| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Conférences sur l'infanterieEcole Supérieure de Guerre (1911)
L'infanterie
française
Organisation
Recrutement
– L'armée est recrutée conformément aux dispositions
de la loi de 1868, présentée par le maréchal Niel. Cette loi supprime
l'exonération[1],
rétablit le remplacement direct, mais réduit la durée du service qui est
fixée désormais à 5 ans dans l'armée active et 4 ans dans la réserve.
Le contingentement annuel est réparti en deux portions par tirage au sort ;
la deuxième portion ne doit accomplir que cinq mois de service dans l'armée
active. Les
lois annuelles de finances et du contingent fixent le nombre d'hommes à
incorporer chaque année dans les deux portions. La
loi porte, en autre, la création d'une garde nationale mobile composée des
hommes propres au service et ne figurant pas, à un titre quelconque[2]
dans la 1ère et 2e portion du contingent. Le
service dans la garde nationale mobile est de cinq ans ; les hommes qui
en font partie peuvent, en cas de guerre et par une loi spéciale, être
versés dans l'armée active. La garde nationale mobile est astreinte à
un certain nombre de jours d'exercices. Cette disposition ne sera pas réalisée,
le corps législatif ayant refusé de voter les crédits nécessaires [3]. Cadres
et effectifs – Les régiments d'infanterie sont
formés de 3 bataillons à 6 compagnies. En cas de guerre, les régiments
doivent être transportés avec leurs effectifs de paix sur les points de
concentration, ils sont complétés en personnel et matériel[4].
C'est ainsi que les bataillons quitteront leurs garnisons en juillet 1870
avec un effectif inférieur à 500 hommes, ils ne recevront leurs réservistes
que dans la première quinzaine d'août, la plupart le 13, la veille de la
bataille de Borny. L'effectif des régiments atteindra alors 2 000 hommes
environ soit 650 par bataillon et 105 à 110 par compagnie (100 en chiffres
ronds après les premières évacuations). La
composition des cadres du régiment est exactement la même que sous le 1er
Empire. Il y a un gradé pour 5 ou 6 hommes. Les
hommes sont excellents ; les sous-officiers rengagés sont trop vieux
en généra [5]. Armement
– Le fusil Chassepot, modèle 1866, dérive du fusil Dreyse auquel il
emprunte son système de fermeture. La hauteur de la flèche de la
trajectoire de 600 mètres est de 5 mètres[6].
L'arme est au calibre de 11mm ; elle est munie d'une hausse
graduée jusqu'à 1 200 mètres. C'est le premier fusil avec hausse mis
entre les mains du fantassin français[7].La
vitesse du tir atteint 6 à 7 cartouches et les bataillons sont dotés d'une
voiture légère chargée de 12 000 cartouches. La
distribution du fusil modèle 1866 est à peine terminée au moment de
l'entrée en campagne ; les corps sont peu familiarisés avec son
usage. La matinée du 14 août est employée à instruire les réservistes. Préparation
à la Guerre
Trois
règlements d'infanterie
ont succédé
à celui
de 1791 ; ils portent respectivement les dates de 4 mars 1831,
17 avril 1862 et 16 mars 1869. Chacun de ces règlements se réclame du précédent ;
tous portent ainsi, de proche en proche, l'empreinte de l'ordonnance de
1791. La
commission chargée de rédiger l'ordonnance de 1891, déclare, dans son
rapport au ministre, "qu'elle n'a rien à changer à l'ordonnance du 1er
août 1791 dont le mérite est reconnu par toute l'armée" et se borne
à proposer quelques modifications de détail. A noter cependant que ce règlement
introduit la ligne de colonnes de bataillon dans les évolutions de ligne et
qu'il contient une instruction sur les tirailleurs. Cette
ordonnance est signée du maréchal Soult. En
1862, l'ordonnance de 1831 est toujours considérée comme "un chef d'œuvre".
Les modifications qu'on y apporte sont motivées par l'abandon définitif de
la formation sur trois rangs. On profite de l'occasion pour insérer dans ce
règlement quelques nouveaux exercices d'un usage courant dans certains
corps, tels que le pas gymnastique, l'escrime à la baïonnette et le
doublement par quatre. Le
règlement de 1869 est la reproduction presque textuelle de l'instruction de
1862, complétée par des prescriptions rendues nécessaires pour la mise en
service du fusil modèle 1866. Le mode de désignation "des évolutions
de lignes" est changé, celles-ci s'appelleront désormais "École
de régiment". Pour
connaître l'esprit de ces divers règlements, il nous suffira donc
d'analyser le dernier. C'est d'ailleurs celui qui nous intéresse le plus,
puisqu'il a contribué à la préparation de l'infanterie de 1870 et a été
pratiqué au cours de la campagne. Le
règlement du 16 mars 1869 sur les manœuvres de l'infanterie
L'unité
de manœuvre et de combat est toujours le bataillon qui comprend sur le pied
de guerre six compagnies-pelotons. Les trois premiers pelotons forment le
premier demi-bataillon ; les trois dernier pelotons, le second
demi-bataillon. Le
premier et le deuxième peloton forment la 1ère division, le
troisième et le quatrième peloton, la 2e division, le cinquième
et le 6e peloton, la 3e division. Chaque peloton est
partagé en deux sections, chaque section en deux demi-sections, chaque
demi-section en deux escouades. Au total huit escouades pour la compagnie
peloton. La
formation sur deux rangs – La formation en
bataille sur deux rangs, autorisée par le règlement de 1831, n'est devenue
définitivement réglementaire qu'en 1862. La formation sur 3 rangs a résisté
jusqu'à cette époque aux violentes critiques dont elle était l'objet. On
prétendait qu'elle inspirait plus de confiance au soldat. Le maréchal
Bugeaud, tout en reconnaissant que le feu est mieux ajusté sur deux rangs,
penchait néanmoins pour le maintien des trois rangs auxquels il attribuait
plus de solidité dans les charges à la baïonnette et contre la cavalerie. La
formation en ligne de la compagnie-peloton est donc sur deux rangs. Les
hommes sont placés par rang de taille dans chaque escouade et coude à
coude. Le front de la compagnie-peloton est de 40 pas, celui du bataillon,
260 pas (environ 200 mètres). Les
feux – Le bataillon exécute de feux de
peloton, de demi-bataillon, de bataillon (feux de salves à commandement),
et des feux à volonté, debout et à genou, sur deux rangs. Le tir couché
n'est pas prévu. Tous
ces feux commencent au commandement et cessent au roulement de tambour suivi
d'un coup de baguette ; à ce dernier signal, tout le monde reprend
place. Le
feu de peloton est, en réalité, un feu par division ; il s'exécute
alternativement par les deux pelotons de chaque division comme si la
division était isolée. Dans
les feux de demi-bataillon, le chef de bataillon fait tirer
alternativement le demi bataillon de droite et le demi bataillon de gauche. Dans
le feu à volonté, les hommes des deux rangs dans chaque peloton tirent
sans se régler sur leurs voisins, jusqu'au roulement de tambour. Les
pelotons sont aussi exercés des feux de tirailleurs. On distingue :
les feux de position en avançant en retraite, parle flanc. Les feux en
marchant ne sont que des feux exécutés de position en position. Le feu
par le flanc est exécuté par des hommes qui se portent en dehors de la chaîne
des tirailleurs en marche par le flanc et qui rentrent dans le rang après
avoir tiré. Il
existe donc deux espèces de feux d'une nature très différente, ce sont
les feux de tirailleurs et les feux de ligne. Dans
les feux de tirailleurs, les hommes étant livrés à eux-mêmes on a
l'initiative des cadres inférieurs, on se fait peu d'illusion sur la
possibilité de régler la consommation des munitions. On a la prétention
d'obtenir ce résultat à l'aide des feux à commandement. L'expérience démontrera
l'inanité de ces prescriptions. Dans
les instructions concernant le tir apparaît une tendance très marquée
en faveur de la justesse. "L'essentiel n'est pas de tirer beaucoup,
mais de tirer bien". Cette considération n'entrait pas en ligne de
compte sous le 1er Empire ; le tir dit "horizontal"
satisfaisait à tous les besoins. On ne pouvait, d'ailleurs, exiger
davantage d'une arme qui n'avait aucune justesse et qui produisait une fumée
si abondante qu'après quelques coups de fusil, le tireur était comme
enveloppé dans un nuage opaque qui lui cachait la vue de tous les objets
environnants. Les
progrès réalisés dans le tir datent de 1840. Cette même année, le fusil
de munitions est transformé en fusil à percussion ; une carabine rayée
est mise entre les mains des chasseurs d'Orléans, de nouvelle formation ;
une École de tir est fondée à Vincennes et, un peu plus tard, des Écoles
secondaires sont crées à St Omer, Toulouse et Grenoble. En même
temps, apparaît une instruction sur le tir, la première en date de tous
les règlements de ce genre. L'ensemble de ces mesures fait époque dans les
annales du tir. Jusqu'alors, l'infanterie s'était contentée d'apprendre à
tirer vite, ou même avait dédaigné le tir. Elle va maintenant s'exercer
à tirer juste, cherchant à appliquer cet adage du maréchal Bugeaud :
"Bien marcher et bien tirer, tel est le secret de la force de
l'Infanterie". Tirer
juste et bien tirer à propos est infiniment mieux. Voici, en effet, comment
le maréchal Bugeaud développe sa pensée : "Le feu ne doit être
fait que pour décider une question et alors il doit être terrible".
Il réprouve les tirailleurs sans but précis qui ont pour conséquence
l'usure des hommes et des munitions. Aussi bien dans l'offensive que dans
la défensive, le feu ne doit être qu'une préparation au choc, et in est
d'autant plus efficace qu'il est exécuté à plus courte distance. La
pensée si forte du maréchal Bugeaud n'a pas été reproduite dans
l'instruction de 1867. Celle-ci ne contient aucune règle positive ;
elle se borne à énumérer ce qu'il ne faut pas faire. Sa grande préoccupation
est d'éviter le gaspillage des munitions : l'art de faire de celles-ci
un usage opportun est tout à fait méconnu. « Le
feu ne doit être fait que pour décider une question »,
autrement dit, c'est le but tactique poursuivi qui doit provoquer le mise
en œuvre du fusil, et non le degré de vulnérabilité des objectifs, car
l'objectif le plus vulnérable n'est pas toujours celui qu'il est le plus
urgent d'atteindre pour décider la question. Le tir doit être au service
de la tactique, il est un moyen non un but. C'est pourquoi, encore une fois,
tirer juste est bien, tirer à propos est mieux. C'est
cet art de tirer à propos qui a fait complètement défaut à l'armée
française en 1870. Les conséquences en furent désastreuses. La troupe,
dirigée par des officiers qui connaissaient à peine les propriétés
balistiques du fusil modèle 1866, et dont l'ignorance au point de vue de
l'emploi tactique du feu était sans égale, ne sut pas tirer parti de la
supériorité de son armement. La funeste habitude, contracté dès les
premiers engagements, de tirer sur tous les objectifs qui apparaissent,
dans le rayon d'action du fusil, entraîna une consommation de munitions que
l'approvisionnement prévu était impuissant à compenser. Les
formations en colonne
Si
on compare entre eux les règlements de 1791 et de 1869, on constate qu'il a
été apporté peu de modifications aux formations élémentaires du
bataillon. Les
colonnes par division et par peloton à distance entière et à
demi-distance sont maintenues. Dans
la colonne serrée, les distances entre les subdivisions ont été portées
de 3 à 6 pas ; cette colonne est devenue ainsi plus mobile. Par
contre, on a supprimé la distance de section dans la colonne par division. La
colonne d'attaque de 1791 est remplacée par une colonne double sur le
centre. Cette colonne cesse d'être spécialisée dans son rôle d'attaque :
elle devient également formation de manœuvre. C'est pourquoi les
subdivisions peuvent être à distance de peloton, à distance de section
(ancienne colonne d'attaque), ou à 6 pas. Les
colonnes de divisions constituent une innovation. Cette formation est
obtenue, le bataillon étant en bataille, en ployant chaque division en
colonne par peloton à distance entière. Le bataillon est ainsi fractionné
en trois colonnes de peloton à intervalles de déploiement. Cette
formation est un acheminement vers la colonne de compagnie. La
colonne en route est formée en principe par peloton. On diminue le front de
la colonne, suivant les circonstances, en rompant les subdivisions ou en
marchant par le flanc par quatre[8]. École
de régiment
Cette
école remplace les anciennes évolutions de ligne. Les
règles prévues pour le régiment à trois bataillons sont applicables à
un nombre quelconque de bataillons. Les
formations fondamentales du régiment sont : 1.
La ligne de bataille, 2.
La colonne unique, 3.
La ligne de colonne. Il
convient d'ajouter à ces formations : 1.
L'ordre en échelons, 2.
Les dispositions contre la cavalerie. La
ligne de bataille est formée de bataillons déployés sur deux rangs à 30
pas d'intervalle. La
colonne est composée de bataillons placés les uns derrière les autres,
chacun des bataillons ayant l'une des formations précédemment indiquées,
c'est à dire par division, par peloton ou en colonne double[9]. La
ligne de colonnes se compose de bataillons juxtaposés à intervalles
ouverts ou serrés[10]. La
ligne de colonnes de bataillon, réclamée d'ailleurs par tous les
militaires, fit sa première apparition dans le règlement de 1831. On avait
enfin reconnu que la marche en bataille d'une ligne déployée, sur un
parcours un peu long et en terrain accidenté, présentait de grosses
difficultés, et on s'appuyait sur l'expérience des guerres du 1er
Empire pour préconiser le sectionnement de la ligne en petites colonnes[11]. L'adoption
de la ligne de colonnes constitue donc un réel progrès, mais la manœuvre
en ligne de colonnes n'échappe pas aux habitudes formalistes de l'époque
et perd ainsi une partie de ses avantages. Elle subit, comme la ligne de
bataille, la tyrannie des alignements sans cesse répétés et des
intervalles fixes. L'École de régiment est d'ailleurs extrêmement
compliquée. Outre les formations réglementaires déjà très nombreuses,
le règlement contient, pour passer d'une formation à une autre, une
multitude de règles très minutieuse dont il n'est pas permis de
s'affranchir. L'ordre
en échelons – Le maréchal Bugeaud s'est fait l'apôtre de l'ordre échelons.
Il préconise l'emploi de ceux-ci aux ailes et veut que leur action se
manifeste sous une forme essentiellement active. Comme cette doctrine répond
aux dispositions prévues par le règlement, nous pouvons nous borner à
citer le maréchal : « L'ordre
en échelons permet de n'engager que la partie qui doit combattre. Le reste
est à la fois menaçant et défensif ; il tient en échec une ou
plusieurs parties de l'ordre de bataille ennemi et présente la meilleure
protection que l'on puisse imaginer pour la portion attaquante. Des échelons
à droite et à gauche de l'attaque, valent infiniment mieux qu'une
protection immédiate. Ils rendent, sinon impossibles, du moins très
difficiles, les attaques de flanc contre la fraction combattante qui ne peut
être assaillie sans que l'ennemi soit à son tour pris en flanc par les échelons.
Ceux-ci ne pourront être tournés que par des mouvements très larges, qui
doivent affaiblir l'armée qui les exécute, et donner tout le temps nécessaire
pou y parer. « Au
lieu de placer des brigades dites de flanc à la hauteur des colonnes ou des
lignes qu'elles doivent protéger, ainsi que cela se pratique, je pense
qu'il faut les échelonner en arrière, et que c'est seulement ainsi
qu'elles protégeront efficacement. Outre les avantages physiques de cette
disposition, il y a l'avantage moral pour les échelons en devenant
assaillants, pendant que, s'ils étaient immédiatement sur le flanc de
l'attaque, ils seraient assaillis. « En
théorie, les échelons sont régulièrement espacés. En pratique, les
distances sont déterminées par les circonstances et surtout par la forme
du terrain. La régularité des échelons ne peut donc exister que dans les
plaines rases ; le plus ou moins d'espace d'un échelon à l'autre dépend
du nombre de troupes dont on peut disposer, de l'espèce d'ennemi qu'on a
devant soi, et des vues ultérieures du général en chef ; mais, en thèse
générale, ils doivent être à portée de se secourir mutuellement, et, si
la cavalerie est à redouter, ils doivent croiser leurs feux, après avoir
formé le carré à environ cent cinquante pas. Les divers mouvements d'échelons
, le changement de front dans chaque échelon, sous le même angle, doivent
jouer un grand rôle à la guerre ; il faut donc u exercer beaucoup. » L'échelon
est donc considéré par le maréchal comme une réserve d'aile destinée à
prendre l'assaillant en flanc. La faible portée du fusil de l'époque rend
les décisions rapides ; il convient donc que l'échelon soit rapproché
et prêt pour le combat. C'est ce qui explique la forme théorique de l'échelonnement
que l'on a composé de tronçons de ligne articulés à faible distance.
Nous verrons plus tard les modifications à faire subir à cette
disposition par suite des progrès de l'armement. Les
carrés – Le règlement prévoit des carrés
d'un et de plusieurs bataillons. Pour
former un carré de deux bataillons, on forme d'abord ceux-ci en colonne par
division à demi-distance, puis on fait serrer le bataillon de queue à
distance de peloton sur le bataillon de tête. La 1e face est
formée par la 1e division, la 4e par la dernière
division de la colonne qui a préalablement serré sur l'avant-dernière,
les 2e et 3e par les pelotons des divisions de l'intérieur
qui ont conversé à droite et à gauche. On
peut aussi prendre des dispositions contre la cavalerie en partant de la
colonne serrée en masse. Lorsqu'une colonne est surprise par la cavalerie
dans cette formation, les subdivisions de tête et de queue de la colonne
forment la 1e et la 4e face, les faces 2 et 3 sont
constituées rapidement à l'aide de files prélevées sur les subdivisions
de l'intérieur. On
peut donc constituer des carrés d'un ou de plusieurs bataillons, en
prenant pour base la colonne à demi-distance ou la colonne serrée. Le
règlement prévoit aussi des carrés en échelons et des carrés obliques.
