Terrorismes
contemporains
La mesure du terrorisme
Editorial par Gérard
Chaliand
Le terme de terrorisme, en Occident
aujourd’hui, évoque surtout une agression extérieure destinée, par
le truchement d’une violence souvent aveugle, à influer sur la
politique d’un État en provoquant des victimes civiles. D’autres
cas de figure se manifestent, telle la secte millénariste japonaise Aum
qui a commis un attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo (1995) et
les milices d’extrême-droite américaines qui ont fait sauter le bâtiment
fédéral d’Oklahoma City (1995). On se souvient également des
groupuscules politiques des années soixante-dix : Brigades rouges
italiennes, Rote Armee Fraktion ou Action Directe. On peut également
citer des mouvements politiques comme l’IRA ou l’ETA, voire le
mimodrame à dynamique mafieuse des organisations corses.
Pourtant, les terrorismes ne se
limitent pas à ces manifestations, la plupart transnationales,
provoquant un nombre de victimes relativement modeste.
Ils concernent, d’une part, des
mouvements ethniques ou religieux, souvent d’une épaisseur sociale
non négligeable, qui utilisent la stratégie du sabotage ou de
l’attentat (ciblé ou non) comme recours du faible au fort et,
d’autre part, des politiques répressives d’État, la plupart non démocratiques
et dont les capacités de rétorsion dépassent très largement celles
des mouvements insurrectionnels ; en chiffre de victimes, la
terreur d’État l’emporte presque toujours. Peut-être, à cet égard,
l’Algérie constitue-t-elle une exception - encore qu’il soit
difficile de déterminer avec certitude l’origine de certains de ces
actes ; le GIA étêté et émietté - qui, contrairement aux
apparences, est en perte de vitesse, cherche à s’imposer par un excès
d’horreur dont une des conséquences est de susciter des réactions
internationales. Mais le discrédit de ce mouvement va croissant dans le
pays, ce qui est dans l’intérêt de l’État algérien même si
celui-ci paraît ne pas assurer la sécurité des populations.
Quant au terme de terreur, faut-il
rappeler qu’il trouve son origine lors de la Révolution française et
que, si l’usage de la terreur est de terroriser, l’acte de terreur
majeur du XXe siècle est probablement Hiroshima.
En marge de sectes aberrantes ou de
groupuscules condamnés à rester des avant-gardes autoproclamés, le phénomène
terroriste est essentiellement un phénomène politique où le faible
exprime son refus de la domination du fort et de la violence exercée
par l’État qui serait la seule légitime.
Le présent numéro se borne surtout à
refléter la perception occidentale et le légitime souci des États démocratiques
de sauvegarder leur sécurité.
Gérard Chaliand