| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Les Stratégiques
La stratégie génétique dans la stratégie des moyens
Joseph Henrotin
IV
– Entre cultures et perceptions : fondements de l’action stratégique
et technologie
Si
plusieurs auteurs – dont un « généticien » tel que Lidell
Hart – ont rapidement démontré qu’il existait une british way of
warfare ou une american way of warfare[1]
et que des précurseurs peuvent remonter plus loin encore[2],
le concept de culture stratégique n’a été énoncé formellement qu’en
1977 par Snyder, pour ensuite être considéré comme un prolongement de la
culture politique[3].
L’objectif de Snyder était alors de tenter de comprendre le comportement
de l’URSS face à la guerre nucléaire limitée[4],
d’autres auteurs exploitant ensuite le concept afin de comprendre les mécanismes
décisionnels et stratégiques d’Etats traditionnellement moins étudiés[5].
Définie comme « un ensemble d’attitudes et de croyances tenue au
sein d’un établissement militaire concernant l’objectif politique de la
guerre et la stratégie la plus efficace et la méthode opérationnelle pour
la réaliser »[6]
par Y. Klein, la culture stratégique est aussi un concept plus large
« qui se réfère aux traditions d’une nation, à ses valeurs,
attitudes, modèles de comportement, habitudes, symboles, réalisations et
formes particulières d’adaptation à l’environnement et de résolution
des problèmes en regard de la menace ou de l’usage de la force »[7]
qui allait prendre une importance croissante dans les études stratégiques.
1)
Acceptions réalistes et pluralistes des cultures stratégiques C’est
partiellement du fait que les « culturalistes » se sont vus
confortés dans leurs options par Ken Booth, dont Strategy and
ethnocentrism (1979) s’est avéré être une critique des études
stratégiques[8].
Analysant l’adversaire avec des critères ethnocentriques, prenant trop
souvent en compte les moyens de l’adversaire potentiel et non la liaison
entre ceux-ci et ses intentions, les politologues et les stratégistes
auraient vidé leurs discipline d’une partie de son utilité. Si quelques
critiques seront adressées à Booth[9],
le concept de culture stratégique ne sera pas nécessairement élaboré
dans la plus grande neutralité axiologique et constituera d’abord un
instrument de compréhension des processus décisionnels amis comme adverses[10],
bien qu’il soit fait plus de tendances que de déterminants[11].
Orientée vers une action stratégique affinée, la culture stratégique
peut tout autant dépasser le réalisme dans lequel le concept s’est
initialement affirmé pour aller vers les « sécuritaires »,
sans pour autant écraser le « stratégiste ». Krause et
Williams envisagent ainsi une combinaison des concepts de cultures
politique, stratégique et diplomatique afin d’aboutir à une « culture de
la sécurité », mieux à même de restituer la complexité des zones
étudiées et qu’ils définissent comme « différentes coutumes
et approches régionales (appliquées) aux enjeux-clés de la guerre, de la
paix et de la stratégie depuis des perspectives qui sont toutes deux
distinctives et profondément enracinées, reflétant leurs différentes
positions géostratégiques, ressources, histoire, expériences militaire et
croyance politique. Ces facteurs influencent la façon qu’a un pays de
percevoir, de protéger et de promouvoir ses valeurs et intérêts en regard
à la menace ou à l’usage de la force »[12]. Les
tenants de ce glissement paradigmatique sont tout aussi prompts que les
culturalistes réalistes à montrer l’influence du facteur culturel dans
la conception des armements, même s’ils auraient tendance à l’intégrer
au sein même de la culture stratégique[13].
2)
De la culture stratégique à la culture technologique Dans
cette optique et pour des auteurs tels que Snyder ou Gray, la technologie
est à la fois composante et champs d’action de la culture mais peut aussi
la faire évoluer[14],
même si la plupart des auteurs envisagent ces changements de façon
progressive et non brutale. Mais deux autres positionnements, direct et
indirect existent dans le rapport entre technologie et culture stratégique.
2.1.
L’approche directe Sapir
prends ainsi appui sur l’expérience économique pour affirmer qu’il
existe « des effets de mémoire (…). (et qu’il existe donc
une culture technologique qui) traduit la constitution et l’utilisation
d’un savoir collectif, qui peut exister sous des formes explicites ou
implicites (…) et qui oriente et organise les connaissances (…)
Cela est particulièrement important dans le domaine de la R&D »
[15].
Elle s’articule à son tour avec une culture organisationnelle qui doit
compter avec les rivalités bureaucratiques[16].
Les
recherches américaines sur la furtivité, remontant aux années soixante,
ont donné lieu dix ans plus tard à ce que l’on pourrait envisager comme
une culture de la furtivité nuançant la simple rationalité de
l’application déterministe des technologies disponibles. Cette culture a
connu des évolutions : du F-117 au B-2 et à l’A-12, il existe des
sauts technologiques que perpétuent – de façon atténuée – des
appareils en cours de développement tels que le F-35 ou le F-22[17].
Au surplus, au plus les solutions technologiques intégrées à un équipement
sont nombreuses, au plus les équipements possèdent une charge culturelle
forte. Ainsi, l’architecture de l’A-12 est certes orientée vers sa
mission, mais aussi vers sa survivabilité et celle de son équipage,
prioritaire pour les armes aériennes américaines depuis le Vietnam, et en
partie pour des raisons techno-stratégiques[18].
L’utilisation de PGM, techniquement déterminée par la furtivité[19],
ressort aussi d’une vision culturellement enracinée et cherchant à contrôler
l’application de la force. Plusieurs études ayant pour thème des équipements
majeurs (chars, navires) viennent appuyer la thèse des traits culturels
marquant un matériel[20],
bien que peu d’études cherchent à réellement définir la culture
technologique d’un Etat[21].
Dans le même temps, certains armements peuvent « servir de
symboles de modernité (…) et contribuer à créer ou confirmer une
identité »[22],
une analyse notamment utilisée dans l’étude des proliférations
classiques comme NBC[23].
Au travers de leur plaidoyer pour une stratégie technologique, Possony et
Pournelle vont dans ce sens, mais limitent la portée de toute tradition
assortie d’inertie pour montrer la rapidité avec laquelle les USA ont
lancé des programmes de très large amplitude comme Apollo[24].
S’ils reconnaissent la forte charge technologique de la culture américaine,
leurs développements – par ailleurs souvent prescriptifs[25]
- vont dans le sens d’une exploitation/acceptation de ladite culture, tout
en avertissant le lecteur des travers qu’elle pourrait engendrer.
2.2.
L’approche indirecte En
mettant en évidence l’influence culturelle sur les orientations
doctrinales – offensives ou défensives –, un auteur comme Twining[26]
met indirectement en évidence la dimension technologique de la question. En
effet et dans l’optique de la méthode matérielle, la liaison entre les
orientations défensives et offensives des doctrines et les technologies a
rapidement et notamment été isolée par les tenants de la défense défensive,
dans les années quatre vingt[27],
autant que par d’autres[28].
Ils rejoignent en cela une partie des tenants de l’Arms Control[29]
qui comptaient réduire les intensités offensives de certaines doctrines en
agissant sur les matériels disponibles (« réduction génétique des
risques »)[30],
parfois à outrance[31]
et sous les critiques des « faucons »[32].
C’est dans cette optique que s’est opérée une réduction des capacités
nucléaires, y compris dans les domaines tactiques et de théâtre. Mais il
est frappant de constater qu’Américains et Soviétiques avaient évité
d’inclure dans les accords leurs forces d’interdicteurs – et donc
l’A-12 –, lesquels disposaient en plus d’une capacité conventionnelle
d’une capacité nucléaire au moins équivalente à celle de missiles de
croisière[33].
Dans le même temps, les forces de bombardiers étaient soumises au comptage
des traités SALT et START, malgré leur émergence en tant qu’acteurs génétiques
de la stratégie conventionnelle[34].
De toute évidence, la permanence des aspects matériels dans l’arms
control (nous vous renvoyons à l’annexe IV pour le constater au sein
des différents niveaux de sa structuration), permet à de nombreux auteurs
de considérer que la réduction des armements constitue un des leviers
disponibles pour renverser un dilemme de la sécurité à la charge génétique
élevée[35].
3)
Dilemme de la sécurité et charge généto-culturelle Le
dilemme de la sécurité a généralement été vu comme un des moteurs à
la fois du développement des technologies militaires et de la course aux
armements[36]
par l’intermédiaire d’un schéma « action-réaction » où
toute action adverse diminue la sécurité et nécessite une réaction rétablissant
l’équilibre antérieur[37].
Les comparaisons chiffrées entre des matériels de catégories equivalents
y participent et tendent souvent à émailler une littérature généto-centrée,
au détriment de facteurs explicatifs plus complexes, mais plus riches,
comme la culture ou la doctrine que ces matériels sont sensés servir.
Comparer les chars M-1 et Merkava et retirer hâtivement des conclusions de
leurs vitesses ou de leurs masses respectives induit une connaissance utile
au tacticien, essentiellement dans son rapport à la géographie[38].
Mais son simplisme[39]
ne renseignera le politique, le stratège ou le stratégiste que très
partiellement sur les visions américaines et israéliennes en matière de
combat blindé, sur leurs doctrines ou sur les menaces auxquels les matériels
doivent répondre. Possony, Kane et Pournelle soulignent ainsi
l’articulation de leur vision au dilemme de la sécurité lorsqu’ils
considèrent que la guerre technologique est partiellement déterminée par
« la nature de l’ennemi »[40],
mais aussi et directement au politique, à ses élites et aux éventuels
changements d’orientations de la politique étrangère, en prenant en
l’occurrence appui sur l’évolution de l’URSS dès 1985. Mais les
auteurs assument aussi la charge techno-déterministe de leur vision
lorsqu’ils déclarent qu’ »il est futile et dangereux de baser
une stratégie moderne sur une analyse des intentions de l’ennemi. Le
stratégiste moderne doit être préoccupé par les capacités présentes et
futures de son opposant, pas par les espérances et les rêves de ses
objectifs »[41].
C’est ainsi que les Etats-Unis, assumant l’hypothèse du développement
des défenses antiaériennes soviétiques, avaient légitimé des programmes
furtifs tels que l’A-12. Plus largement, le développement de modèles et
de forces « capacity based » plutôt que « threat
based » est peut être à relier à la stratégie nucléaire[42]
et trouve une actualité dans les concepts développés dans le cadre de la
RMA[43].
Génétiquement
parlant, l’adoption de postures de type « capacity based »
implique soit des équipements véritablement polyvalents – soit
l’option vers laquelle s’est dirigée l’USN -, soit une flotte réduite
mais très diversifiées, au coût prohibitif et ne s’accommodant que peu
de la rhétorique américaine des « deux guerres et demie »[44].
Surtout, une telle vision fait sortir les principaux modèles de course aux
armements de leurs logiques de réciprocité et du concept d’« effet
miroir », suivant lequel « la réaction consiste à
introduire un système d’armes équivalent », « plutôt
que de répondre à un nouveau système militaire chez l’adversaire
potentiel par la mise en œuvre de contre-mesures appropriées »[45].
A ce stade, le cas désormais classique des Euromissiles montre que la symétrie
entre les systèmes déployés pour combler les fenêtres de vulnérabilité
perçues doit être nuancée[46]
et pose la question d’une recherche de la symétrie se transformant en
potentiel d’asymétrie. Le
statut de l’A-12 reste ambigu à cet égard. Pouvant engager des cibles
durcies dans la profondeur du dispositif adverse (symétrie) ou des forces légères
(asymétrie)[47],
il apparaît cependant largement comme threat-based, bien que la rhétorique
du constructeur l’oriente ensuite vers un élargissement de ses capacités
et vers une vision capability-based. Se rapportant au rapport de
force sur un secteur déterminé de la confrontation réelle ou potentielle,
l’asymétrie connaît actuellement une seconde jeunesse dans les rhétoriques
stratégiques, envisageant le combat comme non-linéaire et mettant en
opposition des adversaires utilisant des moyens d’action différenciés[48].
A ce stade, le dilemme de la sécurité est loin d’expliquer les développements
qualitatifs et quantitatifs des arsenaux, même s’il y contribue
largement. 4)
Culture, stratégie et conception des matériels L’interne
ne se limite pas à la décision finale du quand et du combien
dans le processus génétique, y compris dans les systèmes de production très
planifiés, expliquant la redondance de certains systèmes[49].
Il existe ainsi une projection des conceptions politique, stratégique, opératique
et tactique dans le matériel qui est au cœur de l’argumentation génétique.
Politiquement, le financement, les retombées économiques[50]
et technologiques[51]
que les programmes militaires peuvent engendrer sont porteurs et l’A-12,
malgré le secret dont il est entouré, apporte incontestablement un plus à
la recherche sur les radars et une électronique déjà largement considérée
comme stratégique (des points de vue civils et militaires) dans les années
80. Tactiquement, l’A-12 confond les sphères génétique et industrielle
de sa création (design et conception de l’appareil) et opératiquement,
il est adapté aux environnements de haute densité létale. Mais
c’est stratégiquement qu’il est le plus riche. L’A-12 montre une
congruence nette avec une grand strategy américaine des années
quatre-vingt visant l’affaiblissement de l’Union soviétique – une
argumentation où l’effort technologique américain doit être suivi
d’une usure soviétique. Avec la « guerre des étoiles » et
les options contre-forces nucléaires d’une part et la doctrine FOFA (pour
l’Europe)[52]
ainsi que la doctrine Weinberger[53]
d’autre part, les USA des années quatre-vingt s’engagent dans une stratégie
duale de nature indirecte en temps de paix et directe en temps de
guerre[54].
C’est dans ce contexte qu’apparaît une escalade horizontale explicitée
dès 1981[55]
et approfondie tout au long de la décennie, et qui « part du concept
que la perspective d’une bataille avec les Etats-Unis ou un autre pays
allié de concert avec la probabilité de voir la guerre s’étendre à
d’autres théâtres stratégiques, constituent l’élément dissuasif le
plus sûr contre l’agression soviétique. Même si l’ennemi
attaquait à un seul endroit, nous ne devrions pas choisir de répliquer à
cet endroit seulement (…). Une stratégie de guerre qui défie
l’ennemi sur son propre terrain, avec en plus le risque d’une
contre-offensive sur l’ensemble de ses point faibles, solidifie la
dissuasion »[56].
L’escalade horizontale articule ainsi les domaines politiques et stratégiques
par l’affirmation de la volonté américaine de puissance dans
l’ensemble des théâtres d’opérations ; les domaines doctrinaux, par
la mise en évidence de la manœuvre induite par la projection de forces[57] ;
des capacités génétiques et industrielles américaines offrant un
catalogue de matériels à très hautes intensités technologiques. La
dispersion des forces qu’induit l’escalade géographique implique
l’acceptation d’un combat asymétrique qui doit être compensé par
l’utilisation massive de PGM[58]
et l’application du combat équationnel[59].
La rhétorique du « multiplicateur de force » est alors
abondamment utilisée[60]
et l’A-12 en fera partie intégrante.
La
doctrine est considérée comme très offensive par la plupart des
analystes. Elle implique de créer des ruptures stratégiques tout au long
des frontières soviétiques et d’initier un combat de harcèlement dont
la évoluant vers l’interdiction stratégique lorsqu’il visera un combat
de manœuvre visant à l’élimination de la menace des sous-marins soviétiques,
tout en éliminant leurs installations de soutien. A ce stade, le lien la préparation
des opérations nucléaires ne peut être évité, rejoignant la tendance de
l’USN à vouloir jouer un rôle dans la défense stratégique des USA.
Parallèlement, privilégier des attaques ponctuelles contre des centres de
gravité du dispositif soviétique se fait moins dans une optique d’anéantissement
que de diversion : la simultanéité des attaques nécessite pour
l’adversaire de disperser/désorganiser son dispositif et de priver un théâtre
européen d’un potentiel utile[61],
surtout face aux nouvelles génération d’équipements que mettait en œuvre
l’OTAN à cette époque. Si
la valeur stratégique de l’escalade horizontale est plus que critiquable[62],
elle permet de pallier l’érosion du containment en le renouvellant
sous une forme plus militaire que politique. D’autre part parce
qu’elle constitue une matrice géographique permettant l’intégration de
certains secteurs stratégiques issus de décisions stratégiques prises par
ailleurs. En particulier, la militarisation de l’espace, le renforcement
des capacités classiques et chimiques en Europe et au sein même de l’USN[63]
forment une corrélation des forces avec l’escalade horizontale. 5)
Les logiques politiques internes A
la charnière entre politique, génétique et stratégie, il existe des
stratégies de légitimation et de délégitimation des matériels qui
s’articulent autour de deux thèmes récurrents, interdépendants et
fortement liées à la culture nationale, mais aussi à des stratégies de légitimation
a posteriori : a)
le besoin d’un type d’équipement particulier et qui renvoie le
plus généralement à des visions culturelles nationales ou bureaucratique
d’une part et perceptives de la conception de la stratégie et de la
situation internationale d’autre part (« le A-12 est une réponse à
un défi soviétique résurgent »). A contrario, il existe une
rhétorique de délégitimation articulée sur le besoin d’autres matériels,
éventuellement couplée à une appréciation concurrente de la situation
internationale (« le A-12 ne réponds pas aux à l’appui-feu des
troupes engagées dans les missions de maintien de la paix »). Mais
les fonctions et les modalités de légitimation des équipements peuvent
varier avec le temps : l’USN et les constructeurs avaient finit par
élargir les missions de l’A-12 de l’interdiction à la reconnaissance
ou à l’appui-feu rapproché, pour lequel il n’apparaît guère adapté[64].
La plupart des analystes avaient vu dans cette polyvalence forcée une
tentative de l’aéronavale de rendre son projet incontournable dans un
contexte de réductions budgétaires massives ; b)
son financement, qui sous-tends l’ingénierie qui y est associée (étalement
de la production – dont bénéficia l’A-12 avant son annulation -,
financements exceptionnels, compensations, partenariats internationaux) ou
sa contre-ingénierie (rhétorique des coûts excessifs, des priorités plus
pressantes). Dans le cas de l’A-12, l’annulation a été légitimée par
les retards excessifs et l’inflation des coûts de l’appareil, pourtant
systématiques dans les grands programmes aéronautiques[65] ;
c)
enfin, il existe des modalités de légitimation a posteriori. Les
test comme les modernisations sont porteurs d’enjeux autres que
techniques. Qu’ils soient destinés à sélectionner des équipements
concurrents ou à valider des choix antérieurs, ils constituent un
instrument de légitimation programmatique, souvent critiqué par les
professionnels[66]
et qui a parfois trouvé des dénouements tragiques[67]
ou coûteux[68].
Si l’A-12 n’a été testé qu’à l’état de maquette, un certain
nombre d’incertitudes technologiques aurait pu invalider le programme,
sauf à voir un forcing politique observé dans d’autres programmes[69].
Par ailleurs, même après avoir été testé au combat de façon
satisfaisante, un équipement peut ensuite se révéler défaillant[70]. A
ce moment, la modernisation peut tout autant relever d’une stratégie
commerciale que de changements stratégiques ou des missions assignées à
un appareil, y compris dans le cas d’un succès[71].
Ces
changements s’opèrent aux niveaux politique, stratégique, opératif et
tactique par des intervenants dont le nombre et la qualité est très
variable. A ce stade, les sociologies politique et militaire prennent le
relais pour lancer des pistes quant à l’interaction des acteurs et à
leurs poids particulier dans les débats. Si les militaires sont assez généralement
associés à ces discussions, leurs fonctions varient de la simple évaluation
opérationnelle (qui ne garantit pas l’adoption ou le refus d’un matériel[72])
à des discussions plus larges, incluant l’évaluation de la situation
internationale et l’auto-estimation des besoins. C’est plus particulièrement
le cas aux USA ou en Grande-Bretagne, où achats, doctrines et évaluation
de la situation internationale sont largement discutés et tirent parti
d’une liberté d’expression posant la question de l’influence du système
démocratique – ou à tout le moins de la culture politique – sur de
telles décisions. Par ailleurs, au-delà des stricts outputs des
processus décisionnels (oui ou non ; combien et quand),
il existe des circuits d’influence et de feed-back dans la
conception des équipements et dans leurs modernisation, et ce, à trois
niveaux de la conception : a)
Au niveau stratégique de la conception ou de l’utilisation,
lorsque les militaires recommandent l’adoption de solutions affectant définitivement
le matériel. Les luttes d’influence entre les partisans de la spécialisation
des appareils de combats (A-12 et F-18) et ceux de leur polyvalence (F-18 de
seconde génération plutôt qu’A-12) en sont représentatives. Dans le
courant de la vie opérationnelle d’un système d’armes, l’élargissement
des missions d’un appareil tel que le F-14 de la défense aérienne à
l’interdiction est tout autant de nature stratégique, dans la mesure où
la capacité de frappe d’un seul porte-avions s’est trouvée accrue.
S’il s’agissait aussi pour l’US Navy, en attendant les F-18E, de
pallier les conséquences de l’abandon du A-12[73],
il lui fallait aussi maintenir une capacité de frappe embarquée au moment
où le retrait des A-6 réduisait considérablement la capacité de frappe
d’un porte-avions[74] ; b)
Au niveau opératif, de nombreux systèmes et sous-systèmes d’un
équipement peuvent résulter de débats internes ou externes aux forces et
impliquer des réseaux d’influence[75].
L’adoption de la furtivité aux appareils de combat, par extension la
disposition d’une soute à armements interne et corrélativement,
l’utilisation de PGM permettant de rentabiliser le nombre d’armes plus
faibles emportés par un appareil en sont un exemple. Dans le courant de
leur vie opérationnelle, la plupart des modernisations n’affectant pas la
nature des missions mais élargissant les capacités propres d’un appareil
peuvent en relever[76].
c)
Au niveau tactique, lorsque les opérateurs envisagent la
modification d’équipements durant leur conception ou leur vie opérationnelle
en fonction de l’expérience acquise et transmise au constructeur[77].
6)Synthèse Si
les cultures stratégiques (ou de sécurité) constituent des outils
reconnus et appréciés et que la culture technologique reste insuffisamment
utilisée dans son apport aux premières, ils présentent quelques fois des
limites. En particulier, l’articulation entre innovation technologique et
intégration de celle-ci au sein des différentes acceptions de la culture
semble mal comprise. Gray, en reconnaissant l’orientation technologique
des USA souligne en même temps qu’ils envisagent le progrès de façon évolutive
et essentiellement linéaire, en raison de conflits de compétence et
d’intérêt entre les Administrations successives d’une part et au sein
de la communauté des organisations militaires d’autre part[78].
A l’aune de la pratique, l’assertion est relative : le B-2, qui
devait originellement constituer l’épine dorsale de la composante pilotée
de la dissuasion américaine, induisait un saut technologique majeur dont
l’A-12 constituait le prolongement naval. Tous deux capables d’opérer
seuls au-dessus d’un environnement hostile, il simplifiaient considérablement
le SIOP (Strategic Integrated Operation Plan)[79] ;
la programmation des opérations[80] ;
permettaient une limitation de l’amplitude de l’escalade[81]
et plus généralement, élargissaient les options de combat disponibles[82],
autant de tendances lourdes de la culture nucléaire américaine[83].
C’est tout aussi vrai en ce qui concerne des détails génétiques
tactiques (les performances des radars), mais montre aussi un certain nombre
de ses limites, dont le conflit entre des tendances culturelles dont il est
difficile de déterminer la hiérarchisation[84].
Par ailleurs, on ne peut voir dans l’émergence de la furtivité comme
composante centrale de l’aviation militaire contemporaine la seule résultante
d’un déterminisme technologique ou d’une tendance culturelle à la
limitation des pertes. Les décisions de l’Administration Reagan en matière
de développement d’une escalade horizontale[85],
répondant partiellement à une culture spécifique[86],
ont directement contribué à créer la demande d’un appareil tel que
l’A-12. Si sa fiabilité avait été avérée et s’il avait été adopté
par l’USAF[87],
l’A-12 aurait induit une plus grande souplesse dans la planification[88]
des opérations et d’un accroissement global des capacités d’attaques.
A l’instar de l’USN, la culture de l’USAF n’aurait pas connu de
bouleversement par l’introduction de l’A-12[89],
confirmant des tendances antérieures. On le voit assez rapidement, la relativité de l’instrument culturel en tant qu’instrument explicatif des évolutions génétiques impose une vision plus large et utilisant les instruments « classiques » de la stratégie, comme ses principes. Si leur définition continue d’alimenter des débats théoriques très riches dont ce mémoire ne peut rendre compte exhaustivement, force est aussi de constater que leur application à la technologie militaire montre une adéquation certaine. [1] Weigley, R., The american way of warfare, McMillan, New-York, 1973. [2]
D’autres exemples sont cités par H. Coutau-Bégarie, Traité de
stratégie, op cit. [3]
D’abord développé en sociologie avant de se voir transposé en
science politique, le concept cherchait initialement à cerner les
matrices d’intégration/exclusion d’une communauté disposant de
symboles propres. Badie, B., s.v. « culture » in Hermet,
G., Badie, B., Birnbaum, P. et Braud, P., Dictionnaire de la science
politique et des institutions politiques, op cit. Sur la culture (et
approche socio-anthropologique) : Geertz, C., The significations
of culture, Basic Books, New-York, 1973 et (dans une vision
politologique), Badie, B., Culture et politique, 3ème
Ed., Economica, Paris, 1993. [4] Snyder, J.L., The soviet strategic culture : implications for limited nuclear operations, Project Air Force R-2154AF, Rand Corp., Santa Monica, 1977. [5] Par exemple pour l’Inde et le Japon. Peter Rosen, S., India and its army, societies and military power, Oxford University Press, Oxford, 1996 ; Edgerton, R.B., Warriors of the rising sun. A history of the Japanese military, Norton, New-York, 1997. [6] « a set of attitudes and beliefs held within a military establishment concerning the political objective of war and the most effective strategy and operationnal method of achieving it ». Klein, Y., « A theory of strategic culture », Comparative Strategy, Vol. 10, n°2, January-March 1991. [7]
« (…) refers to a nation’s tradition, values, attitudes,
patterns of beheaviour, habits, symbols, achievements and particular way
of adapting to the environement and solving problems with respect to the
threat or use of force ». Booth, K., « The concept of
strategic culture affirmed », cité par Krause, Keith, op cit., p.
21. [8] Booth K., Strategy and ethnocentrism, Croom Helm, London, 1979. [9] Notamment par une certaine virulence de l’ouvrage. Par ailleurs, suivre Booth reviendrait à risquer un relativisme culturel permettant de légitimer toute action de la part de l’adversaire et d’excuser son eventuel comportement belliqueux. Bozeman A.B., « Books reviews - Strategy and ethnocentrism », Survival, July-August 1980, cité par Wasinski, C., op cit. [10] L’auto-perception des Etats de leur culture stratégique a été mise en évidence par Colin Gray. Gray C.S., « Comparative strategic Culture », Parameters, Winter 1984. [11] Ce qu’un C. Gray, très « dur » dans son approche de la guerre froide reconnaîtra, comme la plupart des auteurs. Lord Carnes, en listant certaines variables plutôt que d’autres tends à pousser le concept vers une opérationnalisation à outrance. Dans le sens inverse, ratisser le plus largement afin de prendre en compte l’ensemble des données dans l’analyse induit un risque de noyade de l’objet face auquel Y. Klein ne peut qu’appeler à la raison et au discernement entre l’essentiel et l’accessoire. Klein, Y., « A theory of strategic culture », op cit. [12]
« Different
coutumes and regions approach to key issues of war, peace and strategy
from perspectives wich are both quite distinctive and deeply rooted,
reflecting their different geostrategic situations, resources, history,
military experience and political belief. These factors influence how a
country perceive, protects and promotes its interests and values with
respect to the threat or use of force. »
Krause, Keith, op cit,
p. 11. [13]
C’est notamment le cas chez Stephen Peter Rosen.
[14]
Gray C.S., « Comparative strategic Culture », op cit. [15]
Sapir, J., « Information, décision, coordination :
enseignements de l’histoire militaire pour l’économiste », in
Henninger, L., Histoire militaire et sciences humaines, op
cit., p. 129. [16] Il rejoint en cela les sociologues militaires, mais aussi des travaux tels que ceux d’Edward Luttwak sur la concurrence entre les composantes des forces armées. Sapir, J., « Information, décision, coordination : enseignements de l’histoire militaire pour l’économiste », op cit. et Luttwak, E. D., The Pentagon and the art of war, Simon & Schuster, New-York, 1984. L’angle des rivalités bureaucratiques dans l’explication du decision-making en politique étrangère, dans la conduite des opérations ou en stratégie génétique est riche s’épanouissant dans les travaux de Graham Allison. Il définit trois modèles de decision-making : rationnel, organisationnel et bureaucratique. Allison, G., Essence of decision. Explaining the cuban missile crisis, Harper Collins, Harvard, 1971 et P.M Carpenter, op cit. [17]
Ainsi que les applications terrestres et navales d e la furtivité.
C’est toutefois en aviation qu’elle est la plus visible. [18]
Le développement des défenses aériennes soviétiques, les pertes
encourues lors de la guerre du Vietnam mais aussi les pertes israéliennes
lors de la guerre du Kippour ont créé une réelle perception d’infériorité
des Etats-Unis. Au surplus, des estimations quant à une augmentation de
potentiel de 300% des capacités aériennes soviétiques ou les
estimations du général Close sur les capacités de mobilisation
terrestres de l’Armée rouge ont contribué au remaniement de la
doctrine US et au développement de l’art opératif. Grasset, P., La
drôle de détente, Coll. « Actualité », Vokaer,
Bruxelles, 1979. [19]
Les appareils furtifs emportent leurs armements dans des soutes internes
de sorte que les angles extérieurs, qui reflètent les ondes radars,
soient minimisés. [20]
Que révèlent généralement assez bien des études comparatives menées
sur des matériels spécifiques : Chassillan, M., Les chars de
combat en action, Raids Hors-Série n°3, Histoire &
Collections, Paris, 2001 ; Chassillan, M., Les chars de combat
en action. 2ème partie, Raids Hors-Série n°5, Histoire
& Collections, Paris, 2002 ;
Cécile, J-J., « Le char russe T 80U », Raids,
n°110, juillet 1995 ; Debay, Y., « Le chasseur de chars suédois
IKV 91 », Raids, n°129, février 1997.
[21]
Nous pouvons citer Jacques Sapir. L’objet de son ouvrage était de
dresser un tableau de l’Armée rouge alors qu’elle était entrée
dans une phase de « révolution technico-militaire ». Loin
de se focaliser sur les aspects techniques – qu’il utilise pour démentir
une partie des mythes sur la puissance soviétique -, il parvient à
donner des éléments importants de ce qu’il définira plus tard comme
« culture technologique ». Sapir, J., Le système
militaire soviétique, La Découverte, Paris, 1988. [22]
Caplow, T. et Vennesson, P., Sociologie militaire, op cit., p.
81. [23] Eyre, D.P. and Suchman, M.C., « Status, norms and the proliferation of conventionnal weapons : an institutionnal theory approach » in Katzenstein (Ed.), The culture of national security. Norms ans identity in world politics, Columbia University Press, New-York, 1996 et Promé, J-L., « Confrontation indo-pakistannaise : le spectre du conflit nucléaire », Raids, n°190, mars 2002. [24] Possony, S.T.; Pournelle, J.E. ; Kane, F.X., The strategy of technology, op cit. [25]
Ce qui, à décharge, est dû en bonne partie à la fonction de
l’ouvrage, utilisé dans les années septante et quatre-vingt dans les
académies militaires américaines. Soulignant que leur travail conserve
sa validité, les auteurs ne l’ont que très légèrement adapté, par
des préfaces successives, et n’ont donné d’exemple plus récent
que le cas du B-1. [26] Twining D.T., « Soviet strategic culture - the missing dimension », Intelligence and National Security, January 1989 et Klein, Y, op cit., [27] Moller, B., Dictionnary of alternative defense, Lynne Rienner/Adamantine Press, Boulder/London, 1995 ; Faivre, M., « Défenses alternatives. II - D’autres formes de défense », Défense nationale, octobre 1984 ; Singh, J., « NOD with special reference to India and Southern Asia », NOD and Conversion, n° 33, July 1995 ; Wiliams, R., « Non Offensive Defence and South Africa. Considerations on a post-modern military, mission redefinition and defensive restructuring », NOD and Conversion, n°37, July 1996. [28] Comme par exemple : Quester, G.H., Offense and defense in the international system, John Wiley, New-York, 1977. [29]
Y compris des réalistes comme Kissinger. Dans un registre optimiste,
plusieurs réalistes ont vu dans l’arms control la possibilité
de mener une manœuvre stratégique, que nous pourrions définir comme
une manœuvre génétique. [30]
Brennan, D. G., Arms control, disarmament and national security,
Braziller, New-York, 1961 ; Gray, C. S., The soviet-american arms
race, D. C. Heath, Lexington, 1976 ; Halperin, M. H. and Schelling,
T. C., Strategy and arms control, Pergamon/Brasseys, Oxford, 1985
; Klein, J., Sécurité et désarmement en Europe,
IFRI-Economica, Paris, 1987.
[31]
J-M. Lavieille en vient ainsi à évacuer complètement le facteur
politique et à construire toute son argumentation sur une série d’éléments
économiques et technologiques présentés comme déterminants.
Lavieille J-M., Construire la paix. Tome 1 : les armements détruisent
l’humanité, Editions sociales, Lyon, 1988. [32]
En témoignent les vives controverses académiques sur l’utilité
d’un arms control qui contribuerait en fait à affaiblir les
Etats-Unis dans un contexte où, selon Gray, ce ne sont pas les
armements qui posent problème, mais les décisions politiques de les
employer. Contre Bull et Halperin, Gray arguera aussi de l’inanité même
d’un concept de course aux armements qui lui semble artificielle. Gray,
C.S., « Nuclear strategy: What is true, what is false, what is arguable
», Comparative Strategy, Vol.9, n°1, 1990. et Géré, F. (Dir.),
Les lauriers incertains. Stratégie
et politique militaire des Etats-Unis 1980-2000,
Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, Paris, 1991. [33]
La possibilité qu’avait l’Avenger II d’être ravitaillé en vol
et d’emporter un minimum de deux armes nucléaires tactiques (une
capacité courant en aviation de combat) lui donnait une autonomie et
une capacité de frappe supérieure au missile de croisière. Dans le même
temps, la disposition d’un radar et de systèmes de communications
appropriés donnait à l’A-12 une capacité d’attaque d’objectifs
mobiles alors que les missiles de croisière n’en étaient pas
capables. [34]
Dès la Corée, au Vietnam et dans leur confirmation de plate-forme de
lancement de missiles de croisière conventionnels par les Américains,
mais aussi en Afghanistan par les Soviétiques. [35] Du moins pour ce qui concerne les Etats disposant d’armées à forte intensité technologique. La charge génétique du dilemme de la sécurité dans lequel se trouvait le Vietnam juste avant l’intervention chinoise est incomparablement moindre que celle du dilemme dans lequel étaient engoncés au même moment l’OTAN et le Pacte de Varsovie. Boskma, P. and van der Meer, F-B., « Trends in military technology » in Barnaby, F. and ter Borg, M., Emerging technologies and military doctrines : a political assessment, St Martins, New-York, 1986. [36] Canby, S., « The quest for technological superiority – A misunderstanding of war ? », op cit. [37] Application en politique internationale du schéma d’action-réaction, le dilemme de la sécurité apparaît lorsque les actions d’un Etat ou d’une alliance A poussent à faire croire à un Etat ou à une alliance B que sa sécurité est menacée, de sorte que la perception des intentions adverses y est centrale. La théorie s’est essentiellement développée durant la guerre froide, bien que plusieurs auteurs trouvent dans l’histoire européenne des 18ème et 19ème siècle de nombreux exemples d’un tel dilemme. Pour un aperçu général du sujet : Möller, B., s.v. « Security dilemma », Dictionnary of alternative defense, op cit. et Collins, A., The security dilemma and the end of the cold war, Keele University Press/St Martin’s Press, New-York, 1997. [38]
A titre d’exemple, la mobilité des blindés comme la logistique est
partiellement conditionnée par les voies de communication, par la
topographie, tout comme par les conditions climatiques (il faut plus de
40cm de glace pour qu’un char de bataille passe en sécurité sur une
coupure mouillée gelée). Le passage d’un navire dans une passe est
conditionnée par son tirant d’eau, un avion
de combat nécessite des pistes en état.. [39]
Panofsky, W., « La science, la technologie et l’accumulation des
armements », in Lellouche, P., Science et désarmement,
IFRI, Paris, 1981. [40] « The natures of both technology and the ennemy dictates that this will a be state (sic) of Technological War ». Possony, S. T.; Pournelle, J. E. ; Kane, F. X., op cit.., p. 8. [41]
« It is futile and dangerous to base modern strategy on an
analysis of the intentions of the ennemy. The modern strategist must be
concerned with the present an future capabilies of his opponent, not
with hopes and dreams about his goals ». Possony,
S.T.; Pournelle, J.E. ; Kane, F.X., op cit.., p. 10.
[42]
Par la liaison faite entre modèles capacity-based et postures
objectives (positionnant la dissuasion par rapport à tout adversaire
potentiel – comme dans le cas de la théorie nucléaire française) et
des modèles threat-based relevant de postures réactives
(soumises à une confrontation en particulier – les cas américains et
soviétiques). [43]
C’est notamment le cas pour ce qui concerne un rapport à
l’information devant permettre la supériorité stratégique dans le
traitement des situations asymétriques (préclusion). Bédar, S.,
« La stratégie américaine entre libéralisme globalisé et
militarisation », in GRIP, Les Etats-Unis s’en vont-ils en
guerre ?, Coll. « Les livres du GRIP » n°249-250,
GRIP/Editions Complexe, Bruxelles, 2000 et Bédar, S., « La réforme
stratégique américaine : vers une révolution militaire ?
», op cit. [44]
Traditionnellement, les présidents américains fixent les objectifs de
leurs forces et le développement de l’A-12 correspondait à l’époque
où les forces US devaient engager deux conflits majeurs et un conflit
limité dans le même temps. [45]
Ayache, G. et Demant, A., op cit, p. 96. [46]
Les Pershing II et SS-20 affichaient des performances très différentes
et n’étaient pas destinés au traitement des mêmes cibles mais le
premier était politiquement légitimé par la présence du second et
cette légitimation a sans doute permis leur retrait. Tatu, M., La
bataille des Euromissiles, Fondation pour les Etudes de Défense
Nationale, Paris, 1983. [47]
Ce qui peut apparaître comme un mauvais usage d’un appareil trouve en
fait une origine historique avec l’utilisation d’A-6 mais aussi de
B-52 durant la guerre du Vietnam, mais aussi contre des concentrations
irakiennes en 1991. Un tel emploi relève selon Possony et Pournelle du
concept de surprise technologique tactique.
[48] O'Brien, K. and Nusbaum, J., « Intelligence gathering asymmetric threats – Part one », Jane’s Intelligence Review, 12 October 2000. [49] En URSS, la volonté de conserver plusieurs bureaux d’études capables de concevoir des appareils d’attaque au sol a ainsi abouti à la mise en service con concomitante du Mig-27 (Mig-23BN) Flogger et de la famille Su-17, 20 et 22 Fitter. Alexander l’explique par les théories bureaucratiques. Alexander, A.J., Decision-making in soviet weapons procurement¸Adelphi Papers, n°147, IISS, London, 1978-9. [50]
Soppelsa, J., Géographie de l’armement, Coll. « Géographie »,
Masson, Paris, 1980. Dans une optique quelque peu différente, plusieurs
économistes démontrent le rôle régulateur des dépenses de défense
(entre-autres Galbraith, J.K., La paix indésirable. Rapport sur
l’utilité des guerres, Calmann-Lévy, Paris, 1982). [51] Les retombées technologiques positives des programmes militaire dans le domaine civil (Spin-off) ou de ce dernier vers les capacités militaires (spin-on) constituent tout un pan du débat sur le rapport entre technologie et stratégie, mais qui reste d’une utilité marginale et essentiellement légitimatrice des programmes dans le cadre d’une vision de nature génétique. Welch, T.J., « Technology change and security », Washington Quarterly, Vol.13, n°2., 1990 et Hughes, D., « Defense Dept. must exploit commercial technology », Aviation week & Space technology, Vol. 23, n°5, 24 December 1990. [52]
Le Follow-On Forces Attack est l’application par le général
Rodgers de la doctrine AirLand Battle. FOFA vise directement le
second échelon des forces adverses en mettant en évidence la manœuvre
sur ce qui n’est plus considéré comme un front mais bien comme une
frange avancée de la zone de bataille (FEBA – Forward Edge of the
Battle Area). [53]
Enoncée le 28 novembre 1984 par le secrétaire à la défense, cette
doctrine subordonne tout engagement militaire des USA à (1) la mise en
cause de l’intérêt vital des USA ; (2) l’engagement de forces
suffisantes pour vaincre ; (3) elles doivent suivre un objectif
politique bien défini ; (4) la réévaluation permanente de
l’articulation entre fins et moyens ; (5) aux soutien de la population
américaine ; (6) la considération que tout engagement constitue un
dernier recours. Boyer, Y., Les
forces classiques américaines, structures et stratégies, Coll. «
Les sept épées », FEDN, Paris, 1985. [54]
Un type d’approche souligné comme traditionnel par Weigley, R. F., op
cit. [55]
Pratiquement, l’escalade horizontale remonterait selon C-P. David à
une réflexion entamée par le Conseil National de Sécurité dès 1974
et visant la redéfinition des rôles de la marine. [56]
David, C-P., « Le culte de l’offensive »,
op cit., p. 293. [57]
La vision est compatible non seulement avec le FM-100.5 de l’armée
mais aussi avec les doctrines du Corps et de l’Air Force, et finit par
les encadrer en définissant un cadre géographique. Toutefois,
l’approche manœuvrière qu’elle induit se heurte à la vision de
l’USMC, plus traditionnellement axée sur l’usure. [58]
Par ailleurs critiquée. Steven Canby arguera que les problèmes de
l’OTAN ne seront pas solutionnés par la disposition de PGM mais par
plus de volonté politique et par la disposition d’un nombre
d’hommes et d’unité de réserve suffisantes. Canby, S., « Les
limites opérationnelles des nouvelles technologies », Revue
Internationale de Défense, n°6, 1985. [59]
Suivant lequel une munition tirée doit neutraliser une cible adverse.
[60]
Notamment dans toutes les contributions ayant trait à l’usage de la
technologie au niveau opérationnel. J. Mearsheimer souligne notamment
la complémentarité de la technologie avec des facteurs tels que la
connaissance du terrain. Mearsheimer,
J., « Precision guided munitions and conventionnal detterrence », Survival,
Vol. XXI, n°2, March/April 1982. Mearsheimer, J., « Why the soviets
can’t win quickly in Central Europe », International Security,
n°1, Summer 1982. [61]
Dans cette optique, la corrélation des forces devant permettre un
soutien mutuel entre les différents théâtre d’opérations soviétiques
– une logique d’appui fortement soulignée depuis Ogarkov – devait
s’effacer devant la logique du harcèlement, laquelle impose en outre
la surcharge d’une capacité de commandement soviétique considérée
comme très centralisée [62]
En particulier, l’engagement de troupes loin de leurs bases
principales du temps de paix et la dispersion des moyens de l’USN que
la doctrine sous-tends. Bien que compensée par de massifs
investissements technologiques dont l’A-12 fera partie intégrante à
la fin de la décennie, l’ensemble est basé sur un calcul stratégique
qui repose sur des hypothèses mathématiques et des ratios où les USA
où le facteur attrition pourrait se révéler décisif pour la marine
sans qu’il puisse être véritablement chiffré. Les nouveaux
sous-marins soviétiques font peser une menace directe sur les convois
approvisionnant en armements lourds les théâtres d’opérations, sans
encore compter la possibilité que les Soviétiques ne mènent une
attaque préemptive sur les moyens classiques alors que ceux-ci ne sont
pas encore entrés en action. Enfin, l’hypertrophie de la stratégie
classique au travers de l’escalade horizontale ne peut occulter la
possibilité que les Soviétiques ne répliquent au moyen d’armes nucléaires.
Eloignées de leur pays, les forces amphibies sont extrêmement vulnérables.
Les groupes aéronavals ont une autonomie défensive plus importante,
dans les trois dimensions de la guerre navale (aérienne, de surface et
sous-marine), mais que faire face à une attaque nucléaire de
saturation ? [63]
Pour elle, les années 80 sont aussi celles de la poursuite des
programmes Nimitz (porte-avions géants), Ticonderoga (croiseurs anti-aériens),
Virginia (croiseurs nucléaires), Spruance (destroyers
anti-sous-marins), Arleigh Burke (destroyers anti-aériens, à partir de
1987-88), Los Angeles (sous-marins nucléaires de chasse), Ohio
(sous-marins nucléaires lance-engins), de la modernisation des cuirassés
Iowa (dotation en missiles de croisière) et de l’aéronavale. Les
A-7, trop lents, sont remplacés par des F-18, les F-14 continuent
d’entrer en service, les hélicoptères de lutte ASM SH-60 entrent en
service et les P-3 Orion sont modernisés. Au surplus, l’USMC bénéfice
de nouveaux porte-hélicoptères amphibies (classe Tarawa), de
transports de docks (classes Anchorage et Widhbey Island) et surtout, bénéficient
des aéroglisseurs lourds LCAC qui leurs permettent de mener leurs
attaques d’« au-delà de l’horizon ». [64]
Une configuration en aile delta rends le vol à basse altitude très
inconfortable, alors qu’une aile volante a une pilotabilité
limitée sans compensation automatique des calculateurs. Il est possible
qu’une modernisation de ces derniers ait pu être programmée, de
sorte que plusieurs versions (ou « Blocks ») soient entrées
en service au gré des percées. [65]
Collet, A., Armements et conflits contemporains de 1945 à nos jours,
op cit. [66]
Souvent en raison des conditions de tests qui ne répondraient pas à la
réalité opérationnelle. [67]
Le F-111 devait être le principal appareil d’attaque de l’USAF. Après
que ses tests se soient correctement déroulés suivant les critères de
l’USAF, son engagement au Vietnam dès 1968 a donné lieu à plusieurs
crashs. Après une interdiction de vol, l’appareil est retourné en
première ligne dès 1972. Ingram, D.U., « F-111 swing wing
bomber », Carnets de Vol, n°74, novembre 1990. [68]
Dans le cas du B-1B, le constructeur a systématiquement minimisé ses
problèmes d’avionique de combat, qui le rendaient incapable
d’accomplir ses missions (pénétration stratégique à basse altitude
et à haute vitesse de l’URSS). L’USAF a lancé plusieurs programmes
palliatifs mais l’appareil n’a été utilisé pour la première fois
au combat qu’en 1993, alors qu’il était entré en service en 1986.