Nous avons constaté l'emploi de ces derniers sur le plateau d'Hassenhausen
par les divisions Friant et Morand. Le règlement ne fait donc que ratifier
l'expérience des guerres de 1er Empire. Le
maréchal Bugeaud est hostile au grand carré ; il lui reproche :
de ne pas fournir sur le front attaqué plus de feux proportionnellement
qu'un petit; de mettre tout l'enjeu de la résistance sur un seul carré, de
perdre le bénéfice de la protection mutuelle qu'offre un système de carrés
habilement disposés, de mettre obstacle à l'écoulement des chevaux. Il
donne en faveur des petits carrés des arguments décisifs qui sont à
reproduire en entier. « L'opinion
générale des militaires a été jusqu'à présent en faveur des grands
carrés qu'ils croient plus forts que les petits. Quelques-uns uns ont dit
que les carrés simples valaient mieux que les doubles, puisqu'ils font plus
de feux. Ces derniers carrés avaient été assez généralement adoptés
sous le nom de carrés d'Égypte. « Mon
opinion est qu'un grand carré n'a pas proportionnellement plus de feux
qu'un petit et qu'il n'est pas plus fort. Cela se prouve par les vérités
suivantes : « Est
seule à craindre, dans une charge de cavalerie, la portion qui peut
aborder la face d'un carré ; les parties qui débordent sont nulles. « En
étendant les faces d'un carré, si l'on augmente son feu, on augmente dans
la même proportion le nombre de ses ennemis... « Un
carré de trois mille hommes n'est donc pas plus fort qu'un carré de mille
hommes. Il serait donc bien inconséquent de former trois mille hommes en un
seul carré divisés en trois ou quatre, ils courent bien moins de chances défavorables. « Voici
pourquoi je me fonde : un grand carré est aussi bien perdu qu'un petit
et l'on risque tout d'un seul coup. Plusieurs carrés se protègent
mutuellement ; ils forment un système de redoutes : si l'un des
carrés est renversé, la charge est par cela même brisée, et les efforts
de la cavalerie sur le carré suivant sont moins bien ordonnés et, partant,
moins à craindre. « Une
autre combinaison qui s'applique aux carrés combinés comme aux carrés
isolés, c'est qu'en présentant de très petites faces; les chevaux, qui
craignent de passer sur ces globes de feux, ont le temps d'obliquer à
droite ou à gauche pour les éviter. Si la face est étendue, ils ne le
peuvent pas, et, de force, ils choquent une partie. Plus les carrés combinés
seront petits, plus les intervalles seront multipliés, et plus seront
grandes les chances de succès. « D'après
ces considérations, je pense qu'on doit renoncer aux grands carrés se
l'ordonnance pour ne former que des carrés profonds d'un seul bataillon.
J'ai établi plus haut qu'une étendant son front contre la cavalerie, on
augmentait le nombre de ses ennemis ; on le diminue, par conséquent,
en réduisant ses faces. Cette seule raison devrait nous faire renoncer aux
carrés simples, qui sont très étendus et n'offrent qu'un feu maigre
relativement à l'espace qu'ils embrassent. Il y aurait une plus puissante
raison encore pour y renoncer, s'il était prouvé qu'on peut tirer parti de
toutes les armes d'un carré sur six ou huit hommes de profondeur. En
diminuant les faces de moitié, on aurait réduit ses ennemis de moitié et
doublé son feu contre cette moitié. » Appréciation
sur le règlement de 1869 – Comme ses devanciers,
le règlement de 1869 n'est qu'un code de manœuvres et d'évolutions ;
il se borne à indiquer le mécanisme des mouvements sans préjuger de leur
emploi. L'infanterie française contracterait ainsi l'habitude de cultiver
à outrance le procédé sans se préoccuper de son application à
un but qu'on ne lui laissera presque jamais entrevoir. L'activité des
cadres se consumera dans l'accomplissement des gestes pour la plupart
inutiles et destructeurs de tout esprit d'initiative. La
déconsidération qui s'est attachée au règlement de 1791 et à ceux qui
lui ont précédé jusqu'en 1870 vient de ce qu'ils se sont uniquement
contournés dans le mécanisme des manœuvres d'École sans chercher à les
plier aux conditions de la guerre. Ainsi
s'est accréditée cette opinion, devenue courant dans toute l'armée, que
la guerre ne s'apprenait pas dans les livres, puisque le livre par
excellence où on devait l'apprendre, le règlement, ne donnait pour la
faire que des règles pour la plupart inapplicables ou inutiles. Quoi
qu'il en soit, ce n'est pas dans le règlement de manœuvres que l'on
trouvera la doctrine de combat de l'infanterie française. En fait, avant
