| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Jean Tulard
Il
a pourtant fière allure “le roi bourgeois” vu par le baron Gérard en
tenue de garde national, la main posée sur la charte de 1830. La
ressemblance avec Louis XIV est frappante. Même autorité tempérée
dans le cas de Louis-Philippe par une certaine bienveillance du regard. Même
énergie contenue. Même dignité imposante. L’épée va bien au monarque,
mieux que le parapluie dont l’affublèrent les caricaturistes. N’a-t-il
pas combattu à Valmy et à Jemmapes ? La constitution sur laquelle il
s’appuie de la main est sage, adaptée à l’époque, c’est-à-dire
qu’elle renforce l’évolution de la France vers le régime parlementaire
tout en maintenant le cens électoral désormais fixé par la loi, ce qui
permettrait de passer, le moment venu, au suffrage universel, sans modifier
la constitution. Enfin l’économie va bien, comme on le devine à travers
le décor qui sert de fond à la toile de Gérard. Bref Louis-Philippe a
tout pour séduire. Depuis
Thureau-Dangin, les historiens l’ont pourtant boudé. Les uns s’intéressent
aux classes laborieuses comme Philippe Vigier, les autres à l’entourage,
pensons au superbe Guizot de
Gabriel de Broglie. Mais, à l’exception de Guy Antonetti, peu ont été
fascinés par le personnage même du roi. Magistrat
passionné d’histoire, chargé de conférences à la IVe
section de l’École pratique des Hautes Etudes, Hervé Robert est de
ceux-là. Outre
une précieuse synthèse sur la Monarchie de Juillet dans la collection Que
sais-je ?, et une belle édition des Souvenirs
(1810-1830) inédits du duc d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe (Droz,
1993), Hervé Robert a multiplié les articles sur le roi et sur l’Orléanisme.
Les voici réunis en un volume. La
monarchie de Juillet ne fut pas le règne tranquille d’un bon père de
famille. Rarement époque fut aussi troublée : le choléra qui tua des
milliers de personnes, l’émeute dans les rues de Paris en 1832 et 1834,
les attentats contre le roi, dont la machine infernale qui fit de nombreuses
victimes, le crime que personnifie Lacenaire et que combat de manière
ambiguë Vidocq... Louis-Philippe fait face avec un admirable courage. Mais
c’est à la doctrine, au courant politique, qualifié d’Orléanisme, que
s’est attaché Hervé Robert dans ses articles. “Un
centre qui penche à droite”, écrit René Rémond à propos de l’Orléanisme,
et il précise qu’il ne se confond pas avec “le traditionalisme d’extrême-droite”. La Monarchie de Juillet
est en effet le régime rêvé en 1789 par les Constituants, celui auquel
songe Sieyès au sortir de la Terreur et que Talleyrand salue en juillet
1830. La Monarchie de Juillet consacre le triomphe de la nouvelle
bourgeoisie issue de la Révolution, celui des profiteurs de la guerre, des
acquéreurs de biens nationaux, des paysans enrichis par la dévaluation de
l’assignat et l’abolition de la féodalité. Elle fait triompher le libéralisme
économique impitoyable pour les ouvriers, et le voltairianisme qui avait
fait de la classe des sciences morales et politiques de l’Institut le fief
des idéologues avant sa suppression en 1803 par Bonaparte pour cause
d’opposition au Concordat. N’est-il pas significatif que Guizot la rétablisse
le 26 octobre 1832 ? Dans cette évolution, Hervé Robert a compris
l’importance du 13 juillet 1842, date de la mort de l’héritier
du trône, le duc d’Orléans. Plus
qu’un tournant, cette mort accidentelle condamne le régime à se
figer. Mais la doctrine est née. Comment concilier pour Louis-Philippe sa naissance qui en fait un héritier des rois de France et sa présence à Valmy, première victoire de la Révolution ? C’est le problème qui est au cœur du magnifique recueil que nous propose Hervé Robert. |
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