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Institut d'histoire militaire comparée

Commission française d'histoire militaire

 

 

Dietrich von Bülow

 

Esprit du système de la guerre moderne

 

Section II

Examen de quelques campagnes de la guerre de Sept Ans, et considérations sur cette guerre en général

 

Il fallait que Frédéric prît la Saxe avant de pouvoir at­taquer avec succès la Bohème, et il fallait qu’il anéantît les Saxons, avant qu’ils ne pussent être secourus par les Autri­chiens. Il exécuta ce plan avec tant d’intelligence et de rapi­dité, que les campagnes de César même ne nous présentent rien de plus brillant. La direction des trois colonnes avec les­quelles il enveloppa la Saxe est un chef-d’œuvre d’art mili­taire ; car elle ôta aux Saxons la possibilité de prendre une position dans leur pays, sous peine d’être coupés d’avec la Bohème et faits prisonniers. Or, comme ils voulurent se maintenir chez eux, au lieu de se réfugier en toute hâte en Bohème, ils furent effectivement investis et forcés de se ren­dre.

Le général de Tempelhof, le premier écrivain militaire qui ait développé la théorie des lignes d’opération, justifie Frédéric contre les inculpations de quelques militaires dis­tingués, et entre autres de Lloyd, qui blâme Frédéric de n’avoir pas sur-le-champ profité de ses avantages après l’invasion de la Saxe, et de ne s’être pas porté rapidement jusqu’au danube. Le général Lloyd est étranger aux calculs qui prescrivent de ne point s’éloigner de ses magasins, dans un temps donné, de plus d’une certaine distance, sous peine de s’exposer à manquer de provisions. Ce militaire de génie, emporté quelquefois par son imagination, oublie que ces campagnes de géants, dans la manière actuelle de faire la guerre, ne sont praticables que sur le papier. Ainsi le blâme de Lloyd n’atteint point Frédéric. Il fut sage de s’en être tenu alors à la Saxe, et d’avoir profité de l’hiver pour renforcer son armée par les ressources nombreuses que pouvait lui offrir ce pays. Tout est chef-d’œuvre dans cette campagne ; et si Fré­déric, dans ses premières guerres, s’était annoncé comme un écolier qui promettait peu, au commencement de sa troi­sième se surpassant lui-même, il se montra comme un maî­tre achevé dans l’art de la guerre.

Il résulte de la position de la Bohème à l’égard de la Prusse et de l’Autriche, que toutes les opérations offensives des Autrichiens contre les Prussiens, depuis ce pays, sont excentriques et par conséquent mauvaises. Elles seront d’autant moins basées qu’elles s’approcheront davantage de l’angle du sommet du triangle que la Bohème forme contre les États prussiens ; car, dans ce cas, elles auront pour base moins de 90 degrés, et seront par conséquent exposées à tous les désavantages des opérations entreprises dans un triangle acutangle.

Mais, comme l’angle saillant que forment les frontiè­res de Bohème est contre la Lusace, j’en conclurai qu’en dépit de l’opinion du général Lloyd, ce n’est pas par ce point que les Autrichiens pourraient diriger leurs opérations avec le plus d’avantage contre la maison de Brandebourg. A la vé­rité, ce point menace le cœur de la monarchie prussienne ; mais les Impériaux ne l’atteindraient pas. Il faudrait, pour pénétrer jusqu’à Berlin, qu’ils fussent maîtres de l’Elbe jusqu’à Dessau, et par conséquent de Dresde ; il faudrait qu’ils eussent conquis Glogau ; et, de plus, ils ne se main­tiendraient pas à Berlin sans être en possession de Magde­bourg. En général, il ne suffit pas, en examinant des plans militaires, de considérer l’action ou la pression ; ils faut avoir aussi quelque égard à leur contraire. Sans doute on irait de­puis la Lusace jusqu’à Berlin, si personne ne s’y opposait ; mais, en cas de résistance, on s’expo­serait à être coupé et l’on serait forcé de reculer précipitamment.

