| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Dietrich von Bülow
Esprit du système de la guerre moderne
Section IIDes lignes d’opération renfermées dans un triangle acutangle, dans un segment de cercle de 60 degrés ou dans un moindre encore Les désavantages d’une pareille base d’opération sont presque aussi grandes que ceux qui viennent d’être examinés. Lorsque les deux chemins principaux par lesquels arrivent les convois, forment entre eux, et relativement à l’objet de l’opération, un angle de 60 degrés et moins encore, on n’est pas suffisamment basé. L’armée D (fig. 2.), ne peut faire aucun progrès contre l’objet C, quand l’ennemi E, opposé à la ligne d’opération B C, s’approche d’un point du triangle A C B . Car D est forcé de détacher promptement un corps en arrière vers F, pour couvrir la ligne d’opération B C ; ne pouvant nullement intercepter la communication d’E avec ses magasins, puisque lesdits magasins sont ou doivent être dans les environs de G. Alors (comme dans la supposition d’une seule ligne d’opération) l’armée D est obligée de prendre la défensive, par ce mouvement de l’ennemi sur ses derrières. Il y a cependant ici l’avantage qu’E n’est pas en mesure de couper A C ; car, s’il voulait s’avancer jusqu’à ce corps, il courrait le danger d’être lui-même coupé par le corps D, et d’être séparé des magasins qu’il a dans les environs de G. Il y aurait cependant le cas où l’ennemi E pénétrerait jusqu’aux autres côtés du triangle A C B, en le traversant, mouvement par lequel A C se verrait coupé ; mais alors B C serait dégagé. L’ennemi E doit avoir encore des magasins dans H (puisqu’il est dans son propre pays) et, par ce point, il lui est facile de couper la ligne A C, au moyen d’un corps I, qu’il détacherait pour cette opération. D se trouverait alors dans la nécessité d’envoyer des forces contre ce corps. I1 est aisé de voir que ce sont ici les mêmes suppositions qui ont été soumises à l’examen de la section précédente, et qu’il est par conséquent inutile de nous répéter. L’angle qui occupe le sommet étant fort aigu, chaque ligne d’opération qui s’étend à la base vers l’objet, comme ici la ligne K C, peut être très facilement coupée par un parti ennemi, en même temps que les deux côtés B C et A C. Conséquemment les lignes d’opération de cette espèce n’ont pas une base suffisante. En effet, l’ennemi E ne pourrait-il pas se placer sur les derrières de l’armée D, de manière à lui intercepter totalement la communication avec sa base A B, et qu’il aurait lui-même cette base à dos ? Opération décisive qu’il effectuerait sans un grand danger ; car il tirerait ses subsistances de ses flancs G, H ; et il lui serait facile de contenir, par de petits corps d’observation, les garnisons des forteresses A, K, B, situées dans la base, en cas que ces garnisons ne fussent pas nombreuses ; précaution qui le garantirait toujours d’être entièrement enveloppé. Ainsi, dans le cas où l’ennemi E serait totalement battu et chassé de cette position extraordinaire par l’armée D, on ne peut pas en conclure que sa perte serait assurée ; car il serait toujours assez éloigné des forteresses A, K, B pour se retirer sans danger, dans les environs de H et de G. Quant à l’armée D, le parti le plus efficace qu’elle aurait à prendre, pour sortir de sa position dangereuse, serait de faire, en même temps qu’une attaque désespérée, un mouvement vers les magasins que l’ennemi aurait dans les places G, H. Mais si les lignes d’opération de l’armée D étaient basées suffisamment, elle ne courrait pas le risque d’être ainsi totalement cernée. Tout ce que l’armée D gagnerait à avoir pour base un segment de cercle de 60 degrés ou moins encore, comme A, E, B, fig. 3, comparativement à la base en ligne droite du triangle de la fig. 2, serait que les deux lignes A, C, et B, C, qui bornent le segment, étant plus courtes que les côtés A C, B C, de la fig. 2, l’armée se trouverait plus rapprochée de ses principaux magasins A, B. Mais cet avantage est rendu nul par la circonstance que, plus les lignes A C, BC sont courtes, et plus les points AB sont près l’un de l’autre, si l’angle C n’a que 60 degrés. Mais plus les forteresses AB, sont rapprochées, plus la base est courte, et l’ennemi se trouve fondé à ne pas plus s’inquiéter de ces deux forteresses, que s’il n’y en avait qu’une. Bien plus, en proportion du raccourcissement de la base, on se rapproche de l’hypothèse où l’on n’opérerait que sur une seule ligne. On conçoit donc que l’ouverture de l’angle C, que dorénavant je nommerai l’angle objectif, est décisive pour le plus ou le moins de sûreté de l’opération Du reste, l’arc de cercle A B ne saurait être déterminé que par un troisième point E. La forteresse E se trouve, à la vérité parfaitement garantie des attaques de l’ennemi par AB ; mais la ligne des convois E C n’en est pas plus à l’abri que la ligne K C de la fig. 2. Conséquemment il en est ici comme s’ils n’existaient pas, et qu’A C B fût un triangle rectangle dont la base serait la ligne A B. La cause qui mettrait ici en danger la ligne E C serait donc la petitesse de l’angle objectif C.
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