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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

Conférences sur l'infanterie

Ecole Supérieure de Guerre (1911)

 

 

L'infanterie allemande

Organisation

Recrutement – Tout sujet prussien reconnu valide doit le service personnel sans exception, exonération ou remplacement pendant 25 ans, de 18 à 42 ans. Il passe 3 ans dans l'armée active, 4 ans dans la réserve, 5 ans dans la landwehr, 13 ans dans le landsturm.

Appelé sous les drapeaux à l'âge de 20 ans, il est donc classé dans la réserve de l'armée active à 23 ans et dans la land­wehr à 27 ans. Il fait partie du landsturm de 18 à 20 ans et de 32 à 42. L'institution du volontariat d'un an compense les rigueurs de ce système et permet le recrutement des carrières libérales[1].

Cadres et effectifs – La compagnie comprend, en temps de paix : 1 capitaine, 3 lieutenants, 10 sous-officiers, 125 hommes.

L'effectif sous-officiers et hommes est doublé à la mobilisa­tion.

Le régiment est à trois bataillons. Le bataillon est à 4 com­pagnies. L'effectif du bataillon est de 1 000 hommes, celui du ré­giment 3 000.

Les corps se mobilisent d'après les règles actuellement en usage dans toutes les armées européennes ; ils reçoivent sur place leurs réservistes, leurs moyens de transport, vivres, munitions, chevaux, en un mot tout le complément nécessaire en hommes, en chevaux et en matériel pour l'entrée en campagne.

La mobilisation commence le jour même de la déclaration de guerre. L'opération s'effectue avec un calme et une régularité qui contrastent avec le désarroi de l'organisation française. Du côté allemande, tout est préparé de longue main, réglé mathéma­tiquement et ponctuellement exécuté. Point de tiraillements, point d'imprévu ; les deux expériences de 1864 et de 1866 ont adouci les frottements qui pouvaient encore exister. Les unités sont trans­portées mobilisées sur les points de concentration.

 

Armement – Toute l'infanterie allemande est armée du fusil Dreyse, à aiguille, que le gouvernement prussien a adopté en 1841, à l'époque où aucun état européen ne songeait encore aux armes à chargement rapide. Le fusil a fait ses preuves en 1864 et 1866 et l'opinion publique lui attribue la meilleure part de succès foudroyants obtenus dans cette dernière campagne.

L'arme ne peut soutenir la comparaison avec le fusil Chas­sepot, comme propriétés balistiques. Sa hausse est graduée jus­qu'à 600 mètres seulement; sa trajectoire est peu tendue (la flèche de la trajectoire de 600 m est de 9 mètres au lieu de 5 pour le Chassepot) ; sa vitesse initiale est de 257 mètres, le calibre de 15 mm 43.

Le gouvernement prussien ne se dissimulait pas les imper­fections du fusil et s'occupait, quand la guerre éclata, de lui en substituer un nouveau. Les essais, terminés en 1869, avaient paru satisfaisants ; les événements ne permirent pas de procéder à cette transformation. Toutes les réserves sont instruites dans le maniement du fusil. L'homme porte sur lui 80 cartouches ; 85 sui­vent dans les colonnes de munitions.

Préparation à la guerre

Les évolutions

La compagnie – L'infanterie allemande est instruite conformément aux dispositions du règlement de 1847, modifié le 3 août 1870[2].

La compagnie déployée est formée sur 3 rangs, les hommes les plus grands au premier rang. Dans  chaque rang les hommes sont placés par rang de taille de la droite à la gauche.

La compagnie est divisée en deux pelotons, le peloton en sections de 4 à 6 files. Les pelotons qui ont 16 files et au-dessus se partagent en demi-pelotons.

Les formations – La ligne déployée sur trois rangs

La colonne de compagnie est une colonne de trois pelotons sur deux rangs à distance de 6 pas, le 3e peloton étant constitué avec le 3e rang de la compagnie[3].

La colonne de compagnie se forme également par demi-pe­lotons.

La compagnie prend des dispositions contre la cavalerie. Pour cela, elle forme d'abord la colonne serrée et fait face ensuite dans toutes les directions. Les hommes du 1er rang croisent la baïonnette et ceux qui sont derrière eux apprêtent leurs armes. Le tir s'exécute à volonté;

Nota : La compagnie marche et manœuvre dans les forma­tions ouvertes ou serrées telles qu'elles sont pratiquées dans le bataillon.

Les feux – Le groupe en ordre serré, de la section au ba­taillon, exécutent le feu à commandement et le feu de files. Ces feux s'exécutent sur deux rangs ; le troisième rang, quand il est présent, reste l'arme au pied.

Le feu à commandement est toujours à préférer. Le feu à volonté (feu rapide) commence et finit au signal du tambour.

Le règlement préconise l'emploi du feu de rang au feu de carré contre la cavalerie. Son but est de ne pas laisser l'infanterie démunie de tout son feu à la fois. Cet argument perd de sa valeur avec l'accroissement de la vitesse du tir.

On prévoit également des feux sur quatre rangs, les deux premiers rangs à genou, les deux autres debout.

Le bataillon – Le bataillon, 4 compagnies, est l'unité tacti­que. L'unité de manœuvre et de combat est, tantôt le bataillon, tantôt la compagnie, suivant le mode d'action employé, le choc ou le feu.

Formations :

-                    La ligne déployée sur trois rangs.

-                    Les colonnes ouvertes (à distance entière) par pelotons, demi-pelotons, sections.

 

- les colonnes ser­rées

à double distance de rang 1,30 m ou à distance de peloton, par peloton, demi-pelotons, sections

La colonne sur le centre ou colonne double (colonne d'atta­que à ¼ distance de pelotons) ployée sur les 4e et 5e pelotons.

La ligne de colonnes de compagnie, dans laquelle les com­pagnies sont à intervalles de déploiement ou serrées à six pas. C'est la formation employée pour les unités appelées à faite usage du feu.

Le carré de bataillon formé en partant de la colonne double à distance serrée : les 3e et 1e pelotons, les 6e et 8e pelotons serrent sur ceux qui les précèdent. Les vides entre les pelotons 2 et 3, 7 et 6 sont bouchés par les serre-files.

Les feux de carrés s'exercent par le premier ou le deuxième rang exceptionnellement par les deux à la fois. Les hommes en arrière du 2e rang ne tirent pas ; ils se bornent à échanger leurs armes chargées contre les armes vides du 2e rang. L'avantage est médiocre avec les armes se chargeant par la culasse ; cette ma­nœuvre est un vestige du passé.

La brigade – La brigade comprend 6 bataillons (2 régiments à 3 bataillons). La brigade prend avant de se déployer une forma­tion de rendez-vous : les régiments sont sur 2 lignes[4], les batail­lons en colonne serrée par peloton ou en colonne d'attaque à 20 pas d'intervalle, 30 pas de distance entre les lignes. La formation par peloton se prête mieux à la marche ; la formation en colonne d'attaque est plus favorable aux évolutions préparatoires au com­bat.

La brigade ouvre et serre sa formation ; elle marche, change de direction en ordre serré et ouvert ; les mouvements se font de pied ferme et en marchant.

Lorsque la brigade se déploie, la distance entre les lignes est de 150 pas, sur le terrain d'exercice.

 


Comparaison des règlements français et prussiens

Si on compare les formations du règlement prussien à cel­les du règlement français, il est difficile de faire prévaloir les mé­rites des unes et des autres.

L'infanterie française se forme en bataille sur deux rangs l'infanterie prussienne sur 3 rangs, mais le 3e rang est destiné à fournir les premiers tirailleurs et disparaît au début du combat. Toutefois, le maintien de l'ordre sur 3 rangs entraîne de sérieuses complications pour la formation des colonnes de compagnies.

Pour les feux, les dispositions prévues dans les deux règle­ments sont identiques ; on emploie des deux côtés des feux de li­gne à commandement et à volonté et des feux de tirailleurs. Le règlement allemand préconise, en outre, l'usage des feux de masse sur quatre rangs.

La colonne double sur le centre figure dans les deux règle­ments.

Les allemands n'emploient pas la colonne par division. Leurs colonnes fondamentales, à l'exception de la colonne double, sont à front de peloton. Les colonnes par peloton sont plus souples que les colonnes par division. C'était aussi l'avis du maréchal Bu­geaud.

Il existe, de part et d'autre, des colonnes ouvertes ou ser­rées. La demi-distance n'est pas employée chez les allemands qui lui ont préféré une mesure uniforme représentée par le quart de distance de peloton.

Le fractionnement du bataillon en colonnes de compagnies, chacune d'elles jouissant d'une certaine indépendance, est une particularité du règlement prussien. Les colonnes de division du bataillon français ont la prétention d'imiter cette disposition, mais elles n'y parviennent que dans la forme car leur articulation reste absolument rigide.

L'École de Brigade prussienne correspond à l'École de ré­giment français. Les prussiens font un plus grand usage que les français des formations de rendez-vous dont ils se servent à éga­lement pour manœuvrer. Les français restent fidèles, en général aux évolutions de lignes[5].

L'autonomie laissée à la compagnie prussienne, qui de­vient, dans certains cas, l'unité de manœuvre et de combat, consti­tue pour le règlement prussien, une supériorité nettement carac­térisée, quoique cette mesure, à elle seule, ne suffise pas à expli­quer les succès constants de prussiens.

A quoi tient donc la supériorité manœuvrière de l'infanterie prussienne ?

L'armée prussienne a un cerveau représenté par son Grand État-major et son Académie de guerre. En outre, son instruction est dirigée en vue de la guerre. En effet, tandis que l'infanterie française ne manœuvre que sur les places d'armes, l'infanterie prussienne a contesté l'habitude de s'exercer souvent en pleins champs aux environs des garnisons. En outre, on a inauguré en Prusse depuis longtemps des grandes manœuvres annuelles ac­compagnées de marches et de cantonnements, qui donnent à l'in­fanterie prussienne une souplesse manœuvrière inconnue dans les autres armées. L'instruction pratiquée en terrains variés, dans les autres armées. L'instruction pratiquée en terrains variés, dans des conditions se rapprochant de celles de la guerre, entraient dans les cadres l'aptitude à la réflexion et les qualités d'initiative qui se manifesteront dès les premiers contacts avec l'armée fran­çaise. Inutile de chercher d'autre cause à l'aptitude manœuvrière de l'infanterie prussienne.

Le combat

Formation du bataillon – Le règlement prussien de 1847, qui consacrait l'indépendance des compagnies, plaçait tous les tirailleurs du bataillon, formés avec les hommes du 3e rang, sous les ordres d'un capitaine que l'on appelait la capitaine des tirail­leurs. Le défaut de cette disposition apparaît immédiate­ment, c'est que le groupe de tirailleurs d'une compagnie ne combat pas nécessairement du profit de son unité. Cette mesure portait en germe le mélange prématuré des fractions du bataillon.

En 1860, le prince Frédéric-Charles, dans un mémoire inti­tulé L'art de combattre l'Armée Française, propose certaines modifications à la formation de combat de 1847.

Les bataillons de première ligne se fractionneront de ma­nière à être toujours précédés de deux compagnies formant éche­lon avancé (Vortreffen). Le front du bataillon se trouvera ainsi réduit de quatre à deux compagnies, mais sa profondeur sera augmentée d'une échelon destiné à former la soutien des tirail­leurs. L'attaque continuera, naturellement, à être donnée par les compagnies de la ligne principale disposées en colonnes. On attri­bue à cette formation les avantages suivants :

1.                  Les tirailleurs sont soutenus directement par leur com­pagnie d'origine dans laquelle ils trouvent un appui solide, facile et prompt, sans mélange immédiat des compagnies.

2.                  La profondeur de la formation introduit la progressivité dans l'effort et permet de réserver le plus grande partie des forces pour le moment décisif. La dissémination en largeur est évitée.

La formation de combat est en résumé la suivante (voir le croquis) :

a.                  Deux compagnies en colonne formant échelon avancé et détachant chacune 1 peloton en tirailleurs ;

b.                  Une ligne principale constituée par les deux autres com­pagnies du bataillon, généralement accolées ; ce son les compa­gnies chargées de donner l'attaque ;

c.                  Une deuxième formée de bataillons en colonne double. On fera appel, en cas de besoin, à ces bataillons pour renforcer l'attaque ou la renouveler.

