| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Dietrich von Bülow
Esprit du système de la guerre moderne
Section VDes lignes d’opération renfermées dans un triangle obtusangle ou dans un segment de cercle de 90 degrés et plus Si, comme nous l’avons vu, les opérations sur une seule ligne, de même de celles qui sont renfermées dans un triangle acutangle, sont insuffisantes pour conduire au but d’une guerre offensive ; si les opérations divergentes ne sont pas mieux fondées en raisons ; s’il est nécessaire d’établir une base d’une certaine longueur, et si dans la plupart des circonstances, il n’est pas prudent d’aller en avant sur des lignes d’opération parallèles ; enfin, s’il existe absolument un point capital, indispensable d’abord à forcer avant de se livrer à aucune autre entreprise ; il en résulte qu’il ne reste plus d’autre choix parmi les différentes figures que celui d’un triangle, dont les deux côtés formés par les deux lignes d’opération des extrémités, fassent, en se rencontrant à l’objet de l’opération, un angle droit, un angle obtus, ou un segment de cercle d’une mesure équivalente. Tel est le plan le plus parfait d’opérations offensives. Mais cette proposition exige d’être démontrée. L’armée E (fig.1) opérant depuis la base A D B du triangle rectangle A C B, vers l’objet C, n’a nullement à appréhender d’être coupée, ni de se voir enlever ses convois, puisque l’ennemi F peut bien, à la vérité, couper les lignes d’opération B C ou A C, suivant le côté par lequel il arrive ; mais nullement la ligne C D ou toute autre qui se trouverait, soit entre B et D soit entre A et D. Car s’il avance sur les derrières de l’armée E, en traversant les lignes d’opération des extrémités B C et A C, il sera coupé lui-même de ses principaux postes. Ceux-ci ne peuvent être placés qu’à G H I. Mais si l’ennemi s’avance jusqu’à la ligne C D ou seulement jusqu’au point K, l’armée E peut très facilement lui couper, par un détachement, sa retraite sur G, et la forteresse B pourrait la lui intercepter en même temps sur H et I. De cette manière, il se prendrait lui-même au piège qu’il aurait voulu tendre aux autres. Si le triangle est obtusangle comme A C B, (fig. 12) l’armée E n’en a que mieux ses sûretés dans ses opérations contre l’objet C ; ainsi plus grand est l’angle objectif formé par les deux lignes d’opération des extrémités lorsqu’elles se rencontrent à l’objet, plus longue par conséquent est la base, et d’autant plus sûrement l’armée attaquante peut-elle poursuivre ses opérations contre l’objet qu’elle a en vue ; car elle n’a nullement à s’inquiéter des diversions de l’ennemi sur ses derrières, et de ses entreprises sur ses convois. L’ennemi F se verrait coupé lui-même de ses magasins G H I. Un détachement, sorti de la forteresse B, le forcerait bientôt à retourner promptement dans sa base. Mais quand même il oserait traverser encore la ligne C B, et de l’autre côté la ligne A C, (fig. 10 et 11), il resterait toujours à l’armée E, la ligne d’opération C D, et, en général, toutes les lignes d’opération partant de la base entre les points des extrémités A B, par lesquelles cette armée E poursuivrait ses projets sans obstacle. Quelque longue que soit la base, quelqu’obtus que soit l’angle objectif, les deux lignes d’opération des extrémités sont toujours exposées à l’ennemi. Mais, quand même il n’existerait point d’autres places fortes dans la base, qu’aux deux points qui la terminent, une armée, agissant offensivement, aurait néanmoins la facilité d’y établir, en toute sécurité, un nombre de magasins dont elle tirerait ses convois ; il suffit pour cela que cette base soit assez longue, c’est-à-dire, que la mesure de l’angle objectif soit au moins de 90 degrés. L’ennemi ne peut faire aucune diversion dans le pays de l’armée E ; car il lui est aussi impossible de pénétrer entre B et D, que dans une courtine entre deux bastions. Il le peut du côté de B ; mais alors la base de l’armée E surpasse la sienne, ce qui le met dans une position fâcheuse, et ce qui démontre combien il est important d’avoir une base d’une longueur suffisante et défendue par de bonnes forteresses. Du reste, je n’ai pas déterminé d’une manière invariable, la mesure de l’angle objectif, parce qu’il me suffisait de donner le principe qui, dans tous les cas, peut servir de règle. En ceci les circonstances modifient nécessairement le principe. Je n’ai donc posé les bornes entre le mal et le bien, qu’à quelques degrés près ; plus d’exactitude eût été une pédanterie. Ainsi, j’ai dit que des opérations renfermées dans un angle de 60 degrés ou moins encore, ne valaient décidément rien, quoique j’eusse été fondé à ajouter que, dans la plupart des cas, elles n’étaient pas bonnes au-dessous de 90. Une précision plus sévère n’est pas dans la nature physique. A 90 degrés, la base d’une opération doit être considérée comme essentiellement bonne, quoique j’aie établi que celles-là seulement, qui formaient avec l’angle objectif, un triangle obtusangle, étaient De la forme et de la direction la plus avantageuse d’une base très décidément telles. On ne peut guère déterminer que suivant les circonstances, combien de degrés doit avoir l’angle objectif. Peut-être me dira-t-on qu’il suffit, suivant mon opinion, de se servir d’un astrolabe, pour apprendre s’il est prudent de commencer un siège, ou si l’on est à l’abri de se voir séparé de ses convois dans une position donnée ; je répondrai qu’il est très certainement nécessaire de mesurer l’angle objectif sur une carte, et de tout peser mûrement, avant de s’engager dans une opération offensive ; j e regarderai le reste comme des plaisanteries qui ne méritent point que je m’y arrête. Si l’armée E opère dans un arc de cercle, tel A D B (fig. 13), le seul avantage, que lui donne cette figure sur le triangle rectangle, est que la partie située entre la base circulaire et la ligne ponctuée A B est absolument impénétrable à l’ennemi, ce qui assure parfaitement les lignes d’opération tirées entre les deux points d’extrémité AB. D’un autre côté, c’est un désavantage que les lignes d’opération soient plus longues de tout l’espace qui peut exister entre la ligne ponctuée A B, et l’arc A D B, que si c’était cette ligne A B qui fût la base, car plus la ligne d’opération a de longueur, et plus l’arrivée des transports est irrégulière et incertaine, et plus elle occasionne de frais. Il serait donc plus à propos que la ligne ponctuée A B fût la base, et que D fût plus rapproché du but de ses opérations. Par cette raison là même, il y aurait du désavantage à prendre la ligne F D G pour base, à cause de son grand éloignement de l’angle objectif C. Si l’arc de base est
rentrant au point que l’angle objectif paraisse tout à fait obtus
(fig.14) alors toutes les lignes d’opération sont parfaitement protégées.
Mais le même effet aurait lieu si la base était droite, (fig.15) parce
que la sûreté des opérations offensives dépend uniquement de
l’ouverture de l’angle objectif. Si l’arc est saillant vers
l’ennemi, il n’y en a qu’une partie qui puisse servir de base à une
opération donnée. Dans la fig. 16, ce n’est pas A B qui est la base ;
mais c’est à proprement parler d e, puisqu’A et d,
d’un côté, et B et e de l’autre, sont sur la même ligne
d’opération, et que l’armée agissant vers C, tirera ce qui lui est nécessaire
des magasins les plus voisins des points d e. Ainsi l’ouverture
de l’angle objectif détermine particulièrement la bonté d’une opération
offensive, quoique la direction de la base, ne soit pas indifférente, et
voici le principe qui doit résulter de toutes les recherches ; « Avant
d’agir offensivement contre un objet déterminé, il faut être
suffisamment basé, pour que l’angle objectif formé par les deux lignes
d’opération des extrémités ait au moins pour mesure le quart de la
circonférence, de manière qu’on opère dans un triangle ou dans un
segment de cercle de la même dimension ».
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