| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Bibliothèque Stratégique
De la manoeuvre napoléonienne à l'offensive à outrance La tactique générale de l'armée française - 1871-1914
Dimitry Queloz
Introduction La pensée militaire et la doctrine de l’armée française dans l’historiographieL’historiographie
de la pensée militaire et de la doctrine de l’armée française de la
période 1871-1914 s’est focalisée sur un point : souligner et
expliquer le développement de l’esprit offensif de l’armée
française dans les années précédant la première guerre mondiale. Seuls
quelques historiens ont étudié et analysé, au travers d’une vue
panoramique plus ou moins large, la pensée militaire française dans son
ensemble. Ces dernières études présentent des synthèses intéressantes
dans le cadre d’une première approche, mais aucune d’entre elles ne
constitue cependant un ouvrage de référence permettant de saisir dans sa
globalité la complexité de la pensée militaire française de cette
période. Le
meilleur livre de cette catégorie est celui de Carrias, La
pensée militaire française[1],
qui présente un intérêt bien supérieur aux ouvrages de Schneider[2]
et de Wanty[3],
trop généraux, mais qui ne saurait suffire pour une compréhension
approfondie de la question. Dans cette étude claire et riche, s’appuyant
sur une importante documentation, Carrias situe l’évolution de la pensée
militaire française dans un contexte technique, institutionnel et
intellectuel général. L’ouvrage présente toutefois le défaut d’un
esprit parfois trop synthétique et superficiel. Carrias se montre en outre
trop descriptif. Il n’analyse que peu les doctrines présentées et ne met
en relation ni les différents courants de pensée, ni les liens existant
entre l’évolution de la pensée en général et celle, plus
particulière, de la pensée militaire. Trois
autres ouvrages méritent une attention particulière : celui de Blin[4],
celui de Contamine[5]
et celui de Goya[6].
Le premier de ces auteurs s’est concentré sur la question des doctrines
tactiques. Divisé en trois grandes parties, son ouvrage, très
didactique, traite, de manière chronologique, des trois armes :
artillerie, cavalerie et infanterie. Conçu comme un manuel, il servait à
la préparation à l’examen de l’École supérieure de guerre. Blin
s’attache avant tout à présenter de manière synthétique et
chronologique les développements techniques des armes, l’organisation et
la structure de l’armée à ses différents échelons. Il brosse ensuite
un portrait synthétique de l’évolution des doctrines tactiques
d’après les règlements et l’analyse des principales guerres et
batailles jalonnant la période considérée. Les grandes qualités de cet
ouvrage résident dans sa clarté et ses synthèses des doctrines
officielles successives que l’auteur aborde par une étude
systématique des règlements. Il se cantonne au niveau tactique et ne
commet pas l’erreur de mélanger ce dernier avec le niveau stratégique,
contrairement à la majorité des autres livres. Cependant, écrit dans un
style télégraphique facilitant l’apprentissage de la matière, sa
lecture est difficile et peu agréable. Enfin, l’ouvrage présente le
défaut de n’entrer que rarement dans les discussions et les débats de la
pensée dans son ensemble. Quant à
l’étude de Contamine, elle séduit par son originalité. Ecrite sur la
base d’une bibliographie comprenant plus de mille titres et sources, elle
aborde la pensée militaire par thèmes (artillerie, largeur du front, etc.)
plutôt que par courants de pensée. Cette approche, qui présente le
désavantage de ne pas mettre en évidence ces derniers, permet cependant de
se rendre compte des similitudes ponctuelles d’opinion entre des personnes
appartenant à des écoles de pensée très différentes. Rempli de
sous-entendus et souvent ironique, ce livre présente des thèses
originales, allant souvent à l’encontre des idées reçues :
manque d’originalité de la pensée de Pétain, non-fatalité de la
guerre de tranchées pour la première guerre mondiale, etc. ! L’étude du commandant Goya, en dépit du fait qu’elle n’aborde pas certaines questions et laisse de côté nombre de débats, constitue sans aucun doute le meilleur ouvrage traitant de la tactique de l’armée française avant et au cours de la première guerre mondiale. Elle a été faite parallèlement à la nôtre et sans qu’il y ait eu d’échange entre nous. En la lisant, au terme de notre travail, nous avons eu l’heur de découvrir plusieurs conclusions semblables aux nôtres. Parmi ses nombreuses qualités, nous pouvons notamment en relever trois. La première consiste à ne pas confondre les différents niveaux stratégique et tactique. L’auteur limite en effet son champ d’étude à la tactique et compare toujours les documents en respectant les niveaux hiérarchiques auxquels ils étaient destinés. La deuxième réside dans le fait qu’elle dissocie la doctrine de la pratique. Militaire tout comme nous, le commandant Goya a parfaitement compris que ces deux éléments ne sont pas forcément identiques et qu’ils peuvent même, parfois, présenter de singulières différences, voire des contradictions. Nous pouvons toutefois lui reprocher de ne pas avoir envisagé toutes les conséquences qui en découlaient. Enfin, l’auteur a remarquablement su mettre en évidence les problèmes d’organisation, de structure et d’infrastructure de l’armée française et les conséquences qui en ont découlé. La
majorité des historiens se sont toutefois penchés sur la question du
caractère offensif particulièrement développé de la doctrine française
en 1914, l’offensive à outrance, et ont cherché à en
déterminer les causes. Ces dernières sont présentées d’une manière
parfois un peu trop synthétique dans l’ouvrage néanmoins remarquable
d’Azar Gat, The Development of
Military Thought : The Nineteenth Century[7].