La formation du prince Frédéric Charles fut appliquée en 1866, mais seulement dans les régiments du corps d'armée qu'il commandait avant la campagne ; la masse de l'infanterie s'en tint à l'exécution du règlement de 1847, c'est à dire à la ligne de colon­nes de compagnies précédées de la compagnie des tirailleur. Ce n'est qu'en 1868 que la formation fut rendue réglementaire pour toute l'infanterie.

Emploi du feu – Dans une instruction à la IIe Armée, Frédé­ric-Charles, fidèle à la théorie exprimée en 1860, que le tir n'est redoutable qu'à partir de la portée moyenne des fusils, recom­mande, dans l'offensive, de joindre l'ennemi le plus tôt possible.

Dans ce but, les tirailleurs s'avanceront immédiatement à bonne portée de l'ennemi, ouvrirent le feu, et lorsque les colonnes seront arrivées à 200 pas, elles s'élanceront à l'assaut.

L'idée dominante de tous les chefs allemands est l'emploi du feu à courte distance. Elle et très nettement exprimée dans une conférence faite aux officiers du 57e prussien par le colonel de Cranach, au moment de la mobilisation :

« Les français n'attaqueront pas ; ils veulent nous arrêter par leur feu et seulement alors courir sur nous . Ils ont abandonné leur tactique offensive, font le plus grand cas de la tactique des feux ; leur fusil les y invite. Nous marcherons vivement, afin de compenser par notre intrépidité et notre rapidité de mouvement l'infériorité de notre fusil. »

Tirailleurs – Dans l'offensive, les tirailleurs ne doivent pas céder le terrain ; ils préparent l'action des gros. Si l'échelon avancé ne suffit pas à donner au feu l'intensité nécessaire, on fait appel aux compagnies de la ligne principale.

L'action en tirailleurs s'exerce par groupes de 7 à 12 hom­mes qui ne doivent jamais se mêler entre eux. Tel est le principe.

Dans la défensive, les tirailleurs, moins solidement consti­tués, se retirent généralement en dégageant le front, et le combat se continue par des feux de ligne.

D'une manière générale, on reconnaît, donc aux tirailleurs, une certaine aptitude offensive, on prévoit leur renforcement par des compagnies de la ligne principale, mais on compte encore, et surtout, sur l'intervention des colonnes pour assumer la décision.

Les faits se chargeront de démonter qu'on n'était pas en­core allé assez loin dans l'idée qu'on s'était faite de l'efficacité du fusil chassepot et de l'action des tirailleurs.

Résumé des prescriptions pour le combat – L'infante-rie doit pouvoir combattre en terrain ouvert ou coupé, contre des troupes serrées ou en débandade, et pouvoir faire usage, successivement ou simultanément, du feu et du choc.

Aux fractions à rangs serrés appartiennent l'attaque à la baïonnette et l'exécution des feux dans la défensive ; le combat par le feu, dans l'offensive, est réservé aux tirailleurs sont fournis, en principe, par les hommes du 3e rang doivent savoir combattre à rangs serrés.

Le feu à courte distance est le seul recommandé.

Le perfectionnement des armes à feu a donné à l'infanterie une grande puissance sur son front. Les points faibles d'une ligne de bataille sont les flancs.

Le moyen de préserver ses ailes et de menacer celles de l'adversaire est de recourir aux échelons ; ils sont avantageux aussi bien dans la défensive que dans l'offensive.

Comparaison des procédés français et allemands

Les français, comme les allemands, appliquent la doctrine du feu et du choc. Les français n'admettent pas le renforcement des tirailleurs, le feu de ligne doit succéder à celui des tirailleurs.

Les allemands estiment que le feu des tirailleurs doit suf­fire à préparer l'attaque, et ils admettent le renforcement de ces ???

L'attaque, chez les français, peut-être exécutée par la  for­mation elle-même qui se reforme en colonne après avoir fait usage de son feu. Chez les allemands, l'attaque est menée par des colon­nes qui viennent s'appliquer sur la chaîne[6].

Les faits prouveront  que la vérité n'est ni du côté des al­lemands, ni du côté des français, mais qu'elle est plus près de la conception des allemands que de celle des français.

En ce qui concerne la défensive, la doctrine est commune.


