Le sort
de la Guerre, la gloire des armes, la perte ou l’agrandissement des États,
dépendent du succès des combats. Des avantages pareils méritent un
soin particulier et des efforts extraordinaires de ceux qui ont part à
cette journée. C’est ici où le mérite des généraux, la conduite
des Officiers, et la valeur du soldat paraissent dans leur plus grand
jour ; et l’Europe attentive sur ce qui précède et suit la Bataille,
et sur la façon dont on s’est comporté pendant l’Action, loue et
condamne les Armées sur la relation d’une journée aussi intéressante.
La postérité même admire ces Actions d’éclat, et accorde
l’immortalité aux heureux succès.
Plusieurs
raisons déterminent à une Action générale : un des deux partis y
est souvent forcé pour donner une autre face aux affaires, lorsqu’on
veut pénétrer dans le pays Ennemi, ou [153] empêcher qu’il
n’entre dans les États du Souverain ; lorsque l’Ennemi s’est
affaibli par des diversions trop fortes ; lorsqu’il importe de lui
ôter une position avantageuse ; quand on a des ordres exprès de
chercher l’occasion favorable pour combattre, ou quand on ne peut l’éviter.
Le Duc d’Albe Général des Armées d’Espagne sous Philippe II, parle
à ce sujet en ces termes : On cherche à donner Bataille lorsqu’il
s’agit de secourir une place forte qui est réduite à l’extrémité,
et qui fait la sûreté d’un pays ; lorsque l’Ennemi doit
recevoir des secours qui le rendraient supérieur ; lorsqu’au
commencement d’une Guerre on veut donner de la réputation à ses armes,
retenir ses alliés, empêcher les Ennemis couverts de se déclarer ;
lorsque la fortune constante a tellement rebuté les Ennemis, qu’ils
n’osent plus tenir ; enfin lorsque pressé par la famine ou les
maladies, et enfermé de toute part, il faut mourir ou vaincre.
Les
Batailles se réduisent à attaquer l’Ennemi ou l’attendre de pied
ferme. Je ne disputerai pas lequel est le plus avantageux :
l’attaque offre quelque chose de plus hardi et facile ; et la défense
paraît avoir plus de solide dans plusieurs occasions. Je crois que ces
deux maximes différentes sont également bonnes, puisque plusieurs grands
généraux les ont employées alternativement, et qu’il n’y a que les
circonstances qui doivent leur donner quelque préférence. Il y a des
temps où il est nécessaire d’attendre l’Ennemi [154] dans son camp :
il y en a d’autres où il faut le prévenir et l’attaquer. Je parlerai
seulement des maximes dont on s’est servi jusqu’à présent dans
l’attaque ainsi que dans la défense.
On
dirige le plus souvent ses efforts vers une des Ailes de l’Armée
ennemie, afin de gagner le terrain qu’elle occupe pour prendre ensuite
le reste des Troupes en flanc. Cette méthode est fort ancienne, et décide
ordinairement de la Bataille, si on peut se soutenir sur le terrain que
l’Ennemi a abandonné.
Le roi
de Prusse propose différents ordres de Bataille, et donne la préférence
à cette façon d’attaquer, comme la plus prompte et la plus aisée. La
bonne discipline de ses Troupes exercées à toutes les manœuvres de la
Guerre, et l’intelligence de ses Officiers lui ont souvent rendu ces premiers
avantages décisifs.
On
attaque quelquefois les deux Ailes en même temps pour partager
l’attention de l’Ennemi et l’empêcher de renforcer une partie par
des Troupes qu’il peut retirer d’une autre : mais l’attaque
principale est contre celle dont le terrain offre le plus d’avantage dès
qu’on s’en est rendu maître. Il y a des généraux qui préfèrent
souvent l’attaque du Centre quand il est praticable, tandis qu’ils
tiennent les Ailes en échec ; ce qui semble promettre une déroute
complète, si on peut profiter assez tôt de l’ouverture qu’offre un
Centre séparé de ses Ailes. Je ne déciderai pas non plus laquelle de
ces trois [155] différentes attaques est la meilleure : le terrain
et la disposition des Ennemis peut en déterminer le choix ; le coup
d’œil et la connaissance parfaite de sa situation règlent le plan
d’attaque qui doit s’exécuter par une manœuvre prompte et savante :
celle qui est la moins sujette à la confusion est toujours préférable.
