Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Patrick FACON, Le Bombardement stratégique, Editions du Rocher, 1996

 

Malgré l’anémie générale de la réflexion stratégique française, face à une pensée américaine dont la richesse laisse rêveur, de loin en loin sur cette morne plaine surgissent pour nous désennuyer quelques solides ouvrages.

 

Finalement, la place du douhétisme comme syndrome, sinon pathologie, de la stratégie aérienne est resituée par Patrick FACON dans une plus juste perspective, à la lumière de ses enjeux , qui sont des enjeux de pouvoir. La doctrine du général italien a " servi des enjeux politiques et catégoriels  "; politiques puisque le pouvoir autant que l’opinion étaient intéressés par l’arme du combat décisif à distance, beaucoup moins coûteuse dans les budgets et au combat que les lourdes armadas terrestres et maritimes, notamment dans le contexte de

l’après-première guerre mondiale; politiques puisqu’on pensait pouvoir briser le cycle infernal de la guerre totale, stigmatisée par les LIDDEL HART et FULLER; catégorielle pour une arme nouvelle " en quête d’une mission susceptible d’incarner sa volonté d’indépendance et son désir de s’affranchir des tutelles des armées de terre et de mer. Celui d’une arme nouvelle qui entendait promouvoir une forme de guerre susceptible de lui conférer une place dominante au sein des systèmes militaires ". C’est ainsi d’ailleurs, notons-le au passage, que s’ouvrent les perspectives d’une vaste sociologie de la réflexion et de la décisions stratégiques; sociologie reposant sur les trois pôles clausewitziens de l’opinion, des chefs politiques et des stratèges.

 

On peut cependant se demander si finalement l’attention n’est pas trop tournée vers le douhétisme. Sans doute était-il justifié de le choisir comme fil conducteur, mais fallait-il s’y limiter en conclusion?

Sans doute, DOUHET est mort (et avec lui le croiseur aérien). Mais ne le savait-on pas déjà, comme le soulignait encore tout récemment le général FORGET en préfaçant l’ouvrage de Valéry ROUSSET sur la guerre aérienne pendant le conflit du Golfe? On aurait trouvé plus opportun d’insister davantage sur les perspectives nouvelles offertes au bombardement stratégique par les armes de précision, bombes guidées et surtout missiles de croisière, comme le Tomahawk et l’ACLM utilisés en août dernier par les Américains pour punir Saddam HUSSEIN, et assurer l’impunité à leurs avions de combat au-dessus du territoire irakien.

 

Il se pourrait donc que dans l’avenir, le bombardement stratégique classique connaisse au contraire une nouvelle jeunesse grâce aux armes de précision tirées à distance; mais l’avion ne serait qu’un des vecteurs, même s ’il risque d’être le vecteur privilégié. A ce moment pourrait se réaliser les prédictions de Camille ROUGERON qui dès la fin des années soixante, concevait le missile embarqué comme la meilleure combinaison possible pour le bombardement stratégique.

A cet égard, on s’étonne de ne pas trouver de référence aux travaux du Colonel John WARDEN de l’US Air Force, concepteur de la campagne aérienne contre l ’Irak en 1991, sur " l’ ennemi en tant que système ". L ’accent mis sur les " nouvelles technologies " (en fait celles de la détection/localisations de cibles et de la précision des munitions est pourtant très significatif de tendances nouvelles de la pensée stratégique américaine. Ces tendances doivent être mises en relation avec la notion de " Revolution in Military Affairs ", théorisée notamment par Edward LUTTWAK.

 

Après avoir, certes avec talent, fait œuvre d’historien, on eût aimé voir Patrick FACON pousser une incursion plus hardie dans le royaume de la prospective, comme a su le faire John KEEGAN pour la guerre navale à la fin de The Price of Admiralty. Mais, finalement, n’est-il pas juste que le relais des historiens soit pris par les stratèges?

 

Christian MALIS

  

 

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin