| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Conférences sur l'infanterieEcole Supérieure de Guerre (1911)
Le
combat
Prussiens
Ordre
de bataille prussien – L'unité de bataille
chez les siens est la Division. Lorsque celle-ci prend l'ordre de bataille
l'infanterie se forme sur deux lignes déployées. Les flancs des lignes
sont protégés par de la cavalerie, condition indispensable pour assurer
la sécurité des lignes contre la cavalerie adverse. La division a, en
outre, une réserve particulière composée de quelques escadrons. Quand
il n'y a pas d'infanterie légère pour couvrir le déploiement de
l'artillerie, comme c'était le cas le 14 octobre, celle-ci est placée très
près de la 1ère ligne, les canons de bataillon dans les
intervalles des bataillons, l'artillerie divisionnaire aux ailes de la
division. A
Auerstedt, l'armée prussienne avait, au début de l'action une forte réserve
générale de trois divisions, répartie en deux échelons. Le 1er
échelon était formé par la division Orange, le 2e comprenait
les divisions Arnim et Künheim. Ces réserves furent peu ou mal employées
et ne réussirent pas à conjurer le désastre de l'armée prussienne. Les
tirailleurs – Une instruction parue en 1777
prescrivait d'exercer 10 hommes par compagnie au service des tirailleurs.
Ces prescriptions n'avaient pas pour but de modifier la manière de
combattre existante. Les tirailleurs étaient destinés à donner plus
d'autonomie aux régiments et bataillons isolés et à les doter de
quelques organes capables d'assurer la sûreté en marche, en station,
et de remplir tous les autres devoirs du service en campagne réservés
jusqu'alors aux troupes légères. En
1789, le rôle des tirailleurs fut envisagé d'une manière plus large, et
on prescrivit de les faire combattre en liaison avec leur bataillon. Cette
conception nouvelle n'est pas encore entière dans la pratique en 1806 ;
elle est contraire aux mœurs de l'armée, et les chefs à tous les degrés,
opposent à l'introduction de cette nouveauté une résistance inébranlable.
Les tirailleurs continueront donc à être utilisés comme de
l'infanterie légère. A
Auerstedt, l'armée du duc de Brunswick n'avait que 4 bataillons de légère
(3 de fusiliers, 1 bataillon de chasseurs de Weimar) ; les
bataillons étant en queue des divisions, on ne put les faire coopérer au
service d'avant-garde. Ce n'était pas d'ailleurs dans leurs attributions ;
ils étaient plus spécialement chargés de la poursuite. Pour assurer la
sûreté de sa division, le général Schmettau réunit les tirailleurs
des bataillons en groupes de circonstance, et les détacha à
l'avant-garde et sur les flancs. Il en résulta que les bataillons du
corps de bataille furent complètement privés de leurs tirailleurs ;
des dispositions analogues étaient prises à Iéna. Mécanisme
du combat prussien – La division prussienne
se forme, pour la marche, en une seule colonne et passe directement de
cette colonne unique à la formation en bataille sur deux lignes. Le
déploiement a lieu, en principe, hors de la portée du canon de
l'ennemi. La marche d'approche s'exécute, soit en ligne, soit par échelons
d'un ou de plusieurs bataillons en ligne. Les bataillons déployés
s'avancent lentement, s'efforçant de garder l'alignement, les distances
et les intervalles de manière à ne se jeter ni à droite ni à gauche. Quand
il est nécessaire d'ouvrir le feu, la ligne se reforme par une conversion
des échelons, s'il y a lieu, et on passe ensuite à la marche d'attaque.
Toute la ligne étant en marche au pas ordinaire, les bataillons impairs
prennent le pas accéléré pendant une trentaine de pas, exécutent un
feu à commandement et repassent au pas ordinaire en rechargeant leurs
armes. A ce moment les bataillons pairs prennent à leur tour le pas accéléré,
dépassent les bataillons impairs, tirent, et ainsi de suite. Dès que les
premiers bataillons arrivent à une centaine de pas de l'ennemi, la ligne
se reconstitue et marche en redoublant de vitesse : c'est la charge.
Dès que l'ennemi est rompu, les bataillons se reforment promptement et
reprennent le pas ordinaire en observant qu'il soit lent et raccourci afin
de rétablir l'ordre plus facilement. L'infanterie légère et la
cavalerie poursuivent. Les
bataillons de deuxième ligne sont employés, soit à combler les vides
qui peuvent se produire dans la première ligne, soit à contre-attaquer
les fractions ennemies qui auraient percé cette ligne en quelque point ;
en cas d'échec, ils peuvent aussi se substituer entièrement à la 1e
ligne pour rétablir le combat ou arrêter la poursuite de l'ennemi, et
faciliter ainsi la reconstitution de la 1e ligne, en arrière
et sous la protection de la 2e. Telle est la théorie ; la
pratique diffère sensiblement. Le
feu en avançant à commandement et le passage des lignes ne s'exécutent
pas, à beaucoup près, avec autant de méthode que sur le terrain de manœuvre,
pour la raison que le feu de l'ennemi entre en ligne de compte. Le
mouvement alternatif et régulier des bataillons de la 1ère
ligne avance, sur d'autres elle fléchit et il faut faire appel à la 2e
ligne ; il y a très vite confusion des deux lignes et la lutte se
poursuit le plus souvent en désordre, circonstance très désavantageuse
pour des troupes qui n'ont jamais appris à travailler dans le désordre. L'artillerie
régimentaire se conforme au mouvement des bataillons de 1ère
ligne. Les déplacements se dont à bras. Les batteries divisionnaires,
qui sont généralement aux ailes de la division, et qui opèrent dans
des créneaux plus larges, ne sont pas astreintes à des déplacements
aussi fréquents ; elles manœuvrent à la prolonge. Français
Ordre
de bataille français – L'unité de bataille, chez les français, est également
de division. Mais la division française ne possède en cavalerie que
l'effectif strictement nécessaire pour assurer sa sûreté immédiate
et la liaison entre les différentes unités. Le corps d'armée forme l'échelon
supérieur et comprend de 2 à 11 divisions ; la division française
ne jouit donc pas d'une autonomie aussi complète que la division
prussienne. L'unité organique en France est devenue le corps d'armée. L'ordre
de bataille de la division est sur deux lignes, plus une ligne formée par
l'infanterie légère ou les tirailleurs. Les corps d'armée
peuvent avoir une réserve particulière. Il y a, en outre, pour l'armée,
une réserve générale composée d'infanterie et de cavalerie. A Iéna,
trois corps sont engagés (5e, 4e, 7e) ;
le 6e corps, la garde et la cavalerie forment la réserve générale
d'armée. Dans
l'armée française, on n'éprouve pas le même besoin que dans l'armée
prussienne de mettre toute la cavalerie aux ailes, parce que
l'infanterie jouit de la propriété de se suffire à elle-même en
formant les carrés. Dans
l'ordre dicté par l'Empereur, le matin du 14 octobre sur le
Landgrafenberg, il est dit : « L'ordre
de bataille, en général, sera pour MM. les maréchaux, de se former
sur deux lignes, sans compter celle d'infanterie légère. La grosse
cavalerie sera en réserve derrière la garde pour se porter où les
circonstances l'exigeront. » L'ordre
de bataille, pour les troupes qui doivent s'engager immédiatement, est
donc aussi sur deux lignes, mais les lignes ne sont pas nécessairement
formées en bataille comme
dans l'ordre prussien. La première ligne se déploie, en général, quand
elle arrive à proximité de l'ennemi ; pour la deuxième ligne, sa
formation dépend de l'action que peut avoir sur elle l'artillerie
ennemie. Les
réserves sont toujours en colonne et massées. L'artillerie
est en avant de la première ligne, protégée par les tirailleurs ;
elle rentre dans le rang en même temps que ces derniers. En
résumé : l'ordre de bataille français a une articulation très
souple qui permet, dans l'offensive, de nuancer les efforts sur le front
au gré du commandement, de parer à l'imprévu en faisant intervenir très
rapidement des troupes sur les points menacés, et de n'y employer que la
quantité exigée par les circonstances ; dans la défensive,
d'utiliser les couverts et les points d'appui. Il se prête à la
recherche de la décision sur un point choisi et à l 'exploitation immédiate
du succès. L'ordre
de bataille prussien répond uniquement à l'idée du coup droit ; il
ne se prête, ni à l'économie des forces sur le front, ni à une
modification dans leur répartition initiale, ni à l'exploitation facile
du succès. Principes
du combat – Fixer l'adversaire sur tout son front à l'aide d'une ligne
de feu formée, d'abord, par les tirailleurs et l'artillerie, puis par la
1ère ligne plus ou moins renforcée. Lorsque les lignes
rigides de l'ennemi, décimées, commencent à fléchir, la réserve
intervient et précipite la retraite. L'art consiste à appliquer la réserve
dans la zone où son action doit procurer des résultats décisifs. Mécanisme
du combat français
Rôle
des tirailleurs
Les
affaires débutent toujours par des feux d'artillerie combinés avec ceux
des tirailleurs, ces derniers constitués, soit par l'infanterie légère,
doit pas les compagnies de voltigeurs des bataillons de 1ère
ligne, soit par des compagnies quelconques tirées de ces bataillons,
lorsque les voltigeurs ont été employés à fournir des groupements spéciaux. Les
compagnies qui pourvoient au service des tirailleurs sont divisées en
trois fractions ; celle du milieu reste sous les ordres directs du
capitaine comme réserve ; les deux autres, commandées, la 1e
par le lieutenant, la 2e par le sous-lieutenant, forment la chaîne
et ses soutiens. Les premiers et deuxièmes rangs de ces deux fractions se
déploient en tirailleurs, les files à un intervalle d'une quinzaine de
pas. Les troisièmes rangs constituent les soutiens. Une compagnie,
ainsi déployée, couvre une étendue de 300 pas, supérieure à
celle du bataillon en bataille. La distance de la réserve des
tirailleurs à la ligne de bataille est d'une centaine de pas. La
distance des soutiens à la réserve varie suivant les circonstances. Telles
sont les dispositions prises au début de l'action ; elles se
modifient parla suite lorsque le combat des tirailleurs se prolonge, et
s'il y a lieu de les renforcer ou de les relever. Les
tirailleurs servent souvent à refouler les premiers postes de l'ennemi,
à agir contre son artillerie et à porter le désordre dans sa ligne ;
ils y parviennent facilement si l'ennemi les laisse trop approcher. L'expérience
prouve que le feu d'une ligne sur des tirailleurs éparpillés est sans
efficacité, tandis que le feu des tirailleurs sur une masse ou une
ligne pleine produit des effets très meurtriers. Si
l'ennemi n'emploie pas de tirailleurs, comme ce fut souvent le cas chez
les prussiens, il se trouve en état d'infériorité manifeste. Mais si
les deux partis en font usage, et les emploient à protéger leur propre
ligne et à incommoder celle de l'ennemi, il arrive que les tirailleurs se
neutralisent mutuellement et ne décident rien ; c'est de
l'intervention des troupes "en ordonnance" que dépend le sort
du combat ; dès que celles-ci se joignent, les tirailleurs se
retirent dans les intervalles des colonnes ou en arrière des lignes,
suivant le cas. Aussitôt que l'ennemi cède du terrain, les tirailleurs
se reportent vivement en avant et reprennent la direction du combat. C'est
de qu'on appelle "mener l'ennemi battant". La
conduite des tirailleurs est donc liée étroitement à celle des
bataillons de 1ère ligne, dont ils cherchent à faciliter
l'action par tous les moyens en leur pouvoir. Rôle
de la 1e ligne
Caractère
du combat sur le front - Il
est rare que le feu de l'artillerie et des tirailleurs ait une efficacité
suffisante pour assurer à la 1e ligne la possibilité de passer
immédiatement à la charge, bien que le cas se soit rencontré plusieurs
fois. En général, la 1e ligne se déploie pour faire usage de
son feu et les tirailleurs e retirent dans les intervalles ou en arrière
de leur bataillon. C'est ainsi que procèdent les divisions Gudin et
Schmettau au nord d'Hassenhausen ; il est vrai que la division Gudin
adapte de parti pris la forme défensive qui impose l'emploi de la ligne déployée.
