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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

  

Le testament de Moltke

Sigismund von Slichting

traduit par le capitaine Jost de Staël-Holstein

 

 

Avant-propos

 

 

L’étude de la stratégie doit reposer sur une base so­lide : tout le monde sera d’accord sur ce point. Or, le seul ou­vrage contemporain qui puisse nous fournir cette base, ce sont les commentaires tactiques et stratégiques de Moltke, que le Grand état-major a livré à la publicité le 26 octobre 1900 et qui constitue le testament du Maréchal : c’est un ca­pital, qui bien employé et placé à bon escient, doit rappor­ter les intérêts les plus sûrs. Je vais essayer, dans ce qui va sui­vre, d’en donner un aperçu d’ensemble.

Je suis obligé, dès l’abord, de rouvrir une discus­sion que j’ai provoquée naguère sans le vouloir : j’ai prétendu que notre armée ne devait pas, dans son instruc­tion, suivre à la fois les maximes de Napoléon  et celles de Moltke : je les trou­vais contradictoires, particulièrement en stratégie. En émet­tant cette opinion, je ne m’attendais nul­lement à être contre­dit, tant elle me paraissait évidente, manifeste. Pendant des années, j’ai lu sans mot dire les arti­cles publiés à ce sujet dans la presse : on rabaissait à plaisir la méthode stratégi­que de Moltke en la comparant à celle de Napoléon, et en mettant en lumière le contraste de ces deux méthodes. Quand, enfin, je trouvai des loisirs et que je cédai à la tenta­tion de prendre la défense de Moltke, on m’objecta, à mon grand étonnement, que les méthodes des deux Capitai­nes n’étaient pas le moins du monde en opposition ; on m’accusa alors de me battre contre des moulins à vent. On ne niait pas, il est vrai, que la préférence donnée aux lignes in­térieu­res ne fût une faute à notre époque, mais on prétendait que Napoléon n’avait jamais employé ce procédé. Le théori­cien Jomini  resta le seul à avoir formulé cette accusation. D’autre part le principe « Marcher séparés pour combattre réunis » que je considérais comme une maxime évidente, fut rejeté comme étant sans valeur. Or on reconnaît officielle­ment au­jourd’hui que ce principe date déjà de Scharnhorst , qui s’en servait pour combattre la stratégie napoléonienne. On faisait en même temps table rase de tous les principes de stratégie, en évoquant l’esprit de Moltke lui-même. La stra­tégie, au­rait-il affirmé lui aussi, se réduisait à un simple sys­tème d’expédients, donc, disait-on elle n’est soumise à aucun prin­cipe ! Or, Napoléon lui-même l’a dit : « Il est un principe es­sentiel, c’est que la réunion de plusieurs corps d’armée ne doit jamais s’effectuer à proximité de l’ennemi ».

Moltke, au contraire, a écrit : « Le principe qui doit présider à la conduite des grandes masses est le suivant : laisser ses troupes aussi longtemps que possible séparées pour la manœuvre, et les réunir ensuite au moment oppor­tun pour l’action décisive ».

L’importance de deux doctrines si diamétralement op­posées, appliquées aux opérations de guerre de deux grandes époques, ne peut pas être méconnue ; il est vrai que l’une quelconque d’entre elles, mise en pratique par un capitaine habile, pourrait à l’occasion conduire au même résultat que l’autre. Mais ce fait n’a plus rien de commun avec la théorie : il appartient au domaine des expédients, des procédés, dont l’application judicieuse seule peut faire un chef d’armée.

Si l’on voulait tirer de là la conclusion que la stratégie, dans son vaste domaine, peut se passer absolument de prin­cipes théoriques, on commettrait une erreur manifeste. Ces deux capitaines, victorieux tous deux, également versés dans la pratique de leur art, auraient donc émis bien inutilement des principes et des lois ? Ces deux hommes, si avares de leurs paroles en fait de doctrine stratégique, auraient fait précéder leurs actes de discours superflus et leur auraient mis par suite un frein malencontreux ? Une pareille idée se réfute d’elle-même. Un général énergique et sachant ce qu’il veut, applique un principe de ce genre aux solutions de tous les problèmes de guerre qu’il a à résoudre, et le fait planer pour ainsi dire sur tout l’ensemble d’une campagne. Ce prin­cipe domine alors toutes les actions de détail et demeure le moteur unique qui met en mouvement l’ensemble de l’exploi-tation. L’entrée en Bohème  des deux armées prus­sien­nes nous offre, par exemple, une preuve bien frappante de l’importance stratégique que peut avoir une pareille unité de vues dans l’ensemble des opérations.

