Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Bibliothèque Stratégique

 

De la manoeuvre napoléonienne à l'offensive à outrance

La tactique générale de l'armée française - 1871-1914

 

Dimitry Queloz

 

Commander l'ouvrage

 

Introduction

La pensée militaire et la doctrine de l’armée française dans l’historiographie

L’historiographie de la pensée militaire et de la doctrine de l’armée française de la période 1871-1914 s’est focalisée sur un point : souligner et expliquer le développement de l’esprit offen­sif de l’armée française dans les années précédant la première guerre mondiale. Seuls quelques historiens ont étudié et analysé, au travers d’une vue panoramique plus ou moins large, la pensée militaire française dans son ensemble. Ces dernières études pré­sentent des synthèses intéressantes dans le cadre d’une première approche, mais aucune d’entre elles ne constitue cependant un ouvrage de référence permettant de saisir dans sa globalité la complexité de la pensée militaire française de cette période.

Le meilleur livre de cette catégorie est celui de Carrias, La pensée militaire française[1], qui présente un intérêt bien supérieur aux ouvrages de Schneider[2] et de Wanty[3], trop généraux, mais qui ne saurait suffire pour une compréhension approfondie de la question. Dans cette étude claire et riche, s’appuyant sur une importante documentation, Carrias situe l’évolution de la pensée militaire française dans un contexte technique, institutionnel et intellectuel général. L’ouvrage présente toutefois le défaut d’un esprit parfois trop synthétique et superficiel. Carrias se montre en outre trop descriptif. Il n’analyse que peu les doctrines présentées et ne met en relation ni les différents courants de pensée, ni les liens existant entre l’évolution de la pensée en général et celle, plus particulière, de la pensée militaire.

Trois autres ouvrages méritent une attention particulière : celui de Blin[4], celui de Contamine[5] et celui de Goya[6]. Le premier de ces auteurs s’est concentré sur la question des doctrines tacti­ques. Divisé en trois grandes parties, son ouvrage, très didactique, traite, de manière chronologique, des trois armes : artillerie, cava­lerie et infanterie. Conçu comme un manuel, il servait à la prépa­ration à l’examen de l’École supérieure de guerre. Blin s’attache avant tout à présenter de manière synthétique et chronologique les développements techniques des armes, l’organisation et la structure de l’armée à ses différents échelons. Il brosse ensuite un portrait synthétique de l’évolution des doctrines tacti­ques d’après les règlements et l’analyse des principales guerres et batailles jalonnant la période considérée. Les grandes qualités de cet ou­vrage résident dans sa clarté et ses synthèses des doctrines offi­cielles successives que l’auteur aborde par une étude systéma­tique des règlements. Il se cantonne au niveau tactique et ne commet pas l’erreur de mélanger ce dernier avec le niveau straté­gique, contrairement à la majorité des autres livres. Cependant, écrit dans un style télégraphique facilitant l’apprentissage de la matière, sa lecture est difficile et peu agréable. Enfin, l’ouvrage présente le défaut de n’entrer que rarement dans les discussions et les débats de la pensée dans son ensemble.

Quant à l’étude de Contamine, elle séduit par son origi­nalité. Ecrite sur la base d’une bibliographie comprenant plus de mille titres et sources, elle aborde la pensée militaire par thèmes (artillerie, largeur du front, etc.) plutôt que par courants de pen­sée. Cette approche, qui présente le désavantage de ne pas mettre en évidence ces derniers, permet cependant de se rendre compte des similitudes ponctuelles d’opinion entre des personnes appar­tenant à des écoles de pensée très différentes. Rempli de sous-entendus et souvent ironique, ce livre présente des thèses origi­nales, allant souvent à l’encontre des idées reçues : manque d’ori­ginalité de la pensée de Pétain, non-fatalité de la guerre de tranchées pour la première guerre mondiale, etc. !

L’étude du commandant Goya, en dépit du fait qu’elle n’aborde pas certaines questions et laisse de côté nombre de débats, constitue sans aucun doute le meilleur ouvrage traitant de la tactique de l’armée française avant et au cours de la première guerre mondiale. Elle a été faite parallèlement à la nôtre et sans qu’il y ait eu d’échange entre nous. En la lisant, au terme de notre travail, nous avons eu l’heur de découvrir plusieurs conclusions semblables aux nôtres. Parmi ses nombreuses qualités, nous pouvons notamment en relever trois. La première consiste à ne pas confondre les différents niveaux stratégique et tactique. L’auteur limite en effet son champ d’étude à la tactique et com­pare toujours les documents en respectant les niveaux hiérar­chiques auxquels ils étaient destinés. La deuxième réside dans le fait qu’elle dissocie la doctrine de la pratique. Militaire tout comme nous, le commandant Goya a parfaitement compris que ces deux éléments ne sont pas forcément identiques et qu’ils peuvent même, parfois, présenter de singulières différences, voire des contradictions. Nous pouvons toutefois lui reprocher de ne pas avoir envisagé toutes les conséquences qui en découlaient. Enfin, l’auteur a remarquablement su mettre en évidence les problèmes d’organisation, de structure et d’infrastructure de l’armée française et les conséquences qui en ont découlé.

La majorité des historiens se sont toutefois penchés sur la question du caractère offensif particulièrement développé de la doctrine française en 1914, l’offensive à outrance, et ont cherché à en déterminer les causes. Ces dernières sont présentées d’une manière parfois un peu trop synthétique dans l’ouvrage néan­moins remarquable d’Azar Gat, The Development of Military Thought : The Nineteenth Century[7]. Gat distingue quatre écoles histo­riques dont il mentionne les principaux représentants. Si cette division s’avère caricaturale, dans le sens où certains histo­riens, tout en présentant une idée force, ne rejettent nulle­ment les autres causes, qu’ils considèrent comme secondaires ou conco­mitantes, elle permet cependant de présenter d’une manière claire l’ensemble des thèses énoncées.

La première explication est liée au renouveau intellectuel de la pensée militaire française à partir du milieu des années 1880. Pour des historiens comme Liddell Hart[8], Irvine[9], Possony et Mantoux[10], auxquels nous ajoutons Boucher[11], Maurice[12] et Cochin[13], les penseurs de l’École supérieure de guerre nouvelle­ment créée, découvrant les théories militaires allemandes, ont développé des idées qui eurent une influence déterminante sur la pensée militaire ultérieure, en particulier un esprit offensif marqué.