Néanmoins, si on considère l'attitude de la 1e ligne dans
chacun des partis, dès le moment où des résistances réciproques les
immobilisent, on trouvera qu'il existe peu de dissemblance dans leur manière
de combattre. La seule distinction à faire, c'est que les français
maintenus volontairement sur la défensive, renforcent leurs fronts avec
économie, tandis que les prussiens sont amenés en très peu de temps à
dépenser leur 2e ligne. A partir du moment où les tirailleurs
français ont dégagé le front de la première ligne, la marche du combat
est identique dans les deux partis et la lutte se caractérise par une
fusillade intense entre les lignes opposées ; c'est ce qui a fait
dire à Scharnhorst "qu'il n'avait jamais vu un feu plus régulier
sur tout le front." Il
est à remarquer que les longues lignes pleines sont peu aptes au
mouvement : néanmoins l'arrivée d'un renfort dans un intervalle
peut entraîner les fractions voisines et déterminer un bond de la partie
renforcée qui se traduira par un recul de la partie adverse
correspondante. Le terrain conquis, dans de cas, n'est pas nécessairement
la conséquence d'une supériorité momentanée du feu, car le nuage de
fumée qui enveloppe les lignes adverses laisse les combattants dans
l'ignorance des effets produits par leur propre feu ; ils puisent
dans la force qui les porte en avant, moins dans la perception d'une défaillance
chez un adversaire à peine entrevu, que dans le surcroît de vigueur
apporté par le renfort. La
faculté d'avancer repose, en définitive sur la comparaison antre la
force que l'on attribue à l'ennemi qui se constate, d'ailleurs, très
difficilement, et la confiance que l'on a dans ses propres moyens. Une
troupe brave ou bien commandée a plus de confiance en soi ; une
mauvaise troupe exagère la force de l'ennemi. L'arrivée
successive des renforts dans les deux partis provoque des fluctuations
incessantes qui sont la caractéristique des combats de feu. Rarement
ces sortes de combats entraînent des décisions immédiates. La station
prolongée sous le feu déprime les combattants, la pensée et la volonté
du chef se communiquent lentement et les habitudes invétérées
d'alignement opposent à l'élan des troupes un frein qui ralentit considérablement
leur ardeur. On
tomberait, toutefois, dans une exagération manifeste, si on prétendait
que la décision ne peut être obtenue par une ligne agissant par les deux
moyens dont elle dispose; le feu et le mouvement. L'infanterie de Frédéric
n'employait pas d'autre procédé. Dans
les terrains coupés ,aussi bien que dans l'occupation des points d'appui
et des localités, les français n'hésitaient pas à transformer la 1e
ligne en tirailleurs en grandes bandes. Les lisières des villages
d'Hassenhausen et de Spielberg furent occupées uniquement par des
tirailleurs. De même, à la gauche de la division Morand, les unités
qui remontaient les pentes de la vallée de la Saale, et qui avaient des
bois à traverser, se déployèrent en tirailleurs. Les
prussiens n'appréciaient pas ce genre de combat ; ils fuyaient les
terrains couverts et les localités. Rôle
de la 2e ligne
Le
rôle de la 2e ligne est de donner à la 1ère de la
confiance et de l'audace. La 2e ligne sert, en autre, à
renforcer la 1ère, quelquefois à la remplacer. Une
troupe qui ne se sent pas soutenue marche au combat avec appréhension. Le
plus léger incident sur ses flancs ou ses derrières est susceptible
d'engendrer des paniques. La peur de manquer de soutien est souvent plus
impressionnante que le danger lui-même. Il est donc admis qu'une 2e
ligne doit se tenir à protée de soutenir la première, de la secourir
et de la remplacer dans le combat. Distance
de la 2e ligne à la 1e
– La deuxième ligne ne doit être ni trop éloignée, ni trop rapprochée
de la 1ère ; trop éloignée, elle ne serait pas en état
de lui porter un secours efficace ; trop rapprochée, elle risquerait
d'être en traînée dans la déroute de la 1ère, et les
projectiles ennemis lui feraient courir des dangers qu'il est important de
lui épargner pour la conserver intacte jusqu'au moment de son emploi. Il
ne peut être question, cependant, de soustraire cette ligne aux boulets
ennemis, ce qui obligerait à la placer à un millier de mètres de la 1e ;
on se contente de la tenir à l'abri des coups de fusil et de la
mitraille, et, pour cela, une distance de 300 à 400 mètres suffit. Formation
des troupes en 2e ligne – La 2e ligne se forme en
principe, en colonne, mais elle peut être amenée à se déployer comme
la 1ère. En effet, la portée des pièces de campagne est de
500 toises (à peu près 1000 mètres). Comme le boulet roule encore
environ 200 mètres après avoir touché le sol, suivant le terrain, la
deuxième ligne ne peut être atteinte, même si le tir a été réglé
sur la première. Si la 2e ligne est en bataille, le même
boulet ne pourra guère blesser ou tuer que deux ou trois hommes à la
fois, au lieu que si elle est en colonne, il y fera des trouées