Armées & Défense, « B-1B. Entre le B-52 et le B-2 », Armées
& Défense, n°3, février 1990. [69]
Le cas du B-1 autant que celui du F-111 ont en été exemplaires. [70]
C’est notamment le cas de l’hélicoptère AH-64. Disposant d’un
taux de disponibilité assez bon dans le Golfe et crédité de
nombreuses opérations, il a connu plusieurs crashs durant la campagne
du Kosovo. [71] Le F-16 est exemplaire. De chasseur diurne, l’appareil s’est transformé en un puissant chasseur multi-rôle aux capacités d’interdicteur : le Block 60 a un rayon d’action et une charge accrus (réservoirs conformaux plutôt que pendulaires). Hewson, R., « UAE F-16 Block 60 details », Air Forces Monthly, n°166, January 2002 ; Mungo, A-M. et Henry de Frahan, A., « F-16 fighting falcon. La saga du succès continue en 1995 », Défense 2001, n°5, avril 1995 et Gething, M.J., « Fighting the falcon into the 21st Century. F-16 evolution and upgrade », Air International, Vol. 52, n°4, April 1997. [72]
Dans le cas belge, la Force Aérienne s’était prononcée en faveur de
l’équipement de guerre électronique Loral Rapport III pour équiper
ses F-16 de contre-mesures électroniques. Pratiquement, c’est l’équipement
Dassault Carapace qui a été choisi. Mungo, A-M. et Van Hertum, S.,
« Le carapace est validé sur F-16 », Défense 2001,
n°5, avril 1995. [73]
Kromhout, G., « Tomcat renaissance », Air Forces Monthly,
n°159, June 2001. [74]
Krausener, J-M., « L’aéronavale américaine en 1995 », Défense
2001, n°6, mai 1995. [75] Deux auteurs britanniques utilisent l’interface entre des réseaux global (en fait politique) et local (surtout technique) en tant que modalité d’explication du développement de l’appareil TSR-2, dans les années cinquante. Law, J. and Callon, M., « Engineering and sociology in a military aircraft project : a network analysis of technological change », Social problems, n°35, June 1988. [76] La modernisation des Tornado GR-1 britanniques au standard GR-4 améliore leurs capacités de combat tout-temps et de nuit et renforce certains composants fatigués en même temps qu’elle élargit sa panoplie d’armements. Hunter, D., « Tornado GR.4. The next step », Air Forces Monthly, n°161, August 2001. [77]
A titre d’exemples, le renforcement des réservoirs d’huile dans la
conception de l’AH-64 réponds aux leçons de l’expérience
vietnamienne et les tuyères plus longues des A-4 israéliens répondent
à l’expérience des missiles portables SA-7. Ces modernisations sont
d’ailleurs souvent menées par les militaires eux-mêmes. [78]
Gray, C.S., « Comparative strategic culture », op
cit. [79]
Le SIOP est la liste des cibles adverses et des scénarios de guerre
nucléaire. Géré, F. (Dir.), Les lauriers incertains.
Stratégie et politique militaire des Etats-Unis 1980-2000 et
Lortie, B., « A do-it-yourself SIOP », Bulletin of the Atomic
Scientists, Vol. 57, No. 4, July/August 2001. [80]
Notamment en limitant les missions SEAD stratégiques. L’utilisation
stratégique d’un appareil tel que le B-52 nécessitait le dégagement
de couloir de pénétration dans l’espace aérien soviétique, nécessitant
des moyens d’aide à la pénétration. [81]
En réduisant considérablement le nombre de têtes nucléaires utilisées
contre les moyens défensifs soviétiques. [82] Une des grandes tendances historiques de la stratégie nucléaire américaine est de s’aménager les marges de manœuvre stratégiques les plus larges possibles. Des appareils comme le B-2 et l’A-12 étaient tout autant capables de traiter des cibles « molles » que « dures », démographiques comme militaires. Par ailleurs, L’USAF comme l’USN désiraient des appareils capables de traiter les missiles mobiles soviétiques SS-24 et SS-25, de sorte qu’ils devaient être dotés de radars spécifiques. Brower, M., « Targeting soviet mobile missiles », Survival, September-October 1989. [83] Gray, C. S., Nuclear strategy and national style, Hamilton Press-Abt books, Lanham, 1986. [84]
L’adoption du canon allemand de 120mm pour le M-1 peut être vue comme
l’opposition de deux tendances : l’origine américaine des
programmes majeurs derrière laquelle se cache la vision d’un Hamilton
voyant en l’industrialisation la possibilité d’une autarcie d’une
part et la recherche systématique du firepower d’autre part.
Si ce dernier l’a emporté, la question reste aussi de savoir dans
quelle mesure la culture particulière de l’US Army n’a pas réduit
la portée de la réticence aux importations d’une part et, à un
niveau plus élevé, quelle est la part exacte jouée par la recherche
des solutions les plus pragmatiques d’autre part. Colson, B., « la
culture stratégique américaine et la guerre du Golfe », Stratégique,
n°51/52, 1991-3/4 et Libicki, M.C., What makes industries strategic ?,
Mc Nair Papers n°5, INSS, Washington, 1998. [85]
David, C-P., «Le culte de l’offensive » in
David, C-P., (et collaborateurs) Les
études stratégiques : approches et concepts, op cit. [86]
La tendance au messianisme politique américain s’est doublée d’une
culture de l’interventionnisme militaire. Toutefois, l’impact de
cette culture doit être relativisée dans le temps. Depuis la doctrine
Monroe, les Etats-Unis ont oscillé entre isolationnisme et
interventionnisme. A ce stade, la centralité de la décision politique
ne saurait être évacuée. [87]
Il semble qu’elle ait désiré remplacer ses F-111 par une version
terrestre baptisée « F-24 » de l’Avenger II. Bien que ce
projet ait effectivement été officialisé, il n’existe aucune preuve
que la désignation de F-24 ait été adoptée. [88]
Furtif, il n’aurait pas eu besoin d’un accompagnement antiradar,
d’une capacité de supériorité aérienne (il devait disposer d’une
telle capacité) ou d’appareils de ravitaillement en vol. [89]
Depuis la fin des années 50, la spécialisation des équipements est
devenue aussi nette dans l’USAF qu’elle ne l’était dans l’USN.
Par ailleurs, l’adoption d’appareils issus de programmes navals est
une constante (programmes A-7 et F-4) pour l’USAF (l’inverse n’étant
pas vrai pour des raisons techniques de résistance structurelle des
appareils).
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