| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
Bibliographie Bibliographie1 * L’utilité de l’histoire militaire pour les militaires, actes de la journée d’études du 27 septembre 1999, 134 p. Cahiers du Centre d’Études d’Histoire de la Défense, n° 16, 2000,. Les communications traitent, d’une part d’exemples de l’utilisation de l’histoire militaire dans le passé : Claire Fredj : "L’utilisation de l’histoire militaire antique par les auteurs militaires du xviiie siècle" ; Bernhard Kroener : "Apprendre la guerre. Les guerres de Frédéric le Grand dans l’histoire-bataille de l’état-major allemand après 1870" (communication particulièrement intéressante). D’autre part, d’exemples pris aujourd’hui dans la pensée soviétique (Jacques Sapir), dans l’armée de terre américaine (James Steensvag) et dans l’armée de terre britannique (Brian Holden Reid). La question centrale : "A quoi sert l’histoire militaire ?" a été traitée par Laurent Henninger, tandis que Frédéric Guelton tente une approche théorique très nourrie : "Quelle(s) histoire(s) pour quel(s) militaire(s) ?". M.-A.H. * Georges Dumézil, Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne, Paris, Gallimard, 2000, 376 p. François-Xavier Dillmann a réuni, de manière superbe, les articles et études germaniques et scandinaves (en dehors des deux livres de 1939 et 1959, qui feront l’objet d’une édition séparée) du maître de la mythologie indo-européenne. En raison de la place de la fonction guerrière dans les sociétés scandinaves, l’historien militaire trouvera dans ce recueil, en dehors d’une magistrale leçon de méthode historique et philologique, des remarques précieuses sur la paix romaine, l’analogie entre la guerre et le droit… H.C.-B. * Chef de bataillon Henri Soulhol, avec la collaboration du lieutenant-colonel honoraire Pierre Sardin, Vers Alésia, sur les traces de César et de Vercingétorix, Éditions des Écrivains, 2000, 306 p., 320 FF. On peut schématiquement diviser le livre en 4 parties : 1. Étude des théâtres d’opération (avec en particulier les itinéraires anciens, si l’on admet que les voies romaines ont repris les routes gauloises, ce qui semble logique), des populations et des cités, des forces. 2. Les opérations de la Guerre des Gaules de 58 à 52. Excellent résumé, avec des schémas pratiques, du "De Bello Gallico". 3. De Gergovie à Alésia. C’est la partie vraiment originale du travail, avec étude des itinéraires et essai de chronologie et de datations, toujours en se basant sur le texte de César, parfois librement, mais justement interprété, malgré certaines digressions "stratégiques" (Alésia et Dien Bien Phu) un peu osées. 4. La question d’Alésia n’est pas abordée, le Mont Auxois étant admis une fois pour toutes. De même le siège d’Uxellodunum en 51 est autoritairement fixé au Puy d’Issolud (Lot). Certes, Caylus, Uzerche et Luzech ont été justement écartés, mais l’oppidum de Capdenac n’est pas discuté. Par ailleurs, situer le pays des Cadurques dans la région de Rodez semble bien aléatoire. Manifestement Cadurques et Rutènes ont été un peu mélangés. En résumé, un livre certainement intéressant, permettant d’appréhender facilement la guerre des Gaules sans être obligé de lire le texte souvent difficile de César, peut-être un peu péremptoire. J.-J.D. * José Luis Arcón, Luis Pablo Martínez, Juan Francisco Pardo, Asitio del Castillo de Salça, El Mural del Moli dels Frares y los sitios de Salses 1503-1639, Valence, Museo historico militar, région de Valencia, 2000, 108 p. ill. En 1997 ont été découvertes au Moulin des Frères, dans la banlieue de Valence, des fresques illustrant le second siège de la forteresse de Salces en 1639. Située entre mer et Montagne, Salces est la porte de Roussillon. En 1497, au début des guerres franco-espagnoles, Ferdinand d’Aragon en fait une forteresse bastionnée modèle. Elle est assiégée sans succès par les Français en 1503, prise et reperdue en 1639 et définitivement acquise à la France en 1642, par suite de la révolte de la Catalogne. L’artiste, encore inconnu, probablement un Italien, est un témoin. Il a voulu glorifier l’armée espagnole. Malgré une part de fiction - les deux sièges de 1639 sont mêlés - ces peintures ont l’intérêt de représenter l’art militaire de l’époque de manière réaliste et précise. Notamment y est exprimée l’union des armes : mousquetaires couvrant l’artillerie, intervention de la cavalerie. A.-C * Instituto internazionale di storia economica F. Dotini, Aspetti economici della guerra in Europa XIV-XVIII, Alti della XVI settimana di studi, 4-9 maggio 1984, CD-Rom, Prato, 2000. Pendant longtemps, les tenants de l’histoire structurale, économique et sociale, sous l’influence de l’école des Annales, croyaient condamnée l’histoire militaire. Or Fernand Braudel, qui "n’aimait pas la guerre" (il avait été prisonnier de 1940 à 1945), s’était rendu compte, à la fin de sa vie, que l’histoire militaire n’était plus celle du début du siècle. Chargé d’organiser la semaine de 1984 de l’Institut Dotini, il eut "l’audace" de proposer comme thème "Les aspects économiques de la guerre en Europe xive-xviiie siècles". Ce colloque fort intéressant fut sans doute jugé trop peu dans la ligne, puisque ses actes ne furent pas publiés. Il aura fallu attendre seize années pour que l’Institut Dotini en donne le contenu sous la forme d’un CD-Rom. Depuis 1984, les historiens de la guerre ont travaillé et certaines affirmations peuvent apparaître fragiles aujourd’hui. Malgré cela, il s’agit d’un ensemble remarquable d’études, qui a fait date dans l’historiographie de la guerre. A.C. * Olivier Chaline, La bataille de la Montagne blanche. Un mystique chez les guerriers, Paris, Éditions Noesis, 1999, 623 p. Bataille médiocre, mais violente, au retentissement considérable, le Montagne blanche opposa le 8 novembre 1620, pendant deux heures, à 15 000 soldats protestants commandés par le prince d’Anhalt combattant pour l’éphémère roi de Bohême Frédéric V, 20 000 "Bavarois" de Tilly et "Espagnols" de Bucquoy et fit 2 000 morts. Elle fournit à O. Chaline l’occasion de replacer l’étude tactique de la bataille dans la souffrance, le carnage, la mort, expressions d’un paroxysme de violence. Cependant, la Montagne blanche se distingue de bien d’autres combats par le rôle du Père Dominique de Jésus-Marie, un carme déchaux espagnol qui avait voulu la bataille. Si les soldats protestants étaient mal payés, les chefs catholiques ne s’entendaient pas. À un moment indécis de l’affrontement, le Père Dominique fit surgir un élan de mysticisme et de croisade en brandissant une croix et une image sainte mutilée. Les protestants, qui avaient jusque-là résisté aux assauts, frappés d’une sorte de stupeur apocalyptique devant le déchainement de violence de leurs adversaires, plièrent et s’enfuirent. À l’époque des guerres idéologiques, il est intéressant de mettre l’accent sur les facteurs moraux et spirituels. A.C. * Holger Th. Gräf, Söldnerleben am Vorabend der Dreißigjährigen Krieges (Vie de mercenaire à la veille de la Guerre de Trente ans). [Curriculum vitae et journal de l’année 1617 du colonel hessois Caspar von Widmarckter], Beiträge zur Hessischen Geschichte, 16, Morburg an der Lehn, 2000, 165 p. Une illustration remarquable à l’ouvrage célèbre de F. Redlich sur Les entrepreneurs allemands de la guerre de Trente Ans est apportée par la publication des écrits de l’un deux, Caspar von Widmarckter (1566-1621). Les textes, établis suivant les règles, sont précédés d’une étude de Ralf Pröve, montrant leur intérêt pour la connaissance de la vie de ces militaires, et d’un excellent tableau que Sven Extenbrïnk brosse de la France, de l’Empire et de l’Italie dans les années 1613-1617. Dans la mouvance de Schomberg, Widmarckter œuvre comme militaire et diplomate avec les protestants d’Allemagne aux côtés de Henri IV. A la fin de sa vie, il participe encore à la Guerre de Succession de Mantoue. Il relate les relations établies à Paris, en Hesse, en Italie et les difficultés dans la gestion et la conduite des troupes. A.C. * Jean-Claude Devos, Samuel Gibiat, Pierre Wacksman, Inventaire des Archives de la guerre, sous-série Ya, Archives administratives du département de la Guerre, xviie-xviie siècles, Ministère de la Défense, État-Major de l’Armée de terre, Service historique, Château de Vincennes, 2000, 235 p. Archives rescapées des bureaux de la guerre, la série Ya rassemble des documents longtemps négligés, mais d’un très grand intérêt pour la connaissance de l’administration militaire de l’Ancien Régime, plus ou moins abondants suivant la conservation qui en avait faite par chaque bureau. Cet inventaire longtemps attendu donne à cette sous-série ses lettres de noblesse. L’introduction présente, dans l’état de nos connaissances, un excellent tableau des bureaux de la Guerre avant la Révolution. A.C. * Thierry Sarmant et Mathieu Stoll, La Guerre et les grands bâtiments. Index de la correspondance du marquis de Louvois 1683-1691, sous-série A1 696-1033, Ministère de la Défense, État-Major de l’Armée de terre, Service historique, Château de Vincennes, 2000, 434 p. Établir la liste des correspondants de Louvois à l’époque où, au secrétariat de la Guerre, il cumulait de nombreuses autres fonctions, dont la Surintendance des Bâtiments dans laquelle il succédait à Colbert, a représenté une tâche immense et délicate. En bons chartistes, les auteurs ont tenu à identifier toutes les personnes citées et présenter un véritable annuaire du personnel administratif. Ils ont ainsi donné aux historiens un instrument de travail remarquable qui ouvre des perspectives sur les méthodes de travail de Louis XIV et de Louvois. "Loin de la légende forgée par Saint-Simon d’un Louis XIV manipulé par son entourage, la correspondance de Louvois montre que c’est dans la constante communication du roi et de son ministre… que s’opère la prise de décision". A.C. * Docteur Michel Sardet, Un modèle sous l’Ancien Régime : l’école de chirurgie du port de Rochefort (1722-1789), Vincennes, Service historique de la Marine, 2000, 214 p. Après avoir étudié les conditions et les causes de la construction de cette école, l’auteur, ancien médecin de marine, décrit l’organisation de l’enseignement, à la fois théorique et pratique, par son fondateur Jean Cochon-Dupuy, grâce à un amphithéâtre d’anatomie et à un jardin botanique. C’est ainsi qu’en 1740, après 18 ans de fonctionnement, l’école est un modèle d’ordre et d’activité, elle sert de modèle à celles de Toulon et de Brest. La valeur des élèves se manifeste lors des difficultés de la période 1740 à 1768 : deux guerres et de nombreuses épidémies maritimes. Après avoir détaillé l’enseignement, les instruments chirurgicaux, les problèmes d’hygiène à Rochefort et le jardin botanique, l’auteur consacre trois chapitres aux personnalités de l’école, aux chirurgiens navigants et aux progrès de l’hygiène navale. Le nombre des élèves varia de 25 en 1736 à 121 en 1775 pour revenir à 26 en 1786. Au total, entre 1722 et 1789, il y eut 600 à 700 admissions. Un chapitre est consacré à l’école depuis la Révolution : l’école est alors implantée dans le nouvel hôpital. A partir de 1890, elle deviendra, comme celles de Toulon et de Brest, une école préparatoire pour le concours d’entrée à l’école de santé de Bordeaux. J.-J.D. * Vivat Hussar, n° 35, Tarbes, 2000, 112 p. Ce numéro particulièrement riche comprend un article très documenté du général Boissau : "les débuts de Bercheny 1720-1743" (1re partie). L’auteur donne un historique détaillé de ce régiment qui fut créé en 1720 et subsista jusqu’à nos jours. Après avoir exposé les problèmes posés par la levée du régiment, les différents lieux d’engagement en Haut-Languedoc, les onze années en garnison ou en quartiers, l’auteur étudie sa participation à la guerre de Succession de Pologne. La dernière partie est consacrée à l’entre-deux-guerres (1736-1741), marqué par une réduction générale des effectifs. Sont à signaler également les articles de : Antoine Massoni : "Le 5e Hussards et les armes d’honneur" ; Jean-Claude Lufour : "Les équipages régimentaires des hussards de 1875 à 1914" ; G. Nabera Sartoulet : "Du vivre et du couvert, du couchage et de l’hygiène de la troupe" et de l’historien militaire hongrois Jozsef Zachar : "les Houssards hongrois dans l’armée impériale des Habsbourg pendant l’Ancien Régime 1648-1792". M.-A.H. * Carnet de la Sabretache, 14 décembre 2000. La Sabretache a consacré son numéro spécial annuel aux cuirassiers. Dès 1665, Louis XIV crée un régiment des cuirassiers du Roy qui prendra en 1803, lors de la création des 12 régiments de cuirassiers, le n° 8. Ce numéro très copieux retrace l’histoire de ces régiments et leurs innombrables actions d’éclat ("brave comme un cuirassier" disait-on), ainsi que l’histoire, également mouvementée, de leurs étendards. H.C.-B. * La Révolution française : la guerre et la frontière (direction Monique Cubells), Comité des travaux historiques et scientifiques, 2000, 527 p. On avait pu regretter, lors de la publication des Actes du congrès national des sociétés historiques et scientifiques d’Amiens (1994) dont le thème était "les malheurs de la Guerre", que la commission d’histoire de la Révolution n’ait pas joint ses exposés à ceux des commissions d’histoire médiévale et d’histoire moderne et contemporaine. Cet ouvrage rassemble ces exposés et y joint ceux qui ont été présentés au congrès de Nice (1996) sur la frontière. L’ouvrage est articulé de la manière suivante : l’effort de guerre dans le Nord-Ouest, la guerre dans le Sud-Est, la frontière du Sud-Est, l’étranger : regards et influences, images de la guerre – discours sur la guerre, l’ébranlement révolutionnaire : images et réalités. Il contient une mine de renseignements. À signaler les exposés de Bernard Bodinier et de Jean-François Binn sur la Seine normande et la Haute-Loire. A.C. * Prof. Dr A. Mete Tuncoku. Ass. Prof. Col. Cehalettin Taskiran, Chanakkale, Churchill and ANZACS, Ankara, Général Staff Printing Office, Publications of Military History and Strategic Studies, 2000, 104 p. Cet ouvrage bilingue turc-anglais apporte des vues nouvelles sur l’importance de la bataille des Dardanelles grâce à des sources jusqu’ici inexploitées, turques, mais aussi britanniques, notamment deux lettres de Winston Churchill, une lettre de son frère John Churchill et trois journaux de combattants. L’ouvrage s’articule en trois parties : l’importance des combats des Dardanelles pour l’histoire moderne turque et pour l’histoire générale ; les opérations navales ; les opérations terrestres. A.C. * François-Georges Dreyfus (sous la direction de), Le patriotisme des Français sous l’Occupation, Ed. de Paris, 2000, 335 p. Cet ouvrage issu d’une suggestion du Club Témoins, fondé par d’anciens résistants-déportés, souhaite montrer que la grande majorité des Français était anti-allemande et qu’il a existé une "nébuleuse" qui a permis à la Résistance de survivre. Une longue introduction du professeur Dreyfus est suivie de seize contributions de qualité inégale. L’ambassadeur Chambon rappelle le désaccord des réseaux de résistance lorsque le général de Gaulle a réintroduit les anciens partis dans le jeu politique. Le drame des déportés est évoqué par Jean Mialet et Chantal Benoist-Lucy. La naissance des réseaux est décrite par Alain Griotteray. Emile Poulat analyse l’attitude de l’Église face à Vichy. Intéressantes sont les contributions de Gérard Cholvy sur les mouvements de Jeunessse, d’Aimé Aubert sur les Compagnons de France, d’André Souyris sur les Chantiers de Jeunesse, d’Henri Yrissou sur son action comme Inspecteur des Finances. Le général Compagnon exalte le rôle de l’Armée d’Afrique revigorée par Weygand et Juin, et le colonel Paillole montre l’évolution des services spéciaux. Jean-Paul Le Flem reconnaît que si la gendarmerie a eu 500 fusillés et 1 000 déportés, son honneur a été terni par le camp de Drancy et par quelques individus abjects. Deux chapitres plus techniques étudient l’influence des technocrates de Vichy sur le syndicalisme agricole et sur la modernisation de l’industrie. Les figures du commandant de Tournemire, des colonels Verneau, Van Hecke, Chrétien, et des généraux d’Astier de la Vigerie et de la Porte du Theil et des officiers chefs de réseaux (Jade-Amicol, Alibi, Orion, Alliance) sont particulièrement mises en lumière. M.F. * Comité pour l’Histoire de l’Armement (CHARME), Les ingénieurs militaires et l’émergence d’une nouvelle industrie française de l’armement 1945-1960. Actes de la journée d’études organisée le 20 mai 1999 par le Comité pour l’Histoire de l’Armement à l’École Militaire, Paris, CHEAR, 2000, 200 p. L’objectif de cette première journée d’études était de montrer "le plus grand nombre de facettes possibles de cette reconstitution de l’armement d’après guerre", à travers quatre orientations. La première concerne les industries d’armement terrestres qui ont fait l’objet de six exposés évoquant en particulier : La modernisation de l’industrie française d’armement (Patrick Fridenson) ; Les grandes étapes de la renaissance industrielle (Jean Tison) ; La renaissance des véhicules blindés de combat (François Bedaux). La deuxième partie a porté sur les industries d’équipements et d’instruments de mesure aéronautiques. Claude d’Abzac-Epezy a assuré la synthèse des contributions. Citons en particulier : Les débuts de l’industrie des équipements (Jacques Larpent) ; La renaissance d’une industrie des équipements après l’Occupation (Jacques Maillet) ; L’intégration d’officiers de l’armée de l’air dans le corps des ingénieurs de l’air (Robert Carlier). Les industries électroniques et informatiques (troisième partie) ont fait l’objet de cinq communications, dont celles de Michel Bergounioux : Les industries électroniques et informatiques : la formation du tissu industriel et de Gilbert Margier : Les débuts de la guerre électronique de la marine. La quatrième partie concernait l’industrie atomique militaire dont Paul Rigail et Marcel Duval ont étudié les origines ; Henri Platier a évoqué les relations entre la direction des poudres et le Commissariat à l’Energie Atomique. Paul Barinet a présenté la section atomique de la Direction des études et fabrications d’armements. M.-A.H. * Claude Le Borgne, Le capitaine Déodat, Paris, L’Harmattan, 2000, 261 p. La forme romancée, que le général Le Borgne donne au séjour du capitaine Déodat dans un camp de prisonnier Viet-minh, convient à un récit imaginé, qui mérite cependant de figurer dans la catégorie de la recherche historique, tant est riche la documentation sur laquelle il s’appuie, rigoureuse son analyse de la guerre révolutionnaire, réaliste la description de la vie et de la mort, des prisonniers français. Soumis aux maladies tropicales, rongés par les sangsues et de redoutables insectes asiatiques, privés de nourriture et de courrier, corvéables à merci, y compris pour enterrer leurs compagnons, subissant la bastonnade et enchaînés dans la bauge des cochons, les prisonniers ne trouvent d’exutoire à ces horreurs que dans le souvenir d’une épouse, dans la camaraderie de leurs amis d’infortune et dans la foi religieuse. Ceux qui échappent à une mort programmée (ils ne sont que 40 %) réagissent en créant une cellule babouviste qui se prête à toutes les autocritiques en souhaitant "Longue vie à l’oncle Ho". Ceux qui connaissent les précédents romans de l’auteur : La prison nomade, Le lieutenant Déodat, y retrouveront ce style inimitable, ce regard amusé, moqueur et amical, parfois grivois, qu’il porte sur les infortunes des hommes. Ce roman est un exemple de ce que peut et doit être le devoir de mémoire. M.F. * Michel Bodin, Les Africains dans la guerre d’Indochine. 1947-1954, Paris, L’Harmattan, 2000, 240 p. Livrant peu à peu au public les informations accumulées dans sa thèse de doctorat d’État, Michel Bodin publie un quatrième livre, consacré à une catégorie de combattants mal connue, mais importante, puisque 130 000 Maghrébins et 60 000 Africains noirs ont combattu en Extrême-Orient, à côté de 216 000 Français de l’armée de terre, de 70 000 légionnaires, et de nombreux aviateurs et marins, renforcés par 65 000 autochtones, réguliers et supplétifs, puis par 177 000 hommes de l’armée vietnamienne. Ce n’est qu’en 1947 que le gouvernement accepta de recourir à ces contingents, en raison du tarissement des professionnels en métropole, et du moindre coût des soldats africains. Attirés par la solde et par le prestige de l’uniforme français, les volontaires affluèrent, dont 15 % à 20 % seulement étaient retenus. Leur engagement provoqua quelques difficultés dues à la pauvreté des moyens de l’Intendance, et à l’inadaptation de ces combattants au combat de guérilla dans un terrain inhabituel, au milieu de populations qu’ils méprisaient. La guerre de postes usa ces soldats qui espéraient de grands combats. A Dien Bien Phu, un bataillon céda à la panique, alors que deux autres résistaient courageusement aux attaques incessantes des Viets. Les pertes sont évaluées pour les nord-africains à 8 200 morts, 11 400 blessés, 5 000 prisonniers et 340 déserteurs, pour les noirs à 2 500 décès, 3 700 blessés, 1 000 prisonniers et 78 déserteurs, pour la plupart des motifs non politiques. Les Africains restèrent imperméables à la propagande viet-minh, ils résistèrent beaucoup mieux que les Maghrébins aux conditions de détention dans les camps, et revinrent au pays fiers de leur guerre, riches et couverts du prestige du soldat. Ce n’est qu’après Dien Bien Phu que des Maghrébins, peu nombreux, furent atteints par la propagande anticolonialiste. M.F. * Hélie de Saint Marc, Indochine, notre guerre orpheline, Paris, Ed. les Arènes, 2000, 96 p. Album de photos ECPA, accompagnées de très beaux textes, regroupés sous plusieurs thèmes : le poste, la veille, la piste, un assaut, la halte, le feu, les blessés et les morts, le départ. Dans sa conclusion In memoriam de 4 pages, Saint Marc redit sa philosophie de la vie et de la mort du combattant et son attachement à l’Indochine. "La guerre était haïssable, et nous l’avons haïe. Nous savions ses horreurs ; ses premières victimes étaient nos camarades… Toutes les guerres sont sales, cruelles et dégradantes... Pourtant, sacrifier sa vie reste un choix aussi irrationnel que de donner la vie. Nous étions poussés par une force qui nous dépassait. Nous étions prêts à mourir pour ce qu’on appelle rien : pour que d’autres camarades ne meurent pas, pour éviter au peuple de Hanoï ou de Cao Bang les camps et le petit catéchisme de l’oncle Hô". M.F. * Colonel Bui-Tin, 1945-1999. La face cachée du régime, Éditions Kergour. Écrit par un colonel vietnamien, qui a passé 37 années dans l’armée, avant de s’installer en France (en 1990) d’où il engage une lutte pour la liberté de son peuple. Le style est mesuré, réfléchi, retenu, donnant une impression de sincérité. On peut retenir quelques considérations, Giap, refuse, malgré les pressions qu’il subit, toute offensive "classique" dans le delta. Le 25 janvier 1954, soit un peu plus de deux mois après l’installation du "camp retranché" de Dien Bien Phu, il annule, au dernier instant, l’attaque que les conseillers chinois veulent lancer. Il décide d’un siège long qui affaiblira les Français, et lui permettra d’augmenter considérablement ses moyens. Ultérieurement, la "piste Ho-Chi-Minh", d’abord pour piétons et vélos porteurs, puis pour véhicules, n’a jamais vraiment été paralysée par les bombardements aériens américains. Par contre, une coupure de la piste par des unités terrestres eût probablement été décisive. L’offensive du Têt, bien qu’ayant retourné l’opinion américaine, n’a eu, sur le terrain, qu’un succès très mitigé. Bui-Tin, qui est de souche aristocratique, et comme Giap, de culture française, se demande, avec quelque nostalgie, ce qu’il eût été, si, en 1945, un compromis reconnaissant l’indépendance du Vietnam avait pu être trouvé entre la France et le Vietnam… J.S. * Bùi Xuân Quang, La troisième guerre d’Indochine. Sécurité et géopolitique en Asie du Sud-Est, 1975-1999, Paris, l’Harmattan, 2000, 824 p. Une somme sur l’histoire de la péninsule indochinoise, de l’effondrement du Sud-Vietnam à la mutation provoquée par la disparition de l’Union soviétique, avec quelques prolongements sur la décennie 90. L’auteur, maître de conférences à l’Université Paris X-Nanterre, allie la maîtrise d’une masse de sources occidentales et chinoises à une connaissance directe de la société viet-namienne, qui lui permet de "prendre la sécurité par les deux bouts, de façon locale et globale" et de déchiffrer le "non-dit" d’affrontements dont l’intensité, la complexité et la permanence déroutent quelque peu l’observateur occidental. H.C.-B. * Mémoire et vérité des combattants d’Afrique française du Nord, Paris, L’Harmattan, 2001, 172 p. Ce Livre blanc a été rédigé par des historiens choisis par quinze associations d’anciens d’AFN, constituées en Cercle pour la défense des combattants. Il a pour but de rappeler l’histoire, souvent méconnue, des millions de Français qui, depuis deux siècles, ont servi en Afrique du nord, et des centaines de milliers d’Africains qui ont contribué à la défense de la France. Il célèbre la mémoire de ceux qui sont tombés au combat, les derniers après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Tous les sujets sont abordés : la conquête, le nationalisme, les soulèvements et les guerres, les appelés et les harkis, la torture, les déserteurs et porteurs de valises. L’analyse de ces thèmes est suivie de documents sur les opérations et les pertes, de témoignages de prisonniers et de personnalités, d’une chronologie et d’une bibliographie, de cartes et de la liste des autorités responsables. M.-A.H. * Jean Monneret, La phase finale de la guerre d’Algérie, Paris, L’Harmattan, 2000, 400 p. Version allégée d’une thèse soutenue en mars 1998, résultat d’un énorme travail. Son mérite n’est pas d’analyser la politique de la France, mais d’éclairer des épisodes vécus sur le terrain et d’apporter des éléments nouveaux sur les protagonistes de l’action. Concernant l’OAS, il montre bien les divergences des chefs. Les exécutants agissent sans ordres, d’où de nombreuses bavures. Leur seul succès est l’élimination des barbouzes, puis l’accord Susini-Mostefaï qui permet le retrait des commandos survivants, mais accentue les divisions du FLN. Le rôle des forces de l’ordre est analysé à travers deux épisodes dramatiques - la fusillade de la rue d’Isly le 26 mars 1962, due à l’inaptitude des tirailleurs en ville, le massacre du 5 juillet à Oran, où les autorités n’ont pas prévu la descente des musulmans sur les quartiers européens. Sur le problème des harkis, J. Monneret confirme que les harkis ont cru aux garanties d’Evian et aux promesses de pardon du FLN. Avec beaucoup de mesure, l’auteur aborde le douloureux problème des enlèvements et des disparus européens, qui commencent le 17 avril à la fois dans l’Algérois et l’Oranie, ce qui laisse supposer un mot d’ordre du FLN. M.F. * René Mayer, Algérie : mémoire déracinée, Paris, L’Harmattan, 2000, 295 p. Polytechnicien et ingénieur des Ponts, l’auteur a recherché les origines de sa famille, venue de Rhénanie pour émigrer en Algérie en 1856. Ayant fait des recherches approfondies dans les archives militaires et civiles, il aborde en historien plusieurs chapitres de la conquête de l’Algérie : l’épopée du colonel Yusuf, la prise de Constantine et les débuts difficiles de la colonisation. Il relate ensuite la campagne de Tunisie, dont l’épisode du capitaine Jansen bloquant un régiment de la Wehrmacht sur la dorsale, et le rôle décisif du Corps expéditionnaire de Juin en Italie. En 1955, il reprend du service comme lieutenant, et observe les massacres de population perpétrés par l’ALN. Il lance alors, avec le neveu de Ferhat Abbas, l’appel de Constantine pour la trêve des combats. Ce libéral jette un regard critique sur la politique algérienne du gouvernement, qui a conduit à la spoliation des Français d’Algérie et au massacre des harkis ; il regrette que l’on n’ait pas écouté les modérés des deux camps. Plus qu’une saga familiale, son livre est une remarquable évocation historique. M.F. * Ali Haroun, L’été de la discorde, Algérie 1962, Casbah éditions, 2000, 238 p. Trésorier de la Fédération de France du FLN, Ali Haroun s’est retiré de toute activité politique jusqu’en 1985 où il écrit la 7e wilaya, et 1991 où il devient ministre des Droits de l’homme. Il estime aujourd’hui nécessaire et possible de transmettre le message de "l’Etat de droit", et de rappeler l’origine de la discorde qui en 1962 a transformé les chefs du FLN en frères ennemis, et favorisé ensuite le despotisme de Ben Bella et le régime policier de Boumediene. C’est essentiellement la lutte pour le pouvoir qui oppose Boudiaf, Belkacem Krim, Ben Khedda et la Fédération de France aux ambitions du clan Ben Bella-Boumediene, provisoirement alliés par l’entremise de Bouteflica. Dans ce récit chronologique - détaillé mais un peu verbeux - Ali Haroun veut exposer aux Algériens, mais aussi aux Européens et aux Juifs d’Algérie, sa vérité, dont certains points appellent la contestation. S’il reconnaît les spoliations dont sont victimes les Européens, il ignore le massacre des harkis et décrit le drame du 5 juillet à Oran comme une fusillade qui a fait 95 morts dont 20 Européens. En revanche, les documents publiés ( projet de Susini - PV du 7 juin et communiqués des protagonistes) intéresseront les historiens. M.F. * Serge Bernier, Le patrimoine militaire canadien d’hier et d’aujourd’hui, tome III, 1872-2000, Montréal, Art global, 2000, 251 p. in-4°, ill. Suite aux ouvrages de René Chartrand (tome I, 1000-1775, tome II, 1775-1872), cette somptueuse publication illustre l’histoire militaire du Canada par l’étude des bâtiments militaires, des uniformes et équipements et de l’armement de l’armée canadienne. L’action est constamment évoquée. De nombreuses photos et peintures donnent un caractère concret aux campagnes des troupes canadiennes en France de 1914 à 1918, en 1942 et 1944-1945, et dans le Pacifique, sans oublier le rôle des civils, le "front intérieur", et dans l’OTAN. L’accent est mis sur la continuité de l’engagement des Canadiens dans la défense du monde libre. A.C. * Commandement de la doctrine et de l’enseignement militaire supérieur de l’Armée de Terre, Forum du 8 juin 2000, La place et le rôle des forces terrestres dans la résolution des crises, Paris, 2000, 100 p. Le premier forum de doctrine organisé par l’Armée de Terre était centré sur deux thèmes principaux : la maîtrise de la violence ; l’action multinationale. Les débats ont essayé de préciser la nouvelle logique de l’action terrestre ; l’imbrication très étroite entre l’action militaire et l’action civile ; la dimension multinationale des actions. Est ensuite décrite la complexité des engagements : complexité de l’espace terrestre, des enjeux, de l’organisation, des crises, de la gestion des populations, des modes d’action, complexité enfin de la dimension médiatique qui prend une dimension croissante. M.-A.H. * Politique étrangère n° 3-4, automne/hiver 2000, "1900-2000 Cent ans de relations internationales". Ce numéro double a pour objectif de tracer un bilan des relations internationales du xxe siècle, "jeux traditionnels de la puissance" autour de trois thèmes. Le premier : le système international et les notions qui le structurent avec leurs changements et leurs permanences, d’où les articles sur la mondialisation en 1900 et en 2000 (Pierre Jacquet et Frédéric Sachwald) ; l’organisation mondiale (Victor-Yves Ghebali) ; la guerre dans le siècle (Dominique David) ; l’État-nation (Paul Thibaud). Le deuxième thème porte sur l’évolution internationale des grandes puissances : les États-Unis (Guillaume Parmentier) ; la Russie (Anita Tirapolski) ; la Chine (François Godement) ; le Japon (Jean-Marie Bouissou) ; l’Allemagne (Michael Mertes) ; le Royaume-Uni (François Bédarida) ; la France (Robert Frank). Le troisième thème est celui des "moments charnières" : 1914-1918 (Georges-Henri Soutou) ; 1917, la Révolution bolchevique (Marc Ferro) ; 1929, le krach (Pierre-Cyrille Hautecœur) ; 1945, la fin de la Seconde Guerre mondiale (Maurice Vaïsse) ; 1955 Bandung (Henri Laurens) ; 1989, l’écroulement du bloc soviétique (Aleksander Smolar). M.-A.H. ________ Notes: Avec la collaboration de André Corvisier, Hervé Coutau-Bégarie, Jean-Jacques Desangles, Maurice Faivre, Marie-Annick Hepp, Jacques Suant.
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||