profondes. On a vu un même boulet tuer ou blesser jusqu'à 13 hommes. Pour
éviter ces inconvénients, la 2e ligne est formée en colonne
sur les points où l'action de l'artillerie est peu à craindre et en
bataille là où elle est exposée aux boulets, à moins que les troupes
ne trouvent un abri naturel dans le terrain, ou que d'autres raisons,
telles que la présence de la cavalerie, n'imposent le maintien de la
colonne. D'ailleurs,
le passage de la colonne de bataillon à la ligne déployée et réciproquement,
est d'une pratique tellement courante dans l'armée française, que le
placement des lignes dans telle ou telle formation, n'a pas une bien
grande importance. Néanmoins, le maintien de la 2e ligne en
colonne à l'avantage de rendre les éléments qui la composent plus aptes
à une manœuvre immédiate. L'emploi
de la deuxième ligne est essentiellement variable. Ses deux modes
d'action sont le renforcement et le remplacement. Renforcement
– En raison de l'épaisseur des lignes, le renforcement ne peut guère
avoir lieu par superposition, il s'effectue, en général, par
juxtaposition, soit dans les intervalles, soit aux ailes, par
prolongement. L'unité de combat étant le bataillon, c'est la plus petite
unité employée à cette manœuvre. Remplacement
– Le règlement de 1791 ne prévoit pas le renfoncement des unités
engagées ; il n'y est question que de leur remplacement par un
mouvement simultané de tous les bataillons de la 2e ligne. Il
indique pour cela une manœuvre spéciale : c'est le passage des
lignes en avant et en arrière : lorsque la 1ère ligne
est épuisée, la 2e se porte en avant, pour la remplacer ;
à cet effet, les bataillons de la 2e ligne se forment en
colonne ou rabattent leurs ailes, traversent la 1ère ligne, se
déploient et prennent le combat à leur compte, pendant que l'ancienne 1ère
ligne, devenue 2e, se retire à sa distance. C'est ce que
l'on appelle le passage des lignes en avant. On
admettra difficilement que cette manœuvre puisse être exécuter sous le
feu. Ce serait vouer les deux lignes à la destruction, ou du moins les
mettre dans un tel état de confusion, que le combat ne pourrait plus être
continué. Le
passage des lignes en arrière sous la forme méthodique indiquée par le
règlement de 1791 n'est pas davantage à recommander. Si une ligne
effectue sa retraite avec la lenteur prescrite par le règlement, elle réussira,
dans une certaine mesure, à contenir l'ardeur de l'assaillant, mais elle
tardera pas à se confronter avec la ligne chargée de la relever.
Celle-ci, devant maintenir des vides pour donner passage aux troupes de la
première ligne, ne se trouve pas prête immédiatement pour le combat ;
dès qu'elle a été dépassée, il lui faut le temps de se déployer et,
dans la circonstance, cette manœuvre s'exécute sous le feu et présente
les dangers signalés précédemment. Les mouvements rétrogrades méthodiques
sont condamnés par le maréchal Bugeaud. « Que de corps,
dit-il, ont été anéantis pour avoir fait une retraite lente et compassée,
qu'on appelle faussement méthodique ». Le premier devoir est,
selon lui, d'échapper à l'étreinte de l'ennemi et de s'éloigner
rapidement en vue de se reformer sur une position favorable. A l'appui de
ce principe, il existe un exemple tiré de la guerre du Portugal :
"dans la retraite du Portugal par le maréchal Masséna, le maréchal
Ney fut chargé, à l'arrière-garde, d'arrêter les anglais pour donner
le temps aux bagages de franchir un défilé ; il remplit ce rôle
avec son énergie accoutumée ; mais l'armée anglaise, se renforçant
toujours, la position n'était plus tenable : pour la quitter, il
fallait se jeter dans un vallon étroit et remonter un coteau peu éloigné ;
pendant de temps on serait resté sous les coups de l'ennemi qui ne
pouvait manquer d'occuper la position abandonnée. Le maréchal jugea
qu'une retraite lente lui ferait éprouver de grandes pertes ; il
ordonna aux drapeaux et guides généraux, conduits par les officiers d'état-major,
d'aller rapidement tracer une nouvelle ligne sur le plateau opposé, et,
un instant après, il renvoya les bataillons à la course s'encadrer
dans cette ligne qui se forma comme par enchantement ; sans cette admirable
précaution, on aurait perdu beaucoup de monde. Cette manœuvre ne peut être
employée quand on redoute la cavalerie ; dans ce cas, il faut accélérer
le pas, tout en conservant un ordre respectable." Rôle
de la réserve
La
réserve est employée, soit à remplacer la 2e ligne, soit à
renforcer directement la 1ère ligne, soit à mener une action
indépendante sur le front ou à une aile. Elle utilise, pour
l'accomplissement de ces différentes missions, les procédés indiqués
précédemment. Son
emplacement doit satisfaire aux conditions énumérées ci-après et qui
sont, en général, observées : 1.
Être dans unes situation telle, qu'elle puisse se porter, sans
perte de temps et avec facilité, dans toutes les directions où son
action peut être utile ; 2.
