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Dietrich von Bülow

 

Esprit du système de la guerre moderne

 

 

Section IX

Du résultat de toutes les recherches précédentes, relativement à l’esprit du système de guerre de nos jours

 

Il est évident, d’après les considérations que l’on vient de lire qu’il est plus conforme au génie de la guerre et à la manière la plus moderne de la faire, de prendre pour objet principal des opérations, ses propres magasins et la sûreté de ses lignes de convoi, plutôt que l’armée ennemie elle-même. La raison en est que les armées modernes n’ont pas au milieu d’elles, mais au contraire hors d’elles, les sources de leur conservation. Elles ressemblent, en ce point, aux hommes de notre siècle qui placent leur bonheur et comme toute leur existence dans les choses extérieures et ne le cher­chent jamais en eux-mêmes. Les magasins sont le cœur qui ne peut être offensé, sans que le rassemblement d’hommes, que nous nous nommons une armée, ne soit anéanti. Les li­gnes du convoi sont les muscles du corps militaire, lequel deviendrait paralytique si on les lui coupait Mais, comme les convois n’arrivent que par les côtés et par les derrières, il s’en suit que l’objet majeur des opérations, soit dans la guerre offensive, soit dans la défensive, est de conserver in­tact son dos et ses flancs. Une autre conséquence de ses prin­cipes est qu’il faut éviter les combats, et surtout ceux de front. L’on est bien plus sûr dans la guerre offensive, de for­cer l’ennemi à reculer, en faisant des mouvements autour de lui, et en l’inquiétant pour ses subsistances, qu’en le jetant de force hors de sa position ; car bientôt il en trouvera une seconde où il sera ferme de nouveau.

Quant aux guerres défensives, il sera facile d’y décou­vrir l’inutilité de toutes les positions, de toutes les marches parallèles, pour opposer une digue à l’ennemi. Il n’y a point de position, quelque bien protégée qu’elle soit contre une at­taque de front, quelque bien choisie qu’elle paraisse, pour couvrir le pays qu’on est intéressé à garder, de laquelle on ne puisse être expulsé très vite par des manœuvres de l’ennemi sur vos flancs, surtout si l’on a en tête un ennemi supérieur en forces. C’est dans ces vérités que je puise hardiment la règle absolument neuve, de ne jamais faire proprement de guerres défensives ; mais de la transformer promptement en offensive, par le procédé simple de se jeter sur les flancs de l’ennemi et d’opérer sur ses derrières. Fût-on faible même, il n’en serait pas moins au pouvoir d’un général habile, de for­cer à la retraite et à la défensive une armée supérieure, en attaquant ses magasins et ses lignes de subsistances, et cela d’autant mieux qu’il suffit de s’approcher des lignes d’opération, pour les tuer ; c’est-à-dire pour les rendre inuti­les. La règle universelle sera donc ; qu’il ne faut pas prendre sa position directement en face de l’ennemi, mais de côté re­lativement à lui ; et je vais appuyer cette maxime, en consa­crant le reste de cette première division, à faire à la tactique d’application des règles de la stratégie que j’ai développée jusqu’ici


 

 

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