| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Institut d'histoire militaire comparée Commission française d'histoire militaire
Dietrich von Bülow
Esprit du système de la guerre moderne
Section VIDe la forme et de la direction la plus avantageuse d’une base Après avoir parlé de la longueur de la base, nous allons traiter de sa direction. Cet objet n’a pas encore été proprement discuté, et son importance mérite qu’on s’y attache, d’autant plus qu’après avoir déjà parlé des opérations offensives en avant de la base et ayant l’intention de nous occuper des retraites en arrière de la base, dans le pays même de l’armée attaquante, l’ordre des matières exige que nous considérions tout ce qui concerne la base même, qui est entre ces deux marches opposées, afin de ne passer aucune partie de cet espace sans lui donner notre attention. Il est clair qu’un arc de cercle, qui enveloppe l’ennemi, est la forme la plus avantageuse que puisse avoir une base ; car l’ennemi ne peut prendre aucune position tenable à l’intérieur de l’arc de cercle A B (figure 17), il est pris comme dans un sac, et tous ses efforts ne sauraient défendre le pays renfermé dans cet arc. Toutes les forteresses qui s’y trouvent doivent tomber entre les mains de l’armée qui marche appuyée sur une pareille base ; car il n’existe pas d’angle objectif à C, mais ce point est dans le diamètre du cercle A B, et par conséquent, toutes les forteresses, qui se trouveraient en dedans de ce cercle, telles que D E, sont cernées et tombent nécessairement, si l’on sait agir comme la chose l’exige. Il paraît donc qu’il ne reste d’autres ressources à l’ennemi, que de s’emparer des deux forteresses A B placées aux extrémités de la base et, par là, de raccourcir l’arc. Toute autre entreprise, formée sur l’intérieur de l’arc, ne serait suivie d’aucun succès ; et l’on peut considérer comme conquis un pays qu’on a eu l’art d’investir de cette manière. Au contraire un arc de cercle saillant vers l’ennemi est la plus mauvaise forme qu’il soit possible de donner à cette base ; car les forteresses C et D (figure 18) sont très exposées, et, dès l’instant que l’ennemi les coupe, moyennant deux colonnes parties d’E et d’F, on doit renoncer à l’espoir de les conserver. Il n’y aurait d’autres moyens de l’arrêter dans ce mouvement, que d’opérer de côté, et un peu en avant depuis A et B, pour inquiéter les corps E et F, sur leurs flancs et sur leurs derrières, les obliger à reculer, et tâcher, pendant ce temps, de s’emparer d’une place forte, qui existerait sûrement soit au point g soit au point h. Ainsi, plus l’arc est excentrique, plus il se rapproche de la forme d’une ellipse, comme A B dans la figure 19, et moins les places situées au-delà, comme C, sont susceptibles d’être conservées, et plus on est exposé à tous les désavantages dont nous avons fait mention. Mais une base, formée d’angles saillants et rentrants, telle M c, B d G, (figure 20), est comparable aux ouvrages d’une forteresse ; il est aussi impossible à l’ennemi de pénétrer dans la partie rentrante de cette base, que dans une courtine entre deux flancs. Quant aux forteresses qui se trouveraient dans la partie sortante, telles que c, d, elles ne seraient pas exposées aux attaques de l’ennemi, autant qu’une place située comme C, dans la figure 19 ; car si d, par exemple, était attaquée, il serait facile, depuis le point c, de faire diversion dans le pays ennemi E, F ; d’ailleurs la base A G consiste, à proprement parler, en deux rangs de forteresses en lignes droites, ce qui lui donne les nombreux avantages qu’on peut attendre d’une base droite. Si les points qui terminent la base s’avançaient comme dans la fig. 21, cela serait très favorable en cas que la base la plus avancée fût bornée par la mer ou par un grand fleuve, de manière à ne pouvoir être tournée ; dans cette supposition, les deux forteresses A et B formeraient un flanc des plus redoutables, au-delà duquel l’ennemi ne se hasarderait pas impunément ; puisque protégé par ces places fortes, on ferait très facilement, sur ses derrières, et dans son pays même, une diversion terrible, surtout en retirant ses forces du milieu, les rassemblant près d’A et de B, et se jetant ensuite sur les flancs de l’armée attaquante. Mais si les forteresses avancées ne sont point soutenues, et sont comme jetées au vent, il est clair qu’elles se présentent comme premières victimes à l’ennemi, qui peut très facilement les couper. Il ne nous reste plus à considérer qu’une base, dont toutes les forteresses constructives seraient sur une ligne qui déviât peu de la ligne droite. La base, qui dépasse les extrémités de celle qui lui est opposée, est la meilleure ; je m’explique ; c d (figure 22) est une meilleure base qu’A B, puisqu’il est clair que le pays de l’ennemi e f, reste ouvert aux entreprises qu’on voudra former sur lui. De là provient cette règle, qu’il faut, autant que possible, construire une forteresse en face de chacune de celles de l’ennemi ; il est de même absolument nécessaire d’avoir des places fortes opposées à celles qui forment l’extrémité d’une base, car nous avons observé qu’il était bien difficile de pénétrer entre deux forteresses, à moins qu’elles ne fussent très éloignées l’une de l’autre. Ainsi g suffit pour couvrir l’espace entre c et d, contre les trois forteresses A,b B. Quand une base s’éloigne de celle qui lui est opposée, de manière à former entre elles un angle, comme A B et c d, (fig. 23) il L est évident que tout le pays, entre A et C, reste ouvert à l’ennemi, il peut le faire ravager par des partis ou même l’occuper avec son armée. Il n’en serait pas de même si la base était parallèle à celle de l’ennemi, comme l’indique la ligne ponctuée e d, puisqu’alors tout serait couvert. Du reste, c se refuse en quelque sorte à l’ennemi, vu L la direction oblique de la base ; puisque les lignes d’opération, partant d’A ou des forteresses voisines de ce point, et se dirigeant soit contre le C, soit contre les parties de la base les plus proches, sont si longues, qu’il serait très facile de les couper. Il suit de là qu’on peut, sans inconvénient, découvrir ce point c, se concentrer sur d, et marcher principalement contre B ; mais l’ennemi conserve l’avantage de fourrager, sans obstacle, le pays entre A et c. Par conséquent, nous établirons comme règle qu’il faut, autant que possible avoir une base parallèle à celle de l’ennemi.
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