Être à l'abri des coups les plus lointains ; 3.
Être défilée aux vues. L'attaque
et la charge – Les procédés employés pour
l'attaque dans les armées de la République et de l'Empire ont été très
variables. Au début de la campagne d'Italie, en 1796, le combat par le
feu était mené exclusivement par les tirailleurs ; les colonnes
ne se donnaient pas la peine de se déployer et passaient immédiatement
à la charge[1]. Le
procédé faisait gagner du temps, mais il n'était justifié que par les
mauvaises dispositions de l'ennemi ou la qualité inférieure de ses
troupes. Lorsqu'on se trouvera en présence d'un adversaire que
n'intimideront pas de simples tirailleurs, ou qui emploiera lui-même
des tirailleurs, l'intervention des lignes s'imposera. Déjà, au cours
de la même campagne de 1796, certaines charges exécutées en colonne
donnèrent lieu à quelques déboires. Des bataillons, soumis au feu
violent d'une ligne ennemie, furent amenés à se déployer pour riposter,
et mis en déroute. On adopta alors, pour les attaques, une combinaison
mixte qui consistait à entremêler des bataillons en colonne à des
bataillons déployés placés sur la même ligne. Le but de cette
disposition était d'obtenir une plus grande puissance de feu et
d'avoir, en même temps, des bataillons prêts à passer immédiatement à
la charge. Mais ces bataillons en colonne subissaient des feux auxquels
ils ne pouvaient riposter que par leur division de tête, et, à mesure
que le combat se prolongeait, leur valeur morale s'affaiblissait. Pour les
soustraire à cette cause de dépression, on éloigna les colonnes de la 1ère
ligne et on les réunit à la 2e ligne, ou, plus exactement, la
ligne toute entière fut déployée au moment d'entamer la combat. C'est
cette dernière méthode qui, à peu d'exception près, fut pratiquée
sur le champ de bataille d'Auerstedt. D'une
manière générale, le combat par le feu prend une importance d'autant
plus grande que l'adversaire est plus solide. Il arrive, ainsi , que la 1ère
ligne s'épuise et s'immobilise dans une fusillade prolongée, qu'elle n'a
plus l'énergie suffisante pour tenter un suprême effort, et il faut
faire appel aux troupes en arrière, pour les renforcer ou pour charger.
Les troupes destinées à la charge, composées d'un certain nombre de
bataillons en colonne, disposés à la même hauteur, viennent s'appliquer
sur la ligne[2]
ou dans les intervalles et l'entraînent à l'ennemi. Ces
colonnes de bataillon forment des noyaux de commandement dans lesquels
les officiers peuvent plus facilement donner l'impulsion au moment voulu
et maintenir la direction. Entre une charge en ligne de colonne de
bataillons encadrées par de nombreux tirailleurs et une charge appuyée
par des colonnes, il n'y a donc pas de différence fondamentale. Vus
de l'ennemi, ces deux modes d'action ont sensiblement l'aspect d'une ligne
continue renforcée en différents points de groupements plus compacts. On
pourrait comparer cette ligne à une corde à nœuds ; les bataillons
déployés ou les tirailleurs représentent la corde plus ou moins épaisse,
suivant les cas, les colonnes figurent les nœuds. A
Auerstedt, la division Gudin et la 1e brigade de la division
Friant ont combattu en ligne déployée, formation qui leur était imposée
par la forme défensive adoptée. Lorsque ces troupes passèrent à
l'offensive, par suite de la retraite de la division Schmettau, les
bataillons se reformèrent vraisemblablement en colonne et, se faisant précéder
de leurs tirailleurs, entamèrent la poursuit. La 2e brigade de
la division Friant, qui opérait à l'aile droite autour de Spielberg, ne
cessa, au cours du combat, de harceler la gauche de la division
Schmettau avec ses tirailleurs. Les rapports officiels nous donnent une
indication précise sur le procédé employé par le 48e pour
attaquer Echartsberg à la fin de la bataille, "le 1er
bataillon tout entier en tirailleurs, soutenu par le 2e
bataillon en colonne serrée". La relation officielle dit encore, au
sujet de l'attaque d'Hassenhausen par le 13e léger, que
"l'un des bataillons marcha en colonne et l'autre déployé". Le
rapport n'indique pas la place relative des deux bataillons ; il
est logique d'admettre que le bataillon en colonne avait pris le village
pour objectif afin d'y pénétrer plus aisément, et que le bataillon déployé
marchait à sa gauche. L'attaque
de la division Morand, dirigée contre la division Wartensleben renforcée
de la brigade Lützow, se produisit vers midi. Elle eut lieu dans l'ordre
suivant : 61e à droite, 51e, 30e ;
le bataillon du 17e formait réserve en arrière de l'aile
gauche. L'attaque du 61e semble avoir été menée en ligne,
celle du 51e vraisemblablement en colonne, puisque ce régiment
a pu résister en même temps à une charge de cavalerie. Pour le
bataillon du 30e qui vint au secours du 51e,
l'attaque en colonne et à une aile s'imposait, en raison du changement de
direction que ce bataillon eut à effectuer et de la vitesse avec laquelle
l'attaque fut conduite. Dès que l'ennemi fut repoussé, les bataillons
qui s'étaient déployés reformèrent sans doute les colonnes, et la
poursuite commença. Le passage de la ligne à la colonne de bataillon,