Pour avoir des lignes d’opération mieux basées, les Autrichiens ne pourraient attaquer la monarchie prussienne que par le milieu de la Silésie et de la Saxe ; mais les monta­gnes de la Silésie et du comté de Glatz, et les forteresses inexpugnables que ces pays renferment, sont des obstacles presque impossibles à surmonter. Et si les Autrichiens atta­quaient en même temps par la Saxe, ce serait des opérations divergentes, dont nous avons déjà exposé le mauvais effet.

Mais, au midi du cinquantième degré de latitude qui coupe la Bohème en deux parties égales, toutes les opéra­tions deviennent à l’avantage des Autrichiens, non seule­ment parce qu’ils sont, dans cette position, plus rapprochés du centre de leur puissance ; mais parce que, depuis les fron­tières de la Moravie, de l’Autriche, et du haut Palatinat, ils envelopperaient les Prussiens, et les mettraient dans l’imminent danger d’être séparés de leurs pays et de leurs magasins. C’est toujours relativement au grand principe de la base que doivent se calculer et que se calculeront de plus en plus, par la suite, les intérêts des puissances et le sort des peuples, indépendamment de toutes autres convenances ; et, suivant cette donnée, l’on peut prévoir que, si la guerre entre la Prusse et l’Autriche était bornée à la Bohème, l’Autriche conserverait difficilement contre sa rivale la partie de ce pays situe au nord du cinquantième degré de latitude ; mais qu’à son tour la Prusse trouverait des difficultés invincibles à entreprendre quelque chose au midi de cette ligne.

Ce ne serait que par des diversions depuis la Moravie en Silésie sur Neisse et Kosel, que les Autrichiens parvien­draient à défendre la Bohème contre les attaques des Prus­siens. Consé­quemment, loin de blâmer les généraux de l’Empereur d’avoir laissé un corps de vingt mille hommes en Moravie pendant la campagne de 1757, on doit les désap­prouver de n’en avoir pas laissé davantage, puisque ces for­ces auraient pu servir à leur faciliter une diversion en Silé­sie, pendant que le roi de Prusse pénétrait en Bohème. L’art des diversions est le grand art du système de guerre mo­derne, et le seul moyen d’obtenir du succès.

Si les Autrichiens avaient suivi ce principe, ils au­raient contraint le roi de Prusse, dans l’occasion dont nous venons de parler, à se mettre sur la défensive. Loin de là, ils firent deux fautes majeures, qu’ils ont souvent renouvelées depuis ; la première, d’avoir laissé leur armée en Bohème, rassemblée comme une masse, sans développer leurs forces ; la seconde, de s’être défendus passivement, sans attaquer nulle part. Leur défense eut-elle été plus vigoureuse encore, elle n’aurait servi de rien contre l’invasion en quatre colon­nes, supérieurement calculée de Frédéric. Cette invasion était conforme au principe de la base. Quatre colonnes péné­trèrent à la fois, ce qui vaut infiniment mieux que de ne marcher en avant qu’avec une seule colonne principale, en laissant les corps de défense sur ses flancs et ses derrières. Ces corps perdent de leur efficacité, de leur énergie, précisé­ment parce qu’ils sont sur la défensive. Ils sont exposés à être battus, s’ils essuient une attaque un peu rigoureuse, et leur défaite entraîne, pour la colonne opérante, d’incalculables désastres.

Les Autrichiens se laissèrent refouler de tous côtés sur Prague comme un troupeau, au lieu de faire, suivant les bons principes, une retraite excentrique, d’abandonner Prague à lui-même, de se replier jusqu’aux frontières de l’Autriche, et, recevant là des renforts, de revenir sur leurs adversaires avec une nouvelle vigueur.

Ils n’auraient pas dû attendre une bataille dans les environs de Prague ; car ils devaient savoir que, dans ce jour, les Prussiens leurs seraient supérieurs en forces. Par cette raison, même, Frédéric avait intérêt à les engager au com­bat. Celui de Prague fut aussi décisif qu’aucun dont l’histoire moderne fasse mention. Les deux fronts combattirent dans toute l’étendue de la ligne. Chez les anciens, cette bataille eût anéanti les vaincus, et Prague aurait été le prix des vainqueurs ; mais, par une suite de la différence notable du système moderne à celui de l’antiquité, les Autrichiens fu­rent en état, un mois après, de livrer de nouveaux combats.