Gat distingue quatre écoles historiques dont il mentionne les principaux
représentants. Si cette division s’avère caricaturale, dans le sens où
certains historiens, tout en présentant une idée force, ne rejettent
nullement les autres causes, qu’ils considèrent comme secondaires ou
concomitantes, elle permet cependant de présenter d’une manière claire
l’ensemble des thèses énoncées. La
première explication est liée au renouveau intellectuel de la pensée
militaire française à partir du milieu des années 1880. Pour des
historiens comme Liddell Hart[8],
Irvine[9],
Possony et Mantoux[10],
auxquels nous ajoutons Boucher[11],
Maurice[12]
et Cochin[13],
les penseurs de l’École supérieure de guerre nouvellement créée,
découvrant les théories militaires allemandes, ont développé des idées
qui eurent une influence déterminante sur la pensée militaire ultérieure,
en particulier un esprit offensif marqué. Une
deuxième école a attribué la doctrine de l’offensive
à outrance aux caractéristiques politiques et
sociologiques de l’armée française. Selon les tenants de cette thèse,
Monteilhet[14],
Michon[15],
Girardet[16],
Challener[17]
et, plus récemment, Snyder[18],
l’armée était le dernier bastion de conservatisme et
d’anti-républicanisme, comme l’avait bien montré l’affaire Dreyfus[19].
Les militaires auraient tenté de conserver leur esprit de corps social et
professionnel spécifique et fermé, en dépit de la volonté politique de
transformer l’armée en armée de réserve (nation en armes). La doctrine
de l’offensive à outrance, envisageable uniquement avec des troupes
professionnelles hautement entraînées et possédant une cohésion
élevée, aurait été développée en raison de la volonté de maintenir,
en quelque sorte, l’esprit de caste des militaires. Un
troisième courant, représenté principalement par Bowditch[20]
et Porch[21],
a mis l’accent sur l’aspect pathologique de la réaction psychologique
de l’armée française face à l’augmentation de la puissance de
l’armée allemande. Ne pouvant compenser son infériorité matérielle,
elle aurait alors basculé psychologiquement dans un autre monde et se
serait construit un univers fantasmatique dans lequel l’importance des
forces morales l’aurait emporté sur les forces matérielles. Enfin,
une quatrième école, représentée par Tuchman[22]
et Howard[23],
a resitué l’évolution de la pensée militaire française dans un cadre
intellectuel plus général et l’a associé avec les idées développées
par Bergson, idées caractérisées par un renouveau spirituel et moral[24]. La
largeur de la palette des causes montre toute la difficulté à expliquer le
développement de l’esprit offensif de l’armée française dans les
années précédant la première guerre mondiale. Gat a d’ailleurs
souligné cette complexité et en a conclu qu’aucune de ces thèses
n’est suffisante à elle seule pour expliquer le phénomène et que toutes
ont eu leur influence dans le processus de développement. Comparaison
avec l’historiographie des pensées et des doctrines militaires
contemporaines (Allemagne
et Angleterre)
Si nous
comparons l’historiographie concernant l’armée française avec celle se
rapportant aux autres pays, nous pouvons remarquer de nombreuses
similitudes. La majorité des historiens ont, en effet, tout comme pour Selon des
auteurs contemporains comme Repington[25],
Delbrück[26]
et Engels[27],
la pensée militaire aurait connu, en Allemagne, un déclin après la
disparition de Clausewitz[28].
Elle aurait fini par se focaliser, dans les années précédant la première
guerre mondiale, sur deux points : la victoire décisive par le biais
d’une bataille d’annihilation (offensive stratégique) et
l’enveloppement tactique. Plus récemment, des historiens ont
interprété la pensée militaire allemande dans un sens comparable à celui
du courant sociologique dont nous avons parlé. Pour ces auteurs, la pensée
militaire aurait eu pour but de forger socialement la nation et de propager
une idéologie militariste axée sur l’opposition au socialisme et au
libéralisme[29].
À cette vision peu convaincante, nous préférons celle, socio-culturelle,
de Thomas Lindemann[30].
Si son livre n’aborde pas les débats d’idées et ne donne aucune
indication sur le contenu des doctrines, il apporte un élément
significatif à la compréhension de l’esprit offensif des dirigeants
politiques et militaires allemands, influencés par le nationalisme völkisch
et le darwinisme social. Un
auteur, Antulio Echevarria, se distingue au milieu de cette historiographie[31].
Il a souligné les aspects caricaturaux de ces conclusions et a exposé une
interprétation très neuve de la pensée militaire allemande de la fin du xixe et du début du xxe siècles. Sa méthode de travail, très proche
de la nôtre, lui a permis de montrer la grande diversité d’opinions des
penseurs allemands, ainsi que leur bonne compréhension des vastes
changements liés à l’arrivée des armes modernes. Selon lui, ces
penseurs ont réussi à surmonter la crise culturelle, stratégique et
tactique qui en découlait en imaginant deux solutions : le
développement d’une combinaison entre le feu et le mouvement, ainsi que
la décentralisation de la conduite de la bataille et du combat. Le
problème de l’armée allemande ne se situe pas au niveau de la pensée ou
de la doctrine, mais dans la transmission des idées dans la pratique, en
raison de défaillances dans l’entraînement des troupes. En ce qui
concerne l’armée britannique, les reproches classiques d’incompétence,
d’obstination et de manque d’imagination, de négligence des effets de
la puissance du feu ont aussi été développés par l’historiographie[32].
Des bémols ont toutefois été apportés, qui soulignaient que la réforme
mise en place au lendemain de la guerre des Boers était arrivée trop tard
et que des problèmes budgétaires avaient pesé dans la modernisation de
l’armée. Dominik Graham, de son côté, a insisté sur le cadre
particulier du British Expeditionary
Force. Ces défauts étaient liés à sa petite taille (six divisions
d’infanterie et une division de cavalerie), à ses fréquents engagements
outre-mer et à sa structure. Elle n’était pas conçue pour mener un
combat de division ou de corps d’armée et ne possédait pas de réelle
doctrine en matière de tactique générale[33]. Quant à
Michael Howard et Thimothy Travers, ils ont mis l’accent sur l’aspect
moral de la pensée militaire anglaise d’avant 1914. Le premier de ces
historiens, qui a attribué un rôle primordial à Henderson[34]
qu’il considère comme le plus important penseur anglais, a souligné
l’influence de Clausewitz sur l’ensemble de la pensée européenne et
l’importance prise par l’esprit de sacrifice en Angleterre[35].
Il se montre cependant trop général, trop monolithique et ne parle pas des
débats qui ont eu lieu. Enfin, il aborde surtout les questions
d’infanterie et laisse de côté ce qui concerne les autres armes. Pour
Thimoty Travers, les militaires britanniques ont reconnu la puissance
acquise par la défensive du fait du développement technique des armes à
feu et la quasi-impossibilité pour l’offensive de l’emporter[36].
