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suivies d’un choix de correspondance politique, militaire et privée

 

Maurice de Saxe

Textes réunis et présentés par Jean-Pierre Bois

Préface de Jean-Paul Charnay

 

image de maurice

 

De Vauvenargues à Vigny, des Lumières au romantisme, apparaît une figure exceptionnelle : le “soldat-philosophe”, insé­rant sa fonction militaire dans une vision politique et morale plus large, considérant l’évolution générale de sa société. L’ency­clopédisme replace l’art de la guerre dans les progrès techniques des arts et des métiers alors qu’elle le confronte au droit des gens et à l’affirmation des États.

Les doctrinaires (Guibert, Clausewitz), les révolutionnaires (Carnot…), les “rois-capitaines” (Frédéric II, Napoléon), trans­cendent les procédés tactiques et élaborent de neuves extensions stratégiques.

Or, Maurice est demeuré strictement militaire, et même plus rudement guerrier : un reître, demi-souverain et demi-condottière devenu maréchal-général du Roi Très Chrétien. Mais en lui c’est le type humain qui importe. Prince allemand et bâtard royal, il entre au service de la France après avoir servi les Habsbourg – destinée inverse de celle du prince Eugène (de Savoie-Carignan, fils d’un Bourbon le comte de Soissons et d’Olympe Mancini) sous lequel il fit ses premières armes. Grands seigneurs européens que les hasards de l’existence trans­plantent d’une monarchie à l’autre pour le plus grand lustre de celle-ci, et le leur propre. Or, avec le bailli de Suffren, autre personnage mythique, le maréchal de Saxe est au xviiie siècle – de la Régence à la Révolution – le seul grand homme de guerre “français”.

Certes, Maurice n’est pas le “bon allemand” rêvé par les Lumières, et a peu de ressemblance avec cet autre “naturalisé” français, Schiller (Gille). Mais il touche à deux grands massifs littéraires :

- George Sand, dont il fut l’arrière-grand-père, fait souligné par Balzac (Albert Savarus) : “Ainsi le talent, de même que la goutte, saute quelquefois une ou deux générations. Nous avons de ce phénomène un exemple illustre dans George Sand en qui revivent la force, la puissance et le concept du maréchal de Saxe dont elle est petite-fille naturelle”, ce qui fortifie son “sandisme” (La muse du département).

- Voltaire, qui en dépit de son flirt tumultueux avec Frédéric II, admira les trois plus brillants esprits militaires de la monarchie finissante tous trois amoureux de leur gloire (au sens Louis-quatorzien du terme), et de la gloire des armes : Vauve­nargues le stoïcien qu’il soutint ; Maurice de Saxe “le Héros de la France”, dont il s’honora de l’amitié : Guibert le réformateur traumatisé par Rossbach, qu’il encouragea, et qu’il fait ainsi parler dans sa Lettre à l’abbé de Voisenon sur La tactique (30 novembre 1773) écrite pour louer son Essai général de tactique et affirmer la douloureuse inéluctabilité de l’art de la guerre.

Ne vous souvient-il plus du jour de Fontenoy ?

Quand la colonne anglaise, avec ordre animée,

Marchait à pas comptés à travers notre armée,

Qu’aurait fait tout Paris si Louis en personne

N’eût passé le matin sur le pont de Calonne,

Et si tant de héros à quatre sols par jour

N’eussent bravé l’Anglais qui partit sans retour ?

Vous savez quel mortel amoureux de la gloire

Avec quatre canons ramena la victoire ;

Ce fut au prix du sang du généreux Grammont,

Et du sage Luttaux, et du jeune Caron…

Quel roman que ma vie” rêvait Napoléon à Sainte-Hélène. “Ma vie n’est qu’un rêve, le mien a été court mais beau” aurait murmuré Maurice mourant à Chambord. Vainqueur à Fontenoy, Raucoux et Lawfeld, énergique et baroque, Maurice a rêvé sa vie, et écrit ses Rêveries. Il est aussi un personnage de théâtre, d’opérations et d’opéras…

Jean-Paul Charnay

 

 

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