Exécution

La IIe brigade prussienne le 16 août 1870

Opérations préliminaires

Arrivée de la 6e division sur le champ de bataille – Le 16 août 1870 au matin, la 6e division, général de Bruddenbrock, se portait des Baraques sur Mars-la-Tour, en formation de rendez-vous, les quatre régiments l'un derrière l'autre, chacun d'eux ayant ses trois bataillons formés sur la même ligne, en colonne double (colonne sur le centre).

En tête, marchait la 12e brigade, composée des 64e et 24e régiments : la 11e brigade suivait avec les 35e et 20e régiments.

Vers 10 h 15, la division arrivait à hauteur de la ferme du Sauley, lorsqu'elle reçut l'ordre de suspendre sa marche vers le nord et de converser immédiatement à droite de manière à venir dans les environs de Tronville.

Le commandant de la 6e division prescrivit aussitôt à ses deux brigades de se porter de part et d'autre de ce village, face à l'Est, la brigade de guerre (11e) au sud, le long de la route de Puxieux à Tronville, la brigade de tête (12e) au nord, à cheval sur la chaussée de Mars-la-Tour à Vionville

Reconnaissance du commandant de la 6e division – Pendant que la conversion s'effectuait, le général de Buddenbrock avait gagné au galop la hauteur à l'Est de Tronville pour se rendre compte de la situation.

A ses pieds s'étendait, du nord au sud, le ravin qui descend du bois de Tronville vers le bois de Gaumont. On y voyait un ras­semblement de cavalerie à l'embranchement du ravin remontant vers Flavigny. Au-delà, sur les croupes 297 (ouest de Vionville) 294 et 302 on apercevait des batteries prussiennes qui parais­saient terriblement exposées. Plusieurs d'entre elles amenaient leurs avant-trains et dévalaient dans le ravin à une allure qui donnait à ce mouvement de recul l'aspect d'une déroute.

De l'emplacement qu'il occupait, le général ne voyait ni Vionville, ni le terrain à l'est du cimetière. L'ennemi échappait complètement à sa vue, Il entendait, d'autre part, le bruit d'un combat violent dans la direction de Gorze.

La situation, en résumé, pouvait lui apparaître ainsi : en­nemi menaçant sur le front de Vionville-Flavigny ; plus au sud : lutte engagée par la 5e division d'infanterie ; au nord : rien jusqu'à présent.

Une obligation impérieuse ressortait de cette reconnais­sance, c'était de dégager au plus vite l'artillerie en poussant en avant d'elle des fractions d'infanterie.

Revenu en arrière, il trouvait les mouvements de conver­sion des deux brigades presque terminés et prescrivait à la bri­gade de gauche, de pousser immédiatement deux bataillons sur Vionville par l'ouest pour protéger l'artillerie, à la brigade de droite, de porter dans le même but un bataillon sur Vionville par le sud et un bataillon sur Flavigny.

Quant à son artillerie, apprenant que les deux batteries lé­gères étaient parmi celles qui venaient de se replier à l'ouest de la croupe du cimetière, et que les deux batteries lourdes se trou­vaient sur la hauteur de la statue de la Vierge, il obtint qu'elles fussent remises à sa disposition et leur envoya l'ordre de rallier la division vers Tronville[7].

La 6e division s'engage toute entière – quelques minutes s'étaient à peine éculées depuis le départ des bataillons, lorsque le général de Buddenbrock reçut du commt du corps d'armée l'ordre qui suit :

 

Ouest de Vionville, le 16 août, 11 h.

 « L'ennemi paraît attaquer très vivement le général de Stulpnagel (5e division). La 6e division s'engagera sur toute la ligne avec toutes ses forces. »

                                                            Alvensleben

 

Les batteries n'avaient pas encore rallié la 6e division.

La 11e brigade arrivait alors dans le ravin au sud de Tron­ville, tandis que la 12e brigade allait atteindre la chaussée de Mars-la-Tour, au sud du bois de Tronville.

Le général de division, en transmettant à ses subordonnés la décision du commt du IIIe corps, prescrivit à la brigade de droite (IIe) de s'engager tout entière entre Vionville sud et Flavigny in­clus, à la brigade de gauche (12e), d'attaquer Vionville par l'ouest en étendant son mouvement plus au nord suivant les circonstan­ces.

Les brigades s'ébranlèrent aussitôt sur les traces des ba­taillons précédemment poussés en avant et qui n'avaient pu ga­gner encore que quelques centaines de mètres.