Une deuxième école a attribué la doctrine de l’offensive à outrance aux caractéristiques politiques et sociologiques de l’armée française. Selon les tenants de cette thèse, Monteilhet[14], Michon[15], Girardet[16], Challener[17] et, plus récemment, Snyder[18], l’armée était le dernier bastion de conservatisme et d’anti-républi­canisme, comme l’avait bien montré l’affaire Dreyfus[19]. Les mili­taires auraient tenté de conserver leur esprit de corps social et professionnel spécifique et fermé, en dépit de la volonté politique de transformer l’armée en armée de réserve (nation en armes). La doctrine de l’offensive à outrance, envisageable uniquement avec des troupes professionnelles hautement entraî­nées et possédant une cohésion élevée, aurait été développée en raison de la volonté de maintenir, en quelque sorte, l’esprit de caste des militaires.

Un troisième courant, représenté principalement par Bowditch[20] et Porch[21], a mis l’accent sur l’aspect pathologique de la réaction psychologique de l’armée française face à l’augmen­tation de la puissance de l’armée allemande. Ne pouvant compen­ser son infériorité matérielle, elle aurait alors basculé psycholo­giquement dans un autre monde et se serait construit un univers fantasmatique dans lequel l’importance des forces morales l’aurait emporté sur les forces matérielles.

Enfin, une quatrième école, représentée par Tuchman[22] et Howard[23], a resitué l’évolution de la pensée militaire française dans un cadre intellectuel plus général et l’a associé avec les idées développées par Bergson, idées caractérisées par un renouveau spirituel et moral[24].

La largeur de la palette des causes montre toute la difficulté à expliquer le développement de l’esprit offensif de l’armée française dans les années précédant la première guerre mondiale. Gat a d’ailleurs souligné cette complexité et en a conclu qu’aucu­ne de ces thèses n’est suffisante à elle seule pour expliquer le phénomène et que toutes ont eu leur influence dans le processus de développement.

Comparaison avec l’historiographie des pensées et des doctrines militaires contem­poraines (Allemagne et Angleterre)

Si nous comparons l’historiographie concernant l’armée française avec celle se rapportant aux autres pays, nous pouvons remarquer de nombreuses similitudes. La majorité des historiens ont, en effet, tout comme pour la France , mis en exergue l’aspect monolithique de la pensée militaire, le développement de l’esprit offensif, l’importance accordée aux forces morales et l’incom­préhension de la modernité, débouchant sur le rejet des nouveau­tés techniques.

Selon des auteurs contemporains comme Repington[25], Delbrück[26] et Engels[27], la pensée militaire aurait connu, en Allemagne, un déclin après la disparition de Clausewitz[28]. Elle aurait fini par se focaliser, dans les années précédant la première guerre mondiale, sur deux points : la victoire décisive par le biais d’une bataille d’annihilation (offensive stratégique) et l’envelop­pement tactique. Plus récemment, des historiens ont interprété la pensée militaire allemande dans un sens comparable à celui du courant sociologique dont nous avons parlé. Pour ces auteurs, la pensée militaire aurait eu pour but de forger socialement la nation et de propager une idéologie militariste axée sur l’opposition au socialisme et au libéralisme[29]. À cette vision peu convaincante, nous préférons celle, socio-culturelle, de Thomas Lindemann[30]. Si son livre n’aborde pas les débats d’idées et ne donne aucune indication sur le contenu des doctrines, il apporte un élément significatif à la compréhension de l’esprit offensif des dirigeants politiques et militaires allemands, influencés par le nationalisme völkisch et le darwinisme social.

Un auteur, Antulio Echevarria, se distingue au milieu de cette historiographie[31]. Il a souligné les aspects caricaturaux de ces conclusions et a exposé une interprétation très neuve de la pensée militaire allemande de la fin du xixe et du début du xxe siècles. Sa méthode de travail, très proche de la nôtre, lui a permis de montrer la grande diversité d’opinions des penseurs allemands, ainsi que leur bonne compréhension des vastes chan­gements liés à l’arrivée des armes modernes. Selon lui, ces penseurs ont réussi à surmonter la crise culturelle, stratégique et tactique qui en découlait en imaginant deux solutions : le déve­loppement d’une combinaison entre le feu et le mouvement, ainsi que la décentralisation de la conduite de la bataille et du combat. Le problème de l’armée allemande ne se situe pas au niveau de la pensée ou de la doctrine, mais dans la transmission des idées dans la pratique, en raison de défaillances dans l’entraînement des troupes.

En ce qui concerne l’armée britannique, les reproches classiques d’incompétence, d’obstination et de manque d’imagi­nation, de négligence des effets de la puissance du feu ont aussi été développés par l’historiographie[32]. Des bémols ont toutefois été apportés, qui soulignaient que la réforme mise en place au lendemain de la guerre des Boers était arrivée trop tard et que des problèmes budgétaires avaient pesé dans la modernisation de l’armée. Dominik Graham, de son côté, a insisté sur le cadre particulier du British Expeditionary Force. Ces défauts étaient liés à sa petite taille (six divisions d’infanterie et une division de cavalerie), à ses fréquents engagements outre-mer et à sa struc­ture. Elle n’était pas conçue pour mener un combat de division ou de corps d’armée et ne possédait pas de réelle doctrine en matière de tactique générale[33].

Quant à Michael Howard et Thimothy Travers, ils ont mis l’accent sur l’aspect moral de la pensée militaire anglaise d’avant 1914. Le premier de ces historiens, qui a attribué un rôle primordial à Henderson[34] qu’il considère comme le plus impor­tant penseur anglais, a souligné l’influence de Clausewitz sur l’ensemble de la pensée européenne et l’importance prise par l’esprit de sacrifice en Angleterre[35]. Il se montre cependant trop général, trop monolithique et ne parle pas des débats qui ont eu lieu. Enfin, il aborde surtout les questions d’infanterie et laisse de côté ce qui concerne les autres armes.

