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  "La guerre du Kosovo" - n°74 - 75

   Sommaire

 

Sommaire

F. Caron La gestion des conflits

F. Ramel L’union européenne au regard du Kosovo : un sisyphe à la puissance étriquée

A. Novosseloff L’Onu dans la crise du Kosovo : une absence volontaire et souhaitée par les États-Unis

F. Géré L’OTAN dans la troisième guerre de démembrement de la Yougoslavie

I. McLeer L’intervention de l’Otan au Kosovo au regard du droit international

Histoire et stratégie

P.-M. Chevereau L’art et la science militaires dans l’Égypte ancienne

P. Boulanger Permanences et mutations de la conscription au lendemain de la première guerre mondiale

Compte rendu de lecture

Jean-Alphonse Bernard L'inde et la pensée stratégique

"La guerre du Kosovo"

Editorial

La guerre du kosovo ou l’escalade tous azimuts…

Comme on pouvait s’y attendre, la guerre du Kosovo a suscité un flot de commentaires et d’analyses, parfois solides et argumentées, souvent approximatives et polémiques. Le présent numéro de Stratégique voudrait apporter sa contribution au débat, tout en étant bien conscient que la distinction entre les deux catégories n’est pas toujours évidente. Plus encore que la guerre du Golfe, la guerre du Kosovo a soulevé les passions, probablement parce qu’elle se déroule au cœur de notre vieille Europe qui se croyait dorénavant immunisée contre les guerres. Les opérations extérieures étaient, jusqu’aux années 90, l’apanage de l’outre-mer et le choc fut réel lorsque la désintégration de la Yougoslavie a enclenché un engrenage qui s’est traduit par une succession de conflits, d’abord entre la Serbie et la Croatie (l’indépendance de la Slovénie ayant été obtenue sans trop de heurts), puis en Bosnie avec une guerre entre communautés (on hésite à parler de guerre civile), particulièrement longue et sanglante, qui entraîna une intervention de l’OTAN et de l’ONU, et finalement au Kosovo qui a vu une escalade sur tous les plans.

Escalade juridique

Escalade juridique, si l’on ose dire, avec l’affranchissement de la tutelle de l’ONU. Alors que celle-ci avait cautionné la guerre contre l’Irak, elle n’a pas eu à se prononcer sur le principe de l’intervention contre la Serbie, ce qui pose d’ailleurs le problème de la licéité de cette intervention au regard du droit international. La question est redoutable et peut difficilement être éludée.

Le professeur Serge Sur, après avoir analysé sans trop de difficultés “l’irrégularité apparente” de l’intervention au regard du droit international, “très visible au premier regard”, a essayé “de sortir de l’irrégularité juridique apparente en se fondant sur la notion d’intervention d’humanité”. Sa démonstration, d’une science juridique impeccable, est un peu embarrassée et lui-même est obligé de reconnaître que “sous ce nom, ou avec ce type d’argumentation, on peut pratiquer toutes sortes d’interventions, qui seraient en fait de véritables agressions”[1]. Dans des régions comme les Balkans, les situations géopolitiques sont particuliè­rement compliquées, chaque partie peut se prévaloir de “droits historiques” et a été, selon les périodes et les rapports de forces, tantôt persécuteur, tantôt persécuté[2]. Dans les Balkans, les inno­cents sont rares et la mort n’inspire pas la même répulsion que dans l’Europe occidentale postmoderne[3].

Au-delà de la question du principe se pose l’adéquation de l’intervention au regard de l’objectif humanitaire qui la fonde. En l’espèce, il est possible de soutenir que l’intervention a amélioré le sort de la population albanaise qui était en butte à une persé­cution réelle, même si cette amélioration n’a pu être obtenue qu’après un exode massif qui a été la conséquence et non la cause de l’intervention, et même si cette persécution a été démesurément amplifiée par les médias, qui ne s’intéressaient guère à l’exode inexorable des Serbes dans les années 80 face aux tracasseries et aux menaces de la part des Albanais (le patriarcat de Pesc avait été incendié par des activistes albanais en 1981).

Il est néanmoins permis de se demander si l’objectif huma­nitaire a été véritablement atteint, dès lors que l’amélioration du sort de la population albanaise a entraîné une persécution de la population serbe condamnée, après la fin de l’intervention, à un exode massif, probablement durable, et soumise, pour la partie qui demeure sur place, à des tracas ou des menaces de tous ordres qui font que rares sont ceux qui réussiront finalement à se maintenir.