et inversement est une manœuvre si simple pour l'infanterie de l'époque
et d'un usage si fréquent, que les exécutants oublient souvent
d'indiquer laquelle de ces formations a été employée pour l'attaque. La
baïonnette
La
bataille d'Auerstedt nous fournit quelques exemples de charges
d'infanterie : ce sont, d'abord, les régiments de la division
Morand, puis, à la fin de la bataille, le 48e, de la division
Friant, qui a changé les troupes tenant encore dans Echartsberg ;
mais en aucun cas, les charges ne se sont terminées par un combat à
l'arme blanche. La menace de l'abordage a suffi pour déterminer la
retraite de la ligne ennemie ; et cependant, à envisager la baïonnette
comme instrument de destruction, il est très inférieur au fusil. La baïonnette
est, par elle-même, embarrassante et incommode dans le rang. Le règlement
n'apprend pas à s'en servir ; il ne contient, en effet, que le
mouvement de « Croisez la baïonnette », en appuyant
la crosse du fusil à la hanche. D'où
vient donc la réputation que la baïonnette s'est acquise dans les armées
de la République et du 1er Empire ? Le bénéfice des
vertus qu'on attribue à l'arme doit revenir à celui qui se détermine à
en faite usage. La résolution de se servir d'un moyen extraordinaire, et
qui dénote un tel mépris des armes à feu, voilà ce qui rend formidable
celui qui se sert de la baïonnette. Il se montre à l'adversaire décidé
à tout oser et à tout entreprendre. Le défenseur n'attend pas
ordinairement l'arrivée de l'agresseur ; il est confondu par la démonstration[3]. Les
rapports officiels parlent sans cesse de l'emploi de la baïonnette et lui
consacrent des expressions dithyrambiques. Il faut savoir faire la part de
l'exagération et ramener les expressions à leur juste valeur. Quand il
est dit qu'on l'a poursuivi "la baïonnette dans les reins", on
doit entendre que l'attaque ou la poursuite ont été faites sans tirer un
coup de fusil. Il n'y a pas, en général, de contact réel et le combat
corps à corps est extrêmement rare. C'est
donc la résolution d'employer un moyen extra ordinaire qui a procuré
à la baïonnette sa réputation et qui lui a donné son importance chez
les français. Une armée, comme celle de 1806, qui professe le culte de
la baïonnette est, assurément, une armée vaillante capable de faire de
grandes choses. Le degré de confiance qu'elle attache à cette armée est
la manifestation la plus certaine de sa valeur morale. Rôle
de l'artillerie
L'artillerie
emploie : le tir de plein fouet, le tir à ricochet, le tir à
mitraille et le tir à obus. Le
tir de plein fouet est utilisé contre des obstacles ou des objectifs à
grande distance. Le
tir à ricochet, exécuté sous un angle inférieur à 7°, est d'un grand
effet contre les troupes en colonne ; sa portée ne dépasse pas
1200 mètres. Le
tir des cartouches à balles (tir à mitraille) est employé aux petites
distances et contre des fronts étendus, lignes d'infanterie ou de
cavalerie. Ce
tir n'est efficace que si les distances ne dépassent pas 400 mètres pour
le calibre 12, 300 mètres pour le calibre 8, 240 mètres pour celui de 4. On
se sert des obus pour incendier les localités. Un obus qui éclate dans
une formation compacte y produit un effet matériel et moral considérable,
en particulier dans un groupe de cavaliers, à cause de l'effroi causé
aux chevaux. Les
pièces ont une position de route et une position de tir. Lorsque la pièce
est à la position de tir, il faut, pour la réunir à l'avant-train, la
remettre à la position de route. Cette manœuvre exige du temps, aussi évite-t-on,
le plus possible, d'y recourir sur le champ de bataille ; les déplacements
se font le plus souvent à bras ou à la prolonge. L'artillerie
est considérée comme une arme secondaire agissant en toutes
circonstances au bénéfice de l'infanterie dont elle
cherche à faciliter l'action. Nous voyons, d'abord, l'artillerie
des divisions s'étaler sur le front en petites batteries de 2 à 3 pièces
que couvrent les tirailleurs. Cette
action combinée de l'artillerie et des tirailleurs forme un rideau
protecteur à l'abri duquel se développe la ligne de bataille. Dès
que les lignes d'infanterie arrivent au contact, la tâche de l'artillerie
devient très difficile ; tantôt marquée par l'infanterie amie,
tantôt exposée aux coups rapprochés de l'infanterie ennemie, obligée
de se déplacer, soit en avant, soit en arrière, elle subit toutes les
fluctuations du combat et ne peut plus tirer que par intermittences ;
elle doit faire preuve d'une grande mobilité et d'une activité
incessante. L'effet
individuel du canon est très localisé. Seules, de grandes batteries sont
capables de rompre les résistances sur des fronts étendus, et d'ouvrir
la voie aux grandes attaques. Cette conception de l'emploi des masses
d'artillerie pour la préparation de l'attaque ne deviendra d'une pratique
courante que quelques années plus tard. Dans
la bataille d'Auerstedt, toute la réserve d'artillerie, composée de pièces
de 12, vient s'établir, par ordre du maréchal, à l'est d'Hassenhausen,
où elle ne servit qu'à la défense du village et de ses environs immédiats.
