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Cartographie
et géographie
CARTOGRAPHIE
ET GEOGRAPHIE MILITAIRES EN ALLEMAGNE AUX XIXe ET XXe SIECLES
Pierre
Fournier
Au
xixe siècle, les États
allemands, comme tous les États européens, se sont dotés de cartes
topographiques dressées et publiées par des services rattachés aux états-majors
militaires, et désignées couramment sous le titre de “Stabkarte”
(carte d’état-major), comme en France (où cependant l’expression se
réfère au corps de l’état-major réunissant les officiers topographes).
L’essor de la
cartographie et de la géographie militaires au début du
XIXe
siècle
L’héritage
de l’ancien Empire
Dès le xvie
siècle, l’Allemagne a été l’un des foyers majeurs de la science géographique,
principalement dans les pays rhénans et bavarois, avec des villes comme
Cologne, Nuremberg, Augsbourg et Strasbourg. Aux xviie et xviiie
siècles, la fréquence des campagnes militaires provoque un foisonnement de
travaux cartographiques. Mais il serait faux de croire que la cartographie
avait prioritairement des objectifs militaires.
Les
dirigeants politiques et les chefs militaires avaient d’abord besoin de
cartes générales permettant de s’y retrouver dans l’extraordinaire
morcellement politique du Saint-Empire. Il existait de nombreuses cartes
à petite échelle de l’ensemble de l’Allemagne ou de grandes régions
qui donnaient avec plus ou moins de précision la délimitation des
principautés. Mais ces cartes sont rarement très exactes ; en effet
de nombreux États-membres de l’Empire étaient trop petits pour être
valablement représentés ; les petits États étaient eux-mêmes dotés
d’enclaves, ou accueillaient des enclaves de voisins, également
minuscules ; enfin certaines limites étaient imprécises ou contestées,
faute précisément d’une cartographie suffisante.
La
cartographie a aussi pour objet la bonne gestion des territoires en termes
de cadastre, d’exploitation forestière ou minière et de maîtrise des
fleuves, des digues, des marées et des assèchements. On observe alors,
dans le Saint-Empire de forts contrastes entre les États :
-
Les États dominants, bien gérés, dotés d’états-majors bien
organisés, avec des corps d’ingénieurs et des moyens opérationnels
d’intervention sur le terrain ; il s’agit de la Prusse, du Hanovre,
de la Saxe, de la Bavière, mais aussi de l’Autriche.
-
Les États secondaires, qui sont voisins, souvent apparentés par des
liens dynastiques aux précédents. Ils font appel, volontairement ou par
contrainte de “protectorat”, aux services des ingénieurs de ces États.
Les ingénieurs saxons de la Saxe électorale cartographient certains duchés
de Saxe (tel Gotha) ou les Hanovriens interviennent dans l’évêché
d’Osnabruck (où le Hanovre exerce une cosouveraineté).
-
Certains États de moyenne importance se dotent de bonnes cartes,
parce que les princes s’intéressent à ce sujet : le Duc
d’Oldenburg, et celui de Mecklenburg-Schwerin ; ou encore les petites
entités qui se partagent le bassin de la Ruhr, région minière encore en
devenir : principautés-abbayes impériales d’Essen et de Werden ;
enfin la Hesse-Cassel et la Hesse-Darmstadt.
-
Enfin, on peut dresser un tableau des “mauvais élèves”, qui ne
possèdent pas de carte convenable et dont les souverains ne semblent pas se
soucier : Saxe-Hidburgshausen, Saxe-Meiningenn, Landgraviat de Hesse,
Principauté de Waldeck, Comté de Lippe, Abbaye de Fulda, Margraviat
d’Anspach ; et cela alors même que certains des princes concernés
appartiennent aux mêmes maisons que ceux des États voisins (Hohenzollern,
Saxe, Hesse). Il peut y avoir là une marque de négligence ou de
“mauvaise gouvernance”, ou encore la traduction d’une heureuse
tranquillité de vie et d’insouciance provinciale, ou enfin le fait que
l’on se trouve dans une phase de progrès lent des méthodes de gestion
cartographique, qui ne peut toucher tous en même temps.
Un
autre facteur de promotion de la cartographie est la création de maisons
d’édition géographique qui vont, au xixe
siècle, jouer un rôle majeur dans le développement de la géographie.
Il faut citer la fondation en 1705 de la maison d’édition de Gotha, par
Johann Georg Justus Perthes, tête d’une dynastie qui va publier des atlas
et des cartes jusqu’au xxe
siècle. À Weimar, le Geographisches Institut, à partir de 1810, va
publier une carte d’Allemagne en 204 feuilles qui constituera une référence
indispensable. Enfin, à Berlin, la maison d’édition et de vente de
cartes Simon Schropp diffuse un fonds important de cartes concernant surtout
les pays prussiens. Ce ne sont là que des exemples, mais ils montrent que
les foyers de l’édition cartographique, qui étaient autrefois dans
l’Allemagne rhénane ou souabe, se sont déplacés vers l’Est. C’est
une manifestation du développement des sciences et des “Lumières”
dans les États de l’est, prussien ou saxons, mais aussi d’un mouvement
géopolitique considérable auquel la France napoléonienne va largement
contribuer en repoussant la Prusse vers l’Est.
Dans le
domaine scientifique favorisé par l’action des princes, par celle des
académies, ou des chefs militaires, apparaît, en cette fin du xviiie
siècle, une véritable mode, fondée sur l’exemple de la France. La carte
de Cassini est un modèle prestigieux. Elle a été précédée d’une
triangulation réalisée par Jacques Cassini (II). Son fils, Cassini III,
a profité de la guerre de Sept Ans et du renversement des alliances pour
venir, en 1761, jusqu’à Mannheim et Vienne prolonger la triangulation
française vers l’est ; à Mannheim, il a rencontré l’électeur
palatin qui s’intéresse au sujet ; c’est un correspondant de
l’abbé de La Caille ; comme aux Provinces-Unies, en Bavière, en
Hanovre et ailleurs, les gouvernants sont pris d’un intérêt pour la
triangulation et la géodésie, techniques indispensables en préalable à
la confection de cartes dont la plupart veulent désormais disposer.
L’influence de la France
aux temps de la Révolution et de l’Empire (1789-1815)
Un
facteur déterminant du développement de la cartographie topographique en
Allemagne a été l’intervention française pendant la période de la Révolution
et de l’Empire. L’Allemagne a été alors partagée entre des
territoires directement sous administration française (Rhénanie et départements
hanséatiques), sous administration indirecte (Grand-Duché de Berg et
Westphalie), sous protectorat (États de la confédération du Rhin) ou sous
occupation militaire. Des “bureaux topographiques” dépendant du Dépôt
de la Guerre furent alors constitués en Rhénanie, en Souabe, en Hanovre,
en Bavière, en Saxe, notamment, qui entreprirent la confection systématique
de cartes topographiques dans le cadre d’un projet de grande ampleur,
celui de la “Carte de l’Empereur” ; de ces travaux en partie
perdus dans le désastre napoléonien, il n’est resté que les cartes de
Souabe, de Bavière et de Rhénanie éditées au 1/100 000 en 1818 et
1848 ; mais ces entreprises ont joué un rôle de stimulant pour les
services des États allemands.
En
Rhénanie, la carte du colonel Tranchot fut continuée après 1815 par les
Prussiens du général von Müffling. En Bavière, c’est un véritable
jumelage qui fut réalisé entre le bureau topographique français et le
bureau bavarois pour la réalisation de cartes qui rivalisent en
perfection : la Bavière avait une solide tradition que l’on
retrouvera au cours de tout le xixe siècle. En Allemagne du nord, à
l’occasion de l’occupation et de l’annexion temporaire du Hanovre par
la Prusse entre 1795 et 1807, des travaux topographiques sont menés par le
général von Le Coq, qui se prolongeront sous le régime français et après
1815. En réalité, en Allemagne, comme d’ailleurs en Hollande, il n’y a
pas hostilité, mais collaboration technique entre officiers géographes,
en raison de l’intérêt scientifique des opérations et de l’utilité
des cartes. Remarquons que si les objectifs militaires sont indéniables, la
plupart des travaux n’aboutirent que bien après les campagnes de Napoléon
qui s’effectuèrent le plus souvent avec d’anciennes cartes peu fiables.
Mais la
cartographie à précision topographique, bien qu’il y ait dès le xviiie
siècle de bonnes réalisations notamment dans les États prussiens, prend
un caractère systématique après 1815, dans le cadre nouveau de la “Confédération
germanique”, créée lors du Congrès de Vienne.
Cartographie et géographie
militaires pendant la Confédération germanique (1815-1866)
La
situation de l’Allemagne entre 1815 et 1866
Après
les bouleversements de l’époque napoléonienne, l’Allemagne connaît
de 1815 à 1866 une vie plus paisible. La Confédération germanique
comprend désormais un nombre réduit d’États. Une organisation confédérale
les réunit et ils sont soumis notamment à des obligations militaires :
fourniture de contingents en cas de guerre et maintien dans certaines
forteresses de garnisons fédérales. En fait, cette organisation se
traduit par une forte inégalité entre les États allemands, les plus
importants, Prusse, Bavière, Saxe, Wurtemberg, Hanovre, bénéficient
d’une indépendance diplomatique qui se réduira de plus en plus pour
certains d’entre eux. Nous mettons à part l’Autriche qui préside la
Confédération, à laquelle son histoire et sa puissance confèrent une indépendance.
Mais les
États secondaires sont dans une situation de quasi-protectorat et de dépendance
à l’égard de la Prusse, puissance montante, d’autant que les garnisons
des places confédérales, principalement prussiennes, mais aussi
autrichiennes, en principe chargées de surveiller la France, ont aussi pour
rôle de maîtriser les États où elles sont situées : Rastatt en
Bade, Landau en Palatinat bavarois, Mayence en Hesse-Darmstadt (et même
Luxembourg dans les États du roi des Pays-Bas).