Escalade militaire

Le droit n’ayant pas suffi à régler le litige, on a logiquement fait appel à la force. à l’escalade juridique a succédé l’escalade militaire. Escalade rendue nécessaire par une sous-estimation stupéfiante de l’adversaire. L’idée commune, ou plutôt l’illusion, était que quelques frappes symboliques, quelques démonstrations d’avertissement, suffiraient à faire plier Milosevic ou à soulever le peuple serbe contre lui. Ce n’était, disait-on, qu’une question de jours, pas de semaines.

Cette vision simpliste s’est brisée sur la résistance farouche d’un peuple, qui en avait vu bien d’autres au cours du xxe siècle. Il a vite fallu constater que les premières frappes ne produisaient pas l’effet escompté. Le porte-parole du quartier général de l’OTAN a alors mis en avant les mauvaises conditions météorolo­giques et le souci d’éviter les dommages collatéraux pour justifier ce relatif insuccès. Il démontrait, ainsi, sans le vouloir, que la friction, si bien théorisée par Clausewitz, n’est nullement éliminée par la révolution dans les affaires militaires censée transformer la guerre en processus purement technique. Il a donc fallu s’engager dans la voie de l’escalade.

Escalade dans les moyens, avec l’engagement d’avions toujours plus nombreux : de 300 on est finalement arrivé à près de 1 000 appareils, dont des B52 et des B1. ce sont au total, plus de 30 000 sorties qui ont été effectuées, dont un tiers en bombar­dement, le reste se décomposant en alerte de reconnaissance (10 %), ravitaillement (25 %), supériorité aérienne (20 %), attaque des sites de défense aérienne serbes (15 %). Les premières muni­tions utilisées, qui avaient, paraît-il, des effets collatéraux réduits, ont cédé la place à des armes plus lourdes, donc plus meurtrières : des bombes à fragmentation, conçues pour tuer, ont été utilisées.

Escalade dans l’intensité, avec une cadence de plus en plus soutenue (quelques dizaines de sorties par jour au début, 300 à 500 à la fin) et des objectifs de plus en plus nombreux : alors qu’il était question, au départ, de n’attaquer que le potentiel militaire serbe au Kosovo (phase 2), il a fallu progressivement viser des objectifs civils, d’abord symboliques, par exemple des biens appartenant à la famille Milosevic ou les sièges de grandes administrations, pour s’en prendre finalement à l’ensemble des infrastructures surtout le territoire de la RFY, non seulement militaires mais également civiles : ponts (les ponts du Danube sont bombardés dès la première semaine d’avril), raffineries de pétrole ou centrales électriques (phase 3 ; noter que celle-ci n’a jamais été officiellement décidée par le Conseil de l’Atlantique Nord)). L’ensemble du peuple serbe a donc finalement été visé et traité en ennemi. Certains auraient même été plus loin : Zbigniew Brzezinski, littéralement enragé, a plaidé pour une guerre totale[4]. Les dommages collatéraux, que l’on prétendait éviter, ont été très importants, entraînant une régression spectaculaire et durable des conditions de vie des Serbes, ainsi que des pertes civiles certes limitées, mais qui ne seraient pas loin d’égaler le nombre des victimes albanaises de la répression serbe au Kosovo.

Le bilan est donc, pour le moins, discutable, franchement négatif pour ce qui concerne l’attaque des forces serbes au Kosovo : le potentiel de l’armée serbe n’a pas été détruit, il a seulement été entamé. Le nombre de chars détruits est infime, peut-être treize, chiffre dérisoire, sinon carrément grotesque, au regard de l’arse­nal déployé. Le succès stratégique final (Milosevic a plié) a permis d’occulter un échec opératif, que l’US Air Force a soigneusement essayé de dissimuler, avant que Newsweek ne révèle les vrais chiffres dans un article retentissant. Il n’y a pas eu de répétition du scénario de la guerre du Golfe, tout simplement parce que le terrain ne s’y prêtait pas : des zones montagneuses et boisées ne sont pas aussi favorables à l’attaque que le désert qui n’offre guère d’abris, et les Serbes ont su utiliser des techniques ancestrales de dissimulation qui ont donné de bons résultats. Le facteur géogra­phique, que l’on avait un peu vite relégué au second plan, est venu partiellement atténuer l’impact du facteur technique et montrer les limites du “tout aérien”, relançant la controverse doctrinale. En témoignent les critiques très directes contre les choix opéra­tionnels de l’OTAN dans le rapport de la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale, présenté en décembre par MM. Quilès et Lamy. Les chefs de l’US Air Force ont cherché un bouc émissaire et ont critiqué les interventions alliées, notamment françaises (la France s’est opposée à la destruction des ponts de Belgrade), qui ont empêché la puissance aérienne de s’exercer pleinement. Ils auraient bien fait comme en Irak, que le général Dugan voulait “ramener à l’âge de la pierre”. Mais il ne faut pas confondre la stratégie et une entreprise de démolition.

Cette escalade dans l’intensité s’est logiquement accompagnée d’une escalade dans le temps : au lieu des quelques jours annon­cés, ce sont près de trois mois (du 24 mars au 10 juin) qui ont été nécessaires pour obtenir la capitulation serbe. Le constat rejoint celui que l’on pouvait déjà faire après la guerre du Golfe : l’Irak avait été mis à genoux, mais après un mois de bombardements alors que les prévisions initiales de la cellule Chekmate tablaient sur une campagne de six jours[5]. Le bombardement aérien continue à relever de la stratégie d’usure et non de la stratégie d’anéantis­sement (entendue dans son sens premier, clausewitzien : destruc­tion des moyens ou de la volonté adverses par un coup brutal et décisif). Le parti le plus faible encaisse les coups sans les rendre, mais il peut tenir longtemps en adoptant un “profil bas”. La défense anti-aérienne n’était activée que par intermittences, ce qui lui a permis d’échapper à la destruction et d’exercer un effet dissuasif jusqu’à la fin. La phase 1, qui devait la neutraliser, a manqué son but, alors qu’à la fin de la première semaine de frappes, on pensait que la menace des missiles serait annihilée d’ici quelques jours[6].

Escalade médiatique

La capitulation serbe n’a nullement été inconditionnelle : certaines des clauses les plus humiliantes des accords de Rambouillet ont dû être discrètement abandonnées par l’OTAN, notamment la libre circulation et la libre utilisation des infrastructures sur tout le territoire yougoslave par les forces de l’OTAN ; le principe d’un référendum d’autodétermination n’a pas été formellement repris et le mot indépendance du Kosovo n’a pas été prononcé.

Solution bancale alors que l’on a assisté à une escalade médiatique dans laquelle se sont combinées l’auto-intoxication et la désinformation à un degré rarement atteint. Les “intellectuels engagés” et nombre de journalistes se sont livrés à des diatribes, parfois proches de l’hystérie, et à des commentaires aussi légers ou grotesques[7] que ceux de leurs prédécesseurs de 1914 dont on se gausse encore. Il est vrai qu’ils y étaient encouragés par des discours officiels, catégoriques dans la désignation du Mal et la description de l’horreur. Le secrétaire à la Défense William Cohen faisait état, le 16 mai, de près de 100 000 victimes albanaises.

Le mécanisme de criminalisation de l’ennemi, diagnostiqué par Carl Schmitt bien avant les débordements actuels[8], a fonctionné à la perfection, amplifié par la manipulation de l’UCK qui constituera, à l’avenir, un modèle : diffusion de fausses informations (Rugova assassiné), de photographies truquées (les fameux charniers, souvent inventés), campagnes autour de faits déformés (le “massacre” de Racak, en janvier, semble bien être, en fait, le résultat d’un combat entre l’armée serbe et l’UCK, savam­ment mis en scène par celle-ci). L’OTAN a complaisamment relayé ces informations et y a même ajouté quelques manipulations, comme celle consistant à justifier la destruction accidentelle d’un train civil au moyen d’un film projeté au triple de sa vitesse normale “par suite d’une altération technique”[9]. Un officier du QG de l’OTAN l’a dit avec une franchise cynique : “Pour les bavures nous avions une tactique assez efficace… Afin d’anesthé­sier les opinions, nous disions que nous menions une enquête et nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste”[10].

Dès la fin des opérations, il a fallu, comme pour les résultats des frappes, revoir les estimations à la baisse. Bernard Kouchner, peu après sa nomination comme haut-commissaire des Nations-Unies pour le Kosovo, parlait de 11 000 victimes. Il se faisait aussitôt reprendre par le tribunal pénal international qui déclarait s’en tenir, pour sa part, à 343 victimes identifiées. Au printemps 2000, on en était à 2 000 morts et il est à peu près certain que le chiffre définitif oscillera entre 4 et 5 000. c’est beaucoup, l’horreur est réelle, mais on est tout de même très loin du génocide. L’accusation sera discrètement abandonnée et Milosevic inculpé sous le chef, plus général, de crimes contre l’humanité.

Un an après, l’unanimisme des media a fait place à des controverses plutôt aigres. Régis Debray règle ses comptes avec ceux qui l’avaient accusé de pactiser avec le Diable, simplement parce qu’il avait raconté ce qu’il avait vu au lieu de se joindre au chœur[11], tandis qu’une journaliste de Marianne épingle confraternellement les journalistes qui ont accueilli sans preuves les affirmations de l’OTAN ou de témoins albanais dûment chapitrés par l’UCK ou colporté l’histoire du fameux plan “Fer à cheval” qui n’était qu’un faux forgé par les services secrets allemands[12].

Escalade politique

La situation créée par cette guerre qui n’a pas voulu dire son nom va très au-delà de ce qui était initialement envisagé par tous les acteurs en présence. Une fois de plus, la dynamique des événements l’a emporté sur les calculs rationnels des acteurs. On ne peut pas ne pas relever le contraste flagrant entre l’impuissance ou au moins la réticence des États à faire pression de manière efficace sur la Serbie et le caractère radical de la solution qu’on a essayé de lui faire accepter par la diplomatie avant de lui imposer par la force. Les termes proposés par Mme Albright à Rambouillet n’étaient, ni plus ni moins, qu’un ultimatum et aboutissaient à une capitulation inconditionnelle de la Serbie qui se voyait non seulement enlever tout droit de regard sur le Kosovo, mais devait également accepter une quasi occupation militaire avec la libre circulation des forces de l’OTAN sur l’intégralité de son territoire. Il n’est pas étonnant que l’ultimatum ait été repoussé.

De telles exigences, disproportionnées par rapport au but poursuivi, sont bien de nature à relancer les interrogations sur les buts réels poursuivis par les États-Unis dans cette affaire. Le général Gallois n’y a pas manqué, les accusant de faire, une nouvelle fois, le jeu de l’islamisme au cœur même de l’Europe[13]. Le propos est, sans doute, excessif et il faut faire intervenir d’autres facteurs, notamment le syndrome de Munich, l’obsession de ne pas paraître une nouvelle fois capituler devant un dictateur, mais aussi une ignorance consternante de la complexité immémoriale de la tourbière balkanique. Le général Wesley Clark en a donné une ahurissante démonstration avec sa phrase étonnante sur l’avenir de l’Europe qui passe par le dépassement des anciennes nations homogènes appelées à céder la place à des états pluriethniques [14]. Simplement, à l’exode temporaire des Albanais a succédé celui, plus durable, des Serbes de la province. On a oublié, une fois de plus, “la spécificité des problématiques ethnico-politiques. L’universel dans ce domaine ne peut pas être constituant mais régulateur”[15].

Il est indiscutable que la conduite diplomatique de la crise à alterné les périodes d’attentes et d’activisme d’une manière quel­que peu irrationnelle, en tout cas cahotique. Les États-Unis ont fait la preuve de leur puissance, ont imposé leur solution, mais on peut se demander si leur victoire stratégique se transformera, à terme, en victoire politique ou s’ils n’ont pas chauffé encore un peu plus le brûlot balkanique. Que faire, en effet, du Kosovo main­tenant qu’il a toutes les chances d’échapper définitivement ou au moins durablement à la Serbie (dont il fut le cœur historique) ? Peut-il constituer un État indépendant, enclavé et exposé, ou va-t-il, ce qui paraîtrait logique, se rapprocher de l’Albanie pour don­ner corps au rêve de la Grande Albanie, mais alors avec le risque d’un éclatement de la Macédoine où la minorité albanaise s’agite, avec la perspective d’une réaction en chaîne aux conséquences incontrôlables ? Le succès stratégique s’accompagne d’une incerti­tude politique, c’est le moins que l’on puisse dire. Il vaudrait mieux parler d’impasse.

L’attitude des puissances autres que les États-Unis a été singulièrement effacée. Tous les membres de l’OTAN se sont alignés sur la position américaine. Les Européens ont déclaré qu’aucune frappe ne pouvait être lancée sans leur visa et ils ont obtenu l’abandon de certaines missions. Mais ce n’était vrai que dans le cadre de l’OTAN. Or, l’opération a été conduite par deux hiérarchies parallèles, l’une otanienne et l’autre purement américaine, si étroitement imbriquées qu’on ne peut les distinguer : le commandant suprême allié (SACEUR) est aussi commandant-en-chef des forces américaines en Europe (CINCEUR) ; à ce dernier titre, il semble bien qu’il ait ordonné des missions “US Only” sans en référer aux Alliés qui étaient mis devant le fait accompli[16]. La Russie s’en est tenue à quelques démonstrations verbales, sans aller au-delà, faute de moyens[17]. La Chine, après le mystérieux bombardement de son ambassade, a suscité quelques manifestations de rue, mais a apparemment accepté d’enterrer le dossier, moyennant son admission au sein de l’organisation mondiale du commerce qui a été entérinée dans les mois qui ont suivi.

Il faut bien poser ces questions puisque “la stratégie prépare la solution politique mais ne la conclut pas”[18]. Or, dans cette affaire, si la stratégie a été incertaine, la politique a été erratique.

***

Oui, décidément, la guerre du Kosovo a été une drôle de guerre mais dans un sens bien différent de celle de 1939-1940. Elle s’est terminée par une drôle de victoire dont l’ambiguïté a été publiquement sanctionnée par l’éviction, sans beaucoup d’égards, du général qui avait conduit les opérations. C’est tout le symbole d’une guerre qui n’a pas voulu dire son nom, d’une victoire qui n’en est pas une, d’une tragédie que l’on s’est efforcé d’endiguer pour mieux préparer la place à la suivante.

 

Hervé Coutau-Bégarie

 

 

 

 

P.S.     Ce numéro paraît avec un an de retard. C’est beau­coup, même pour une revue affligée d’un retard chronique. Initialement, il devait comporter deux articles supplémentaires consacrés aux aspects militaires de la guerre du Kosovo. Il fallait obtenir un visa, les auteurs occupant des fonctions officielles. Ce qui aurait dû n’être qu’une formalité a traîné pendant des mois, malgré maintes relances auprès de l’organisme concerné, avant d’aboutir à un refus dépourvu de la moindre explication. L’un des articles était relatif au débat aérien après la guerre du Kosovo… aux États-Unis. Le chemin vers une “pensée militaire libre” est décidément laborieux.



Notes

[1]        Serge Sur, “Aspects juridiques de l’intervention des pays membres de l’OTAN au Kosovo”, Défense nationale, décembre 1999, pp. 47-55.

[2]        Il suffit de lire Jean Nouzille, Paul Garde, Alain Ducellier pour voir que l’érudition n’est pas d’un grand secours pour y voir plus clair : les historiens ne sont d’accord sur rien ou presque.

[3]        Le film célèbre de Kusturicá, Underground, fait bien ressortir cette violence “tellurique” que l’on retrouve dans beaucoup de sociétés traditionnelles.

[4]        “Guerre totale contre Milosevic”, Le Monde, 17 avril 1999.

[5]        Alan D. Zimm, “Desert Storm”, Kosovo and “Doctrinal Schizophrenia”, Strategic Review, hiver 2000, p. 33.

[6]        Jean-Dominique Merchet,Huit bombes en six nuits”, Libération, 31 mars 1999.

[7]        Cf. le florilège consternant réuni par David Mathieu, Bombes et bobards, Lausanne, L’Âge d’homme, 2000.

[8]        Cf. David Cumin, “L’ennemi dans les relations internationales. Le point de vue de Carl Schmitt”, Stratégique, 72, 1998-4, pp. 181-183.

[9]        Le Monde, 8 janvier 2000.

[10]      Serge Halimi et Dominique Vidal, L’opinion, ça se travaille…, Marseille, Agone, 2000.

[11]      Régis Debray, L’Emprise, Paris, Gallimard, 2000 ; et le n° 8 de ses Cahiers de médiologie, automne 1999.

[12]      Élisabeth Lévy, “Kosovo : l’insoutenable légèreté de l’information”, Le Débat, 109, mars-avril 2000.

[13]      Dans le même sens, Alexandre Del Valle, Guerres contre l’Europe : Bosnie, Kosovo, Tchétchénie, Paris, Éditions des Syrtes, 2000.

[14]      CNN, 19/2/1999. Reuters 19/02/1999, 18 h 24.

[15]      Paul Ricoeur, La critique et la conviction, Paris, Calmann-Lévy, 1995, p. 103.

[16]      D’après Michael Ignatieff, “The Virtual Commander : How NATO Invented a New Kind of War”, The New Yorker, 2 août 1999 ; confirmé lors d’entretiens au Congrès international d’histoire militaire, Stockholm, août 2000.

[17]      Elle n’a pu déployer qu’un navire de renseignements en mer Adriatique.

[18]      Jean-Paul Charnay, “Évolution des doctrines sur la fonction straté­gique : négation et raison stratégique”, Stratégie, 7, 1966-1, p. 16.

 

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