Il était alors un peu plus de 11 heures.

Marche d'approche d'engagement de la IIe brigade

Déploiement de la 11e brigade – Vers 10 h ¾, la brigade terminait sa conversion face à l'est en pivotant autour de la ferme Sauley ; le général de Rothmaler la porta aussitôt vers la dépres­sion au sud de Tronville.

Dans l'éventualité d'un engagement dont les ordres du gé­néral de division faisaient pressentir l'imminence, le général de brigade avait, de sa propre initiative, procédé à un déploiement préalable qui consista :

-                    pour le régiment de tête (35e) : à disposer tout en mar­chant ses bataillons à intervalles de déploiement ;

-                    pour le régiment de queue (20e) : à suivre en deuxième li­gne à 150 pas environ avec 30 pas d'intervalle entre les bataillons.

1er ordre reçu – Les mouvements étaient en voie d'exécu-tion et la dernière ligne commençait à descendre dans la ravin au sud de Tronville, lorsque la 11e brigade reçut du général de division un premier ordre verbal dont la teneur était celle-ci :

« L'ennemi presse vivement notre artillerie établie sur les hauteurs 297, 294 et 302. Portez de suite un bataillon sur Flavi­gny, un autre vers le sud de Vionville, pour soutenir l'artillerie. La 12e brigade dirige deux bataillons sur Vionville par l'ouest. »

L'ordre était transmis au 35e qui portait ses deux bataillons d'ailes, Ier sur Vionville et IIe, sur Flavigny dans les directions in­diquées. Le reste de la brigade achevant son mouvement, venait s'arrêter dans la dépression au sud de Tronville.

2e ordre reçu – Ces dispositions venaient à peine d'être pri­ses et les deux bataillons du 35e (Ier et IIIe), poussés en avant avaient tout au plus gagné une distance de 3 ou 400 pas, qu'un deuxième ordre du général de division parvint au général de Rothmaler.

« La 5e division paraît engagée dans un violent combat au nord de Gorze. La 6e division toute entière va se porter à l'atta­que :

-                    12e brigade, sur le front Vionville et au nord ;

-                    11e brigade, sur le front Vionville-Flavigny.

Exécution immédiate. »

Les deux bataillons qui venaient d'entamer la marche dans les directions Vionville (sud) et de Flavigny amorçaient le mouve­ment prescrit maintenant à toute la brigade.

Celle-ci s'ébranla à leur suite et le général de Rothmaler se borna à leur donner les indications suivantes :

« Ordre  au  IIe/35e de  marcher  dans  l'intervalle des deux autres. Ordre au 20e régiment de suivre en 2e ligne [8]. »

Tous les bataillons vont prendre uniformément, dès le dé­but du mouvement, les dispositions prescrites en pareil cas par le règlement : les bataillons de 1e ligne prendront la formation normale de combat, ceux de 2e ligne ouvriront les intervalles entre les compagnies.

Le 35e régiment – Les deux bataillons qui précédent la 11e  brigade (Ie,IIIe/35e) ont  l'ordre de  se porter  dans les directions respectives de Vionville et de Flavigny. Ils pren­nent immédiate­ment ces directions sans s'arrêter pour déposer les sacs. Le IIIe/35e passant aux environs de la cote 284, gagne le couloir  de Flavigny par 269 et 272 ; il n'a pas vu l'ennemi, il n'aperçoit que l'artillerie amie sur les hauteurs 294 et 302 de part et d'autre se son cheminement.

Ordre de marche :

 

 

 

11e

|

 

 2e

 

 

 

 

|

 3e

 

 

(III)/35

12e

 

|

 

 

(I)/35

 9e

 

|

 4e

 

 

 

10e

|

 

1ère

 

Le I/35e débouche à l'est de Tronville. Il n'aperçoit pas Vionville, mais doit entrevoir un instant par le couloir 273-281 la fumée des lignes françaises établies au sud-est de cette localité.

A sa gauche, deux bataillons de la 12e brigade se portent sur Vionville, à  cheval sur la route de Mars-la-Tour.

Descendant le flanc est de la croupe 286-288, le 1er/35e chemine ensuite à mi-côte sur le revers nord du couloir de Vion­ville.