Il est évident sans doute que jamais la théorie n’a suffi pour faire un grand stratège. Ce stratège est un artiste, plus habile qu’aucun autre à vaincre les difficultés qu’il rencontre journellement et qui ne peuvent se résoudre au moyen de règles immuables. La valeur personnelle, le génie créateur seuls peuvent conduire au succès. Mais pour y apporter la mé­thode nécessaire, il faut à l’artiste des bases solides ; ces ba­ses dans une armée qui veut être commandée, doivent être considérées comme constituant un domaine public.

Clausewitz  l’a dit : « Lorsqu’un homme intelligent consa­cre la moitié de son existence à étudier dans tous ses détails un sujet obscur, il réussira évidemment mieux que ce­lui qui a la prétention d’être familiarisé avec ce sujet en peu de temps. Le but, la raison d’être de la théorie est donc de permettre à chacun de trouver tout ordonné et mis en lu­mière le sujet qu’il devrait sans cela étudier péniblement lui-même ».

C’est ainsi que les œuvres de Moltke tiennent lieu ac­tuellement de théorie. Elles mettent de l’ordre, de la clarté dans un sujet qui, depuis l’époque napoléonienne, s’est com­plètement transformé en ce qui concerne l’organisation, l’ex-ploitation des chemins de fer, les télégraphes, l’armement, etc. Si l’on ne veut pas utiliser les recherches faites par Moltke, on est obligé de les entreprendre soi-même. Les idées stratégi­ques de Napoléon  sont devenues caduques et ne peu­vent conserver, en présence des nouveaux procédés de guerre, leur ancienne autorité. Les maximes de Moltke ne constituent pas davantage un code de préceptes rigides et éternels, elles ne sont qu’un guide pouvant servir à résou­dre ces problèmes stratégiques concrets qui s’offrent cons­tam­ment à notre attention ; de même que ces maximes fu­rent transmises, à notre grand capitaine, par l’époque napo­léo­nienne, de même elles ont besoin, elles aussi, de faire des progrès constants, au fur et à mesure que les progrès de la guerre et ses procédés se modifient ; elles aussi vieilliraient si elles demeuraient invariables.

Il s’agit donc toujours de la transformation des condi­tions de la guerre et du perfectionnement de ses procédés.

Aussi n’est-il plus possible aujourd’hui d’agir en em­ployant les méthodes, les principes, les habitudes de Napo­léo n, soit avant, soit pendant la bataille : les procédés de la guerre se sont transformés et interdisent cet emploi ; si le grand maître, en matière de stratégie, sortait aujourd’hui de son tombeau, il se garderait sans doute de s’approcher de l’ennemi en ordre déployé et de rester immobile des journées entières, comme il l’a fait à Austerlitz , ou d’enfoncer en mas­ses compactes les centres ennemis, comme il l’a fait avec suc­cès dans la plaine de Wagram .

En présence des changements qui s’étaient produits dans l’armement et dans les effectifs, il fallait imaginer de nouveaux principes fondamentaux : la nécessité de ces prin­cipes nouveaux se fit clairement sentir en 1866.

La campagne de Bohème  et celle du Main  ont prouvé par des faits que les procédés stratégiques de Moltke sont en contradiction avec les principes de l’ancienne école, datant du commencement du XIXe siècle. L’un des deux facteurs, soit le chef, soit les troupes, devait modifier sa manière de faire. On le vit bien sur l’Iser  et sur l’Adige , à Langensalsa  et sur la Saale  de Franconie .

En stratégie, un code très simple tient lieu d’école : il doit être le même pour tous pour éviter que le char stratégi­que ne verse, si solide soit-il, ou bien ne s’emballe, échappant aux mains de son conducteur.