Toutefois, ils ont conservé leur esprit offensif et ont développé trois
sortes d’argumentations pour justifier leur attitude. Ainsi, Hamilton
pensait avoir trouvé une solution au problème par une augmentation des
forces morales des troupes et un meilleur entraînement individuel.
D’autres, comme le colonel Maud et le major Pollok, éditeur de l’United
Service Magazine, ont tout simplement accepté l’importance des pertes
qui découlait des progrès de l’armement. Enfin, ceux qui étaient
influencés par Clausewitz, comme le futur maréchal Haig, se sont rabattus
sur une argumentation purement morale et ont affirmé la supériorité du
choc. Ces trois argumentations ont été renforcées au lendemain de la
guerre des Boers, non seulement en raison de l’étude de la guerre
elle-même, mais aussi du fait de l’esprit de la société edwardienne.
Travers compare le débat à un combat d’arrière-garde menée contre la
puissance du feu. Il écrit que les penseurs ont compris l’importance
prise par cette dernière, mais n’ont pas admis qu’il était nécessaire
de modifier la tactique. Buts
de l’étude, méthode et délimitation du sujet
Les deux
plus grands défauts méthodologiques que nous avons pu remarquer dans
l’historiographie sont constitués par l’absence de distinction entre
stratégie, tactique générale et tactique et par la confusion entre état
d’esprit, pensée militaire, doctrine et application de la doctrine. Cette
constatation nous fera reprendre l’étude de la pensée militaire
française, de la doctrine et de son application par les troupes d’une
manière systématique, sans a priori.
Notre but sera de montrer comment l’armée française a développé une
doctrine au lendemain de la défaite de 1870-1871, la doctrine de la “manœuvre
napoléonienne”, comment elle a évolué et a fini par être abandonnée
peu de temps avant la première guerre mondiale au profit d’une nouvelle,
celle que l’histoire a retenu sous le nom d’offensive à outrance et quel est le rôle joué
par cette dernière dans le cadre des offensives meurtrières du début de
la première guerre mondiale. Notre étude se limitera aux questions
relevant de la tactique générale. Cette approche se justifie par le fait
que l’offensive
à outrance et la “manœuvre napoléonienne” se
situent à ce niveau hiérarchique précis. Définitions
La
tactique générale
Les
notions de stratégie et de tactique sont floues, se recoupent
partiellement et ont été définies de manières variables, selon les
époques et les auteurs[37].
Durant la période que nous étudions, les penseurs ont eu, comme nous le
verrons, des difficultés particulières à définir les deux concepts et
à établir une distinction claire entre eux. Aucune de leurs nombreuses
définitions n’a réussi à s’imposer et la plupart d’entre elles
montrent une incapacité à définir des concepts théoriques. Elles sont
avant tout utilitaristes et il n’y a que rarement une véritable
distinction de nature entre les deux domaines. La plupart du temps, la
stratégie n’est envisagée qu’en tant que “tactique en plus grand”
ou tactique à un échelon très élevé[38]. Vu le
flou des concepts employés à l’époque en matière de stratégie et de
tactique, il ne saurait être question d’utiliser des définitions aussi
complexes que celles développées depuis la première guerre mondiale[39].
Elles ne permettraient pas, prises de manière trop stricte, d’étudier la
réalité des écrits, car elles mettraient à l’écart une partie des
documents qui n’entreraient pas dans le moule des définitions. De plus,
l’apparition du concept d’“opératique”
a introduit un niveau intermédiaire entre la stratégie et la tactique,
qui sont les deux seuls niveaux généralement employés en France avant
1914. Enfin, la profonde modification des moyens militaires stratégiques et
tactiques, après la première guerre mondiale et surtout après la seconde,
a entraîné un glissement du tactique vers le stratégique. Nous
emploierons donc une définition “élastique”, capable de prendre en
compte la réalité des écrits de l’époque étudiée. Nous définirons
simplement la tactique comme la mise en œuvre des moyens à disposition du
commandement dans le cadre de la bataille et de sa préparation directe.
Nous analyserons les écrits en fonction de cette définition, que ces
écrits aient été considérés comme stratégiques ou tactiques par leur
auteur. Cette définition doit être cependant précisée. Nous traiterons
des questions de tactique générale, c’est-à-dire de tactique
combinant l’action d’ensemble des différentes armes :
infanterie, artillerie, cavalerie, génie et aviation. Cela aura pour
conséquence d’exclure les petites unités jusqu’au niveau de la
brigade, qui ont leur tactique propre, la tactique d’arme. Nous serons
toutefois obligé de faire de brèves incursions dans ce domaine en raison
de l’influence que peut avoir la tactique d’arme sur la tactique
générale, en raison aussi de la nécessité de mieux comprendre les
caractéristiques techniques de certains matériels. Nous
n’aborderons pas les questions de stratégie, c’est-à-dire la mise en
œuvre des moyens dans le cadre de la guerre, par opposition à la mise en
œuvre dans le cadre de la bataille pour la tactique. Cette définition
écarte tout ce qui concerne la préparation de la guerre, comme les plans
de campagne et de concentration, les questions de mobilisation et de
transport, l’emploi des fortifications permanentes dans le cadre des
opérations, etc. Comme pour la “limite inférieure” entre tactique
générale et tactique d’arme, la “limite supérieure”, avec la
stratégie, ne sera pas totalement hermétique. D’une part, il existe des
interactions entre les deux niveaux. D’autre part, certains auteurs
traitent les deux niveaux sans prendre en compte une réelle différence de
nature. L’engagement au niveau armée, dans le cadre de la “manœuvre
napoléonienne”, constitue sans doute l’exemple le plus explicite en la
matière. Il ne se différencie pas réellement par rapport à celui des
deux échelons inférieurs : corps d’armée et division. Notre
analyse de la tactique générale se fera selon les trois modes d’action
proposés par Reichel : feu, choc et manœuvre[40],
auxquels nous avons ajouté le moral. Le feu comprend l’ensemble des
moyens de combat à distance. Dans le cadre de notre étude, il s’agit
principalement du fusil, de la mitrailleuse et de l’artillerie. Le choc,
dont le but est de détruire par l’action directe d’une masse agissant
rapidement et cherchant le corps à corps avec l’adversaire, comprend deux
volets, qui peuvent être présents ensemble ou totalement séparés. Le
premier est d’ordre psychologique. L’action engendrée est
essentiellement morale. Certains auteurs ont même envisagé exclusivement
cet aspect et en ont conclu à l’absence de choc effectif. Selon eux,
l’action morale d’une troupe marchant vers l’ennemi, la simple menace
de l’abordage, suffit à faire fuir ce dernier. Le second volet est
d’ordre matériel. Dans cette conception du choc, le choc physique existe
bel et bien et les deux adversaires en viennent à la lutte effective au
corps à corps. Celle-ci doit être envisagée de trois manières : un
combat à faible distance, une mêlée à l’arme blanche ou un choc
physique correspondant à une véritable multiplication de la masse de la
troupe par la vitesse de la charge qu’elle effectue. À l’opposé du
choc se situe la manœuvre. Elle est fondée sur le mouvement et cherche à
aborder l’ennemi de manière indirecte en l’attaquant sur ses flancs ou
ses arrières. Son action est à la fois d’ordre matériel et moral.