Un peu après avoir dépassé la cote 291, les tirailleurs des 1e et 2e compagnies tombent sous le feu des défenseurs de la corne S.O. de Vionville. A leur gauche, les bataillons de la 12e bri­gade se sont arrêtés face à la lisière ouest.

Bientôt les 1ère et 2e compagnies tout entières se fondent sur la ligne de combat, sans pouvoir néanmoins se rapprocher à moins de 300 pas du village. Ces deux compagnies ne tardent pas à tomber également sous le feu des troupes françaises établies au S. E. De Vionville, près de la route qui conduit de ce village à Gorze.

Pour faire face à ce nouvel adversaire, le commandant du bataillon prescrit à ses compagnies de queue (3e et 4e) de se porter sur le cimetière. Il reste de se personne auprès des 1e et 2e compa­gnies.

Les 3e et 4e, appuyant d'abord franchement vers le sud pour éviter le feu des défenseurs de Vionville, montent ensuite vers le cimetière[9].

Le IIe/35e venait de s'arrêter à l'ouest de 288, laissant les deux bataillons qui l'encadraient précédemment continuer leur marche, quand l'ordre lui parvient de s'ébranler à son tour et de marche à la droite du Ier/35e.

 

 

 

 7e

 

 8e

 

Il part dans l'or­dre :

 

 

 

 5e

 

 

 

 6e

 

En descendant vers le ravin 268, il aperçoit devant lui et à sa gauche le Ier/35e qui le devance de quelques centaines de pas. Il s'engage dans le couloir 273-281, prenant sa direction de manière à prolonger la droite du Ier/35e, réduit à deux compagnies, et qu'il aperçoit arrêté maintenant devant le corne S.O. de Vionville.

Le 20e régiment – Le 20e régiment se trouvait à l'est de Tronville, quand son colonel reçut l'ordre de suivre en deuxième ligne le 35e régiment.

Aux termes du règlement, les bataillons de deuxième ligne doivent marcher vis à vis des intervalles de la 1e ligne, le colonel indiqua, en conséquence, les directions suivantes :

-                    au bataillon de droite IIIe/20 : le cimetière ;

-                    au bataillon du centre Ier/20 : une batterie amie qui venait de s'installer à 291 ;

-                    au bataillon du gauche : Vionville.

Avant de se mettre en marche, les bataillons déposent leurs sacs dans les vergers avoisinant Tronville.

Ils franchissent ensuite la crête 286-288 dans la formation ci-dessous :

  5

 

  6

  3

 

 

  2

 

 10

 

 

 11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  7

 

 

  4

  1

 

 

 

  9

 12

 



[1] Le système a été étendu à tous les états de la Confédération.

[2] Les modifications consistent dans une mise à jour du règlement conforme aux ordres de Cabinet successifs promulgués depuis l'année 1847. En réalité, toutes les dispositions du nouveau règlement sont appliquées depuis plusieurs années dans les corps de troupe.

[3] Pour former la colonne de compagnie en partant de la ligne déployée, le 3e rang du peloton destiné à former la tête faut face en arrière, marche 12 pas et se remet face en tête. L'autre peloton porte ses deux premiers rangs à 6 pas du 1er, tandis que son troisième rang vient se placer en avant et contre le troisième rang du peloton de tête.

[4] Sur trois lignes quand la brigade est isolée.

[5] Il y a lieu d'entendre également par lignes, les lignes de colonnes.

[6] Dans le vocabulaire militaire, le mot "attaquer" à deux significations. Pris dans un sens général, il correspond à l'expression "prendre l'offensive".

Considéré dans son sens particulier, il répond à l'idée de la charge. L'attaque est un mouvement continu de l'assaillant en vue de déloger l'ennemi de sa position ; elle comporte le mépris du feu, aussi bien du sien que de celui de l'adversaire, et ne compte, pour réussir, que sur la menace de l'abordage à la baïonnette.

[7] Les batteries de la 6e division s'étaient portées sur ces emplacements sur l'ordre du général de Bülow, commandant l'artillerie du 3e corps.

[8] La suite du récit prouvera que les 2 bataillons de tête du 35e n'ont pas été informés de la modification survenue de la 11e brigade.

[9] Ce mouvement des 3e et 4e compagnies ne peut s'expliquer que si le chef de bataillon ignorait l'engagement de toute la brigade. 

 

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