Un chef même de génie, utilisant les meilleurs procé­dés d’exécution, fera forcément fausse route, si l’une de ses armées, pour la concentration ou le déploiement de ses for­ces, suit la méthode napoléonienne, et l’autre celle de Moltke. La grandeur de l’action ne dépend pas le moins du monde de l’emploi de l’une ou l’autre de ces deux méthodes, mais de l’art avec lequel on l’applique dans l’ensemble de l’armée ; plus la machine stratégique se perfectionne, plus l’importance de l’unité de principe se fait sentir.

C’est la puissance de la tradition qui s’oppose à l’adoption de doctrines nouvelles aussi bien après nos glo­rieux succès qu’au début de la campagne de 1866. Mais toute tradition est un bien trompeur : elle devient néfaste dès qu’elle paralyse le travail rationnel de la pensée. Voyez les échelons de Frédéric  à Iéna  ! La même réflexion s’applique à la concentration des forces avant l’entrée en action. Appliqué machinalement de nos jours, ce principe peut aussi difficile­ment passer pour un héritage de Napoléon  que les échelons de Ruchel, etc. pour un héritage de Frédéric  et pourtant les procédés de ces deux capitaines ont bien ces origines respec­tives.

J’ai essayé, à plusieurs reprises, au cours des grandes manœuvres, de faire converger vers un même point deux corps venant de directions différentes. Au lieu de marcher droit sur l’objectif désigné, et de s’assurer ainsi, grâce à l’armement actuel, la supériorité, ils s’efforçaient, même après l’expérience de nos guerres, de se réunir auparavant, renonçant ainsi à l’avantage que leur eût assuré leur action commune partant de deux fronts différents. Telle est la force avec laquelle la tradition est ancrée dans l’âme de l’armée. Seule, l’application réfléchie de la doctrine simple de Moltke peut parvenir à la déraciner.

L’histoire militaire la plus récente nous offre un exemple bien instructif. Lord Roberts , dans la guerre des Boers , parvient à exécuter un mouvement enveloppant, en faisant agir simultanément ses troupes qui avaient effectué séparément leurs marches d’approche, contre la ligne de la Modder . Cette méthode différait complètement de celle qu’avait employée jusque-là Bühler  et Methuen  ; aussi amena-t-elle la perte de Cronje .

Qu’on se garde donc de céder à la tentation de croire que la stratégie peut se passer de toute théorie. En soi, cette théorie est de nature protéiforme lorsqu’on l’étudie à travers les événements d’époques différentes, mais aucun général digne de ce nom n’a pu s’en passer complètement, bien qu’elle n’ait en aucune façon assuré sa gloire. Si on laissait de côté cette méthode, le moyen de s’entendre manquerait dans l’ensemble de l’armée. Par la plume de Moltke, l’état-major général nous indique les voies que nous devons suivre maintenant pour continuer notre développement, et ces voies sont d’autant plus faciles à suivre que ce sont des voies na­tionales, reconnues et homologuées par des victoires alle­mandes. Ce n’est pas un avantage à dédaigner, que de pou­voir faire notre apprentissage dans nos propres ateliers, de ne plus avoir besoin d’en emprunter les bases à l’étranger, comme ont dû le faire nos aïeux, plus pauvres que nous à cet égard ; en admettant toutefois que nous ne nous endormions pas sur les lauriers que nous avons ainsi conquis, comme l’ont fait les épigones de Frédéric. Le testament de Moltke, lui aussi, exige la continuation de son travail, et non l’inaction. Mais la première chose à faire dans ce but est de choisir entre les deux principes que nous avons juxtaposés dans cette préface.

Son principe, Moltke ne l’a emprunté à aucun de ses contemporains, il n’en est redevable à aucun d’eux. Clause­wit z lui-même n’y a aucune part, bien que Moltke prise très haut son autorité. Tout au plus le grand Scharnhorst  appa­raît-il ici comme un précurseur. Il ne faut pas oublier cepen­dant que seuls les progrès de la civilisation, c’est-à-dire ceux des moyens de communication, routes, chemins de fer, télé­graphes, de l’organisation des armées et de l’armement, pu­rent donner la vie à cette doctrine et c’est en cela que Moltke fut un créateur.