Pour Thimoty Travers, les militaires britanniques ont recon­nu la puissance acquise par la défensive du fait du développement technique des armes à feu et la quasi-impossibilité pour l’offen­sive de l’emporter[36]. Toutefois, ils ont conservé leur esprit offen­sif et ont développé trois sortes d’argumentations pour justifier leur attitude. Ainsi, Hamilton pensait avoir trouvé une solution au problème par une augmentation des forces morales des troupes et un meilleur entraînement individuel. D’autres, comme le colonel Maud et le major Pollok, éditeur de l’United Service Magazine, ont tout simplement accepté l’importance des pertes qui découlait des progrès de l’armement. Enfin, ceux qui étaient influencés par Clausewitz, comme le futur maréchal Haig, se sont rabattus sur une argumentation purement morale et ont affirmé la supériorité du choc. Ces trois argumentations ont été renforcées au lende­main de la guerre des Boers, non seulement en raison de l’étude de la guerre elle-même, mais aussi du fait de l’esprit de la société edwardienne. Travers compare le débat à un combat d’arrière-garde menée contre la puissance du feu. Il écrit que les penseurs ont compris l’importance prise par cette dernière, mais n’ont pas admis qu’il était nécessaire de modifier la tactique.

Buts de l’étude, méthode et délimitation du sujet

Les deux plus grands défauts méthodologiques que nous avons pu remarquer dans l’historiographie sont constitués par l’absence de distinction entre stratégie, tactique générale et tactique et par la confusion entre état d’esprit, pensée militaire, doctrine et application de la doctrine. Cette constatation nous fera reprendre l’étude de la pensée militaire française, de la doctrine et de son application par les troupes d’une manière systématique, sans a priori. Notre but sera de montrer comment l’armée fran­çaise a développé une doctrine au lendemain de la défaite de 1870-1871, la doctrine de la “manœuvre napoléonienne”, com­ment elle a évolué et a fini par être abandonnée peu de temps avant la première guerre mondiale au profit d’une nouvelle, celle que l’histoire a retenu sous le nom d’offensive à outrance et quel est le rôle joué par cette dernière dans le cadre des offensives meurtrières du début de la première guerre mondiale. Notre étude se limitera aux questions relevant de la tactique générale. Cette approche se justifie par le fait que l’offensive à outrance et la “manœuvre napoléonienne” se situent à ce niveau hiérarchique précis.

Définitions

La tactique générale

Les notions de stratégie et de tactique sont floues, se recou­pent partiellement et ont été définies de manières variables, selon les époques et les auteurs[37]. Durant la période que nous étudions, les penseurs ont eu, comme nous le verrons, des difficultés parti­culières à définir les deux concepts et à établir une distinc­tion claire entre eux. Aucune de leurs nombreuses définitions n’a réussi à s’imposer et la plupart d’entre elles montrent une inca­pacité à définir des concepts théoriques. Elles sont avant tout utilitaristes et il n’y a que rarement une véritable distinction de nature entre les deux domaines. La plupart du temps, la stratégie n’est envisagée qu’en tant que “tactique en plus grand” ou tactique à un échelon très élevé[38].

Vu le flou des concepts employés à l’époque en matière de stratégie et de tactique, il ne saurait être question d’utiliser des définitions aussi complexes que celles développées depuis la première guerre mondiale[39]. Elles ne permettraient pas, prises de manière trop stricte, d’étudier la réalité des écrits, car elles met­traient à l’écart une partie des documents qui n’entreraient pas dans le moule des définitions. De plus, l’apparition du concept d’opératique” a introduit un niveau intermédiaire entre la straté­gie et la tactique, qui sont les deux seuls niveaux généralement employés en France avant 1914. Enfin, la profonde modification des moyens militaires stratégiques et tactiques, après la première guerre mondiale et surtout après la seconde, a entraîné un glissement du tactique vers le stratégique.

Nous emploierons donc une définition “élastique”, capable de prendre en compte la réalité des écrits de l’époque étudiée. Nous définirons simplement la tactique comme la mise en œuvre des moyens à disposition du commandement dans le cadre de la bataille et de sa préparation directe. Nous analyserons les écrits en fonction de cette définition, que ces écrits aient été considérés comme stratégiques ou tactiques par leur auteur. Cette définition doit être cependant précisée. Nous traiterons des questions de tac­tique générale, c’est-à-dire de tactique combinant l’action d’en­semble des différentes armes : infanterie, artillerie, cavalerie, génie et aviation. Cela aura pour conséquence d’exclure les peti­tes unités jusqu’au niveau de la brigade, qui ont leur tactique propre, la tactique d’arme. Nous serons toutefois obligé de faire de brèves incursions dans ce domaine en raison de l’influence que peut avoir la tactique d’arme sur la tactique générale, en raison aussi de la nécessité de mieux comprendre les caractéristiques techniques de certains matériels.

Nous n’aborderons pas les questions de stratégie, c’est-à-dire la mise en œuvre des moyens dans le cadre de la guerre, par opposition à la mise en œuvre dans le cadre de la bataille pour la tactique. Cette définition écarte tout ce qui concerne la prépara­tion de la guerre, comme les plans de campagne et de concen­tration, les questions de mobilisation et de transport, l’emploi des fortifications permanentes dans le cadre des opéra­tions, etc. Comme pour la “limite inférieure” entre tactique générale et tactique d’arme, la “limite supérieure”, avec la stratégie, ne sera pas totalement hermétique. D’une part, il existe des interactions entre les deux niveaux. D’autre part, certains auteurs traitent les deux niveaux sans prendre en compte une réelle différence de nature. L’engagement au niveau armée, dans le cadre de la “manœuvre napoléonienne”, constitue sans doute l’exemple le plus explicite en la matière. Il ne se différencie pas réellement par rapport à celui des deux échelons inférieurs : corps d’armée et division.

Notre analyse de la tactique générale se fera selon les trois modes d’action proposés par Reichel : feu, choc et manœuvre[40], auxquels nous avons ajouté le moral. Le feu comprend l’ensemble des moyens de combat à distance. Dans le cadre de notre étude, il s’agit principalement du fusil, de la mitrailleuse et de l’artillerie. Le choc, dont le but est de détruire par l’action directe d’une masse agissant rapidement et cherchant le corps à corps avec l’adversaire, comprend deux volets, qui peuvent être présents ensemble ou totalement séparés. Le premier est d’ordre psychologique. L’action engendrée est essentiellement morale. Certains auteurs ont même envisagé exclusivement cet aspect et en ont conclu à l’absence de choc effectif. Selon eux, l’action morale d’une troupe marchant vers l’ennemi, la simple menace de l’abordage, suffit à faire fuir ce dernier. Le second volet est d’ordre matériel. Dans cette conception du choc, le choc physique existe bel et bien et les deux adversaires en viennent à la lutte effective au corps à corps. Celle-ci doit être envisagée de trois manières : un combat à faible distance, une mêlée à l’arme blan­che ou un choc physique correspondant à une véritable multipli­cation de la masse de la troupe par la vitesse de la charge qu’elle effectue. À l’opposé du choc se situe la manœuvre. Elle est fondée sur le mouvement et cherche à aborder l’ennemi de manière indirecte en l’attaquant sur ses flancs ou ses arrières. Son action est à la fois d’ordre matériel et moral. Enfin, le moral est sans doute le facteur qui est le plus complexe à définir, car il comprend l’ensemble des activités ayant une action psycholo­gique sur l’adversaire. Dans un sens large, il ne se limite pas à l’action psychologique directe du feu, du choc et de la manœuvre. Il comprend également un aspect intellectuel en faisant intervenir aussi les activités de conception et de conduite du comman­dement.