Enfin, le moral est sans doute le facteur qui est le plus complexe à
définir, car il comprend l’ensemble des activités ayant une action
psychologique sur l’adversaire. Dans un sens large, il ne se limite pas
à l’action psychologique directe du feu, du choc et de la manœuvre. Il
comprend également un aspect intellectuel en faisant intervenir aussi les
activités de conception et de conduite du commandement. Ces
quatre modes sont interactifs et n’agissent pas de manière séparée. Un
exemple concret permettra de bien comprendre cette interaction. La manœuvre
engendre un effet moral. L’apparition d’une force ennemie sur le flanc
ou sur les arrières peut parfois suffire à faire fuir le défenseur. Cet
effet moral se double d’un effet matériel. Dans un cadre purement
tactique, cette action se traduit par une augmentation significative de la
puissance et de l’efficacité du feu. Le nombre de bouches à feu pouvant
être mis en ligne augmente, tandis que les tirs d’écharpe augmentent les
effets de destruction. À son tour, cette augmentation de la létalité
provoque un effet moral sur l’adversaire pris entre deux feux : il
évacue la position ou se rend. Cette
grille d’analyse, basée sur l’étude séparée des quatre modes
d’action tactique, permet de déterminer l’importance accordée par les
différents théoriciens et les différentes doctrines à chacun d’entre
eux. De plus, en intégrant à cette analyse une étude approfondie de la
conception de chacun des modes, nous mettrons en évidence les grands
courants de pensée qui ont marqué la période étudiée et en
retracerons l’évolution, depuis leur genèse jusqu’à leur abandon,
avec les influences qu’ils ont pu avoir sur la doctrine de l’armée ou
sur des courants contemporains ou ultérieurs. État
d’esprit, pensée militaire, doctrine et application de la doctrine
Rares
sont les auteurs qui ont cherché à définir des catégories différentes
dans ce que nous pouvons appeler la pensée militaire, prise dans le sens
d’activité intellectuelle la plus générale et la plus large possible.
Antulio Echevarria a distingué la pensée, la théorie et la doctrine
militaires, auxquelles il a encore ajouté la pratique[41].
Il définit la pensée comme l’ensemble des doctrines, des théories et
des croyances appartenant à un individu, un groupe d’individus ou une
époque. Quant à la théorie, elle se réfère à des concepts, des
hypothèses et des principes développés pour répondre à une question,
pour résoudre un problème. Cette
classification et ses définitions sont bonnes, mais incomplètes. Nous
préférons distinguer entre état d’esprit, pensée militaire, doctrine
et application de la doctrine, selon les définitions suivantes. Par état
d’esprit, nous entendons l’ensemble des idées générales, non
structurées, souvent vagues et mal définies, qui circulent dans un
groupe social spécifique. Dans le cas présent qui se rapporte à l’offensive
à outrance, le fait de vouloir attaquer ne donne
aucune indication en ce qui concerne les moyens et la manière que l’on
désire employer pour y parvenir[42].
Comme le souligne si justement le capitaine Dhé dans son article sur
“L’esprit offensif”, le “En
avant !” ne suffit pas : “les
façons n’empêchent pas
l’en avant, elles en préparent l’effet et le rendent plus sûr à la
fois et moins coûteux à l’assaillant”. La
pensée militaire se différencie de l’état d’esprit par le fait
qu’elle est structurée et vise à appréhender une question dans son
ensemble. Elle définit des principes théoriques et des procédés
d’application. La pensée militaire est souvent multiple. Elle se divise
en courants de pensée qui s’affrontent au travers de la littérature
militaire, des débats tactiques et stratégiques qui ont lieu au sein des
différentes écoles et des états-majors, voire dans les sociétés
militaires. La
doctrine, comme l’a bien définie Antulio Echevarria, représente
l’ensemble des méthodes et des idées fondamentales et officielles
d’une armée. Elle constitue un ensemble de prescriptions ayant pour but
de standardiser les actions des acteurs militaires dans le sens d’une voie
unique et bénéfique : défaire l’ennemi dans un combat pouvant
présenter une grande variété de conditions différentes. Idéalement, la
doctrine constitue la base de l’entraînement des troupes et des
états-majors. Nous devons ajouter qu’elle est souvent issue d’un des
courants de pensée existant. Toutefois, ce n’est pas forcément celui qui
est majoritaire qui réussit à s’imposer. Nombre de facteurs, comme la
puissance d’influence et la position hiérarchique et institutionnelle des
penseurs, jouent un rôle déterminant dans le choix des idées qui
constituent la doctrine. Enfin,
l’application de la doctrine se réfère à l’ensemble des pratiques
effectives d’une armée. Ces pratiques ne correspondent pas forcément à
une application directe et “mathématique” des règlements. Dans ce
domaine également, nombre de facteurs interfèrent et peuvent apporter des
différences importantes par rapport à l’idéal de la doctrine. Problématique
Les
rapports entre les quatre domaines que nous venons de voir sont fort
complexes. Ils posent tout d’abord la question de la diffusion des idées,
que ce soit depuis la pensée vers l’ensemble des milieux militaires ou
depuis la doctrine vers les différentes troupes en vue de son application.