C’est une règle Générale de faire soutenir les Corps qui plient
pendant l’attaque, lesquels doivent se rallier le plutôt possible pour
retourner au feu, ou rendre compte de leur conduite après l’Action, laquelle
doit être examinée sans partialité, mais avec la dernière sévérité.
La
Cavalerie destinée pour attaquer, et celle qui doit soutenir, se place
dans les lieux qui favorisent les efforts qu’on attend d’elle. La
grosse Artillerie, fort incommode pendant l’attaque, occupe
ordinairement quelque hauteur pour battre l’Ennemi en flanc, elle doit
être soutenue, et faire un feu continuel, tandis que l’Armée
s’avance et se dispose à attaquer.
Celui
qui attaque doit marcher vivement et joindre l’Ennemi, c’est le plus
grand avantage d’un assaillant ; car s’il s’amuse à tirailler
de pied ferme, il n’avance pas ; et l’avantage reste dès lors du
côté de celui qui se défend et qui occupe un poste avantageux.
Dès
qu’on a repoussé une partie des Troupes qui sont opposées, et que
l’Ennemi abandonne son terrain, on avance vivement pour se former
ensuite, et prendre les précautions nécessaires [156] pour se soutenir.
On se sert avantageusement de la Cavalerie pour augmenter la confusion
et empêcher le ralliement, tandis que l’Infanterie marche dans le
plus grand ordre, pour s’opposer au secours que l’Ennemi pourrait
envoyer et pour prendre en flanc et en queue ce qui tient ferme.
Sitôt
que l’Ennemi est battu à une de ses Ailes, il est naturel de faire
attaquer en front le Centre de son Armée, s’il est abordable, afin de
seconder les Troupes victorieuses qui attaquent en flanc, et l’empêcher
de tirer aucun secours de son Centre. Cette seconde attaque ne dure pas
longtemps et décide de l’Action.
Quand
une Aile de l’Armée est attaquée en forme avec des forces supérieures,
l’Ennemi ne paraît avoir de meilleure ressource que de prendre en flanc
les Troupes qui l’attaquent ; et pour exécuter ce mouvement, il
doit tirer des Régiments de la seconde ligne, ou faire marcher la réserve ;
ce qui demande du temps : c’est pourquoi il est nécessaire de le
prévenir en avançant vigoureusement et en rompant les premiers obstacles
par une attaque bien soutenue. On fait encore marcher des Troupes pour
s’opposer assez tôt aux coups de côté ; elles tâchent de gagner
le derrière de l’Ennemi.
C’est
un effet ordinaire de la prudence des généraux qui attaquent, de former
l’ordre de Bataille, et de partager leurs Colonnes, de sorte qu’en
avançant et commençant à se former, l’Ennemi [157] ne puisse assez tôt
deviner l’endroit où il a résolu de pénétrer ; laquelle
incertitude l’oblige à partager ses forces, et à se précautionner
partout. S’il affaiblit ensuite quelque endroit qui n’est pas attaqué,
pour renforcer la partie qui est entamée, on ne perd pas de temps pour entamer
ces endroits dégarnis : on se sert avantageusement d’une partie de
la seconde ligne ou de la réserve pour seconder les efforts de
diversion qui réussissent souvent et facilitent le succès d’une
autre attaque qui rencontre alors moins de résistance.
On évite,
le plus qu’il est possible, de perdre du temps à manœuvrer pour se
mettre en Bataille, à moins qu’on n’ait dessein de tromper l’Ennemi ;
sans quoi l’ordre de marche et les mesures prises d’avance par rapport
au terrain, doivent faciliter ce mouvement, qui expose une partie de
l’Armée à une longue et vive canonnade ; outre que ce retardement
donne occasion à l’Ennemi de faire quelque changement dans sa
disposition et de profiter du temps qu’on perd. Il y a des généraux
qui préfèrent d’attaquer avec une partie des Troupes avant que toute
l’Armée ne soit formée en Bataille.
Je
crois que tout ordre de Bataille est bon, s’il répond au terrain
qu’on doit occuper, à la situation, et aux dispositions de
l’Ennemi, et si l’ordre de marche facilite les évolutions aux différents
Corps pour attaquer sans confusion. Il est de la dernière importance pour
les Officiers de faire exécuter promptement les ordres des [158] généraux,
et d’obliger le soldat de faire son devoir pendant l’Action ; car
les meilleures dispositions sont inutiles, si la valeur des Troupes ne
rompt les obstacles qui leur sont opposés, et ne fait ce qu’on peut
humainement attendre d’eux.
César
battit Pompée à Pharsale, et subjugua dans cette journée l’Empire
romain : il n’est pas nécessaire de chercher des défauts dans
l’ordre de Bataille de ces deux grands généraux consommés dans le métier
des armes, et dont les actions avaient toujours été suivies de la
victoire. Il est probable qu’ils n’avaient rien négligé pour assurer
le succès de cette journée, et qu’ils avaient donné leurs ordres en
conséquence : mais on peut croire que l’Armée de la République
composée alors de Troupes moins disciplinées et moins braves, quoique
supérieure en nombre, ont abandonné leur terrain après une légère résistance ;
et que César par l’ordre et la valeur de ses Légions a triomphé de la
lâcheté de ses Ennemis. L’expérience et la capacité des Chefs ne
sont pas suffisantes pour vaincre : ces vertus ouvrent le chemin à
la victoire, mais l’ordre, l’obéissance et les efforts du soldat
terminent les heureux succès.
On
observe encore pour règle dans l’attaque, de commencer l’Action de
bonne heure, comme à la pointe du jour, si on est supérieur en nombre,
et qu’on ait lieu d’espérer la victoire, afin de profiter du reste de
la journée pour suivre l’Ennemi, et multiplier ses avantages :
mais on attaque plus tard, quand le succès est douteux, afin de profiter
de la nuit pour faire sa retraite, si on est battu.
[159]
Passons à ce qui s’observe quand une Armée attend l’Ennemi de pied
ferme dans son camp. Plusieurs raisons peuvent déterminer à prendre ce
parti ; on peut en voir quelques-unes dans l’article qui traite de
la défensive. Pour soutenir les efforts de l’Ennemi, et l’attendre
dans son poste, on le choisit le plus avantageux qu’il est possible :
les Ailes doivent être appuyées et couvertes, pour éviter d’être
tourné et pris en flanc. Un axiome
de la Guerre, dit le roi de Prusse, est
d’assurer ses derrières et ses flancs, et de tourner ceux de l’Ennemi.
Le front de l’Armée doit offrir d’autres obstacles ; on supplée
au défaut du terrain par des redoutes ou quelques ouvrages bien
palissadés : il dépend alors du coup d’œil et de la volonté
d’un Général en chef de régler l’ordre de Bataille et la
distribution des Troupes.
Il paraît
par les dispositions de plusieurs généraux pendant cette dernière
Guerre, surtout à Loboschütz, où la Cavalerie agit au Centre, qu’on
est revenu de l’habitude de hasarder toute la Cavalerie sur les Ailes,
et qu’on s’en sert avantageusement dans d’autres endroits où elle
est nécessaire. Il est évident que la distribution et l’effet de
cette arme contribue beaucoup au gain de la Bataille, et qu’il lui faut
un terrain propre à ses évolutions rapides.
Les généraux
s’appliquent à connaître le fort et le faible de leur situation,
pour se précautionner contre les Ennemis, qui attaquent [160]
ordinairement par les endroits les plus faciles. Il faut une attention
particulière pour l’emplacement de l’Artillerie qui doit battre
continuellement et flanquer l’Ennemi qui se forme, causer de la
confusion dans ses rangs, et le rebuter avant de commencer l’attaque. Il
est ensuite avantageux d’avoir un Corps de réserve, qu’on emploie
fort utilement pendant le cours de l’Action.
Quand
l’Ennemi paraît, les généraux observent l’ordre de sa marche,
cherchent à pénétrer ses desseins, et jugent par ses différentes manœuvres
des endroits où il a résolu d’attaquer. À la Bataille de Chotzemitz
ou Kollin, le F.M. Comte de Daun observa que le roi de Prusse renforçait
son Aile gauche, qu’il avait intention d’attaquer notre Aile droite,
et de prendre l’Armée en flanc ; il se précautionna à cette
droite qu’il augmenta de plusieurs bataillons, et soutint les efforts réitérés
des Prussiens qui eurent d’abord quelque avantage ; mais
lorsqu’ils s’aperçurent que la défense était bien soutenue, et que
ce qui avait plié d’abord, avait le temps de se rallier, et retournait
à la charge, ils perdirent contenance, et furent contraints
d’abandonner le terrain qu’ils avaient gagné. L’Ennemi repoussé
plusieurs fois à notre droite, le Roi fit attaquer l’Aile gauche ;
mais les dispositions du Maréchal prévenaient ses mouvements ; et
il fut également repoussé avec une perte considérable : ce qui
prouve qu’il n’est pas suffisant de se [161] précautionner à
l’endroit où l’Ennemi forme sa première attaque ; mais un Général
partage son attaque sur tout le Front de l’Armée, afin d’être en état
d’opposer de la résistance partout.
Quand
une partie de l’Armée est battue, qu’elle perd son terrain, et que
l’Ennemi pénètre, il n’y a que la prudence et le sang-froid des généraux,
qui puissent remédier à cet accident : on fait avancer la réserve
et quelques Régiments de la seconde ligne, tirés de la partie de l’Armée
qui n’est pas entamée, pour attaquer l’Ennemi et l’empêcher de se
former : on se sert avantageusement d’un Corps de Cavalerie, qui
doit se porter au galop et attaquer tête baissée l’Infanterie, qui
n’est jamais bien en ordre dans ces occasions : pendant ce temps
les Troupes qui ont été battues doivent se rallier hors de la portée
du Canon ; il sera dès lors aisé de les reconduire au feu pour
avoir leur revanche, et chasser l’Ennemi à leur tour. Notre Aile droite
plia au commencement de la Bataille à Kollin ; des Troupes fraîches
réparèrent le désordre, tandis que les bataillons qui s’étaient
ralliés avancèrent de nouveau ; et l’Ennemi qui n’eut pas le
temps de se former, se sauva et prit la fuite.
Les
Russes après six heures de combat, et après une défense sanglante et
opiniâtre plièrent à l’Aile gauche pendant la Bataille de Francfort [1]
[162] lorsque le Général B. de Loudon, qui commandait la réserve composée
de douze milles hommes de nos Troupes, fit avancer la Cavalerie, laquelle
après avoir battu celle des Prussiens, pénétra dans l’Infanterie dont
une partie jeta les armes et se sauva. Le roi ne négligea rien pour réparer
le désordre de ses Troupes, que ce coup imprévu avait fait naître, et
bien que dans un cas aussi pressant, il exposât sa personne aux plus
grands dangers, les Russes ralliés et plus furieux que jamais, obligèrent
l’Ennemi de chercher un asile sous le canon et dans les marais de
Gustrin. Un Général toujours fertile en ressources ne désespère
jamais du succès d’une Bataille, pour quelques avantages que les
premiers efforts ont procuré à l’Ennemi ; il a prévu d’avance
ce qui peut arriver ; et il prend le parti le plus avantageux pour
apporter un remède prompt et violent. Rien d’ailleurs ne caractérise
mieux le mérite des généraux, que les ressources qu’ils emploient
dans les cas pressants, et qui les rendent souvent victorieux où
d’autres succombent.
Il est
souvent plus facile de repousser l’Ennemi qui a pénétré, qu’il
n’est possible à un Général [163] de retenir la fougue et la valeur
immodérée des Troupes, lorsque l’Ennemi plie devant elles ; ce
qui les met en aussi grand désordre en poursuivant, que les autres en
fuyant. Ce transport désordonné des Troupes, tout à fait contraire à
la discipline, a causé souvent la perte d’une Bataille :
car l’Ennemi qui se retire, voyant les uns occupés à piller, et
d’autres marcher en confusion, fait avancer les Corps qui lui restent en
ordre, et qu’il avait destiné à faire l’Arrière-garde, tire parti
de sa Cavalerie, et bientôt suivi du reste de l’Armée, termine
l’Action à son avantage. Témoins de cette vérité les journées mémorables
de Söhr et Czaslau, où les Prussiens vaincus et repoussés, arrachèrent
à nos Troupes qui les poursuivaient en désordre, les lauriers qu’ils
venaient de cueillir.
Il me
reste à parler de ces Actions où les Troupes occupées à défendre
les parties de leur situation les plus intéressantes où l’Ennemi
s’est attaché, et le reste de l’Armée tenue en échec sur tout le
Front, un Corps de huit à dix mille hommes paraît sur les flancs ou les
derrières, et s’avance pour couper la retraite ou terminer la Bataille.
Il est
certain qu’un accident semblable est embarrassant : il est à
craindre que les troupes qui se défendent ne perdent courage, si le remède
qu’on peut apporter tarde trop longtemps à dissiper leur surprise. Il
est naturel que le Général qui commande l’Armée, a prévu ce [164]
qui peut arriver pendant le cours de la Bataille, et qu’il a pris ses
mesures en conséquence : mais comme l’expérience démontre
qu’un pareil accident peut arriver inopinément, on fait marcher en
cette occasion la réserve, suivie d’autres bataillons, s’il est nécessaire,
tirés des endroits où il y a le moins de danger, pour arrêter ce Corps
de diversion dans l’endroit où on peut lui disputer avantageusement le
terrain, et où le petit nombre a quelque égalité sur le grand. On
redouble alors ses efforts au front de la Bataille ; et quand on désespère
du succès par l’avantage que l’Ennemi a déjà gagné, et que ceux
qui se défendent sont rebutés d’une attaque longue et opiniâtre, ce
sont de ces moments où sans trop réfléchir sur le nombre des Troupes,
un Général quitte souvent son poste, pour avancer à grands pas sur
l’Ennemi ; ce qui termine en un moment la Bataille. Les Housards,
chevaux-légers, ou des Régiments de dragons doivent causer le plus de désordre
qu’il est possible dans les bataillons de l’Ennemi, afin d’empêcher
le ralliement et hâter leur retraite : mais cette Cavalerie doit être
soutenue d’une ligne de Cuirassiers, derrière laquelle elle doit se
rallier en cas de besoin ; sans quoi elle court à sa perte. Tous
les mouvements auxquels l’Ennemi ne s’attend pas, dit le roi de
Prusse, le surprennent, le jettent
en confusion, et décident de la victoire : on agit avec prudence,
et c’est une de ces occasions, où sans trop s’emporter, on bâtit un
pont d’or à l’Ennemi qui se retire.
[165]
Quand l’Ennemi est de beaucoup supérieur en forces, il forme
quelquefois une attaque environnante, c’est-à-dire, qu’il attaque les
flancs, et le front d’une Armée, tandis qu’un Corps de Troupes détaché
à cet effet, gagne les derrières et attaque en queue. Notre Armée se
trouva dans un cas semblable à Torgau en 1760 ; elle dut faire front
partout ; et opposant des efforts extraordinaires à une manœuvre
aussi dangereuse, elle montra que la fermeté et la valeur des Troupes est
souvent l’écueil des meilleures dispositions.
Deux
Armées peuvent se rencontrer et se donner Bataille en marche ; ce
qui arrive quand une Armée se retire, et qu’elle veut soutenir ou
sauver son Arrière-garde vivement attaquée ; alors l’affaire
s’engage insensiblement et devient bientôt Générale ; ou quand
l’Ennemi veut gagner une position avantageuse, ou s’approcher
d’une de ses places où il a ses magasins, et que l’autre le veut prévenir
et l’empêcher, comme il est arrivé à Zullichau en 1759, où le F.M.
Comte de Soltikof voulant prévenir le Général Wedel qui voulait
s’approcher de Crossen, les deux Avant-gardes se rencontrèrent et
commencèrent l’Action, qui finit par la défaite des Prussiens. Enfin
il y a plusieurs méthodes pour attaquer et livrer Bataille, qui demandent
beaucoup d’art et de fermeté dans la défense. Les généraux consommés
dans la Théorie, ainsi que dans la pratique des grands mouvements militaires,
[166] peuvent avoir des maximes pour agir sur différents principes, sur
lesquels celui qui se défend doit se régler pour en tirer parti.
Le coup
d’œil, le sang-froid, des ordres clairs et promptement exécutés sont
des présages certains de la victoire ; il est ensuite de
l’honneur et du devoir des Troupes de faire des efforts qui assurent le
gain de la Bataille.