Nous n'avons pas constaté son intervention pour préparer les attaques
de la division Morand à l'aile gauche. S'il y a une raison à cette
abstention, elle nous échappe. Le rapport du chef d'état-major de
l'artillerie (colonel Charbonnel) est muet à cet égard. Infanterie
contre cavalerie – Nous avons vu la division
Gudin, au nord d'Hassenhausen, résister avec succès aux charges de
cavalerie des escadrons de Blücher à l'aide de carrés formés de 2 et
de 1 bataillons. Lorsque
la division Morand déboucha à son tour sur le plateau en ligne de
colonnes de bataillon, elle reçut sur son front et sur ses flancs une
avalanche de cavalerie, en tout 30 escadrons, qui, successivement, vinrent
se briser contre ses carrés de bataillons. La
formation en carré réalise, à l'époque, le meilleur procédé de défense
contre la cavalerie : 1.
elle facilite l'action du commandement, en ce que le chef tient
bien son monde dans la main, qu'il l'encourage de l'exemple et de la voix ;
2.
elle forme un obstacle devant lequel s'écartent instinctivement
les chevaux ; 3.
elle permet de fournir des feux dans toutes les directions et d'atteindre
les fractions qui se sont écoulées à droite et à gauche. Il est
important que les rangs ne se démunissent pas simultanément de leurs
feux, c'est pourquoi, dans les carrés, on a souvent cherché à exécuter
les feux par rang. La
formation des carrés dans une ligne de colonnes exige quelques précautions.
Leur disposition doit être telle qu'ils ne puissent s'atteindre réciproquement
par leurs feux. On obtient ce résultat, ou bien en plaçant les carrés
en échelons, lorsque les bataillons sont à une aile, ou bien
obliquement les uns par rapport aux autres, ou encore en échiquier. Il
existe des carrés pleins et des carrés creux. Les premiers sont formés
en partant de la colonne serrée, les seconds, en partant de la colonne
à demi distance. Chacun d'eux a ses partisans et ses détracteurs. On
reproche au carré plein de n'avoir aucun espace pour abriter ses gradés
et ses tirailleurs, au carré creux d'offrir sur ses faces une résistance
trop faible. Les
dispositions contre la cavalerie, auxquelles on attache tant d'importance
à l'époque, deviendront de plus en plus sommaires à mesure que les
armées se perfectionneront . Dans la suite, on se contentera du carré de
campagne, pour de simple ralliement d'un groupe éventuel. Aujourd'hui,
toutes les formations sont bonnes pour résister à la cavalerie. Les
tirailleurs eux-mêmes sont considérés comme n'ayant plus rien à
craindre de cette arme pourvu qu'ils gardent leur sang froid. Rôle
des localités – Les français sont passés
maîtres dans l'art d'occuper les localités et de les utiliser pour la
manœuvre. On
se rappelle que l'avant-garde du 3e corps, en arrivant devant
Hassenhasen, s'était heurtée contre plusieurs escadrons de dragons
prussiens qu'elle avait facilement repoussés. Une batterie qui
accompagnait ces escadrons fut enlevée par trois compagnies de grenadiers
et de voltigeurs qui, continuant leur course, entrèrent dans
Hassenhausen et poussèrent des tirailleurs jusqu'à la lisière du bois
située à l'ouest du village. Le général Gudin se garda bien d'engager
le gros de la division dans le village à la suite de ces compagnies,
mais, remarquant la situation d'Hassenhausen au fond d'un léger
vallonnement, il se borna à porter un régiment d'infanterie sur chacun
des contreforts peu élevés qui s'allongent de part et d'autre de cette
localité. Pendant la 1ère phase de la bataille la garnison
d'Hassenhausen ne comprit donc que trois compagnies de voltigeurs et de
grenadiers. Quand la division Wartensleben apparut subitement au sud-est
du village, le 85e, surpris, se débanda et découvrit
Hassenhausen, dont les lisières furent abandonnées par les 3
compagnies d'élite. Le 21e y fut jeté, mais il ne l'occupa
que par quelques fractions du centre ; le gros des bataillons restèrent
en dehors. A l'intérieur, un réduit fut organisé dans les maisons situées
les plus à l'Est. C'est devant ce réduit que vint expirer l'effort des
unités de la division Schmettau qui pénétrèrent dans Hassenhausen. En
résumé, des tirailleurs plus ou moins nombreux, tiennent la lisière ;
ils forment l'amorce sur laquelle se jettera l'ennemi. Dans les
villages, on a installé un réduit solide à l'abri des coups de
l'artillerie. En dehors du village, une petite réserve est prête à y pénétrer
en colonne pour en chasser l'envahisseur ; elle reviendra prendre se
place quand son action sera terminée. Mais la défense véritable n'est
pas dans la localité ; elle est prévue sur les flancs où on a
disposé la plus grosse partie des troupes. Cette manière d'utiliser les
villages explique l'usure considérable des troupes prussiennes autour
d'Hassenhausen et de Vierzehnheiligen (Iéna). Les
prussiens ont une horreur instinctive des localités, par ce qu'ils ne
peuvent les utiliser qu'en brisant leur ordre de bataille. Résumé
– La tactique de l'infanterie en 1806 peut se résumer ainsi :
lorsqu'une troupe d'infanterie prévoit qu'elle aura à faire usage du
feu, elle commence par se déployer, et cela, bien avant de tomber sous
les projectiles de l'ennemi, sauf à marcher déployée l'espace de
plusieurs centaines de mètres ; si elle attendait, pour se déployer,
d'être à portée des balles et de la mitraille, les pertes multipliées
qu'elle subirait la jetteraient en désordre et confusion. Une troupe en
colonne ne passe directement à la charge que si elle a la certitude de
n'avoir pas à se déployer pour faire feu. Si
l'ennemi s'éloigne, on le fait suivre par ses tirailleurs et, sous la
protection de ces derniers, les colonnes reformées, s'il y a lieu,
s'avancent prêtes à intervenir de nouveau en se déployant ou en restant
en colonne, suivant le cas. La colonne, si favorable à la marche, ne
l'est pas pour le combat par le feu. En général s'agit-il de marcher ou
de charger ? On se forme en colonne ; s'agit-il de faire feu ?
on se déploie. C'est le passage successif d'un ordre à l'autre, dont l'à
propos est aussi à chaque nouvelle circonstance, qui est l'essence même
de la manœuvre du Champ de bataille[4]. La
tactique après 1806 La
tactique de 1806 sait faire au feu la part importante qui lui revient ;
c'est l'époque glorieuse de la tactique de l'infanterie. Elle ne se
maintiendra pas longtemps à ce haut degré de perfection. La colonne va
bientôt prendre le dessus, rompant l'équilibre si bien établi entre le
feu et le choc. La
colonne se prête mal, en effet, à l'action préparatoire du feu, puisque
la subdivision de tête peut seule être utilisée pour cet objet.
