Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

Comte V.D.S.G. 

 

Abrégé de la théorie militaire 

 

Auguste Majesté

 

Un zèle peut-être trop ardent me conduit jusqu’au Trône de Votre Majesté, pour lui offrir très humblement cet Abrégé de la Théorie Militaire.

Je sais combien mes efforts sont téméraires ; mais j’espère que la clémence de Votre Majesté pardonnera la té­mérité d’un vol aussi rapide, et qu’elle daignera regarder gracieusement un ouvrage composé pour le bien du Service.

Il est un temps calme qui succède à la tempête, où l’étude doit tenir lieu d’action ; elle unit l’adresse avec la force, en apprenant aux Militaires zélés à cultiver les lau­riers qui croissent dans les champs de Mars, et à se rendre dignes des grâces de leurs Augustes Souverains.

Parmi les grandes qualités que l’Europe attentive dé­couvre en la personne de Votre Auguste Majesté, elle aper­çoit une inclination martiale qui fait la sûreté de ses sujets et promet un règne glorieux.

Peut-on moins attendre d’un Prince, issu d’un sang fé­cond en Héros, qui fait l’ornement et l’amiration de ce siècle, et dont les occupations journalières sont d’écouter ses Peu­ples et de les rendre heureux. Sensibles encore à la perte récente qu’ils viennent de faire, ils n’ouvrent les yeux que pour admirer en Votre Majesté les vertus qui ont caractérisé ses Augustes Ancêtres.

Leurs soupirs deviennent des vœux pour la gloire d’un règne qui leur est précieux : plaise au Ciel de les bénir, et de faire renaître le siècle d’Auguste et de Trajan sous les auspi­ces de Votre Majesté.


 

Avant-propos

 

 

J’ai été témoin de l’avidité avec laquelle plusieurs Of­ficiers, par un désir louable de s’instruire, ont recherché la première édition d’un livre qui a paru à Dresde, intitulé Ins­truction du Roi de Prusse pour ses Généraux. J’ai admiré cette curiosité qui découvrait en eux un penchant pour les connaissances qui leur sont propres, dans un temps où le bruit des armes et les occupations de la Campagne sem­blaient devoir les détourner d’une étude sérieuse. Les ré­flexions que j’ai faites là-dessus, m’ont porté à détailler plus amplement ces maximes de Guerre, de les expliquer et de les mettre à portée d’être comprises par de jeunes Officiers, que l’expérience n’éclaire pas encore assez pour pouvoir appro­fondir ces matières.

Je crois que cet abrégé suffira pour leur donner une idée parfaite de leur métier et pour les mettre en état de s’acquitter avec avantage des différentes expéditions dont ils peuvent être chargés dans la suite. J’ai ajouté plusieurs Ar­ticles qui ne se trouvent pas dans les Instructions Prussien­nes, et qui ne seront pas de trop ici.

Si je réussis dans le but que je me suis proposé, cette Abrégé soulagera la mémoire de ceux que la longueur et la variété des préceptes de Monsieur le Chevalier Folard aura égarés. Cet Auteur illustre et savant a mérité à juste titre la première place dans la Bibliothèque des Généraux ; mais ses matières trop étendues fatiguent l’application d’un Officier qui n’a qu’une teinture fort légère des opérations de la Guerre.

J’ai cité pour exemple plusieurs faits récents qu’on a vus, ou dont on a entendu parler. J’ai laissé reposer les Hé­ros de la Grèce et de Rome : ils me pardonneront de n’avoir pas toujours cru nécessaire de recourir à l’antiquité, pour appuyer les principes de la Guerre qui se fait aujourd’hui avec tant d’éclat. Le peu de ressemblance de nos armes avec les leurs, a produit quelques changements dans notre Tacti­que ; et si ces Héros renaissaient dans ce siècle, ils trouve­raient certainement plusieurs choses nouvelles à apprendre. Ils ne conduiraient pas leurs Guerres offensives avec la même facilité ; ils verraient partout des Armées aguerries et disciplinées, des Généraux en état de les commander, ils trouveraient des murs que leurs Béliers n’abattraient pas, des souterrains qui engloutiraient leurs approches, et des feux croisés qui éclairciraient furieusement leur Phalange, avant qu’elle ne fût en état de choquer. Ces illustres prédé­cesseurs nous ont cependant laissé de grands exemples à suivre ; l’Histoire de ces temps, remplie de traits politiques et militaires, méritera toujours l’admiration des hommes.

Il est avantageux d’apprendre de bonne heure le mé­tier des armes ; cette connaissance est nécessaire à un Offi­cier qui veut paraître dans une carrière aussi glorieuse, où le moindre faux pas est dangereux et nuisible à l’État. La science doit précéder les emplois ; et il faut premièrement se rendre capable d’une chose, avant que de chercher à la pos­séder. Il est trop tard, lorsque parvenu à un grade supérieur et chargé d’une commission difficile qu’on ne comprend pas, de vouloir étudier ce qu’on aurait dû connaître auparavant ; on regrette alors le temps qu’on a perdu, l’exécution en souf­fre ; on marche dans les ténèbres, et on en sort toujours dupe. Mais ces connaissances ne doivent pas aveugler un Officier sur les devoirs de son caractère : il doit faire cas des moindres choses qui regardent le Service ; elles portent à de grandes conséquences. C’est par l’application à son devoir qu’il doit mériter de parvenir à un rang qui fasse paraître avec éclat ses autres belles qualités. Il faut qu’il apprenne à obéir et qu’il observe scrupuleusement les lois de la subordi­nation ; qu’il se fasse estimer des supérieurs, aimer et res­pecter des inférieurs. Il doit posséder l’exercice, c’est une partie intéressante de la Tactique. Mais comme cette étude devient dans la suite une occupation de quelques heures pendant la journée, il est bon de savoir employer son temps, et de s’occuper d’autres matières solides.

Il est certain qu’il y aurait de la honte d’ignorer le dé­tail journalier du Service ; mais il n’est pas moins vrai que celui qui n’a pas poussé son application plus loin, sût-il même tout le Règlement par cœur, sera fort embarrassé lorsqu’il se trouvera dans l’occasion, pendant le cours d’une Campagne, d’agir par ses propres lumières.

Ce qui se fient à l’expérience, qui n’est qu’une routine, sont souvent trompés : elle ne peut suffire seule aux ruses et aux maximes de la Guerre, et n’a jamais été que la vertu des ignorants : il faut y joindre la théorie ; alors on peut agir et penser avec justesse. Cette dernière qualité détruit les pré­jugés militaires ; elle prévient l’âge, forme le jugement ; elle dirige les actions des hommes sur des règles certaines ; elle fournit des ressources abondantes, pénètre et prévient les desseins les plus cachés. L’application produit cette fermeté d’esprit si nécessaire à la Guerre, qui fait qu’on connaît et qu’on n’abandonne jamais ses avantages, qu’on sait se retirer avec honneur des occasions plus dangereuses, et qu’on trouve facile et praticable ce que d’autres moins éclairés croient impossible. De cette application naît la prudence, le sang-froid et le coup d’œil ; par elle le téméraire devient pré­voyant, le timide devient hardi, et le présomptueux devient sage et modéré : enfin elle forme les grands hommes et les Héros.

Ne désespérez pas sur les secours de l’art,

La sagesse toujours triomphe du hasard.

Philosophe de Sans-souci
Art de la Guerre, chant. II.

Plusieurs articles de ce livre paraîtront trop longs à ceux qui cherchent à s’amuser par la lecture ; mais ils n’ennuieront pas d’autres qui veulent s’instruire. Je n’ai rien épargné pour le rendre digne du temps que mon lecteur em­ploiera à le lire. Je souhaite qu’il contribue à lui ouvrir des connaissances nécessaires à notre métier, et qu’il se voie dans le cas de pratiquer avantageusement les maximes qu’il renferme et qui sont conformes à celles que plusieurs Au­teurs illustres nous ont laissées sur la Guerre.

L’étude de l’Histoire aide encore beaucoup à remplir avec distinction les Emplois militaires et à former l’esprit et le jugement d’un Officier, qui veut parvenir et mériter par son application des grades supérieurs. C’est un miroir fidèle qui représente des choses qui nous étaient inconnues, un ta­bleau où les vertus et les vices sont dépeints par la main du temps qui développe les secrets les plus cachés : on y admire les qualités qui forment les grands hommes, les causes de leurs succès et les moyens qu’ils ont employés pour se les procurer. On y découvre des abîmes qu’il faut éviter ; la feinte, les trahisons, les ruses et l’effet de la jalousie ; on ap­prend à les détourner et à surmonter les obstacles : on voit par le passé ce qui arrivera : l’expérience de nos ancêtres nous montre à régler l’avenir et à se comporter avec les vi­vants.

Je ne suis pas entré dans les détails qui regardent le service journalier, dont on peut s’instruire dans le Règle­ment militaire que tout Officier doit observer et connaître.

Je serai heureux d’avoir employé avantageusement mon temps et d’avoir recueilli dans ce volume ce qu’une lon­gue étude, quelque expérience et beaucoup de réflexions m’ont appris d’intéressant, si je puis satisfaire mon lecteur et mériter son approbation.

 

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