Revue
Internationale d'Histoire Militaire
Les
sources de l’histoire de la Roumanie au Service historique de
l’armée de terre
Thierry
Sarmant et Răzvan Cosma Nicolau
Nation
jeune en tant qu’État unifié, la Roumanie est riche d’une
longue tradition de francophilie et de francophonie, bien antérieure
à son indépendance. C’est la raison pour laquelle les archives
françaises – et notamment les archives militaires – présentent
pour l’historien de la Roumanie contemporaine un intérêt tout
particulier. Si les rapports des deux nations ont connu des hauts et
des bas – ce que traduit la quantité de documents conservés
suivant les époques – la valeur historique des sources conservées
dans les archives du Service historique de l’armée de terre est
constante et dépasse le cadre strictement militaire.
Le
tableau général de ces sources, que l’on va brosser ci-dessous,
constitue l’étape préliminaire, nécessaire mais non suffisante,
d’une exploration des fonds de Vincennes intéressant la
Roumanie. L’approfondissement de la recherche se fera à travers
les nombreux instruments de recherche spécialisés que les
archivistes du service mettent à la disposition du public[1].
L’esquisse
donnée ici suffira pour donner un aperçu de la richesse des
archives militaires françaises pour l’histoire de l’Europe
centrale et orientale.
Les
xviie
et xviiie
siècle
Les
fonds du Service historique de l’armée de terre forment une suite
continue à partir des années 1630. Dans les quelques registres
datant des dernières années du xvie
siècle, on rencontre déjà des pièces relatives aux contrées
danubiennes. Il en va ainsi des papiers des ambassades de Gilles de
Noailles à Constantinople entre 1571 et 1581 (volume 3 à 6 de
la sous-série A¹ du S.H.A.T., correspondance d’Ancien Régime) :
on y voit des lettres du voïvode de Transylvanie, Stéphane
Bathory. Dans le courant du XVIIe siècle, des mentions
de l’Europe orientale apparaissent régulièrement dans les
archives. Le registre des minutes de l’année 1638 (A¹ 48)
contient ainsi des “Instructions au sieur Dubois d’Augecourt
s’en allant trouver le prince de Transylvanie”. Les
“nouvelles” arrivées d’Allemagne, ancêtres de nos bulletins
de renseignements, mentionnent fréquemment les provinces frontières
de l’Empire ottoman, car la France se préoccupait de l’effet
que pourraient avoir d’éventuelles révoltes au sein des
possessions des Habsbourg sur leurs capacités militaires à
l’Ouest. On consultera par exemple les états des troupes impériales
en Hongrie et en Transylvanie (A¹ 1501, 2675 et 2726).
Les
cartes concernant la Moldavie et la Valachie à cette époque sont
classées dans la sous-série R 18 (Empire ottoman) du cadre de
classement des cartes. Y figurent notamment un plan de la ville de
Bucarest gravé en 1772 (R 18 4-10 B 495) et un ensemble de cartes
datant du milieu du xviiie
siècle (1738-1774), gravées par des Français, des Allemands ou
des Russes (R 18 4-10 B 32, 72-76, 79, 163).
Dans
la Bibliothèque du S.H.A.T., le chercheur dispose de plusieurs
ouvrages anciens relatifs aux pays du Danube. Il se reportera
d’abord à la sous-série D I m, consacrée à la géographie de
la “péninsule illyrique”, où figurent plusieurs récits de
voyages par voie terrestre accomplis par des Français à
Constantinople. Il s’intéressera ensuite à la sous-série D II l
(livres d’histoire concernant l’Europe centrale), où sont classés
par exemple Les mémoires du
comte Bethlem-Niklos contenant l’histoire des derniers troubles en
Transylvanie (D II l 71). La sous-série D II m, concernant
la péninsule illyrienne, conserve l’Histoire
de l’empire ottoman, où se voyent les causes de son
agrandissement et de sa décadence, rédigée en français par
le prince de Moldavie Démétrius Cantémir, accompagnée d’une
autobiographie et publiée à Paris en 1768 (D II m 31).
Du
début du XIXe
siècle au commencement de la Grande Guerre
Au
début du xixe
siècle, la France ne s’intéresse qu’incidemment aux principautés
moldave et valaque. Pendant la Révolution et le Premier Empire, ces
territoires se situent en dehors des zones d’intérêt ou de conquête
de la France. Dans la deuxième moitié du siècle, les relations
franco-roumaines s’approfondissent, sans pour autant déboucher
sur des résultats diplomatiques tangibles. La France porte beaucoup
d’intérêt à un pays latin, qui forme charnière entre
l’Empire ottoman en lente décomposition et les deux grandes
puissances européennes antagonistes que sont l’Empire russe et
l’Autriche-Hongrie. Du côté roumain, l’attachement d’une
partie des élites intellectuelles à la France, souvent terre de
leurs études supérieures, et la volonté de se prémunir contre
des voisins menaçants alimentent un fort courant francophile. La
Roumanie réalise son unité en 1859, le prince Cuza étant élu
hospodar des deux principautés de Moldavie et de Valachie. À cette
occasion, le soutien de Napoléon III a été déterminant, de
même que l’affaiblissement des empires russe et ottoman. Mais
l’arrivée sur le trône roumain d’un Hohenzollern et
l’influence économique allemande entraînent l’adhésion de la
Roumanie à la Triplice en 1883. Ce n’est qu’au début du xxe
siècle que les revendications roumaines sur la Transylvanie font
prendre conscience au pays des difficultés causées par son
appartenance au bloc austro-allemand. L’annexion de la Dobroudja
du Sud, après la seconde guerre balkanique (1913), ne suffit pas à
satisfaire les appétits territoriaux de la jeune nation.
Les
documents concernant cette période devraient être répartis dans
les cinq séries chronologiques du S.H.A.T. couvrant le xixe
siècle (D, E, F, M et N). En fait, les fonds datant de la
Restauration et de la Monarchie de Juillet (séries D et E) ne
semble pas contenir beaucoup de pièces relatives à la Moldavie et
à la Valachie. En outre, la nature de ces séries, regroupant la
correspondance générale de ces régimes, ne facilite pas la
recherche. Il faut le plus souvent s’intéresser aux pays
limitrophes, Autriche-Hongrie et empires russe et ottoman, pour
obtenir des renseignements relatifs aux principautés danubiennes.
Le même cas de figure se reproduit avec les séries F et G. Fait étonnant
lorsque l’on sait que pendant cette période, tant la Seconde République
que le Second Empire envoient des officiers en mission dans les deux
provinces.
Il
faut en fait se tourner vers la série M (anciennement M.R.), collection
factice qui regroupe les dossiers d’information de la première
moitié du xixe
siècle. Les documents relatifs à la Moldavie et à la Valachie se
trouvent dans les cartons consacrés à la Turquie, du fait de la
suzeraineté ottomane sur ces deux contrées. Tout y est donc considéré
relativement à l’Empire ottoman et aux frictions de celui-ci avec
les Russes. Si le capitaine Desaint effectue un voyage en Moldavie
et en Valachie, son supérieur, le général Aupick, plus connu pour
avoir été le beau-père de Baudelaire, demeure à Constantinople,
et il n’y a donc aucune présence française continue dans les
provinces danubiennes. Signalons le carton M 1620 (Turquie
1811-1849), avec un mémoire sur la Moldavie et la Valachie, rédigé
par le capitaine Sabatier en 1849, et de nombreux autres documents
datant pour la plupart de 1849 (étude sur la défense des frontières
sud de l’Empire ottoman, note sur une éventuelle invasion des
provinces danubiennes par les Turcs, remise par le général Aupick
au ministre de la Guerre turc), ainsi que des cartes des provinces
danubiennes (réalisées en 1848 par le capitaine Desaint au 1/400 000e
à l’occasion de son voyage). Dans M 1622 (Turquie
1855-1910), figurent plusieurs documents rédigés par le
capitaine Desaint : la Dobroudja (description, notes sur les opérations
russes de 1855) et la Bessarabie (tableau statistique, carte, mémoire
écrit en 1856) sont particulièrement à l’honneur. Dans M 1623 (Turquie
1809-1861), on trouvera la correspondance de la première mission
militaire française en Valachie, celle du lieutenant-colonel Lamy
en 1866-1868. Une lettre du prince Cuza y figure également.