L'inconvénient de l'emploi exclusif des grosses colonnes conte un
adversaire maître de son feu, apparaîtra très nettement dans la guerre
du Portugal. Toutes les attaques de français se termineront par des échecs.
Ceux-ci n'arrêteront pas, d'ailleurs le développement des colonnes. Parmi
les causes de ce grossissement progressif des colonnes, on peut citer :
1° la diminution de l'aptitude manœuvrière de l'infanterie, 2° le désir
d'exploiter sans perte de temps les succès obtenus par l'emploi en masse
de l'artillerie, dont l'effectif s'accroissait d'une manière continue. Cette
hypertrophie des colonnes eut pour résultat de transformer l'infanterie
en chair à canon, et de la faire déchoir de son rang d'arme principale
pour la subordonner à l'artillerie armée auxiliaire. Avec
l'emploi des grosses colonnes, la science des combats périclitera. Ces
colonnes n'ont en effet aucune souplesse, aucune aptitude manœuvrière,
elles manquent d'air et d'articulation ; l'homme, comprimé dans
cette masse énorme, étouffe physiquement et moralement, il perd sa
personnalité au détriment de sa valeur guerrière. Dans les rangs aussi
pressés, l'action du commandement est nulle ; à la moindre étincelle
de terreur la panique naît et se développe avec une rapidité
terrifiante. Ces agglomérations monstrueuses ne sont animées d'aucun
souffle de passion ; elles ont conscience de leur impuissance,
perdent toute volonté de vaincre, et deviennent le jouet du plus petit
incident. Observation
à propos de colonnes
Certains
partisans de l'ordre profond au XVIIe siècle expliquaient
l'effet des colonnes par une action matérielle. Leur raisonnement était
celui-ci : Lorsque
le 1er rang d'une colonne en marche s'arrête sans que le
signal ait été communiqué aux rangs suivants, ceux-ci viennent
successivement se heurter contre lui et le pousser en avant. Plus l'allure
est rapide, plus la force d'impulsion est considérable. Il doit en être
de même, affirme-t-on, en présence de l'ennemi. On a fait des expériences
et on a constaté qu'au-delà de 16 rangs, l'impulsion était amortie par
les rangs intermédiaires et ne se transmettait plus au premier ; d'où
on concluait que l'épaisseur des colonnes ne devait pas dépasser 16
hommes. Si
les choses se passaient ainsi dans une charge réelle, au premier arrêt
la tête ne serait pas seulement poussée, mais culbutée, et les autres
rangs viendraient tomber successivement sur les précédents comme des
capucins de cartes. Mais
on n'a jamais vu, au combat, une troupe poussée par une autre ; il
se produit, au contraire, un échelonnement vers l'arrière qui ne fait
que croître à mesure qu'on se rapproche de l'ennemi et, au moment de
l'aborder, il ne reste presque plus rien de la colonne surpressée du début. A
Wagram, des 22 000 hommes dont se composait la colonne Macdonald ;
il en arrive 1 500 environ. Il y a eu des pertes mais 12 000 ou 15 000
sont restés en arrière. L'impulsion
physique est un mot ; la force de la colonne réside dans l'action
morale, et celle-ci ne peut s'exercer que si les cadres ont action sur les
hommes, que si les éléments disposés en profondeur, sont nettement séparés
les uns des autres, afin qu'il n'en résulte aucune confusion et que la
surveillance des hommes par eux-mêmes puisse s'exercer par l'effet de la
solidarité. La
colonne la mieux organisée était donc celle qui favorisait le maintien
de l'ordre et l'action des cadres, qui permettait à l'esprit de
solidarité de s'exercer, qui donnait à l'ensemble l'impression de
secours mutuels. La
ligne de colonnes, formée de bataillons en colonne d'attaque, telle
qu'elle était employée en 1806, remplissait très bien ces diverses
conditions ; elle était facile à déployer et à reformer ;
son abandon a été funeste. [1] Le charge, appelée aussi choc est le mouvement continu à l'ennemi en vue de l'atteindre avec la baïonnette. Sous le 1ère Empire, le pas de gymnastique n'était pas pratiqué dans l'armée ; l'escrime à la baïonnette était elle-même inconnue ; les troupes allaient à l'ennemi au pas accéléré, l'arme au bras et croisaient la baïonnette lorsqu'elles étaient sur le point de l'aborder. [2] Après un combat de quelque durée, la ligne déployée, quelque peu en désordre, présente l'aspect d'une ligne de tirailleurs. La différence ne porte, en réalité, que sur la densité de ces deux lignes, et celles-ci finissent pas se confondre complètement lorsque la chaîne de tirailleurs a été grossie par des apports successifs. [3] Si le défenseur, au moment d'être abordé par l'assaillant, s'avançait au devant de lui, l'avantage lui resterait probablement, car il ferait preuve, ainsi, d'une plus grande résolution, et c'est la plus grande résolution qui doit l'emporter. [4] Il est question ici que des petites colonnes de bataillon par division, ou des colonnes d'attaque. |
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