| Institut de Stratégie et des Conflits - Commission Française d'Histoire Militaire |
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"Stratégie, opératique, tactique"
Cette livraison de Stratégique est, en fait, composée de plusieurs dossiers. Le chantier stratégique se compose de nombreuses zones de fouilles qu’il convient d’explorer simultanément, avec des résultats très variables selon les moyens. Le dossier principal est consacré à l’élucidation des catégories de la pensée stratégique. Celle-ci s’est constituée, au xviiie siècle, par différenciation avec la tactique. Mais ce binôme commode s’est trouvé remis en cause par l’extension et la complexité croissantes de la stratégie, au point de ne plus rendre compte, aux yeux de beaucoup, de la totalité du processus conflictuel. Il s’est donc trouvé concurrencé, voire supplanté, par une trilogie stratégie/opératique/ tactique. Il en a résulté des discussions très vives qui n’ont pas permis d’aboutir à un consensus. Herbert Rosinski a tenté de clarifier le débat dans une note qui, comme la plupart de ses essais, est restée inédite. Elle est publiée ici pour la première fois. Le colonel Francart prolonge sa réflexion par un essai de définition qui rend compte de la panoplie diversifiée des missions contemporaines. Ce genre d’essai ne permettra jamais, comme le souligne bien Rosinski, d’aboutir à des définitions unanimement admises, tant les phénomènes dont il s’agit de rendre compte sont complexes et ne se laissent pas réduire à des définitions unitaires. Il faut se garder d’entrer dans des controverses nominalistes sans fin. Il n’en est pas moins utile, à intervalles réguliers, et pas trop rapprochés, d’esquisser des clarifications afin d’éviter que le sens des concepts ne deviennent de plus en plus flou. L’effort de clarification des définitions doit être accompagné d’un approfondissement de leur signification et de leur portée. C’est ce que tentent ici les colonels de Giuli et Faucon avec leurs réflexions sur les champs d’engagements futurs et le capitaine de frégate Prazuck avec son plaidoyer pour une meilleure prise en compte du facteur temps dans la stratégie. Le temps est aussi décisif que l’espace, mais il n’a pas suscité une chronostratégie comparable à la géostratégie. Suit un dossier sur la pensée stratégique qui prolonge les multiples études que nous lui avons déjà consacrées, spécialement dans les nos 48 et 60. Il faut poursuivre cet effort sans fin - qui peut paraître parfois de pure érudition mais qui n’en a pas moins une portée opératoire considérable - de recensement des auteurs, de leur diffusion et des problèmes qu’ils ont posés. Philippe Richardot avait étudié, dans le n° 60, l’influence persistance de Végèce au XVIe siècle. Il élargit ici sa recherche aux auteurs latins qui ont été, pour l’essentiel, à l’origine du renouveau de la réflexion militaire à l’époque moderne. Il faudrait maintenant compléter son étude par un corollaire sur le versant grec, qui n’a jusqu’à présent été étudié que d’un point de vue purement philologique (établissement du texte, sans réflexion critique sur le contenu), par le grand lexicographe Alphonse Dain. Thierry Widemann présente l’un de ces relais des auteurs anciens, le colonel de Beausobre, traducteur et commentateur d’Énée le tacticien. Le colonel Ferruccio Botti fait revivre l’un des auteurs les plus célèbres des Lumières, Gaetano Filangieri, dont la réflexion juridique et politique a éclipsé les réflexions militaires, qui ne sont pourtant pas dénuées d’intérêt. Enfin, Philippe Boulanger évoque le débat de la nation armée au lendemain de la Première Guerre mondiale, débat représentatif de l’élargissement de la stratégie à l’époque de la guerre totale, qui ne se limite plus à la seule conduite des opérations mais doit accorder une place de plus en plus grande à la préparation et au soutien de la mobilisation totale. Après ces deux dossiers, plusieurs articles traitent de divers aspects de la stratégie largement entendue. David Cumin, auteur d’une thèse impressionnante sur Carl Schmitt dont on espère la prochaine parution, présente un volet peu connu de la pensée de ce juriste controversé dont on redécouvre progressivement l’importance : il est assez piquant de le lire en tant que précurseur des thèses néo-marxistes sur l’impérialisme. Jean-François Pernot prolonge la journée d’étude sur la géostratégie (n° 58) par un texte bref et dense sur la fortification dont il est l’un des meilleurs spécialistes. Jean Klein s’attache à l’actualité stratégique en évoquant les vicissitudes des relations franco-allemandes avec un constat pessimiste sur l’avenir de la soi-disant identité européenne en matière de sécurité et de défense. Enfin, Bernadette d’Armaillé présente un guide de recherches sur le désarmement qui devrait rendre les plus grands services. Hervé Coutau-Bégarie
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