Dans le premier cas, si l’on connaît l’état de la publication, il est
plus difficile d’apprécier dans quelle mesure ces textes sont lus et
encore plus d’estimer ce que les lecteurs en comprennent et en retiennent. Dans le
second cas, il faut d’abord se demander comment naît la doctrine et qui
en est à l’origine ? Cette double interrogation met directement en
relation la pensée militaire avec les structures du haut commandement de
l’armée. Il faut déterminer quels sont les centres compétents dans
l’établissement de la doctrine et quelles sont leurs sources
d’inspiration. Dans cette relation, les acteurs de la pensée ne sont
toutefois pas passifs. Par leur prestige ou les positions spécifiques
qu’ils occupent au sein de la hiérarchie ou des institutions, certains
penseurs peuvent avoir une influence particulière et imposer leurs idées
alors qu’elles ne sont pas partagées par la majorité des milieux
militaires. Ensuite,
comme pour la pensée, il ne suffit pas de connaître le contenu des
règlements. Il faut se demander quelle en est l’application effective par
les troupes. Cette question implique l’étude des différents canaux de
diffusion de la doctrine. En ce qui nous concerne, il en existe deux
principaux, officiels : l’École supérieure de guerre, chargée de
former les jeunes officiers aux fonctions d’état-major et de cadres
supérieurs, et les corps d’armée, chargés de l’instruction des
différentes formations en se basant sur les règlements. Cette diffusion de
la doctrine ne se fait pas forcément de manière simple. Elle nécessite en
premier lieu une acceptation de la doctrine de la part des deux courroies de
transmission dont nous venons de parler. Par ailleurs, elle demande un
niveau intellectuel et un effort particulier aux cadres et aux enseignants,
qui doivent se former, parfois seuls, et restituer la somme de
connaissances théoriques et pratiques qu’ils ont dû assimiler. Enfin,
elle implique des structures de formation adaptées, que ce soit des
écoles, des cours pour les officiers ou des terrains d’entraînement pour
les troupes, ainsi que des méthodes d’enseignement appropriées pour les
cadres et les différentes formations. Le
schéma de diffusion que nous venons d’exposer est, dans la réalité,
plus compliqué, car il ne constitue pas un système fermé, immuable. Une
triple dynamique apporte des distorsions plus ou moins grandes dans les
processus de transmission des idées et de la doctrine. La première de ces
dynamiques consiste dans l’évolution de ce que nous pouvons appeler le
cadre militaire général, c’est-à-dire la situation internationale, le
degré d’avancement technique et l’expérience des guerres. Toute
modification apportée à ce cadre général entraîne une remise en cause
plus ou moins grande des idées, que ce soit au niveau de la pensée ou de
la doctrine. En fait, comme le note Antulio Echevarria, l’évolution de
la doctrine est presque permanente[43].
Par ailleurs, il faut être conscient du fait qu’il n’y a pas de
déterminisme technique. Une nouveauté ne s’intègre pas
naturellement et universellement dans une structure aussi complexe et
variable d’un pays à l’autre qu’une armée, car cette nouveauté
implique souvent des modifications profondes d’organisation, donc de
législation, la mise au point d’une doctrine d’emploi, seule et en
relation avec les autres armes et moyens, des structures et des procédés
d’instruction, des dépenses importantes, etc. La
deuxième dynamique est celle des acteurs. Les institutions militaires
sont reliées entre elles par des jeux de pouvoir et d’influence, par des
querelles de personnes et de prestige, des volontés de défendre des
traditions, sans compter les conflits politiques ou idéologiques. Dès
lors, la diffusion des idées peut être freinée, voire totalement bloquée
par l’un ou l’autre des acteurs pour des raisons qui n’ont pas grand
rapport avec la validité de la doctrine elle-même. Enfin, il
existe une dynamique entre les quatre éléments eux-mêmes. Chacun
d’entre eux influence les autres d’une manière plus ou moins importante
et cette influence varie dans le temps et en fonction des acteurs. Ainsi,
l’état d’esprit et la pensée, qui souvent sont multiples et
développent de nombreuses idées qui peuvent être contradictoires,
n’influencent pas seulement le choix de la doctrine, mais aussi son
application. L’interprétation des règlements n’est jamais totalement
neutre et se fait toujours en fonction des convictions propres de chacun. De
son côté, l’analyse du niveau d’instruction et des défauts
constatés engendre une réévaluation de la doctrine. Quant à la
pratique, elle développe des habitudes de travail et des conceptions
spécifiques qui peuvent modifier, petit à petit, l’état d’esprit,
voire la pensée elle-même. Sources
Les
sources que nous emploierons sont de cinq ordres et nous permettront
d’analyser l’état d’esprit, la pensée militaire, la doctrine et son
application. Les plus importantes en nombre sont les nombreuses publications
des différents penseurs militaires, à l’exception de la littérature
d’anticipation, qui représente un sujet de thèse en soi. Elles
regroupent à la fois des ouvrages et des articles, parus généralement
dans les nombreuses grandes revues militaires de l’époque (Revue militaire générale, Journal
des sciences militaires, etc.). Ces publications nous permettront de
comprendre l’état d’esprit ainsi que la pensée militaire française
dans son ensemble, avec ses différents courants et ses évolutions. Pour
l’étude de la doctrine officielle, nous avons avant tout employé les
règlements de l’armée française, ainsi que certaines circulaires ou
directives. Ces documents contiennent les rapports des commissions de
rédaction, précieux pour connaître les intentions et les buts des
rédacteurs. Les principaux règlements analysés sont bien évidemment
les règlements traitant de tactique générale : Service en campagne
du 26 octobre 1883[44],
Service en campagne du 28 mai 1895[45],
Conduite des grandes unités du 28 octobre 1913[46]
et Service en campagne du 2 décembre 1913[47].