Ces quatre modes sont interactifs et n’agissent pas de manière séparée. Un exemple concret permettra de bien compren­dre cette interaction. La manœuvre engendre un effet moral. L’apparition d’une force ennemie sur le flanc ou sur les arrières peut parfois suffire à faire fuir le défenseur. Cet effet moral se double d’un effet matériel. Dans un cadre purement tactique, cette action se traduit par une augmentation significative de la puissance et de l’efficacité du feu. Le nombre de bouches à feu pouvant être mis en ligne augmente, tandis que les tirs d’écharpe augmentent les effets de destruction. À son tour, cette augmenta­tion de la létalité provoque un effet moral sur l’adversaire pris entre deux feux : il évacue la position ou se rend.

Cette grille d’analyse, basée sur l’étude séparée des quatre modes d’action tactique, permet de déterminer l’importance accordée par les différents théoriciens et les différentes doctrines à chacun d’entre eux. De plus, en intégrant à cette analyse une étude approfondie de la conception de chacun des modes, nous mettrons en évidence les grands courants de pensée qui ont mar­qué la période étudiée et en retracerons l’évolution, depuis leur genèse jusqu’à leur abandon, avec les influences qu’ils ont pu avoir sur la doctrine de l’armée ou sur des courants contempo­rains ou ultérieurs.

État d’esprit, pensée militaire, doctrine et application de la doctrine

Rares sont les auteurs qui ont cherché à définir des caté­gories différentes dans ce que nous pouvons appeler la pensée militaire, prise dans le sens d’activité intellectuelle la plus générale et la plus large possible. Antulio Echevarria a distingué la pensée, la théorie et la doctrine militaires, auxquelles il a encore ajouté la pratique[41]. Il définit la pensée comme l’ensemble des doctrines, des théories et des croyances appartenant à un individu, un groupe d’individus ou une époque. Quant à la théorie, elle se réfère à des concepts, des hypothèses et des principes développés pour répondre à une question, pour résoudre un problème.

Cette classification et ses définitions sont bonnes, mais incomplètes. Nous préférons distinguer entre état d’esprit, pensée militaire, doctrine et application de la doctrine, selon les défini­tions suivantes.

Par état d’esprit, nous entendons l’ensemble des idées géné­rales, non structurées, souvent vagues et mal définies, qui circu­lent dans un groupe social spécifique. Dans le cas présent qui se rapporte à l’offensive à outrance, le fait de vouloir attaquer ne donne aucune indication en ce qui concerne les moyens et la manière que l’on désire employer pour y parvenir[42]. Comme le souligne si justement le capitaine Dhé dans son article sur “L’es­prit offensif”, le “En avant !” ne suffit pas : “les façons n’empê­chent pas l’en avant, elles en préparent l’effet et le rendent plus sûr à la fois et moins coûteux à l’assaillant”.

La pensée militaire se différencie de l’état d’esprit par le fait qu’elle est structurée et vise à appréhender une question dans son ensemble. Elle définit des principes théoriques et des procédés d’application. La pensée militaire est souvent multiple. Elle se divise en courants de pensée qui s’affrontent au travers de la littérature militaire, des débats tactiques et stratégiques qui ont lieu au sein des différentes écoles et des états-majors, voire dans les sociétés militaires.

La doctrine, comme l’a bien définie Antulio Echevarria, représente l’ensemble des méthodes et des idées fondamentales et officielles d’une armée. Elle constitue un ensemble de prescrip­tions ayant pour but de standardiser les actions des acteurs militaires dans le sens d’une voie unique et bénéfique : défaire l’ennemi dans un combat pouvant présenter une grande variété de conditions différentes. Idéalement, la doctrine constitue la base de l’entraînement des troupes et des états-majors. Nous devons ajou­ter qu’elle est souvent issue d’un des courants de pensée existant. Toutefois, ce n’est pas forcément celui qui est majori­taire qui réussit à s’imposer. Nombre de facteurs, comme la puissance d’influence et la position hiérarchique et institutionnelle des penseurs, jouent un rôle déterminant dans le choix des idées qui constituent la doctrine.

Enfin, l’application de la doctrine se réfère à l’ensemble des pratiques effectives d’une armée. Ces pratiques ne correspondent pas forcément à une application directe et “mathématique” des règlements. Dans ce domaine également, nombre de facteurs interfèrent et peuvent apporter des différences importantes par rapport à l’idéal de la doctrine.

Problématique

Les rapports entre les quatre domaines que nous venons de voir sont fort complexes. Ils posent tout d’abord la question de la diffusion des idées, que ce soit depuis la pensée vers l’ensemble des milieux militaires ou depuis la doctrine vers les différentes troupes en vue de son application. Dans le premier cas, si l’on connaît l’état de la publication, il est plus difficile d’apprécier dans quelle mesure ces textes sont lus et encore plus d’estimer ce que les lecteurs en comprennent et en retiennent.

Dans le second cas, il faut d’abord se demander comment naît la doctrine et qui en est à l’origine ? Cette double interro­gation met directement en relation la pensée militaire avec les structures du haut commandement de l’armée. Il faut déterminer quels sont les centres compétents dans l’établissement de la doc­trine et quelles sont leurs sources d’inspiration. Dans cette rela­tion, les acteurs de la pensée ne sont toutefois pas passifs. Par leur prestige ou les positions spécifiques qu’ils occupent au sein de la hiérarchie ou des institutions, certains penseurs peuvent avoir une influence particulière et imposer leurs idées alors qu’elles ne sont pas partagées par la majorité des milieux militaires.