1867, cette doctrine n'existe nulle part, car l'ordonnance de 1832 sur le
service des armées en campagne ne donne sur le combat que des principes
tout à fait généraux, qui ne sauraient constituer un guide à l'usage des
officiers subalternes. On n'aurait sans doute jamais pensé à modifier
cet état de choses, si les succès des prussiens en 1866, attribués à la
mise en service du fusil à aiguille et à l'inauguration d'une tactique nouvelle,
n'avaient vivement sollicité l'attention du public français, et provoqué
l'adoption immédiate du fusil Chassepot se chargeant par la culasse. On
s'occupa, en même temps, de rédiger pour les trois armes, et en
particulier pour l'infanterie, une instruction pour le combat qui parut
l'année suivante sous le titre : "Observations sur
l'instruction sommaire pour les combats". Le but de cette instruction
était de commenter le titre XIII de l'ordonnance de 1832. Nous croyons
utile à analyser cet opuscule qui eut une influence prépondérante sur
la tactique de l'armée française en 1870. Instruction
pour les combats 1867
Aperçu
général – L'instruction fait ressortir, tout
d'abord la nécessité de "modifier[12]"
la tactique du champ de bataille par suite de l'adoption d'un nouvel
armement. Puis elle énumère les avantages du fusil modèle 1866 qui est
efficace, à partir de 400 mètres, contre un homme isolé, à partir de 1 000
mètres, contre un groupe de la force d'un peloton et qui peut tirer à
raison de 6 coups par minute sans nuire à sa justesse. Elle en conclut que
le feu acquiert une importance prépondérante, et qu'il faut s'attacher à
faire prendre à la troupe sur le champ de bataille, les formations les plus
propres à assurer l'efficacité de son feu, tout en la garantissant de
celui de l'ennemi. Cette
formation est toute trouvée, dit l'instruction ; c'est l'ordre déployé
qui, de toutes les formations, offre le moins de prises aux projectiles de
l'ennemi permet de développer la plus grande masse de feu. « Mais
sur un terrain ordinaire, cultivé ou accidenté, la marche d'une ligne de
bataillons déployés est lente et difficile au moment de la charge, alors
qu'il est souvent trop tard pour former les colonnes d'attaque, cette ligne
mince, flottante, avec ses éléments épars et souvent séparés, ne présente
plus, concentré sur le point décisif, le maximum d'efforts et d'énergie nécessaire.
Une troupe ne pourrait conserver longtemps l'ordre déployé, très utile,
indispensable dans des circonstances particulières et de peu de durée,
mais constituant pour l'infanterie une formation plutôt accidentelle que
normale. « La
formation par bataillons en colonne, à intervalles de déploiement, nous
est plus familière. Employée avec succès et recommandée par les généraux
les plus expérimentés du 1er Empire, maintenue dans nos manœuvres
jusqu'à ces dernières années sous le nom de "colonnes
d'attaque", elle donne le moyen de passer rapidement et, selon les
besoins du moment, de l'ordre en colonne à l'ordre en bataille et réciproquement... « Dans
cet ordre, les bataillons sont extrêmement mobiles, faciles à abriter, également
prêts à toutes les combinaisons de l'offensive et de la défensive,
susceptibles de présenter des têtes de colonne dont mieux soutenues ;
enfin, bien maintenus dans la main du chef, ils restent toujours en mesure;
soit de manœuvrer, soit, par un déploiement rapide, de faire usage de tout
leur feu. « Le
plus habituellement; les bataillons sont donc ployés en colonne double ou
par division, et serrés en masse ou à demi-distance. « Pour
défendre une position, se soustraire aux effets trop dangereux d'un tir
soutenu et à bonne portée, surtout en plaine, la formation en ordre déployé
est la meilleurs. » L'instruction
ajoute que tous les mouvements de l'ordonnance ne trouvent pas leur
application sur le champ de bataille. De même, il n'y a pas lieu
d'astreindre les unités à un alignement rigoureux que ne comportement, ni
la configuration au sol, ni les péripéties de l'engagement. « Devant
l'ennemi, on n'emploie que des manœuvres simples, élémentaires, ne prêtant
ni au désordre ni aux surprises. En général, elles se réduisent à une série
de mouvements partiels presque toujours les mêmes, et qui découlent des
phases habituelles du combat. « Les
tirailleurs – La conception du rôle des tirailleurs n'a pas varié depuis
1806. Ils sont toujours chargés d'éclairer le bataillon, de préparer
son entrée e, action par les feux et de lui venir en aide au moment de la décision.
