Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises

Ce colloque en l’honneur de Charles-Robert Ageron s’est tenu en Sorbonne du 23 au 25 novembre 2000. Il a rassemblé 40 intervenants dont sept Algériens. Ayant été diffusés le 23 novembre, les Actes (Société française d’histoire d’outre-mer, 2000, 683 p.) ne prennent pas en compte les échanges qui ont suivi les exposés, et qui ont parfois pris un ton polémique.

Après que Agnès Goudail eut fait le point des archives françaises ouvertes aux chercheurs, ce colloque a mis en évidence la "guerre des mémoires" qui s’est prolongée de part et d’autre de la Méditerranée depuis 1962. Des historiens-militants ont pu exprimer en toute liberté leurs points de vue anti-coloniaux : Jean-Louis Planche qui a gonflé le nombre des victimes de la répression de mai 1945 (en annonçant 20 000 tués sur 50 000 manifestants, il confirme la thèse algérienne du génocide, alors que J.C. Jauffret fait une estimation inférieure à 3 000, portée par le colonel Schoen et C.R. Ageron à 6 000) ; Sylvie Thénault, comparant l’échec de la rééducation des détenus dans les centres d’hébergement en Algérie, à la réussite obtenue dans les camps de prisonniers du Vietminh ; Raphaëlle Branche expliquant comment elle a "mis en condition" 25 anciens appelés, pour qu’ils rapportent les tortures auxquelles ils ont assisté ; Camille Lacoste-Dujardin, qui a critiqué un article consacré à l’affaire K, qu’elle appelle Oiseau bleu, et dont elle n’a pas saisi le montage ; Denis Gagnon attribuant la création des Unités territoriales à la volonté de défendre les intérêts des colons contre ceux des musulmans ; Fouad Soufi qui a fait état du massacre "oublié" du 5 juillet 1962 à Oran, sans apporter d’explication valable sur l’origine du drame. Il faut noter, en revanche, l’intérêt des prestations des historiens algériens, qui ont présenté l’évolution et l’idéologie du FLN. Mohamed Harbi a montré comment la collégialité s’est traduite dans les faits par des régimes autoritaires. Hassan Remaoun a souligné comment l’idéologie de citoyenneté a laissé la place à l’opposition nationalisme-islamisme. Tayeb Chentouf a mis en évidence l’hégémonie des trois partis nationalistes du Maghreb, partagés entre pluralisme et unité, et confrontés à l’opposition des militaires. La Tunisienne Samya el Machat a souligné les hésitations américaines à soutenir la France dans sa guerre; encourageant finalement la politique gaulliste, ils redoutent le nouvel État, qu’ils jugent imprévisible.

Dans le cadre des "originalités du conflit algérien", Jacques Frémeaux a fait une stimulante comparaison entre la stratégie et la tactique des protagonistes, lors de la conquête et de la guerre d’Algérie. Jean-Paul Brunet a critiqué avec pertinence les exagérations d’Einaudi et de Sylvie Thénault sur la répression du 17 octobre 1961. Bernard Droz a évoqué les propos outranciers de Sartre, son marxisme sommaire, son moralisme à sens unique allant jusqu’à l’appel au meurtre des colons. Jean-Jacques Jordi a décrit la remarquable intégration des rapatriés d’Oran dans la communauté espagnole d’Alicante. S’agissant du coût de la guerre d’Algérie, Daniel Lefeuvre a avancé le chiffre de 1 200 milliards de francs anciens en 1959, soit 20 % du budget de l’État.

La meilleure intervention a été sans conteste celle de Guy Pervillé sur la réconciliation des mémoires antagonistes. Il ne nie pas les injustices de la colonisation, dont l’œuvre considérable n’a pas profité à la masse musulmane. Dans cette double guerre civile, il se demande si le but de guerre de la minorité nationaliste n’était pas l’appropriation des biens des Européens. Il attribue la crise politique des années 1988 à 1992 et la violence de la guerre civile actuelle à la nature despotique du FLN et à l’instrumentalisation de la mémoire de la guerre pour légitimer son pouvoir. Il refuse toute repentance unilatérale et souhaite que des débats contradictoires favorisent la convergence des volontés de réconciliation. M. Faivre

La Légion étrangère : mythe et réalité

Le 12 décembre 2000, s’est tenu à la Fondation Singer-Polignac, qui l’avait suscité, un colloque sur la Légion étrangère organisé par la Fédération des sociétés des anciens légionnaires dont le président d’honneur, M. Pierre Messmer, assurait la haute, et effective, présidence. Manifestation mixte associant des historiens et des témoins et visant à recadrer ces deux aspects de la Légion à un moment d’interrogation sur son avenir, tant dans le nouveau format de l’armée française que dans son insertion dans une défense européenne.

Les antécédents et les origines de la Légion, quelques-unes de ses interventions au xixe siècle, période d’acquisition de sa notoriété, puis sa participation aux deux conflits mondiaux, marquée par l’ampleur de ses pertes humaines, sa présence, enfin, dans les interventions extérieures françaises ou multinationales depuis 1945 ont été évoqués.

Cette réalité militaire est doublée par une organisation, très réelle aussi, des rapports internes qui font de la Légion une société quelque peu à part, en tous cas se sentant différente de l’armée "régulière", et marquée par une très forte solidarité qui se poursuit entre les anciens ; mais l’intensité des rituels, on a même parlé de "société initiatique", s’éclaire aussi par le petit nombre de légionnaires, qui la différencie des autres unités de l’armée. Par là, au-delà des actions héroïques dont le souvenir est fidèlement entretenu (Camerone), se noue le mythe qui s’est créé autour d’elle dans l’imaginaire extérieur, symbolisé par quelques vecteurs, tels que le képi blanc ou le pas et la musique du "Boudin" et dont témoignent littérature et cinéma. Est-ce une voie d’intégration ? Certainement pour elle-même, en amalgamant toutes les nationalités qui passent dans ses rangs, mais suivant des flux et des origines très variables au fil des générations. C’est moins net pour la société en général, française en particulier, malgré les exceptions, très restreintes, pour accéder à la citoyenneté, malgré aussi les exemples de réussites sociales que les témoins sont venus présenter.

Force de souveraineté, totalement disponible, parfaitement entraînée et apte à toutes les formes d’intervention, la Légion est-elle, avec une armée professionnalisée et rompue aux nouvelles technologies, menacée dans sa spécificité, sinon dans son existence ? Peut-être "exception française", elle est confrontée à un défi de l’histoire qu’elle se doit de relever et peut gagner, conclut le gouverneur des Invalides. J.-C. Allain

Le groupe d’études sur le Viêt-nam contemporain a organisé, les 11 et 12 janvier 2001 à l’Institut d’Études Politiques, un colloque sur le Viêt-nam depuis 1945. Une séance était consacrée à l’armée vietnamienne. Christopher Goscha a présenté la figure de Nguyên Binh, chef de l’armée du Sud, "l’anti-Giap", occulté par l’historiographie communiste parce qu’échappant largement au contrôle du Viet-Minh. Stein Tonnesson (de l’Université d’Oslo) a évoqué l’absence de tradition navale du Viêt-nam, question qui a suscité un débat intéressant. Hugues Tertrais et Gérard Hervouet et Carlyle Thayer ont étudié, dans deux communications complémentaires, le rôle économique de l’armée et l’expérience de l’économie de guerre. Dang Phong (de l’institut d’économie d’Hanoï) a donné une vision vietnamienne de l’héritage de la culture française. Bui Xuân Quang s’est interrogé sur le passage problématique d’une culture de guerre à une culture de paix. Les actes devraient être publiés par les Presses de Science Po.

Le Comité pour l’histoire de l’armement a organisé, les 18 et 19 janvier 2001 à l’École militaire, un colloque sur "Armement, stratégie, nation de Gribeauval à la force de frappe". Les deux jours de débat ont principalement porté sur le xxe siècle, mais on a également entendu des communications sur les armes savantes et la recherche militaire aux xviiie et xixe siècles. La publication des actes est prévue.

Le Centre d’histoire militaire et d’études de défense nationale et l’UMR 5609 de Montpellier ont organisé, les 16 et 17 février 2001, les rencontres franco-suisses sur le thème "La réorganisation des armées aux xixe et xxe siècles. Crises et compressions des effectifs". Un compte-rendu paraîtra dans la prochaine livraison d’HMS.

Le Conseil général du Cher a organisé, les 2 et 3 mars 2001 à la Cité de l’or Saint-Amand Montrond, un colloque international sur "Portefeuilles de plans : projets et dessins d’ingénieurs militaires en Europe du xvie au xixe siècle". Trois thèmes retenus : l’œuvre graphique des ingénieurs militaires au service de la connaissance du patrimoine fortifié ; portefeuilles des ingénieurs et collections de plans militaires du xvie au xixe siècle ; littérature militaire, représentation graphique et transmission de modèles. Y participaient des intervenants de France, de Belgique, de Suisse, d’Italie, d’Espagne, et même une représentante des États-Unis. Le programme comprenait une visite de la forteresse de Saint-Amand Montrond ainsi que de l’exposition "plans de fortifications et de batailles de Vauban à Fontenoy". Un compte-rendu paraîtra dans la prochaine livraison d’HMS.

Colloques à venir

Le Centre de philosophie de la stratégie, dirigé par Jean-Paul Charnay, organise, les 8 et 9 mars 2001 à l’Institut d’administration Publique, 2 avenue de l’Observatoire, un colloque sur "Regards croisés sur les batailles coloniales". L’objectif principal est d’étudier les échecs des pays industrialisés, leurs répercussions historiques et leurs dimensions mythiques. Seront ainsi évoquées la Macta (1835), Kaboul (1841), Little Big Horn (1876), Issandhlwana (1878), la mission Flatters (1881), Langson (1885), Karthoum (1885), Adoua (1886), Aloual (1921). Une séance sera également consacrée aux affrontements impériaux : de Majuba Hills (1881) à Colinso (1898), Fachoda (1898), Manille et Santiago (1898), Agadir (1911). Renseignements : 01 42 61 06 81.

Les Facultés universitaires Saint-Louis de Bruxelles organisent, le 9 mars 2001 à Bruxelles, une journée d’étude sur "La guerre et l’Europe", avec notamment Bruno Colson (les mutations conceptuelles de la guerre en Europe, du xviiie siècle à nos jours), le général de La Maisonneuve (de la guerre à la crise), Emmanuel Terray (Clausewitz au xxie siècle), Jaimie Shea, directeur de l’information de l’OTAN (les conflits modenes et les media), Myriam Revault d’Allonnes (l’idée de guerre juste a-t-elle encore un sens ?)… Renseignements : 00 32 22 11 78 94 – mel : www.fusl.ac.be.

Le Centre d’études d’histoire de la défense organise, le 12 mars 2001 au Pavillon du Roi du Château de Vincennes, un colloque sur "Les aspects militaires de la Commune de Paris" (durant la Commune) avec François Roth, Robert Tombs (historien britannique, auteur de The War against Paris), le colonel Saint-Macary… Renseignements : 01 41 93 39 78.

Le Musée de l’Armée organise, le 21 mars 2001 dans son auditorium, un colloque sur "l’homme armé en Europe xive–xvie siècles", avec Philippe Contamine (des canons et des noms), Claude Gaier (les armes de la bataille), Joao Gouveia Monteiro (l’homme armé au Portugal), Robert Hardy (l’archerie anglaise), Jean-Pierre Reverseau (repenser l’armure), Michel Pastoureau (combattre en couleurs), Matthias Pfaflenbichler (l’industrie de l’armement en Allemagne)… Renseignements et inscriptions : 01 44 42 37 74.

L’historial de la Grande Guerre de Péronne organise, les 21 et 22 mars 2001, un colloque international sur "le chiffre, le renseignement et la guerre", coordonné par Sophie de Lastours. Les thèmes retenus sont extrêmement larges, puisqu’il y sera question aussi bien des cryptologues français de la Grande Guerre ou des codes japonais que des évolutions les plus récentes de la cryptologie, notamment dans le cadre de "la guerre économique" et de ses rapports avec Internet, la justice ou la démocratie. Parmi les intervenants : Jean-Jacques Langendorf, David Kahn, Gilbert Bloch, Rémi Kaufer, l’amiral Lacoste, Eric Denécé, le général Ribadeau-Dumas… Renseignements : 03 22 83 14 18.

La Saint-Cyrienne organise, le 30 mars 2001 à l’École militaire (amphithéâtre Foch), un colloque "quelles actions militaires pour demain ?", avec le général Faupin, Mme Thibault, le colonel de Richoufftz… Renseignements : 01 44 18 61 00.

Les villes de Szentgothárd et Vasvár (Hongrie) et le département de français de l’école supérieure Daniel Berzsenyi organisent, les 24 et 25 mai 2001, un colloque international sur la bataille de Saint Ghottard (1664) et sur le traité de Vasvár qui a suivi. Contact : Dr Ferenc Toth – tél/fax : 36 94 310 529 – mel : frentoth@fsd.bdtf.hu.

Le Centre d’histoire militaire du Collège de défense G.S. Rakovski et la Commission bulgare d’histoire militaire organisent, du 20 au 22 juin 2001, un colloque international sur "la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans". Langues de travail : anglais et bulgare. Renseignements et inscriptions : Dr Dimiter Minchev – Fax : (359-2) 930 2465 – Mel : minchev@sf.icn.bg.

À l’occasion du tricentenaire de la mort de Tourville, le Conseil général de la Manche organise, du 10 au 12 septembre 2001, un colloque international sur "Tourville et les marines de son temps". Renseignements aux Archives départementales de la Manche : 02 33 75 10 10.

 

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