Ensuite, comme pour la pensée, il ne suffit pas de connaître le contenu des règlements. Il faut se demander quelle en est l’application effective par les troupes. Cette question implique l’étude des différents canaux de diffusion de la doctrine. En ce qui nous concerne, il en existe deux principaux, officiels : l’École supérieure de guerre, chargée de former les jeunes officiers aux fonctions d’état-major et de cadres supérieurs, et les corps d’armée, chargés de l’instruction des différentes formations en se basant sur les règlements. Cette diffusion de la doctrine ne se fait pas forcément de manière simple. Elle nécessite en premier lieu une acceptation de la doctrine de la part des deux courroies de transmission dont nous venons de parler. Par ailleurs, elle demande un niveau intellectuel et un effort particulier aux cadres et aux enseignants, qui doivent se former, parfois seuls, et resti­tuer la somme de connaissances théoriques et pratiques qu’ils ont dû assimiler. Enfin, elle implique des structures de formation adaptées, que ce soit des écoles, des cours pour les officiers ou des terrains d’entraînement pour les troupes, ainsi que des méthodes d’enseignement appropriées pour les cadres et les différentes formations.

Le schéma de diffusion que nous venons d’exposer est, dans la réalité, plus compliqué, car il ne constitue pas un système fermé, immuable. Une triple dynamique apporte des distorsions plus ou moins grandes dans les processus de transmission des idées et de la doctrine. La première de ces dynamiques consiste dans l’évolution de ce que nous pouvons appeler le cadre mili­taire général, c’est-à-dire la situation internationale, le degré d’avancement technique et l’expérience des guerres. Toute modi­fication apportée à ce cadre général entraîne une remise en cause plus ou moins grande des idées, que ce soit au niveau de la pensée ou de la doctrine. En fait, comme le note Antulio Eche­varria, l’évolution de la doctrine est presque permanente[43]. Par ailleurs, il faut être conscient du fait qu’il n’y a pas de déter­minisme technique. Une nouveauté ne s’intègre pas naturel­le­ment et universellement dans une structure aussi complexe et variable d’un pays à l’autre qu’une armée, car cette nouveauté implique souvent des modifications profondes d’organisation, donc de législation, la mise au point d’une doctrine d’emploi, seule et en relation avec les autres armes et moyens, des struc­tures et des procédés d’instruction, des dépenses importantes, etc.

La deuxième dynamique est celle des acteurs. Les institu­tions militaires sont reliées entre elles par des jeux de pouvoir et d’influence, par des querelles de personnes et de prestige, des volontés de défendre des traditions, sans compter les conflits poli­tiques ou idéologiques. Dès lors, la diffusion des idées peut être freinée, voire totalement bloquée par l’un ou l’autre des acteurs pour des raisons qui n’ont pas grand rapport avec la validité de la doctrine elle-même.

Enfin, il existe une dynamique entre les quatre éléments eux-mêmes. Chacun d’entre eux influence les autres d’une manière plus ou moins importante et cette influence varie dans le temps et en fonction des acteurs. Ainsi, l’état d’esprit et la pensée, qui souvent sont multiples et développent de nombreuses idées qui peuvent être contradictoires, n’influencent pas seule­ment le choix de la doctrine, mais aussi son application. L’inter­prétation des règlements n’est jamais totalement neutre et se fait toujours en fonction des convictions propres de chacun. De son côté, l’analyse du niveau d’instruction et des défauts cons­tatés engendre une réévaluation de la doctrine. Quant à la pratique, elle développe des habitudes de travail et des concep­tions spécifiques qui peuvent modifier, petit à petit, l’état d’esprit, voire la pensée elle-même.

Sources

Les sources que nous emploierons sont de cinq ordres et nous permettront d’analyser l’état d’esprit, la pensée militaire, la doctrine et son application. Les plus importantes en nombre sont les nombreuses publications des différents penseurs militaires, à l’exception de la littérature d’anticipation, qui représente un sujet de thèse en soi. Elles regroupent à la fois des ouvrages et des articles, parus généralement dans les nombreuses grandes revues militaires de l’époque (Revue militaire générale, Journal des sciences militaires, etc.). Ces publications nous permettront de comprendre l’état d’esprit ainsi que la pensée militaire française dans son ensemble, avec ses différents courants et ses évolutions.

Pour l’étude de la doctrine officielle, nous avons avant tout employé les règlements de l’armée française, ainsi que certaines circulaires ou directives. Ces documents contiennent les rapports des commissions de rédaction, précieux pour connaître les inten­tions et les buts des rédacteurs. Les principaux règlements ana­lysés sont bien évidemment les règlements traitant de tactique générale : Service en campagne du 26 octobre 1883[44], Service en campagne du 28 mai 1895[45], Conduite des grandes unités du 28 octobre 1913[46] et Service en campagne du 2 décembre 1913[47]. Nous avons aussi porté notre attention sur les nombreux règle­ments d’armes qui comprennent, eux aussi, nombre d’indications concernant la collaboration entre les armes. Une seconde source intéressante sont les cours, publiés ou non, des principaux ensei­gnants de l’École supérieure de guerre. Ces cours ne représentent pas toujours la doctrine officielle. Nombre d’enseignants n’ont pas diffusé la doctrine en cours, mais ont développé devant leurs élèves des thèses particulières, souvent opposées au contenu des règlements.

L’analyse officielle des conflits a été étudiée au travers des rapports des attachés militaires et des chargés de mission auprès des différents belligérants. Pour la guerre russo-japonaise, ce sont les rapports, surtout les rapports de synthèse, de la mission du général Silvestre auprès de l’armée russe et ceux de la mission du colonel Lombard auprès de l’armée japonaise. Ces rapports ont été analysés par l’état-major qui en a tiré des synthèses destinées à établir les enseignements qu’il fallait retenir de ce conflit. Pour les guerres balkaniques, ce sont les rapports du lieutenant-colonel Fournier, attaché militaire dans les Balkans, ceux de la mission du colonel Piarron de Mondésir et, enfin, ceux du général Herr qui a effectué un voyage à titre privé dans les Balkans à la fin de l’année 1912.

Enfin, le niveau d’instruction et les pratiques de l’armée française ont été abordés au travers des rapports d’inspection du Conseil supérieur de la guerre et des rapports sur les grandes manœuvres.