Ils couvrent sa retraite en cas d'échec. « Un
bataillon de six compagnies en emploie généralement deux à fournir les
tirailleurs sur son front. Ces compagnies déploient une section en
tirailleurs, l'autre section est en réserve en arrière des ailes de la
ligne, vis à vis les intervalles. « L'emploi
des tirailleurs en grandes bandes, pratiqué éventuellement en 1806, est
complètement interdit en 1867. "Déployer un bataillon tout entier en
tirailleurs est une manœuvre dangereuse à laquelle il faut renoncer. Une
ligne de tirailleurs doit appartenir à la troupe qu'elle protège et
chaque bataillon se couvrira avec les siens. » Chaque
division d'infanterie a son bataillon de chasseurs comme des tirailleurs sa
profession. Le bataillon de chasseurs ne fait pas partie intégrante de la
ligne de bataille et ne doit pas combattre comme troupe de ligne. C'est une
réserve spéciale entre les mains du général de division qui l'emploie,
soit pour renforcer certains points de la ligne de tirailleurs, soit pour
protéger l'artillerie ou inquiéter celle de l'ennemi. Le
rôle des bataillons de chasseurs en 1870 est identique à celui des régiments
légers en 1806. Le
combat offensif – La question des formations étant réglée,
l'instruction essaie d'esquisser une physionomie du combat. Les
opérations préliminaires : reconnaissances, prise de possession des
points d'appui par l'avant-garde, manœuvres, préparatoires, ne donnent
lieu à aucune observation particulière. L'instruction se réfère au Titre
XIII de l'ordonnance de 1832. Dès
que l'action de l'artillerie commence sous la protection des troupes légères,
les bataillons de 1ère ligne exécutent leur déploiement et
continuent à se rapprocher de l'ennemi. Lorsque les tirailleurs ne peuvent
plus soutenir la lutte, ils se retirent dans les intervalles des bataillons
déployés, qu'ils soutiennent de leurs feux. « Ceux-ci,
par des salves à commandement bien dirigées, l'artillerie par un tir
concentré sur le point choisi réunissent leur action pour rompre la ligne
ennemie, y jeter le désordre et la démoralisation. « Alors
les colonnes d'attaque[13],
rapidement formées, se portent résolument en avant avec toute la
confiance que donne la presque certitude du succès. « Les
tirailleurs, continuant leur marche dans les intervalles, redoublent la
vivacité de leur feu pour empêcher l'ennemi de se reformer et soutenir le
moral de l'assaillant. » L'instruction
recommande de conserver le pas de charge, de ne pas s'abandonner à la
course pour éviter le désordre. « Régulariser,
discipliner l'élan, ce n'est pas l'anéantir, au contraire, le rendre plus
complet, plus sûrement efficace. Ainsi, au moment de la charge, dans les
colonnes, bien dans les mains de leurs chefs, pas de feu, mais une marche résolue
pour aborder l'ennemi au pas de charge et à la baïonnette. « L'instruction
réprouve l'emploi des colonnes profondes qui ne se prêtent pas aux
mouvements rapides, offrent aux coups de l'artillerie à la longue portée
une prise aussi dangereuse qu'inutile sur les pelotons de tête. Sauf dans
le cas d'absolue nécessité, ou bien hors de la portée des coups de
l'ennemi, cette formation, déjà condamnée depuis longtemps, doit être
formellement évitée. » L'instruction
met, en outre, l'assaillant en garde contre les attaques directes dont il
s'attache à faire ressortir les difficultés. « L'attaque
directe terminée par un combat à la baïonnette répond au caractère impérieux
et à la bravoure de nos soldats. Continuons d'en encourager l'usage, mais
sans perdre de vue que les perfectionnements modernes du tir, habilement mis
à profit, par un ennemi plus calme, pourraient faire tourner en désastre
l'attaque non préparée d'une position abordée à découvert. » Dans
le même ordre d'idées, l'instruction recommande de chercher à atteindre
de préférence les flancs de l'ennemi, se servir du terrain pour
rapprocher. Excellente prescription, que malheureusement l'éducation manœuvrière
antérieure de l'infanterie ne l'avait pas préparée à appliquer. C'était
prescrire un remède sans indiquer son mode d'emploi. Le
combat défensif – Les règles concernant la défensive
sont ainsi définies : "Une troupe chargée de défendre une
position oppose aux préliminaires de l'attaque le feu de son artillerie et
de ses tirailleurs pour nuire à l'établissement des batteries, inquiéter
ou arrêter le mouvement de l'infanterie... Les
bataillons de 1ère ligne déployés et couverts, s'il est passible,
par des plis de terrain, par des abris, par des tranchées attendent que
l'ennemi soit arrivé à bonne portée pour l'écraser par des feux de
masse. Ils
doivent toujours être prêts à se reformer rapidement en colonne pour résister
à la cavalerie profiter d'un insuccès de l'ennemi, saisir l'occasion
propice d'un retour offensif. On ne doit pas perdre de vue que le meilleur
moyen de défendre une position est souvent d'attaquer soi-même, sauf à
circonscrire son mouvement si l'on n'est pas en mesure de passer à l'état
d'offensive décidée." Nous
discuterons plus tard la valeur de ces règles. Remarquons tout de suite,
cependant, que l'instruction dépasse la mesure et se met en quelque sorte
en contradiction avec elle-même quand elle affirme "qu'avec les armes
nouvelles, l'avantage appartient à la défensive." On
a fait, avec juste raison un grief aux détracteurs de l'instruction d'avoir
proclamé au principe aussi catégorique sans l'avoir accompagné des
explications nécessaires. L'affirmation prise dans un sens général est
inacceptable, l'offensive seule peut conduire à la victoire. Mais, si,
n'envisageant qu'une tranche du champ de bataille, on considère deux
troupes opposées l'une à l'autre et encadrée, il est de toute évidence
que celle des deux troupes qui restera sur la défensive, alors qu'elle
dispose d'un excellent abri et d'un champ de tir favorable sera dans des
conditions matérielles plus avantageuses que celle qui s'avance à découvert.