La
naissance d’une Roumanie indépendante permet l’établissement
de relations d’État à État avec la France. On remarque la
transition entre les renseignements fragmentaires recueillis au
cours de séjours assez brefs à la fin du xixe
siècle, et ceux fournis par l’attaché militaire à partir du début
du xxe siècle
(7 N 1451 à 1454). Outre les rapports des attachés
militaires français en poste à Bucarest, il peut être intéressant
de consulter ceux établis dans les pays limitrophes de la Roumanie,
tels que les empires austro-hongrois, russe et turc, ou la Serbie.
Dans 7 N 1451 (attaché militaire en Roumanie 1834-1895),
un rapport sur la Valachie et la Moldavie, daté de 1834, jouxte
des documents de la mission Lamy de 1866-1868, des récits de
voyage, tels que ceux du colonel Georges en 1880 ou du capitaine
Coussaud en 1895, ainsi qu’un rapport sur la Roumanie en 1884 du
lieutenant-colonel Salles. Dans 7 N 1454 (attaché
militaire en Roumanie 1903-1913), on note que l’attaché militaire
français en poste à la légation de la République française à
Bucarest s’occupe aussi de la Serbie et du Monténégro ; aux
rapports de l’attaché militaire sont jointes plusieurs cartes de
la Roumanie à l’occasion des grandes manœuvres de 1911. Un album
photographique illustre ces manœuvres – un album correspondant
existe en 7 N 1453 pour les grandes manœuvres de 1910.
Dans
les archives du génie, la majorité des documents concernant la
Roumanie date de la seconde moitié du xixe
siècle et est l’œuvre d’officiers français en mission dans le
royaume roumain. Ainsi est-il possible d’avoir un aperçu de ce
qu’étaient alors les principales villes du jeune État. Dans la
sous-série 1 V (archives du dépôt des fortifications),
le chercheur se tournera vers les dossiers des places étrangères
(article 14). Le carton 250 contient l’état, l’historique ainsi
que la nomenclature des places fortes roumaines, le carton 59 des
documents concernant la ville de Bucarest et son système de
fortifications, équipé en partie de matériel français :
voici un plan roumain de la ville, datant de 1852, des croquis des
principaux forts (1894) ainsi que la correspondance des observateurs
français présents lors des expériences précédant la
construction des fortifications. Des pièces analogues sont
disponibles pour les villes de Iaşi (14, 149), de Galaţi
(14, 121) ainsi que pour les fortifications fluviales du Danube (14,
93), les fortifications du Siret, de la Putna et de Focşani
(14, 211).
Dans
le fonds de cartes, outre la série R 18, déjà mentionnée, les pièces
intéressant les principautés qui allaient donner naissance au
royaume roumain se trouvent dans les sous-séries de l’Atlas
historique dévolues au Premier et au Second Empire (L III et L V).
La présence sous ces cotes de pièces relatives à la Moldavie et
à la Valachie pendant la guerre russo-turque de 1806-1810
s’explique par un hasard heureux : le général-comte de
Langeron, officier français émigré en Russie à cette époque,
dirigea les opérations du coté russe ; ses mémoires,
accompagnés de nombreuses cartes, revinrent en France après la
Restauration. Par ailleurs, la préparation de la campagne de Russie
a conduit les officiers français à se renseigner sur les nombreux
camps russes établis dans les principautés moldave et valaque.
Pas moins de quatorze cartes concernent la Valachie ou la Moldavie,
dans la sous-série L III. La cote L III 571 permet également de
suivre le déroulement des opérations : les principales
batailles (Braila, Giurgewo, Turbat) et les plus importantes places
russes et turques (Turtucaia, Hirsova et Oltenitza) sont représentées
en détail. Les camps russes établis dans les principautés après
la guerre sont illustrés par plusieurs pièces, notamment Sintesci
près de Bucarest et Slobozia en Valachie. L’expédition de Crimée
permet enfin au chercheur de trouver dans l’Atlas historique des
pièces relatives à la guerre russo-turque de 1853-1855, autre événement
marquant de l’histoire roumaine. La progression des troupes russes
en Moldavie peut être suivie sur la carte L V 148, tandis que les
combats pour les places de Calafat et d’Oltenitza sont illustrés
respectivement par les cotes L V 172 et L V 256.