Nous avons aussi porté notre attention sur les nombreux règlements
d’armes qui comprennent, eux aussi, nombre d’indications concernant la
collaboration entre les armes. Une seconde source intéressante sont les
cours, publiés ou non, des principaux enseignants de l’École
supérieure de guerre. Ces cours ne représentent pas toujours la doctrine
officielle. Nombre d’enseignants n’ont pas diffusé la doctrine en
cours, mais ont développé devant leurs élèves des thèses
particulières, souvent opposées au contenu des règlements. L’analyse
officielle des conflits a été étudiée au travers des rapports des
attachés militaires et des chargés de mission auprès des différents
belligérants. Pour la guerre russo-japonaise, ce sont les rapports, surtout
les rapports de synthèse, de la mission du général Silvestre auprès de
l’armée russe et ceux de la mission du colonel Lombard auprès de
l’armée japonaise. Ces rapports ont été analysés par l’état-major
qui en a tiré des synthèses destinées à établir les enseignements
qu’il fallait retenir de ce conflit. Pour les guerres balkaniques, ce sont
les rapports du lieutenant-colonel Fournier, attaché militaire dans les
Balkans, ceux de la mission du colonel Piarron de Mondésir et, enfin, ceux
du général Herr qui a effectué un voyage à titre privé dans les Balkans
à la fin de l’année 1912. Enfin, le
niveau d’instruction et les pratiques de l’armée française ont été
abordés au travers des rapports d’inspection du Conseil supérieur de la
guerre et des rapports sur les grandes manœuvres. Plan
de l’étude
Les
limites temporelles de notre étude sont constituées par les deux grands
conflits que connut Notre
étude comportera trois parties. La première partie sera consacrée à la
renaissance de la pensée militaire française au lendemain de la défaite
de 1870-1871. Nous aborderons cette renaissance dans le cadre qui fut le
sien, c’est-à-dire celui de l’École supérieure de guerre créée à
cette époque. Nous étudierons les méthodes de travail développées
dans cette institution, ainsi que la doctrine qui fut mise au point, petit
à petit, au cours des années 1880, la “manœuvre napoléonienne”, par
un petit noyau de penseurs (Lewal, Maillard, Bonnal et Cherfils). Cette
doctrine, enseignée dans les cours de l’école, connut la consécration
avec son adoption en tant que doctrine officielle de l’armée française
dans les années 1890. Ce
courant de pensée n’est pas uniforme. Différentes tendances se dégagent
au travers des principaux écrivains, ainsi qu’une évolution, à partir
du début du xxe
siècle. Nous aborderons également l’analyse de la doctrine officielle
telle qu’elle fut inscrite dans les différents règlements de l’armée
française, dont le principal fut le Règlement sur le service en campagne
du 28 mai 1895[48]. La
deuxième partie sera consacrée aux débats qui se déroulèrent au cours
de la période 1900-1914. La doctrine développée à l’École supérieure
de guerre fut remise en cause avec la publication d’une série
d’articles du général de Négrier, consacrés aux conséquences de
l’emploi des nouveaux explosifs (poudres sans fumée) et aux événements
de la guerre des Boers[49].
Ces débats peuvent se diviser en trois volets. Le premier concerne
l’analyse des conflits contemporains : guerre des Boers, guerre
russo-japonaise et guerres balkaniques. La question est de savoir si, et
si oui, dans quelle mesure, des enseignements ont été tirés par les
différents penseurs militaires français et par les organes du haut
commandant. Nous étudierons comment les penseurs et le haut commandement en
particulier ont appréhendé ces conflits et comment les éventuels
enseignements qui en ont été tirés ont été intégrés, ou non, dans la
doctrine de l’armée. Le
deuxième volet regroupe les questions touchant à l’apparition
d’armes et de moyens nouveaux : mitrailleuses, artillerie lourde,
troupes cyclistes, aviation et fortification de campagne. On peut y ajouter
les débats ayant trait à l’emploi de la cavalerie et de l’artillerie
de campagne. La plupart de ces controverses ont des origines antérieures à
1900, mais elles ont perduré jusqu’à la veille de la première guerre
mondiale. Notre étude déterminera si, oui ou non, comme
l’historiographie et la tradition l’affirment, l’armée française a
rejeté les nouveautés pour se cantonner dans une conception archaïque de
la guerre, héritière des traditions napoléoniennes. Dans ce domaine
également, des débats ont eu lieu autour de la doctrine et des
modifications ont été apportées. Enfin, le
troisième volet des débats tourne autour de deux courants de pensée
particuliers : la “trilogie” formée par Pétain, Debeney et
Maud’huy d’une part, et, d’autre part, le triple courant
napoléonien comprenant Grouard, Camon et Colin. Ces deux courants n’ont
eu qu’une influence limitée sur l’ensemble de la pensée militaire de
l’avant-guerre. Ils présentent cependant un intérêt certain. Le premier
comprend en effet les thèses d’un homme, Pétain, qui verront leur
justesse confirmée au moment de leur application au cours de la première
guerre mondiale[50].
Quant au second, il regroupe des penseurs qui ont développé des concepts
clairs et des idées qui n’ont été ni oubliées, ni rejetées au
lendemain de la guerre. La
dernière partie sera consacrée à l’analyse de la doctrine de l’armée
française, connue sous le nom d’offensive
à outrance, à la veille des hostilités. Nous
analyserons les différents courants d’interprétation historiographique
de cette doctrine et verrons dans quelle mesure ces interprétations sont en
conformité avec la réalité. Nous étudierons les origines de cette
doctrine non seulement au travers des principaux penseurs qui, les premiers,
ont mis en exergue au sein de l’armée française le rôle fondamental
joué par les forces morales : Ardant du Picq et Cardot, mais aussi au
travers de l’évolution d’autres doctrines du début du xxe
siècle, dont certains particularismes annoncent déjà les théories de
Grandmaison dans ses fameuses conférences de 1911[51].