De même, cette pensée créatrice ne date en aucune manière de l’époque qui suivit la guerre de 1866. C’est elle déjà qui guide Moltke dans la conduite de cette campagne, et son exposé de la stratégie qui ouvrit les voies nouvelles date de 1865 (Commentaires tactiques et stratégiques de Moltke, p. 237). Il lui est resté fidèle de toute façon et dans toutes les situations de la grande Campagne de France. Il utilisa ce principe avant comme après cette campagne et en fit le fon­dement de son œuvre stratégique, mais en tenant toujours compte des situations qu’il s’était proposé pour s’assurer la victoire. Ces situations exigeaient, tantôt une étendue consi­dérable du front d’opérations (début de 1866), tantôt un res­serrement exagéré de ce front (début de 1870, à cause de la forme des frontières) : mais toujours on voit apparaître clai­rement la nécessité de garder séparées aussi longtemps que possible, avant les opérations tactiques, les différentes par­ties de son armée, et de chercher à s’assurer stratégiquement la possibilité d’entrer en action en partant de deux fronts différents (1866 Königgraetz  ; 1870 première et deuxième ar­mée à leur arrivée sur la Sarre ).

Le principe napoléonien que nous avons énoncé, il ne l’utilise jamais lorsqu’il se sert d’expédients. On peut recon­naître, il est vrai, qu’il eût dû l’appliquer pourtant dans un cas donné, à Gravelotte -Saint-Privat. La concentration des forces avant le début de l’action tactique offensive aurait été dans ce cas plus conforme à la situation. C’était alors un « expédient » destiné à remédier à un mouvement stratégi­que manqué par la Deuxième Armée. Il faut donc envisager, malgré tout, l’éventualité d’un déploiement possible avant le combat, d’autant que ce déploiement devient toujours une nécessité devant une position ennemie préparée d’avance. Mais il a perdu la grande importance stratégique qu’il avait au temps de Napoléon .

L’application du principe concernant la séparation des corps pendant les marches d’approche entraîne la nécessité pour Moltke du calcul exact des longueurs de marche ; ce calcul lui était indispensable pour la préparation de tous les mouvements stratégiques, car seule sa constante observation permettait d’obtenir régulièrement et sûrement la réunion de toutes les forces sur le point où devait se poursuivre l’action décisive. Il fait partie de l’exposé des principes essen­tiels de la stratégie (exposé qu’on trouve dans ses ouvrages (voir ses commentaires p. 237). Il est évident d’ailleurs qu’il n’est pas le premier général qui ait su apprécier à sa juste valeur l’importance des longueurs de marche et la durée né­cessaire au déploiement des colonnes lorsqu’il s’agit de les amener à l’action tactique. Comment de pareils problèmes auraient-ils pu échapper à un Napoléon  ou à un Frédéric  ? Ils sont évidents, se déduisent pour ainsi dire d’eux-mêmes, mais ils n’en doivent pas moins être toujours résolus.

La combinaison des longueurs de marche avec la du­rée du déploiement en vue de l’action, déploiement dont ces longueurs imposent la nécessité aux deux adversaires, a joué son rôle depuis qu’il y a eu des guerres faites avec des ar­mées organisées. Elle a été appliquée par Alexandre  et par Hannibal , mais surtout, et avec une grande habileté, par Cé­sa r. (Voir l’Histoire de la stratégie de Delbrück , 1e partie, la Campagne des Helvètes ). Pendant ces luttes, ce sont des peu­ples entiers qui marchent, se déplaçant avec leurs énor­mes convois sur une seule ligne. Ces colonnes, le grand Capi­taine pouvait les attaquer efficacement, c’est-à-dire avec des forces numériquement supérieures, en les abordant avec tou­tes ses troupes réunies, soit en tête, soit en queue, soit plus rare­ment au centre. C’est dans l’emploi de ce procédé straté­gique que consistent, pour une bonne part, les talents mili­taires du grand Romain. Ainsi l’idée des longueurs de mar­che, si im­portante dans l’histoire militaire, n’est certaine­ment pas nouvelle. Moltke ne l’a pas inventée, et l’on a dû de tous temps compter avec elle. Mais personne avant lui n’en a fait, en théorie comme en pratique, la base organique de son or­ganisation de guerre, et c’est en cela que consiste la nou­veauté et le progrès.

