Institut de Stratégie et des Conflits - Commission Française d'Histoire Militaire

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"Terrorismes contemporains" - n°66 - 67

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Terrorismes contemporains

La mesure du terrorisme

Editorial par Gérard Chaliand

 

Le terme de terrorisme, en Occident aujourd’hui, évoque surtout une agression extérieure destinée, par le truchement d’une violence souvent aveugle, à influer sur la politique d’un État en provoquant des victimes civiles. D’autres cas de figure se manifestent, telle la secte millénariste japonaise Aum qui a commis un attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo (1995) et les milices d’extrême-droite américaines qui ont fait sauter le bâtiment fédéral d’Oklahoma City (1995). On se souvient également des groupuscules politiques des années soixante-dix : Brigades rouges italiennes, Rote Armee Fraktion ou Action Directe. On peut également citer des mouvements politiques comme l’IRA ou l’ETA, voire le mimodrame à dynamique mafieuse des organisations corses.

Pourtant, les terrorismes ne se limitent pas à ces manifestations, la plupart transnationales, provoquant un nombre de victimes relativement modeste.

Ils concernent, d’une part, des mouvements ethniques ou religieux, souvent d’une épaisseur sociale non négligeable, qui utilisent la stratégie du sabotage ou de l’attentat (ciblé ou non) comme recours du faible au fort et, d’autre part, des politiques répressives d’État, la plupart non démocratiques et dont les capacités de rétorsion dépassent très largement celles des mouvements insurrectionnels ; en chiffre de victimes, la terreur d’État l’emporte presque toujours. Peut-être, à cet égard, l’Algérie constitue-t-elle une exception - encore qu’il soit difficile de déterminer avec certitude l’origine de certains de ces actes ; le GIA étêté et émietté - qui, contrairement aux apparences, est en perte de vitesse, cherche à s’imposer par un excès d’horreur dont une des conséquences est de susciter des réactions internationales. Mais le discrédit de ce mouvement va croissant dans le pays, ce qui est dans l’intérêt de l’État algérien même si celui-ci paraît ne pas assurer la sécurité des populations.

Quant au terme de terreur, faut-il rappeler qu’il trouve son origine lors de la Révolution française et que, si l’usage de la terreur est de terroriser, l’acte de terreur majeur du XXe siècle est probablement Hiroshima.

En marge de sectes aberrantes ou de groupuscules condamnés à rester des avant-gardes autoproclamés, le phénomène terroriste est essentiellement un phénomène politique où le faible exprime son refus de la domination du fort et de la violence exercée par l’État qui serait la seule légitime.

Le présent numéro se borne surtout à refléter la perception occidentale et le légitime souci des États démocratiques de sauvegarder leur sécurité.

Gérard Chaliand

 

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