Beaucoup
d’ouvrages d’histoire sont présents dans la sous-série D II m
de la Bibliothèque (histoire de la péninsule illyrienne). Un
Tableau historique, géographique et politique de la Moldavie et de
la Valachie rédigé par W. Wilkinson et accompagné des textes
des traités russo-turques de Kutchuk-Kaïnardji (1774), de Iaşi
(1792) et de Bucarest (1812), est disponible sous la cote D II m 97.
Le comte de Ficquelmont est l’auteur de
La politique de la Russie et les principautés danubiennes publiée
à Paris en 1854 (D II m 105). On n’oubliera pas les ouvrages de géographie
(D I m), tel que l’État géographique,
civil et politique des principautés de la Moldavie et de la
Valachie rédigé par Th. Thornton et publié à Paris en 1812.
À la fin du xixe
siècle plusieurs ouvrages ayant pour sujet le jeune royaume roumain
sont publiés en France par des Français ou des Roumains. Édouard
Marbeau est ainsi l’auteur d’Un
nouveau royaume : Roumanie, Paris, J. Gervais, 1881 (D
II m 43617), tandis que le prince Georges Bibesco fait paraître à
Paris en 1883, chez Plon, son Histoire
d’une frontière, la Roumanie sur la rive droite du Danube (D
II m 1040).
En
août 1916, la Roumanie entre en guerre aux côtés de l’Entente
en espérant occuper la Transylvanie. Rapidement, le cours désastreux
des opérations oblige la France à envoyer une mission militaire
pour aider son alliée. Cette mission Berthelot, du nom de son chef,
est un moment essentiel des relations franco-roumaines. Arrivé en
Roumanie en octobre 1916, le général et les nombreux militaires
français qui l’accompagnent accomplissent un travail important,
dont un des résultats majeurs sera la reconstruction de l’armée
roumaine pendant l’hiver 1916-1917. La bonne tenue des troupes
roumaines pendant les dures batailles de l’été 1917 (Mărăşti
et Mărăşeşti) est ainsi, pour une part notable,
le fruit des efforts de la mission Berthelot. Si la Roumanie doit
signer la paix de Bucarest le 7 mai 1918, elle n’en reprend pas
moins la lutte après l’effondrement de la Bulgarie. La réunion
de la Bucovine, de la Bessarabie, du Banat et de la Transylvanie
font du royaume danubien une puissance régionale. La France compte
désormais sur les Roumains pour jouer le rôle de gendarmes régionaux
face à la Hongrie irrédentiste (guerre de 1919) et face à la
Russie bolchevique.
On
comprend pourquoi la série N du S.H.A.T., qui contient les archives
militaires de la IIIe République, est une des plus
fécondes en pièces relatives à la Roumanie. Le fonds du Comité
de la guerre contient des synthèses de renseignements pour la période
1917-1918 (3 N 8), et des télégrammes de la mission
militaire à Iaşi de septembre à décembre 1917 (3 N 6),
celui du Conseil supérieur de la guerre des pièces relatives au
front russo-roumain entre 1917 et 1919 (4 N 40 à 49) et
les procès-verbaux de la conférence des ambassadeurs, relatifs à
la délimitation des frontières entre la Hongrie et la Roumanie (4 N 79).
Le cabinet du ministre de la Guerre livre les traductions des télégrammes
chiffrés en provenance des pays balkaniques entre 1914 et 1915 (5 N 16),
des dossiers sur la situation en Roumanie pour le Conseil des
ministres en 1916 et 1917 (5 N 142-143), des pièces
concernant les relations commerciales – notamment l’exportation
de blé roumain – avec la Roumanie entre 1915 et 1918 (5 N 283),
et la déclaration de guerre de la Roumanie (5 N 304).
Dans le fonds Clemenceau, qui double celui du cabinet proprement
dit, on relève des pièces sur la situation intérieure de la
Roumanie (6 N 217 à 219) et les rapports de l’attaché
militaire, le général Pétin, pour la période 1919-1921 (6 N 218).