Le vainqueur de Moscou  n’en a pas fait autant : cela res­sort de sa propre conduite : car cette idée lui eût montré l’absurdité de son entreprise. Les commentaires de Moltke montrent maintenant bien clairement combien cette concep­tion a été systématique dans son enseignement à l’état-ma­jor.

La stratégie n’est évidemment pas une opération d’arithmétique et un officier d’état-major ne devient pas un grand général parce qu’il a dans sa sacoche un tableau des longueurs de marche. Mais ce qui peut être calculé, en stra­tégie, doit l’être très exactement, car le succès des batailles repose d’autant mieux sur ces calculs, que l’on veut réduire davantage les pertes de temps occasionnées par les déploie­ments. La doctrine de Moltke, sur les longueurs de marche, a rendu les opérations plus rapides, et en a fait de véritables chefs d’œuvre d’esprit de suite.

Il est important d’établir cette affirmation dès le dé­but. Il n’est pas exact de dire que notre système national doive beaucoup à cet égard à ses devanciers dans l’art de la guerre. Il n’emprunta à leur doctrine que le principe des lon­gueurs de  marche qui, pour les armées allemandes actuelles serpentant en longues files sur une seule route, couvriraient aujourd’hui toute la longueur de l’empire allemand de l’Est à l’Ouest. Pour conduire cet expedimentum, accru par de telles proportions, et pour parvenir à constituer des fronts de com­bat, il créa des procédés nouveaux, permettant d’atteindre de meilleurs résultats ; il sut réduire les pertes de temps qu’en-traîne l’énorme développement des armées modernes. Il nous faut retenir ce fait pour comprendre les explications ultérieu­res.

Je crois avoir dit de cette façon dès le début ce qui est nécessaire pour préparer le lecteur à suivre mon analyse.

Le poète fait dire à son Wallenstein  :

-        Devrais-je exécuter ce projet, parce que je l’avais conçu ?

Moltke peut répondre aux questions que lui pose la postérité :

-        J’ai exécuté mon œuvre comme je l’avais conçue.

Il nous reste maintenant à examiner en détail les pro­duits de cette conception.

Ma préface en a indiqué à l’avance les idées maîtres­ses.

Rappelons d’ailleurs que nous devons toujours consi­dérer Moltke comme le serviteur le plus fidèle de son roi, ce monarque inoubliable qui eut le grand mérite de faire tou­jours ce que son lieutenant lui proposait. Mais c’est dans le cerveau de Moltke et grâce à son génie que s’élabora et se développa la stratégie prussienne.

Dans les considérations qui vont suivre, on n’a pas cherché à respecter l’ordre adopté par les œuvres de Moltke lors de la publication de son Testament. Je me suis donné en effet comme tâche d’examiner l’influence de Moltke à trois points de vue différents : comme chef de l’État-major géné­ral, comme Tacticien et comme Général d’Armée. Cette der­nière partie sera sans doute la plus courte, car l’étude de ses cam­pagnes y serait bien plus à sa place que celle de ses œu­vres écrites. C’est à l’étude de ces campagnes que doivent conduire les deux premières parties.

Moltke ne nous a pas laissé de doctrine sur la façon de conduire une campagne, et de gagner des batailles car il n’existe pas pour cela de formule. Au reste aucun capitaine n’a légué à ses héritiers un enseignement plus considérable que lui : cette doctrine, il est vrai, ne se termine pas en un point déterminé par une formule invariable ; elle exige, au contraire, qu’on continue à l’améliorer sans relâche. Notre admiration pour son œuvre ne devra pas nous empêcher de remarquer que déjà certaines pensées du Testament com­mencent à vieillir et qu’elles doivent dès maintenant faire place à des idées nouvelles.


Rien n’est changeant comme

le vent, la femme et la fortune.

 

 

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