Plan de l’étude

Les limites temporelles de notre étude sont constituées par les deux grands conflits que connut la France , soit celui de 1870-1871 contre l’Allemagne et le début de la première guerre mon­diale. La fin des hostilités, en 1871, et l’importance de la défaite ont provoqué un changement radical dans la pensée militaire française, puis dans la doctrine, même si les prémices d’un renou­veau intellectuel étaient apparues dans les dernières années du second Empire déjà. Quant à la deuxième limite, le début des hostilités en 1914, elle vient tout naturellement clore une période riche en études théoriques et pratiques ainsi qu’en débats de toutes sortes.

Notre étude comportera trois parties. La première partie sera consacrée à la renaissance de la pensée militaire française au lendemain de la défaite de 1870-1871. Nous aborderons cette renaissance dans le cadre qui fut le sien, c’est-à-dire celui de l’École supérieure de guerre créée à cette époque. Nous étudie­rons les méthodes de travail développées dans cette institution, ainsi que la doctrine qui fut mise au point, petit à petit, au cours des années 1880, la “manœuvre napoléonienne”, par un petit noyau de penseurs (Lewal, Maillard, Bonnal et Cherfils). Cette doctrine, enseignée dans les cours de l’école, connut la consécra­tion avec son adoption en tant que doctrine officielle de l’armée française dans les années 1890.

Ce courant de pensée n’est pas uniforme. Différentes tendances se dégagent au travers des principaux écrivains, ainsi qu’une évolution, à partir du début du xxe siècle. Nous aborde­rons également l’analyse de la doctrine officielle telle qu’elle fut inscrite dans les différents règlements de l’armée française, dont le principal fut le Règlement sur le service en campagne du 28 mai 1895[48].

La deuxième partie sera consacrée aux débats qui se dérou­lèrent au cours de la période 1900-1914. La doctrine développée à l’École supérieure de guerre fut remise en cause avec la publi­cation d’une série d’articles du général de Négrier, consacrés aux conséquences de l’emploi des nouveaux explosifs (poudres sans fumée) et aux événements de la guerre des Boers[49]. Ces débats peuvent se diviser en trois volets. Le premier concerne l’analyse des conflits contemporains : guerre des Boers, guerre russo-japo­naise et guerres balkaniques. La question est de savoir si, et si oui, dans quelle mesure, des enseignements ont été tirés par les différents penseurs militaires français et par les organes du haut commandant. Nous étudierons comment les penseurs et le haut commandement en particulier ont appréhendé ces conflits et comment les éventuels enseignements qui en ont été tirés ont été intégrés, ou non, dans la doctrine de l’armée.

Le deuxième volet regroupe les questions touchant à l’ap­pa­rition d’armes et de moyens nouveaux : mitrailleuses, artillerie lourde, troupes cyclistes, aviation et fortification de campagne. On peut y ajouter les débats ayant trait à l’emploi de la cavalerie et de l’artillerie de campagne. La plupart de ces controverses ont des origines antérieures à 1900, mais elles ont perduré jusqu’à la veille de la première guerre mondiale. Notre étude déterminera si, oui ou non, comme l’historiographie et la tradition l’affirment, l’armée française a rejeté les nouveautés pour se cantonner dans une conception archaïque de la guerre, héritière des traditions napoléoniennes. Dans ce domaine également, des débats ont eu lieu autour de la doctrine et des modifications ont été apportées.

Enfin, le troisième volet des débats tourne autour de deux courants de pensée particuliers : la “trilogie” formée par Pétain, Debeney et Maud’huy d’une part, et, d’autre part, le triple cou­rant napoléonien comprenant Grouard, Camon et Colin. Ces deux courants n’ont eu qu’une influence limitée sur l’ensemble de la pensée militaire de l’avant-guerre. Ils présentent cependant un intérêt certain. Le premier comprend en effet les thèses d’un homme, Pétain, qui verront leur justesse confirmée au moment de leur application au cours de la première guerre mondiale[50]. Quant au second, il regroupe des penseurs qui ont développé des con­cepts clairs et des idées qui n’ont été ni oubliées, ni rejetées au lendemain de la guerre.

La dernière partie sera consacrée à l’analyse de la doctrine de l’armée française, connue sous le nom d’offensive à outrance, à la veille des hostilités. Nous analyserons les différents courants d’interprétation historiographique de cette doctrine et verrons dans quelle mesure ces interprétations sont en conformité avec la réalité. Nous étudierons les origines de cette doctrine non seulement au travers des principaux penseurs qui, les premiers, ont mis en exergue au sein de l’armée française le rôle fonda­mental joué par les forces morales : Ardant du Picq et Cardot, mais aussi au travers de l’évolution d’autres doctrines du début du xxe siècle, dont certains particularismes annoncent déjà les théories de Grandmaison dans ses fameuses conférences de 1911[51]. Nous étudierons également l’influence de Clausewitz sur la pensée militaire française, influence que certains historiens ont jugé déterminante dans l’élaboration des idées qui ont abouti à la doctrine de 1914[52].

Pour terminer, nous aborderons la question du rôle de la doctrine de l’armée française dans les échecs des offensives menées au début de la première guerre mondiale. Ce qui apparaît bien plus important que la doctrine elle-même, c’est l’application qui en a été faite par les troupes. Nous analyserons donc les prati­ques des troupes françaises, leur niveau d’instruction et l’appli­cation effective de la doctrine au cours des grandes manœuvres. Nous déterminerons également comment cette prati­que a influen­cé la doctrine et a renforcé l’esprit offensif de l’armée, en relation étroite avec les causes déjà mises en exergue par l’historio­graphie.



[1]       Eugène Carrias, La Pensée militaire française, Paris, PUF, 1960.

[2]       Fernand Schneider, Histoire des doctrines militaires, Paris, PUF, 1957.

[3]       Emile Wanty, L’Art de la guerre, tome 2 : De la guerre de Crimée à la Blitzkrieg hitlérienne, Paris, Verviers, Gérard et Cie, l’Inter, 1967.

[4]       Colonel Blin, Préparation à l’examen de l’École supérieure de guerre. Histoire de l’organisation et de la tactique des différentes armes (1610 à nos jours), Paris, Limoges, Nancy, Charles-Lavauzelle, 1931.

[5]       Henri Contamine, La Revanche, 1871-1914, Paris, Berger-Levrault, 1957.

[6]       Michel Goya, La Chair et l’acier. L’invention de la guerre moderne, Paris, Tallandier, 2004.

[7]       Azar Gat, The Development of Military Thought : The Nineteenth Century, Oxford, Clarendon Press, 1992.