L’état-major
de l’armée (E.M.A), notamment le 2e bureau (renseignement),
a laissé des archives considérables. La Roumanie relève d’abord
de la section dite “d’Afrique”, qui s’occupe notamment de
l’Europe orientale (7 N 2079 à 2211), créée en 1882,
puis de la section d’Orient (7 N 716-732), qui remplace
la section russe en 1915. Occasionnellement, elle apparaît dans les
cartons du bureau slave (7 N 606 à 652), voire à la
section des armées étrangères (7 N 1048). Dans les
papiers du 1er bureau, signalons le matériel cédé à
la Roumanie pour l’année 1916 (7 N 387), les Roumains
dans l’armée française et la légion transylvaine entre 1917 et
1918 (7 N 630). Pour le 2e bureau, les fiches
de renseignements sur la situation intérieure, politique, sociale,
économique et militaire de la Roumanie sont très nombreuses pour
la période de la Première Guerre mondiale. Le fonds des attachés
militaires en Roumanie, d’une grande extension chronologique a déjà
attiré notre attention (7 N 1455 à 1464). Dans le 4e
bureau, on ne voit guère que les fournitures et liquidations de
comptes avec la Roumanie, 1919-1921 (7 N 2070).
Les
comptes de la mission Berthelot pour la période 1917-1921 se
retrouvent dans les archives de la direction du contrôle (8 N 15-16),
les dossiers relatifs aux matériels de guerre à destination de la
Roumanie, leur cession et leur transport pour la période 1916-1918
dans celles du ministère de l’Armement (10 N 100 à
103).
Le
fonds du grand quartier général est également très riche. Outre
les informations sur l’armement des armées étrangères entre
1914 et 1919 (16 N 216), sur les transports et cession de
matériels entre 1915 et 1917 (16 N 2911-2912), les
bulletins de renseignements (16 N 2950 à 2952), les
rapports du général Berthelot entre 1916 et 1919 (16 N 2990-2991),
il faut explorer les archives de la division des théâtres d’opérations
extérieurs (T.O.E.), qui renferment une partie de la correspondance
de la mission Berthelot entre 1916 et 1918 (16 N 2994),
des documents du commandement des forces alliées en Orient
(C.A.A.) accompagnés de nombreuses cartes et d’ordres de bataille
(16 N 3156-3157), des renseignements divers pour la période
1915-1921 (16 N 3167 à 3171), des documents sur le front
russo-roumain et la Russie méridionale entre 1917 et 1919 (16 N 3172
à 3175). Les papiers de la mission militaire française en Roumanie
constituent un ensemble particulier, d’un intérêt
exceptionnel, conservé sous les cotes 17 N 538 à 569.
Les
archives des armées alliées en Orient sont précieuses pour les
années agitées qui suivirent la défaite austro-allemande :
on y trouve des bulletins de renseignement sur la situation intérieure
de la Roumanie entre 1919 et 1920 (20 N 179), des notes de
renseignement sur la Hongrie, la Transylvanie et le Banat de
Temesvar (Timişoara), et sur le conflit roumano-hongrois entre
1918 et 1919 (20 N 525 à 530). On consultera particulièrement
ce qui à trait à l’armée du Danube entre 1918 et 1920 (20 N 688
à 748) et à la zone d’occupation française du Banat (20 N 1061-1062).
Les
cotes 5 N 142, 7 N 1451, 16 N 2994,
3167, 3178 et 17 N 540 ont fait l’objet d’une campagne
de microfilmage, dont les bobines sont conservées à la fois au
S.H.A.T. et à la direction générale des archives de l’État
(D.G.A.S.) à Bucarest. Elles ont servi à des publications telles
que La consolidation de
l’union de la Transylvanie et de la Roumanie (1918-1919), témoignages
français, Bucarest, 1990.
Les
très nombreuses cartes de 1914-1918, qui devraient constituer
normalement la sous-série L VI de l’Atlas historique,
n’ont fait l’objet que d’un classement sommaire par fronts et
par unités. Un dossier provisoire, consacré à la Roumanie,
contient des cartes allemandes, françaises et roumaines, datées
surtout de l’année 1917. Sur certaines pièces, des annotations
permettent de suivre le cours des opérations. La plupart de ces
cartes étant à l’origine le complément de documents classés
aujourd’hui séparément, leur lecture peut s’avérer problématique.
On n’oubliera pas de consulter les dossiers concernant le front
oriental, qui renferment plusieurs cartes relatives au théâtre
d’opération roumain.
Parmi
les fonds privés déposés au Service (sous-série 1 K), quelques
pièces concernent la Roumanie pendant la Première Guerre mondiale.
Il s’agit soit de témoignages (1 KT 192 et 801), soit de
dons tels celui du général Berthelot (1 K 77), ou de
ceux du prince et de la princesse Bibesco (1 K 40 et 187
respectivement). Le fonds le plus intéressant est celui du
capitaine Marchal, officier d’ordonnance du général Berthelot
pendant la durée de sa mission en Roumanie, qui renferme de
nombreuses photographies datant du début du siècle et de la
Première Guerre mondiale (1 K 175).
Les
relations franco-roumaines, pendant les années 20 et 30, continuent
sur la lancée de la Première Guerre mondiale. Cependant, si des
traités, tels celui avec la France en 1926 ou ceux constituant la
Petite Entente, marquent bien le rôle de fidèle alliée que joue
la Roumanie, le lent déclin de la puissance française face au
renouveau allemand ainsi que les troubles intérieurs de la Roumanie
fragilisent les liens que les deux pays avaient établis au cours du
premier conflit mondial. La défaite française de mai 1940 surprend
le royaume, mais, comme les autres pays balkaniques après les coups
de force réussis par Hitler à partir de 1935 et surtout après
l’invasion de la Pologne en 1939, le pays s’est résigné à la
domination allemande. Après la cession de la Bessarabie aux Soviétiques,
d’une partie de la Transylvanie aux Hongrois et de la Dobroudja du
Sud aux Bulgares, la Roumanie s’engage en tant qu’alliée de
l’Axe dans la guerre contre l’U.R.S.S. Le régime du maréchal
Antonescu ne survit pas aux revers subis par les Allemands sur le
front de l’Est. Le maréchal est arrêté le 23 août 1944 et le
roi forme un gouvernement composé de militaires. La Roumanie
continue alors la guerre aux côtés des alliés.
Le
fonds le plus important numériquement mais aussi qualitativement
pour la période 1921-1940 est celui des attachés militaires en
Roumanie (7 N 3043 à 3073). L’intérêt de ces
documents dépasse largement le cadre de l’histoire militaire :
introduits parmi les personnages importants de l’État roumain,
entretenant des contacts directs avec le souverain, les attachés
militaires sont une source rare d’information sur la politique intérieure
roumaine. La connaissance du pays et de ses mœurs, acquise au prix
d’un séjour prolongé en Roumanie, confère à ces rapports une
valeur toute particulière.
Dans
la sous-série 1 N on ne voit guère que la mission du général
Billotte en Roumanie en 1931, qui puisse intéresser le chercheur (1 N 43).
Le Conseil supérieur de la défense nationale présente un fonds très
riche : voici des études du comité des hautes études de la défense
nationale (C.H.E.D.N.) sur la défense de la zone balkanique en 1937
(2 N 32), des bulletins hebdomadaires, bien documentés, rédigés
par la Société d’études et d’information économique
(S.E.I.E.) sur l’économie roumaine pour les périodes 1923-1937
(2 N 182) et 1939-1940 (2 N 159), et des études
sur la défense de la Roumanie ainsi que sur l’état intérieur du
pays, rédigés par les attachés militaires français en poste à
Bucarest (2 N 235). Le fonds de l’état-major du maréchal
Foch contient un carton détaillant l’accord franco-roumain du 10
juin 1926 ainsi que les relations entre les pays de la Petite
Entente (4 N 93). Dans le Cabinet du ministre, on pourra
consulter le texte intégral de l’accord de 1926 ainsi que des
documents relatifs à la mission du général Weygand en Roumanie
(mai 1939) (5 N 579). Le service de cession des matériels
à l’étranger possède également des pièces concernant la
Roumanie (6 N 356, 359, 360).
Pour
ce qui a trait plus spécifiquement aux relations entre la France et
la Petite Entente (1924), puis l’Entente balkanique (1934), on
consultera dans le fonds du 2e bureau de l’E.M.A. les
transmissions entre Paris et Bucarest pour la période 1925-1937 (7 N 2493).
Le fonds N supplément contient en outre les rapports de la mission
que le général Pétin entreprit en Roumanie du 3 au 8 avril 1934,
dont des informations sur les clauses secrètes des traités
constituant la Petite Entente (7 N 764).
