Ce numéro, qui conclut
l’année 1996, la deuxième après la relance de la revue par
l’Institut de Stratégie Comparée, prolonge le numéro 59 qui était
consacré à la stratégie aérienne. Il a été élaboré par le groupe
de réflexion sur la stratégie aérienne qui fonctionne sous l'égide de
l'Institut d'Histoire des Conflits Contemporains et de l'ISC.
La réflexion aérienne
est aujourd’hui en plein renouvellement aux États-Unis où l’on
s’intéresse de plus en plus aux travaux des colonels Warden et Boyd,
mais aussi en Grande-Bretagne où la Royal Air Force s’est dotée en
1976 d’un manuel d’opérations qui témoigne d’une réflexion plus
poussée que par le passé (malgré les limites du genre), en Italie où
l’édition intégrale de Douhet est en cours, et aussi en France, comme
en témoignent, entre autres, les travaux des généraux Michel Forget
(puisqu’ils sont deux homonymes tant par leurs noms que par leurs grades
et par leurs fonctions ultimes) et les recherches historiques du Service
historique de l'armée de l'Air. Les archives de celui-ci commencent à être
maintenant bien connues et livrent une quantité d'informations qui n'intéressent
pas seulement les passionnés d'histoire, mais qui doivent être exploitées
d'un point de vue théorique. La conférence du général Jacquin, que
nous publions dans ce numéro, tirée des archives du Service, est un bon
exemple de cette réflexion théorique menée à l'intérieur des armées
et qui reste inconnue faute de publication. Il serait souhaitable de
publier des recueils de textes doctrinaux qui fourniraient une base
documentaire dont les analystes actuels tireraient le plus grand profit.
Ce dossier s'ouvre par la
traduction d'un article du colonel Meilinger, l'un des analystes aériens
les plus connus des États-Unis, qui a publié de nombreux travaux d'ordre
historique (notamment un important article sur Alexandre de Seversky dans
le Journal of Strategic Studies) et théorique. L'élaboration d'une
doctrine française n'exclut pas, elle impose même, la connaissance de ce
qui s'élabore chez la puissance dominante du moment. La France est, de ce
point de vue, très en retard : les traductions sont rares alors que
les revues ne sont pas toujours facilement accessibles. Le temps n'est
plus où les stagiaires de l'École supérieure de guerre bénéficiaient
d'un lieu de travail magnifique, la bibliothèque de l'École militaire,
dans lequel ils pouvaient accéder d'un seul coup à l'essentiel de la
littérature militaire des grandes puissances européennes. Il serait bon
de songer à la constitution d'une véritable bibliothèque de stratégie
accessible aux chercheurs.
Dans ce numéro, nous
continuons la publication des cahiers Rosinski, avec le canevas d’une
conférence sur la mutation de la stratégie à l’époque contemporaine.
Malgré son caractère cursif, ce document contient des réflexions qui
ouvrent des pistes de recherches suggestives.
Hervé Coutau-Bégarie