Ce
contexte politique a ses conséquences dans l’organisation militaire et
donc dans les travaux cartographiques, puisqu’à cette époque, en
Allemagne comme dans toute l’Europe, la confection de cartes topographiques
est une attribution des états-majors et de services qui leur sont rattachés.
La Prusse
et la Bavière disposent de services cartographiques performants et leurs
réalisations sont parmi les meilleures de l’époque. Mais les États
moins importants doivent avoir recours à l’assistance technique des
plus puissants, ce qui signifie concrètement une tutelle unificatrice de la
Prusse qui trouvera un caractère de plus en plus impératif après les événements
de 1866 et 1871.
Les principales écoles
cartographiques et géographiques militaires
L’école
cartographique et géographique militaire prussienne
La géographie
militaire a connu, au xixe
siècle en Allemagne, un développement différent de ce qui se passait en
France ; alors que dans notre pays, la géographie universitaire se désintéressait
largement des aspects militaires, en Allemagne, et d’abord en Prusse, il y
eut une certaine symbiose entre géographes universitaires et militaires,
notamment sous l’égide de Carl Ritter, l’un des “pères fondateurs”
de la science géographique.
L’académie
militaire de Berlin avait été fondée en 1810 pour former les officiers et
en particulier ceux de l’état-major (l’on était alors aux heures du
renouveau de l’état prussien assujetti à l’occupation napoléonienne).
On y enseignait, comme ailleurs, la géographie générale, l’étude du
terrain, les levés topographiques, la géographie militaire. Mais ce qui
distingue l’enseignement prussien dans cette première moitié du xixe
siècle, est l’implication des géographes dans l’enseignement
militaire. En 1820, Carl Ritter enseigne à l’académie militaire. Il y
rencontre Clausewitz, forme von Roon, Moltke. Il préface en 1837
l’ouvrage de von Roon Grundzüge der Erd-Völker-und Staatenkunde
(Principes de géographie, d’ethnologie et de politique des États). Le
capitaine Emil von Sydow enseigne en 1850 la “géographie spéciale”,
qui concerne l’étude du terrain et du territoire à l’intention des
officiers appelés à opérer en pays étranger ou inconnu. Les officiers
allemands adhèrent nombreux à la Société de géographie (Gesellschaft
für Erdkunde).
Au
lendemain du Congrès de Vienne, en 1815, le Royaume de Prusse connaît une
nouvelle configuration territoriale, avec notamment l’annexion d’une
grande partie de la Rhénanie, qui constitue la Province Rhénane, et
d’une partie du royaume de Saxe, constituée en province de Saxe, ainsi
que de provinces polonaises. La Prusse doit notamment bien contrôler les régions
du Rhin, face à la France, où l’on construira des forteresses.
L’une
des premières tâches des officiers géographes prussiens est d’achever
le travail entrepris par les Français avant 1813. À cette fin, dès
1816, est créé auprès du grand-état-major prussien (Grossgeneralstab)
un service topographique, la Preussische Landesufnahme. Ce service
subsistera jusqu’en 1919.
L’une
des premières réalisations est l’achèvement, confié au Generalmajor
von Müffling, de la carte de Tranchot pour la rive gauche du Rhin et son
extension à la rive droite dans sa partie devenue prussienne. Ce travail
est effectué de 1817 à 1826.
De 1836
à 1842, on entreprend un deuxième levé topographique de la Westphalie au
1/25 000, pour remédier aux insuffisances de la carte de von Le Coq.
De 1843
à 1850, les officiers prussiens lèvent une nouvelle carte des pays rhénans
au 1/25 000, qui sera publiée vers 1865 pour les besoins civils et
contribuent à la publication, jusqu’en 1855 d’une carte d’état-major
générale (Generalstabkarte) au 1/80 000.
Dès
l’époque de la Confédération germanique, le service prussien de la Landesaufnahme
joue en Allemagne un rôle de leader qui s’amplifie progressivement pour
plusieurs raisons :
-
Après la guerre contre l’Autriche et plusieurs États allemands
coalisés, la Prusse annexe le Hanovre et la Hesse électorale, le Nassau,
Francfort, ainsi que le Schleswig et le Holstein. Cela implique une
extension des travaux cartographiques. C’est ainsi que l’on commence à
utiliser en Hanovre, après 1866, la projection de Gauss-Krüger, promise
par la suite à une utilisation plus large ;
-
Les ingénieurs prussiens ont fourni une “assistance technique”
à certains États secondaires pour l’établissement de leur carte
topographique ; ainsi de la Hesse électorale dont il va être question ;
-
La création en 1871 de l’Empire d’Allemagne, dont le roi de
Prusse devient l’empereur, va entraîner une unification des travaux
topographiques dans laquelle le service prussien voit son rôle renforcé.
À cette fin, en 1875, le service de la Landesaufnahme est divisé en trois
départements (Abteilungen) : trigonométrique, topographique
et cartographique.