[8]       Basil H. Liddell Hart, Foch, The Man of Orleans, Londres, Eyre and Spottiwoode, 1931 ; “French Military Ideas before the First World War”, in : M. Gilbert (ed.), A Century of Conflict 1850-1950, Essays for A. J. P. Taylor, Londres, Hamish Hamilton, 1966, pp. 135-148.

[9]       Dallas D. Irvine, “The French Discovery of Clausewitz and Napoléon”, Journal of the American Military Institute, 1942, n° 4, pp. 143-161.

[10]     Stefan Possony, Etienne Mantoux, “Du Picq and Foch : The French School”, in : E. M. Earle (ed.), Makers of Modern Strategy from Machiavelli to Hitler, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1944, pp. 206-233.

[11]     Arthur Boucher, Les Lois éternelles de la guerre. Les doctrines dans la préparation de la Grande Guerre , Paris, Berger-Levrault, 1925.

[12]     Roger Maurice, “Les théories militaires d’avant la guerre”, Mercure de France, 1er décembre 1917, pp. 399-424.

[13]     Colonel Cochin, “Responsabilité d’avant-guerre”, Le Correspondant, 10 avril 1933, pp. 44-63.

[14]     J. Monteilhet, Les Institutions militaires de la France (1814-1924). De l’armée permanente à la nation armée, Paris, Félix Alcan, 1926.

[15]     Notons que Michon établit un lien entre cette doctrine réactionnaire et les succès du bergsonisme. Georges Michon, La Préparation à la guerre. La loi de trois ans (1910-1914), Paris, Librairie des sciences politiques et sociales Marcel Rivière, 1935.

[16]     Raoul Girardet, La Société militaire dans la France contemporaine, 1815-1939, Paris, Plon, 1953.

[17]     Richard D. Challener, The French Theory of the Nation in Arms, New York, Columbia University Press, 1955.

[18]     Jack Snyder, The Ideology of the Offensive. Military Decision Making and the Disasters of 1914, Ithaca, Londres, Cornell University Press, 1984.

[19]     Tuchman, adepte de la théorie bergsonienne, considère ce facteur comme secondaire. Barbara Tuchman, The Guns of August, New York, The Macmillan Company, 1962.

[20]     John Bowditch, “The Concept of Elan Vital : A Rationalization of Weakness”, in : E. M. Earle (ed.), Modern France, Problems of the 3rd and 4th Republics, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1951, pp. 32-43.

[21]     La thèse de Porch est beaucoup plus complexe que Gat ne le mentionne. Il développe six autres causes en plus de celle mentionnée par Gat, qui ne constitue d’ailleurs pas la cause principale. Ces six causes sont : l’influence de plus en plus grande de l’idéologie républicaine et de la théorie de la “nation en armes sur et au sein de l’armée ; l’absence de doctrine ; les dysfonctionne­ments au sein de l’armée (faiblesses et structure défaillante du haut comman­dement, faiblesse intellectuelle des officiers, instabilité ministérielle, ingérence de la politique dans le système d’avancement des officiers, vieillissement des cadres supérieurs, disparition de véritables chefs et formation de clans au ministère de la Guerre ) ; l’absence d’infrastructures d’entraînement et de manœuvre ; le développement technique des armes ; la résurgence du nationa­lisme suite à la crise d’Agadir de 1911. Douglas Porch, “L’armée française et l’esprit d’offensive 1900-1914”, Annales de l’Université des sciences sociales de Toulouse, 1977, pp. 155-187 ; The March to the Marne : The French Army, 1871-1914, Cambridge, London, Cambridge University Press, 1981 ; “Clause­witz and the French, 1871-1914”, in : E. Mandel (ed.), Clausewitz and Modern Strategy, Londres, Frank Cass, 1986, pp. 287-301.

[22]     Barbara Tuchman, The Guns of August, New York, The Macmillan Company, 1962.

[23]     Michael E. Howard, “The Influence of Clausewitz”, introduction de Karl von Clausewitz, On War, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1976, p. 37.

[24]     Avec Krumeich, nous pouvons mentionner d’autres auteurs adeptes de l’explication bergsonienne de la doctrine de l’offensive à outrance. Gerd Krumeich, “L’offensive « à outrance » et la crainte de « l’attaque brusquée ». Problèmes politiques et militaires de la « loi de trois ans » de 1913, in : Forces armées et systèmes d’alliances. Colloque international d’histoire mili­taire et d’étude de défense nationale, Montpellier, 2-6 septembre 1981, Les cahiers de la fondation pour les études de défense nationale, Montpellier, 1984, pp. 447-454. Voir notamment : Jean de Pierrefeu, Plutarque a menti, Paris, Grasset, 1923 ; Henri Contamine, La Revanche, 1871-1914, op. cit., p. 176 ; Douglas Porch, “L’armée française et l’esprit d’offensive 1900-1914, Annales de l’Université des sciences sociales de Toulouse, 1977, pp. 155-187 ; Stefan Possony ; Etienne Mantoux, “Du Picq and Foch : The French School, in : E. M. Earle (ed.), Makers of Modern Strategy from Machiavelli to Hitler, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1944, pp. 206-233 ; Georges Michon, La préparation à la guerre. La loi de trois ans (1910-1914), Paris, Librairie des sciences politiques et sociales Marcel Rivière, 1935, pp. 45-46 et 116-117.

[25]     Charles à Court Repington, “Tendencies of the German Army”, in : Essays and Criticism, Londres, Constable and Co, 1913.

[26]     Hans Delbrück, Geschichte der Kriegskunst im Rahmen der politischen Geschichte, Berlin, 1900-1927, 4 volumes. Voir également : Arden Bucholz, Hans Delbrück and the German Military Establishment : War Images in Conflict, Iowa City, University of Iowa Press, 1985 ; Gordon A. Craig, “Delbrück : The Military Historian”, in : Peter Paret, Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 326-353 ; David G. Hermann, The Arming of Europe, Princeton, Princeton University Press, 1996, pp. 86-92.

[27]     Sigmund Neumann, Mark von Hagen, “Engels and Marx on Revolution, War, and the Army in Society”, in : Peter Paret, Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 262-280.

[28]     Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000, pp. 1-3.