Plusieurs
photographies datant des années trente, réalisées par des agences
de presse et appartenant à l’E.C.P.A., sont disponibles sous la
cote 2 K Fi 158. Elles mettent en scène la famille régnante
roumaine et plus spécialement le roi Carol II au cours de la visite
du maréchal Franchet d’Esperey à Bucarest et de celle du
souverain roumain à Paris, les deux événements datant de 1936.
Quelques autres clichés concernant la Roumanie se trouvent sous les
cotes 2 K Fi 17, 65 et 168.
Après
1940, les relations franco-roumaines sont réduites à leur plus
simple expression. Or, heureuse surprise pour le chercheur, les
documents français restent assez nombreux pour cette période noire
de l’histoire de la Roumanie. Les archives des instances de Défense
nationale de Vichy présentent des bulletins d’information
concernant la Roumanie (1 P 44 et 1 P 46). Le fonds du Cabinet du
ministre contient une dépêche de l’agence Reuter citant la déclaration
du roi Carol II de Roumanie relative au retournement d’alliance du
23 août 1944 (2 P 46). Enfin, la correspondance de l’attaché
militaire français à Bucarest pour la période 1941-1942 est
conservée sous la cote 3 P 106.
L’entrée
de la Roumanie dans la sphère d’influence de l’U.R.S.S., consécutive
à l’occupation du pays par les troupes soviétiques, réduit
fortement les rapports avec la France. La logique de guerre froide
limite les possibilités des attachés militaires et conduit le
chercheur à faire de plus en plus appel aux rapports des services
de renseignement français. Avec l’arrivée au pouvoir de Nicolae
Ceauşescu et la mise en place d’une politique en apparence
indépendante vis-à-vis de Moscou, la Roumanie fait appel au
savoir-faire français dans certains domaines-clés, tels que l’aéronautique
ou la construction automobile. Les rapports diplomatiques
connaissent eux aussi une embellie, comme en témoigne la visite
effectuée par le général de Gaulle en Roumanie en 1968.
Cependant, les difficultés internes du régime, dues à la mégalomanie
et à l’incurie du “Danube de la pensée” et de ses proches,
aggravent le sort du pays et conduisent à recourir à l’isolement
et au nationalisme pour masquer les erreurs commises. L’ouverture,
timide, vers l’Ouest est vite oubliée, et, en conséquence, les
pièces relatives à la Roumanie se font plus rares dans les
archives du S.H.A.T, en dehors de la production des services de
renseignement.
Rappelons
que le délai de communication de ces dossiers de renseignements
contemporains est de soixante ans après leur date d’émission.
Avant ce terme, ils ne peuvent être communiqués que sur dérogation
accordée par le ministre de la Défense ou le secrétaire général
de la défense nationale. Une réforme législative, actuellement à
l’étude, devrait à terme abaisser le délai concernant ces
archives (cinquante ans pour les dossiers analysés dans cette
partie).
Dans
les archives militaires des organismes relevant de la présidence de
la République et du Premier ministre depuis 1945 (série Q), le
chercheur se tournera vers les documents émanant du service
d’information générale (S.I.G.), du centre d’exploitation du
renseignement (C.E.R.) ou de la direction du renseignement et des études
générales (D.R.E.G.) (sous-série 9 Q). Les pièces concernant la
Roumanie se trouvent dans la section “Monde soviétique” couvrant
la période 1948-1979 (9 Q³ 36, 37 et 38). Le chercheur y trouvera
aussi bien la fiche biographique d’Elena Ceauşescu que des
informations concernant le Xe congrès du parti
communiste roumain en 1969 (9 Q³ 36), les rapports des attachés
militaires français en Roumanie (1960-1974 : 9 Q³ 36, 1975 :
9 Q³ 37), ainsi que des analyses de la presse roumaine des années
1959-1962 (9 Q³ 37) ou les chronologies mensuelles émises par
l’ambassadeur français en poste à Bucarest (9 Q³ 38).
Les
archives du cabinet du ministre de la Défense après 1945 (sous-série
1 R) renferment un dossier relatif aux relations militaires avec la
Roumanie en 1968 (1 R 219) ainsi que les documents concernant la
liquidation des créances et des marchés conclu avec la Roumanie
pendant la Seconde Guerre mondiale (9 R 516).