Ce sont les grands besoins des armées modernes, et le danger que l’on court en s’éloignant des sources qui peuvent les satisfaire, qui rendent les batailles les plus sanglantes si peut décisives de nos jours. Le général Tempelhof démontre qu’une armée ne doit laisser entre elle et ses principaux ma­gasins qu’autant de distance qu’il en faut pour que le char­riage des vivres puisse remplacer, dans trois jours, en farine fraîche, la livraison de la boulangerie, et pour que J les voi­tures d’approvisionnement ne mettent que six jours à aller et revenir de la boulangerie à l’armée. Mais voilà seulement la difficulté qu’occasionne le pain, celle du fourrage est bien autre chose. Une armée de 100 000 hommes a 48 000 che­vaux ; il faut 4 500 chariots pour fournir à la nourriture de ce nombre de chevaux. Joignez à cela 2 000 chariots qu’exige le transport de la farine ; vous aurez 6 500 chariots, qui, attelés chacun de quatre chevaux, augmenteront de 26 000 le nom­bre des ces animaux dans une armée. M. de Tempelhof ne fait pas seulement entrer en ligne de compte le fourrage né­cessaire à ces 26, 000 chevaux ; il n’a pas remarqué non plus que, quand on fourrage le vert, on n’a plus la facilité d’établir des magasins pour l’automne. Le résultat de ces calculs est que la prudence défend de s’éloigner de plus de trois jours de marche de ses magasins.

La marche du roi de Prusse contre les Français, et la bataille de Rosbach qui affranchit son flanc droit ; son retour _ prompt en Silésie, et le gain de la bataille de Lissa, par le­quel il délivra son flanc gauche, sont de ces chefs-d’œuvre d’activité et de science dans l’art de la guerre, qui rendront à jamais la campagne de ce monarque, en 1757, un modèle à suivre pour se tirer avec éclat d’une situation embarras­sante. Ce n’est que par une attaque subite qu’on peut net­toyer ses flancs menacés par un ennemi supérieur. Il est vrai que, si celui-ci est habile, il peut éviter ce coup de désespoir ; mais ce n’était pas ici le cas. Le faible possédait seul l’art de la guerre ; et les forts, ayant rendu leur avantage nul par leur ignorance, hasardèrent des batailles et furent battus.

On ne voit rien de plus ridicule que la conduite des Autrichiens à Lissa. Ils avaient une rivière en front ; ils la mirent derrière eux apparemment afin de gêner leur re­traite. Ils laissèrent manœuvrer le roi à son aise devant leur front, sans faire un mouvement. S i toute leur ligne s’était portée en avant, ils gagnaient la bataille ; car ils pouvaient dépasser les deux ailes de l’armée prussienne et les envelop­per. Mais ils se plurent à donner au roi tout le temps néces­saire pour préparer leur défaite, et ce prodige d’ineptie paraîtra incroyable à la postérité.

Les dispositions du roi pour cette bataille furent admi­rables, mais contre un ennemi si gauche c’était des frais de génie perdus. Je ne sais pas cependant si les batailles de Crévelt et de Friedberg ne sont pas supérieures encore. A Lissa le flanc gauche du roi n’était pas couvert.

Cette campagne, la plus riche en batailles de cette guerre, qu’on peut appeler la guerre des Batailles, se ter­mina par cette action qui est la plus remarquable que pré­sente l’histoire militaire moderne. Je ne sais pas même si, dans toute l’histoire, on peut trouver une année où se soient livrés tant de grands et décisifs combats.

C’est encore une question, si, dans la campagne de 58, le roi de Prusse, après avoir repris Sveidnitz ne devait pas tomber sur les Russes au lieu d’assiéger Olmutz.

Il aurait dû, en cas qu’il se fût décidé pour le premier projet, passer la Vistule à Varsovie, et attaquer, dans leurs quartiers, les Russes qui étaient dispersés dans la base Vis­tule, et dans la Prusse orientale. Sa célérité connue lui au­rait rendu cette attaque possible avant que les Russes eus­sent pu se rassembler. Il s’agit maintenant de savoir s’il au­rait exécuté facilement une marche aussi longue, à travers la Pologne, sans trouver de magasins sur sont’ chemin. Cette difficulté est grande ; car bien que 30 000 hommes eussent suffi à cette expédition, ce nombre de soldats ne saurait être mis en mouvement, de nos jours, sans une suite considéra­ble ; et quoique la Pologne soit riche en blé, elle est peu peu­plée, et les subsistances sont dispersées sur un grand espace de terrain. Je pense d’après cela qu’il eût mieux valu se contenter d’occuper la rive occidentale de la Vistule, pour en défendre le passage aux Russes, et quoique la Pologne fût neutre alors, le roi de Prusse n’était plus dans le cas de res­pecter cette neutralité, puisque les Russes l’avaient rompue. Il vaut mieux d’ailleurs avoir pour ennemi un Etat neutre, quand il est sans défense, que de lui laisser sa neutralité.

Si le roi s’était mis en possession de Cracovie et de Varsovie, et qu’il eût fortifié ces places ; s’il avait manoeuvré de manière à se rendre maître de Dantzick, les Russes qui, par le défaut de magasins, n’auraient été en état de se met­tre en mouvement qu’à la fin de juin, ne se seraient pas trouvés en état d’opposer la moindre résistance à ces opéra­tions rapidement exécutées. Maître par là de toute la partie de la Pologne et de la Prusse, située à l’occident de la Vistule, il disposait d’une quantité de recrues et de subsistances. Il se faisait, par le moyen de la Vistule, une barrière naturelle contre les Russes qui auraient difficilement franchi cette li­mite. Le Brandebourg et la Poméranie auraient été à l’abri de toute insulte. Posen et Collberg auraient formé une se­conde ligne de forteresses impossibles à réduire. Frédéric, en arrondissant ainsi le terrain qu’il avait à défendre, raccour­cissait ses lignes d’opération, et augmen­tait sa force défen­sive. Le roi, selon toute apparence, gardait ce pays pendant toute la durée de la guerre. Il évitait la dangereuse position où il se trouva lorsque les Russes et les Autrichiens réuni­rent leurs efforts contre lui en 1761. Il épargnait l’effusion de sang effroyable qu’ont occasionnée les batailles de Zorndorf, de Züllichan, et de Francfort. Il est à présumer que ce pays ne lui aurait pas même été ravi à la paix, s’il avait aban­donné en échange la Prusse orientale aux Polonais. La mo­narchie prussienne serait devenue, dès cette époque, une puissance suffisamment basée ; et tels auraient été les avan­tages immenses de cette opération en Pologne, si Frédéric l’avait préférée à cette marche sur Olmutz, qui ne réussit que par le peu d’intelligence des Autrichiens dans l’art de la guerre.

Je ne m’arrêterai pas à décrire tous les autres mou­vements de cette campagne ; mais généralement parlant, je poserai en principe qu’on a sûrement commis une faute pré­cédente contre les vrais principes actuels de la guerre, lorsqu’on est dans le cas de livrer la bataille. Celle de Zorn­dorf par exemple aurait pu parfaitement être épargnée.

Ce qu’il y a eu de plus beau, dans cette campagne, ce sont les opérations du prince Ferdinand de Brunswick. Le plan, comme l’exécution, méritent également d’être admirés. Quelle activité ! quelle justesse ! quelle précision dans ses mouvements, lorsqu’en deux mois il repoussa l’armée fran­çaise, supérieure en nombre, de Stade jusqu’au-delà du Rhin ! Cet exemple prouve combien il est dangereux de trop s’éloigner de ses frontières. Que de tributs d’éloges ne mérite pas le passage du Rhin par ce même général !, Quelle supé­riorité dans l’art des dispositions, ne déploya-t-il pas à la ba­taille de Crévelt ! Occuper par deux petits corps le front d’un ennemi beaucoup plus fort, tandis qu’un troisième l’attaque perpendiculairement en flanc ; cette opération peut être re­gardée comme l’exécution d’un parfait idéal. Il n’y a dans cette guerre qu’une bataille qui, pour la beauté du plan, mé­rite d’être mise à côté de celle de Crévelt, c’est la bataille de Friedberg. Le prince Ferdinand était d’autant plus dans le cas d’engager une action à Crévelt, qu’il ne pouvait rien contre les subsistances des Français, puisque ceux-ci étaient suffisamment basés. Cependant cette bataille a fait voir, comme tant d’autres, combien ces engagements généraux sont peu décisifs dans le système moderne de guerre, car malgré sa victoire, le prince Ferdinand dut repasser le Rhin avant la fin de la campagne. Ce prince, qui n’avait que des troupes de nouvelles levées, formées de différents États, a montré, dans ses campagnes, combien un habile général peut tirer de parti des plus faibles moyens.

Au reste, les fameuses batailles de Frédéric, pendant la guerre de Sept Ans, malgré les belles dispositions qui en ont fait des modèles, ne méritent que jusqu’à un certain point l’admiration des connaisseurs dans l’art de la guerre ; car, si elles ont pu être évitées, comme on a le droit de le supposer avec fondement, on a le droit dès lors de ne les re­garder que comme des tentatives du désespoir qui voulait sortir, par la victoire ou par la mort, d’une situation funeste.

Je suis convaincu que les campagnes de ce roi auraient été plus brillantes et surtout plus profitables pour lui, s’il avait toujours été pénétré du principe que, dans une guerre défensive, il faut constamment harceler les flancs et les der­rières de l’ennemi, et non lui résister de front ; et qu’on rend nulle, par ce procédé, la supériorité des forces de son adver­saire en entravant tous ses succès.

Les Russes commirent une foule de fautes dans cette guerre contre la Prusse. La plus majeure fut celle de ne s’être point étendus sur la rive orientale de la Vistule, et de n’y avoir point établi de magasins ; car, comme ils négligè­rent cette précaution, et ne se basèrent que sur la basse Vis­tule, ils s’exposèrent au danger d’être coupés et culbutés dès l’instant qu’ils s’éloigneraient de ce fleuve. Ils partagèrent ensuite avec les Autrichiens, la faute de n’avoir point assez développé leurs forces pendant toute la durée de cette guerre, et de ne s’être pas partagés en plusieurs colonnes qui les auraient mis à même de tirer un plus grand parti de leur supériorité.

Le prince Ferdinand donna l’exemple, avant’ la ba­taille de Minden, d’une répartition de corps détachés parfai­tement habile. Le corps d’armée fut divisé en deux ; près d’Hervorden on plaça un gros détachement sur les flancs et les derrières de l’ennemi, et par g par ce moyen l’on menaça ses subsistances. Il y avait un autre corps à Lubeck chargé d’entretenir la communication avec celui d’Hervorden. Tou­tes ces positions enveloppaient l’ennemi. Toutes les lignes de feu étaient concentrantes. Combien ces diverses circonstan­ces ne devaient-elles pas contribuer au gain de la bataille !

Le maréchal de Contacles aurait pu se retirer par une marche excentrique, qui aurait prouvé victorieusement l’excellence des retraites de ce genre. Supposons qu’il eût partagé son armée en deux corps, dont l’un se serait retiré le long du Veser sur Cassel, et l’autre sur Munster. Dans cette hypothèse, tous les mouvements des alliés pour entamer l’aile gauche des Français seraient devenus impossibles. L’armée combinée ne pouvait faire un pas en avant sans prê­ter elle-même le flanc droit à la division des Français qui se serait retirée sur Munster.

Je me suis borné, dans mes considérations sur la guerre de Sept Ans, aux raisonnements qui n’ont point en­core été faits à ce qu’il me semble et qui démontrent combien les principes, que j’ai développés dans la première partie de cet ouvrage, peuvent faciliter les jugements que l’on porte sur les événements militaires. Je n’ai pas prétendu d’ailleurs écrire l’histoire d’une guerre sur laquelle des plumes célèbres se sont déjà exercées. Cette période mémorable, pendant la­quelle il s’est livré tant de batailles sanglantes, ayant fourni de nombreuses occasions de faire des expériences qui ont développé et perfectionné le système du feu, a jeté les fon­dements d’un ordre de chose, dans lequel on verra tout à fait disparaître les batailles de dessus le théâtre de la guerre. Il est de fait que, depuis celle de Sept Ans, il ne s’est point livré de combats comparables à ceux qu’elle a vu recommencer si souvent.

 

 

 

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