[29]     Reinhard Höhn, Die Armee als Erziehungsschule der Nation. Das Ende einer Idee, Bad Harzburg, Verlag für Wissenschaft, Wirtschaft und Technik, 1963 ; Eckart Kehr, Economic Interest, Militarism, and Foreign Policy. Essays on German History, Berkeley, University of California Press, 1977 ; Martin Kitchen, The German Officer Corps 1890-1914, Oxford, Clarendon Press, 1968 ; Heiger Ostertag, Bildung, Ausbildung und Erziehung des Offizierkorps im deutschen Kaiserreich 1871 bis 1981 : Eliteideal, Anspruch und Wircklichkeit, Frankfort, Peter Lang, 1990 ; Bernd F. Schulte, Die deutsche Armee 1900-1914 : Zwischen Beharen und Verändern, Düsseldorf, Droste Verlag, 1977.

[30]     Le nationalisme “völkisch a faussé la perception de la réalité des diri­geants. Obnubilés par un “complexe de menace, par la théorie des droits des peuples jeunes face aux peuples vieux, par la lutte contre la concurrence cons­tituée par les peuples slaves et gaulois, ayant peur de se retrouver en infériorité par rapport à ces mêmes peuples, les dirigeants allemands ont naturellement vu dans la guerre et dans l’offensive la solution aux problèmes qu’ils percevaient. Thomas Lindemann, Les Doctrines darwiniennes et la guerre de 1914, Paris, Economica, Institut de stratégie comparée, 2001.

[31]     Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000.

[32]      Dominik Graham, “Sans Doctrine : Britisch Army Tactics in the First World War”, in : Timothy Travers, Christon Archer, Men at War. Politics, Technology and Innovation in the Twentieth Century, Chicago, Precedent Publishing, 1982, pp. 69-92.

[33]     Graham souligne également le fait que les états-majors britanniques n’étaient pas conçus pour supporter le développement considérable de l’armée de terre au cours de la première guerre mondiale. En deux ans, l’armée britanni­que multiplia le nombre de ses divisions par dix.

[34]     Auteur du livre The Science of War, Henderson étudia beaucoup la guerre de Sécession. Le règlement d’infanterie de l’armée britannique fut modifié en fonction de ses analyses de la guerre des Boers. G. F. R. Henderson, The Science of War, Londres, 1905.

[35]      Michael E. Howard, “Men against Fire: The Doctrine of the Offensive in 1914”, in : Peter Paret, Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 510-526.

[36]      Thimoty Travers, “Technology, Tactics, and Morale : Jean de Bloch, the Boer War, and British Military Theory, 1900-1914”, The Journal of Modern History, 51, 1979, pp. 264-286.

[37]     Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, Institut de stratégie comparée, 1999.

[38]     Raymond Aron, “La découverte de Clausewitz dans l’enseignement militaire français aux alentours de 1880, Centenaire de l’école supérieure de guerre 1876-1976. Actes du colloque 13-14 mai 1976, s.l., s.e., s.d., p. 40.

[39]     Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, op. cit., pp. 93-129.

[40]     Daniel Reichel, Études et documents. Le feu, Armée suisse, Service histo­rique, 1982-1983 ; Études et documents. Le choc, Armée suisse, Service histo­rique, 1984 et Études et documents. La manœuvre et l’incertitude, Armée suisse, Service historique, 1986. Voir également Hervé Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, Institut de stratégie comparée, 1999, pp. 349-363.

[41]     Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000, pp. 3-8.

[42]     Paul Dhé, “L’esprit offensif, L’Opinion militaire, 10 janvier 1911, pp. 29-32.

[43]     Antulio J. Echevarria II, After Clausewitz. German Military Thinkers Before the Great War, Lawrence, University Press of Kansas, 2000, pp. 8 et 223-226.

[44]     Décret du 26 octobre 1883 portant règlement sur le service des armées en campagne, Paris, Baudoin, 1884.

[45]     Décret du 28 mai 1895 portant règlement sur le service des armées en campagne, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897.

[46]     Décret du 28 octobre 1913 portant règlement sur la conduite des grandes unités (Service des armées en campagne), Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1913.

[47]     Décret du 2 décembre 1913 portant règlement sur le service des armées en campagne. Service en campagne – Droit international, Paris, L. Fournier, 1918.

[48]     Décret du 28 mai 1895 portant règlement sur le service des armées en campagne, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897.

[49]      François Oscar de Négrier, “Les tendances nouvelles de l’armée alle­mande”, Revue des Deux Mondes, 1er septembre 1901, pp. 5-32 ; “Quelques enseignements de la guerre sud-africaine”, Revue des Deux Mondes, 15 juin 1902, pp. 721-767 ; “Cavaliers et dragons”, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1902, pp. 764-800 et 1er janvier 1903, pp. 87-117 ; “L’évolution actuelle de la tactique”, Revue des Deux Mondes, 15 février 1904, pp. 854-885 et 1er mars 1904, pp. 110-129.

[50]     Guy Pedroncini, Le Haut-Commandement français et la conduite de la guerre 1917-1918, thèse de l’Université de Lille III, 1971 ; Pétain, général en chef, Paris, PUF, 1974 et Pétain, le soldat et la gloire. 1856-1918, Paris, Perrin, 1989.

[51]     L. Loyzeau de Grandmaison, Deux conférences faites aux officiers de l’état-major de l’armée (février 1911). La notion de sûreté et l’engagement des grandes unités, Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1911.

[52]     Eugène Carrias, La Pensée militaire française, Paris, PUF, 1960, pp. 296-298 ; P. A. Cour, “L’évolution des doctrines et règlements avant la guerre et la valeur technique de notre infanterie. La guerre et ses conséquences”, Revue militaire générale, mars 1921, pp. 179-181 ; J. F. C. Fuller, The Conduct of War 1789- 1961. A Study of the impact of the French, Industrial and Russian Revolutions on War and its Conduct, New Brunswick (NJ), Rutgers University Press, 1961, p. 128 ; Basil H. Liddell Hart, Foch, The Man of Orléans, Londres, Eyre and Spottiwoode, 1931 ; The Gost of Napoléon, New Haven, Yale University Press, 1937 ; “French Military Ideas before the First World War”, in : M. Gilbert (ed.), A Century of Conflict, 1850-1950, Essay for A. J. P. Taylor, Londres, Hamish Hamilton, 1966, pp. 136-144 ; Stratégie, Paris, Perrin, 1998, p. 415 ; Eric Muraise, Introduction à l’histoire militaire, Paris, Charles-Lavauzelle, 1964, p. 40.

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin