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Les Stratégiques

 

La stratégie génétique dans la stratégie des moyens

 

Joseph Henrotin

 

 

V – Le niveau opérationnel de la stratégie génétique

 

En tant que méthode, la stratégie est traditionnellement représentée suivant ses quatre paliers d’action politique, stratégique, opératif et tactique[1], bien que la légitimité du troisième soit souvent discutée[2]. Leur fonction a évolué avec les conflits, aboutissant à un brouillage des référents où la hiérarchie des paliers stratégiques a été modifiée. En particulier, les actions tactiques tendent à impacter de plus en plus systématiquement le niveau politique (et vice-versa), alors que les débats sur leur pertinence vont toujours bon train, notamment quant à leur actualité dans une période de changement technologique majeur[3].

La portée universelle du brouillage des référents tactique, opératique et stratégique reste toutefois à démontrer, car elle serait surtout le fait d’armées technologiquement intensives et qui, à l’image de la renaissance des études opérationnelles des années 80 et les plans de l’USN de cette époque, misent nettement sur les progrès de la missilerie, de la mobilité, de la complexification corrélative des systèmes d’armes et de leur interconnexion[4], et finalement de l’offensive. Or, la stratégie opérationnelle mise sur une manœuvre permettant des gains plus importants, mais elle fait aussi prendre plus de risques aux commandants, car elle recherche une charge offensive nécessitant une concentration des forces les vulnérabilisant[5]. Dans le même temps, les théoriciens de la défense défensive prônaient une instrumentalisation de la technologie dans le sens d’une usure des forces adverses, de sorte que les défaites tactiques n’impliqueraient la défaite stratégique que passé un seuil critique plus rapidement atteint avec la manœuvre[6]. Dans la foulée, ils proposent une dispersion assurant la survie des forces, qui trouve par extension et d’elle-même un prolongement en stratégie génétique : la répartition ou la concentration des investissements sur un secteur donné permet d’éviter ou de prendre un risque technologique. A cet égard, en matière d’interdiction, l’USN, comme finalement l’USAF, a poursuivi dans les années quatre-vingt une politique prudente, entre des missiles de croisière et un A-12 tous deux capables de mener des missions aussi bien conventionnelles que nucléaires[7].

Dans la même optique de parallélisme, la manœuvre génétique peut impliquer une mise en service/modernisation dans des secteurs considérés comme stratégiques, alors que l’usure génétique vise à soutenir défensivement une course technologique et à combler d’éventuelles fenêtres de vulnérabilité sans nécessairement chercher la supériorité. Dans le même temps, une manœuvre génétique de nature offensive telle que l’annonce du programme A-12[8] se transforme en usure lorsque des appareils existant sont modernisés et que l’Avenger II est abandonné. Le statut de cette usure est cependant ambivalent, au même titre que la défensive[9] : constitue-t-elle l’abandon de la capacité d’attaque médiane par l’USN ou le prélude à une contre-offensive (mise en service du F-18E) ?  

Dans leur articulation aux niveaux stratégiques, les postures défensives et offensives et leurs liens à la technologie sont généralement considérées comme centrales et les études des années quatre-vingt sur le « culte de l’offensive » et ses liens au dilemme de la sécurité en sont exemplaires, y compris dans ses conséquences organisationnelles[10]. Mais ces postures ne permettent pas en soi de nécessairement atteindre les objectifs fixés : la défensive d’usure de la Ligne Maginot et du déploiement avancé de chars généralement supérieurs à leurs équivalents allemands n’a pas empêché la défaite française de 1940. L’impact cumulatif d’actions tactiques et opératiques permet des résultats stratégiques et montre les limites des déterminismes technologiques dans leurs applications à la défensive et à l’offensive[11].

 

1) Tactique et opératique dans la stratégie des moyens

 

D’un point de vue historique, les guerres du Kippour et du Vietnam sont souvent citées comme les premières où les aspects tactiques ont le plus nettement impacté le niveau politique des opérations et de leur poursuite[12]. Dans la généalogie de cette transition, les Première et Seconde guerres mondiales ont démontré l’impact politique des actions opératiques, alors que l’impact opératique des actions tactiques était déjà largement démontré par de nombreux auteurs. Dans cette articulation, le rôle de la bataille d’anéantissement, souligné par plusieurs auteurs comme la voie occidentale de la guerre[13] a souvent été vu comme permettant de développer les options technologiques, mais aussi comme déterminantes dans l’oubli d’une tactique qui n’a souvent été abordée que sous l’angle parfois trop historique de l’étude des batailles antiques[14], de l’apport de la poliorcétique[15] ou des apports du Moyen-Age au combat[16]. Des études à proprement parler tactiques subsistent néanmoins[17], alors que la prise en compte des guérillas et plus généralement des stratégies indirectes revalorisent une tactique où l’opératique interfère régulièrement, notamment lorsque l’USAF s’impose dans les missions de contre-terrorisme[18], éventuellement dans un environnement urbain.

Plus loin dans le temps, un auteur comme Ardant du Picq s’était attaché dans ses Etudes sur le combat à des facteurs aussi tactiques à la base que le moral des troupes[19]. La liaison entre les niveaux tactique et stratégique est patente lorsque l’on applique les raisonnements de du Picq à l’effondrement des armées, qui serait d’abord moral et qui précèderait la défaite physique[20] – et par extension matérielle –, une optique reconnue par Beaufre[21]. Mais nous pouvons aussi considérer que la technologie impacte le moral : que l’on se repose trop sur le facteur technologique dans la conduite du combat (les Etats-Unis en Somalie)[22] ou qu’elle amplifie la détermination des combattants à vaincre (Israël dans les guerres israélo-arabes), elle reste présente. Du côté adverse, le feu abasourdi et paralyse, plus encore s’il atteint directement les positions adverses[23] et la technologie devient une composante de la manœuvre psychologique[24], tant tactique qu’opératique.  

La tactique est actuellement considérée comme surdéterminée par une technologie opérant tant aux niveaux tactique qu’opératique, en raison de l’application à la stratégie de la métaphore des feux croisés : des systèmes d’armes parfois très éloignés/dispersés, comme des croiseurs et/ou des bombardiers dotés de missiles de croisière, peuvent traiter des cibles tactiques concentrées. Il s’agit d’une tendance observée depuis les années 70 et 80 dans le domaine terrestre du combat (le combat nucléaire tactique[25] puis le programme Assault Breaker[26]), mais depuis plus longtemps pour les forces aériennes ou navales[27]. Cette relativité trouve en Beaufre une conceptualisation de la stratégie génétique au moyen de référents tactiques aux causalités et aux impacts stratégiques :

 

Tableau 4 – Equivalence des stratégies idéelle et matérielle – application au cas de l’A-12.

Action

Equivalence idéelle durant la 2ème GM

Application à la stratégie génétique

Cas du A-12

Attaquer

Ardennes 1940

Réaliser un progrès technique mettant en défaut la sécurité de l’adversaire

Groupes de porte-avions d’attaque, missiles de croisière escalade horizontale

Surprendre

Ardennes 1944

Réaliser un progrès avec une grande avance sur les prévisions

Opérationnalisation de différents types d’avions furtifs

Feindre

Offensive allemande sur la Hollande - 1940

Engager l’adversaire par des progrès dans une course technologique sur une direction différente de celle que l’ont suit vraiment

Multiplication des programmes technologiques.

Tromper

Menace alliée sur le Pas-De-Calais plutôt que sur la Normandie - 1944

Faire croire que l’on va réaliser certains progrès ou cacher les progrès qu’on réalise

Accent sur les capacités radars et air-sol de l’A-12

Forcer

Bataille de Normandie 1944

Dépasser l’adversaire en performance dans un domaine où il est fort

Production de masse d’avions de très haute technologie

Fatiguer

Stalingrad 1942

Faire faire à l’adversaire des dépenses importantes et plus grandes que soi-même dans un domaine où la course est engagée

Course technologique sur les lasers et leur application à la guerre aérienne

Poursuivre

Allez et retours dans le désert libyen

Exploiter une supériorité pour obtenir un avantage politique partiel

Pluralité des programmes furtifs, y compris navals

Parer

Bataille des Ardennes 1944

Rétablir la valeur du système de sécurité par des interventions ou des réalisations

Tactique : furtivité

Stratégique : masse des capacités furtives appliquée à une force

Riposter

Contre-offensive soviétique

Répondre à un progrès par un autre progrès prenant en défaut le système de sécurité adverse

Tactique :Sûreté de la pénétration de l’espace aérien soviétique

Stratégique : missions de l’A-12.

Esquiver

Repli allemand sur la Lorraine après la bataille de Normandie

Refuser d’engager la confrontation sur le terrain imposé par l’adversaire – emphase sur d’autres secteurs technologiques considérés comme plus essentiels*

Tactique : Engagement à distance

Stratégique : Stratégie qualitative plutôt que quantitative et développement de la concentration technologique.

Rompre

Armistice français de 1940

Accords d’armements ou retrait politique pour éviter le show down

Annulation de l’A-12, accent sur la polyvalence plutôt que la spécialisation. 

Se garder

Défense de la Grande-Bretagne de 1940

Etre en avance sur les progrès adverses

Conserver l’initiative en matière de furtivité

Dégager

Guerre navale en 1942 pour isoler Rommel en Libye

Réaliser un progrès qui oblige l’adversaire à modifier ses dispositions offensives

Forcer l’URSS à plus de défensive par la disposition d’une forte capacité offensive

Menacer

Menaces de débarquement allié en France jusqu’en 1944

Disposition pouvant conduire au déclanchement de la montée au extrêmes

Renforcement et doctrinalisation des capacités offensives

Source : adaptation du tableau n°II, Beaufre, A., Introduction à la stratégie, op cit., pp. 34-35.

* : André Beaufre avait placé un point d’interrogation dans cette case  

Sur un plan génétique, il existe une évolution dans la conceptualisation de l’impact militaire de la technologie : d’essentiellement tactique chez Napoléon ou Schlieffen, elle devient opératique durant la Seconde Guerre mondiale pour Fuller ou Liddell Hart. Or la tactique et sa pratique continuent d’impacter les choix technologiques. D’abord parce qu’il existe des boucles de rétroaction entre les niveaux d’action et la conception/adoption des matériels. Au-delà, l’augmentation de la puissance de feu disponible, la létalité croissante des systèmes d’armes[28] et la décentralisation des structures de combat donne à l’officier un rôle de directeur non seulement du combat, mais aussi des moyens employés dans l’accomplissement de sa mission[29]. Il existe là une forme tactique de la stratégie génétique au travers du choix des moyens[30]  et non un déterminisme génétique tel que chez Fuller ou Guderian[31], que peu d’auteurs, mis à part Beaufre, ont directement souligné.

 

2) Stratégie génétique et niveaux stratégiques

 

Indirectement, on sent toutefois chez Liddell Hart, Fuller ou de Gaulle une tension de leur vision en direction du stratégique, du fait même du manque de légitimité perçue du niveau opératique. Entre petite stratégie et grande tactique, l’opératique ne constitue un niveau en soi que dans une acception mondiale d’une stratégie projetée et projetable à l’envi, ne limitant les ambitions que par les limitations technologiques et cachant la centralité de ses moyens. Les acceptions changent cependant avec un nucléaire génétiquement hyper-intensif. La France développe une capacité stratégique alors que l’essentiel de sa stratégie des années soixante ne se centre pourtant que sur l’Europe, et atteindre des objectifs sur une zone opératique (survie de la métropole) se fait par l’acquisition de capacités stratégiques (capacité de mener un conflit nucléaire).

Ces distorsions dans la liaison entre les niveaux opératiques et stratégiques sont patentes dans le domaine de l’aviation et de l’aéronavale. Le porte-avions est un instrument de nature stratégique de par sa capacité de projection dans les zones capables de l’accueillir, mais sa légitimité stratégique lui provient essentiellement de la combinaison des capacités de frappes de son groupe[32], et dont l’A-12 devait faire partie intégrante. Capable de contrer les défenses adverses, disposant d’une capacité de ravitaillement en vol et disposant en propre d’une large autonomie de combat, l’Avenger II devait pouvoir attaquer des objectifs stratégiques en Union soviétique. A contrario, des appareils plus légers comme l’A-7 Corsair II ou le F-18 Hornet avaient une capacité essentiellement tactique[33], mais l’assertion est relative, car basée sur des options stratégiques de spécialisation des équipements qu’annule un armement adéquat transformant l’avion en plate-forme d’armement travaillant à distance. C’est notamment dans cette optique que l’USN s’est engagée dans une logique de polyvalence dès le milieu des années 80[34] : chaque appareil devant être capable de remplir plusieurs types de missions, alors que leurs successeurs devaient être polyvalents dès leurs conceptions. Le F-35, qui doit notamment remplacer les F-16 américains et qui sera proposé à l’exportation, et le F-18E, version élargie du premier[35], sont typiques de cette approche, politiquement poussée par l’administration Clinton mais militairement réfrénée, avant que D. Rumsfeld ne remette le premier programme en question[36].

Orientée vers la standardisation des équipements des membres de coalitions – et en particulier de l’OTAN[37] – la politique américaine s’était alors orientée vers la pratique d’un multilatéralisme militairement plus tactique, contre un unilatéralisme plus opératique. Ce dernier aurait pu prendre la forme d’un A-12, trop cher pour pouvoir être opéré par des Alliés à qui il avait souvent été reproché de ne pas investir dans leurs défense[38], mais s’est finalement concentré sur des missiles de croisière utilisés systématiquement là où les USA interviennent. Dans une optique multilatérale aux forts relents stratégiques, les Etats-Unis auraient assuré le leadership d’une coalition basée non sur la standardisation technologique mais sur le charisme et les capacités d’un commandant[39]. Cette vision est couplée à une division des tâches laissant aux autres membres de la coalition d’assurer les missions les plus exposées[40] dépendantes de principes de la guerre eux-mêmes au cœur de l’approche génétique.

 

3) Principes de la guerre et opérations génétiques

 

S’il est difficile de désigner un principe premier au sein de la hiérarchie des principes stratégiques, la première approche stratégique peut passer par les concepts de stratégie directe et indirecte. Entendue comme le choc frontal de deux forces, la stratégie directe est celle d’un A-12 visant les cibles stratégiques de l’adversaire, alors que l’optique indirecte voit en l’A-12 la réponse à des défis périphériques tels que les futurs porte-avions soviétiques[41]. Mais à cette approche s’en ajoute une autre, d’un niveau stratégique plus élevé et considérant que l’objectif d’une stratégie technologique est d’« atteindre directement la volonté de résister » de l’adversaire[42] ou encore de viser « l’interdiction, la paralysie, la négation de toute forme de puissance militaire hostile »[43]. Les concepts de stratégies directes et indirectes se montrent ainsi relatifs dans leurs application à la stratégie génétique qu’à la stratégie de combat[44], mais renvoient surtout aux concepts de symétrie et d’asymétrie ainsi qu’aux principaux principes opérationnels de la guerre.

3.1. Principe stratégique d’économie des forces et principes génétiques qualitatifs et quantitatifs  

L’économie des forces est généralement citée comme un des premiers principes de la guerre. Définie par Foch comme « l’art de peser successivement sur les résistances que l’on rencontre, du poids de toute ses forces et pour cela monter ces forces en système »[45], elle peut aussi intégrer une vision minimisant la force engagée où elle se caractérise par « (l’emploi de) toute la puissance combattante disponible de la manière la plus efficace possible ; (le fait d’allouer) aux efforts secondaires que le minimum de puissance combattante indispensable »[46], permettant ainsi l’engagement du feu vers l’adversaire. Sa première application à la stratégie génétique trouve dans la répartition des investissements à destination des équipements un révélateur des options prises dans le courant de ce qui est envisagé comme une confrontation technologique ou comme une guerre en soi chez Possony et Pournelle[47]. Dans cette acception, les fenêtres de vulnérabilité sont des fronts dont les investissements, la R&D, les achats, les concepts d’emploi[48] et les unités constituent les forces déployées. Poussée encore plus loin, l’économie des forces vise chez Beaufre à dégager une liberté de manœuvre élargissant le champs de l’action stratégique. L’A-12 aurait du permettre de donner aux Etats-Unis et en particulier à l’USN un potentiel de traitement des objectifs de haute valeur. Or, le principe d’objectif – qui vise à la définition d’un but clair pour chaque action – n’a pas été respecté, car la course à la légitimation programmatique a clairement fait déborder les missions assignées à l’A-12 et a fini par diluer sa fonction principale[49]. Dans le même temps, le concept de spécialisation des forces aériennes américaines[50] limite la liberté d’action à la disposition de l’ensemble de la panoplie aéronautique, érigée en un système dont ne sauraient être évacuées des composantes telles que l’entraînement[51], voir une culture particulière.

Cette articulation entre objectifs, cultures et économie des forces par l’attribution prioritaire d’investissements trouve un équivalent en stratégie génétique dans l’opposition entre les stratégies qualitatives et quantitatives. Elle à pris une tournure nette dans le courant de la guerre froide, lorsque des auteurs comme Holloway[52], Sapir, Possony, Pournelle et Kane considéraient que les Etats-Unis menaient une politique qualitative fondée sur des sauts technologiques majeurs alors que les Soviétiques misaient sur la quantité tout en basant leurs innovations sur des technologies éprouvées[53]. On pourrait aussi y trouver une transcription en génétique des modes séquentiels (Etats-Unis) et cumulatifs (URSS) de la stratégie.  

La pertinence de l’opposition entre qualité et quantité (résultant de l’impossibilité de construire massivement des équipements de très haute qualité) c’est cependant estompée dans les années nonante avec l’effondrement du modèle quantitatif. Non seulement l’URSS avait fini par reconnaître avec Ogarkov et Akhroméev la nécessité de développer des options qualitatives[54], mais des Etats toujours plus nombreux ont développé des stratégies d’essence qualitative. La recherche d’une puissance de feu précise, d’une forte mobilité tactique, de marges de manœuvres plus large peuvent ainsi partiellement expliquer les développements génétiques saoudiens, malaisiens ou indonésiens et il y a sans doute lieu de se poser la question de l’impact des enseignements de la guerre du Golfe dans le développement de telles stratégies.

3.2. Principes stratégiques de surprise et d’initiative et principe génétique de supériorité.

Le rapport entretenu par la technologie à la notion d’innovation est généralement associé à des principes manœuvriers plutôt que d’usure. Cependant, cette acception se traduit par un rapport spécifique à la prise d’initiative, qui renvoie elle-même à la surprise. S’ils constituent des classiques stratégiques rapidement incorporés aux principaux corps doctrinaux, ces principes trouvent aussi et assez naturellement une extension en stratégie génétique, dans le secteur nucléaire (acquisition des armements[55], missilerie)comme dans le conventionnel, renouvellant la dialectique évolution-révolution.

L’introduction du F-117 et du B-2 a constitué une percée affectant le discours autant que la pratique stratégique. Sans plus constituer une surprise technologique (la furtivité s’était déjà révélée au cours de l’opération Just Cause[56]), l’A-12 permettait une exploitation des percées technologiques par la conservation d’une initiative visant la supériorité sur les défenses aériennes soviétiques[57]. Cette exploitation peut elle-même prendre en compte les modes qualitatifs et quantitatifs de la stratégie génétique. Le F-117 n’a ainsi été produit qu’à cinquante-neuf appareils, bien peu en regard de l’emphase discursive systématique sur ses qualités. Durant la guerre du Golfe, les 42 F-117, en ne menant que 2% des sorties, ont mené 40% des missions contre des objectifs qualifiés de stratégiques[58], donnant une idée de ce que trente fois plus d’A-12 auraient eu comme incidence sur les capacités américaines d’interdiction. D’autres missions, de nature tactique comme la lutte anti-radar[59], avaient en outre été évoquées pour les deux types d’appareils.

