| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Le testament de Moltke
Conclusion
Je n’eusse jamais pris la parole dans la presse, si le Testament de Moltke eût été offert plus tôt à la publicité. Mais je constatai que dans les ouvrages militaires, la voie la plus importante pour notre instruction était aussi peu suivie que ne l’est à l’heure actuelle le chemin de Gothard . C’était une faute à mon avis. Je puis maintenant enterrer une hache de combat, car Moltke lui-même est revenu à la vie, et sa parole continue à agir parmi nous. Elle donne une réponse à toutes les objections soulevées jusqu’ici. Si l’on veut prétendre par exemple que Benedeck , le 28 juin 1866, pouvait attaquer avec succès le prince royal de Prusse je me contenterai de citer les paroles de Moltke : « Nous ne prétendons pas imposer notre opinion aux incompétents, mais nous sommes persuadés que tout militaire impartial saura discerner lequel des deux adversaires se trouvait à ce moment dans une situation défavorable ». Affirme-t-on
d’autre part que Benedeck , étant dans sa
position derrière le Bistritz et
devant l’Elbe , à proximité immédiate de
l’ennemi, eût dû suivre le conseil qu’on lui donna d’entamer
encore la retraite du 3 juin ? Il suffit d’opposer à cette
affirmation la phrase suivante de Moltke : « La réunion de
grandes masses est en soi une calamité. Il faut l’employer
lorsqu’elle conduit immédiatement à la bataille. Il est dangereux,
en présence de l’ennemi de séparer à nouveau ses corps une fois réunis ;
il est impossible du reste de les conserver réunis pendant longtemps ». Ou bien :
« L’armée réunie sur un point ne peut plus être mise en
mouvement qu’à travers champs ; pour marcher, il faut commencer
par la séparer de nouveau, soit en largeur, soit en profondeur, ce qui
est également dangereux en vue de l’ennemi ». On peut objecter également que Moltke lui-même n’est pas infaillible, c’est vrai. Mais il faut bien reconnaître qu’aux yeux de l’opinion publique, il est moins sujet à l’erreur que tous les généraux contemporains réunis. Il est bien plus facile de donner un tel conseil que de l’exécuter, tant que nous n’aurons pas un filtre capable d’endormir pendant 24 heures d’un sommeil magnétique l’assaillant en train d’exécuter son mouvement enveloppant. A ceux qui prétendent enfin que la stratégie et la tactique de Napoléon peuvent encore de nos jours servir de prototypes, alors que toutes les conditions de la guerre se sont modifiées, on peut répondre : « Les
progrès de la technique, la facilité plus grande des communications,
l’armement nouveau, en un mot les transformations qui se sont produites
dans les conditions de la guerre rendent inapplicables à l’heure
actuelle, les procédés qui assurèrent autrefois la victoire, et les règles
établies même par les plus grands capitaines ». Clausewitz avait émis déjà une opinion analogue sur la possibilité d’appliquer les exemples tirés de l’histoire militaire, et il ne peut évidemment exister aucun doute sur le grand capitaine que Moltke entendait désigner. A ceux enfin qui persisteraient à ne pas admettre que l’attaque de front est devenue impossible, sur des espaces découverts et contre une position déjà occupée par l’ennemi, avant qu’on ait acquis au préalable la supériorité du feu, il suffira d’opposer le témoignage même de Moltke. Une remarque pour finir : ceux qui de nos jours continuent, en appliquant les prescriptions réglementaires actuelles, à se confiner sur le terrain de manœuvres pour y mener des combats d’infanterie dans leur entier développement, devraient bien se rappeler quelle objection Moltke a élevée contre ces procédés. Il a élevé la voix du fond de sa tombe, et je ne doute pas que cette voix continue à produire ses effets vivifiants.
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