L'utilisation du terrain donne à la défense un supplément de force qui
lui permet d'immobiliser un effectif supérieur au sien. C'est la raison d'être
de la défensive. Mais pour que l'avantage soit réel, il faut que le défenseur
n'ait rien à craindre pour ses flancs et qu'il ait la certitude d'avoir
affaire à un assaillant supérieur en nombre ; s'il se laisse,
immobiliser par un effectif moindre, il est dupé. Comment s'en assurer ?
Toute la question est là, et elle est complexe. [1] Système par lequel un jeune homme pouvait se libérer du service militaire moyennant une somme fixée chaque année par le ministre de la guerre. Cette somme était versée à une caisse dite de la dotation de l'armée qui servait à payer les primes de réengagement, l'Etat assumait ainsi la charge du remplacement, mais les rengagements devinrent bientôt insuffisants pour compenser les exonérations ; c'est pourquoi la loi nouvelle prononce leur suppression. [2] Hommes n'ayant pas été compris dans le contingent en raison de leur numéro de tirage, ou exemptés pour des motifs autres qu'un manque d'aptitude physique, ou libérés du service et demandant à faire partie de la garde national mobile [3] L'application de la loi ne pouvait avoir tout son effet qu'après l'appel du contingent de 1875. L'armée aurait eu alors un effectif normal de guerre de 800 000 hommes, y compris 126 000 hommes de la 2e portion. A cette époque, la garde nationale mobile aurait atteint le chiffre de 500 000 hommes. [4] Au moment de quitter les points de concentration, les troupes ne sont pas encore pourvues de leur matériel roulant. Il faudra le constituer à l'aide d'achats ou de la réquisition, et les officiers seront autorisés à se munir de voitures à leurs frais, à raison d'une pour 2 compagnies. Les voitures régimentaires rejoindront en cours de route et on abandonne sur place les voitures achetées ou réquisitionnées. [5] Ils ne sont admis à la retraite qu'après 25 ans de service. [6] Celle du fusil Dreyse est de 9 mètres. [7] Une exception avait été faite en faveur des chasseurs à pied qui, dès leur formation, en 1840, furent dotés d'une carabine dont la hausse était graduée jusqu'à 400 mètres. [8] La formation par quatre en doublant les files est d'origine récente, elle a été introduite pour la première fois dans le règlement de 1862. [9] En colonne à distance entière, la distance d'un bataillon à l'autre est égale au front d'une subdivision plus 30 pas. En colonne à demi-distance, les bataillons ont entre eux une distance égale à un front et demi de subdivision. En colonne serrée, les bataillons ont entre eux une distance de 9 pas. Dans la colonne par bataillon en masse les distances peuvent être portées sot à la demi-distance (un front et demi de subdivision) soit au front de déploiement (front d'un bataillon plus 30 pas). [10] L'intervalle ouvert est égal au front de déploiement plus 30 pas. L'intervalle serré est égal à 30 pas. Ce qui fait 18 combinaisons. Au total 33 colonnes ou lignes de colonnes différentes. [11] Les bataillons peuvent aussi être placés sur deux lignes. L'ordre dans lequel ils y sont établis et la distance qui sépare les deux lignes sont variables suivant le terrain, les circonstance et les intentions de celui qui commande ; les lignes manoeuvrent séparément en liant leurs mouvements suivant le but général. [12] Modifier, était un euphémisme. On ne modifie que ce qui existe. [13] La colonne d'attaque n'est plus composée que de deux divisions par suite de l'emploi de deux compagnies en tirailleurs.
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