Le
fonds de la division renseignement de l’état-major des armées
(12 S) contient la correspondance échangée avec le S.D.E.C.E.
concernant le bloc soviétique. Signalons les cotes 12 S 46
(renseignements sur l’armée roumaine, 1946-1958) et 12 S 93
(renseignements de l’attaché des forces armées sur
l’organisation de l’armée roumaine, la situation militaire en
Roumanie, la jeunesse roumaine, 1950-1972). Dans la sous-série 13 S
(centre d’exploitation du renseignement militaire), une seule cote
se rapporte à la Roumanie pour les années 1977-1978. Quant au
fonds des attachés militaires en Roumanie (14 S 161-162) pour la période
1945-1972, il appelle les mêmes commentaires que son devancier
d’avant 1945 : outre les affaires militaires, y sont traitées
des questions de politique intérieure, telles que celles de l’école,
de l’église orthodoxe, des raffineries et chantiers pétrolifères.
La sous-série 17 S (service de la santé) comprend un carton
concernant la coopération médicale franco-roumaine (17 S 311).
Dans
le fonds de l’état-major de l’armée de terre postérieur à
1945 (série T), on peut consulter des documents concernant la
Roumanie dans les papiers du 2e bureau (sous-série 10 T :
10 T 402 à 406. Il s’agit essentiellement des rapports de
l’attaché militaire à Bucarest et des notes de renseignement reçues
du S.D.E.C.E. Bien que les sujets abordés soient principalement de
nature militaire, on trouve des informations concernant l’économie
(10 T 402-5) ainsi que les problèmes de frontière (10 T 405-4).
La
section Histoire orale du S.H.A.T. conserve enfin le témoignage du
colonel Parisot, attaché militaire à Bucarest de 1948 à 1950 (3 K 10).
Une
masse importante de livres est arrivée de Roumanie en deux
tranches, dans les années cinquante et soixante-dix. Ces ouvrages
d’histoire officielle ne présentent guère d’intérêt par
eux-mêmes, mais ils permettent de suivre les orientations idéologiques
successives du régime communiste. On trouve ainsi quantité d’études
traitant de l’engagement roumain contre les Allemands aux côtés
des Soviétiques à partir du 23 août 1944, ainsi que des ouvrages
d’histoire écrits par Nicolae ou d’autres membres de la famille
Ceauşescu, tels qu’Illie. Bien évidemment, certaines périodes
de l’histoire sont complètement occultées, et il faut se tourner
vers des occidentaux ou des émigrés pour trouver des études
dignes d’intérêt.
Répétons,
en conclusion, l’intérêt des archives de Vincennes pour
l’histoire générale de la Roumanie, au-delà des questions
proprement militaires. En témoigne le parti qu’en a tiré M. Jean-Noël-Grandhomme
dans sa thèse récente, Le général
Berthelot et l’action de la mission militaire française en
Roumanie, 1916-1919, publiée par le S.H.A.T. en 1999. Des
publications de documents du S.H.A.T en témoignent également,
ainsi La Roumanie dans la
grande guerre et l’effondrement de l’armée russe : édition
critique des rapports du général Berthelot, chef de la mission
militaire française en Roumanie, 1916-1919.
Ce recueil va trouver sa continuation dans un volume franco-roumain,
Les relations politiques et
militaires de la France et de la Roumanie : édition critique
de documents d’archives français et roumains, 1919-1926, établi
sous la direction de Frédéric Guelton et Dumitru Preda et dont la
partie française a été préparée par Jean-Noël Grandhomme et
Thierry Sarmant.
Il
faut souligner, pour finir, le fait que les fonds du S.H.A.T. intéressant
la Roumanie n’ont été que très partiellement exploités, en dépit
des campagnes de microfilmage menées par les autorités roumaines.
Il en va de même aux Services historiques de la Marine et de
l’armée de l’Air, qui recèlent également des archives
susceptibles d’intéresser les chercheurs roumains. Le présent
article n’a indiqué que les grandes directions à suivre :
les archivistes du Service historique de l’armée de Terre mettent
au point régulièrement de nouveaux instruments de recherche,
qu’il sera utile de mettre à profit si on désire viser
l’exhaustivité.
Avec
le retour de la Roumanie dans le concert des nations démocratiques,
historiens et archivistes roumains prennent le chemin des dépôts
d’archives français. Le château de Vincennes, ses trois services
historiques et en particulier le S.H.A.T. seront être une étape
indispensable de leur séjour.
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