La conception de matériels technologiquement supérieurs à leurs adversaires a souvent été vue comme systématique, voire comme un facteur monocausal de la course aux armements. L’A-12 répondait ainsi à la même rationalité que celle qui avait prévalu à la conception du B-2 : un appareil capable de percer des défenses aériennes soviétiques auxquelles la plupart des analystes occidentaux attribuaient alors une grande efficacité[60]. Lorsque la guerre froide s’est terminée et que les Etats-Unis ont annulé l’A-12 (7 janvier 1991), les évaluations du Pentagone prenaient toujours en compte la possibilité d’un redressement de la Russie en tant que grande puissance[61]. Mais les préoccupations américaines allaient à ce moment vers le Golfe persique, une zone où les technologies américaines – y compris non furtives – allaient démontrer leur supériorité, y compris contre une défense aérienne formatée sur le modèle soviétique[62]. La supériorité américaine dans le conflit avait alors été largement attribuée aux capacités technologiques autant qu’à une application quasi sans failles de la doctrine[63].

Si l’argumentation alors présentée par R. Cheney lors de l’annonce de l’annulation du programme était d’essence économique, elle renvoyait aussi au mismanagement de la stratégie industrielle de McDonnell Douglas et de General Dynamics[64]. Dans le même temps, d’autres analyses montraient clairement que la supériorité technologique américaine en tant qu’agglomérat de systèmes était atteinte[65], appelant à une réduction et à un étalement du programme A-12[66]. Dans cette optique, le potentiel technologique à disposition et la poursuite des efforts en R&D suffisaient amplement à faire face à une future menace (principe de veille technologique). La supériorité de l’USN n’était pas menacée et pouvait s’obtenir par des moyens déjà disponibles, éventuellement via un recadrage de ses missions sur ses aspects strictement navals[67]. Dans le même temps, la Navy montrait une capacité d’adaptation plus rapide aux changements technologique que l’USAF et se serait, au plan conventionnel, méfiée de missions d’interdiction[68]. Peu efficaces en Corée et au Vietnam, elles incitèrent l’USN à se concentrer sur le niveau tactique. D’autres programmes de forte intensité technologique de la Navy furent ainsi sacrifiés[69], y compris la version « F » de l’A-6, ôtant tout espoir de disposer à nouveau d’un interdicteur naval spécialisé. Conséquemment, les derniers A-6 ont été retirés en 1997[70].  

Il faut cependant relativiser la notion de supériorité technologique, qui ne garantit pas la victoire. La bataille de Crécy[71], la Seconde Guerre mondiale[72] ou Allied Force[73] sont autant d’exemples d’une supériorité délégitimée par d’autres principes aux connotations génétiques : respectivement l’entraînement, la combinaison de l’industrie et de feu et l’oubli des principes élémentaires de sûreté[74]. L’entraînement des hommes, l’intégration optimale des moyens dans les structures des forces, les paramètres logistiques et la mise en place de doctrines adaptées – autant de champs d’action technologiques en soi – restent centraux et aucune estimation de la force d’une armée[75] voire de la politique de défense d’un Etat[76], ne peut se faire sans prendre en compte ces paramètres. Par ailleurs, en vertu d’une réciprocité active tant en stratégie génétique que dans le dilemme de la sécurité, la supériorité n’est que transitoire chez un auteur comme Canby[77], alors que Possony, Kane et Pournelle ne l’envisagent que comme un effort cumulatif et permanent[78] et que Panofsky la critique pour son simplisme[79]. 

3.3. Principe stratégique de sûreté et équivalence génétique  

Si la sûreté n’est pas systématiquement citée au titre des principes stratégiques, y compris chez les stratèges généticiens, il n’en demeure pas moins qu’elle est une des composantes majeures de la conduite de la plupart des opérations militaires et prend des formes différenciées. Si elle exige d’un point de vue stratégique que toutes les mesures soient prises pour que les forces amies ne soient pas découvertes et mises en danger par l’adversaire, elle commande aussi des aspects génétiques dont la sûreté technologique peut être le premier. Maintenir l’initiative technologique implique de maintenir le secret des découvertes et justifie un renseignement technologique à finalité industrielle (reverse engeenering des équipements adverses[80]), stratégique (poursuite d’une course aux armements[81]) ou tactique (évaluation des capacités adverses). Des points de vue politique et industriel et aux Etats-Unis, cette forme de sûreté connaît une institutionnalisation au sein des industries de défense que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les départements Skunk Works (Lockheed-Martin) ou Phantom Works (Mc Donnell Douglas, d’où était issu l’A-12) sont à l’origine d’appareils aussi prestigieux que l’U-2, le F-117 ou le SR-71, mais leurs statuts de black works ont limité le contrôle politique des travaux qui y étaient menés aux seules branches concernées de l’exécutif et aux membres dûment accrédités des commissions de la défense de la Chambre et du Sénat[82]. Par contre, il est acquis qu’il y existe un très fort degré de symbiose entre les industriels et les opérationnels, y compris lors des phases de test dans des polygones spécialisés[83].   

Du point de vue de la tactique génétique, entendue comme l’intégration des visions génétiques au sein même des équipements, la furtivité n’est que la composante défensive de la sûreté des opérations aériennes. Cette dernière recouvre aussi la lutte anti-radar[84], menée par des unités de l’USAF, de l’USN, comme de l’armée de terre[85]. Les Etats-Unis poursuivent toujours le renforcement des optiques défensives et offensives de la sûreté aérienne : tous les équipements actuellement en test incluent des technologies furtives – sans atteindre l’intensité des premiers appareils furtifs et qui pénalisait leurs performances[86] - et connaissent une intégration doctrinale compatible aux aspects offensifs.  

Du point de vue de l’articulation entre stratégie génétique et industrielle, une concentration excessive des investissements sur un projet donné peut mettre en péril la sûreté d’une stratégie. Le F-111 avait été conçu comme un interdicteur ayant une capacité de supériorité aérienne, un élargissement des missions laissant perplexe les ingénieurs et exagérant un adage « bon en tout, excellent en rien » qui aurait pu s’appliquer à l’A-12. Finalement, le seul interdicteur terrestre est entré en service, obligeant l’USN à développer le F-14. Insidieusement, les leçons du F-111 ont marqué les concepteurs, confrontés aux demandes des politiques et des militaires et devant y articuler les technologies à leur disposition. L’élargissement à outrance des missions a ainsi été posée à l’égard de la nouvelle génération d’appareils de combat. La combinaison technologique qu’ils représentent est présentée comme devant pallier leur polyvalence pour les spécialiser à la demande[87]. Mais l’omnipotence de la technologie laisse certains perplexes, du fait notamment qu’il existerait une logique propre de la percée technologique ou que la diversité des intervenants ne respecte pas le principe d’unité du commandement, ne facilite pas la définition d’objectifs clairs.   

Par ailleurs, le principe de sûreté connaît des ramifications jusque dans les sphères industrielles et logistiques de la conception génétique. La recherche de sources d’approvisionnement sûres est nettement moins patente aujourd’hui que durant les Guerre mondiales – en partie du fait de l’intervention technologique -, mais conserve une validité dans le cas de certaines matières premières rares[88]. Mais dans le même temps, la diversification des sources d’approvisionnement s’est doublée de la mort virtuelle du concept d’autarcie et de phénomènes économiques dépassant parfois l’a priori stratégique[89]. La dépendance logistique est aussi avérée autant dans la conduite de programmes[90] que lors de l’utilisation tactique des équipements et s’est jusqu’ici renforcée en fonction de l’intensité technologique. La simplification des procédures de maintenance des équipements est à ce titre un des enjeux militaro-industriels majeurs qui n’aurait guère sied à l’A-12[91].

 

4. Critique du parallélisme strato-génétique

 

Le parallélisme que nous venons d’opérer entre génétique et principes stratégiques montre la relativité de la première en tant que stratégie autonomisée ou encore les limites de l’externalité de la technologie à son environnement et semble imposer une vision interactive et réticulaire des relations entre un idéel relatif dans sa diffusion en niveaux stratégiques et un réel loin du monolithisme.  

A titre d’exemple, nous avons déjà vu que le principe d’objectif est très relatif, en fonction d’intérêts et de stratégies différenciées le dissipant au point de faire perdre à la technique toute capacité de l’atteindre, aux plans idéel comme réel. De façon identique, le principe de simplicité, inscrit dans le FM-100.5, est gage de réussite car minimisant le risque de friction, ne s’applique que tout aussi relativement à la conceptualisation génétique. Stratégiquement, les tribulations techniques, industrielles et politiques des programmes les retardent et constituent autant d’arguments en faveur de leur abandon. Opérationnellement, la mise en œuvre des solutions génétiques de pointe n’est pas systématique et contrevient parfois au principe[92]. Toutefois, l’histoire montre aussi de nombreux exemples de programmes respectant les règles de la simplicité, généralement lorsque les objectifs étaient clairement fixés. On peut citer le chasseur à long rayon d’action P-51, le bombardier embarqué A-3 ou le F-16.

Dans la foulée, le principe d’unité de commandement ne semble guère plus assis. La diversité des intervenants et de leurs intérêts contrevient à un principe considéré comme essentiel dans un contexte où la complexité des opérations multinationales actuelles oriente au plan idéel et selon M. Janowitz les systèmes militaires occidentaux vers des « constabulary force » professionnelles, parées à l’action, utilisant le minimum de force et « cherchant des relations internationales viables plutôt que la victoire »[93]. Prégnante dans certaines littératures stratégiques de la guerre froide, la recherche de la victoire et, corrélativement, des études telles que celles développées par C-P. David dans les années quatre-vingt se heurtent elles-mêmes à une récurrence de leurs remise en question qui a sans doute participé dans le réel de l’annulation de l’A-12. En particulier, le développement des options de combat à distance et son corollaire strato-génétique – la munition tirée à distance de sécurité par des plate-formes aériennes – déplace l’attention de l’avion à l’armement[94], y compris dans les missions air-air, où pouvaient s’exprimer le glamour de l’ethos héroïque du combat[95]. A moyen-terme, et en ce qui concerne les Etats-Unis, les visions actuelles évacuent peu à peu toute possibilité de contact entre l’adversaire et un appareil piloté, de sorte que les UCAV (Unmanned Combat Air Vehicles) sont vus comme le futur des armes aériennes[96], au côté des bombardiers pilotés[97]. Au-delà, il s’agit d’une véritable remise en question du développement opérationnel de la stratégie et de son résumé à la question ou non de la frappe et de son intensité, qu’exprimeraient des lasers spatiaux de frappe terrestre ciblant leurs objectifs très précisément, quelque soient les conditions stratégiques ou climatiques[98] et où, in fine, le politique apparaît comme apuré des contraintes militaires.  

Or, les enjeux d’une telle approche ne se situent pas tellement au niveaux des principes stratégiques ni de la stratégie elle-même. Fondamentalement, les uns comme l’autre ne sont en soi qu’affectés légèrement par la disparition d’un brouillard de la guerre et de frictions que l’abstraction théorique avait tôt fait de minimiser[99] pour faire répéter une fois de plus le vieil adage selon lequel no plan survives the start line. Une fois poussé dans le retranchement de principes stratégiques en soi orientés vers l’action plutôt que vers ses raisons, l’articulation entre politique et stratégie montre la limite des modèles externalisant l’impact de la technologie sur la stratégie d’une part, mais aussi d’une stratégie purifiée de tout aspect autre que le combat – ou la dissuasion – d’autre part. 

A ce stade, la question la plus pertinente serait plutôt de savoir en quoi l’action politique est réellement affectée par le brouillage des référents politique, stratégique, opératique et tactique qu’autorise la technologie.



[1] Mathey, J-M., Comprendre la stratégie, Economica, Paris, 1995.

[2] Conceptualisé en tant que niveau du théâtre d’opérations, le niveau opératique (le terme opérationnel est aussi utilisé) est soumis à des questionnements depuis plus d’un siècle. Plusieurs auteurs lui dénient ainsi toute légitimité en fonction d’une hypothétique grande tactique. Toutefois, la tactique semble plus seyante au combat au contact de l’adversaire qu’à une fonction qui, si elle est nécessaire, n’en demeure pas moins de nature logistique et de soutien qui relèverait plus pratiquement de l’opératique. La tendance se renforce depuis les années septante, du fait d’une plus grande décentralisation du combat, de sorte que la charge de travail (pour les fonctions de combat) au niveau opératique se réduit. La charge logistique reste en évolution positive. Murawiec, L., La guerre au XXIème siècle, Editions Odile Jacob, Paris, 2000. 

[3] Sur cette question, la lecture du numéro qu’y a consacré la revue Stratégique se révèle d’un grand intérêt : Rosinski, H., « Frontières conceptuelles entre stratégie, opérations et tactique dans l’art de la guerre », Stratégique, n°68, 1997/4 (pour les aspects philosophico-stratégiques) ; Francart, L., « L’évolution des niveaux stratégique, opératifs et tactiques », Stratégique, n°68, 1997/4 (le point de vue d’un opérationnel devenu académique en fonction de ses responsabilités dans la réflexion doctrinale française) ; de Guili, J-M. et Faucon, F., « Les champs d’engagement futurs », Stratégique, n°68, 1997/4 (la relativité d’une distinction dans les niveaux d’engagement dans le contexte d’une technicisation émergente des forces armées). Par ailleurs, la lecture du Traité de stratégie, d’H. Couteau-Bégarie reste d’une grande utilité pour une première approche de la question. Avec la France, l’Allemagne reste un des grands champs d’investigation dans cette matière : les grands « classiques » tels que Clausewitz, Schlieffen, Scharnhorst ou Moltke en ont tous traité. Les Etats-Unis sont restés relativement en retrait de la réflexion. Pour cause de brouillage des référents dû à une technicisation de leurs forces ?

[4] IISS Annual Conference, The changing strategic landscapeI, II, III, Adelphi Papers n°235, 236, 237, Oxford, Spring 1989, David, C-P., (et collaborateurs), Les études stratégiques. Approches et concepts, op cit.

[5] Luttwak, E. M., Les paradoxes de la stratégie, Odile Jacob, Paris, 1989. La manœuvre est généralement prônée avec prudence chez la plupart des stratégistes, à l’exception sans doute des théoriciens de l’offensive à outrance, tels que Foch ou des amiraux américains partisans de l’escalade horizontale. David, C-P., « Le culte de l’offensive » in David, Charles-Philippe (et collaborateurs) Les études stratégiques : approches et concepts, op cit.. Sur la conception des armements offensifs, Quester, G.H., op cit. et Jervis., R., « Cooperation under the security dilemma », World Politics, Vol. 30, n°2, 1978.  

[6] La référence à la recherche de l’usure est notamment très nette chez Brossolet et Afheldt, qui cherchent dans leur conceptualisation du combat à éviter le choc de la bataille décisive. Afheldt, H., Pour une défense non-suicidaire en Europe, La Découverte, Paris,1985 et Brossollet, G., Essai sur la non-bataille, Belin, Paris, 1975.

[7] Le parallélisme entre les deux visions dans la dualisation des choix technologiques de l’avion et du missile de croisière trouve une excellente présentation chez Bresson, M., « B-2 ou missiles de croisière », Science & Vie Hors Série, Aviation 1989, n°167, juin 1989. 

[8] Suivant le principe suivant lequel le discours est action en soi.

[9] Selon Clausewitz, la défensive est supérieure à l’offensive, notamment parce qu’elle permet cette dernière. Cette ambivalence est revalorisée par la disposition d’équipements dont la valeur offensive ou défensive dépends de leur utilisation opérationnelle. Burt, R., « New weapons technologies : directions and debate », in Alford, J. (Ed.), The impact of military technology, Gower/IISS, Westmead, 1981.

[10] L’école du « culte de l’offensive » a été très fertile dans les années quatre-vingt et s’est principalement focalisée sur la Première Guerre mondiale. Elle montre notamment l’intérêt de l’offensive pour des organisations militaires cherchant à accroître leurs moyens et leur puissance. Van Evera, S., « The cult of the offensive and the origins of the First World war », International Security, Vol. 9, Summer 1984 ; Snyder, J., « Civil-military relations and the cult of the offensive, 1914 and 1984 », International Security, Vol. 9, Summer 1984 et David, C-P., « Le culte de l’offensive », op cit. 

[11] Une vision que l’on retrouve chez Welch, T.J., « Technology change and security », op cit.

[12] Henry Kissinger, dans A la Maison Blanche, développe ainsi son concept de « syndrome de la salle opérationnelle », selon lequel Johnson pensait qu’il pouvait diriger l’ensemble des opérations vietnamiennes depuis le poste de commandement de la Maison Blanche. Kissinger, H., A la Maison-Blanche. 1968-1973, Tome 1, Fayard, Paris, 1979.

[13] C’est surtout le cas de la phalange hoplitique. Henson, V.D., Le modèle occidental de la guerre, Les Belles Lettres, Paris, 1990.

[14] Vernant, J-P. (Dir.), Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, 3ème Ed., Coll. « Points – histoire », Seuil/EHESS, Paris, 1999. 

[15] L’art de la guerre de siège, dont la charge génétique est forte (fortifications et moyens de s’en emparer, catapultes, feux grégeois, proto-artillerie, etc.) est souvent rattaché à Vauban. Toutefois, les trop rares écrits sur la pensée orientale en la matière nous ont laissé des enseignements toujours valables aujourd’hui et malheureusement trop peu souvent exploités.

[16] Un âge très tactique pour lequel le nom de Végèce revient souvent. Des arts souvent oubliés et à forte connotation tactique, comme l’escrime, ont pourtant connu des développements majeurs durant cette période. A. Beaufre en tire des enseignements qui l’aideront à conceptualiser sa vision de la stratégie génétique. Forgeng, J.L., « Joachim Meyer. Encyclopédiste du combat médiéval », L’Art de la Guerre, n°1, Avril-Mai 2002.

[17] Hubin, G., Perspectives tactiques, Economica, Paris, 2000.

[18] Brookes, A., « Air power against terrorism », Air Forces Monthly, n°164, November 2001. La vision est tempérée par Lewis, R., « War in the shadows » Air Forces Monthly, n°164, November 2001.

[19] Liardet, J-P., « Charles Ardant du Picq. La prépondérance du facteur moral », L’Art de la Guerre, n°1, Avril-mai 2002. 

[20] Si l’assertion semble exacte pour l’Egypte de la fin-juin 1967, elle le semble moins pour la Werhmacht de 1945.

[21] Beaufre, A., Introduction à la stratégie, op cit.

[22] Bowden, M., La chute du faucon noir, Plon, Paris, 2002. Son étude romancée des combats urbains ayant précédé le retrait américain de Somalie est historiquement bien menée, mais laisse toutefois des traces d’un certain messianisme.

[23] Elstob, D., « L’artillerie moderne au combat – l’effrayante efficacité des MLRS dans Desert Storm », Armées et Défense, n°31, Paris, août 1992.