Nous étudierons également l’influence de Clausewitz sur la pensée
militaire française, influence que certains historiens ont jugé
déterminante dans l’élaboration des idées qui ont abouti à la doctrine
de 1914[52]. Pour
terminer, nous aborderons la question du rôle de la doctrine de l’armée
française dans les échecs des offensives menées au début de la première
guerre mondiale. Ce qui apparaît bien plus important que la doctrine
elle-même, c’est l’application qui en a été faite par les troupes.
Nous analyserons donc les pratiques des troupes françaises, leur niveau
d’instruction et l’application effective de la doctrine au cours des
grandes manœuvres. Nous déterminerons également comment cette pratique
a influencé la doctrine et a renforcé l’esprit offensif de l’armée,
en relation étroite avec les causes déjà mises en exergue par
l’historiographie. [1] Eugène Carrias, La Pensée militaire française, Paris, PUF, 1960. [2] Fernand Schneider, Histoire des doctrines militaires, Paris, PUF, 1957. [3]
Emile Wanty, L’Art de la
guerre, tome 2 : De
la guerre de Crimée à [4] Colonel Blin, Préparation à l’examen de l’École supérieure de guerre. Histoire de l’organisation et de la tactique des différentes armes (1610 à nos jours), Paris, Limoges, Nancy, Charles-Lavauzelle, 1931. [5] Henri Contamine, La Revanche, 1871-1914, Paris, Berger-Levrault, 1957. [6] Michel Goya, La Chair et l’acier. L’invention de la guerre moderne, Paris, Tallandier, 2004. [7] Azar Gat, The Development of Military Thought : The Nineteenth Century, Oxford, Clarendon Press, 1992. [8] Basil H. Liddell Hart, Foch, The Man of Orleans, Londres, Eyre and Spottiwoode, 1931 ; “French Military Ideas before the First World War”, in : M. Gilbert (ed.), A Century of Conflict 1850-1950, Essays for A. J. P. Taylor, Londres, Hamish Hamilton, 1966, pp. 135-148. [9] Dallas D. Irvine, “The French Discovery of Clausewitz and Napoléon”, Journal of the American Military Institute, 1942, n° 4, pp. 143-161. [10] Stefan Possony, Etienne Mantoux, “Du Picq and Foch : The French School”, in : E. M. Earle (ed.), Makers of Modern Strategy from Machiavelli to Hitler, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1944, pp. 206-233. [11]
Arthur Boucher, Les Lois
éternelles de la guerre. Les doctrines dans la préparation de [12] Roger Maurice, “Les théories militaires d’avant la guerre”, Mercure de France, 1er décembre 1917, pp. 399-424. [13] Colonel Cochin, “Responsabilité d’avant-guerre”, Le Correspondant, 10 avril 1933, pp. 44-63. [14]
J. Monteilhet, Les
Institutions militaires de [15] Notons que Michon établit un lien entre cette doctrine réactionnaire et les succès du bergsonisme. Georges Michon, La Préparation à la guerre. La loi de trois ans (1910-1914), Paris, Librairie des sciences politiques et sociales Marcel Rivière, 1935. [16]
Raoul Girardet, La
Société militaire dans [17] Richard D. Challener, The French Theory of the Nation in Arms, New York, Columbia University Press, 1955. [18] Jack Snyder, The Ideology of the Offensive. Military Decision Making and the Disasters of 1914, Ithaca, Londres, Cornell University Press, 1984. [19] Tuchman, adepte de la théorie bergsonienne, considère ce facteur comme secondaire. Barbara Tuchman, The Guns of August, New York, The Macmillan Company, 1962. [20] John Bowditch, “The Concept of Elan Vital : A Rationalization of Weakness”, in : E. M. Earle (ed.), Modern France, Problems of the 3rd and 4th Republics, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1951, pp. 32-43. [21]
La thèse de Porch est beaucoup plus complexe que Gat ne le
mentionne. Il développe six autres causes en plus de celle mentionnée
par Gat, qui ne constitue d’ailleurs pas la cause principale. Ces six
causes sont : l’influence de plus en plus grande de
l’idéologie républicaine et de la théorie de la “nation en armes” sur et au sein de l’armée ;
l’absence de doctrine ; les dysfonctionnements au sein de
l’armée (faiblesses et structure défaillante du haut commandement,
faiblesse intellectuelle des officiers, instabilité ministérielle,
ingérence de la politique dans le système d’avancement des
officiers, vieillissement des cadres supérieurs, disparition de
véritables chefs et formation de clans au ministère de [22] Barbara Tuchman, The Guns of August, New York, The Macmillan Company, 1962. [23] Michael E. Howard, “The Influence of Clausewitz”, introduction de Karl von Clausewitz, On War, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1976, p. 37. [24] Avec Krumeich, nous pouvons mentionner d’autres auteurs adeptes de l’explication bergsonienne de la doctrine de l’offensive à outrance. Gerd Krumeich, “L’offensive « à outrance » et la crainte de « l’attaque brusquée ». Problèmes politiques et militaires de la « loi de trois ans » de 1913”, in : Forces armées et systèmes d’alliances. Colloque international d’histoire militaire et d’étude de défense nationale, Montpellier, 2-6 septembre 1981, Les cahiers de la fondation pour les études de défense nationale, Montpellier, 1984, pp. 447-454. Voir notamment : Jean de Pierrefeu, Plutarque a menti, Paris, Grasset, 1923 ; Henri Contamine, La Revanche, 1871-1914, op. cit., p. 176 ; Douglas Porch, “L’armée française et l’esprit d’offensive 1900-1914”, Annales de l’Université des sciences sociales de Toulouse, 1977, pp. 155-187 ; Stefan Possony ; Etienne Mantoux, “Du Picq and Foch : The French School”, in : E. M. Earle (ed.), Makers of Modern Strategy from Machiavelli to Hitler, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1944, pp. 206-233 ; Georges Michon, La préparation à la guerre. La loi de trois ans (1910-1914), Paris, Librairie des sciences politiques et sociales Marcel Rivière, 1935, pp. 45-46 et 116-117. [25] Charles à Court Repington, “Tendencies of the German Army”, in : Essays and Criticism, Londres, Constable and Co, 1913. [26] Hans Delbrück, Geschichte der Kriegskunst im Rahmen der politischen Geschichte, Berlin, 1900-1927, 4 volumes. Voir également : Arden Bucholz, Hans Delbrück and the German Military Establishment : War Images in