L’école
cartographique et géographique militaire bavaroise
L’activité
des ingénieurs géographes bavarois est, dans les premières années du xixe
siècle, étroitement imbriquée avec celle des Français. En 1801, le
gouvernement électoral crée un Topographisches Büro qui prend la
suite de la commission des routes dont avait été chargé Von Riedl
(1746-1809) Ce bureau topographique, dont Riedl est le directeur à partir
de 1808, sera plus tard rattaché au Bayerisches Generalstab des Heeres
(état-major général de l’Armée bavarois) et subsistera ainsi
jusqu’en 1918.
Dès l’époque
napoléonienne, tandis que les Français, comme on l’a dit,
entreprenaient avec l’aide des ingénieurs bavarois, une carte au 1/100 000,
les Bavarois du Bureau topographique électoral recevaient des directives
tendant à l’établissement d’une carte au 1/50 000. Cette
entreprise s’est déroulée pour les levés de 1804 à 1841 et a abouti à
la publication du Topographischer Atlas von Bayern dont les premières
feuilles parurent de 1812 à 1864. Une deuxième édition fut commencée en
1867. Cette carte a été améliorée jusqu’en 1945. Elle est d’une
remarquable qualité de gravure et de présentation. Elle était complétée
par des cartes au 1/25 000.
Dans un
premier temps, on avait adopté la projection de Bonne et pour méridien
origine celui de la Sternwarte à Munich (observatoire). Puis, à partir de
1807 et 1810, on refit la triangulation, adopta la projection de Soldner,
l’ellipsoide de Laplace et le méridien de la tour nord de la Frauenkirche
de Munich.
En
1854, le nivellement fut raccordé au niveau moyen de l’Adriatique à
Venise et au nivellement autrichien, par des visées sur le
Grossrettenstein.
Par
ailleurs, les services bavarois établirent un cadastre (Flurkarte ou
Katasterkarte). Après 1871, le Topographisches-Büro bavarois
conserva son autonomie dans l’Empire allemand, mais il dut participer à
la publication de la carte d’état-major de l’empire, la Karte des
Deutschen Reiches, dont il est question par ailleurs, pour la partie
bavaroise. Mais le système de référence bavarois ne coincidait pas avec
celui des Prussiens, fondé sur une projection polyédrique, sur
l’ellipsoide de Bessel et le niveau de la mer du Nord. Le service bavarois
dut convertir ses méthodes. Il fut transformé en service civil en 1918,
rattaché en 1930 au Landesvermessungsamt (créé en 1872). En 1938,
il fut le XIIIe département du Reichsamt für landesaufnahme
et subsiste toujours sous le titre de Bayerisches Landesvermessungsamt.
Ainsi, depuis la fin du xviiie siècle, les services bavarois ont conservé
leur autonomie et se sont distingués par la qualité de leur production
cartographique.
L’école
cartographique et géographique militaires du Grand-Duché de Bade
Bien que
modeste dans ses dimensions, le Grand-Duché de Bade occupe au xixe
siècle une position politique et militaire importante : il dispose
d’une petite armée, une division, il est chargé de surveiller la frontière
française du Rhin, il héberge la garnison fédérale, en fait prussienne,
de Rastatt. Mais aussi, il est particulièrement surveillé : en
1849, une insurrection libérale provoque une intervention militaire de la
Prusse.
Néanmoins,
il existe un département topographique du grand état-major grand-ducal (Topographische
Abteilung des Grossherzoglichen Generalstabs, ou encore Militärisch-topographisches
Bureau). Ce service a produit entre 1838 et 1849 un atlas topographique
en 55 cartes au 1/50 000.
Plus
tard, entre 1855 et 1864, le même service produit une très belle carte au
1/200 000 en six feuilles de l’ensemble du Grand-Duché. Au surplus,
comme le Grand-Duché de Bade s’étend en diagonale dans le sens nord-est,
sud-ouest, la carte s’étend largement sur le Würtemberg, le Palatinat,
l’Alsace et la Hesse-Darmstadt.
Un exemple d’État
secondaire : la cartographie de la Hesse électorale
On désigne
par Hesse électorale jusqu’en 1866 l’ancien landgraviat de Hesse Cassel
qui a retrouvé après 1815 la dignité électorale obtenue en 1803, désormais
sans autre signification que protocolaire. Cet État a pour capitale la
ville de Cassel, qui fut un temps le siège du royaume de Westphalie de Jérôme
Bonaparte.
On connaît
une très belle carte au 1/50 000 de l’électorat en une trentaine de
feuilles. Cette carte est d’une admirable précision et d’une grande
qualité de gravure ; le relief est en hachures ; les échelles
sont en cinq unités différentes, les longitudes rapportées au méridien
de l’île de Fer ; les niveaux rapportés à celui de la mer Baltique ;
les chemins de fer ont été complétés jusque dans les années postérieures
à 1870. La gravure et la diffusion ont été assurées à Berlin. Selon
toute vraisemblance, cette carte a été dressée par les ingénieurs
prussiens ou avec leur aide, d’autant que les levés ont été effectués
entre 1852 et 1860, soit quelques années avant 1866, date à laquelle la
Hesse électorale a été annexée par la Prusse pour constituer une partie
de la province de Hesse-Nassau. L’état-major prussien avait tout intérêt
à acquérir une bonne connaissance de la topographie de la Hesse.
L’importance de la carte
topographique de l’Empire allemand après 1871
Le 18
janvier 1871, dans la Galerie des glaces du Château de Versailles, est
proclamée la création de l’Empire d’Allemagne. Cette entité politique
nouvelle, que l’on désigne sous le titre de IIe Reich,
instaure en droit un système fédéral ; les États allemands
conservent en principe leur indépendance, mais celle-ci va devenir
rapidement fictive, le Royaume de Prusse occupant une position dominante
puisque son roi, Guillaume Ier est, en même temps, Empereur et
que le chancelier, commun au Royaume et à l’Empire, gouverne un État qui
prend progressivement un aspect unitaire, sous la personnalité et la poigne
de Bismarck.
Plus
encore que sous le régime précédent de la Confédération germanique, on
observe un contraste entre la position dominante de l’État prussien, la
relative autonomie des principaux autres États de l’Empire, Bavière,
Saxe, Würtemberg, Bade, Mecklembourg, Oldenbourg, et le sort des petits États
qui sont soumis à une tutelle étroite et à une intégration au système
prussien, tout en bénéficiant d’une paisible indépendance pour
l’administration locale.
Ce qui
est important en ce qui concerne la cartographie est l’organisation
militaire des rapports entre les États de l’Empire, puisque pendant la
durée du IIe Reich de 1871 à 1918, la topographie et la
cartographie sont, en Allemagne, comme dans tous les pays d’Europe, des
activités relevant par nature du domaine étatique et militaire.
Dès le
lendemain de la proclamation de l’Empire, se met en place une organisation
militaire que l’on retrouvera jusque dans la composition des armées
engagées pendant la Première Guerre mondiale. Dans l’armée allemande,
sous commandement prussien, les principaux États constituent des unités
propres : la Bavière a son état-major général et trois corps
d’armée ; la Saxe en a deux et le Wurtemberg un seul ; les
autres, comme le Grand-Duché de Bade, fournissent selon leur importance une
brigade ou un régiment, ou un contingent plus réduit, incorporés dans un
corps d’armée prussien.
L’organisation
des services topographiques est calquée sur celle des états-majors. Le
travail topographique qui est entrepris à l’échelle de l’ensemble du
Reich est réparti entre quatre services :
-
le service prussien, Preussiche Landesaufnahme, avec ses trois
départements (Abteilungen), créés en 1875 (trigonométrique,
topographique et cartographique). Ce service est rattaché à l’état-major
général (Generalstab). Il est compétent pour la Prusse, mais aussi
pour la plupart des États secondaires, ainsi que pour la “Terre
d’Empire”, ou “Reichland” d’Alsace-Lorraine (ce qui intéressera
particulièrement les Français dans la suite des événements) ;
-
le service bavarois est le bureau topographique de l’état-major général
bavarois (Topographisches Büro des Bayerischen Generalstabs), qui
est évidemment chargé de cartographier le royaume de Bavière. Il ne faut
pas oublier qu’à cette époque, le royaume comprend le Palatinat
bavarois, limitrophe de l’Alsace-Lorraine au nord de la Lauter ;
- le
service wurtembergeois, Württembergisches Topographisches Büro) ;
-
le service identique du Royaume de Saxe.
À
partir de 1872, ces services vont coopérer à la réalisation d’une
cartographie de l’ensemble de l’Empire allemand en se soumettant à des
normes communes qui n’excluent pas des initiatives et des variantes régionales.
Cette entreprise s’organise autour la carte de l’empire au 1/100 000.
Les mutations de la
cartographie et de la géographie militaires allemandes à la fin du XIXe
siècle
Les
progrès cartographiques
La géographie des
militaires
Les
revues militaires jouent un rôle important dans la connaissance de la géographie
militaire et surtout des systèmes fortifiés des pays étrangers : le Jahrbuch
für die Deutsche Armee und Marine publie douze cahiers par an de 1871
à 1922 ; (à partir de 1919, sous le titre de Monatshefte für
Politik und Wehrmacht) ; des articles rédigés par des officiers y
sont consacrés aux fortifications étrangères, aux zones frontalières,
aux théâtres d’opérations passés ou futurs ; la France, la
Russie, les Balkans, le Danemark, l’Autriche-Hongrie, mais aussi les théâtres
des guerres récentes (russo-turque ou russo-japonaise) sont largement traités.
Une autre
revue, les Vierteljahrefte für Truppenführung und Heereskunde
(cahiers trimestriels pour la conduite des troupes et la science militaire)
est publiée de 1904 à 1914 par l’état-major. Elle contient également
des articles sur les fortifications étrangères et sur l’histoire
militaire ; on pourrait citer aussi la Kriegstechnische Zeitschrift
(revue des techniques de la guerre), publiée de 1898 à 1922.
Ainsi, au
xixe siècle, et
jusqu’en 1914, les officiers allemands bénéficient d’une formation géographique
approfondie.
La
réalisation de la carte d’Allemagne au 1/100 000 ou “Karte des
deutschen Reiches”
Cette
carte a été officiellement désignée par le titre de Karte des
deutschen Reiches, carte de l’Empire allemand. Plus couramment on
l’appelait Generalstabkarte, carte de l’état-major général.
Elle a été dressée et publiée de 1879 à 1912 et a été rééditée
sous diverses formes jusque vers 1950, avant d’être remplacée par les
cartes actuelles ; c’est à peu près l’équivalent de la carte
française de l’état-major, bien que plus tardive puisque l’unité
allemande n’a été réalisée qu’en 1871. Mais l’une et l’autre
carte ont constitué l’instrument cartographique de base pour les armées
de la guerre 1914-1918.
La carte
est à l’échelle du 1/100 000. Sur les feuilles de l’édition
originale, figure une échelle en mètres et en kilomètres, et une autre en
geographische Meile, milles géographiques de 7420,44 mètres.
Elle est
en 674 feuilles représentant 30’ en longitude sur 15’ en latitude. Cela
correspond à l’utilisation d’une projection polyédrique et à des
feuilles ayant une forme à peu près trapézoidale.
Une
nouvelle triangulation fut réalisée, relativement dense : ainsi, en
Rhénanie-Westphalie, on définit vingt-cinq points trigonométriques par
feuille.
Le découpage
des feuilles est effectué par référence au réseau des longitudes rapportées
au méridien de l’île de Fer (östlich von Ferro). Sur les
feuilles publiées à une date plus récente, il est fait référence au méridien
de Greenwich : les longitudes sont diminuées de 17°40’, mais le découpage
des feuilles est resté le même.
L’essentiel
de cette carte est la mise en œuvre d’une cartographie étendue selon des
normes communes à l’ensemble de l’empire. Cela signifie que les
feuilles de la carte couvrent tous les territoires qui étaient allemands
avant 1919 , et qui sont aujourd’hui danois (nord du Schleswig),
lithuaniens (Memel-Klaipeda), russes (nord de la Prusse orientale), polonais
(Prusse, Silésie, Posnanie, Poméranie), français (Alsace-Lorraine) ou
belges (Eupen et Malmédy). La projection polyédrique est rapportée à
l’ellipsoide de Bessel.
Le
nivellement prend pour référence le niveau moyen de la Mer du Nord et de
la Baltique, qui était aussi le niveau moyen de la mer à Amsterdam (mais
Amsterdam n’est plus sur la mer !), appelé le Normal-null.
Il faut noter que les Bavarois, qui, jusque là se référaient au
nivellement autrichien fondé sur l’Adriatique, durent, en 1895, se
convertir au Nordmalnull allemand.
Le relief
est exprimé en hachures (Böschung-schraffen) selon des
diapasons créés par von Müffling pour les faibles pentes (1 à 5 degrés)
et par Lehmann (1765-1811) pour les pentes plus fortes. En outre, dans les
zones de montagne, des courbes de niveau à intervalle de 100 m sont ajoutées.
Enfin, un
tableau des signes conventionnels commun est utilisé.
Cette
carte est réalisée principalement pour des usages militaires et, au cours
de la Deuxième Guerre mondiale, elle a été publiée sous la forme de
grandes feuilles (Grossblatt, Grossblätter) regroupant quatre
feuilles de l’édition originale et donc étendues sur 1 degré et 30
minutes. Des éditions militaires (nur für Dienstgebrauch) furent
tirées, assorties du réseau de quadrillage Gauss-Krüger (Gauss-Krüger
Gitternetz) organisé en fuseaux de 3 degrés (meridianstreife).
En 1945,
les cuivres originaux furent perdus, mais on put utiliser dans les années
suivantes des tirages de sécurité pour l’édition de cartes à usage
civil.
Il faut
noter que les Français, dans les années qui précédèrent la guerre de
1914, effectuèrent des tirages de la carte allemande, pour toute la Rhénanie,
Bade et Wurtemberg en la convertissant à l’échelle du 1/80 000,
avec des légendes en français. Ces cartes ne servirent pas pour “marcher
sur Berlin” au cours de la guerre, mais pour l’occupation de la Rhénanie
à partir de 1918.
La cartographie à grande
échelle
Bien
entendu, la confection de la carte topographique est fondée sur des levés
à grande échelle et s’appuie sur les travaux concernant le cadastre ;
l’établissement de cadastres dans les États allemands remonte aux
initiatives princières de la fin du xviiie
siècle et à la stimulation apportée par les Français à l’époque
napoléonienne. Mais, à mesure que les États allemands s’étendent
par absorption d’entités territoriales secondaires, le processus
d’unification administrative et fiscale suscite des exigences nouvelles en
matière topographique.
En
Prusse, une ordonnance sur le cadastre (Grundbuchordnung) de 1872
organise le levé du cadastre. Mais ce qui est beaucoup plus important dans
le domaine cartographique est que la publication de la carte au 1/100 000
s’est accompagnée dans tous les États de l’Empire de celle d’une
carte au 1/25 000.
Ces
cartes au 1/25 000 sont désignées par le titre de “planchettes” (Messtischblätter)
qui se réfère, bien entendu à la planchette du topographe opérant sur
le terrain. Elles ont été levées notamment en Rhénanie de 1892 à 1900,
en Westphalie de 1892 à 1912, en Bavière à partir de 1902. Ces cartes
sont conformes au système de la carte au 1/100 000 et correspondent à
un découpage en feuilles de 10’x 6’. Elles sont en courbes de niveau et
la figuration du relief est renforcée par un estompage.
Une
mention particulière doit être faite concernant les cartes de
l’Alsace-Lorraine. Les “planchettes d’Alsace-Lorraine” furent levées
par les services prussiens vers 1883-1885. Elles ont constitué, lorsque le
territoire fut récupéré par la France en 1918, une cartographie de base
meilleure que la vieille carte française de l’état-major. Les levés
allemands et la triangulation prussienne servirent pour la publication des
cartes françaises au 1/50 000, premiers prototypes de ce qui allait être
la carte de France au 1/50 000 “type 1922”. Aujourd’hui encore,
certaines cartes topographiques françaises concernant l’ancienne
Alsace-Lorraine se réfèrent partiellement aux “levés prussiens”. Il
est d’ailleurs étonnant de voir encore figurer dans le catalogue du
Service géographique de l’armée française du 1er avril 1938
des feuilles des planchettes d’Alsace et de Lorraine, proposées à la
vente au public en attendant la publication des levés réguliers. Les levés
allemands avaient été amplifiés au 1/20 000. C’est l’occasion de
rappeler qu’en 1914, l’Allemagne mais aussi les Pays-Bas, la Belgique,
la Suisse et l’Autriche, disposaient d’une cartographie au 1/25 000
ou au 1/20 000 alors qu’en France cela n’existait que pour les
zones fortifiées.
En Bavière,
Wurtemberg et Bade, la carte topographique put être réalisée à partir
de cartes à plus grande échelle au 1/2 500 ou au 1/5 000. On a déjà
mentionné les particularités de la cartographie bavaroise, mais celle-ci
s’est progressivement alignée sur les normes prussiennes.
Toutefois,
en 1913, la Bavière prit l’initiative de proposer l’établissement
d’une carte au 1/50 000 selon des normes nouvelles. La proposition
fut acceptée par les autres États en 1914. Cette Deutsche Karte ne
fut réalisée que pour quelques feuilles (huit pour la Bavière et une
pour le Palatinat (Neustadt en 1916). Les travaux furent arrêtés en 1941
et perdus en 1945.
La République de Weimar
et le Troisième Reich (1918-1945)
Après
1918, le service topographique de l’état-major prussien est transformé
en un service civil, le Reichsamt fûr Landesaufnahme, service d’État
pour la topographie) siégeant à Berlin et compétent pour la Prusse et les
petits États. De même, un bureau civil est créé en Bavière.
La
triangulation allemande est unifiée avec le système de coordonnées
prussien, la référence à l’ellipsoide de Bessel au méridien de
Greenwich (soit -17°40’00” par rapport au méridien de l’île de Fer
[Ferro]). On adopte la projection conforme de Gauss-Krüger et le réseau de
coordonnées du même nom.
Sous le régime
nazi, une loi du Reich de 1938 organise des services régionaux, les Hauptvermessungsabteilungen
(départements principaux de topographie). Ces services sont, après
l’Anschluss de l’Autriche, au nombre de quatorze. (Ainsi par exemple, le
IXe, compétent pour la Westphalie, la Lippe et Osnabruck ;
le Xe pour la province rhénane et le XIVe pour
l’Autriche ; ce dernier département conserve l’héritage des
services autrichiens, qui retrouveront leur indépendance après 1945).
Bien
entendu, la Deuxième Guerre mondiale a été l’occasion d’une considérable
production cartographique des services allemands. Il s’agissait alors de
services militaires rattachés aux états-majors. Ainsi, en France occupée,
dépendant de l’état-major et du Haut commandement de l’Armée de
terre (Oberkommando des Heeres, General Stab) fonctionnait un service
cartographique spécial installé à Paris (Kriegs-karten und Vermessungsamt
Paris) qui a produit des tirages et même des cartes originales au 1/50 000
pour des régions où la carte française n’existait pas encore, notamment
en Normandie. Ces cartes étaient quadrillées selon le système Gauss-Krüger
utilisé en Allemagne depuis 1934 et étendu à toute l’Europe.
L’état-major
allemand de l’armée de terre a aussi publié pour le service des cartes
de Belgique, de Grande-Bretagne et d’Irlande, entre autres pays.
La cartographie actuelle
dans le cadre de la République fédérale depuis 1949
Depuis la
création de la République fédérale, la production cartographique
allemande est organisée de manière fédérale, comprenant :
-
l’Arbeitsgemeinschaft der Vermessungsverwaltungen der Länder
der Bundesrepublik (communauté de travail des administrations
topographiques de la République fédérale) pour la coordination des
divers services ;
-
l’Institut für angewandte Geodäsie (Institut de géodésie
appliquée), à Francfort sur le Main chargé des cartes à petite échelle
et des cartes aériennes ;
-
le Deutsche hydrographische Institut, à Hambourg, service
hydrographique qui édite les cartes marines ;
-
le Bundesforschungsanstalt für Landeskunde und Raumordnung (établissement
fédéral pour la recherche en géographie et aménagement de l’espace),
à Bad-Godesberg, chargé notamment de la cartographie thématique ;
-
enfin les Landesvermessungsämte, dans chaque Land (services
topographiques régionaux) entre lesquels est répartie la mission de
dresser et de publier les cartes topographiques.
Au
lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les premières initiatives en
matière cartographique sont venues des autorités d’occupation alliées.
En particulier les Américains du U.S Map Service publient une carte
de l’Europe centrale au 1/250 000 ainsi qu’une carte au 1/100 000.
Ces initiatives sont relayées en 1952 et en 1954 par l’OTAN concernant
l’établissement de cartes au 1/25 000 et au 1/100 000. Ces
directives concernent d’ailleurs tous les pays membres de l’alliance.
Le relais a été pris depuis par le réseau des services topographiques des
Länder, et la cartographie s’organise de la manière suivante, en résumé :
-
la carte au 1/25 000 a été refaite à partir du programme de
l’OTAN de 1952, en convertissant les anciennes planchettes dans le système
UTM, selon les décisions de la conférence de Bruxelles, en 1951 de
l’Association internationale de géodésie. Pour la Bavière, 547 feuilles
furent achevées en 1960. En Rhénanie-Westphalie, on établit à partir de
1967 les Musterblätter für die topographische Karte 1/25 000
(feuilles modèles pour la carte topographique). On abandonna la projection
polyédrique pour une projection conforme. La carte au 1/25 000 est désignée
par le sigle TK 25 suivi de quatre chiffres.
-
la carte au 1/50 000 a fait l’objet d’une reprise du travail
dans la Ruhr en 1950, puis un modèle établi en 1955 par le Bade-Wurtemberg
et la Rhénanie-Westphalie, appuyé par l’OTAN, en liaison avec la
confection de la carte militaire a été retenu. En 1963, la carte était
achevée dans tous les Länder (Ouest). La carte est désignée par le sigle
TK 50 ou feuilles L.
-
la carte au 1/100 000. L’origine est la décision de l’OTAN
d’établir une carte à cette échelle, prise en 1954. Un modèle avait été
établi en 1952 par le LVA de Bavière. La carte est désignée par le sigle
TK 100 ou feuilles C.
-
la carte au 1/200 000 dérive de celle au 1/250 000 réalisée
après 1945 par l’Army Map Service américain, dont la partie
allemande fut ensuite confiée à l’Institut für angewandte
Geodäsie et sous la responsabilité du Bundesverteidigungsministerium
(ministère fédéral de la défense). La carte, publiée à partir de 1958,
est désignée sous le sigle TUK 200 (topographische Ubersichtkarte)
ou feuilles CC.
Conclusion
Comme
tous les pays européens, l’Allemagne s’est dotée au xixe
siècle d’une cartographie de précision confiée à des Services dépendant
des États-majors militaires. Mais dans ce pays, la confection d’une
cartographie performante a été tributaire du morcellement territorial,
du caractère tardif de la constitution d’autorités centralisatrices.
On trouve encore dans l’organisation actuelle de la cartographie la
marque d’une structure fédérale.
Néanmoins,
l’Empire allemand disposait en 1914 d’une cartographie équivalente, et
à certains égards meilleure que celle de la France. Cette cartographie
s’étendait à un Empire qui comprenait des territoires aujourd’hui
relevant d’autres États. Au surplus, le système cartographique
austro-hongrois s’y raccordait (qui justifierait un article aussi
important que le présent texte). Enfin, les deux guerres mondiales ont été
pour les services allemands les occasions d’une production cartographique
considérable, étendue à toute l’Europe. Il s’agit donc d’un domaine
de la cartographie qui ne doit pas être négligé.
Bibliographie
Au
delà de la surabondance bibliographique concernant l’histoire allemande,
on se réfère plus spécialement à :
-
Berthaut, Les ingénieurs géographes militaires, 1902.
-
Les “Topographischer Atlas” publiés par les Landesvermessungsämte
de Bavière, - Rheinland-Pfalz, Nordrhein-Westfalen
-
Stein (Wolgang Hans), Communication aux journées d’étude du Musée
des plans-reliefs, Paris, 2002.
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