put croire qu'il était enlevé ; le 21e ne se
maintenait plus que dans les dernières maisons. La situation devenait
critique pour les français.
A
ce moment la division Morand atteignit 269. Le maréchal lui avait envoyé
l'ordre de s'appuyer de suite à la gauche de la division Gudin. "Le 13e
léger avec deux pièces de 4 tenait la tête. Le général d'Honnières qui
conduisait ce régiment eut ordre de se diriger sur le clocher
d'Hassenhausen que la 3e division venait d'abandonner en repliant
à gauche." On lui indiquait une formation "un bataillon en
colonne serrée, l'autre déployé."
Le
13e léger pénétra dans le village et le fit évacuer, mais,
emporté par son ardeur, il voulut en sortir. Pris à partie par les
batteries prussiennes en débouchant d'Hassenhausen, il dut battre en
retraite et vint prendre position à gauche et en arrière du 21e
qui occupait toujours les dernières maisons.
[1] Récit fait d'après la relation officielle et l'ouvrage du Capitaine Bressonnet. Études tactiques sur 1806
[2] Le corps de Tarrentzien, qui avait été détaché sur la rive droite de la Saale, pour assurer la sûreté de toutes des forces prussiennes stationnées sur la rive gauche, avait été attiré à Iena par Hohenlohe et chargé de constituer les avant-postes de Dornbourg à Burgan. Cette fausse manoeuvre aura pour effet de laisser le commandement prussien dans l'ignorance des mouvements de l'armée française sur la rive droite de la Saale.
[3] A Magdebourg.
[4] Son bataillon de droite reformera le carré au moment de la charge de Blücher.
[5] Ses quatre régiments se portent sur la même ligne à six pas d'intervalle et chacun d'eux se forme en colonne par division à distance de peloton.
[6] C'est vers ce moment, 10 h 30, que tomba le duc de Brunswick atteint d'une balle en pleine figure.
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin