Vers une
RESTRUCTURATION de l’École militaire
Le début du nouveau millénaire
est marqué, comme il se doit, par une activité débordante dans nombre
de domaines. L’histoire militaire et les études stratégiques n’échappent
pas à cette tendance. Après la mission de Madame Paule René-Bazin sur
l’état des bibliothèques historiques militaires et la réflexion sur
l’avenir du Château de Vincennes, c’est maintenant la réorganisation
de l’École militaire qui entre dans une phase active. Le ministre de la
Défense avait annoncé, lors des assises de juillet 2000, sa volonté de
faire du site de l’École militaire un campus universitaire consacré à
l’enseignement et à la recherche. Pierre Conesa, administrateur civil,
a été mandaté par lettre du 19 septembre 2000 pour formuler des
propositions d’aménagement dans un délai de deux mois. Par un véritable
tour de force, il a respecté le délai très court qui lui était imparti
et a remis son rapport le 15 novembre 2000. Le ministre en a approuvé les
principales conclusions et a décidé la création d’une association de
préfiguration, chargée de lancer concrètement le réaménagement.
L’idée centrale est
que la France souffre d’un manque de centre de dimension internationale
en charge de la réflexion et de la formation sur les questions de défense
européenne. L’École militaire, avec ses bâtiments chargés
d’histoire, pourrait accueillir un tel centre. Le pôle d’enseignement
militaire supérieur qui existe déjà pourrait être rejoint par un pôle
de réflexion doctrinale, avec le commandement de la doctrine et de
l’enseignement supérieur de l’armée de terre (CDES). Devrait s’y
ajouter un pôle documentaire autour de la médiathèque du Centre de
documentation de l’armement (CEDOCAR) actuellement à Balard, et un pôle
de recherche qui pourrait regrouper des organismes officiels, notamment le
Centre d’études et de recherche de l’enseignement militaire supérieur
(CEREMS) ainsi que les instituts qui souhaiteraient y participer.
Le projet est donc très
ambitieux. Il soulève, bien entendu, des questions redoutables. Que faire
du manège et du centre équestre dont la clientèle ne manque pas
d’influence ? Où reloger les services automobiles du Premier
ministre ? Si l’on déplace le maître-bottier et le maître-tailleur,
où les relogera t-on ? Pourra-t-on construire de nouveaux locaux en
respectant les contraintes draconiennes imposées par les Bâtiments de
France qui souhaitent la disparition des bâtiments parasites ajoutés à
la fin du xixe siècle, mais ne sont guère favorables à leur
remplacement par des réalisations contemporaines ? Enfin, et
surtout, l’argent sera-t-il au rendez-vous ?
Autant de questions qui
montrent qu’il ne peut s’agir que d’une opération de longue haleine
et qui n’aboutira que s’il existe une volonté politique forte. La réflexion
stratégique en France a besoin d’un tel centre et on ne peut qu’espérer
que le projet ira à terme.
Hervé Coutau-Bégarie