Conflict, Iowa City, University of Iowa Press, 1985 ; Gordon A. Craig, “Delbrück : The Military Historian”, in : Peter Paret, Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 326-353 ; David G. Hermann, The Arming of Europe, Princeton, Princeton University Press, 1996, pp. 86-92. [27] Sigmund Neumann, Mark von Hagen, “Engels and Marx on Revolution, War, and the Army in Society”, in : Peter Paret, Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 262-280. [28] Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000, pp. 1-3. [29] Reinhard Höhn, Die Armee als Erziehungsschule der Nation. Das Ende einer Idee, Bad Harzburg, Verlag für Wissenschaft, Wirtschaft und Technik, 1963 ; Eckart Kehr, Economic Interest, Militarism, and Foreign Policy. Essays on German History, Berkeley, University of California Press, 1977 ; Martin Kitchen, The German Officer Corps 1890-1914, Oxford, Clarendon Press, 1968 ; Heiger Ostertag, Bildung, Ausbildung und Erziehung des Offizierkorps im deutschen Kaiserreich 1871 bis 1981 : Eliteideal, Anspruch und Wircklichkeit, Frankfort, Peter Lang, 1990 ; Bernd F. Schulte, Die deutsche Armee 1900-1914 : Zwischen Beharen und Verändern, Düsseldorf, Droste Verlag, 1977. [30] Le nationalisme “völkisch” a faussé la perception de la réalité des dirigeants. Obnubilés par un “complexe de menace”, par la théorie des droits des peuples jeunes face aux peuples vieux, par la lutte contre la concurrence constituée par les peuples slaves et gaulois, ayant peur de se retrouver en infériorité par rapport à ces mêmes peuples, les dirigeants allemands ont naturellement vu dans la guerre et dans l’offensive la solution aux problèmes qu’ils percevaient. Thomas Lindemann, Les Doctrines darwiniennes et la guerre de 1914, Paris, Economica, Institut de stratégie comparée, 2001. [31] Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000. [32] Dominik Graham, “Sans Doctrine : Britisch Army Tactics in the First World War”, in : Timothy Travers, Christon Archer, Men at War. Politics, Technology and Innovation in the Twentieth Century, Chicago, Precedent Publishing, 1982, pp. 69-92. [33] Graham souligne également le fait que les états-majors britanniques n’étaient pas conçus pour supporter le développement considérable de l’armée de terre au cours de la première guerre mondiale. En deux ans, l’armée britannique multiplia le nombre de ses divisions par dix. [34] Auteur du livre The Science of War, Henderson étudia beaucoup la guerre de Sécession. Le règlement d’infanterie de l’armée britannique fut modifié en fonction de ses analyses de la guerre des Boers. G. F. R. Henderson, The Science of War, Londres, 1905. [35] Michael E. Howard, “Men against Fire: The Doctrine of the Offensive in 1914”, in : Peter Paret, Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 510-526. [36] Thimoty Travers, “Technology, Tactics, and Morale : Jean de Bloch, the Boer War, and British Military Theory, 1900-1914”, The Journal of Modern History, 51, 1979, pp. 264-286. [37] Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, Institut de stratégie comparée, 1999. [38] Raymond Aron, “La découverte de Clausewitz dans l’enseignement militaire français aux alentours de 1880”, Centenaire de l’école supérieure de guerre 1876-1976. Actes du colloque 13-14 mai 1976, s.l., s.e., s.d., p. 40. [39] Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, op. cit., pp. 93-129. [40] Daniel Reichel, Études et documents. Le feu, Armée suisse, Service historique, 1982-1983 ; Études et documents. Le choc, Armée suisse, Service historique, 1984 et Études et documents. La manœuvre et l’incertitude, Armée suisse, Service historique, 1986. Voir également Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, Institut de stratégie comparée, 1999, pp. 349-363. [41] Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000, pp. 3-8. [42] Paul Dhé, “L’esprit offensif”, L’Opinion militaire, 10 janvier 1911, pp. 29-32. [43] Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000, pp. 8 et 223-226. [44] Décret du 26 octobre 1883 portant règlement sur le service des armées en campagne, Paris, Baudoin, 1884. [45] Décret du 28 mai 1895 portant règlement sur le service des armées en campagne, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897. [46] Décret du 28 octobre 1913 portant règlement sur la conduite des grandes unités (Service des armées en campagne), Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1913. [47] Décret du 2 décembre 1913 portant règlement sur le service des armées en campagne. Service en campagne – Droit international, Paris, L. Fournier, 1918. [48] Décret du 28 mai 1895 portant règlement sur le service des armées en campagne, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897. [49] François Oscar de Négrier, “Les tendances nouvelles de l’armée allemande”, Revue des Deux Mondes, 1er septembre 1901, pp. 5-32 ; “Quelques enseignements de la guerre sud-africaine”, Revue des Deux Mondes, 15 juin 1902, pp. 721-767 ; “Cavaliers et dragons”, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1902, pp. 764-800 et 1er janvier 1903, pp. 87-117 ; “L’évolution actuelle de la tactique”, Revue des Deux Mondes, 15 février 1904, pp. 854-885 et 1er mars 1904, pp. 110-129. [50] Guy Pedroncini, Le Haut-Commandement français et la conduite de la guerre 1917-1918, thèse de l’Université de Lille III, 1971 ; Pétain, général en chef, Paris, PUF, 1974 et Pétain, le soldat et la gloire. 1856-1918, Paris, Perrin, 1989. [51] L. Loyzeau de Grandmaison, Deux conférences faites aux officiers de l’état-major de l’armée (février 1911). La notion de sûreté et l’engagement des grandes unités, Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1911. [52]
Eugène Carrias, La Pensée
militaire française, Paris, PUF, 1960, pp. 296-298 ; P.
A. Cour, “L’évolution des doctrines et règlements avant la guerre
et la valeur technique de notre infanterie. La guerre et ses
conséquences”, Revue militaire
générale, mars 1921, pp. 179-181 ; J. F. C. Fuller, The
Conduct of War 1789-
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